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I.s à payer comptant, le cher oncle

— Pourquoi cela?

— Parce ([u'il n'a pas payé mon tailleur qui lui a fourni habit, parssus, pantalon, gilet, enfin une garde-robe complète... Cela se onte à deux cent quatre-vingt-dix francs... ce n'est pas que mon illeur soit inquiet! Oh! nullement, je lui ai dit que cette nouvelle atique était millionnaire... il est enchanté de l'habiller... mais moi m'étonne que le cher oncle ne l'ait pas soldé tout de suite...

— Mon cher Samsonnac, vous concevez bien que pour mon oucle mémoire de tailleur est une misère... il est capable de l'avoir ou-

ié... je le lui rappellerai si vous voulez...

— Non, cela ne presse pas! c'est une simple réflexion que je faiis... les tailleurs sont faits pour attendre! ils se rattrapent toujours r les fournitures.

Cependant le jour du mariage approchait. Isidore dit un soir à incle Gaspard :

— Eh bien, et un logement, cher oncle, vous en êtes-vous occupé?., n'y a plus de temps à perdre... c'est dans sept jours que j'épouse iroline, il faut pourtant que nous soyons logés quelque part.

— Je crois que j'ai trouvé votre affaire, mes enfants, répond Gas- .rd. Dans une belle maison nouvelle du boulevard Sébastopol, j'ai i un joli appartement... pas grand, mais très-bien distribue... tout t frais, peinture et papiers... et pas trop cher... sept cents francs... ime, voulez- vous y mettre cela?

— Certainement mon oncle, n'est-ce pas, ma chère Péroline?

— Oh! mon ami, tout ce que vous ferez sera bien... moi, je n'ai is d'autre volonté que la vôtre... seulement, n'oubliez pas que Rosislte et Popol logent avec nous.

,— Ohl j'y ai songé, moi! dit Gaspard, j'ai pensé à tout... il y a ^i dans les mansardes une petite chambre de domestique... mais

me vous n'avez pas de bonne, j'ai pensé que vous pourriez me la

er jusqu'à nouvel ordre...

— Oh! avec plaisir, mon oncle, vous ne nous quitterez pas, cuimme la!

,— C'est bien ce que je désire, ma chère amie. Samsonnac, qui est présent cl qui entend tout cela, secoue sa crière en faisant une légère grimace, et se dit en lui-même :

— Comment, notre unllioiinaire veut continuer à. loger dans les ansardes! dans une cliauilue de domestique... cela conuuence à me mbier bigrement exti'aordiiiaire... il me vient parl'oisdes soupçons...

suis presque fiché de lui avoir donné mou tailleur.

— Quand pourrai-je voir cet appartement, cher oncle.

— Dès demain si vous voulez, mon neveu, il est libre... ou peut en endre possession tout de suite... par exemple c'est au cinquième, )mme ici...

— Qu'importe, mon oncle, dit Péroline, nous avons l'habitude de

— Mon oncle, demain matin, je viendrai vous prendre, et si vous Nouiez bien, vous me mènerez voir ce logement.

— Avec plaisir, mon ami.

— 11 leur propose un appartement au cinquième étagel se dit le une Bordelais, et il couchera au-dessus I c'est bien haut pour un

lillionnaire!

Le lendemain Gaspard mène Isidore voir l'appartement dont il lui parlé. La maison est belle, l'escalier fort bien ciré; le logement lait au jeune honmie bien qu'il soit très-exigu. La chambre ;\ couder servira île salon, il y a une aulre petite pièce et un cabinet pour !!S enfants, une salle à manger et une petite cuisine. Kt enfin, au

ilxièmo, une petite chambre de bonne.

. ; — Il me semble que c'est suflisant pour uu nouveau ménage, dit

(jjaspard.

j; — Oui, mon oncle, plus tard, quand nous aurons des enfants, nous

lious agrandirons... D'ailleurs, je me marie dans six jours, je n'ai pas

je temps à perdre. Je vais arrêter ce loi;emeut.

