‹ MoustacheChapitre 156 sur 281 · Chapitre pheuier. — Le* deux Frères. — Les deux Naissances · texte numérisé non relu

Chapitre pheuier. — Le* deux Frères. — Les deux Naissances

Dans une belle allée, ombragée par de grands peupliers , et qui se trouvait à l>xtrémité d'une immense pelouse , deux hommes se promenaient depuis longtemps : l'un semblait goûter paisiblement les plaisirs de la promenade , l'autre pa raissait fort agité ; il marchait à grands pas , puis s'arrêtait brusquement pour regardera l'autre extrémité de la pelouse, oii l'on apercevait deux jolies maisons bâties à la moderne, et qui, séparées seulement parquelques toises de terrain, dominaient une colline d'où l'on découvrait à peu de distance la jolie ville deGi- •ors , le petit hameau de Boisgelon , les ruines de Tancieu château de Vaux et plusieurs villages des environs , tels que Basiucourt Saint-Eloi et Bernouville.

Ces deux propriétés étant très-voisines et à peu près de la même dimension, elles paraissaient de loin ne former que deux corps de loris delà même habitation; mais en spprochant on remarquait entre elles beaucoup de difléience.

La ptemiÀM, (implt, mua

',ci>ii;;u; liu beau sex».

de bon goût, n'offrait riem de remarquable à l'œil du voyageur. La cour, qui se tiouvait en avant des b;itiments, était fermée par une grille de fer, à chaque coin de laquelle était planté un acacia. Dans la cour , il n'y avait ni arbustes ni statues , et la porte du vestibule pir lequel on entrait dans l'intérieur de la maison était presque constamment fermée.

La seconde habitation était bâtie sur un plan semblable.

Une cour précédait aui-^i les bâtiments, mais au milieu de cette cour on avait fait faire un bassin d'une vingtaine de pieds de diamotrr , et dans le milieu du bassin un tuyau de plomb indiquait l'intention d'avoir un jet d'eau. Des caisses d'orangers, de lauriers, de grenadiers et des bancs étaient places tout autour, probablement pour prendre le frais ou regarder nager le»

cygnes que l'on aurait mis dans le bassin si l'eau avait voulu y séjourner; niait, malgré tous les efforts d'un archileclcde Gisors el d'un insiH>cleurdeiuinlset chau»sées , le tuyau n'avait j»raal»

envo>é une goutte d'eau, et le bassin, à sec d.in» pluf leurs endroits, offrait dan»

d'autre» que''pie» l'ii»»»

L'HOMMB ro LA NATURE

inirrt verdltrea , 06 , lu lieu de cygiiei, on n'apercevait que des tè- UrtU.

La grille d'entrée était dorée ; à chaque coin on voyait, en iledans, nne al.itue représeiilant un gladiateur nienui^Hlit son udvvrs.>ire, et le personnage était print en coultur de cliair, pour que l'ilii^^ion fût plu» complète. Le vestibule n'avait |ioiiil de porte, afin que I'iimI put plonger à travers une salle basse et apercevoir les jariljiis. Kiiliii un berger et su bergère, en porcelaine colorit^e, étaient plactH à l'entrée de ce veltihule, et par leur sourire pracieui, formaient un contraste piquant avec les posjs faroucbes des Komains tout dus qui seuiblaieul défendre l'entrée de ta grille.

Les deux hommes qui ae promenaient dans l'allée de peupliers étaient de la même taille, À peu près du même ài;e , et il y avait, de >in, quelques rapports dans leurs traits; mais, vus de près, ou remarquait entre eui beaucoup de diflVrence.

L'un , avec une fii;ure peu régulière, avait dans les yeui quelque chose de spirituel , dans le sourire une «pression aimable ; sa phyaionoMiie éiail franche , prévenante, ses manières distinguées et sa louniiire élé|;ante.

L ;iutre avait des traits plus beaui peut-être , mais ils offraient un «ingulier assemblaf;e de présomption , de fatuité et de sottise; quelquefois on seiuliiait vouloir donner à tout cela une ejpression de bonhomie, d'inditTérence pour toutes les passions humaines; mais cette bonhomie n'était jamais naturelle ; elle laissait percer ce secret eontenlement de soi-même, indice de l'homme qui se croit infiniment supérieur aui autres. Ce second personnage avait un abord tantôt fier, tantôt ironique; quoicjueses manières et son langage lussent toujours polis, un compliment de sa boiiche vous satisfaisait moins qu'un simple mot dit par le premier ; sa tournure n'était point commune; mais il y avait trop de roideur dans sa démarche, ou il l« dandinait avec une complaisance trop affectée pour que tout cela fût fait sans intention.

Le premier de ces messieurs, celui dont l'agitation semblait à chaque instant devenir plus vive, s'est encore arrêté, et, les jeuj tournés TCrs les habitations qui sont ii sa droite, il frappe du pied, et pousse «n profond soupir. L'autre promeneur s'est arrêté aussi ; mais il ne parait être nullement inquiet, il vient de ramasser un caillou , et l'amuse à le lancer dans un petit étang qui est de l'autre côté de l'allée tout en disant à son compagnon :

— Quand voua voas ferez du mal, mon frère, quand vous vous impatienterez!... les choses n'en iront pas plus vite... La nature a aaarqu ' le terme... Tout l'art des hommes n'y peut rien... Gela viendra quand ça devra venir !.,.

-— Ah ! mon frère, que vous êtes heureux de conserver Unt de sang* rroid... de tranquillité dans un tel moment!...

— Oui, c'est vrai, j'ai du calme... de la tête... Oh! je puis me flatter d'avoir une tête bien heureusement organisée... Il y a de tout dans cette tête-là... Mathématiques . physique , chimie , mécanique , sciences, arls, invention... oh! iuver.tion surtout!... J'ai le génie essentiellement inventif ; quand je sou^e à tous les procédés nouveaux dont on aurait pu faire usage si l'on avait voulu me croire... Et pourtant je n'ai encore que trente- huit ans ; juste trois anné-s de plus que vous : je suis de 68, et nous sommes en 1806... Mais non , on n'a pas voulu employer mon génie , on a été jaloux de mes talents , on a dénigré mes inventions... Alors j'ai vu que les hommes étaient des ingrats, je me suis renfermé en moi-même, j'ai renoncé à me rendre utile, et j'ai dit : Bornons-nous à faire des enfants à ma femme.

— Pour cela, mon frère, ce n'est pas une chose que vous ajez iu ▼entée; il me semble même que vous avez mis beaucoup de temps à l'exécuter.

— Je pourrais vous en dire autant.

— Mon frère... n'entendez-vous pas des cris ?...

—Non... Je n'entends que les canards qui barbotent dans ^3 ruisseau et les merles qui sifflent au-dessus de ma tête... Soyez donc tranquille, mon cher Rémonville... on viendra vous avenir... ISotre ami "tourterelle n'est-il pas là ?.„

— Je ne pense pai qu'il Mit auprès de ma femme pendant qu'elle c*t en ma! d'enfant.

— Et Moi, je ne verrais aucun mal à ce qu'U fût auprès de la mienne... parce que , voyez-vous, mon frère , dans un moment semblable... il n'y a plus de sexe...

•>-Il me semble au contraire que c'est dans ce moment-là que l'on doit le olus de reconnaissance à la femme... Comment confondre telle qm <<ouffre tant pour noas donner la vie, et celui qui pour cela n'e eu que du plaisir ?...

— Ah! Bion frère ! vous allez trop loin... Je ne suis pas d'avis que ce soit tout plaisir pour nous !...I1 y amêmedecircuinstancesoù...

— Chut !... écoutez... Ne nous appelle-t-on pas?

— Eh ! non , encore une fois. D'ailleurs , n'ai-je pas dit à Rungm, Bon concierge, de venir vous prévenir dès que fout seiî terminé?... Quant à moi , dès que ma femme sera accouchée , j'en sïrai averti... et, qui p'.ii est , je saurai aussitôt le sexe de l'enfant. J'ai donné mes instructions pour cela à Hoogin : lui 'jetard si c'est une fille , et trois pétards pour un garçon !...

— Abl pM B>'iii)j»oit« le Kxt... <jiu mon AnuSie cesse «« «aa/-

frir; que j'aie un enfant , ne lerai-je pis trop beurent? Un enf lutj Ah! mon frère, quel bonheur ce mot renferme' iNc- je «ml, i • i pas cumroe moi, puisque votre feuiuie se trouv*. aiukl <| le |.. a < au nioiueni de vous rendre père?. . <,tiirl »iiii;ulier liis:-.-.!'. plaisir pour nous deux, mon cli' r Adrien! nois .eroiiH pè . ' jour... et si le» p<o:eti, si les vii"i\ «le cendaunB ne r( nous ayons l'un une fille , l'autre un i;arçnn . q'ii iioiit ■ n, ^ marier eiineiuble nus enfants ? Il est si iluii de res<errer l> » iiei nature, et de n'avoir pas à sortir du petit cercle oit l'un vit (mui tous ceux que l'on aiiue!

M. Ailr*en Rémonville était en re moment Accupé k ô''petites plante^ qui s'étaient attachées a un de ses pieds , > d'iin air presque indifférent, et eu avançant se» lèvres po < bonhomie :

— (Jui , sans doute... c'est fort agréable... et nous pouvons filna des projets. D'ailleurs, cela n'engage a rien; on peut toujuuri fair* des projets... Moi , autrefois j'avais des vues élevées .. J'avais l'-imbiiion d'utiliser mon génie inventif; on n'a pas su m'apprécier; tant pis !... Désormais je ne me casserai plus la tète pour un monde ingrat.

— Mais, mon frère, vous vous plaignez sans cesse des bommesa Vous prétendez que vos talents ont été mécnnnus. Il me semble que plusieurs fois, cependant , on les a mis à l'épreuve. Il y a huit ans environ, on vou> nomma à un poste important: vous étiez chargé de faire partir les dépèches du gouverneuient. Bieniôi les courriers cessent il'ap.orter des nouvelles ; on s'inquiète, on s'informe , on se réiid à votre bureau, et on y trouve plu» de deux cent* dépêches qui depuis ipiinze jours devaient être parties!

— Parbleu ! cela se conçoit ; depuis quinte jours, moi, je cherchai» un nouveau procédé pour faire parvenir les dépi'c^hes plus vite, et je l'avais trouvé au moment oii l'on me força à donner ma démission de mon emploi.

— Une autre fois, un gros fournisseur se charge de l'entreprise de nouvelles chaises de poste. C'était une liel'e affaire, ou l'ou devait gagner beaucoup d'argent. Il vous met a la lêie de son administ ration. Bientôt toutes ses voitures cessent de rouler.

