‹ MoustacheChapitre 116 sur 281 · UNE AVENTURE DE FRISON · texte numérisé non relu

UNE AVENTURE DE FRISON

Durozel a fait monter Alexis dans un fiacre, et il le ramène chez lui. Vendant les premiers moments qui ont suivi sa sortie du bal, le jeune homme n'est pas en état de parler; son exaspération est si forte, qu'il ne trouve point de paroles pour s'exprlmt-r.

Lorsque enfin ses idées un peu calmées lui perniettunt d'épancher son cœur, il se jette dans les bras de Durozcl, en. lui disant :

— Ah! mon amil quelle scène... quel raffinement de méchanceté!... se servir de moi pour le but de ses moqueries... Parce que je ne connais pas encore le monde... que j'y suis gauche, timide... me faire bafouer i)ar toute sa société... Ces jeunes gens qui lui font la cour, elle semblait leur dire : « C'est un sot, un niais... je l'ai invité à mon bal pour me moquer de lui... plus vous le rendrez ridicule, plus je serai contente. » Ah! ma cousine ! qu'ai-je donc fait pour être ainsi traité par vous? Quel est mon cruneî Je vous aimais de toutes les forces de mon ûme, comme on aime pour la première fois, avec un cœur brûlant qui fait d'une femme un dieu, un ange pour lequel on donnerait sa vie. 11 me semblait que dans tout l'univers aucune femme n'était aussi belle, aussi gracieuse, aussi accomplie que vous. Enfin, je croyais que vous m'aimiez aussi... Avoir eu cet orgueil, voilà sans doute ce que vous ne pouvez me pardonner... Ah 1 si vous étiez aussi pure que vous êtes belle, je comprendrais encore que votre vertu s'olIVnsàt des espérances que j'avais formées I... Mais je vois trop bien que d'autres sont plus heureux que moi ; vous ne sembicz pas môme vouloir prendre la peine de le cacher ; et pour moi vous n'avez nulle pitié, vous m'accablez de dédain, de railleries, d'humiliations! Ah! Durozel! c'est liiii, je vous le jure. Je n'aime plus ma cousine... NonI oh! je la hais maintenant. J'ai honte de ma faiblesse passée... mais soyez tranquille, je suis guéri, bien guéri; j'en aimerai une autre, j'en aimerai dix autres. Vous me conduirez au bal, au spectacle ; nous y mènerons des dames, des demoiselles, des grisetles... Je serai aimable... Je serai gai... Je ferai la cour à toutes les femmes, car je veux surtout que tout le monde sache que je n'aime plus ma cousme.

Durozel a laissé parler Alexis sans l'interrompre ; il lui échappe même un léger mouvement de tête, qui semblerait indiquer qu'il n'est pas bien persuadé que son jeune ami soit entièrement guéri de son amour; mais il se garde bien de le lui du'e.

— Il faut d'abord vous calmer, mon ami, lui répond-il; ensuite nous agirons en liomiue, et nous ferons bien.

— Est-ce que vous ne me croyez pas, Durozel? est-ce que vous n'ajoutez pas foi à mes paroles? Mais puisque je vous répète que c'est fini... bien fini... que je n'aime plus Hélène... que je la hais maintenant.

— Mon cher Alexis, si vous ne l'aimiez plus, vous ne la haïriez pas; vous n'auriez plus pour elle que de l'indiirorence. Les extrêmes se touchent, dit- on, et cela est vrai surtout dans nos passions. Kien n'est souvent plus près de l'amour que la haine. Au reste, je ne dis pas cela pour vous décourager. Votre amour-propre a reçu ce soir une bien rude atteinte; et comme co sentiment est celui de tous qui pardonne le moins, j'espère qu'il vous soutiendra dans vos bonnes résolutions, et vous aidera à vaincre une passion qui vous rendrait malheureux, parce que vous ne savez pas encore aimer comme on aime dans la bonne compagnie.

— Soyez tranquille... j'aurai du cœur maintenant, Mais pourquoi ne m'avez-vous ps laissé me venger de ce M. Darligue?... de cet insolent qui a eu 1 idée de me faire tlanser avec un singe... car cc>i lui, olil j'en suis bien certain, c'est lui qui a formé ce complol... je l'ai vu j)arler bas à ma cousine, et elle a ri en disant : « Ce sera délicieux... il n'y a que vous pour avoir de ces idée^-là! »

— Que ce soit M. Dartigue ou madame de Pomponney qui ait imaginé cette mystification, qu'importe? vous n'aviez aucune vengeance à eu tirer ilic/. votre cousuie; vous ne savez donc pas que votre colère vous rendait plus ridicule encore aux yeux de ce monde qui est toujours enchanté lorsqu'il peut se moquer de quelqu'un? Si vous aviez pu prendre la chose en riant, cela eut bien mieux valu ; si, prenant le singe dans vos bras, vous vous étiez mis à danser avec lui le galcip dans tous les salons, on eût trouvé cela charmant, et tous ces messieurs qui voulaient vous mystifier eussent été bien attrapés. Mais il aurait fallu pour cela avoir une habitude du monde que vous n'avez pas, et surtout ne pas être amoureux comme un fou d'une femme qui se moque de vous. Une provocation, une scène chez votre cousine ne vous aurait pas vengé. Je vous le répète, il faut attendre, et lorsqu'une bonne occasion se présentera ^\^i rire à votre tour aux dépens de ceux qui vous ont bafoué, soyez bien certain qu'alors je serai le premier à tous engager à ne poml la laisser échapper.

— Mon bon Durozel... que je suis heureux de vous avoir retrouve... moi qui m'irritais de vos conseils... Vous n'êtes plus l'àché contre moi ?

— Je ne l'ai jamais été.

— Par quel hasard vous ai-je recontré à ce balî

— Madame do Pomponney m'avait envoyé une lettre d'invitation,

et j'y suis allé, parce que jo me sois douté que je voiis y rencontrerais.

— Ah ! si je vous avais revu plus tôt, je n'aurai pas mis cet infâme costume qui m'a valu toutes ces mésavenlurcs... Maudit costumîtr, quand il viendra demain, je le jetterai en bas de l'escalier!

— Vous auriez grand tort; le déguisement n'était pas laid du tout; il ne s'agissait que de savoir le porler ; ce n'est pas la faute du costumier si vous ne savez pas encore faire l'amoar dans un salon, au milieu de deux cents personnes.