•} — Et tu feras bien... ensuite meuble cela gentiment... mais sans jixe .. à quoi bon... vois-tu, mon ami, ce no sont pas les beaux meu- 'Ics qui rendent luureuxt... Péroline a déjà chez elle pas mal do

•llioses... Tu n'auras pa» beaucoup d'argent à dépenser...

Il parait ([ue son Intention n'est pas de nous meubler, se dit Isi- Mais j'ai da;is l'idée, moi, que notre oncle se conduit ainsi, pour

voir si nous serons économes dans nos dé[t«nses, si nous ne dissiperons pas follement cet argent dont nous s<jmmes maintenant en possession. Il faut lui montrer que nous sommes raisonnables ; je serai donc modeste dans le choix de notre ameublement.

Dès le lendemain, Isidore a fait ses achats; le petit appartement est meublé convenablement, et le jeune homme [Kiu»s'i l'attention jusq»'à meubler aussi la chambre du sixième que l'oncle Gaspard délire occuper ; en revenant de son nouveau logement, il rencontre Sam^M^nnac qui ne manque pas de lui dire :

— Eh bien., le nouvel appartement pour les jeunes mariés. .. cela doit être ravissant!... c'est là que le cher oncle a pu déployer sa générosité... et ménager des surprises... je gage que le salon est caiùtonné de velours et de soie!

Mais Isidore détrompe son ami en lui apprenant que c'est lui qui a meublé modestement l'appartement qu'il va occuper avec Péroline el les deux enfants. Samsonnac secoue de nouveau sa crinière en disant:

— Il parait que la générosité du cher oncle a jeté tout son feu le jour (les étrennes 1

— Mais son cadeau n'a-t-ii pas été assez beau?... Que pourrionsnous désirer encore?

— Mon cher ami, je ne dis pas le contraire, son présent du iour de l'an était magnifique... mais quand on commence si bien, ordinairement on ne s'arrête pas tout à coup!... A propos, n'est-ce pas lui qui est chargé du banquet... du bal, enfin de tout ce qu'il faut pourqu une noce soit brillante?

— Oui, ma belle-mère a eu l'adresse de lui mettre tout cela sur le dos ; mais je n'en suis pas fâché, parce que je suis certain que ce sera mieux que si elle s'en était mêlée... Je n'ai pas besoin de vous dire, mon cher Samsonnac, que vous êtes de la noce!...

— Je me fais d'avance une fête d'y assister... de danser avec la mariée... mais l'oncle Gaspard qui a été vingt-cinq ans absent de Paris ne doit pas connaître les restaurants renommes jiourxîes sortes de solennités, il sera bon deJe guider sur ce point. Lui en avez-vous parlé ?

— Ma foi non, je n'ai pas osé...

— Songez donc que c'est dans cinq jours que vous vous mariez; pour faire yos invitations, il faut bien que vous sachiez l'adresse du traiteur... vous êtes déjà en retard!

— Oh ! j'ai déjà fait beaucoup d'invitations pour l'église en Jûissanl eu blanc le nom du restaurateur où se fera le repas... on le saura à coup sue en sortant de l'église.

— Il me semble qu'il vaut mieux le savoir avant... si le cher oncle allait mal choisir, s'il vous menait dans quelque mauvaise gargotte...

— Ah! quelle idée !

— Eh mon Dieu, on pourrait abuser de son ignorance; que diable, il ne doit pas y avoir d'indiscrétion à lui demander chez qui il a commandé son repas... dès ce soir je lui en parlerai.

Samsonnac ne manque pas de se rendre le soir chez les enfants d'Adrien. L'oncle Gaspard est là, comme d'habitude, faisant sauter le petit Popol sur ses genoux; les deux sœurs travaillent à leur toilette de uocc; Isidore fait à sa liancée la description du logement qu'ils occuperont sur le boulevard Sébastopol, la jolie future sourit tendrement à celui qu'elle aime, et l'expression d'un doux contentement est peint sur tous les visages.

— Sapristi, allons-nous nous en donner ce jour-là! s'écrie Samsonnac. Moi, j'ai déjà retenu la mariée pour la seconde contredanse, parce que je pense que la première sera réclamée par un proche parent...

