VUI
ÉDOCARf) DE CHARVKVtK.
II y a trois semaines que Lndger donne des leçons an petit Armand qui apprend trè^-bien et s'e?t pris d'une telb; annlie i«oor son professeur, qu'il s'impali<>nte et s'inquiète lorsque celui-ci frt en retard ponr 1 heure de la leçon.
Valcntine a as.-isté aux premières leçons données à son fils ; puis, lorsqn'elle voit le parfait accord qui règne entre ! élève et .son maître, le vif plaisir que le petit Arma:vl éprouve eu voyant arriver son professeur, I amitié sincère qu'il lui témoigne, elle *e dispense de rester près d'eux et vh dans le salon voi-in se livrer à ses pensées, qui .semblent redevenir pins tristes et perdre chaque jour de cette agitation qui pendant quelque temps se montrait dans toutes ses actions.
Mais, nu matin. Valentine est seule ; le petit Armand s'est endormi après avoir beaucoup joué, car ce n'est pas le jour de k çon. La femme de chambie entre tout à coup annoncer à sa maîtres^ qu'un monsieur demande à lui parler, et en même temps eèle présente une carte sur laquelle est le nom de ce monsieur.
La comtesse vient de jeter les yeux sur la cart^ ; elle devient tremblante, elle pâlit, ( ir elle a lu le nom d'Edouard de Chirraeusc. C'est à peine si elle a la force de balbutier :
Oui .. oui... faites entrer ce monsieur...
Celui qu'on vient d'annoncer ne se fait pas attendre : il parai» presque aussitôt à l'entrée du salon, laisse la femme de chambre se retirer, puis alors, refermant la porte avec soui, il court se précipiter aux genoux de la comtesse, eu »'écriant :
— Valentine... chère V»lentine... je puis vous rev.)ir enûa... Ah 1 je fus bien coupable, je le sais .. mais, dogiàce, ue détouroes pas vos yeux... que je puisse m'euivrer de boiilteor eu vous regardant .. et si vous ne voulez pas me parOumier, eh bien, laissezmoi mourir à vos pieds.
Pendant qu'on lui disait cela, eu s'emparant de ses maus, qu'elle avait essavé de retirer, puis enfin laissé prendre, Valentine n'avait pu que balbutier d'une voix étouflée par ses sangloU :
Vous!... c'est vous!... Ah ! je ne croyais plus vous revoir!... Mon nieu ! il me semble que je vais mourir!... Ah! vous m'aviei abandonnée!...
Mais celui qui était aux pieds de la comtesse était un charmant cavalier, brun, svelte, bien tourné ; sa figure était distinguée, son regard hardi et doux comme celui du i>ciil .\rmaiid, avec lequel il avait beaucoup de ressemblance. Il était toujours aux genoux de Valcntine, qu'il contemplait avec amour : il couvrait ses mains de baisers eu implorant encore son panlon, et dans les yeux de la jeune femme il était facile de voir qu'il était deji pardonne.
— Uelevez-vous, de grâce, dit Valentine, je suis m émue... si Iroublce... Ah! dites-moi encore que c'est vous qui êtes là. Edouard, car je n'ose pas le croire... aprè^ six ans... Oh! que c'est long, ce temps-là !... et combien j'ai été malheureuse L..
— Valentine, vons avez dû me maudire, et cependant je ne ^ls peut-être pas si coupable que vous le pensei. Quand j'ai en le bonheur de vous rencontrer dans le monde, vous aviez seize ans, vous étiez belle comme nu ange, vous en aviel k» pureté!... Votre frère, qui est votre tuteur, s'occupait fort peu de veiller sur vous, ne songeant qu'iX ses plaisirs, â ses roncpiétes. à ses parties de jeu ; il prenait Tort peu de soin de sa sœur... Ah ! du reste, JB n'ava s aucun r( proche !\ lui adresser ; moi-même, .\ cett»- époque, je ne valais guère mieux que lui, et ma conduite n'était p«'.nl exempte de reproche... J ava.s déjà dis-ipe les irois .piarts ,te ma fortune, et ce qui m.' rtsiail no (Huivait être compare à l.i votre, car on vons cii^^tlt niillioitiwire. Mais en vous voyant. Nalemioe. je sentis que .^lur l.i piMUière fois je connuissais vi-anneiit I •imiim. Je parvins il iirinlro.lmiv près de vous... une douiesuque était f/jm mes iiilerêls, je pouvw* vous voir à l'insu de votrw (rère j
LE l'RoltsShUH FICHLOLAQUE.