— Comme c'est malin ! parce qu'avant de les faire rouler, je votllais , moi, les penci 'lunncr. J'avais trouvé et je trouve encore na grand vice dans la manière dont sont tirées les voitures; c'est qii'elles offrent à ceux qui sont dedans le derrière d'un cheval en perspective. Vous conviendrez, mon frère, que cela fat indécent, et désagréable...

— Ah ' vous vouliez faire marcher les chevaui comme les écrevisses? — IVon, mon frère, non ; je ne prétends pas réformer le» bêtes; Bais j'avais trouvé un fort joli expédient ; c'était de retourner l* caisse du cabriolet... rar ce moyen, le voj^geur allait en arriére, 1 il n'avait pas la queue du cheval sous le nez. Mais, je vous le répète, mon frère, mon tort c'est que j'avais trop de talents, de génie; je savais trop de choses , et c'est ce qui allumnil la jalousie contre moi...

M. Rémonville n'écoute plus son frère, li is'i ' nr.ue de lui avec imp.itience, et marche à grands pas sur la pelouse en s'écrtaiit ; Poiat de nouvelle! je n'y tiens plus... Je vais aller demauder... M-iis entendre ses cris!... je n'en ai pas la force... Amélie , qui seul tout '"î mal qiie cela me ferait, m'a ordonné elle-même de m'éloigner.

M. Adrien suit lentement son frère en disant : ^'oi, qui ai les nerfs moins sensibles que vous, je serais bien resté près de nia ftmme ; mais c'est elle qui ne l'a pas voulu. Vous savez que je preiirii souvent du tabac ; Céleste a prétendu que toutes les fois que j'ouviai» ma t.bMière, cela faisait un bruii , un son qui lui faisait mal!... Pur eufai.lillage !... Ma tabatière crie un peu , c'est vrai ; mais cela n' rien ùe désagréable : cela imite la cornemuse, voilà tout. Certes j'aurais été enclianlé de recevoir, le premier, cotre eufant dans mes bras; mai», comme \\ m'est impossible d'être plus de trois minutes sans prendre du tabac, je suis sorti de chez ma femme , et j'ai aussi bien fait ! car il y a plus d'une heun; de cela , et il n'y a pas de raison pour que cela finisse auj^ aù'hui.

En disant ces mots, AI. Adrien Rémonville tire de s-) poche une fort belle tabatière , qui en s'ouvrant laisse effectivement échapper un son prolongé. Il y puise une ample pincée de tabac , qu'il prend avec une certaine grâce, et s'écrie en riant:

— Au fait, c'est très-drôle que nos deux femmes... le même jour... i la Tiême heure. ..Cela ferait présumer qu'il y a neuf mois c'était aussi au même moment que...

Un petit monsieur, qui venait d'une des deux propriétés, parut en ce moment sur la pelouse. C'était un ùomme de trente-six ans , un' peu gras, un peu court pour son emboi :.ûint, mais dont la figure, qui souriait cou(ii>ut!iement , était fraîche et auimée. Ses traits petits le par«.'\sa:enl encore plus, cachés par dcui ;oues qui menaçaient de faiFS 'otalemcnt disparaître son nez ; ,i.ai- ses yeux étaient trèsvifs , ses dents iort blanches, et ses levre^ J'un vermeil peut-être trop éclHlanl. Li mise de ce monsieur éîait soletipe. <:e= favoris étaient peignés aven syin trie, et ses souliers toujours bien luisant".

— Voilà Tourlerelle I dit M. .\drien Rémonville en apercevant le petit monsieur. Il vient à nous... c'est qu'il v a du nouveau: «a-

ET 1,'IIOMME POUCE.

pendant je n'ai pas entendu le» pétard»... E»t-ce que ma ]>oudre aurait fait loin; feu ?...

— Cuinme il vient lenlement! dit M. Rémonville. — Bah! vous Oe voyez pas qu'il court au contraire ?

M. Touricrt-lle courait eu elTci sur la pelouse, mais son embonpoint l'enipôcliait de courir vite, et de temps à autre il s'arrêtait pour reprendre su resiiiialioD , et ôter la rosée qui se mettait sur ses (oulieis.

— Je n'ose plus aller au-devant de lui, dit M. Rémonville en p«lissnnt ; s'il venait ni'H|i|ireiidre une fâcheuse nouvelle... Ma pauvre Amélie! c'est à elle seule (|ue je pense en ce moment...

'ej;ai;e (pie la nouvelle est lionne... Voyez... Tourterelle sourit.

•—Eli ! n'est-ce pas loujours ainsi i|u'il ;>borde chacun? — Vous aurez une tille, moi un garçon... J'ai parié avec le receveur de Gisor» une poularde du M lis que j'aurais un garçon.

— Ah ! ((lie l'aie un garçon ou une fille , un enfant n'est-il pas toujours un trésor de plus?... Mais Tourterelle a|ipror.he enfin. Eh bien ' mon ami, quelle nouvelle ?... Parlez... parlez dune... Est-elle accouchée? De quoi ?

Le petit lioimue , qui continuait de courir sous lui , s'arrête tout à coup, et porte la maiu à sa jambe gauche en s'écriant : — Aïe ! une ortie!...

— De quoi dit-il que votre femme est accouchée ? dit Adrien en prenant sa talt.itière; je n'ai pas bien entendu.

IM. Rëuinnville court à Tourterelle, qui continuait à se frotter la jambe au lieu d'avancer, cl il lui répèle avec une espèce d'emportement : — De grâce , monsieur ! que venez-vous nous dire ?

Le petit hoiu.ne relève alors la tête , et tâchant de cacher la grimace qu'il taisait en se grattant sous son sourire habituel , il prend la main de M. Rémonville en s'écriant :

— Recevez mes compliments, monsieur Rémonville. J'ai voulu être le premier... J'étais là-bas... entre vos deux maisons... et je courais sans cesse de lune à l'autre en criant : Est-ce fait ?... — Eh bien! mon Amélie est accouchée? — Oui, mon cher monsieur, heureusement accoiichi e, et d'un beau garçon...

— Elle est accouchée!... J'ai un garçon!... je suis père!... Ah 1 monsieur Tourlerelle I... Ah! mon frère!...

Et M. Rémonville se jette dans les bras du nouveau venu, de son Irèe; il les embrasse, les éioiiffe, puis les quitte en s'écriant: — Je vais le voir... je vais embrasser ma femme et mon fils !

M. Rémonville est déjà dans sa maison que ces deux messieurs sont encore à la place ou il les a laissés, l'un arrangeant la rosette de sa cravate ijui a été froissée dans les embrasseinenls de son ami , l'autre tâchant de composer sa figure, qui s'est eitréuiemeut allongée en a|>prenanl que son frère avait un garçon.

M. Adrien se décide à tirer de nouveau sa tabatière de sa poche, <t ]>endaiit qu'il lui fait jouer de la trompette, il dit à demi-voix :

— Mon frère a un garçon... c'est drôle... j'aurais cru qu'il aurait une fille... Cependant j'ai parié une jioularde du Mans que j'aurais un fils... et ma femme qui n'accouche pas en même temps que sa belleioeiir... c'est désagréable. Dites-iuoi donc, mon cher Tourterelle, pourquoi ma femme n'est-elle pas aci ouchée ?

RI. Tourterelle , quj venait seulement de finir d'arranger sa rosette, *e ).ose comme un maître d'armes devant son interlocuteur en disant :

— Est-elle bien faite ?

— (,)ui ? ma femme?... Elle est moulée. — Non , je vous demandais si elle n'était pas un peu chilïonnée? — Chiffoiiiiée!... a vingt-huit ans!.., avec une santé... une fraîcheur!... la plus belle feuiuie du "Vexin normand !...

— Mon cher ami, vous ne m'entendez pas, je vous parlais de ma cravate, que voire frère a totalement dérangée en me pressant dan» ses bras... Quant à madame votre épouse , personne plus que umi ne lui rend justice : une taiMe! une grâcei une lournure! — (Jui,je crois , sans trop de présomption , que nous faisons un assez joli couple!... C'est pour cela que j'aurais été bien aise d'avoir un fils... J'avais même déjà des idées... des pro.ets... Uh! je ne l'aurais pas élevé comnie tout le nioiide! je n'aime pas les roules battues.

— Miii, je n'aime pas ces pelouses avec des herbes liantes : cela vous cache les ronces, les orties; on se pique, il vous vient des ampo lies, et c'est fort dés.igré.iblel

— Après tout, qu'importe que ce soit une fille ou un gar(;«., (*... ]N'i .siiis-je pas maintenant retire du monde et revenu de toutes ses va. .lié?... Je suis un bon campaguard... J'ai huit mille livres de rei'te, et je plante traiiquillcnienl mes choux!.. ,

- Ah! vous êtes un véritable philosophe, moc cher monsieur Alrieii. — Eh, mon Dieu! mou ami, je l'ai toujours été... J'aurais donné mou temps , mes tniciils il mes concitoyens, ce n'était certailiemeni pas par auibilion... — (^)ui le sait mieux que moi?... Vous l'huniuie h p'us . hampêtre du ili parlenu ut!... — On ne m'a p.is emplou', t..ni mil ii\ pour moi... je vivr.ii plus heureux... Après tout, et en y reneel.iss.uil bien... je crois qu'il me sera beaucoup plus agréable d'avon une hllc...

— le suis de votre avis : il n'y a rien de gentil comme une ftUe!...

— Une fiJ'" pour la

maman... On n'a pa» d'inquiétude à avoir... on lui donne une dot e« ou la marie, ra va tout seul!...

— Oui, une fille, cela peut aller tout teul.

— Ensuite, une fille, alors niêire qu'elle n'aurait p«» on pnnd génie... qu'elle serait bête même, >ourvu qu'elle se tienne bien ei sociélé. qu'elle fasse afjréHhlement la révérence, qu'elle soit M,;e «1 modeste, n'est-ce pas «i.ffismt?

— Ceiiainement q.ie c'est suffisant; et il n'y a aucun inconvénien à ce Mu'uue fille soit bêie.

— Tandis qu'un .;arcon!... quelle diTérence!... U faut absolime* qu'un garçon ail de l'esprit, du génie même, turiout quand il descend d'une famille distini;iiée.

— Oui, un garçon est obligé... tenu à avoir de l'esprit... C'est ca que mon père m'a répéié cent fois!

— Kl pu=s un garçon!... combien de tourments cela peut nou» causer!... que d'inquiéiu.les... de peine» pour en faire quelque chose de bon!... Et (|ui sait encore si on réussira?

— Ma foi... vous avez raison; on n'en sait rien du tout.

— Je désirais un garçon , mais (pli m'eut dit que mon fils ne serait pas devenu un très-mauvais sujet ?...

— Les garbous tournent souvent en mauvais sujet».

— t^tui me'ditque ce garçon n'eut pas été un dissipateur?

— Les garçons ué|. élisent beaucoup en général.