— Et ce .M. dePoinpunney, le mari de ma cousine, que je croyais voir hier pour la première fois! Je l'ai reconnu, cet homme... Croiriezvous, mon cher Durozel, que le mari d'Hélène... d'une femme... si belle, car enfin, quoique je la déteste maint'-nant, je n'en dois [.as moins lui rendre justice; eh bien! le mari d'une femme si jolie c-l ce même homme que j'ai vu le soir dans la rue, suivant une ouvrière... car ce devait être une ouvrière, voulant s'emparer de son bras... l'insultant... enfin celui que j'ai jeté sur une borne.

— 11 n'y a rien là d'extraordinaire; quand vous connaîtrez mieux le monde, vous ne vous étonnerez plus de tout cela. Rien de plus commun ! Le mari d'une jolie femme la néglige, la délaisse, fait auprès d'elle le malade, puis en secret poursuit quelquefois une femme Jaide, commune, auprès de laquelle il fait l'aimable, le galant, tandis que chez lui il est maussade, froid et indiffèrent. On voit aussi des femmes en faire autiint à leurs maris Cependant du côté de ces damLS, je dois convenir au'il faut souvent qu'un motif les pousse à changer, tandis qu'il n'en faut aucun aux hommes pour tromper leurs femmes. Quant à M. de Pomponney, ce que vous me dites ne m'étonne nullement; sa réputation est faite : c'est un vieux paillard. Au reste, je pense que vous vou? Hàt bien gardé de lui rappeler votre rencontre dans la rue.

- Je n'ai pas encore été si maladroit.

— S'il vous a reconnu, comme c'est présumable, parce qu'on remarque la fif,'ure de quelqu'un qui nous jette sur une borne, il a dû être enchanté de trouver l'occasion de se venger de vous, et je ne m'ctonae pas qu'il ait consenti à laisser mettre un masque et un domino à son singe. Maintenant, mon ami, calmez-vous, reposezvous, tâchez de persister dans vos bonnes dispositions, et ne jetez pas demain le costumier sur les escaliers, car il vous a peut-être rendu cette nuit un service éminent.

— Durozel, deiBain nous irons chez mademoiselle Julienne, n'est-ce pas? et puis mademoiselle Amandine devait donner une soirée... Et ne pourrions-nous pas aussi conduire ces demoiselles à quelque bal... les mener dîner... puis au spectacle?... Je vous le ré|'ète, je veux beaucoup m'amuser... je veux être galant... je veux avoir plusieurs maîtresses... les adorer toutes... Cela se peut, n'est-ce pas?

Durozel se contente de sourire, de serrer la main de son ami, et le quitte en lui disant :

— A demain, nous causerons de tout cela.

Alexis lâche de trouver dans le sommeil l'oubli de ses tourments ; mais les divers sentiments qui se combattent dans son cœur ne lui laissent pas goûter de repos, et lorsque ses yeux se ferment un moment, il se croit en Amour, A volt le singe sur son dos, et s'imagine entendre encore les rires moqueurs de sa cousine, et .sa bouche murmure : — Ohl je la haisl je la déteste maintenant autant que je l'aimais autrefois!

Mais le profond soupir qui sijiil cette pensée n'annonce pas une entière guérison.

Le lendemain de grand matin, Alexis est chez Durozel; il veut déjeuner au café Anglais, dîner au Palais-Royal ; il veut courir les spectacles ; il ne parle plus que de plaisirs. Mais ce n'est pas avec cette franchise, cette gaieté d'un homme qui ne pense qu'à se n-jouir; c'est avec cette agitation d'une personne que la lièvre agite, et qui veut s'efforcer de dissimuler son mal.

— Soit, amusons-nous! dit Durozel; moi, j'y suis tout disposé! A propos, montez-vous à cheval?

— Un peu, comme on monte à la campagn e. je sais me tenir, mais je ne suis pas fort.

— Tant mieux ! nous irons louer des chevaux après déjeuner, et nous ferons une petite promenade. Vous saurez, mon cher Alexis, que l'équitation est une des meilleures disti-actions qu'on puisse se donner quand on a quelques chagrins de cœur, et moins on est bon écuycr, plus le remède est efiicace ; car, lorsoue, place sur un cheval, on est sans cesse oblige de faire attention a bien se tenir en selle, à ne pas perdre les étriers ot à n'écraser i>ersonne, on a fort |>eu le temps de penser à autre chose.

— Eh bien! allons à cheval après déjeuner. Mais si je me laisse tomber?

— Ce sera encore une distraction. Un iietit mal physique guérit quelquefois un grand mal moral; cl toutes les chutes ne sont pjs dangereuses! Cc|iondant il n'est pas absolument luvcssaire que vous touilliez.

Iji sortant du cj»fé, les deux ainis se rendent chez un louem- de chevaux.

— Doimez-iu'cn un bien doux! dit Alexis. f

— Non! non! pas li-op doux ï^écrie Duroxel, £* ne vous occupe?

LA JOLIE FILLE DU tAUBOURO.

rail pa"! assez ! il ne tous faut pas un rhnval niéciiant, peureux, mais preuez une monture vive, alerte, friulj'aiite... cela vous rendra bon cavalier.

Alexis fait ce que son mentor lui conseille, et ces messieurs sont bientôt dans les Cliamps-Klysées, chevauchant à quelque pas l'un de l'autre, Uurozel caracolant avec grâce sur son coursier, et Aleiis faisant son possible pour se bien tenir sur le sien.

On est en hiver; mais le temps est beau, la promenade est fréquentée j les piétons viennent s'hiverner et admirer les équipages, les cavalcades , les toilettes de la saison que les petites maîtresses étalent au fond d'une calèche ou d'un coupe.

lin passant près de l'endroit où il a rencontré Hélène «trcc Daitigue, Alexis pousse un profond soupir et dit à son compagnon :

— C'est là que je l'ai vue avec ce monsieur.

Pour toute réponse, Duruzel donne un coup de cravache sur le cheval d'Alexis ; le coursier prend un temps de galop, et le cavalier est obli^'é d'oublier ses peines de cœur pour s'affermir sur ses élriers.

Tout à coup, à un endroit où quatre roules se croisent, j^exis pousse un cri! Durozel se retourne avec anxiété et lui dit :

— Quoi donc... ètes-vous tombé?

— Non... mais ce tilbury qui vient à droite...

— Eh bienî...

— Uegardez... c'est ma cousine et son mari qui sont dedans... et à côté d'eux... à cheval, c'est M. Darligue...

— En effet... Alors un temps de galop... Allons, sapredié 1 il faut les couper, il faut leur faire voir que l'Amour sait monter à cheval.

— Oh! oui... Allons... ventre à terre!...

