V.n allcnd.mt soyez calme, voici le rc
Le notaire et son clerc s'en revenaient de Saint-Mandé à pied ; à la vérité, vous voudrez bien remarquer qu'à l'époque où se passent les faits que nous vous racontons, les omnibus, cette invention si bonne pour nos jambes et si malheureuse pour les Cordonniers, les omnibus, disons-nous, n'étaient point encore connus a Paris et dans la baiv
lifue, et on ne pouvait pas se donner le plaisir, moyennant des corlespondances, de faire à peu prés deux lieues pour six sous.
Mais en revanche, les coucous brillaient du plus vif éclat, les coucous ipii n'avaient pas encore été ilétrôiiés par celte multitude de lociniKitives et de chemins de fer qui lètlmse'nt la distance à l'état (rilliision, les coucous étaient eu pleine activité à Viiiceiiiies et à Sainl-Mandé comme dans tous les environs de Paris, et s'il fallait iloimer un peu plus de six sous pour revenir en voiture d.ins lU capitale, le pnx n'était cependant pas tellement élevé qu'un notaire ne pût point faire à son clerc la galanterie d'une place en lapin.
Cependant M. Moiilinai-d n'avait pas même jeté un regard sur les ïi'liiciiks rassembles sur la place, il avait été sourd aux cris des cochers, dont qiielipies-ims... cela n était point rare alors, allaient lusqu'à appréhender au corps les modestes piétons, et, les enlevant
à la force du poignet, les jetaient à tète ou pile sur les t>anquettet de leur cabriolet en leur ré|)étant [lendant trois quarts d'heure :
— Nous partons, mon tourgeois, nous part^jns tout de suite.
— Paris ! Paris ! Paris ! v'ià que nous roulons '....
— Paris ! Paris ! Paris ! encore un lapin et nous sommes com plets!...
— Ne bougez donc pas, bourgeois, puisqu'il ne nous faut plus que, des lapins !
Taquinct, qni était déjà fatigué d'être venu à pied, avait esj^rer
3ué son patron le ferait revenir en coucou. Aussi dans un luomcnt 'humeur, en s'apexevant que le nulttire passait raide devant
chaque voiture, sans même lépondre aux co chers qui leur proposaient des places, le rtit l)ossu, se dirigeant dessein du coté d'un groiqie de conducteurs, s'ctiit laissé ^ai^i^ et presque eultver par eux. L'un le tenait par son bras, l'autre i>ar le pan de S'jn habit, un troisième le soulevait par sa Ixjsse, et Taauinet se laissait tirailler, en criant à tue-t«le :
— Monsieur Moulinard, n'allez donc pas si vite... Us sont ca|)ahles de me mettre dans leurs coucous... Ils ne veulent pas me lâcher...
Ils nous ramenèrent tous les deux» p"ur vingt-quatre sous ;...
ce n'est pas cher...
tc( lulez donc un peu leurs propositions... Je ne peux pas me dépêtrer de^ leurs
Mais le notaire n'écoulait rien et continuait sa marche d'un pas pressé, sans même tourner la télé vi rs son clerc ; foire avait été à celui-ci, qui ne voulait pas non plus dépenser douze sons p;iur le service de l'étiide, de- se faire déposer à terre |vir les Cochers de coucous et de se décider à suivre le notaire.
Mais Taquinet. lu rieux contre M. Moidinard, niarronnait, murmurait, lHiug<iiinait tout le long du chemin, cl les mots de cuistrr, de ladre, de ffssf-i!athini, s'échappaient de .sa b(>uche avec assex de force pour parvenir aux oreilles de Moulin.ud, si cilui-<-i n'avait pas ete entièrement absorbé par l'idic qu'il avait sur les trois cent mille francs du général.
Le précieux bon sur la caisse d'e.sc<nnpte. enfermé dans un petil vieux portefeuille de cuir, dont on ne i.ouvail plus deviner la oih leur, avait été placé par le not.iire dans la (HH'he gauche de .sa culotic (on portait jilors des culottes, ce qui n'eUiit millenitiil désagréables pour les hommes qui avaient la jamln- bien laite). Mais pour plus de sûreté, et de crainte siins doute que le bienheureux porlefeiiille ne vint i\ sortir de la (vrhe. qui était cejH-nd.nl tivs-proloiuie. Monlinard avait sa main gauche d.ins ct-lle même poche, où elle caressiiit et pressait cunsUuument le de|H>l quou lui avait confié.
Lt il fallait malfjré cela que des pensées bien profoHdes oceiip,isscnl l'esprit du lunaiic. car .souv«nl, au Ikmu milieu «le la route.
t>tOt»\JY
,1 TAOI'INKT LK BOSSU
s'iirrffait en fiiisant un rtiouvpmpnt riViTmi ; probahlernrnt sa
.Miiche, li.iliiliicr :iij i-oiit:icl du iinrti'fniilli' , ne le sentait |i is, alors Muiiliii.irtl rcgaiiiait ilu tous coU'S en sécriaiit :
— Ah ! mon DIcii ! est-i-e que je l'aurais perdu ?...