— (^)ui'me ditque ce garçon ne serait pas devenu libertin?...

— C'est juste!... pouiquoi ne serait-ce pas un libertin?

— Qui me dit même que ce garçon ne deviendrait pas un voleur?..,

— Au fait... qui eiupêcherait que ce ne fiit un voleur?

— Ah! mon cher Ttiurterelle ! on désire des enfants; on ne «ait pas ce qu'on demande! on ne réfléchit pas, on ne songe pas a tout c« qui peut résulter de la naissance d'un enfant!... Mais, comme je voua le disais, au moins avec une fille...

En ce moment une explosion se fait entendre. Le bruit parUit d« la maison au bassin

— t^)u'est-ce que c'est que cela? demande M. Tourterelle. — Je sais ce que c'est, réfi.oud Adrien, dont la figure s'allonge encore plus en voyant que le bruit ne cunlimie pas. C'est un péUrd... Cela m'annonce que ma feuime vient d'accou. her d'une fille...

M. Tourterelle allait faire son compliment au papa lorsque detu autres pétards partirent presque au même instant.

— A ce bruit, la figure d'Adrien Rémonville a entièrement changé. Il fait un saut eu l'air, il bat des mains, il frapjie sur la ventre de sou ami, il est rayonnant, et peut a peine s'écrier :

— C'est un fils!... c'est un garçon!... J'ai aussi un garçon. Ahl mon ami!... mou cher Tourterelle!... que je suis heureux !...

El après avoir aussi froissé dans ses bras le complaisant ami, M. Adrien court vers sa demeure en sautant, en dansant, en faisant mille folies.

M. Tourterelle, qui allait le complimenter sur la nais.^ianee d'une fille, le regarde courir et sauter dans la plaine d'un air étonné. Puis, examinant le désordre apporté de nouveau dans sa toihtte, il s'écrie : — Voilà deux garçons dont la naissance m'a valu de bien rudes embrassa.les... Ouf!.!. C'est heureux que ces damfs n'aient point au de jumeaux... car les papas m'auraient étouffé!... Et Uut cela (wor deui petits g.irçou» qui seront peut-être méchants comme des âne». J'aime bien uiieux le.s petites filles, moi!

Après s'être rajusté et avoir passé en revue toutes les partie» da son costume, le petit monsieur reprend le chemin de la pel»use •» regardant avec attention s'il ne pose pas ses pied» sur des orties.

CBAPiTsa II. — Le concierge Rongin.

La maison tonte simple qui était sur la gauche de U colline appartenait au plus jeune des Uémonville, qui cependant .dirait pu. à juste titre, afficher plus de luxe que si.n trère, car il possédait doute mille francs de rente, tandis que M. Adrien n'en avait plus que huit ; celte dirt'éreiice dans leurs fortunes, qui avaient été égales à la mort de leur père, provenait de celle qui existait dans leur esprit, d.ns leur car.iciore. Le cadet avait les fioùts simplrs et bornés; Adrien , au contraire, avait toujours eu la prétention d'être quelq le chose et da faire parler de lui.

Les inventions ruinent quand elle» ne rénssissent pa»; .Adrien avait dépensé de l'argent dans des essais, dans des mécanique» nouvelle», il y avait réussi comme dans son emploi |>oiir les dé|Htches et le» »»>iluns. Voyant qu'on ne l'écoutait plu» ou qu'on se uioqu.iit de lui, M. Adrien avait affecté-le plu» profond mépris pour le monde, el s'était fait misanthrope pour être au moins quei.iue chose.

Pendant quelque temps, il avait fui la société; retiré dans I» maison de campagne qu'il venait d'acheter tout k côté de celle d« son 'rère, il ne voulait y recevoir personne, tenait coii»tammcnl «es vcic's fermés, et ne soi;ait que le soir, tnT.'<nt la reucoiiTi- d'un pays :i, el ne se pnuii.'uaiH que dans les endroits isolés. Cist i celle épiu, e qu'il av..il faii placer contre sa grille le» deux gladiateur» qui tenihl. icut menacer les passants.

Adrien espérait que celle conduite attirerait l'attenUon géuërsie. que dans tout le canton on Ik citerait couiue un être singulier, ^ut

f.'llOMMK nS L.V .'NVTLMir.

les hauimen le regarderaient avec euriosild, et que Ici petite* filleti auraient peur (le lui.

Mais le pauvre Adrien avait du malheur : on ne fit aucune attention à sa manière de vivre; son frère, qui d'aliord l'avait vivement sollicité de venir souvent le voir, le laissa eu rr|ios dans sa maison; it les petites filles passèrent à coi<^ de lui sans fit-utir, parce qu'il n'y avait rien dans sa per>anne qui resuemblàt à Hubert le Diable ou à la Mère Grand.

Ennuyé de faire le misanthrope seulement pour son portier et son jardinier, Adrien changea encore de-manière de vivre : il nloorua dans la société, revit le monde; alors il se fil lionhomme, mais houliomme caustique, liunliomnie railleur quelquefois; ce n'était qu'un faui bonhomme enfin, car il faut beaucoup d'esprit pour soutenir avec talent un caractère qui n'est pas le nôtre, et M. Adrien grimaçait quand il voulait être naturel.

Son frère venait d'épouser une demoiselle jolie, aimable, bien élevée et qui avait une honnête aisance. Adrien se maria avec une jeune personne qui n'avait rien et sur le coiii|ile de laquelle couraient quelques liisloires peu rassurantes pour un mari; iii.iis en faisant ce mariage, Adrien voulut encore prouver qu'il élait au-dessus des propos des mauvaises langues. C'f si à cette époqut qi'il iit placer un berjjer et une bergère à la porte de son vestibule. Mal^'ré cette différence de caractère, les deux frères vivaient en assez bonne intelligence. Le cadet, qui avait de l'esprit, cédait assez ordinairement à l'aîné; et celui-ci, qui dans le fond n'était pas méchant, devenait assez sociable avec les personnes qui semblaient vaincues par ses raisonnements. Les belles-sœurs se voyaient aussi , mais elles s'aimaient Îieu; il n'y avait aucune analogie dans leur manière d'être, et les iens du sang n'étaient pas lii pour faire passer sur la difl'érence des caractères : on se voyait parce qu'on demeurait tout près l'un de l'autre, qu'à la campagne on est bien aise de trouver à ccjlé de soi de la société, et que, depuis qu'il avait renoncé à être misanthrope, M. Adrien s'ennujait en tête-à-tète avec sa femme.

Quant à M. Tourterelle, que nous venons de laisser au milieu de la pelouse, c'était un ami des deux frères, un commensal des deux maisons. Propriétaire à Gisors d'une filature assez médiocre, il s'était retiré des affaires pour se livrer entièrement ii son penchant pour la galanterie. M. lourterelle était un adorateur du beau sexe; >1 ne pouvait pas voir une femme sans soupirer; un joli pied lui donnait des palpitations, et un sein bien blanc lui causait des vertiges : il était devenu la terreur des maris de Gisors. Malgré cela, les frères Aémonville le recevaient avec plaisir, et ne paraissaient nullement le craindre; le cadet se fiait à l'amour, à la vertu de sa femme; et l'aillé se regardait dans une glace avec complaisance, bien persuadé que jamais nul mortel n'oserait jouter avec lui. Tourterelle se rendait souvent aux deux habitations, qui n'étaient pas à un quart de lieue de la ville; on remarquait cejiendant qu'il dqnnait la préférence à la demeure d'Adrien, et qu'il était plus assiuu près de la sensible Céleste que chez madame Amélie Rémonville.

Tout était en l'air dans les deux maisons. Deux marmots de plus venaient d'y apporter la joie, le bonheur et retle agitation qui accompagne toujours un pareil événement. M. Rémonville embrassait M femme, son fils, ses gens; il était dans l'ivresse, et la sienne était ti vraie , si franche qu'il était difficile de ne point la partager. D'ailleur* M. Rémonville était aimé de ses domestiques, parce qu'il n'était jamais injuste et colère avec eux. Le désordre fut bientôt réparé, le calme rétabli; Rémonville sentit que, dans la situation de sa femme, une joie paisible convient mieux que de bruyants témoignages de contentement. Auiélie avait décidé qu'elle nourrirait son enfant : il n'y avait donc point de nourrice à chercher. Rémonville «lia s'asseoir près du berceau de son fils, et se livra en paix aux sentiments que faisait naître dans son âme la vue du nouveau-né.

Chez Adrien , la scène était différente. Madame avait été fort effrayée par l'explosion des trois pétards; ayant appris que son mari était l'auteur de cette surprise, elle lui fit la moue lorsqu'il vint pour la féliciter. Les cris de son fils lui faisaient déjà mal à la tète; il fallut l'emporter bien vite de sa chambre. Pendant que le jardinier était allé à Basincourt chercher la nourrice , le papa avait pris son héritier dans ses bras, et il le promenait en triomphe dans toutes les pièces de sa maison,

iM. Tourterelle venait d'arriver devant la demeure d'Adrien, et, Jltîvant son habitude, le concierge ne se pressait pas d'ouvrir. Enfin, quand Tourterelle eut sonné de nouveau, un homme sec et jaune, ayant passé la quarantaine, dont la figure rabougrie exprimait continuellement la mauvaise humeur, et qu'une cicatrice au-dessus de l'oeil droit enlaidissait encore , parut à l'extrémité de la cour et se dirigea lentement vers la grtue en murmurant : — On y va!... Eh mon OieuL.. tout le monde semble s'être donné le mot ici pour faire du vacarme : et tout cela pour la naissance d'un enfant... Comme si c'était une chose extraordinaire que la naissance d'un enfant! Jadis, on ne faisait pas tant de tapage quand un garçon venait au monde.

— Monsieur Rongin , je suis à la grille, dit Tourterelle en avançant sa tète d'un air aimable.

— Je le vois bien , monsieur... et il me semble que je vais vous *%v lépond BoDgin en faisant la moue , quoique ceU c'ait pas

toujours été mon métier d'ouvrir les portes... Je me flatte que Ja n'étais pas né pour servir...