Alexis a donné de l'éperon à sa monture, c'est tout au plus si Durozel peut le suivre; mais les deux cavaliers coupent le chemin au moment où le tilbury allait passer, ils frisent presque la tète du cheval de M. de Pomponney qui est obligé de reculer, taudis que le coursier d'Alexis pas*e sur une mare d'eau, et couvre de crotte l'élégant Dartigue qui s'est arrêté près du tilbury.

Un cri de surprise est échappé à Hélène, un jurement à Dartigue, et une expression de terreur à M. de Pomponney. Mais déjà les deux cavaliers sont bien loin. Lorsqu'enfin Alexis est parvenu à ralentir l'allure de son cheval, il se rapproche de Durozel et lui dit : ^ — Ah! mon ami, je suis transporté de joie!

— Vraiment?

— J'ai éclabousséDartigue,je l'ai couvert de boue,lui et son cheval.

— Fort bien, c'est déjà une petite vengeance... Au reste, je vous lais mon compliment, vous alliez comme le vent, et vous n'êtes pas tombé ; voila une excellente leçon d'équitation.

— Pour passer devant ma cousine, j'aurais franchi les plus hautes barrières... Si nous courions après leur tilbury pour les couper encore?

— Non ! une fois c'est bien, mais deux, ce serait y mettre de l'affectation ; prenons cette autre route, et retournons à Paris. Vous devez être fatigué.

— Oh! je ne sens pas la fatigue I je suis si content d'avoir éclaboussé Dartigue... Et ma cousine, pensez-vous qu'elle m'ait reconnu?...

— Nous avons passé assez près d'elle, il est impossible qu'elle ne nous ait pas vus...

— Ah ! Durozel, quelle bonne idée vous avez eue en me proposant d'aller à cheval!

— Oui; mais maintenant, je vous le répète, allons doucement. Les deux amis suivent une route qui les ramène vers la porte

Maillot. Us ne vont plus qu'au petit trot, et passent devant un cabriolet de louage qui est arrêté près de l'eutréa du bois de Boulogne, et dans lequel est une jeune femme et un cocher.

Sans faire attention à cette circonstance, ils continuent d'avancer; mais à cent pas environ du cabriolet, ils aperçoivent devant eux un ieune homme qui court de toutes ses forces du côté de Paris.

— C'est singulier, dit Durozel, comme ce jeune homme qui court là-bas a la tournure du petit Frison.

— En efTet, dit Alexis, ce doit être lui...

— Parbleu, il faut nous en assurer; avec un temps de galop, il nous sera bien facile de le rejoindre, et nous saurons alors ce qui le fait courir ainsi.

Les deux cavaliers pressent leurs chevaux ; ils ne tardent pas à rejoindre le monsieur qui courait devant eux. Entendant les pas des chevaux, il s'est arrêté, retourné. C'est bien le jeune Frison, qui pi.rt d'un éclat de rire en reconnaissant les deux cavaliers, et leur crie :

— Ah! sapristi, messieurs, vous m'avez l'ait peur... Je vous ai pris tous les deux pour un cabriolet!

— Eh! que diable avez-vous à courir ainsi, monsieur Frison?...

— Ce que j'ai... ohl parbleu, j'ai de fameuses raisons... Est-ce que vous n'avez pas vu un cabriolet arrêté là-bas... et une jeune femme dedaus... et uneocherî

— Oui.

— Et tout ça ne bougeait pas!... ils étaient toujours arrêtés?...

— Oui.

-- Boa... c'est égal, il faut gagner du terrain... Ah! ah! ah ! l'ateiiture est drôle, allez... il y a de quoi rire... Ah! tichtre 1 je crois

(juc le cabriolet revient par ici... oui... il revient. Qui csl-cequi me. prête son cheval, que je me sauve... Mursieurs, je vous en priel c'est urgent! vous saurez pourquoi... un cheval... je vous le rendrai 1 je ne l'emporterai pas... je vous le promets... Mais un cheval, bien vite.

Durozel met nied à terre, et déjà Fri«on a saule en selle, et il s'éloigne iiu granil galop on criant aux deux amis :

— Je vais vous attendre sur la place Vendôme.

Frison ne tarde pas à disparaître sur la route, et Alexis, qui s'ost arrêté pour attendre Durozel, lui dit :

— Qu'allons-nous faire maintenant?... M. Frison nous donne le rendez-vous un peu loin...

— Oui, il est tout à fait sans gêne; moi, je croyais qu'il allait nous attendre contre la barrière, ou du moins dans IcsChampB» Élysée^... C'est un petit farceur; ie crois qu'il s'est moqué de moi, et qu'il était seulemeni bienaise d aller à cheval.

— Vous ne pouvez pas aller si loin à pied, vous dcves être fati« gué... voulez-vous monter à ma place?

— Non, car ce serait toujours la môme chose, c'est vous qui se* riez dans l'embarras.

— Voulez-vous que je vous prenne en croupe t

— Oh! non... je vais aller à pied jusqu'à la barrière. Là, il faut espérer que je trouverai une voiture.

— Je vais aller au pas près de vous... Ah! voilà le cabriolet dont Frison avait peur. La dame qui est dedans semble en effet le cher* cher sur la route... 11 ne nous a pas menti.

Le cabriolet arrive contre Alexis; la jeune femme qui est près du cocher penche sa tête en dehors, et, s'adressant à Durozel, lui dit d'un ton très-dégagé :

— Monsieur, vous n'auriez pas aperçu sur votre chemin un petit jeune homme en redingote olive... pantalon gris à sous-pieds, et des gants beurre frais... très-brun de peau... pas les gants, le jeune homme.

Ce signalement était bien celui de Frison; mais Durozel répond avec un grand sérieux :

— Je n'ai rien vu, madame.

— Ah ! bien ! Dieu merci ! s'il met tout ce temps-là pour satisfaire un petit besoin! Il avait donc un clyso-pompe dans sa culotte, et à jet continu encore!... C'est égal, allons toujours... Merci, monsieur.

Le cabriolet s'éloigne; Durozel regarde Alexis en riant :

— Comment trouvez-vous celte dame?... elle ne nous ep a pas dit long, mais c'était bien !

— J'en suis encore tout saisi.

— Avançons, avançons, je voudrais déjà être à la place Vendôme pour connaître l'aventure de Frison.

Le piéton presse le pas. Ils arrivent à la barrière. Là, Durozel monte dans un cabriolet, et les deux amis sont bientôt à la place Vendôme, où M. Frison s'amusait à faire caracoler son cheval autour de la colonne.

Durozel renvoie son cabriolet, remonte sur son cheval que Frison ne lui rend qu'à regret, parce qu'il se trouvait très-gentil dessus, et il lui dit :

— Votre histoire?