Puis il se Utait de son autre ui.iin, et ce n'était qu'en faisant gir la gauche qu'il s'apercevait eiilin que celle-ci tenait toujours e trésor.
Aliiis le calme, la s:itisraclioii rp"?.!:3aienl sur la physionomie liypocrite de ce luonsieui-, qui se remettait en marche eu uiur- II urant :
— Trois cent uiillc fr.nus.... trois cent mille francs... Et nous notions que nous deux,... vi il ua pas voulu de reçu,... et ci vient il(^ l'arrêter,... et un ne sait pas ce qui peut lui arriver . l.e (irruiier Consul ne plaisante pas... Avec lui, on est jugé promplcnient.., Hiun ! trois cent mille francs !
Taquinet, qui s et;iit décide à suivre son pati'on et avait inutilement essaye d'enlauier la conversation, observait alleutivtmeul Moulinard, en se disant :
— 11 est bigrement préoccupe... il ne fait pas plus attention ;\ moi que si j'étais un chien. (;'esl-à-dire que si j'étais iiu chien, il s'en occupéiait davantage... il aurait peur de nie |ierdie.... .le li.i parle et je suis silr qu'il ue m'entend pas... Je parie que je Il i dis des sottises et qu'il ne se retoui'ne pas... On dirait pairois iiii'il a des crispations... et sa main gauche qui est collée dans .son gousset... à la Iroisiènie capiueiue ;... il ne l'ôterait pas de là pour un empii'e... Il faut que j'essaye de le disli'aire.
Et le petit bossu, après avoir toussé deux ou trois ft.. et lait plusieurs pas en sautillant pour être tout près du notaire, lui (lit en Continuant d'allonger ses enjambées, aiin d'ail' r aussi vi'c que son patron :
— Dites donc, monsieur Moulinard, save^-vous que vouf. marchez d'une vitesse... nom d'un petit bonhomme ! si la rate ne vous gonUe pas, c'est que vous êtes dérate appare^imient... Vous savez qu'il y a des yens qui sont dératés ; je ne me suis jamais expliqué conimenl on pouvait se débarrasser de cette paitie de notre individu. Je ne sais pas si vous vous apercevez que pour vous suivie je suis oblige de danser la sauteuse... et depuis Saint-Mande jusqu'à Paris, si vous m'obligez à sauter toujours, ça sera un exercice bien fatigant... Je sais liien (uie cela me fera digérer plus facilement.... et je viens de me livrer à un mouvement de mâchoires inusité, quand on a lliunueur de vivre dans votre étude... Ah ! je n'en puis plus, parole d'honneur,.. Si vous nu ralentissez pas votre marche, je ne pourrai jamais vous suivie;... je suis susce()tible de crever.
Le notaire continue de marcher aussi vite sans répondre une seule parole au petit bossu.
Taquinet s'arrête un moment pour souffler.
" Quand il veut se remettre en route pour rattraper Moulinard, celuici est déjà fort loin de lui. Alors, au moment de se décider àcourir, Taquinet réllcchit et se dit:
— Pardieu! je suis bien bcte... et, vraiment, cela m'étonne, parce que ce n'est pas mon haliilnde... Pourquoi diable irais-je me donner une fluxion de poitrine eu essayant de suivre ce grand vilain e«rf> qui s'en va là-bas comme s'il avait une meute à ses trousses, et qui ne daigne pas seulement répondre à ce que je lui dis ? 11 parait alors que cela lui est assez égal que je le suive... Eh bien ! puisqu'il en est ainsi, laissons-le aller..., ne le suivons pas... Après tout, qu'ai-je besoin de me gêner, je pars après-demain pour rAllemagiie...Au diable l'étude, le travail, les écritures ;... je vais me donner de' l'air,... de la liberté... .\h ! c'est si bon, la liberté!... surtout quand elle ne règne pas! car lorsqu'elle régnait, ah! fichtre, elle traitait ses sujets comme des nègres... Mais je parle, moi, de cette véritable liberté que peut goûter un honnête homme; de cette liberté qui ne verse pas le sang, qui ne commande pas le meurtre, le vol, le sacrilège;... qui ne dresse pas des échafaiids, qui ne fait pas des listes de proscription, qui ne force pas les gens sages à gerair et l'iimocence à trembler.
— Tiens ! voilà que je fais des phrases... et que je m'écarte de ma première idée... Moulinard s'en va toujours... c'est-à-dire que je ne le vois plus... bon "oyage... Pardieu !... je vais profiter du temps qui me reste, ei, avant de partir pour l'Allemagne... où je vais essayer de crouver une femme oui veuille de moi... j'ai bien envie d'aller dire auieu à celle... à celle...
