‹ Moustache (volume 3)Chapitre 3 sur 25 · UNE JEUNE FILLE ET UN GROS CHIEN · texte numérisé non relu

UNE JEUNE FILLE ET UN GROS CHIEN

La jeune fille était vêtue d'une modeste robe de toile de couleur foncée , et qui montait en guimpe , de manière à enfermer hermétiquement ce que, dans un bal ou au théâtre , certaines dames font beaucoup trop voir : car l'excès en tout est un défaut. Un petit tablier à carreaux rouges et noirs , un fichu de soie roulé autour du cou , un bonnet bien simple , sans fleurs ni rubans, voilà quelle était la toilette de celle dont la première vue avait suffi pour troubler le cœur de Bouchenot. Mais il pensait , sans doute , qu'une femme gentille et bien faite est préférable , quoiqu'en robe d'indienne, à une femme laide et mal bâtie qui porterait un cachemire et des diamans. La majorité sera de l'avis de Bouchenot.

La jeune fille ne marchait pas seule : à ses côtés allait et venait un énorme chien, à longs poils, à longue queue, à longues oreilles , espèce abâtardie, qui

tient le milieu entre le barbet et le chien de berger, et que les amateurs emmènent à la chasse , où ils ne font pas autre chose que se crotter.

Bouchenot a bientôt rattrapé la jeune fille; il marche quelque temps derrière elle, en se disant :

« Charmante taille... des hanches bien accusées... » j'aime ça, moi , au moins l'on sait à qui on a af- » faire... Le pied cambré... la jambe un peu forte... » j'aime ça aussi. Ne me parlez pas d'une petite jambe » de chèvre, quelquefois la suite est bien , mais c'est » fort rare. Cette mise... cette allure... ce doit être » une couturière ou une plumassière , ou une fran- » gère... n'importe, elle a la fraîcheur d'une pivoine, » et je gagerais qu'elle est ferme comme un gland. » Ce gros chien est avec elle, à ce qu'il paraît... oui, » elle l'appelle... elle se retourne pour voir s'il la » suit. Ce sera un excellent prétexte pour entrer en » conversation... charmante conquête à faire... et

» qui efface toutes les Dubillon surtout lors-

» qu'elles sont à Pontoise, et qu'on ne peut pas dî- » ner chez elles. »

Et Bouchenot se rapproche , et se met à dire trèshaut :

« Superbe chien î... beau chien de chasse!... bel » animal!... J'en ai peu vu d'aussi bien mouche- » té!... »

La jeune fille n'a pas détourné la tête ; elle continue de marcher en choisissant les j)avé8. Le chien semble plus sensible au compliment qu'on lui adresse ; il se rapproche de Bouchenot et tourne auîour de lui^ le nez au vent et remuant la queue. Le

jeune homme lui fait quelques caresses , tout en pressant le pas de manière à se trouver à côté de la demoiselle au petit bonnet.

« Charmante figure! quel teint de rose et quelle » jolie taille! » murmure de nouveau Bouchenot.

Ce compliment reste sans réponse : on n'a pas l'air de l'avoir entendu.

« Est-ce qu'elle croirait que je parle encore de son » chien? » se dit l'étudiant en se rapprochant de la jolie fille. « Si je ne fais pas la conquête de la de- » moiselle, en revanche, son chien semble avoir dé- » jà beaucoup d'amitié pour moi... il se fourre sans » cesse dans mes jambes... il va me faire tomber » cet animal !...

D — Ici , Moustache ! » dit la jeune fille, qui en tournant la tête , s'est aperçue que son chien n'est plus près d'elle.

Moustache obéit un moment à la voix de sa maîtresse ; mais il ne tarde pas à revenir se coller contre Bouchenot.

« — Moustache, vous me paraissez une fort bonne » béte, » dit le jeune homme, «et je suis sensible à Fa- » mitié que vous me témoignez ; mais votre maîtresse » commande, et vous devez obéir. . . Si j'avais une » maîtresse comme cela, moi! ah! fichtre ! j'aurais con- » tinuellement les yeux sur son jupon. »

La jeune fille ne sourcille pas ; seulement elle répète : « Ici, Moustache!... que je vous voie me quit- )) ter!

» — Ah! nous ne voulons pas rire, nous ne voulons » pas répondre , » se dit Bouchenot. « Ou c'est une

» gaillarde qui est au fait de nos roueries, ou c'est une » jeune niaise à laquelle on a fait peur des jeunes gens » de Paris. Je croirais plutôt qu'elle est de cette dernière » catégorie... En avant les grands moyens... Pre- 0 nez garde , mademoiselle , vous perdez quelque » chose, M s'écrie tout-à-coup Bouchenot en se précipitant sur les pas delà jeune fille. Celle-ci s'arrête, et se retourne d'un air saisi, en balbutiant :

« Ah! mon Dieu , quest-ce que je perds donc?...