— C'est-à-dire que c'est moi qui veux ouvrir le bal avec ma femme! dit Isidore, et je ne céderai ce plaisir-là à personne.

— Raison de plus pour que je ne m'inscrive que pour la seconde... ensuite si mademoiselle Kosiuelle veut bien m'accorder la troisième, je serai très-flatlé.

— Je le veux bien, Grosse-Tête, le petit cousin Exupère m'a déjà dit qu'il me ferait danser, mais vraiment j'ai peur d'entrer dans sa bouche en faisant le galop!...

— Rosinette, vous voulez donc continuer de dire des méchancetés... Je me fâcherai !

— 0 mon Dieu! ma sœur, ce n'est pas ma faute si ce petit Deux- Mille me fait peur... mon oncle a bien trouvé aussi qu'il ressemblait à un four.

— C'est vrai que les enfants de madame Cadet ne sont pas beaux! dit Gaspard, mais en revanche ils m'ont paru assez bêles 1... cela comptiise.

— Ah çà, puisque nous parlons du bal, de la danse, reprend Samsonnac, je demande, moi, à savoir où se fera la fête... la noce... la festin... Voyons, cher oncle, dites-nous cela, puisque vous vous êtes chargé de ce soin, que nous sachions si vous avez clé au bon endroit?...

Gaspard tourne sa bouche,. se caresse le menton et réjwnd après un moment : — Comment... quel bon endroit?... Je uai p^ts bien compris ce que vous venez de dire...

— Nous parlons do ma noce, mon cher oncle, dit Isidore. Kl nous vous demandons chez quel tr.ùleur vous avez commando le repas et retenu un siUou pour le bal...

— Chez quel traiteur!... .Ma foi, mes enfants, ce sera où vous voudrezi... moi. cela m'est tout à fait indiffèrent!...

LA FAMILLE BRAILLARD

— Voas n'arej! donc ï-ien commandé... rien retenu?...

•— J'avoue que je n'y ai pas soii(,'6... J'ui cru que l'on irait tous bras dessus brus dessous chez le [irouiicr venu... Siinisoiiiiacconlorsidniie sa boiiclie. iKJdoro s'écrie :

— Obi cela ne se fuit pas comme cela K Paris, mon cher oncle; peut-être est-ce la coutume on Calilbrnie, mais ici, si l'on iic prenait pas ses précautions, ou serait fort au dépourvu!... Sourcz donc quo r'i'St aujourd'hui lundi, et (|ue c'est samedi que nous nous marions! Nous n'avons pas do temps à perdre... J'ai déjà fait plus de vingt invitations pour le repiis... M;i belle-mère et mon père en feront au nioiu.. autaut, il faut compter sur cinquante personnes au moins pour lediner...

— Tu crois que vous aurez tant de monde que ça?

— J'en suis certain I 11 faut ajouter toutes les personnes qu'il vouu plaira d'inviter...

~~ Moi I Je ne connais plus un chat à Paris, excepté ma famille.

— Enliu, vous voyez qu'il est urgent de retenir d'avance un beau salon ..

— Kt un orchestre, dit Samsonnac, mais en prévenant le traiteur, il se chargera aussi de vous en fournir un.

— Voyons, mon oncle, où Irons-nous?

— Où cela vous fera plaisir, mes enfants, je ne sais plus où se font les noces ;\ Paris.

— Je m'en doutais, dit Sarasonoac, c'est pourquoi j'ai voulu vous guider. Voyons, vous ne tenez point à dépenser beaucoup d'argent...

— Oh ! cela m'est assez indillérent.

— Et moi, dit Péroline, je ne veux pas que l'on fasse des folies... Est-il donc nécessaire de dépenser beaucoup pour s'amuser...

~ Permettez, jolie liancee, je suis sûr, moi, que l'oncle Gaspard veut bien faire les choses... Écoutez, je vous propose de faire votre noce chez Deflleux, à la porte Saint-Martin, il a des salons magnifiques qui donnent sur le boulevard; c'est gai, c'est eu bon air... c'est dans ce restaurant une noce perpétuelle I

— Samsonnac a raison, dit Isidore. Nous serons fort bien chez Delfieux, et dans notre quartier... Pas trop loin de notre nouveau logement pour rentrer le soir...