— Je vous la conterai en dînant, si vous voulez que nous dînions ensemble...

— Volontiers.

— Mais ne craignez rien, messieurs, je suis en fonds, nous ne sommes qu'au 2 du mois. Allez remener vos chevaux... Je vais vous attendre au Palais-Royal, devant la Rotonde.

On est exact au rendez- vous. Ces trois messieurs vont s'attabler chez Véfour, et, tout en faisai.it honneur au dîner, le jeune Frison entame son récit :

— Messieurs, vous saurez qu'il y a deux jours... vous voyez que ce n'est pas vieux, j'aperçus, au cirque de Franconi, cette jeune beauté que vous avez vue' aujourd'hui dans le cabriolet... Elle est gentille, n'est-ce pas?... Ohl vous avez beau secouer la tête, elle est gentille : la taille bien prise... une -poitrine magnifique... et c'est très-rare depuis quelque temps; un œil noir, vif, un peu hardi peutêtre ; mais qu'importe ? je ne me flattais pas d'avoir fait la conquête d'une nonne; j'avais donc lancé des œillades qu'on m'avait renvoyées à brùle-pourpoint. La particulière était avec un monsieur dont les cheveux ressemblaient parfaitement au poil d'un caniche, et la figure à une tête de veau lorsqu'elle est encore dans son état naturel. Je présumai que ce devait être au moins le parrain de ma donzelle. Il la bourrait de marrons et de châtaignes pendant les entr'actes , et elle les mangeait avec une grâce dont je me sentais ému. Je me disais : Certainement ce n'est pas une duchesse, mais ce peut être une bonne petite bourgeoise ou une demoiselle de magasin. Tout cela m'allait.

« Le spectacle terminé, je suis ma conquête, je me dis : Certainement, ils s'en iront à pied; un homme qui fait manger des châtaignes à une femme ne la ramène pas en voilure. Il n'y a pas besoin d'être grand économiste pour savoir cela. Eu effet, on chemine à pied, et on me fait aller jusqu'à la rue de Charonne... c'était un peu loin, mais quand on exerce le métier d'homme à bonnes forlunes,ilne faut pas avoir de cors aux pieds. Tout en suivant ma bell^, ie me disais en-

LA JOLIE FILLE DU FAUBOUR»

Cdie : Si le monsieur à la lôte de veau est son mari, son prolecicur.son (iMcle... son je ne sais quoi, enfin s'il denieuro avec elii;, je regarderai bien fa maison... je ferai une croix iilanclie sur le mur... j'ai tuu'ours à cet effet un morceau de craie dans ma poche, et demain I.' viendrai aux iiilormalions. Mais je n'eus pas celte peine. Arrivé devant une porte d'allte, on s'arrête, la tète de veau dit a<lieu cl s'en Ta; et, comme vous le devinez bien, la demoiselle met tellement de temps pour pousser la porte qu'on vient d'ouvrir, que je la rejoins avant qu'elle soit entrée.

« Je vous ferai grâce de notre conversation, vous savez ce que l'on dit à une femme en pareilles circonstances... toujours les mêmes bêtises : Je vous adore, permettez-moi de vous revoir. — Oh ! non, monsieur... cela me compromettrait... les jeunes gens sont si indiscrets... si volages, — Moi, mademoiselle, je ne suis pas comme les autres. — Oh ! vous ne valez pas mieux !... et caîlera, et caetera. Cependant, je dois avouer que ma conquête se montra peu cruelle; elle ne pouvait pas, disait-elle, me recevoir chez elle, vu ((u'elle demeurait avec sa tante, mais elle m'accorda un rendez-vous pour le lendemain. J'en conclus que mes regards de flamme avaient fait une profonde blessure à son ciBiir.

«Le lendemain, c'était hier,je me rends sur le boulevard tiourdon, lieu de notre rendez-vous. Ma liellene tarda pas avenir; en la voyant pour la première fois au jour, j'avoue que je fus un peu désenchanté. il y avait sur son visage une foule de taches de rousseur que je n'avais pas aperçues la veille; et puis, la conversation n'annonçait pas une éducation complètement achevée ; c'est égal, le vin était tiré, il fallait le boire, et pour le boire, je veux emmener ma conquête chez un traiteur des boulevards Neufs. Mais on n'avait pas le temps, on finissait de broder un chàle de barége qu'il fallait rendre le soir même ; bref, on ne pouvait aller avec moi que le lendemain. Quoique je commençasse à croire que ma Dulcinée travaillait plutôt dans les torchons que dans les baréges , je conviens d'un rendez-vous pour le lendemain. C'était aujourd'hui. Je retrouve mon infante, à trois heures, au môme endroit iiue la veille. On avait fait une toilette : un chapeau de paille reteint et un boa qui ressemblait à cinq queues de chat liées ensemble. Je me dis en moi-même : Je ne te promènerai pas aux Tuileries, toi; c'est égal, ne nous attachons pas aux dehors. Je dis à ma belle : Vous dînerez avec moi. — Volontiers. — Où ironsnous? — Où vous voudrez... mais un peu loin, il fait si beau... si nous pouvions aller à la caïupagne?... — C'est très-facile. Aimezvous le bois de Boulogne? — Oh! j'aime tous les bois... surtout quand ils sont bien touffus 1 — Ah! fichtre, me dis- je, cela promet! Maliieureuserfient toutes les feuilles sont tombées... il serait difficile de le s voir à l'envers; n'importe, je les lui ferai voir à l'endroit. Allons au bois de Boulogne, nous nous y promènerons ^ puis nous retiendrons dîner chez Ravel aux Champs-Elysées. Prenons uiRabrio- Ict pour nous mener au bois de Boulogne.

« Je passe mon bras sous celui de ma bergère, et je me dirige avec elle vers une place de cabriolets. J'étais en fonds, j'avais touché mon mois d'avant-hier, et quand j'ai de l'argent, ça va très-bien, je le fais rouler.

a Nous trouvons un cabriolet, nous montons, Je me place au milieu, entre ma belle et le cocher, et je dis à celui-ci : Au bois de Boulogne.

«Le cocher,auquel j'avais fait assez peu d'alteiuion en montanldans sa voiture, était un jeune homme d'assez bonne mine, bien gras, bien rouge, l'air bien commun, et costume analogue à son état.