» — Ou vous allez la perdre, mademoiselle ; je suis » persuadé qu'elle va tomber.

» — Quoi donc qui va tomber?. ..

» — Votre jarretière, si elle n'est pas bien attachée... » A Paris, les jarretières se perdent très-facilement. »

La jeune fille a la bonhomie déporter ses mains à ses genoux pour s'assurer que rien n'est en danger de tomber; puis s'apercevant que Bouchenot la regarde en riant, ses joues deviennent pourpres , ses yeux s'animent, et elle lui dit avec un air de colère :

« Il faut que je sois bien bête pour vous avoir » écouté... C'est pour vous moquer de moi que vous » m'avez dit cela !

„ — INon! c'était seulement pour savoir si vous jar- » retiez dessus ou dessous le genou... Maintenant , je » vois que c'est dessus et j'en suis enchanté, parce que » ça ne gâtera pas votre jolie jambe.

» — Ah ! on m'avait bien prévenue qu'à Paris les » hommes cherchaient sans cesse à dire des bêtises T, aux filles... Je n'aurais pas seulement dû vous ré- » pondre.

» — Comment, des bêtises ! . . . parce que je vous dis

" que vous avez uaejnrn', jauihe... Je ne i ai pas vue, » maisje la juge d'après le reste, qui est ravissant!... » Quels veux... quelles dents... quelle fraîcheur... O » Dieu ! si j'étais assez heureux pour avoir une maî- >' tresse comme vous, je ne la nourrirais que de blanc » de volaille et de biscuits ! . . .

>> — Allons, monsieur, laissez-moi tranquille, et ne » m insultez pas. . . ou prenez garde à vous ! . . .

» — Quoi, mademoiselle, est-ce que je vous insulte « en vous parlant de blanc de volailles... en vous di- » sant que je vous trouve adorable? Il me semble » qu'il n'y a rien là-dedans qui puisse vous offenser.

» — Yous me dites des bêtises , et voilà tout ; » mais ça ne vous avancera à rien. Et si on me ta- » quinait trop... j ai mon chien que mon parrain » m'a donné... et qui me défendrait joliment , » lui!... Oh! c'est qu'il est méchant quelquefois.

» — Je le crois beaucoup moins méchant que « vous... Regardez, il vous quitte pour moi... Ce » chien devine que je vous aime; il me témoigne déjà » de l'attachement...

» — Ici , Moustache , ici !

» — Ah! oui , c'est étonnant comme il vous » écoute! Il me paraît qu'il n'y a pas long -temps » que votre parrain vous l'a donné.

» — Ça ne vous regarde pas !

» — Oh! êtes -vous méchante!... Qui croirait » que cette taille de nymphe cache un cœur de » granit!... Yous êtes couturière , n'est -ce pas?

„ — ]Son , monsieur, je ne suis pas couturière.

» — Il n'v a rien dans ma supposition qui doive

» VOUS fâcher : la couturière est placée très-haut sur » Féchelle des grisettes ; elle tient le milieu entre » les modistes et les chamarreuses. Le pavé est glisj) sant : si vous vouliez accepter mon bras ?

» — INon , monsieur , je ne veux pas de votre » bras, et je vous prie encore une fois de me laisser » tranquille...

« — Il me semble, mademoiselle , que je ne vous » empêche pas de suivre votre chemin.

,-, — Mais vous me parlez... vous me suivez, et » ca m'ennuie. On m'a bien défendu de parler à » personne dans les rues. . .

« — Qu'avez-vous à craindre , puisque vous avez » un chien qui est très-méchant et qui a l'air de vou- » loir entrer dans ma poche ?

„ — Ici , Moustache , ici donc!...

yy __ Oh ! c'est absolument comme si vous le « chassiez ! Je crois que votre parrain ne vous l'a » pas envové assez jeune. »

La jeune fdle se pince les lèvres d'un air de dépit, et fait ce qu'elle peut pour retenir son chien près d'elle ; mais Moustache , après avoir fait quelques pas, revient toujours sur les talons de Bouchenot. Le jeune homme qui ne se tient pas pour battu , malgré l'air sévère avec lequel on accueille ses galanteries , continue de marcher sur la même ligne que la demoiselle , lui lançant des œillades auxquelles elle ne répond qu'en lui faisant la moue.