j'eus le bonheur de vous faire partager cet amour que vous m'aviez inspiré... et emiiuii ut alors remisier à la passion qui nous de- \ore7... Je fus cou|ial)le, j'abusai de voire innoceui;e, et vou-, fhère Valentine, vous me pardonniez enecire en me disant : « Vous serez mou mari. « C'est alors que je demandai voire main a voli r frère... mais vous ne sauriez croire avee quelle ironie il me rient !... « Ah ! vous Voulez épouser ma sœur, me dit-il, je le coiiitiis ! Klle est exil émi meut riche, et vous avez à peu près dissipe toute votre fortune... l.a doUle Valentine rétablirait vos finances!... Mais n'espérez pas que je consente à celte union. D'abord, ma sœur est encore trop jeune pour songer à .se marier ; ensuite, <|uand je lui donnerai un époux, je le choisirai assez riche pour qu'il n'ait pas besoin de vivre aux dépens du sa fenune. » Ah ! Va- /entine, celte insulte lu'alla au cœur .. et si cet honuue n'avait pas été votre frère, tout son sang n'aurait pas suffi pour la venger. -Mais si j'avais tué Gontran, vous n'auriez pas voulu épouser le meurtrier de votre frère... Il me fallut donc dévorer cette olfeiise, et dans le fond de mon àme je sentais aussi que le marquis n'avait pas enlièrement lortl je n'étais pas assez riche pour prétendre à votre main. Dans mon désespoir, je rentrai chez moi ; là je rassemblai tout ce qui me restait encore d'argent, et je vis avec effroi que je possédais à peine cinquante mille francs!... Jusqu'alors, j'avais mis si peu d'ordre dans mes dépenses, que je ne savais pas bien l'état de ma fortune, et j'avais des detti;s que la vente de mou mobilier pouvait à peine satisfaire. Je ne vis qu'ua moyen pour S(irlir de cetie situation, pour avoir l'espoir de vous posséder... c'était le jeu, qui m'avait en grande partie ruiné: c'était le jeu seul qui pouvait me rendre ce qu'il m'avait pris. Muni de la somme qui me restait, je me rendis dans une de ces réunions fréquentées par les plus riches seigneurs et où l'on jouait un jeu (l'enfer. Là, je pouvais, si la chance m'était favonible, rétablir mes finances, et je me disais : « Je retournerai trouver Contran, je lui dirai : « Donnez-moi votre sœur et gardez sa fortune ! la « mienne suftîia pour nous ren.lre heureux.» Mais, hélas! le sort me fut constamment contraire, je perdis tout ce qui me restait. C'est alors que je me décidai à quitter Paris et la Krauce, puisqu'il me fallait perdre à jamais l'espoir d'être votre mari !... Je me disais : « Elle sera à un autre!... et je ne voulais pas être témoin de celle union!...
— Pauvre Edouard! dit Valentine en tendant sa main à celui qui est à ses genoux ; c'est pour cela que vous êtes parti si vile... sans me dire adieu... sans m'écrire...
— Ah! j'étais désespéré... votre vue m'aurait ôté tout mon courage... j'avais hâte de fuir Paris, où la misère eût été mon partage... Valentine, me trouvez-vous encore si coupable?
— Non, non, car vous ne saviez pas... vous ne pouviez pas deviner... Mais, de grâce, achevez votre récit.