Ici, le petit bossu devient sérieux, triste même ; un gros soupir s'échappe de sa poitrine ; il tire de >a poche son mouchoir à carreaux rouges et 'le mouche à iiliisieurs reprises, en disant :
— J'aurai beau faire' je nenserai toujours à cette feutme-là!... Les plus helles AllemaïKles, les plus lieau» plats iln i lioucroute ne me
la feront pas oublier,.. Il y a des gens qui se Apurent que parce qu'on a une pitiiuberance sur le do», cela doit em|iérher de re^-.entir Ic.^ atteintes de l'amour... Ça n'em|M:che rien du tout... au conti.iire... on aime d'autant plus fort... qu'on aime ti>ut seul. 0 mademoi-elle Claqiiette!... vous avez été bien dure à mon égard;... vous n'avez jarmuis eu pitié de mes souU'raiiccs... J'ai même dans l'idée que voii» vous êtes moquée de moi, et tout cela ne m'empêche pas de tre»saillu toujours à votre souvenir... et de sentir ni in aeur l'aire de* soiihrewitits C'immcs'il voulait me quitter pour aller se glisser sous n'ira-' «jorlc quoi de ce qui vous louche... Ma foi, c'est décidé, je vais aliei lu: faire mes adieux, lui annoncer que je pars pour l'Alleniagiie,.., ipie je vais m'y marier... Si cela pouvait lui faire de l'elfet, à cette divine ClaipiPttc... Que sait-on? les femmes sont essentiellement caniici»u^e>, et quand elles vnient ipi'on ne vent jibis d'elles, c'esit alors quellesont envie de nous... Mevoicidans le faubourg Saint-AnUVme.. (;ette l'emme adorée demeure rue Saint-Paul, cela ne me dérangera pas beaucoup... D'ailleurs, ipiand même ça me dérangerait, j'irais tout de même, le .Moulinard diraceipi'il voudra... .M:iis il ne pense pa.s à moi, \i est trop occupé de ce qu'd a dans sa poche... Que diable [leutil donc avo'ir de si précieux dans sa poche?...
Enchanté de son idée, et déjà tout ému en songeant qu'il va revoir l'objet de ses amours, Taquinet double le pas, ou plutôt il sautille tout le long de la route comme s'il enjambait continuellement des ruisseaux. Arrive' sur la place de la Bastille, comme son émotion ne faisait (pie croître et que la manière dont il avait de-eeiidii le faubourg Saint Antoine n'ilait pas faite poijr le calmer, le petit bossu se décide à prendre qucl(|ue djose pour se remettre, se rafiaichir et se donner du courage.
Après y avoir quelque temps réfléchi, Taquinet se décide |wur un verre de coco qu'il avale tout d'un trait.
teci nous prouve que sous le consulat cette boisson bénigne et peu coùleuse étajl déjà amuue. Que de choses ont passé !... et le coco est resté.
ISa AMOURS SE TAQUINET.
Dans une assez vilaine maison de la rue Saint-Paul, où l'on pénétrait par une allée sombre, ui'nee de trappes, ouvrant sur un escaliei qui descei Jait à la cave, constructi()n fort commune autrefois et qui ne faisait point honneur aux architecles, car elle exposiit à diaipit instant \i\< personnes qui se hasardaient dans l'allée à dégringoler dans les cav^'S, lorsque la trappe n'était point fermée, ce qui devait arriver chaque fois qu'un des locataires allait chercher du vin.
Dans cette maison, logeait au (iiiatrii'iiie au-dessus le deux entresols, qu'on ^'iilistiiwit à nep,,jui i'(i;arder cjJinme des étages, mademoiselle (;ia(]uétte Torlilion, celle qui avait ensorcelé' le clei'u de M. Moulinard.
Et cependant mademoiselle Claqiiette n'était point unnioidèle de grâces et d'attraits ; bien loin de là, c'était une ^osse fille,, gïattd*, mais lourde, tout en hanches et en gorge : de ce cote elle était ausplOr meut dotée par la nature; sa peau n'était point blanche, sa boucltt n'etaii pas petite, ses yeux n'étaient pas grandsj à la vérité, ils etiueiii très-noun ei brillaient comme ceux d'une souris ; sou nez retr(.>uss< d'une façon aiul.icieuse était toujours *u vent, et semli.ail Uispti»© ■ flairer les moindres paroles conv.oe les plus légères odeurs; des c(je vt^ux noirs, crépus, gras, et toujours fort mal peignes, surniintalei.' cette figure originale, que bien des gens se penuettaient de trooyt laide, mais que (dus généralement on s'accordait à trouver ihole, parce qu'fci eflet il y avait dans la iihysionomie de mademoiselle Claqiiette qiielipie chose de hardi, de moqueur et de badin, qui pouvait se définir ainsi :
Mademoiselle Tortillon avait atteint son cinquième lustre, ce n'étail donc plus une adolescente; elle était encore liUe, sans avoir cepend;pil la réputation d'une rosière; on s'était un'uie |« nuis de faire ipielque^ cancans sur le coniute de sa vertu ; la vertu d'une l'euime est chose -i fragile ; il ne faut, dit-on, qu'un souffle pour la ternir, et il par.i i qu'on avait considérablement soufllt sur celle de madenin-. ; ClaquetlJi.
TAQUIN KT I.K HOSSD.