« Je page que je sais maintenant qui vous êtes, » reprend l'étudiant au bout d'un moment : « à cette » démarche noble. . . à cette tournure pleine de

» gmces , j'aurais dû le deviner . . . vous êtes cu-

» lottière!... ou vous vendez des allumettes inferna-

» les. »

La jeune fille se pince les lèvres et double le pas. « Ou vous faites des corsets. . , ou vous reprisez

» les cachemires... mais quelque soit votre état,

» vous êtes charmante... Combien je m'estimerais

» heureux si vous me permettiez de cultiver votre

» connaissance ! . . . »

La jeune fille marche encore plus vite. Bouche-

not est presque obligé de courir pour la suivre , mais

il ne se décourage pas et continue :

« Yous allez bien vite. . . vous vous ferez du

» mal... Si vous vouliez vous rafraîchir... accep- » ter quelque chose... une bavaroise... une limo- » nade?... les cafés ne sont pas ouverts pour le roi » de Maroc ; je serais trop heureux si par hasard vous » n'aviez pas déjeûné... cela peut arriver, quelque- » fois on sort sans avoir déjeuné... une côtelette et » des huîtres. . . ça ne se refuse pas.

» — Monsieur, laissez-moi tranquille!... ou je » vais lâcher mon chien sur vous. . . à la fin !

» — Ah! ah! belle brune! nous nous fâchons... y> Lâchez tout ce que vous voudrez, je ne me fâche- » rai pas. Mais je vous préviens que le chien de votre » parrain ne me fait pas peur... Ce brave Moustart che, nous sommes déjà très-amis ensemble... il )i ne me quitte pas... »

En disant ces mots , Bouchenot venait de fourrer* sa main dans sa poche droite, où il avait trouvé son morceau de jambon qui était sorti du papier. Com-

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prenant alors la cause de rattachement que lui témoigne le gros chien, et tout le parti qu'il peut tirer de cette circonstance, il part d'un éclat de rire en reprenant :

« Après tout , vous voyez que c'est sans que je » l'appelle que votre écuver s'attache à mes pas ; » mais puisque cela vous contrarie que je vous parle » et que je marche près de vous, je vais aller d'un » autre côté ; je suis trop galant et trop bien élevé » pour rien faire qui déplaise aux dames. Mademoi- » selle, j'ai l'honneur de vous saluer.

» — Ah I c'est bien heureux ! » murmure la jeune fille tout en continuant son chemin du côté de la pointe Saint-Eustache \ tandis que Bouchenot , au contraire, revient vers le Palais-Royal, bien certain que le chien ne le quittera pas.

En effet , Moustache continue de marcher sur les talons du monsieur qui a du jambon à même sa poche, et il fourre sans cesse son museau contre le pan de son habit. La jeune fille , après avoir fait quelques pas, s'est aperçue qu'elle n'a plus son chien avec elle; elle se retourne, et le voit dans les jambes du jeune homme qui s'éloigne. Elle appelle Moustache à plusieurs reprises; Moustache ne quitte pas la poche au jambon. La jeune fille est obligée de courir après Bouchenot, ce qu'elle fait tout en criant :

« Ici donc, vilain chien!... Oh! quel ennui qu'une » bête comme cela !. . . Monsieur , renvoyez-le donc , » je vous en prie. .. »

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Bouchenot se retourne et sarrête en disant :

« Qu'est-ce que c'est, mademoiselle? vous » m'appelez, je crois... je suis à vos ordres... car, » malgré votre air méchant, vous n'en êtes pas » moins fraîche comme un paquet de violettes... » Accepteriez-vous le déjeuner que je vous ai pro- » posé?...

» — Mais non , monsieur , ce n'est pas vous que » j'appelle , c'est mon chien que vous retenez près » de vous pour me contrarier.

» — Moi , je retiens votre chien !... par exemple, » mademoiselle, pour qui me prenez-vous? Mes » moyens de séduction ne se sont jamais dirigés sur » les chiens. . . Voyez , je fais tout ce que je puis pour > chasser le vôtre... Allez, Moustache, allez avec « cette jolie maîtresse... cette charmante raaî- » tresse. «

Moustache jette les yeux d'un air indécis, tantôt sur le jeune homme , tantôt sur sa maîtresse. Celleci se remet à marcher , il fait quelques pas avec elle; mais il ne tarde pas à la quitter pour retourner flairer la poche de Bouchenot , qui , sentant le chien dans ses jambes , continue son chemin sans se retourner.

Au bout de quelques minutes, la voix de la jeune fille se fait encore entendre :

« Arrêtez, monsieur! mais arrêtez donc! vous » voyez bien que vous m'emmenez encore mou » chien, u

Bouchenot s'arrête et regarde en souriant la jeune personne qui court après lui.

" — Il me paraît , mademoiselle , que c'est vous » qui me suivez maintenant... Eh bien! moi, je » n imiterai pas votre exemple; je vous réponds « que je ne m'en fâcherai pas ! Etre suivi par un » minois si gentil. . . vais-je faire des jaloux ! . . .