— Je me rendis en Amérique, pi es d'un oncle qui me reçut assez mal et me fit travailler presque comme l'un de ses esclaves. Mais je supportais tout sans me plaindre, car je sentais que je méritais cette punition que le sort m'iufligeait. Au bout de quelque temps, j'appris que vous aviez épousé un certain comte de Valgrave, qui m'était inconnu. Bien que je m'attendisse à apprendre votre mariage, cette nouvelle augmenta luon désespoir. Mais, quelques mois après, une personne qui arrivait de France m'assura que vous aviez épousé un comte étranger, mais que vous étiez déjà veuve. Veuve !... libre!... cette pensée me rendtit quelque espérance... Ah ! de ce moment, vous ne sauriez croire avec quelle urdeur je me livrai au travail; mon oncle en était tout surpris... Le changement qui s'était fait en moi me fit conquérir son amitié. Oue vous dirai-je? 11 vient de mourir en me laissant ;oule sa fortune qui est considérable 1... Oh ! alors, je n'eus plus qu'une pen-
Isée : revenir en France, vous revoir... « Si elle m'aime encore, 'me disais-je, elle me pardonnera mes lautes passées... Elle n'a plus besoin mainteuant, pour faire sa volonté, de la permission de son tuteur ! tl'e sera à moi, elle sera ma femme enfin... » Et me voilà, Valentine, et je viens vous demander à la fols mon pardon et votre main.
De grosses larmes s'échappent des yeux de la comtesse.
— Votre pardon!... dit-elle, oh! vous l'avez déjà, mon ami, comme vous avez toujours eu mon cœur, ma pensée, mon amour...
— Chère Valentine... je veus crois : oui, ce mariage a dû vous être imposé par voire frère... 11 vous aura contrainte à marcher à l'autel... il aura abusé de son autorité pour vous faire épouser quelqu'un de ses favoris... Mais le ciel a eu pitié de vous !... la
mort de ce Valgrave vous a enfin rendue libre... elle nous permet
d'iMre heureux...
ValeiJtine pou.sse un long soupir et secoue tristement la tète, en balbutiant :
— Hélas! non, mon ami, ce bonheur, qui ferait aussi le mien, nous échappe encore... je ne puis pas être votre femme...
— Vous ne pouvez pas être ma fiuiini.?... et qui s'y opposerail?... votre frère?... mais il n'a puis de droits sur vous... Oii'est-cc donc alors?... parlez .. parlez...
La jeune femme détourne la tète et murmure enfin d'une voix Iremblanle :
— Je ne suis pas veuve... Le comte de Valgrave mon mari, n'est pas mort !...
— Il n'est pas mort... et vous pas.sez pour veuve!... Votre uiari existe... et il n'est pas avec vous 1... Ah ! où e.st-il, cet homme que je hais... que je déteste'... où est-il? dites-le-moi, je vous en Mipplie, car il faut que je le trouve .. que je le lue... Oui, il me faut tout son siiiig... ce ne sera pas trop pour prix du bonheur qu'il m'a volé!...
Et, quiltaiit brusquement la place qu'il occupait aux pieds de la comtesse, Edouard de Charmeuse marche à grands pas dans la •chambre. Ses yeux lancent des éclairs ; il est en proie à une émotion si violente, qu'il ne voit même plus les larmes qui coulent des yeux de Valentine, qui lui dit :
— Edouard... Edouard... de grâce, calmez-vous,.. Écoutezmoi...
— Non, je ne veux rien entendre que vous ne m'ayez dit où se cache cet homme... ce Valgrave...
— Mais, pour vous le dire, mon ami, il me faudrait d'abord le savoir... Ce mari que mon frère m'a forcée de prendre, je ne le connais pas... je ne l'ai jamais vu... il ne m'a jamais parlé...
— Tout ce que vous me dites, Valentine, est tellement inconcevable, que je crois être le jouet d'une erreur.,. Vous ne connaissez pas l'homme auquel on vous a mariée ?
— Si vous aviez voulu m'enltndre, Edouard, vous sauriez déjà comment ce mariage s'est fait et pourquoi j'ai été forcée d'y consentir.,.
— Ah ! pardon... mais la nouvelle de l'existence de votre mari m'a tellement bouleversé... Parlez... je vous écoule... Ah! ne me cachez rien !
