‹ MoustacheChapitre 136 sur 281 · LOGES ET LES GALERIES D'UN THÉÂTRE · texte numérisé non relu

LOGES ET LES GALERIES D'UN THÉÂTRE

par lui donner une paire de soufTlcIs. Enfin I') |i(;nation inspira celte dame. Tout à coup clic sortit, en disant à son t n\i :

« Heste 14..., je reviens tout de suite, je n'ai i is liesoin de loi. » Puis descendant au contrôle, cette dame demanda l'officier de piix et lui conta les impertinences auxquelles elle était eti l)utte. On s'cm,.^o^sa de monter avec cette dame, l'onicinr de paix I» pria avant de rctO'<r-

er à sa place de lui dési^çner l'indivici dont elle avait à se plaindie, e le li' et revint s'asseoir près de son mari sans laisser rien paraitn .

Au bout d'un moment on alla très-poliment prier le monsieur de sortir et on ne le laissa plus rentrer.

Voilà deux bons exemples, mesdames, mettez les à profit. Ne soyez

point trop sévères, trop prudes, pour les hommes qui cliorcbciit à

vous plaire; mais soyez sans pitié pouir ceux qui vous niauquent Je

respect.

Et maintenant laissons là les réflexions et voyons cri qui se passe à celle première galerie.

Trois dames ensemijle : c'est une mère et ses deux filles. Jeunes personnes de seize à dix-lunt ans. Toutes deux charmantes, toutes deux ayant de ces profils que vous ne trouvez que dans les vieiges de Raphaël, mais que vous rêvez quelquefois.

La plus jeune n'a des yeux et des oreilles que pour e qui se passe sur la scène, elle est si heureuse d'être au spectacle!... elle ne perd pas un mot de la pièce ; si la situation devient triste, vous le devinerez rien qu'à l'expression de son visage, parfois même ses yeux se remplissent de larmes, mais elle pleure sap» «'en auercevoir. tant elle s'identifie avec les personnages.

L'aînée a les yeux parfaitement secs , mais exlrêmement brillants, elle n'est pas deux minutes sans tourner la tète, sans regarder au parterre ou dans les loges. Elle sait qu'elle est bien, elle pense que toutes les lorgnettes doivent être braquées sur elle, aussi ne sait-elle quelle mine faire pour paraître encore plus jolie, tout cela l'occupe trop pour qu'elle soit bien au courant de la pièce.

Un jeune homme dit à un de ses amis, en examinant les deux sœurs :

«Si j'avais le choix, je prendrais la plus jeune pour ma femme, et l'aînée pour ma maîtresse. » Passons :

Un monsieur et une dame ; le monsieur a quarante ans, une assez belle figure, mais une physionomie ennuyée. Il lit le Moniteur des Théâtres et lorgne de temps en temps dans les loges ; il compriin<i ensuite une envie de bâiller qui lui revient fréquemment.

La dame a trente-six ans, et de ces figures insignifiantes qui ne disent rien ; elle est fort bien mise, mais il n'y a aucun charme, ni dans sa-toilette, ni dans son maintien, ni dans sa physionomie : on comprend que ce monsieur ail cuvie de bâiller.

Ce couple échange deux ou trois mots dans chaqutî enlr'acle, et, pendant la pièce, ^.ard» le silence le plus complet. Voici leur conversation.

Après la première pièce : — Il fait chaud ici. — Vous trouvez, moi |B ne trouve pas.

Après la seconde pièce : — On est mal à celle galerie, il faut se pencher pour voir. — Vous ne vous trouvez jamais bien nulle parti

Après la trusième pièce : — Cela finira tardl — Qu'est-ce que cela nous fait?

Après la dernière pièce, c'est dillérenl. On met son châle, on prend son chapeau, on s'en va el on ne dit plus rien. Quel couple intéressant! comme ces gens-là doivent s'être amusés! Ce qui vous surprendra, c'est qu'ils vont tous les soirs au spectacle «l s'y amusent toujours autant.