M. Itungiii a ouvert cependant , et Tourterelle entre en disant : — Eh bien! on a doue eu un ga ron a ssi dans cette m<ison?... — Parbleu'... n'avez-vous pas entendu le tapage?.,, (.^'es'. pour cela qu'oa m'a fait tirer des pétards... J'ai manqué d'être éborgiié au troisième!... , Est-ce que je suis habitué k tirer des artifices, moi? Ce n'est pas que, j'aie peur de la |toudre... Je porte sur le visage des marques de mal bravoure. Mais ici on vous met .i toute sauce, sans avoir aucune! consiiléralion pour ce que les gens ont été... Ab!... si ou m'avaif j dit il y a vin;;1-cinq ans que je tirerais des pétards pour un maître! L

— Monsieur l'oii>;iii , où est mon ami Adrien?... Madame se porte»!' t-elle bien?... Puis-je me présenter chez le papa?... — Ah! mon ^ Dieu! vous allez le trouver... Il est quelque part... p.':r U-bas , qiij promène ?on marmot... Oh! vous entendrez l'enfant crier... Ça va être amusant si on le garde ici, comme monsieur le veut... Est-ce que la nourrice ne serait i^as mieux chez elle?... Est-ce que les enfants ne s'élèvent pas aussi bien chez le père nourricier?... Moi , j'ti été en nourrice dans les environs de Rouen : et pourtant ma mère avait bien le moyen d'avoir aussi une nourrice chez elle si elle lava** voulu... C'est que je SUIS né de parents riches et établis, sans que ça paraisse; et si je sers, ce sont les événements et la révolution qui ea sont cause!...

Tourterelle se dispense d'écouter le concierge. 11 le laisse repousser la grille en murmurant, et continuer ses doléances dans la cour, qui est toujours sale, parce que, au lieu de la bien balayer et de faire soigneusement son ouvrage, M. Rongin préfère se plaiudre du sort et grommeler contre ses maîtres.

Tourterelle a trouvé son ami Adrien se promenant dans un saloa du rez-de-chaussée, avec son fils à denii-nu dans les bras : car, à force de tourner et de retourner l'enfant, le papa avait défait une partie des langes qui le couvraient, et le marmot, qui ne demandait qu'a gigoter en liberté, donnait, à chaque minute, de son genou ou de son pied dans le nez de monsieur sou père.

— Le voilà , mon cher Tourterelle, le voilà cet enfant pour lequel j'avais parié une poularde... Hein?... Voyez qu'il est beau!... qu'il est fort!... Ah!... mon frère a un garçon... Pardieu! j'en ai un aussi, moi... J'étais certain d'en avoir un... Faites-moi donc compliment, mon ami, de ce que j'ai u^^ fils.

— Mais, dit Tourterelle après avoir embrassé l'enfant qu'on lui met sous le nez, mais... il me semble que tout à l'heure vous disiex que vous aimeriez mieux une fille.

— Je n'ai pas pu dire une bêtise comme cela , monsieur Tourterelle, s'écrie Adrien en s'asseyant sur un sofa; qui est-ce qui ne désire pas avant tout un garçon... un héritier de son nom, de suu génie?... Qu'il me vienne des filles après, je les prendrai... Ça me sera égal. Mais le premier doit toujours être un garçon!... C'est si gentil, si uoble, si agréable d'avoir un héritier!...

Ici M. Adrien est obligé de se lever et de promener l'héritier, qui fait des cris perçants, parce que le sein d'une nourrice lui serait plus agréable que les caresses de son père.

— Celte nourrice est bien longue à venir, dit le papa en marchant dans le salon pour tâcher de calmer le marmot; j'ai pourtant recommandé à François de toujours courir jusqu'au village... Ah!... Toupterelle, vous verrez cette nourrice-là!... Une femme superbe!... un teint frais!... des formes athlétiques!... et du lait!... elle enfoncerait une vache!... C'est moi qui l'ai choisie... ma femme ne s'est mêlée de rien... Vous savez d'ailleurs que j'aime assez que tout se fasse par mon ordre chez moi. Je n'aurais pas été confier mon fils à quelque paysanne laide et misérable !... — D'oii est votre nourrice ? — De Basincourt, à une demi-lieue d'ici... C'est la femme de mon fermier Jean-Claude, rien que cela... — Diable!... la femme d'un fermier!..,

— Elle consent à nourrir mon fils, parce que c'est mon fils... Vous comprenez que je comblerai ces gens-là de bienfaits, et ces paysans aiment tant l'argent ! — Et puis, quand vous voudrez voir votre enfant... Basincourt est si près... — Oh! la nourrice ne nous quittera pas!... Elle logera ici dans un pavillon du jardin... Je ne veux pas perdre mon fils de vue... Diable!... j'ai des projets sur ce gaiçoii-là.,

— Et le fermier consent à cela?... — Parbleu!... est-ce que ces gens-là ont des volontés?... D ailleurs, ce Jean-Claude ne s'aviss-t-il pas d'être jaloux de sa femme? Et comme je lui ai dit qu'une fois chez moi on ne la perdrait de vue ni le jour ni la nuit, cela m'a para lui faire grand plaisir. Vous entendez bien qu'il n'est pas toujours à sa ferme, et pendant qu'il est aux champs, madame Jean-Claude peut fort bien... Ah! ah!... ces pauvres paysans!... Mais ici je réponds d'elle a son mari!..-

— Ah çà , voilà les projets de ces dames détruits : vous savez que l'on couipiait marier le cousin à sa cousine.

— C'est un plan q .e je i-egretle peu. Entre nous , je suis certain que mon fière élèvera ses enfants dans la vieille routine... 11 en fera des enfants... comme tous les enfants... Tandis que moi, ce n'est plus ça. J'ai d'autres desseins !... Dieu merci , je connais le monde... j'en ai par-dessus la tète, du monde!... Ou travaille, on étudie, on sa ruine la santé, et tout cela pourquoi , Tourterelle i*... répcudei-moi, ponrqu<?i ?

ET L'HOMME POLICE

— Mais... dit Tourterelle en se grattant la jambe gauche, c'est pour... c'osl pour... — «.'cit pour des ingrats, des envieux, des jaloiu, qni, loin de rëoorapinser ou d'utiliser vos talents, ne clierclient qu'à vous abreuver de dt-goùt» , à s'opposer à vos succès enfin!... — C'est juste... c'est pour cela... — Et vous croyei que je vais lancer mon fils dans la même voie... que je vais lui casser la tète avec des «cienccs qui ne lui serviront à rien , le fati.juer sur des rudiments, lui d Mitier des talents pour un monde èijoïste?... vous croyez cela, TouriiM-elle? — Non... je n'ai pas dit que je le croyais.

— Vous voyez bien re beau garçon-là ?... Tais-toi donc, mon fils... Cette nourrice est d'une lenteur!... Ce garçon-là, To{irlerelle, savez- ▼0113 ce que j'en ferai? l'attends que vous me le disiez... — Voulez-vous vous taire, petit drôle ?... Eh bien ! mon cher ami , j'en ferai un honiBie!... — Ah! vous ferez un homme... de votre AU?... — Oui, mon ami, liiais non pas un homme comme le» autres, non pas un homme qui souffrira les caprices et les boutades des autres... non pas tin pauvre garçon bien pâle, bien savant ou bien efféminé!... J'en ferai un gaillard que ne gâteront ni les pédants ni les collèges, et qui apportera dans le monde cette franchise , cette candeur, cette rondeur qu'il tiendra de son père... un garçon qui n'aura point ce vernis, ce poli que vous appelez de l'éducation, et que moi je nomme de la fausseté... J'en ferai un homme de la nature enfin !

— Un homme de la nature!... dit Tourterelle en s'éloignant un peu du marmot, qui, tout en criant et en gigotant, avait répandu dans l'air un parlum qui n'était pas celui de la rose. Mail oui , eu effet... je crnis qu'il y aura de la nature dans cet enfant-lài...

— Tenez , Tourterelle , examinez ce front, ces yeux... ces jambes taillées eu force... Taisez-vous, polisson... Examinez ce gros ventre... Toulez-vous examiner aussi ?...

— ]Non, non, c'est inutile, je crois que l'enfant se porte trèsbi..ii... IVIais... qu'eotecdez-vous particulièrement par homme de la nature ?

— .l'entends que je l&cherhi la bride à mon fils , et que je lui laisserai la liberté de ne faire que ce qui lui fera plaisir. Vous comprenez qu'il en conservera plus de franchise, plus de rondeur dans ses manières. Tenez, mon cher Touiteielle , je vais vous faire une comparaison qui vous frappera : IN 'aimons-nous pas cent fois plus le fruit qui a encore toute sa fleur, la pêche avec son duvet velouté, que lorsque la main du marchand , tout en l'ornant de fleurs et de feuilles, a effacé cette première fraîcheur de la nature? — C'est juste, et je vous comprends : un homme de la nature, c'est un homme qui a conservé sou velouté. — Oui, mon auii, c'est cela même ; et je veux que mon fils garde cette fraîcheur, ce duvet... ce... Il faut que cette nourrice se soit perdue en chemin... François est d'une lenteur... La domestique ne peut pas quitter madame... J'ai envie d'envoyer Ronijiu au village.

M. Adrien s'approche d'une croisée qui donne sur la cour; il appelle Kongiu trois fois avant que celui-ci se décide à répondre. Enfin, a la quatrième , le concierge quitte un vieux volume dépareillé des MysUres d'Udolyhe, et répond : Eh bien! qu'est-ce encore? On y ▼a... une minute ! Ou ne peut pas être à tout!...

M. Adrien est allé se rasseoir près de Tourterelle , qui voudrait bien aussi que la nourrice arrivât. Le papa recommence à bercer son fils en disant : Mou frère a un garçon ; j'en suis bien aise... Il va l'élever... comme on élève les enfants : il voudra en faire un Voltaire, un Tacite , un Pic de la Miraudole ! Il n'en fera peut-être qu'un péiant ou un imbécile. Moi , je vais suivre une autre route; nous verions lequel de nous deux aura montré le plus de discernement... Ce qni m'occupe maintenant, c'est de savoir comment je nommerai mon fils...

— N'est-ce pas le parrain qui donne le nom ? — Oui , mais le parrain est un vieil oncle de ma femme qui s'appelle Hector, et qui Teul diMiner le nom-là à son filleul : cerlainemirnt je n'appellerai jamais mon fils Hector.... cela n'est pas assez naturel... Je voudrais un nom... qui ne fut ni rustique ni prétentieux... ni... Diable! c'est trèsdifficile à trouver, un nom... Aidez-moi donc. Tourterelle!

— Il me semble que Jean... — Ah! fi donc!... Tous les paysans s'appellent Jean... Jean-Claude, Jean-Louis, Jean-Marie! — Les paysans sont des hommes de la nature. — Oh ! mon ami , vous n'y êtes pins!... Cenx-là sont d'une nature rustique, épaisse, lourde; tandis que mon fils... Taisez-vous, petit... Mon fils doit nécessairement naître avec des sentiments d'une tout autre espèce, et c'est ce qui fera le charme de son naturel.

— Eh bien! Edouard... Alfred. C'est assez joli, cela. — Oui, Bais ce sont des noms de roiuun : un homme de la nature ne doit pas s'appeler Alfred. — Adonis? — C'est de la mythologie , et vous conviendrez que rien n'est plus loin de la nature. — Télemaqiie? — C'est de la fable. — Clovis? — (>'est de l'histoire. — Tircis ? — C'est trop pastoral. — Galaor? — C'est trop chevaleresque. — Isaac ? — C'est trop juif. — Ma foi, mon cher ami, vous me mettez au bout de mon rouleau.