— Quand vous avez quitté la France... sans même me dire adieu... vous ne saviez pas... moi-même j'ignorais encore que je portais dans mon sein un gage de votre amour...
— Il se pourrait !... Quoi ! chère Valentine... vous auriez...
— Par pitié, mon ami, laissez-moi coniinuer... Lorsque je ne pus plus douter de ma position, ne sachant ni feindre, ni mentir, j'allai trouver mon frère; je me jetai à ses genoux, et je lui avouai ma faute... Je ne lui cachai pas que c'était vous que j'aimais, et je le suppliai de prendre pitié de moi. Contran m'écouta d'un air sombre, sévère. Il parut méditer longtemps, puis il me dit : « Voire état peut encore se cacher pendant plus d'un mois, et avant ce temps-là, je vous aurai mariée avec quelqu'un qui consentira à reconnaître votre enfant pour le sien. — Mou Dieu ! m'écriai-je, mais ce quelqu'un ne peut être qu'Edouard de Charmeuse... mou enfant est le sien, je ue piùs épouser qu« lui, je ne veux être qu'à lui !... — M. de Charmeuse ne sera jamais votre mari, s'écria mon frère en me lançant un regard terrible... Sa conduite est indigne; il a cru me forcer à lui accorder votre main, mais il sera trompé dans son espoir. Ce n'est pas lui qui sera voire mari. Retournez dans votre appartement, avant huit jours vous saurez ce que j'ai décidé. » Je rentrai chez moi mourante, désolée, mais bien résolue cependant à ne point vous être infidèle et à vous conserver tout mon amour...
Ici Edouard pi end la main de Valentine qu'il couvre de bai.sers puis presse tendrement sur son cœur. La jeune femme le regaide un moment, heureuse de revoir ces traits qui sont aussi ceux ue son fils. Puis elle reprend son récit :
— Huit jours ne s'étaient pas écoulés, lorsque Contran vint ine trouver, s'assura que nous étions bien seuls, que personne ne pouvait nous entendre, et me tint ce discours : « J'ai trouvé l'homme qu'il me fallait pour vous sortir d'embarras : c'est un gentilhomme... un comte ruiné... oh! eiilieremeut ruiné !... Moyennant une forte somme que je lui compterai, il consent à tout ce que je veux, et voici ce que j'ai résolu : 11 y a une chapelle dans Cette propriété; la nuit prochaine, à minuit, un prêtre sera prévenu et s'y trouvera. Le comte de Valgrave... c'est le nom de
LK PROFESSEUR FIGHECLAQLR.
voire futur époux... s'y trouvera aussi. Je \i>h> y conduirai. Vous .serez voilée... il est inutile que votre mari voie vos traits. Aussitôt la cérémonie terminée, vou.s rentrez chez vou.s, cl le cointe partira pour ne plus revenir... Ainsi, vou.s Tentendez, il ne ch nhcra ni à vous fiaricr, ni à vous revoir... Ccst son nom qu'il me venJ, c'est convinu, et je vous le répèle, jam.iis vous n tnlcmlnz plus parler de lui. Le lendemain de votre maiiagc, je vous emmf'ne, nous voyageons à i'étrarifïer; nous somiu' s près d'uni; année sans reparaître, et lorsque nous revenons a Paris, où j'ai eu som d'avance de faire savoir votre union avec un comte autrichien, vous êtes mère et déjà veuve : votre mari a pi-ri par suite d'une chute de cheval six semaines après vous avoir épou.sée. Vous avez compris, Valentine, je compte sur votre obéissance ! — Non, m'écriaije en levant vers mon frère des mains suppliantes, non, je ne consens pas à celte union .. je ne veux être qu'à celui qui a tout mon amour! — Vous n'avez donc pas ci>ni|iris, reprit Gontran. que par le fait vous ne serez [loint à un autre. Vous n'aurez de votre mari que le