Cplte personne inti'ressante était culottiftre He son ëtat; elle travrtillail pour le lii)iiri,'«>is, Tiais plus onlinaireinfr.l pinir K; militaire, car à c(;ttc ("poque le niiliuiirc, <)iii n'était pas un riioMient en reims, (levait user ses pantalon* plus vite que les hoiirireojs ; e'est prohaMi-riient pour cela que l'on rencontrait souvent clie/ la frrosse Claiiiiette des uniformes de ions ies rcp;iments, de tous les rorps d'armée ; le sous-offirier mi le modeste tourloiirou venait se fairi' repriser, rapii"cer par mademoiselle Claquette, i|ui exeellait, disait-on, à rectmdre les lioiitons, même dans les endroits les plus dillieullui-ux et sans piquer la doublure.
Vous me demanderez comment un clerc de notaire avaii pu avoir besoin d'employé?' le^ talents do la culottiere. Je m'empresst! de vous répondre que le hasard avait formé cette liaison. Vous savez aue le hasard fait souvent de* '•doses bien bizarres.
Sous le Consulat, puis sous l'Empire, une frrande quaïuue ae ]arlins, dans lescpicls on donnai* des fêtes, étaient ouverts aux habitants de l'aris, qui n'avaient p;is encore perdu entièrement le goût (le la verdure et ne prci'eraient pas, comme aujourd'hui, le mui^lluu au gazon.
Alors Tivoli, le premier, le grand, l'élégant Tivoli, situé nie Saint- Lazare ei, rue de (llieliy, donnait au moms deux fêles par semaine. Alors le jardin Marbœuf i-ti\l ouvert, et ses panUjniimes p\Toleiuiiiif|Mes attiraient )e^ muscadins et les 7misc(i(liiies,i\m frémissaient à la Chute du l'Iiailon ou aux Pnrijes de Yutr.ain. Puis, Fraseati était dans tout son éclat; sa maison de jeu attirait les étrangers et les heureux du monde ; ses glaces captivaient les gourmands et ses b'jsqucts plaisaient aux dames et aux am(jurcux.
-Il y avait aussi V Eh/sée-Bourhon, ce charmant jardin qui devint depuis le séjour de rois, de princes, et qui semble maintenant voué aux ambassadeurs. L'Elysée liimrbun avait la vogue, car il [Kjssédait un (lief d'orebeslre dont les quadrilles étaient fort à la mode: c'était un mulâtre nommé Julien; il conduisait son orchestre avec beaucoup de goûl et jouait lui-même du violon avec une grande facilite. Bret, Julien fut le Muxard de l'époque du Consulat ; on allait à l'Elysée- Bourbiii 1' iiir entendre ses contredanses ; on en revenait en les fredonnant ; les Français ont toujours beaucoup aimé la musique dansante.
Je ne vous citerai pas une foule d'autres jardins... les Château- Rouge d'alors, tels que le jai'din Huggieri, le Cotisée, Idalie, Paphos, etc., etc.!...
Connue nous avons changé d'aspect!...
Ues ip.ii nus s'élèvent sur presque tous les emplacements témoins de qiiaiirilles si aimes, de valses si eulrainantes, et de mille autres jolies choses que je ne vous dirai pas, mais que vous devinerez très-bien... Ah! fraiicliemeiit, les jardins etiiient plus agréables \>oui la vue.
Ce fut à Paphos, espèce de bastringue, qui était situé an coin delà . rue du Temple et du boulevard, que Taquinet renconti-a mademoiselle Cliiquettc.
Paphos était un des plus petits et des plus modestes jardins de l'époque; il n'éUiit pas fiiquenté par les classes élégantes, mais il était trés-suivi par les grisellcs. On n'y tirait point de leui d'artifice, vu l'exiguité de l'emplacement, maison y d:uisait;i très-bon marche; enfin, il y avait des bosquets prives àe huilernes, ce qui en faisait le charme.
Ce soir-là, Taquinet, qui avait économisé quelques écus rt la vache (il y avait alors des eciisà la vache), Taipimet, cherchant à s'amuser et brûlant du désir de faire une connaissance plus ou moins bonnet*, était entre ;\ Paphos.
Là, il regardait danser et il lorgnait les grisettes, tout aussi bien qu'un homme île cinq pieds six pouces, mieux peut-être, car il y a un proverbe qui dit :
•■ Dana les >3tite8 bottes, les bous ougueuts. >
»l BieiiuH Taquinet s'était senti si'duit, fasciné ; il venait d'aperoevoir I Mademoiselle Cia(|uetle, qui dansait avec tout l'abandon d'une ciilot-
iiere.
hans ce temps-là on ne connaissait pas encore le canran ni la chahut, mais il est probable que l'on remplaçait cela par autre
chose.
' De tout temps les t'emmes ont su donner à leur danse cette allure (pii indique les sentiments dont efies sont aniinues, et fait comprendre aux hommes dans quelle catégorie elles 4loivent être rangées.
Taquinet avait peine à <e coul<iiir ; Il suivait tous les mouvcinents te m^wleinoisi'lle rorlillon. il iit' tenait plus en place, ses pieds .~iM»il'^saient sur le sable, il lui semblait que toute sa personne se clianfiviii. Ml htiJlon.