Les deux amis étaient depuis quelques minutes enfoncés dans leurs réfli.iioi).< ; iniis Tourterelle, loin de se casser la tête pour trouvei un Bom qui put plaire à M. Adrien ^^'Houvili* , n« cherchait plut «a

silence que ce qu'il pourrait mettre sur sa jambe jvouf calmer la di« mangeaison que lui causait la piqûre des orties.

Tout à coup le papa se lève en poussant une exclam»tion à» ]oU, et ce mouvement subit fait jeter de nouveaux cri» a l'enfjut.

— Je l'ai trouvé , mon cher Tourterelle, je le tiens .. J'ai ce qtM je cherchais... — .Moi, j'ai beau chercher, je ne trouve pas ce que je veux. — Ne cherchez plus, vous di»-je; j'ai mon affaire... Un nom absolument tel que je le voulais... un nom qui coïncide parfaitement avec mes projets sur mon fils... Je veux en faire un homme de la nature ; je le nomme Adam!... — Adam ! — Eh ! oui, Ad»m... Q.oi déplus simple, de plus naturel?... le nom du premier homme !.. Ma foi, si celui-là n'était pas l'homme de la nature, je ne uii pat ou U faudra le cbercl.er! — En effet... oui... Adam... Il y a eu aussi ua fameux menuisier de ce nom-la qui faisait des vers... — Il n'est pas question de menuisier! Je donne à mon fils le nom de la créature dans toute son innocence... Je veux qu'il soit le premier de ton siècle dans son genre... Je veux qu'il méprise de» concitoyen» lograu... qu'il n'emploie son génie que pour lui , et qu'il ne t« ruine pas k donner des dîners à des gens qui ne lui en auront aucune obligaiioD, parce que le premier houiuie ne s'est jamais »vi»é de cela... Vien», mon |ii-tit Adam... embrasse ton père... enfant de la future... et ■•que-toi du reste!

— Le petit Adam criait, pleurait encore plu» fort. Tourterelle, nrj tenant plus et n'ayant pas de coton à mettre dans ses oreilles, allait y fourrer des boulettes de papier.

— Maudite nourrice !... elle laissera mon fils mourir de faim, dit le papa en se promenant de nouveau dans le salon. — Je croi», mon cher ami, que vous devriez appeler votre bonne... — Non, non; madame peut avoir besoin d'elle : je ne veux pas qu'elle s'éloigne de sa maîtresse. Mais il me sembleqne j'avais appelé Hongin... — Oiii. -il y a même assez longtemps; mais votre concierge n'a pas l'habitude de venir quand on a besoin de lui. — Que voulez-vous , mon ami ? Rongin est un homme pour qui j'ai de égards... C'est un pauvre diable qni a eu des malheurs... D n'était pas né pour servir... Oh!.^ j'ai vu ça tout de suite en le prenant chez moi!... Rongin a été paiw faitement élevé... d'une très-bonne famille... Il m'a assuré que soB père portait l'épée... et lui-même... Malgré cela , je voudrais pourtant bien savoir ce qui l'empêche de venir dès que je l'appelle. Ron. gin ! Rongin!

Enfin la porte du salon est lentement entr'ouverte , et le concierge paraît sur le seuil, où il ne fait qu'une demi-grimace parce qu'il aperçoit son maître devant lui.

— Qu'est-ce qu'on me veut ?... Qu'est-ce qu'il y a?... — Ah! too» voilà, Rongin... Il y a fort longtemps que je vous appelle... Oii élieivous donc? — J'étiiis chez moi, monsieur, comme c'est m» coutume... monsieur sait bien que je n'ai pas l'habitude d'aller bavarder dans la cuisine avec les bonnes... Ça n'est pas mon genre. Quand on me verra caqueter avec les cuisinières, on pouria faire une croix sur la cheminée, d'autant que d'ailleurs...— C'est bien, c'est bien, Rongin; je connais vos bonnes manières... Dites-moi : Francoi» n'e* donc pas encore reveuu de Basincourt avec la femme de Jean- Claude ? comment se fait-il qu'il tarde si loiigtemi» ?... — Je ne sait pas ce que fait François. Je n'ai pas l'habitude de le fréquenter.^ Mais quant à ce que je disais tout à l'heure à monsieur, je tiens à c« qu'il sache que je ne hante pas les cuisines, et que j'aime nucux rester dans ma petite locale , au vis-à-vis de moi-mèm».

— Pour un homme qui a porté l'épée, dit tout bas Tourterelle i Adrien, il me semble qu'il a parfois de singulières locution». — Mon ami , quand un homme a eu de grands malheurs, il lui est biea permis de prendre quelquefois un masculin pour un féminin...

Pendant que les deux amis parlent bas, Rongin prend gravement sa prise de tabac, puis il continue de pérorer : — Je sais bien qu';l y a des concierges que l'on voit sans cesse avec le» autre» domestiques... qui causent , qui rient , qui boivent avec eux... Mai» il y x homme et homme... et quand on n'est pas né pour la domesticité, ou a toiiiours en soi-même une certaine fierté qui empêche... — C.'t-t DOn,'Ronjnn; en voilà assez... U s'aj;it maintenant de me eherchor cette nourrice. Le petit Adam ne peut pas vivre comme cela!

— Qu'est-ce que c'est que ça, le petit Adam?...

M. Adrien prend un air sévère et s'écrie : — Monsieur Rongiis faites attention i ce que vous dites. Le petit Adam est mon fils... votre jeune maître.... Plus de ces tons-là eu parlabt de l»u . je vo .» en prie ; cela ne me conviendrait pas du toiS.

Le concierge baisse le nez en murmuravt : — M<»«,«eur... je ne savais pas... on ne m'avait pas dit le nom de ta^nsieur votre fil»... je ne pouvais pas deviner...— C'est asseï, je v«us excu»e pour eeue fois. Mais il me faut sur-le-champ U feii«« de Jean-Claude. Ronsi i, prenez ma petite jument brllotte, montez à cheval... galopes ju»ï^'» Basincourt, et ramenei la nourrice en croupe aver vous.

Rongin fait une mine d'une aune, et ne bouge p«».

— Eh bien ! Rongin, m'aves-vou» entendu? — Oui . mon»ienr... Mais... que je monte à cheval... — Vous devex savoir monter... je vous ai entendu dire, je crois, que votre v>ère avait de» chevaux...— Oh :... cerlaiuemeul... ce n'est pas ça qui m'embarrasse. , oepeadaut il y a ai louglempe... et je u»i* que v»i« jumeai a d«« «•-

L'HOMME DE lA NATURE

«... qu'elle eit peureuse. ., — Il n'y ■ pa» de Wtr pin» f«irile à tnJuire. — Mais... si je m'en v»s, qui est-ce qui (jiirilera U porte? — S<ijei tranquille; c'est uiou afTaire , cela. — Votre affaire... c'est une façon «le parler... il me semble que c'est la mieune à moi. — Alloua , morbleu ! monsieur Uon^in , dépècUei-vous ; vous devriex être dt'ji revenu

Le coucieri',r s'éloigne er murmurant, lorsqu'on ne peut plus l'entendre : — lliiui'... ce tc9 : 'J;i n'a aucune considération pour les êtres qui ont eu des malheurs... Ça croit avoir alTaire k des nègres... Le plus oo'4ieut que je resterai sur ton cUeval quand il faudra descendre la colline !...

Rondin ne se décide qu'avec peine k entrer d»n» l'ëcurie ; il chïsse it loin le cheval devant lui; mais quand il s'agit de le seller, le concierge, qui ne sait pas comment s'y prendre, tourne et retourne dans tes mains la bride , le mors , la gourmette , passant alternativement àt la gauche à la droite du cheval, et n'avançanl à rieu.

M. Adrien, qui par une croisée regarde son concierge, frappe du pied avec impatience, •>! s'écrie : — Eh bien 1 Ronf;iM , est-ce pour aujourd'hui ?... — Dame ! monsieur, un mooieut... Moi, je n'étais pas ■é pour brider les chevaux.

Tourterelle , qui fait parfois des réfleiions «ssez justes , dit alors à demi-voix : — 11 me semble que j'aimerais mieux avoir à mon service quelqu'un qui fût né pour être domestique.

Kn ce moment on entend une ânesse braire à peu de distance. Ronijin , enchanté de quitter le cheval, court regarder à travers la grille, puis s'écrie : — Voilà François qui amène U nourrice de M. Adùn.

GBAPrrii m. — La Famille da fermier.

Une petite caravane venait d'arriver près de la maison ; elle se

composait d'abord du jardinier François, jeune garçon de dix-huit ans au plus , mais auquel les travaux de la camp^igne avaient donné ane taille et des formes qui auraient fait honneur à un hoinuie de vingt-cinq. Après le jardinier, venait un gros paysan , au teint hàlé, aux mains calleuses, dont les cheveux gras et plats couvraient une tête d'une énorme dimension, et accompagnaient ui.e face large et commune , sur laquelle on remarquait sans cesse une expression de déliance et de niaiserie...

Ce paysan portait un garçon de deux ans sur son bras gauche, et une fille de trois ans sur son bras droit. Derrière lui venaient deux marmots qui pouvaient avoir de cinq à six a.<is. Enfin la marche était fermée par une iiiesse, qui portait s\ir une selle à la fermière une grosse commère, bien rouge, bien fraîche, bien vermeille, laquelle tenait dans ses bras un poupim de sept mois.

Le concierge a ouvert la grille; F-ançois est accouru le premier. A la vue de tous ces bambins, dont les chams, les ris et les cris forment déjà un accompagnement aux pleurs du petit Adam , M. Adrien dit au jardinier :

— Pourquoi donc m'amenez-vons tout ce raonde-là , François? — Dame ! monsieur, c'est la famille de Jean-Claude... — .le vous ai demandé la nourrice; je n'ai pas besoin de toute la famille pourdouner i teter à mon Iris. — INluasieur, ils ont voulu venir tous.

— S'ils restent tous ici, je n'y resterai pas! se dit Tourterelle, qui aurait déjà pris congé de son ami si on ne lui avait pas parlé de la nourrice comme d'une fort jolie femme, et M Tourterelle est trop amateur pour s'éloigner avant de l'avoir examinée.

M. Adrien se rend dans la cour pour recevoir la famille de son fermier. Jean-Claude vient d'arriver avec ses quatre enfants; il ne reste plus à venir que la fermière avec son poupon ; et celle-ci pique fa monture afin d'entrer au trot chez son au>ive.<u nourrisson. .Mais l'ànesse, qui d'abord a paru bien disposée, s'arrête tout a coup et regiœbe devant la grille; la vue des deux gladiateurs effraye le pauvre aiùmal. La nourrice, ne concevant rien à ce caprice de sa monture , qui est orilinaireuient plus docile, pique de nouveau la bête : et et :e-ci, tournant bride subitement, se met à redescendre au grand trot la colline, au lieu d'entrer dans la miison.