nuoi... lui-Mième ne saura pas le vôtre... J'aurai soin que le prêtre le prononce assez bas pour qu il ne puisse l'entendre. Je vous fais veuve presque aussitôt que mariée; je sauve ainsi l'honneur de notre nom, et vous pourrez, tout à votre aise, jouir des caresses de votre enfant. Maintenant, si vous refusiez de m'obéir, j'en fais le serment, et vous .savez que je tiens ceux que je fais? à peine voire enfant verra-t-il le jour, que je m'en empare, et c'est en vain que vous demanderez à le voir : jamais il ne vous sera rendu !» Ah ! mon ami, cette menace suffisait pour que je n'opposasse plus de résistance. Je ne vous avais plus, mais je vivais d'avance dans mou enfant... c'était tout ce qui pouvait encore m'atl-cher à la vie... .Me l'enlever!... Je serais morte en l'apptlant. Je fis tout ce que voulut mon fiére. Un voile épais couvrait mou visat,'e lorsqu'on me conduisit à l'autel; on ne put voir mes traits, et de mon côté je vous jure que je ne cherchai nullement à voir cet homme qui me vendait son nom. Vous voyez que j'avais rai:on de vous dire : « Je ne le connais pas, je lie lui ai jamais parlé, j'ignore où il est. » et sans cette alliance qu'il a p<issée à mou doigt et (pi'il me faut porter sans ce.sse, je pourrais oublier que je suis mariée.
Edouard baise plusieurs fois avec transport la main de Valentine, puis il regarde l'alliance fort simple qui est à son doigt et lui dit :
— Qu'y a-t-il là-dedans?
— La date du jour où s'est fait le mariage, puis le nom de Valgrave et le mien. Regardez...
La jeune femme ôte l'alliance qui est à sou doigt, et la donne, à M. de Charmeuse, qui l'ouvre, lit eu dedans ce qui est gravé et referme l'anneau qu'il examine ait' iitiveinent, en murmurant :
— Ainsi, c'est là tout ce que vous avez de cet homme ?
— Oui, mon ami, c'est tout... et ce simple anneau suffit pour élever uiu^ b iirière entre nous !
— C'est singulier : en l'examinant de près, on croirait qu'on a voulu le briser. . . Voyez donc ces deux raies... presque deux entailles, qu'on lui a faites en travers.
— Je les ai déjà reiiiarciiiécs, mais c'est ainsi que je l'ai reçu.
— Et maintenant, eliére Valentine, j'ose à peine vojs interroger... Cet enfant... ce gage de notre amour?...
— Il existe .. c'est un garçon... il a tous vos traits.
— Ah ! de grâce... ne pourrai-je le voir... le presser sur mon cœur?...
Valentine se lève en disant à Edouard :
— Venez !...
Une espi'i-e de boudoir, tout tendu en soie et en velours, et qui Couchait à la chambre à coucher de la comtesse, était la pièce occupée par le petit Armand. I. enfant reposait tout habillé sur son lit. La fraîcheur de son teint, le doux sourire qui, même pendant son sommeil, donnait de la vie à son cluirinant visage, en faisait nu aiig ■ (pie l'on ne pouvait se lasser de cniiti nipler.
Eloiiard pousse un cri de joie en a|iercevaut l'enfaut, tandis que Valeiiline lui dit :
— N est-ce pas qu il est bien, mou fils?..,
— Cher enfant!... Par già i', laisse z-moi l'embrasser.
Et, sans altemlie qu'on le lui permette, Edouard se penche vers le petit gai\oii, qu'il couvre de bai-ers, te qui naiurelleiiienl éveille Armand, qui ouvre ses grands yeux, regarde avec eionneiueiit autour de lui et s écrie :
— Tiens ! qui donc m'embra'se si fort ? Ce n'est pis maman..» et ce n'est pas non plus mon ami Liidger !
— Quel est ce Ludger qu'il appelle sr.n ami t demanda Charmeuse, dont les traits s'a.ssoo)bri-sent <léja.