Voici quatre personnes de la même société qui ont adiclé des billets moins cher qu'au bureau, el qui ont été oliligccs de prenilre des suppli'iucnls pour ne pas être nichées an-dessus du lusti'e, te qui lait que iei'is places leur reviennent plus cher qu'au bureau. Ces gens-là sont >riip vexés pour s'amuser, ils trouvent tout mauvais et s'écrient à iliaque instant :

— Payez donc vos places doubles pour voir ça I Passons :

Deux dames fort geiitilli's, tournure de petites bourgeoises, causant tout bas avec beaucoupdefeu.il doit être question d'affaires de cœur. Ces dames en sont aux confidences intimeA. Mais l'acteur qui fait les amoureux entre en scène, il jette un regard sur la partie de la galerie où sont ces dames, et l'une d'elles pousse l'autre en lui disnit :

« Il nous a vues. — Vous croyez? —Oh! oui... il m'avait dit qu'il rcganlerait dans l'entr'acte par le trou de la toile pour nous chercher dans la salle... tenez, il regarde encore... il a souri un peu..

— 11 est très-bien sous ce costume... — Moi,' je l'aime mieux en i!;sp.i:-;iini... iiiai< je voudrais bien savoir d'iu lui vient cette éiiingtc quiatlacho son nœud de cravate... je ne la lui connaissais pas... — 11 a buii pu s'en faire cadeau. — Oh! je ne donne pas l,\ dedans! il faudra i\uo je sache d'où vient cette éi)ingle-là... Kli bien... Qu'esti'c qu'il a donc fi regarder toujours dans cette avant-scène? Est-ce que cela ne va p.is liriir?... iprya-t-il donc de si beau à voir par là? Serait- ce pour cel le dame eu cheveux li.sscs. . . qui se doiuie laiil de mouvement pour se faire reuiarouer? quel mauvais genre... on voit tout de suite... ce que c'est... —Mais elle n'est pas mal, colle femuie-là... de beaux yeux noirs.,. — Ah! ma chère, elle est horrible!... comment pouvez-vous appeler cela de beaux yeux! ils sont trop ronds, trop ouverts... et ce

cou... celimmensecoudecharr.il comment peut-on se décéileler quanl on montre de si vilaines choses!... 11 y a des femmes qui sont fûll«5 en vérité. Si c'est là la dame A l'épingle, je ne ferai pas compliment à M sur sa conquête.

Ces mots sont dits avec un oépit très-marqué el |>endanl tout le restant de la soirée, la jeune femme ne cesse pas de regarder celte dame placée à l'avani-sc/'ne cl qu'elle trouve /lom*/^ / ce qui n'cmpécbepis que beaucoup de messieuis ne la trouvent fort bien.

Voilà un ménage; le père, la mère et l'enfant. Le monsieur dort à demi, mais de temps à autre, sa femme le pousse en lui disant :

— Commert tr)uves-lu cela?

Alors le uiaii se réveille el murmure : — Qu'est-ce qu'on a dit... qu'est-ce qu'on joue...? où en esl-onî— Mais tu n'écoules donc pas. je gage que tu dormais... Est-il possible de dormirau spectacle!... von> êtes bien aimable! — Je t'assure, ma chère amie, que je ne donnai;: pas... C'est que je' pensais à autre chose...

Le petit garçon qui ne peut pas se tenir tranquille une minute, se penche vers sa maman, en disant :

— J'ai soif. — Tu as bu tout à l'heure. — J'ai enœre soif, moi ! — On ne peut pas sortir dans tous les entr'actes pour te faire boire. Tiensloi tranquille ou l'on ne le mènera plus au spectacle. — Ça m'ennuie celle pièce-là!... on voit toujours des salons!... — Dodolpbe, si vous n'êtes pas sage, vous aurez le fouet en rentrant.

Dodolphe se lait, mais au bout d'un moment, il jette sa petite casquelle sous la banquette pour avoir l'occasion de se baisser pour la chercher. Et pendant toute la durée du spectacle celle dame n'est occupée qu'à empêcher son mari de s'endormir el son fils de remuer.

Un peu plus loin nous voyons deux dames, une qui est fort bien, l'autre qui est fort laide, mise assez décente quoique tournure un peu équivoque. Un jeune homme s'est placé derrière ces dames, c'est-à-air<» derrière celle qui est bien. Le jeune bomme cherche à faire connaissance. D'abord il a fait jouer les yeux. C'est toujours par là que l'on prçlude. Ses yeux ont dit à cette dame : Je vous trouve fort jolie, vous me plaisez beaucoup, je désirerais bien aussi que vous me trouvassiez gentil.

Les yeux disent ces choses-là avec infiniment de facilité, ils ont un langage qui est à la portée de tout le monde, les dAmes surtout ne s'y trompent jamais.

Celle à laquelle les yeux du jeune homme ont parlé, n'a pas paru prendre leur langageen mauvaise part. EUle a souvent tourné la tête pour voir s'ils parlaient toujours... Elle les a trouvés encore plus éloquents ; le ieune homme s'est enhardi et bientôt il s'est hasardé à risquer quelques mots pour entamer enfin la connaissance.

