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MADAME N'Y EST PAS

PAR PAUL DE KOCK

îl ne suffit pas, à Paris, d'avoir de la fortune, de l'esprit, du talent et de la figure, il faut encore posséder ce que l'on appelle du savoirvivre, sans quoi vous gâtez tous les avantages que vous avez reçus de la nature et ceux que vous devez à votre position.

•A Paris, une Jolie femme n'est pas visible avant deux heures de J'après-midi ; se présenter phis tôt chez elle est une inconvenance qu'il faut bien vous garder de commettre, à moins que vous n'y ayez été spécialement invité.

Madame se lève tard, parce qu'à Paris les soirées, les réunions se prolongent toujours après minuit. Le matin madame sonne la femme de chambre. Si quelque privilégié a la permission de se présenter avant son lever, madame en prévient sa camériste pour qu'elle l'introduise ; mais, hormis cela, elle ne sera visible pour personne, pas même pour sa couturière et sa marchande de modes.

Vers midi, l'heureux mortel se présente; il n'a pas besoin de demander si madame est visible, il sait bien qu'on l'attend. La femme de chambre lui ouvre en souriant et l'introduit près de madame, dont l'appartement ne reçoit alors qu'un très-petit jour qui pénètre avec peine à travers des persiennes et de triples rideaux hermétinuement fermés.

Celui que madame vent bien recevoir est ordinairement un beau eune homme, d'une tou lure élégante, à l'œil vif, au regard fascinant, dont les lèvres so surmontées par de petites moustaches brûle favoris bien soignés ; enfin c'est un lion, ?ducteurs accoutumés à ne point rencontrer 1 Jockey's Club et du Café de Paris, et qui ï mettre plus d'importance que stl allait .talle de l'Opéra.

le homme tout neuf encore qui débute ; celui-là n'a ni l'élégance, ni l'aplomb, ùs en demandant à voir madame, sa voix 'ine parler; et lorsque la femme dechani-

nes, et le visage entou un gant jaune, un de c de cruelles ; un habilu va en bonne fortune sa; prendre sa place dans u Quelquefois c'est un dans la carrière des amc ni la tournure du dandy, csl émue, il rougit, il ose s»

bre lui dit qu'il peut entrer, il se sent si heureux, il éprouve une joie si vive qu'il en devient tout tremblant, et qu'il faut qu'on lui prenne la main pour le faire avancer. Celui-là n'est point encore blasé sur les bonnes fortunes. Heureuse situation I mais qui dure si peu à Paris.

Parfois encore c'est un homme entre deux âges : il n'a ni la fatuité du premier, ni la timidité du second. Mais il a de l'habitude ; il caresse le menton à la soubrette ; si elle est gentille, il l'embrasse en lui glissant une pièce d'or dans la main pour la mettre dans ses intérêts. C'est un monsieur qui sait vivre, et la femme de chambre le trouve fort aimable.

Enfin, il n'est pas impossible que ce soit un homme vieux et laid, portant à son doigt un superbe jonc en brillant.

Les femmes sont si bizarres ! si capricieuses ! et puis elles peuvent avoir mille motifs que nous ne devons pas chercher à pénétrer ! Fi donc la curiosité est un grand défaut ! prenons ces dames comme elles sont, comme elles veulent être, c'est le meilleur moy^n pour leur plaire.

Présentez-vous ensuite, bon provincial, ci-devant jeune homme, bel esprit de salon, artiste en herbe, talents méconnus, hommes incompris, et vous tous qui aw z éié ravis de la façon gracieuse dont madame vous a traités à sa dernière soirée, en vous engageant à venir la voir, et qui avez fait une grande toilette, dans l'espérance de faire sa conquête.

— Madame n'y est pas ! vous dit froidement la femme de chambre au moment où vous préparez déjà votre complimeilt et votre sourire.

Alors votre figure se rembrunit, vos lèvres se pincent, vous faites deux pas en arrière en murmurant:

— Ah I madame ne... j'en suis désolé... Veuillez lui dire que j'étaii venu pour lui présenter mes l*.ommages.

— Je n'y manquerai pas, monsieur.

Et vous vous éloignez en vous flattant d'être plus heureux une autra fois. Mais si en ne vous présentant qu'aux heures convenables vous avez reçu deux fois la même réponse, dispensez-vous de faire une troisième tentative, c'est que madame ne veut pas vous recevoir.

Quelquefois un homme de province, un étranger, un Huron, enfin de ces gens qui ne savent pas vivre, répond à la femme de chambre:

— Vous dites que madame n'y est pas, mais j'ai eu soin de demander au concierge avant de monter, il m'a bien assuré que madame y était.

La camériste prend un petit air impertinent, en répondant :

— Le concierge est un iaobécile I

— Ancaremment!

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