«Nous cheminions depuis quelque temps, moi lilchanl de dire des choses aimables à ma conquête, lorsque je crois remarquer que cette demoiselle portait assez fiéqueinment ses regards sur notre cocher. D'abord, je n'y fais que peu attention ; mais bientôt je m'aperçois que notre autoraéilon jette aussi en dessous des œillades à ma belle, puis ces œillades sont suivies d'un léger sourire. Enfin, comme nous entrions dans l'avenue des Chainus-Elysées, voilii mon objet qui s'écrie : aMais,jc ne me trompe pas I C'est toi, François ! — Oui, mnnizelle Nonore, c'est moi, répond le cocher; ohl je vous avais ben reconnue tout de suite. — Oh! ce hasard I... il y avait si longtemps que nous nous étions vus... ce pauvre François!... — Dame, pas depuis le jour où nous devions nous marier... — C'est vrai que tout était décidé , et sans ma tante , qui a changé d'avis comme une girouette, je serais la femme îi présent... et j'aurais peut-être une trôlêe d'enfants. — Ce serait ben possiblel... — Ce cher François .. ça me fait plaisir de le revoir... Te rappelles-tu ce jour où nous avons été aux lilas ensemble... Ah Dieu! nous sommes-nous amusés! — Ahl ie crois ben que je me le rappelle, il faisait plus chaud qu'aujourcl'hui. »

« Pendant cette conversation entre ma belle cl le cocher, voyez-vous d'ici la ligure que je faisais?... J'en avais bien assez de mademoiselle Nonoie, cl au moment où nous touchions ît la porte Maillot, je dis au cocher :

« — Monsieur François, voulez-vous me faire le plaisir a arrêter un moment?... je suis obligé de descendre pour salislaire une de ces pe^tiles infirmités auKpiellcs riiomme est sujet.

«Le cocher arrête; je descends, je passe derrière le cabriolet, et là, je prends mes jambes à mou cou eu me dirigeant vers l\iiis. laissant

mademoiselle Nonore libre de ec rappeler »e» anciennes amour» ave* M. François. C'est alors que vous m'avez rencontré.

— Et en tllet on a couru après vous, dit Durozel; votre demoiselle nous a même demandé si nous vaus avions vu, en nous donnant votre signalement.

— Voyez-vous que j'ai bien fait de prendre votre cheval et de me sauver! .Mademoiselle Nonore m'a tout l'air d'une gaillar !•. loi-m'a rait fait une scène ou obligé de lui payer à diner. Heu:

ignore mon adresse et ne viendra pas me réclamer ■ ' messieurs, me rendra un peu plus circonspect; à l'av' -, moins prompt ù oflrir mon cœur et mon diner. Je voui denianut le secret, surtout chez mademoiselle Julienne... car on aurait trop btïu jeu à se moquer de moi.

Après avoir ri de l'avenlure arrivée à Frison, les trois jeunes gfins sortent de chez le restaurateur et se rendent au faubourg du Temple.

Il y avait longtemps qu'Alexis n'était allé à la réunion de 11 fleuriste; aussi les jeunes Glles laissent-elles échapper un cri de surprise en le voyant. Cet étonnement devient bientôt une vive satislaction lorsqu'on remarque le changement qui s'est opéré dans les manièrei du jeune homme.

Au lieu de rester dans un coin où il ne disait rien, Alexis va maintenant causer avec ces demoiselles; il examine l'ouvrage de l'une, adresse un compliment à une autre, t&cbe enfin d'être aimable avec toutes. Et, bien que tout cela soit fait d'une manière un peu forcée, les grisettes n'en sont pas moins charmées de ce changement d'humeur. Elles se regardent entre elles et se disent tout bas :

— Comme il est devenu aimable, gentil... Ce n'est plus le même. Désirée la rouge ajoute : — On pourrait bien gagner la prime à

présent, et s'approchanl de Durozel, elle lui dit à l'oreille : — Le chûle tient-il toujours?

— J'en promets même deux maintenant, répond Durozcl.

— Deux!... c'est un peu insolent, ça... mais vous pourriez bien les perdre.

— Je le désire.

— Est-ce qu'il veut leur faire la cour à toutes? dit Frison à Durozel. Qu'est-ce qu'il a donc aujourd'hui le jeune .Alexis?... est-ce le cheval qui lui produit cet effet- là? Il devrait se mettre postillon alors.

Cependant le cheval avait produit sur Alexis un effet autre que celui supposé par le jeune Frison, et plusieurs fois, en voulant s'asseoir, l'élève de Durozel avait fait une grimace qui trahissait une douleur qu'il aurait voulu dissimuler.

Mademoiselle Amandine, qui vient de remarquer une contorsion du jeune homme, lui dit avec l'air d'un tendre intérêt :

— Qu'avez-vous donc, monsieur Alexis î est-ce que vous avez mal quelque part?

— Non, mademoiselle, non, je n'ai rien.

— Mais, en effet, dit Julienne, voilà plusieurs fois que je remarque combien M. Alexis semble souffrir par moments...

Durozel sourit en s'écriant :

— Oui, mesdemoiselles, oui, il a probablement mal quelque part; mais il n'ose pas vous dire où... C'est que nous avons été a cheval fort longtemps aujourd'hui, et quand on n'a pas l'habitude de cet exercice, il a des suites, mais qui ne sont nullement dangereuses... seulement cela gêne pour s'asseoir.

— Et je pense, dit Frison, que maintenant ces demoiselles savent où M. Alexis est endommagé.

Les grisetles se mettent à rire. Alexis devient rouge et gronde Durozel; Désirée s'écrie :

— Il parait touicurs que cela fait bien souffrir... Est-ce qu'il n'y a pas de calmants pour ça?

— Le meilleur, c'est de s'y mettre de la farine, dit Durozel.

— De lafarinel ah! tiens, j'en ai justement une demi-liTre dans mon cabas, mie j'avais achctou pour me faire de la bouillie... Si monsieur Alexis ta veut...

— Je crois môme, dit Frison, que mademoiselle Dtsirée serait bien aise d'appliquer le remède elle-même, et de soigner la partie blessée.

— Monsieur Zonzon^ vous me prenez probableinent pour celles que vous fréquentez... J'offre à monsieur ma tanne, il me ,-eiuble qu'il n'y a aucun mal à cela... Je n'ai pas dcm.indé à l'employer moi-même.

— Pardon, belle Désirée, j'avais cru que vous vouliez modeler U bienséant do monsieur.

— Venez encore me demander à vous recoudre un boulon , cl je vous recevrai bien, vous !

Alexis remercie Désirée, en protestant toujours qu'ff n'a rien, et Amandine s'écrie :

— A propos de farine, c'est après-tloiaain que je donne m\ ^rraiide soin e, (jue je pends la crémaillère chez moi. Messieurs, me iei-cz->ous le plaisir de venir.

— Volontiers, dit Durezel.

— Est-ce qu'on mangera de la farine? demande Fnsun.