— C'est son professeur, celui qui se charge de commencer i, l'instruire, un homme bon, patient avec les enfanls ses élèves, qi'il aime et dont II sait s<; laire aimer par •^a ilouc^ur. par sf manière d'agir avec eux. Il y a un mois à peine que cet hommu vient ici, et mon fus se plaît beaucoup a%ec lui. l
— Et j'a|)prends bien, et je connais déjà mes lettres! s'écrie le petit garçon. Et mon ami Ludger m'a dit que je lui ferii honneur, et Arthur .Monvert ne dira [dus que je suis un ài.e... et c'est moi qui me moipierai de lui!...
Le sourire est révenu sur les lèvrfs d'l!douard, qui embra.s.sede iioi'veau l'enfant en lui disant :
- Et moi e-t-ce que vous ne voudrez pas que je sois aus«i >otre ami... esi-ee que vous ne me donnerei pas un peu de cette amitié (|ue vous accordez à votre professeur?
— Vous., je ne vous connais pas . Maman, qui est donc ce monsieur-là ? je ne l'ai pas encore vu ici .. et II m'embrasse presque aussi fort que toi !
Valentine rougit en balbutiant :
— Mon>ieur est une ancienne connaissance... il a voyagé longtemps ; c'est pourquoi il ne pouvait |ias venir nous voir .. Maintenant, je les|ère, il ne nous négligera plus autant; et il faut l'aimer, Armand, car il t'aimera bien, lui .. oui. je vois dans ses yeux qu'il t'aimera... comme on aime son fils!...
— Ah! alors, j'aurai deux amis... lui et mon profes.seur...
— Et maintenant, tu veux bien l'embrasser; n'est-ce pas Armand '.'
— Oui, vaman... lUonsieur mon ami .. je veux bien t'erabrasser.
L'enfant ouvre ses petits bras à Edouard, qui le prend et le presse longtemps sur son cœur, en disant â Valentine :
— Ah! je vous remercie... vous me rendez bien heureux, madame.
— Tu aimes donc aussi les enfants, toi ? demande Armand.
— Oui, je les aime... quand ils vous ressemblent... Je goûte en ce moiuenl un bonheur tpii m'était inconnu.
Mais, après avoir lais^e .^imaiid libre de courir et de jouer, M. dei.liarmeuse pousse un piolond soupir en murmurant à l'oreille de Valentine :
— Pourquoi faut il qu'un homme mette encore un obstacle à notre entière félicité ! et cet homme, on ne le connaît pas! c'est un étranger qui se cache, qui disparait... Mais il est mort [«utêtre ?
— Non, mon frère sait qu'il existe toujours.
— Eh bien, je le verrai, voire frère... je lui parlerai... Ah! je voudrais déjà qu''il fût de retour, car il faudra bien qu'il me dise où se cache ce Valgrave... il faudra que je le li-oiive, cet homme qui est voire époiiv et qui est assez vil, assez iàolie pour ne point se montrer ..
— Mon Dieu ! Edouard, vous me faites trembler. Voudriez- vous donc que cet homme vint ici...
— Non, mais je veux... Tenez. Valentine, il y a là-dedans un mystère dont Gontran doit avoir U clef, et que je le forcerai bien à me dccouviir.
MAni.VGE DE LEONIC
Depuis que Ludger donnait des leçons au lils de la comtesse d« ^ Valgrave, il avait été remercier Angelle de lui avoir pr.Kure c« nouvel élève, qui lui donnait bien peu d'iK-eupation et lui eUiil pave fort cher, bien que Im u'eùl demande qu'une rétribution modeste ; mais Valeiitii'e, heiireu>e de trouver pour son lils un lioiuiiie doux, complaisant et qui avait su s'en laire aimer, av.>il exigé qu'il reçût ks emoluuunts qu'elle-même avait tixe^.
Angelle avail reçu avec froideur les reinerciinouls du professeur ; leur dernier tôle à-téle semblait avoir mis lin à cette douce inliiiiite ipii auparavant existait entre eux. Tonjo.irs triste et mlencieuse, la eliaiuiaute fille ne cherchait plus à causer avtv Ludger; elle .semblait au contraire en éviter avec s<»in les oocasioiu*, et si, quelquefois obligée de lui ivpoudix», elle se Uis-siit aller a