Après la contredanse était venue la valw:, la ralse avec toirt<^ s«s séductions, ses euipurUiUieula, su» aljaudous vuluptuviu. uua rfaytiuM entraînant.
dn rrav.iit pas encore eu l'idée de valser à contnMnesure, « qn* veut dire en 'Icilx li.-nips quand ronbe>tre joue t.n ttoit. Cetit .<lét-U n'a pu venir que clans une tète bii-ii mal or^ram^ite uour U ruosique.' Mais alors on s'atiacbait, au contraire, i bien marquer les Umip6 ti on n'en val.-viit que mieux.
La grosse Claqiiettc se laissait aller dan« le? bra.s. snr l'épaule, sot toute la personne de son danseur avec un aliaiidun qui devait dutuier une tres-bonue opini>>u de la force de s»>n valseur.
Celui-ci l'entraînait en fendant la foule; rien n'arrêtait le crujpletonTnoyaiit, et iiialbeur à ceux qui ne l'avaient [ins vu \cuir < l restaient sur son pai>sage, ils étaient rudement jetés de côté et quelqueTois à terre.
Penilant le commencement de la valse, mademoiselle Claquett» avait perdu un petit (iebu qui était jeté sur ses épaules, un peu plus tard son bonnet s'était envole, puis son peigne s'était détache et avait suivi le bonnet, si bien que les cheveux, a^-iti-s [lar le mouvement <Uc la valse, flottaient au gre de la mesure, couvrant larfois le vi.-ag<- d la gro.sse tille, ou bien aveuglant son val>eur: enlin. âpre» le p«i^iii une jarretière s'était aussi"dctacliie, et le bas était descendu sur le U Ion de la v.al^cu^e; rien de tout cela n'avait anet»^- le coopN: inlreindi . et si l'o'.chestre neùt cessé de jouer, on ne sait pas ce que inademoiselle Claquette aurait encore perdu et comment elle aurait achevé sù valse.
Taquinet avait été témoin de tout cela. 11 avait continurlleincnt cour, sur les traces des valseurs, recevant des coups de (hiiiig de l'un. îlecoups de coude de l'autre, souvent même attrapant des coups de pierl : mais rien ne l'avait arréb^, car il ne pouvait se las>er devoir valser Claquetle, et, de plus, il ramassait avec soin tout ce qu'elle perdait et tournoyant.
Si bien que, la valse terminée, mademoiselle Claquette Tortillon, qui venait d'aller avec trois He ses amies s'iu^seoir devant une bouteille d« bière et une corbeille d'échaudés, fut fort étonnce en voyant s'arrêtei devant elle un petit bossu qui la saluait jusipi'k terre... il n'avait pat besoin de se courber beaucoup pour cela, en lui disant :
— Permettez-moi , mademoisf lie. de vous rapporter dilTerents objetque vous avez perdu^ tout à l'heure ea valsant, et que j'ai ele asse^ heureux pour ramasser.
Au lieu de commencer par remercier celui qui lui rendait ce boi. office, la jeune culottiere, ayant envisage Taquinet et preuiene sor regard nux^ueur sur toute la pei'soime du clerc de notiiire, se mit i. partir d'un éclat de rire fort incivil, et ses trois compagnes, jo\euee> grisettes de son quartier, l'une chamareuse, l'autre brunisseu*e. et la dernière polisseuse, firent chorus avec elle, en toisant aussi Taquinet.
Mais le petit bossu avait l'esprit mieux fait que sa per.vmne ; d'ailleurs il étiiit éperdunient amoureux, et on paiiloime tjMit, ou di; moins presque tout, à la personne qui nous plaît. Le* plus g^osM•^ sottises qu'elle débite nous semblent quelqueloi.- .li-e des niolï spirituels, ce qui prouve que l'amour nous iviid tout aussi sourd.' qu'aveugles ; ce petit dieu nous gratifie d'une foule dinlii mites.
\u lieu de se fâcher, Taquinet se mil donc à rii-e avec ces demoiselles, en murmurant :
— Vous me trouvez plaisant, hein? Je gage que c'est mon aspect qui
vous fait rire Eh bien ! parole d'honneur, je n'en fais jam.iis d'.in-
tre .. Je porte la gaiet*' avec moi. sur mon dos; c'est un Iwgagequ ne me quitte pas. ça me suit (lanout, etc'est iivs-flatteiir... saiL- i|n* (;a paraisse... cest-;i-dire qiioiqiie <;a |>;irais.-;c... eh! eh! eii!... Kane rire les daines, les jeunes lilles, c'est .-i gentil.. Au-->i, vous me cxojrez.si vous voulez, nuis ou m'oflrirait cent luill' fraiMs de ma b^»^^^e que je ne la donnerais pas... non, mesdemoiselles, je sens qu'il nie .serait im|H)ssible de m'en sépai'er.
Ce Linijage mit fin aux rires «Us gris<>ttcs; on ne se nioque |4iis de quelipiuii qui se tourne lui-même en ridicole.