M. Adrien vient de frapper amicalement sur l'épaule de son fermier, qui lui présente Pierre , Nicolas, Faiifan et .Suzanne; il se retourne pour chercher la nourrice, mais il n'y a plus personne près it la grille, et M. Adrien, qui commence à s'ennuyer de bercer le ^tit Adam dans ses bras . demande brusquement à Jean-Claude oii Sstsa femme. ~ '

Le fermier la cbercht des yeui et s'écrie : — Tiens ! comment ? I»t-ce que Catherine t» ci» pas entrée?... Elle venait derrière nous. Dites donc , petits, où donc qu'est vot' mère ?

Les quatre narniots sont déjà occupés à jouer, à courir dans la tcour, à baiboter dans le bassin; et Ruiigin, qui est allé se rassi'oir *ans sa loge , les regarde du coin de l'œil en murmurant : -^ C'a va tire propre ici... avec celte trôlée de paysans !... On se trompe bien ti on croit que je iieiioierai les Siletés de toute cet le niarmaille!...

-••n-Claude et M. Adrien ne conipreuuent rien à la disparition de ia lermière. Mais François , qui n'avait pas perdu de vue la belle Dourrice, s'est aperçu de la retraits précipitée de l'ànesse. Il sort de |R«a«r. «t nootic à w* waitre U paysanne, que. uial|;ré ses cris, sa

monture emmenait au ^rand trot, et qui n'osait te laisser f^lisser k terre tenant un poupon dans ses bras.

— Tiens! faut que notre ânesse ait mangé de t'aveine, pour prendre le mors aux dénis connue ça! dit Jean Claude d'un air niais, et en regardant tran<|uilleiiient sa femme s'éloi;;ner.

— Je ne sais pas ce que votre àne a mangé, mail je voit qu'il em« porte votre femme : et vous restez la sans bouger.

— O monsieur, gn'y a pas de danger!.... Catherine sait se tenir. Tenei , vojez plutôt. — Eh , morbleu !... est-ce vous ou votre femme qui venez pour nourrir mon fiU ?... Attends, mon petit Adam... ou va courir après ta nourrice... Holà, François, Roiigiii! reniuez-voui donc, puisque ce Jeau-Oaude reste la comme un terme... Allez retenir ce inaudit àne.

— Laissez donc, monsieur, laissez donc!... puisque je vous dii que gn'y a rien à craindre... Faut qu'il lui ait pris un caprice à c'te bête, qui est, sans comparaison, douce comme vous et moi... Mais tenez, v'ià Calhenne qui lui tait tourner briile et qui vous la ramène tranquillement par ici... Oh ! dtherine sait ciuuliiire.

En effet , parvenue au bas de la colline , lânesse s'était calmée , et la fermière, l'ayant encore fait retourner sur ses pas, revenait d'un trot plus doux vers la maison.

Mais arrivée devant la grille, et au moment où M. Adrien se flattait de remettre enfin son fils dans les bras de sa nourrice, l'ànesse, apercevant les deux gladiateurs, dresse les oreilles, se retourne brusquement, et redescend de nouveau la colline au galop, taudis que la fermière crie de toutes ses forces: — J' voyons b-n c' qui lui fait peur... Faites donc retirer vos deux domesiiqiies qui sont à c'te porte comme s'ils voulaient nous battre... Eh! mon L)ieu ! qu' c'est done bête d'avoir des gens déguisés comme ça en tout nu , pour effrayer les passants!

On n'entendait pas les cris de la fermière. Jean-Claude se contentait de rire niaisement en regardant l'âne rebrous'ier chemin ; les quatre enfants ci)niiiiu.(ient de se rouler dans la cour, de barboter dans le bassin. Tourterelle s'éloignait d'eux pour ne pas recevoir de l'eau , et Rontjin , assis dans sa loge , avait repris le vieux volume des Mtj^tens d'Udvljihe. , comme s'il ne devait plus s'occuper de ce qui se passait dans la maison.

En voyant la nourrice lui échapper encore, M. .Adrien devient furieux : il appelle Rongin , pousse Jean-Claude pour qu'il coure après sa femme, et trouvant que tout ces gens-là ne secondent pas assez vite son impatience , il met le petit Adam dans les bras de Tourterelle, et s'élance l-,:i-niême à la poursuite de l'ànesse.

Cependant François avait prévenu son maître ; il avait atteint l'âne, aidé Catherine à descendre de sa monture ; et celle-ci revenait à pied vers la maison avec son poupon de sept mois dans ses bas.

— Faut ben que j'arrivions à pied , puisque c' maudit anima) ne veut pas entrer chez vous , dit Catherine en faisant la révérence à M. Adrien. Celui-ci s'empresse de saisir le bras delà nourrice, craignant qu'elle ne lui échappe encore ; il ne la lâche pas qu'elle ne soit entrée dans sa mai.son.

Arrivée dans la cour, Catherine se met à rire aux éclats en regardant les deux gladiateurs. C'est en vain que son mari et son maître lui parlent ; lorsque la grosse commère a un accès de gaieté, ce qui lui prend très-souvent , elle ne peut ni écouter ni répondre avjut d'avoir ri tout à son aise.

— Comment ! c'étaient des hommes pour de rire ! dit enfin la fermière en se calmant un peu. Ah! dame!... qu'ist-ce qui peut se douter?... Oh ! oh ! oh !... C'est qu'ils sont bien faits !... il n' leur manque rien... Oh ! oh ! oh !...C'te f..rce!... Dis donc, not' homme... ils ont plus d' mollet que toi, ces cadets-là... Ah ! ah ! ah !... En v'ià un qui ressemble un brin à not' cousin Bertrand!...

— Tiens'... tu avais pris ces estafue.'î i>our des personnes véritables, dit Jean-Claude. Ah ! passe pour not' ânesse !... mais toi, not' femme, qu'es si futée... — Oh ! j' parie ben que tu y as été tmmpé tout de même , la première fois que t'es entré ici... et moi qui n'y étais jamais venue....

M. Adrien interrompt la conversation du mari et de la femme en disant a Caiberine : Pourquoi donc avez-vous amené votre poupon? vous ne comptez pas s.tns doute le nourrir conjoinlemeut avec mon fils... Je veux qu'il ail voire sein à lui seul... Ça ne sera pas trop pour mon Adam, qui est déjà un gaillard.

Tourterelle, qui tenait gauchement le petit gaillard dans ses hras et suivait M. Adrien en faisant une figure qui n'annonçait pas q >'i{ fiit bien satisfait de porter le jeune Adam ,s'av..nce alors et préseiV-' l'enfant a son père en disant: — Mou ami, voici voire fils...

Mais M. Adrien l'éioigne de la main et conliuiie de parler it ê^ nourrice : — Madame Claude, il me seiub e qu'il a été dit çi^ v.îic enfant serait sevré qu ««d vous prendriez le mien... Si vous Wpérez nourrir les deux ensemble, ça ne peut pas in.'^ convenir.

— Oli ! luon Dieu! monsieur, j'amions beu aiaiz de lait po» deux e! même pour trois, allez!... Nts'-ce pas, noi' h..uiiue?... ♦ Oh!queoui,qu'ai;t en a. ..C'est la plus orie 'euiiu.- .Je uoi'e.ulroit.

— Effectivement, elle me fait l'effet d'avoir bca.co.ip de l.il, dt' Tourterelle en présentant de uouveau l'enfant dont i' voudront bi«r être débarraiwé ; m; is no ami l'éloi)(iit> encore en s' écriant :

CT L'HOMMB POLICE.

— Je n'enff^nds p»« tout ceU !... quand vous aurieî du lait pour

tii enfants, Je ne veiii [ws que mon fils |iarla|;e m nourriture avec d'autres... ("est uu eiT.Mit dont je veui f.iire un lionime vigourem , tin homme sain de corpi et d'esprit ; et, pour cela. U faut uu'il telle f>eaucon)i et souvent...

>^ il aurait même grand besoin de teter dan» ce momeot-ci ! dit rourlerpjle en |ioussanl un profnnd soujiir.

— Enfin, dijie (Catherine, si mes conditions ne vous arranijcnt pas... si vous comptez, du moment que vous aurez entrepris mon Adam , donner encore Ir sein a votre enfant, cela ne me convient pas, et je vais chercher une autre nourrice.

Tourterelle frappe du pied d'un air désespéré en murmurant : — S'il va chercher une autre nourrice, je suis perdu !...

— Oh ! ne vous fâchez pas, nol' maîln;, dit Catherine en donnant k son mari le poupon qu'elle tenait. Piscjue décidément vous le voulez... n'en parlons plus... ma peliie Nannetle est assez forte pour être sevrée... elle a sept mois sonnés... j'avais déjà commencé , dès hier, à la faire boire... Tu la conliuueras, .leau-(^laude... Oh! je n' sommes pas iiMiuiete i\c nol' fille , aile viendra bien tout de même !... Vous vojez que j' sa vous élever nos entants... en v'ia quatre qui s' |>orteut bcn....

— D'après cela , dit Tourterelle, je puis vous remettre votre nouveau Dounisson.

Il place l'enfant danf les bras de Catherine en laissant échapper une ejclamaliiin de joie. Suivant l'usajje, la nourrice s'extasie sur la beauté de l'enfant qu'on lui confie. .lean-(Jlaude joint ses couipimieuts k ceux de sa femme, et M. Adrien redevient de bonne humeur, parce que les louanges trouvent encore moyen de nous flatter alors même qu'elles nous sont adressées par une '^ouclie jjrossière, et qu'un père croit toujours avoir sa part dans les ..umpliinents qu'on adresse à son eufant , quoique fort souvent il n'y soit pour rien.

— lean Claude, vous allez entrer vous rafraîchir avant de quitter votre femme, dit M. Adrien en >e dirigeant vers le vestibule. Le fermier s'incline al suit son maître, (Jalherlne en fait autant; mais à la vue ilu beri;er et de la bergère en porcelaine qui sont ii l'entrée du re»-de-chaussée, la fermière s'arrêl». u s'écriant : — Ah! à la bonne heure!... en v'ià deux qui soui ben gentils... C'est sans doute le portrait de monsieur et de madame... iM'est-ce pas not' homme? — Oh ! oui... ou ben queuqu'un de leui parents. — Ah! j'aime mieux ça que ces vilains nus qui sont à la tjrille... Dis donc, Jean-(,'laude, (ais-tii que c'est iien sans gêne d'avoir des hommes m nulés comme ça, tans chemise, cheux soi ?... c'est qu'on voit joliment leu' sesque.... Ces gens riches !... il paraît que ça n' leur fait plus rieu d'avoir ça devant les yeux.