Et, en disant cela, le jeune homme jette un tendre regard sur Péroline, qui baisse les yeux en rouf,'issant.

~ Va donc pour Deffleux I dit Gaspard , puisqu'on y est bien, ça me va.

— Mon oncle, il faut y aller dès demain...

— Je le veux bien, mon ami, mais à condition que tu viendras avec moi.

— Très-volontiers I

On cause encore quelque temps, puis les deux jeunes gens partent en s' écriant : — A demain.

Et lorsqu'ils sont dans la rue, Samsonnac dit à Isidore :

— Eh bien, si je n'avais pas demandé où se ferait la noce... votre oncle ne s'en occupait pas... C'eût été gentil... en sortant de l'église, il croyait qu'on allait s'en aller bras dessus hras dessous... avec un violon en lèle sans doute, comme les noces de village !

— Mon cher ami, ne voyez-vous pas qu'il a dit cela pour rire...

— Hnm 1 je n'en suis pas persuadé... En tous cas, croyez-moi, commandez vous-même chez le traiteur tout ce qu'il faut pour le repas, le bal, les rafraîchissements, sans quoi ce M. Gaspard, qui m'a l'air fort distrait, oubliera encore, quelque chose.

Isidore ne partage pas les inquiétudes de Samsonnac, cependant il juge convenable de laisser croire à son père et à sa belle-mère que c'est l'oncle Gaspard qui a fait meubler le petit appartement du boulevard de Sébaslopol.

Le jour suivant, Isidore ne manque pas de venir prendre son oncle et se rend avec lui au restaurant de Deffieux. Arrivés là, Gaspard lui dit : ^

— Tu sais que je n'y entends rien, par conséquent, commande tout ce que tu veux avoir, moi, cela ne me regarde pas...

— C'est-à-dire que vous me laissez carte blanche, mon oncle?

— Je te dis que tu peux faire comme tu l'entendras...

— Et si je vous fais dépenser trop d'argent, vous ne me gronderez pas?

— Oh ! je te défie bien de me faire dépenser trop d'argent!...

— Soyez tranquille, je serai raisonnable... Mais vous voulez que ce soit bien, n'est-ce pas?

— Je te dis de faire comme tu voudras !...

Isidore fait donc lui-même ses dispositions, il règle le prix du repas, commande un bon orchestre pour le bal, puis, pour la soirée les glaces, le punch, les gâteaux; il revient ensuite vers son oncle qui s'est placé à une fenêtre où il fume son cigare et l'emmène en lui disant :

— Tout est convenu, et nous serons d'autant mieux traités que le maître de l'établissement connaît mon père, qui a été longtemps son pharmacien...

— Ah 1 tant mieux... il sait alors àqui il a alTaire.

— Par exemple, mon oncle, je n'ai pas commandé de souper... Les personnes qui auront été du dîner n'auront pas faim ; celles qui ne viendront que pour le bal auront des pâtisseries, des glaces, du punch et du bordeaux en abondance... cela suffit... et un souper, cela fait rester trop tard, cela n'en finit plus!

— Ahl je te comprends... mon gaillard!... Soit!... pas de souper, je dînerai en conséquence.

Madame Cudet su fait conduire par son beau-fils dans l'appartement préparé pour les nouveaux marié'i. Elle s'étonne d'abord que ce soit au cinquième étage ; elle s'étonne encore plus en voyant la modetlie de rameublcment, mais bientôt elle eu parait très-satisfaite et se dit en elle-même :

— J'avais tort de craindre que mon frère Gaspard ne fit par trop de folies pour sa nièce Péroline, je commence à croire qu'il ne «(• ruinera pas pour elle. Il lui a donné une jolie dot, parce qu'il voulait la voir raarieo à l.sidore, parce qu'il protégeait la passion de ces jiune» amoureux; mais j'ai dans l'idée ([u'il les laissera voler de leurs pro- [ires ailes... tant mieux! mes enfants auront leur part du gâteau.

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