Claquette prit Utut ce que lui pnvseatjiil Taquinet, en sécr;»nt ;
— Coumicnt, j'avais perdu tout cela !
— Oui, mademoiselle; esM» que vous ne vous en âtiei p
apen;ue 1
— Ou bonnet seulement, mais ivis du reste... 'avais envie d'al 1er elierrher dans le bal. mais ces demoiselles me dis.iicnl" A quoi bon! ou aura tit^pigné sur ton bonnet, il ne doit plus èti< metuble.
— On n'a tri">v:jné sur rien. iiiadeinois«'lle; j'ai ete ns'^îz heiireu] jxnir ramas.ser ciiaque objet au uioiiieiii lueioe on il «eiuil de l<.>ui-
TAQUINET LE BOSSU.
— Vous valsiez donc à côté de moit
— Nnn, je ne valsais pas... mais \c vous suivais des yeux et im^inc des janilies... Vous avez tant de grâces... vous valsez si j»cii... si léoereiueiil.
— Vous trouvez: ce n'est .pas ce (|ue mon valseur m'a dit, ce |)Llra«- \h... Il pnlend (|uc je suis iounle ; et, (|uand nous avons eu luii, il s'est (Vric: Dieu, cpiel tiraije! j'ai la saifîuée sans connaissance... 11 Mie senililc pourtant ipic j'ava\s joliment jet*' '~''^ '"'• '^" mute... un bonnet, lu. ricliu, un peigne...
— Et une jarrcm're, dit Taquinet en tirant de nossnus smi nahil cet clijet ipi'il avait gardé pour le dernier et qu'il considérait d'un œil de convoili.se.
— Tiens! une jarretière aussi... c'est pourtant vrai... je sens à présent (|ue j'ai un lias sur les talons, et dans le l'eu de la valse je ne m'en étais pas aperçue... Oh! c'est qu'alors ou est tclleuiept échauffée... Vo.\e/.-vous, quand je valse, on aie donnerait uu lavement que je ne le .«bntirais pas...
— Il me semble, dit la chamarcuse, que ce serait a'iors fout aussi iliffieile à donner qu'à recevoir...
— C'est un essai qu'il faudra faire un soir entre amies, en mangeant des marrons et du cidre.
— Eh bien ! mon petit bel homme, donnez-moi donc cette jarretière (pie vous regardez comme si c'était un vrai rubis.
— Ah ! mademoiselle, je la contemple avec amour, en efTet... car elle est bien heureuse celte jarretière... yiiand je songe à ce qu'elle presse... à ce qu'elle entoui'e...
— Oh! voyez donc comme ce monsieur se monte... Pp. ai: elle entoure ma jambe, et voilà tout.
— El n'est-ce donc pas assez que votre jambe ! Fortunée jarretière!.. La placez-vous au-dessus ou au-dessous du gsiiou?
— Au-dessus, si vous voulez bien le permettre... Par exemple, il n'y a que les Lapones qui jarretent au-dessous.
— Au-dessus!... Ah! elle triple de valeur alors... et si vous me permettiez de la rattacher moi-même...
— As-tu fini, Biribi !... Comment! vous avez de ces idées-là; monsieur !
— J'en ai une foule d'autres, mademoiselle. Et, d'abord, permettez-moi de vous dire que, lorsqu'on vient de valser et de s'échauffer comme vous venez de le faire, c'est fort imprudent de boire de la bière... c'est du punch qu'il vous faut.
— Mais cela me sourirait assez... nous l'aimons beaucoup, n'estce pas, mesdemoiselles?...
— Certainement... Et si monsieur veut nous en ofl'rir, no s daignerons l'accepter.
— Vous comblez mes désirs, mesdemoiselles!... Du punch! garçon... ici, un bol de punch au rhum, et que ça flambe!...
Les jeunes filles se regardent d'un air étonné; mais on s'empresse de faire une place à Taquinet, qui s'asseoit à côté de Claquette, en s'écriant :
• — Suis-je heureux de tomber comme cela sur un quatorze de dates... hein! Mesdemoiselles, j'espère que j'^^i de la chanct.
\ — Quatorze! dit la polisseuse en ouvrant de gros yeux bêles..., mais vous vohs trompez, monsieur, nous ne sommes que quatre.
j — Je vois que mademoiselle ne joue pomî sa piquet, dit Taquinet en souriant.
— ■ Non, monsieur, je ne joue qu'au jeu d'oie^
— J'aurais dû le deviner.
— Moi, j'ai compris, dit la chamareuse. Dieu merci, je connais les cailes ; chez ma mère, qui est portière, on joue au piquet toute la journée... quelquefois même toute la nuit. C'est une passion de mes parents... Leur loge est le rendez-vous de toutes les joueuses du quartier; on y vient même de très-loin pour jouer; c'est un petit tripot!... on fait jouer jusqu'au faquetteur, quand il apporte des teftres...