Le fermier pousse sa femme dans l'intérieur de la maison. La bonne, qui a enfin quitté sa maîtresse, parce que celle-ci dort profondément, apporte du vin et des verres. Pendant que son mari boit, Catherine donne à teter à son nouveau nourrisson, mettant en évidence un globe bien blanc qu'elle parait fiére de montrera la société. M.Adrien est immobile devant la nourrice, admirant la manière dont son fils a tout de suite appris à vivre ; et M. Tourterelle est aussi en extase devant la paysanne, mais il admire autre chose que l'enfant.

Catherine est une femme de vingt-quatre ans, qui parait bien son Age, parce qu'au village on est souvent Driilé par le soleil, et qu'on vieillit vile lorsqu'on fait régulièrement un enfant tous les ans ; c'est ce que la fermière avait fait depuis cinq ans qu'elle était l'épouse de Jean-Claude. Mais (>atherine avait de beaux yeux , dont l'expiession était fort encourageante; une bouche fraîche, de belles dents, de belles couleurs, et des cheveux d'un noir d'ébène. (Catherine était donc une belle paysanne , bien faite pour être remarquée , et beaucoup trop rieuse pour ne point donner des craintes à uu mari jaloux et des espérances i un amant de bonne mine. C'est ce que se dit Tourterelle en considérant la différence de couleur qui eiistt entre le cou et le sein de la nourrice ; tandis que M. Adrien s'écrie:

— Comme cet enfant a tout de suite vu ce qui lui était propre !,.. Comme sans leçon il a su s'en servir!... Comme il a mordu <^ameçon !.., /"

— Tiens, not' maître qui appelle ça un hameçon!... dit lejaruinier, qui est resté à l'entrée de la salle, d'oii il regarde la nourrice. Ah ! janii !... si j'en avais une paire comme ça pour pêcher ! — Ecoutezmoi, lues enfants, dit M. Adrien en s'asseyant et en faisant signe au fermier , qui a placé sa peti e ISaunette sur un sofa , de prendre une thaise près de lui. Celui-ci obcit après plusieurs révérences; mais il ne pose qu'une extrémité de^ou iudividu sur le siège qu'il semble craindre de gâter. ^

— .lean-l.laude, voua voc.^ icmnie chez moi... La voilà nourrice de mon jeune Ailam... C'est très-bien. Mais jusqu'à ce que le nourrissons puisse changer de nourrile^'e, vous entendez bien qu'entre vous... et votre leuiuie il ne doit plus y avoir de relations j-articulières... parce que... cela ;:ourrait amener des chose* qui... eufin, parce que cela ne doit pas être.

— (jli ! nui , monsieur , dit le fermier en se dandinant sur le bord d* sa cLiaise ; j'avioiis déjà prévenu not' femme de ça... Dam'! c'est ■■ temps à passer, v'Ià tout !,..

•^tùii ! ça t'arrange , toi I dit Catherine ; t'aimeé ben autant ça...

Oh !... faignant 1... — Venx-tn te taire, not' femme? Mt-ee on'oii 4h d' ces bêtises là devant le monde ? — Tiens!... pisqie c'est d ça qoc monsieur nous parle... C'est égal , va , t'es un famt-ui faijnanl!

Catherine riait, Jean-Claude faisait la grimice ; Tourterelle faisait des yeux en coulisse à la fermière, et M. Adrien allait poursuivre, lorsqu'on entend un grand bruit dans la cour; mai] les cria des quatre enfants qui sont restés à jouer ne l'crmetlent pas de distinguer U cauie de ce vacarme.

— Qu'est-ce que c'est que cela ? dit M. Adrien ; que vient-il d'an river dans la coui ?... Rongin !... Rongin !...

— Oh ! c'est rien ! di" le fermier. C'est nos marmots qui jouent !... Ils fofi( queuquefois ben pus d' bruit que ça.

Rongin, qui n'a pas l'habitude de venir vite qnand on l'appelle, entre dans la salle d'uti air exaspéré en disant : — Monsieur, je crois de mon devoir de vous prévenir que le» enfants de votre nourricier viennent de renverser la jolie bergère de porcelavae, laquelle en tombant s'est cassé le nez et un bras.

— Diable !... c'est désagréable... Vous auriez dû prévoir cela, Rongin ; vous auriez du eui pécher ces enfants d'approcher de» situes.

— Comment, monsieur! est-ce que ça me regarde cela ?... est-ct que je suis fait pour garder ce» petits pajsans?... — Monsieur Roni;in, vous devez veiller à ce qui se passe dans ma cour... Allex relever la bergère, monsieur.

Le concierge s'en va en murmurant, et Catherine s'écrie : — Ah I les marmailli'S !.,. Il paraît qu'ils s'en donnent joliment... Quand ils jouent, d'abord , c'est des cheval échappé» !

— Revenons à ce qui nous occupe, dit M. Adrien ; il est bien convenu, Jean-Claude, et vous, Catherine, que vous ne chercheret point à jouir de vos droits matrimoniaux tant que mon fils aura besoin de sa nourrice.

— Oui, monsieur, dit Jean-Claude eo levant la main ; chose promise, chose due!... Pas de matrimonaux tant que ma femme sera chez vous.

— C'est bien , mon ami. Et vous , Catherine , vous jurez aussi. ,,

— Dame! monsieur, pisque mon homme le promet, i' m' sembla que ça suffit ; à moins que vous ne croyiez que je matrimone sans lui !

— C'est bien ; cela suffit , mes enfants. Au reste, ne penser pas que je veuille vous empêcher de vous voir tout le temps i[ue Catherine va passer chez moi ! Non, certainement... Jean-Claude, vous viendres voir votre femme quand cela vous fera plaisir... Vo'is vous dispenserez d'amener vos enfants avec vous... tous ensemble du moins. Mais, quand vous irez causer avec Catherine, Ron.^in, mon concierge, vous accompagnera et se tiendra constamment avec vous... car la chair est faible, mes enfants... et deux précautions valent mieux qu'une!

— Eh ben ! dit tout bas Catherine , pisqu'il mettra toujours un mo(^ chard avec nous , c'était pas la peine de nous faire jurer.

— Monsieur, sans vous commander, oii doue que logera nof femme ? dit Jean-Claude en se levant et en regardant autour de lui.

— Suivez-moi , dit M. .\drien au fermier, ie vais vous montrer le pavillon que je lui destine.

Tandis que Catherine reste assise avec son nourrisson, et que Tourterelle continue de lorgner la nourrice, Jean-Claude et M. Adriea traversent une partie du jardin, et arrivent devant un pavillon ombragé par des ébéniers, et qui n'a qu'un rez-de-chaussée avec uns fonêtrc garnie de persiennes.

M. Adrien monte trois marches de pierre et ouvre la porte qni tnlrodiiii dans une grande chambre, la seule dont •. compose le petit corps de logis.

— Voila l'appartement de votre femme , Jean-Claude ; vous voyem qu'elle sera fort bien ici... Il n'y a qu'une chambre dans ce pavillon, c'est pour cela que je l'ai choisi... Quand on viendra y voir Catherine, il n'y aura pas moyen de se cacher ou de rester dans une autre pièce* Oh ! je pense à tout, moi !

— Ma fine, monsieur, vous n'êtes pas béte, tout de même. Mai» j' sommes ben aise que nous soyons uu brin seuls pour vous dégoiscr c' que j'ons su' 1' creur...

— Qu'est-ce que c'est, mon ami? — Voyez-\oi.» monsieur, j'avons promis que, tant que not' femme sera cheux vou», il n'y aura jioiiit entre nous de matri... de nntro... enfin... vous savex comme vous dites ça, monsieur... — Oui, je vous cumpimds. — Mais, voyexvoiis?... not' femme est un brin rieuse... et fttTcinent coqurite... Oh! aile rit si facilement !... Et, voyez-vous, monsieur? quand une femme rit... c'est que , sans vous commander, aile se défend mal... et, pour peu qu'on la chatouille, vous entendez ben que., bernique!...

— Ah çà ! Jean-Claude, où voule.-vcus en venir avec votre bei»niqiie?... Je ne vois puint de mal à ce que votre femme rio... A» contraire, la gaieté prouve la siuté ; et é* veux que U nourrice de mon fils se porte bien. "^

— Oli ! soyez tranquille, pour de la santC, aile en a que de reste!... Mais, voyez-vous i' c'est pas ça , monsieur; c'est que not' femme M rit point toute seule ; il y a le cousin Kcrirand , qui a f«it ses cinq aaa dans le militaire ; c'est i.n farceur que dan» le vill.ige on Irouv* beim

Ê arçon parce qu'il a de gros favoris et qu'il <r met de la farine dîna 1 q'i*^"^-" E' Hertraud vauait souvent à la ferne jaser avec net

L'HOMMF. DE I.* NATDRE

femme. ..C'était une chose ou une autre qu'il venait chercher... et toujours de rire avec Ciillieriiie , qu'i n' faut pas pincer pour ça... Puis, il y a encore Lucas, le maréchal, qui fait son euibarras parce qu'il «Jtit jouer du bâton , et qui venait en jouer devant nol' femme quand je n'étais pas là...

— J'entends, Jean-Claude, vous êtes jaloux!... — Ma fine, mon- «ieur, je n' sais pas si j' sommes jaloux ; mais je tenons à not' lionneur, voyei-vous? et puisqu'il faut vous le dire, je ne me soucions pas «l'être cornard... et je ne faisons point un enfant tous les ans à not' femme pour qu'un autre vienne se mettre à la traverse... C'est pour ca que j'avons consenti à vous donner Catherine pour nourrir vot' Aeu, parce que je m' sommes dit : D'ici à c' qu'aile revienne cheux nous, le cousin Bertrand sera parti du villaije , où il ne doit pas rester, et Lucas le maréchal aura épousé sa prétendue. . — Eh bien', en ce cas, vous devez être fort tranquille maintenant. — Oh ! oui; mais je gageons ben'que Bertrand, Lucas ou d'autres viendront ici pour jaser tout d' même avec not' femme ; ils trouveront queuque raison pour ça, et v'ià ce qui m' chiffonne...

Entrée du pore Je.m-C:aaac cncz M. Adrien.

— Rassurei-vous , mon amL La mesure que j'ai prise touchant Catherine ne concernera pas que vous. Elle ne pourra recevoir aucun homme du dehors sans qu'un tiers soit présent tant que durera U visite... Oh! c'est une chose arrêtée; et dès ce soir Rongin recevra mes instructions à ce sujet.

— Ah! beu , comme ça, me v'ià tranquille. J' vous remercions ben , monsieur, et j' vous demande ben excuse de la peine.