— Mon Dieu, que vous êtes bête. ! Il y aura... ce qu'il y .uir.i... On tâchera de vous bien recevoir. .Vi.i.-i, je compte sur vous, niossirurs.

En disant cela, ma lemoisclle Amandine ri-gnrdaii pu liculièreineiil Alexis, dont le chaiigemeiil d'hutiicur lui avait parii de bon a;;ijiiic. Ces is messieurs proiucttcnl de P""ivcau de se rendre à cetlosivi*

LA JOLIE FILLE DU FAUBOURG

talion puis ils ne tardent pas à dire bonsoir aux jeunes filles ; cl, tout CM, furanl toujours qu'il n'a pas de mal, Alexis fait uuc singulière grimace en niarthant.

Xll. — sua L'ESCALIER.

ta Fontaine a dit :

Ne forvona point notre talont, Nous ne forions ri.n avec (;tftc«.

Et cette pensée si vraie peut s'appliquer à l.ien autre chose encore que notre talent. Ainsi ne forçons iioiul notre vocation , nos goûts, notre humeur, nos manières, car nous nfc trom|»erons pas longtemps un œil extTcé, et toute la peine que nous aurons prise n'aura qu'un bien médiocre résultat.

Alexis s'était efforcé d'être gai , d'être galant; mais Diirozel, qui savait lire dans le cœur humain, voyait que tout cela n'était qu'une tâche que le pauvre Alexis s'était donnée et qu'il voulait achever de son mieux Ce qu'ils avaient fait tous deux dans la journée pouvait distraire le jeune homme, mais ce n'était pas encore là ce qui devait le guérir, et Durozel savait fort bien qu'il n'avait pas compromis sa bourse en promettant deux chàlts à mademoiselle Désirée, si elle faisait la conquête de son jeune ami.

Ce n'était point à la société exclusive des grisetles que Durozel voulait borner les connaissances de son ami.

Déjà il lui avait plusieurs fois proposé de le conduire dans le monde, de l'introduire dans de brillantes réunions, où des femmes élégantes, des demoiselles jolies et bien élevées auraient pu captiver son cœur ; mais jusque-là Alexis a\iit refusé de se laisser présenter dans d'autres maisons. 11 se rappelait ses mésaventures dans le salon de sa cousine, et avait craint d'être aussi malheureux ailleurs.

Maintenant Alexis a promis à Durozel de le suivre partout; celui-ci

va trouver son jeune . ,

ami le lendemain de leur partie de cheval, et lui dit :

— Aujourd'hui je vous mène au laubouTsr Sain'-Germain; u ne s'agit plus là de dire des bêtises et de manger i; ■ - marrons, de s abaiidonner à sa gaieté et de fredonner une contre. i Mise. 11 faut être sévère dans sa tenue, réservé dans son langage, soigné dans sa toilette, froid dans sa gaieté; il faut savoir écouter une conversation qui vous ennuie et faire un whist qui ne vous amuse pas. Mais c'est la bonne société, il faut la voir ; cela est nécessaire à un jeune homme, conime il est nécessaire à un acteur de jouer quelquefois des rôles qui ne sont pas de son emploi. Ensuite je ne prétends pas vous prévenir que Ion g'ennuie toujours dans la bonne compagnie. Dieu me garde de vous

dire cela, ce serait un paradoxe que je suis loin de poser. En géné- ?run 2 t toujours bien où l'on sait se bien conduire, « «^t PO"'. «^ela qu'il faut prendre de bonne heure l'habitude du monde. Viendrez-

'"- Mon cirDuTozd, répond Alexis, je suis décidé à aller partout où vous voudrez me conduire, mais pour ''^J^"'''' ''"V„Vr.lSs* de une trêve ; le n'ai pas voulu en convenir hier chez ces demoiselles, mais le cheval m'a laissé des souvenirs cuisants; je me «uis assis ce matin sur une forte cou.:he de farine, je ne >^'^"gffai pas de là jusqu'à demain. 11 faut que je puisse marcher pour aller chez mademoiselle Amandine.

Vons ne me remettez pas, monsieni? iPiige 33 )

— Soit, dit Durozel, soignez-vous, guérissez-vous , car CCS demoiselles voudront probablement danser.

Vous savez où demeure Amandine... rue Corbeau , elle vous a donne son adresse?

— San» doute , mais est ce que vous n'y Mendrez pas avec moi?

— Je vous y rejoindrai demain je suis d un diner de famille, d i n diner chez un cncle qui ne boit que de 1 eau , et avec des cuuMi es qui ne manf,eiil que des œufs ! je 1 c MUS propose pas dé >ous mener avec moi...

)t vous aime trop pour ( t a, mais je vous re-

iidiai de bonne

Durozel laisse Alexis a^bis sur sa farine. Le ) une homme repasse ( ns sa mémoire les

Il tiiients du bal,

b maintenant il peut t \ Mger de sang- 1 il :' il ne comprend 1 1, que M. Pomponncy I ^e négliger sa feiu- 1 , mais il s'étonne

— le plus qu'une 1 me jeune et jolie

i pu consentir à , user un homme au'-si laid, aussi sot, -u»M repoussant que M Pomponney; et le résultat de ses réflexions, c'est que maduiioistlle Hélène était 1 itii coquette, puisque le dcsir de briller, l'amour de la toilette, de 1 0, lence , ont triomih chez elle du do- ,. ui que devait lui lu p ler ce monsieur ; et une femme qui fait tant de choses par coquetterie n'en fait plus guère par amour j c'est-à-dire que pour lui plaire , il faut d'abord réunir toutes les conditions voulues pour faire unhommf àmode.

Une telle femme n'arrêtera jamais ses '.^S^'^^'J^'J^^^^^^^l 1 halnt=era mal fait la cravate mal nouée, ou qui sera couie comme ôït se coïpl^s: pour obtenir d'elle un ~^^ faut avant tout n'avoir rien de reprehensible ^a"ssa tenue hUe ne

s'informera pas si vous avez d^^^f ''.' ,^5',.^^ "' 'té • doit-on aimante; elle demandera si vous êtes toujours bien gante .dort on nommer amour ce qu'une telle femme éprouve pour 1 homme auquel

'"ces'réïexions étaient fort sages, et elles eo^^J^f^î^^J^^^^^^^^^^ ralmp dins le cœur du jeune homme, car il est assez rare que loa gSe son eiuvousîasmeVur une chose dont on reconnaît le peu de

LA JOLIE FILLE DU FAUDOUflG.

valeur; et Alexis comprenail enfin que ramour,comme il l'entcnflait, lui, était un sentirnont tout à fait inconnu à sa cousine. Peut-iMre ces pensées raisontiables étaient-elles causées par la fraîcheur de la farine qui servait de coussin à Alexis. Ce serait alors un spécifiiiue facile et peu coûteux dont jeconseilleraisl'usageaux amants malheureux.