Le punch interrompt le bavardage de la chamajeuse. Taquinet emplit les verres des giisettes, et celles-ci avalent la liqueur flamboyante comme si c'était de l'eau sucrée. Le petit bossu ne veut rien négliger pour se mettre dans les bonnes grâces de Claquette ; il denuuide des biscuits, des macarons ; il pousse à la consommation, et il » affaire à des personnes qui ne font point de façon pour accepter.
.Mais tout en versant iu punch à Claquette, Taiiuinel a <*nt.Tmé a cniivirisalinu. Il i-imil.iil le ii'iui. l'elal d l'adiesse de la jeune lille -1 il lui adi'jidrui.'inde la pei'uii-<sii<ii de lui portrr une culcitle dont le m<! a un besoin iir^'cnl de icparaliou. (^l'ttr penrtission lui a ét<; m-lr ao sans la nioiiidre dil'fii:ulle, et le pi'tit Ihismi nage dans un wj-a, i d délices, pendant i|ue ces deinuiselles se bourrent du luucaruns et s h'., mectenl de piiiicli.
Bientôt l'orchestre fait entendre le prélude d'une valse.
— J'ai bien envie de la pincer, dit Claquette en quitt;int la table, je me sens en train de tourner à per|)étuile... Ce punch ferait val=cr une borne.
— Ali! mademoiselle! s'écriG Taauinet en cfiurant aorcs 1» gross» culottiere, de grâce, iiermettcz-moi de vaLscr avec vous...
— Comment ! est-ce que vous savez valser, réiiond Claquette en toisant le petit homme.
— Je n'ai pas enwre essayé, mais je suis certain que j'irai ; je nie sens les plus heureuses dispositions.
— Prenez garde, c'est que j'aime à aller vite.
— J'irai comme le vent.
— Je ne me rcDose jamais.
— J'en ferai autant que vous. . '
— Et si cela vous étourdit?
— Je n'en tournerai que mieux.
— Vous le voulez...
— Je vous en supplie.
— Lançons-nous...
Et voilà Claquette et Taquinet qui se dirigent vers l'enceinle du bal.
L'orchestre jouait.
La culottiere passe ses deux bras autour ne son valseur ; mais, comiuo il était beaucoup plus petit qu'elle, elle ne rencontre ((ue la tète du clerc de niitaire; c'est donc à cclii qu'elle c-t ulili-i !• de s'acci-nclier ; >i bni. quelenczettoutlevisageileT.i.|iiMiet ,li^|i,ii,u":iieiileiitielesileu\ -enide sa valseuse ; et, que de mhi t'i.li', au lnii de leiur {;i,ii|iii'lte pai I. > épaules, ses deux mains entouraient d'autres puints d'appuis, très m relief, mais que l'on n'a pas l'habitude de palper en valsant.
Tout cela n'était nullement désagréable au petit bossu, mais paraissait passablement indécent aux personnes qui regardaient valser.
Taquinet ne faisait aucune attention aux murmures qui éclataient sur son passage ; il était persuadé qu'ils étaient causes par l'admiration ; car il valsait avec une intrep.dité qui le surprenait lui-même.
Grâce au punch qu'elle avait bu, Claquette soutenait son valseur par la tète assez solidement pour qu'il ne pût lui échapper.
Mais tout à coup, un gendarme arrête le couple valsant en disant assez brutalement à Taquin'»'. :
— Aurez-vous bientôt Imi de tenir madame comme cela... Qu'est-ce que c'est que cette manière de valser...
— Quoi donc, gendarme... qu'est-ce qu'il y a... E^t-ce que nous ne valsons pas comme tout .e monde ?
— Non, monsieur... vous fourrez votre nez dans la gorge de madame ; vous avez l'air de teter en valsant... ça ne se fait pas.
— Mais, gendarme, oii diable voulez-vous que je fourre mon nez... à moins que je ne valse avec mademoiselle en lui tournant le dus... ce n'est pas ma faute si ma figure n'arrive pas plus haut.
— Ça ne me regarde pas... et puis au lieu de mettre vos mains sur les épafdes de votre valseuse, vous les appuyez beaucoup plus bas... c'est du joli...
— Mais je ne suis pas assez grand pour atteindre aux épaules de mademoiselle... il faut bien que je la tienne par autre chose...
— Quand on e£t bâti comme vous, on choisit une petite valseuse.
— Merci ! j'aime les belles femn.es, moi... Voyons, mon bon gendarme! laissez-moi profiler des avantages de ma taille.
— Non pas, mettez votre tète plus haut et tenez madame par los épaules, sinon je vous défends da valser., <
— Mais nom d'un nom... je ne. peux pas... à moins que mademoiselle ne se baisse... C'est vexaluire 1 c'est arbitraire cela .. Empêcher un homme de valser parce qu'il n'a pas cinq pieds... si c'est pour cel:: qu'on a détruit la UusUlle, ce n'était pas la peine !...