Ces conversations-là commencent toujours de la même manière à peu près comme celles que l'on a dans un bal avec une dame que l'on lait danser pour la première fois :

— Je crains de vous gêner, madame, il y a si peu d'espace entre ces banquettes... — Vous ne me gênez pas, monsieur... — Et puis pour voir on est obligé de se pencher un peu. — C'est vrai..., on ne doit pas être fort bien derrière... — Oh ! je vous assure, madame, que je me trouve très-bien, je ne changerais pas ma place pour tout au monde.

Ces mots sont accompagnés d'un regard d'une immense portée , b dame baisse à demi les yeux, en passant légèrement sa langue sur ses lèvres. Il y a tout à parier que la connaissance se fera.

Maintenant jetons un coup d'œil dans les loges : aux premières est l'arisloeratie ; aux secondes la bourgeoisie, aux troisièmes les griseltes et les petits employés. Aux premières on va ordinairement jxiur se faire voir; aux secondes, pourvoir les uatrcs; aux troisièmes, pour enlendre le spectacle.

Les toilettes les plus brillantes sont aux premières loges déeiuv^T-tcs; là est l'épouse d'un bampiier, elle a sur elle pour q'iinze luilk Iraiies de diam.uits, ou dit que son mari est en train de taire faillite, quand il aura déposé son bilan, nuidame aura pour trente mille francs de diamants. C'est comme cela que ça se joue.

Voilà la femme d'un notaire; c'est elle qui donne les modes, qn porte ce qu'il y a de plus nouveau, on vient au speilacle pour la voir il y a toujours cercle dans sa loge ; les dandys y a'.oiuleni.

Ou esi flatté de pouvoir dire une l'on vient ii.> causer avec une no labilite. •

Là-bas est une jeune actrice Irès-aimée du pcMie.olIe ne porto point de diamants, sa toilette n'offre rien de reuuyiuable, mais elle brille par son talent, c'est beaucoup p'us flatteur.

Fins là-bas, ce sont des lions en ti.iui.s serins, qui attendent poir entrer dans leur loge que la pièce siit coiuuienciv. Ils feront lu-ai;coup de bruit, fermeront la porte avec fiac;is, parleront très-haut coiunio s'ils étaient dans leur cbaïubiv. Toiii eel.i pour aitiriT sur eux quelques chut! quelquefois voix criant : silence ! paix donc d.uis la lojfe s'érha|ipcnt du parterre nu de la galerie. Mais les lions sourient dcdaigncusi ment et fout un peu plus de train.

Voilà un monsieur qui enlreaux galeries, au balcon, qui se fait ouvrir plusieurs loges, qui salue detousnSlés, qui connaît tout le monde, qui a toujours l'air lrès-alTain>, qui ne reste qu'un moment à chaque endroit où il se montre, et qui ne saura quefaire de lui en sortant di théâtre.

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LES LOGES ET LES GALERIES D'UN Tllf! ATRE.

Cot nuire, qui vient causera IVnln'e d'une loge, trouve moyen dans la coiivcrsalioii de glisser cûnliiuiflliMneiit ces mots : mon journal. « Je dirai cela dans mon journal, j'en rendrai compte dans mon «journal... Ahl je l'arrangerai dans mon journal. » Il est impossible de ne pas comprendre que ce monsieur est journaliste ; cepiMidaiil il semble si heureux qu'on le saclie journaliste, qu'un de si',s amis lui a conseillé de l'écrire sur son chapeau )lin qu'il ne puisse pas y avoir de doutes pour les personnes qui le renconlreraient au foyer ou dans ks corridors.

Il y a encore autour du parterre des loges dnnl nous n'avons p»e parlé, ce sont les baignoires grillées. Mais puisque les personnes (|ui sont d.ins ces loges laissent la grille fermée c'est que probablement elles ne veulent pas être vues ; nous pensons alors qu'il serait indiscret de chercher à les apercevoir, et toutes les fois qu'on ne baisse pas U grille, nous fredonnons ce refrain d'une ancienne chanson •

« Ne diîraiiseon» pa? le monde > Laissoim chacuu cumme il ett. •

A'if preniiéri-'s on va ordinairenieEt four se faire voir. Page 79,

Puis. — Tjp. Rouge Ireics, Uunou et Fresoé, lue liu l'our-»4ml-l

CHARLIEU ET HDILLERT

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