Le lendemain au soir, Alexis, se trouvant mieux au iihysiuue et au moral, se dirige vers la rue Corbeau , où demeure mademoiselle Amandine, et qui est très-voisine du faubourg habité par Julienne

Arrivé au numéro qu'on lui a indiqué, Alexis entre dans une maison assez gentille, aperçoit un portier qui lui dit de monter au quatrième, et trouve un escalier propre et bien éclairé, ce qui donne au jeune homme une très-bonne opioion dis maisons de la rue Corbeau.

Alexis n'était encore qu'au palier du premier étage, il allait continuer de monter; mais quelqu'un descendait,.., c'est une femme, et )l s'arrête pour la laisser passer; il se trouvait alors en (ace du quinquet qui éclairait l'escalier. 11 regarde la personne qui descend, pensant que c'est peut-être une des demoiselles qu'il a l'habitude de voir I liez Julienne. Mais ses yeux rencontrent un visage inconnu ; c'est celui d'une jeune fille fort jolie, et dont les traits fins et gracieux wciublenl seuli-mcnl im peu a battus par la (ati"iii(,ii ||. rli ir^riu .\|p\i-i

va continuer de monter; mais la jeune fille, qui a passé devant lui vient de le regarder aussi, et s'anélanl tout a coup, iioutse un Mlil cri de surprise, puis semble avoir envie de lui parler.

Alexis s'arrête à son tour cherchant en vain dans sa mémoire à m rappeler |. s traits de cette personne qui a l'air de le reconnaître En ce moment une voix bien douce lui dit ces rnols:

— Vous ne me remettez pas, monsieur?

— Non, madcrijoiselle... je ne crois pas vous avoir jamais vue cependant votre voix... il me semble l'avoir déjà entendue.

— Oh! je vous reconnais bien, moi, monsieur... c'est vous qui un soir... avez eu la bonté de me proléger... quand un homme m'insultait, me poursuivait... Ah ! je suis bien aise de pouvoir vous remercier encore.

— Comment, c'est vous, mademoiselle, qu^j'ai reconduite un soir l

— Oui, monsieur.

— Je ne m'étonne pas si vos traits m'étaient inconnus... Ce £oir-là je n avais pas vu votre visage...

— Mais moi, je vous ai bien vu., monsieur... et je n'avais pas oublie... Quelqu un qui nous oblige... on est bi.jn aise de le reconnaître.

~ ^''"''" "'* I ui fit ' i'jvûir... puisqu'il M

trouve des hommes pour insuiter les femmes, c'est bien le moins qu 11 s en trouve aussi pour les défendre. Mais c'est singulier, je ne croyais pas vous avoir ramenée dans cette rue.

— Ohl non, monsieur, ce n'éUiit pas dans celte rue nue je demeurais alors ; mais j'ai changé de logement depuis cette époque

--LI cet homme qui vous avait insultée, ne l'avez -vous pas rencontré depuis' '

— Une seule fois, monsieur, j'ai eu le malheur de le rencontrer • mais heureusement c'était dans le jour; cependant il e^t encore venu à moi, il m'a reconnue, m'a parlé ; mais moi, sans écouter ce qu 11 me disait, je me suis mise ;\ courir, et comme il y avait beaucoup de monde dans la rue, il n'a pas o.-é me suivre. Depui'- je ne I a. plus revu... et j'espère bien ne plus le rencontrer.

— Si cela arrivait encore, mademoiselle, dites à ce monsieur une le cousin de sa femme ira lui demander raison de sa conduite...

—Le cousin de. ..sa femme. Vous connaissez doncce vieux nionMrur?

— Oui, le hasard me l'a fait retrouver dans le monde... et l'ai été bien suriiris en le voyant. Nous n'avons pas eu l'air de nous coiinaitre 111 l'un m l'autre ; mais s'il se perinettait de vous iii'iulter je .

— Oh ! cela n'arrivera plus, je l'espi-iv... Il ne peut savoir ma demeure... Pans est si grand, je sors si peu... Sans doute je ne le ivterrai plu». Je serais li np malheureuse si je vous faisais encore avoir quelque scène désagréable avec une personne... à laquelle vous êtes iHiÉ... puisque vous êtes... le cousin de sa Iciuiue.

ioliits do riro. (Page 87.)

— Ce n'est pas cela qui m'empêcherait de punir quelqu'un qui se permettrait de vous outrager.

— Vous ôlcs trop bon, monsieur.;, et je.;.

La jeune fille n'achève pas; elle balbutie quelques mots, riiis resta embarrassée et baisse les yeux. De son côté, Alexis voudrait exprimer a cette jeune personne tout le plaisir qu'il aurait h innivoir encore lui être utile, tout I intérêt qu'elle lui inspire; mais il ne sait comment louriiiT sa phrase ; il se ^nt timide, et il reste en silence et immobile devant celle à laquell.; il lui semble qu'il a mille choses à due Du moins, s il est muet, ses yeux, plus hardis, se s.int fixés sur le charmant visage qui est devant lui, paivc qu'il y a dans les traits de la jeune (ille une réunion de grâce, de douceur et do mclam-olic qui l'a sur-le-champ intéressé.

Au liout de quelques minutes, pendant les quelles les deux jeunes ireiis 1 ( sient en lace riiti de l'autre sans prononcer un nM, la joune liile fait une petite révérence en disant :

~ Monsieur, je vous souhaite bien le bonsoir.

Puis descend l'escalier et s'en va, tandis qu'Alexis, qui voudrait la retenir, lui parler encore, ne sait que (aire une inclination de tète et la suivre des yeux.

Alexis était resté sur le palier; il pensait h h jeune lllle qu'il venait de i-eneonlrer; il s'oii voulait beananip de ne pas l'avoir retenu • p us loiigiemps , de l'avoir laissée s'eloigecr sans lui témoigner le inaisir qu il aurait ;\ la rouir.