TAUI'INKT LE BOSSU.
l'rml.iMt (|iic le pi lit lidssii se flispiitc ave(' le f.'iii(l.irnic, ClailuiUe r-iitilluii aaiccptr l'iiivilatiiin d'un autre valseur, el il y a (\é[\ h-w,;- .i'fii|is (|u'clle valse, lor^iuc le geiidaniie dit en riant à Taiiumet que sa (laiiseiise ne l'a pas attendu et qu'elle a pris le Iton parti.
I,e petit elerc est furieux, il est réduit à cnurir de nouveau apn» l'olijet qui le séduit, mais cctto fois Claquette ne laisse rien tomfier.
Aprfcsla valse, Taquinot paye encore des rafraîchissements aux quatre priscttcs, puis cnliti l'hnirc di: la n^traite étiuit venue et la pluie <-cimliieiicautà tiiiiijiei', il iillii' un fiacrequi ostacceptc'. Mais ces demoiselles c* lieul cliacuue douce d'un assez bel embonpoint, si bien ipic lorscji'eii'es sont assises dans le fiacre et que Taquinet se dispose à y (i;)nter, Claquette lui dit :
— Mais où donc voulez-vous inus u.^.lr,? ' i n'y a plus de ■lace...
— Ah ! mademoiselle, en vous serrant un peu... je ne suis pas bien
n'fdS...
— Oh ! nous ne pouvons pas nous serrer... nous étouffons déjà...
— Alors, j'ai envie de m'étendre à vos pieds.
— Par exemple ! nous ne le souffrirons pas... nous pourrions marcher sur vous...
— Ça m'est égal.
— Non, non... vous verriez nos mollets.
— Ça me fera plaisir...
— Mais nous ne voulons pas vous les montrer... et puis au miheu de nous quatre vous auriez l'air du... vous savez... quand on joue aux quatre coins...
— Mais sapristi, mesdemoiselles, il faut i)ourtant que je me mette quelque part.
— Montez derrière... vous y serez très-bien.
— Den'ière... Ah! vous trouvez que j'y serai bien... mais c'etî qu'il pleut très- fort.
— Qu'est-ce que cela fait quand on va en voiture ?
— Cela fait beaucoup quand on va den-ièrc... Enfin... puisque vous n'avez pas de place...
El le [)auvre Taquinet avait consenti à monter derrière le fiacre. Nouvelle manière de reconduire sa conquête, et qui probablement n'aura pas eu beaucoup d'imitateurs.
A la .^uile de cette soiri'e mémorable, on conçoit que le petit bossu avait été reçu chez mademoiselle Claquette Tortillon.
Mais maiLTé tous ses ell'urls pour lui plaire, malgré les petits cadeaux qu'il lui faisait et toutes les privations qu'il s'imposait pour faire le galant près de la i^'rosse culottière, Taquinet n'avait jamais été mieux traité que le soir où il avait reconduit Claquette en fiacre.
La griscttc acce|itait ses présents, ensuite elle lui riait au nez; elle se moquait de lui, ipiaiid il poussait de gros soupirs; elle lui faisait des grimaces qnaïul il lui pnlail de son amour et, pour uniipu; remède à sa llamine, lui conseillait de se faire descendre dans un puits.
Un jour cependant, le petit bossu avait trouvé la jeune fille toute triste et les yeux gros de larmes; il lui tvvait dciiia'udé la cause de V>n chagrin, et Claquette avait répondu eu sauglolaut :
— C'est que mon cousin est de la conscription et il va partir, vu ju'il n'a pas de ([uoi s'acheter un remplaçant.
— Et cela vous désole?
— Oh oui!...
— Et si quelqu'un se dévouait et partait ;\ la place de voli'e cousin, 8 criez-vous alors ce (juelqu'un-là?
— Je l'adorerais.
— Séchez vos larmes, votre cousin ne partira pas.
— Comment?
— Je vous dis qu'il ne partira pas.
Aussitôt Taquinet avait quitté Claquette, et dans son délire amoureux, il avait ■>>uru ;\ sa mairie et s'était oit'ert pour remplacer le i'Muu' cousin de la -uloltière. Mais on avait eu l'incivilité de rire au nez ilii petit bossu et de le mettre à la porte des bureaux. Si bien que le cousin de la jeune fille était parti, et qu'en revoyant Taipunet, Cla(|iielte, furieuse, lui avait aussi fermé sa porte, en iui disant :
—Vous êtes un nicnteur, vous m'aviez dit <iuc mon cousin ne partirait pas; vous m'avez attrapée, je ne veux plus vous voir.
Vainement Taquinet avait crie à la grM:ltc :
— Ce n'e-it pas ma faute... 11= n'ont pas voulu m'acrppter... mern* parmi les tambours... On nie di-fend de Mirvir ma |>atMe... c'est ui»'; infamie... c'éLiit bien la |)cine de détruire la Bastille!
Claquette n'avait rien voulu entendre et Taijuinet s'en était retourn à son étude en [deurant comme une biche.
Mais plusieurs années s'étaient écoulées depuis ces év<'nemftil^ lorsq 11 'en revenant de Saint-M;indé, il avait pris envie ùTa/juinet d'aile dire adieu à la culottière avant de partir pour le pays de la cUuu croûte.
VU