» — Je ne vous suis pas exprès , monsieur. . . » c'est cette vilaine bête qui m'y force... Ah ! s'il » ne venait pas de mon parrain , qui m'a dit d'en » avoir bien soin , certainement je le laisserais al- » 1er. . . ça me serait égal de le perdre ! . ..

» — 11 est certain que M. Moustache vous défend » d'une singulière façon ! Et l'on dit que le chien * est l'emblème de la fidélité... voyez, quelle im- » posture ! . . . C'est parmi les hommes qu'il faut » chercher des [modèles de constance! . . . Faites-en « l'essai, mademoiselle, si toutefois vous ne l'avez » pas déjà fait.

» — Je ne -veux rien essayer, monsieur ; je veux )) aller où j'ai affaire...

» — Si vous me permettiez de vous accompa- » gner, de cette manière je vous réponds que Mous- » tache ne se perdrait pas...

n — JNon certainement , je ne veux pas que vous » veniez avec moi!. .. pour que l'on me rencontre » avec un homme; ça serait joli!...

» — Les hommes sont cependant faits pour al- » 1er avec les femmes. .. Est-ce que vous croyez que

» nous devons vivre chacun de notre côté!... Ah! 1» mademoiselle, vous n'avez donc pas lu V Amour • conjugal!...

» — Voyons , monsieur , laissez-moi tranquille et » rendez-moi mon chien, ou je vais me fâcher à la » fin... C'est embêtant de me faire aller comme ça a aussi...

» — Oh î si nous employons les gros mots , je n'en » suis plus! Embêtant!... Mademoiselle, voilà un » terme bien dur ; en vérité, vous me faites de la »> peine!... Je commence à croire que vous vendez du » cirage anglais.

» — Je ne puis pas passer mon temps à courir comme » ça après vous... on me grondera... et si je perds » Moustache ce sera bien pis ; hi, hi!... je veux mon » chien : hi, hi!...

» — Hé bien! voilà que nous pleurons à présent... » mais, chère enfant , vous n'avez pas de raison de » vous fâcher... encore une fois je n'emploie aucun « sortilège pour retenir votre chien.

» — Mais vous sentez une odeur de musc... de » pommade.. . de je ne sais quoi! c'est sans doute cela » qui attire Moustache.

» — Mademoiselle, je porte sur moi un sachet am- » bré qui me vient en droite ligne de Constantinople, » mais je doute que ce soit ce parfum qui attire votre » chien... d'autant plus que M. Moustache n'est pas un » chien Turc. Au reste, si vous voulez, pour qu'il ne » revienne plus à moi , je vais le battre... je vais lui » donner un grand coup de pied dans le dessous de » la queue.

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» — jNoii, non... ne le battez pas... Ah! j'ai un » cordon dans ma poelie. .. je vais le passer à son cou » et l'emmener attaché... ah! j'aurais bien dû penser » à cela plus tôt.

» — Attachez-le, mais ne l'étranglez pas... votre » parrain vous en voudrait encore plus... Avec de si » jolis yeux... cette taille... cette poitrine... cette «jambe... ne pas vouloir causer... Est-ce que vous » avez un amoureux jaloux?... »

La jeune lille ne répond pas ; elle vient d'attacher son chien avec un petit cordon, elle le tire et l'entraîne avec elle en courant, ce qui ne semble pas causer un gi'and plaisir à Moustache , puis elle tourne dans la première rue qui se présente, afin qu'il n'aperçoive plus celui pour lequel il montre une si grande prédilection.

Bouchenot a suivi la jeune fille des yeux lorsqu'elle détourne la rue ; il se dit : « La suivrai-je ? Elle est » assez gentille... mais elle m'a l'air passablement » bête... elle serait capable de se mettre encore à » pleurer... Oh! ma foi, laissons-la... il ne manque » pas de jolies femmes à Paris , et qui ne sont pas » toutes si farouches... Si celle-là avait accepté à V déjeûner, pourtant, comment diable m'en serais-je » tiré?... Mais j'étais bien sûr qu'elle n'accepterait » pas... Cherchons une promenade ou une rue soli- » taire pour achever mon déjeuner, ensuite j'aviserai y> aux moyens de trouver à diner ; ce qui vaudra » mieux en ce moment que de courir après une jeune » fille. »

Bouchenot se remet en marche. Il n'a pas fait troi;*

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cents pas, qu'il sent quelcjiie chose se frotter contre ses jambes; il regarde... c'était Moustache qui avait cassé le cordon avec lequel on le tenait en laisse, et était revenu prendre sa place contre la poche dans laquelle était le jambon.

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