LA JOLIE FILLE DU FAUBOURG

— C'est liien sitif^ulicr, -i> dii-il... ji; lui ai .'.mmii le liras... nnu^ avmis nianlii' it^n-i Imigti iiips eii-iriihli^, it je iir me -uis pas aperçu des cliaiiues (|u'il y u dans celte jeune fille. . Ah I j "étais si nré occii|ié alors... et puis elle était dans i'onihie d "aliord. C'est é^'a\, j'ai ete bien peu curieux... ne pas avoir seulement regardé la figure d'une persuime à laipielle on donne le bras!... Ah I Frison avait raison de me dire que cela ne se coin|irenait pas ! ... je me suis conduit comme un sot alo's... et tout à l'heure encore .. j aurais dû lui deniaiider la permis.-iion de la revuir... Il me seuilili' que j'avais une foule de choses à lui dire... et h peine si j'ai su trouver quatre mots... Je suis un niais près des femmes!... Mais celte jeiint' (ille a des manières... un langa^'e qui n'anuouci nt point une ouvrière... elle s'ex()rime fort hiert... Oh! je suis sûr ou'ellt; a reçu une lionne educatiiMi , cela se voit tout de suite. Elle demeure dans celte mai- Sun... Ahl j'interriigirai ces demoiselles, Amandiiie la connaît peutêtre... Si je savais qu'elle reuionlàt bientôt... je resterais à l'altemlie dans l'escalier... Oh! mais ce serait peut-être indeieut...

El Alexis ne savait quel parli prendre, mais ce|ieiidant il restait toujours sur l'csralier, ei ne pouvait se résoudre à monier sans avoir revu celte jeune fille dont il ne savait pas le nom.

Tout à coup un grand bruit se l'ait entendre en bas; on a refermé la porte de la rue, on monte l'escalier. Alexis tressaille de plaisir, d'e-pérancH, Il croit qu'il va revoir sa nouvelle connaissance.

Mais des éclats de rire, des voix il'hoiuiups ne lardent pas à lui faire v-)ir qu'il s'est Irumpé , et la petite tôle brune de Frison se nioiilre bienti5t sur l'escalier

— Qui est-ce qui est la en faction? s'écrie le petit Frison en apercevant Alexis arrêté au premier étage. Tiens!... c'est iM. Alexis!... Qu'est-ce (|ue ♦ous faites donc là, farceur? Je gage que vous guettez une de ces demoi-elles... hein ?... oh ! il y a quelque rendez-vous de doiiiié... j'ai envie d aller prévenir le porliiT qu'il se commet des horreurs dans l'csralier.

— Ah ! monsielir Frison... je Tous assure que vous vous trompez... je n ai point de rendez vous,

— Eh 1 ne voyiz-vous pas que je plaisante?... D'ailleurs, quand vous en auriez, où serait le mal... est-ce que l'homme n'est pa- un oiseau lait pour becqueter toutes les Qeurs quan 1 elles onl du sui: ? Ah çà ! mais... qu'est-ce que cel autre lait doue en bas?... llo hé 1 Graiidinet 1 est-ce que tu es tombé dans la cave ?

Une voix de bussu re|iond du bus de l'escalier :

— Me voilà ! me voilà ! c'est que je remets mon socque qui s'est cassé !

— E4-il bete 1 il remet son sucque p^ ur monter l'escalier I Monsieur Alexis, TOUS voyez là un de mes aiii;s... excellent musicien, trèsfort ?ur l.iccordpon et le flageolet... C'est un jeune homme de quarante ans, qui est dans letommcrce, et qui a pris sur son sommeil pour étudier la musique et se donner de petits talents de société... c'est cela qui e.st philanthrope... il nous fera danser ce soir... d sait trois valses... Voyons, Grandinet, est-ce pour aujourd'hui?.,, laisse donc tes socques en bas, on ne te les volera pas !

La personup qui est venue avec Frison monte enfin l'escalier. C'est on homiue dont la figure carrée et osseuse annonce au moins quarante-cinq ans, et dont la taille est de quatre pieds deux pouces , la corpulence très-forte et les mollets énormes. Ce monsieur, que l'on pourrait piesque appeler un nain, est toujours mis avec beaucoup de recherche et très-pincé dans ses habits; entîii, outre de hauts talons à ses bottes, il porte constamment des socques pour se grandir un peu, et malgré tout cela, sa tète n'arrive qu'à l'épaule du petit Frison. Aussi celui-ci aime-t-il beaucoup à sortir avec son ami Grandinet, près duquel il se croit presque bel homme.

Quand M. Grandinet est arrive au premier étage. Frison le regai'de, puis, tournant les yeux sur Alexis, se met à rire aux larmes, en lui montrant son ami, et s'écriant:

— Htin! qu'est-ce que vous dites de cela? C'est Grandinet que je vous présente... il n'est pas grand , il n'est pas beau... mais c'est égal, il fait des conquêtes plus qu'il n'eu veut... surtout depuis qu'il joue trois valses sur l'accordéon... Les femmes adorent les petits hommes... elles savent ce qu'en vaut l'aune, n'est-ce pas, scélérat de Grandinet?

Le petit monsieur se met à rire comme un bo?"» ^n s'écriant d'une voix aigre, forte et nasillarde :

— C'est vrai que ça donne, les femmes ! ça donne beaucoup.

• — J'espère que nous allons en pincer ce soir, reprend Frison ; oh! il faut s'amuser.. .du reste, vous voyez que j'ai appoité des provisions. En disant cela. Frison montre à Alexis deux goulots de bouteille qui sortent de ses puclies.

— Du vin cacheté 1 hein?... cachet juane,je croisquecela promet... et dan- ce papier un pâté dont vous me direz des nouvelles.. .hil hi! hii

Et Frison riait beaucoup en regardant le pâté enveloppé de papier qu'il tenait soigneusement sous son bras.

— Est-ce qu'il est aux truffes? demande Grandinet.

— Aux truffes I... ah !... ouiche ! bien mieux que cela...

— Mieux que des truffes ? ça me parait fort 1

.— C'est bien, Grandinet, contenez-vous ; si vous n'êtes pas sage, TOUS n'en aurez pas... Ah çà, messieurs, est-cc que nous ne montons pas... est-ce que nous' allons passer la soirée sur l'escalier f

— Je vous attends, répnnd Alexis ; cl tout en disant cela il se penchait ^ur la rampe pour regarder si per^onlle ne nioiitiit,

— Oli I monsieur Alexis , je cuinineiice à croire que je ne me Hiiii pas trompe en vous disant que vous attendiez quelqu'un, reprend F'isiin; mais je saurai qui c'est... je verrai bien làliaot quelle est celle de nos demoiselles qui n'est pas encore venue... Après tout, si vous voulez rester là... vous êtes libre... Viens, Grandmet.

— Je vous suis... je vous suis, dit Alexis.

Et se décidant , quoique à regret, à monter l'escalier, le jeuue homme suit Frison, qui riait toujours en considérant son |)âié, et M. Grandinet, qdi, avec ses socques, taisait autant de bruilqu'uncheval «

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