— Ce pauvre Jean-Claude qui a peur d'être... Ah! ah! ah!... Ba5»ure«-vou3 , mou ami. Je vous réponds de votre femme... tant qu'elle sera chez moi du moins, car après... — Oh ! après, ça me ragardera.

La conversation te termine là. M. Adrien et le fermier retournent fti» de Catherine. Ils trouvent Rongin, qui est venu se plaindre à la Bourriee de ce que ses enfants ont renversé les caisses d'arbustes qui entouraient le bassin, et Catherine, qui laisse le concierge pérorer et a'* pas même l'air de l'écouter.

Jaau-Qaude appelle Pierre, Nicolas, Fanian et Suzanne pour «qu'ils disent adieu à leur mère. La fermière embrasse ses enfants; saii lorsque arrive le tour de sa petite ^annette , de cette petite fille it g«pt mois dont elle ne s'était pas encore séparée un instant, Catherine n'y tient plus; elle pleure et dit à son mari : — Aies- en ben foin toujours... et s'il lui arrivait queuque cho^e , envoie-moi ben vite chercher; entends-tu, not' homme?

Jean-Claude le promet. Il s'éloigne enlin avec sa famille, laissant «a femme ponsser de gros sanglots, et Tourterelle se dire en la regardant : — C'est singulier, comme ces paysannes font de vilaines grimaces quand elles p'c.'.rert ; i! tî't » ","<'. !'=« dam.»« du monde qui M9*i eacore de ia erice en vrr5i:?2î &' ' :■.!:...

CntPiTM IV. — DiscossioD.

Catherine a été installée dans son pavillon avec le petit Adam*. Tourterelle a pris congé de son ami après avoir vu la nourrice s'éloigner. En se retirant, M. Tourterelle trouve moyen de tâtonner doucement la taille de la cuisinière qui l'éclairé jusqu'à la grille. La cuisinière n'est pourtant pas jolie; mais, comme nous l'avons déjà dit , le petit houime ne pouvait pas voir un jupon sans éprouver le désir de toucher ce qui était dessous. C'est une maladie comme une autre.

Avant d'aller se coucher , M. Adrien a donné au concierge lei instructions concernant la nourrice : nul homme du dehors ne pourra causer avec elle sans que Honi;in soit présent. Le concierge réclame, il prétend qu'il n'est pas né pour moucharder , qu'on lui donne liî un emploi fort désagréable ; mais cette fois M. Adrien est inflexible, il a même été jiisciu'à dire: — Vous obéirez, ou vous sortirez de chez moi. Et M. Rongin s'est tu , parce qu'on ne trouve pas facilement une maison où l'on puisse faire mal sa besogne, être bien 'nourri, bien logé, et se plaindre tonte la journée.

Une nuit calme a succédé à cette journée, qui a vu naître deux hommes de plus dans le Vexin normand. Les deux mères ont bien reposé; l'une , plus inquiète d'elle-même que du fils que Catherine allaite; l'autre , plus occupée de son enfant que de sa propre santé. Lijs belles-sœurs ne se ressemblaient pas. On nous dit que la nature n'est jamais muette dans le coeur d'une mère: c'est possible; mais elle ne parle pas à toutes le même langage.

Le lendemain, les deux frères se rencontrent allant l'un chez l'autre. Tous deux se félicitent d'avoir un garçon.

— Cependant, dit M. Réinonville , cela détruit le mariage projeté entre nos enfants; mais peut-être plus tard...

— J'aime autant m'en tenir là, répond Adrien. Mon fils m'occujiera assez. Je concentre sur lui toutes mes affections... — Comment, mon frère, et votre femme ? — Sans doute , j'aime ma femme... mais ma femme est tout élevée, je ne peux pas m'en occuper comme de mon Adam... — Ah ! vous nom.uez votre fils Adam ? — Oui , mon frère; est-ce que vous ne trouvez pas ce nom joli?... — Je croyais que sou parrain devait l'appeler Hector. — C'est possible; mais moi je ne donnerai pas à mon fils le nom du valet de carreau. Cela ne conviendrait pas à l'élève de la nature... Vous paraissez surpris, mon frère; vous ne connaissez pas mes projets , mes plans pour l'éducation d'Adam. En voilà le résumé : mon fils n'apprendra que ce qu'il voudi'a, ne fera que ce qu'il voudra, parce que je veux constamment laisser agir la nature.

M. Rémonville regarde son frère avec surprise et hausse les épaules en disant : — Quoi ! vous ne voulez pas que votre fils reçoive une bonne éducation ?

— Pardonnez-moi ; et je prétends que l'éducation naturelle est la meilleure.

— Vous ne désirez pas que votre fils soit instruit? — Il s'instruira s'il en a le goût. Je vous ai dit que je ne le gênerai en rien.

— Vous ne chercherez pas à lui donner des talents ? — S'il a de la vocation pour quelque talent , rien ne l'empêchera de s'y livrer. — Mais si votre fils est pasesseux, comme c'est assez le défaut naturel à l'ejfance, s'il ne veut rien apprendre? — Il n'apprendra rien. Cela ne l'empêchera pas de grandir, de devenir beau garçon ; et les conversations qu'il aura avec moi lui en apprendront toujours assez. — Mais, mon frère!... laisser votre fils dans l'ignorance de tout ce qu'un homme doit savoir pour aller dans le monde ! — Un instant , mon fièrc. Je ne vous ai pas dit que je voulais en faire un hommedu monde , mais bien un homme de la nature. — Vous voulez donc qu'il vive comme un sauvage , loin de toute société ? — Je ne veux pas le contrarier, vous dis-je; il ira en société si cela l'amuse , mais alors ce sera pour se moquer du monde, dont il n'aura ni les vices ni les ridicules. — J'ai bien peur, mon frère, que le monde ne se moque aussi de lui. — Et moi , je ne vous conçois pas avec votre respect pour le monde, qui ne nous fait que des sottises ; ne sont-ils pas bien francs , bien loyaux , tous vos hommes de société ? ..

— Mon frère, je ne dis pas qu'il faille estimer tout le monde! mais vouloir le réformer serait encore plus absurde!... Les usages, les coutumes, le langage, les modes changent, mais le monde reste toujours le même ; car j'entends par monde non-seulement les cercles brillants d'une capitale , mais encore les habitants du plus petit hameau, les sauvages de la Floride ou le naturel de Java. Vous dites que dans la société on n'est ni franc ni loyal. Alais est-il bien franc, ce paysan qui, avec son langage simple, son air naïf, cherche à vous faire acheter un mauvais terrain , à vous duper dans tous les marchés qu il passe avec vous, à vous égarer même quand vous lui demandez votre chemin? Est-il bien loyal, ce Javanais qui, caché dans les environs de Batavia, attend dans l'ombre le passage du voyageur pour lancer sur lui une flèche qu'il a soin de tremper dans un poison qià rend sa blessure mortelle? Ces gens-là sont cependant les enfants de la D.nture , la société ne les a point corrompus , mais vous voyez que Im m'""''' 16 i** * P*s fait naître exempts de viee*. Croy«>».-moi , mca liim [: \ ■ -:■.: -'h-^.r.'.iiic uj;tO'.!;, i:\ .Tsui ne îiaiâSoiiE i>.s ir*.!:';,'!»»

ET L'HOMME POLICE

Br les bords du Gange que sur ceux de la Seine : ce qui non» rend aeilleurs, c'est l'instruction, car elle nous (^claire. Grâce à elle, 'homme apprend à sentir ce qu'il vaut, à connaître ses droits, et il le se laisse plus abrutir par le fanatisme, l'intolérance et la supertition.

•Je ne vous dis pas, mon frère, que mon Adam soit né arec eûtes les vertus, mais je prétends que je ne ferais que !;àler son laturel en lui fourrant dan' la tèle des choses qui l'ennuieraient, est en forçant les eoJ^nts à faire ce qui leur déplaît (pi'on les rend ournois et menlcuri>. kprès tout, le grand mal quand mon ftls ne lonnaîtraît ni l'histoire, ni la fahl";, ni la (;éo|;ra]iliie , ni la jjéomérie !... N'est-ce pas une chose bien morale a faire étudier à un enfant (ue l'histoire de vos rois de Fiance, qui ne font que se détrùner,

Suivant l'usage , là nourrice s'iixlâsie :-ur la LlmiiU de l'enfant qui |ui est cu&iié.

s'assassiner, se mutiler les uns après les autres!... Quel bel exemple que celui de ce Childèric, qui se réfugie chez un Basin, roi de Thuringe , oit il devient amoureux d'uue liasine, épouse de ce Basin , et qui, après avoir fait cocu l'hoiiiinc qui lui a donné un asile duns ses États, lui enlève sa femme, qu'il épouse quoiqu'elle soit déjà mariée ! Et ce Clotaire l" , qui, pour puuir son ftls de s'être révolté, le fait rôtir avec toute sa famille dans une cabane oit ces malheureux s'étaient réfugiés! Et ce Chérehcrt , qui répudie sa femme [ngohorge pour prendre Méroflède , puis réjiudie Méioflède pour prtndif Maicotese, quoiqu'il entretint en même temps Tlu'odetjilde ! Et ce Cltili)eric, qui fait étrangler Galuinle , sa ftiuuie , aftu d'épouser frù-ilèiionde . sa maîtresse , laquelle le fait assassiner ensuite par son amant Landry I Et ce Childéric II, qui, par ses cruautés, s'attira la haine de tous SCS sujets , qui ht attacher à un poteau et fouetter à coups de verges un seigneur français, dont tout le crime était de lui déplaire ! Je vou.s fais grâce de tous ceux qui ont fait tondre leurs frères et crever les yeux à leurs nevi'ux. Aime?.-vous mieux les empereurs?... INe sont-<e pas 'des personnages bien aimables?... Quelle histoire gracieuse pour la jeunesse que celle d'un Tibère plongé dans le meurtre et la déliauche; d'un Caliyala qui forçait les pères et les mères d'assister au supplice de leurs enfants; d'un Ctinidc qui ne se complaisait que dans le spectacle des contorsions des malheureux qu'il faisait supplicier; d'un A'^ron parricide !... Vos Uomains... si vantés par les historiens qui ont eu le bonheur de ne poini exister de leur temps, n'étaient «pie des hommes liceneieiix et riiuls. iNe faudra-t-il pas que mon l'ils admire Tarquin violant Lucrèce; Tullie faisant périr 'rullius son père; Coriol^'< trahissant sa patrie; Sylla dictant jes proscriptiors , ou Antiochus s habillant en Uacchus pour charmer Gléopâtre ! Qiia..t aux'Grecs, vous convicndie?, (|u'ils ne brillaient pas par la pureté Oo leurs mœurs; et je crui< qu'il vaut mieux que mon fils n'ait point de maître que de lui voir un Socratc puur précepteur. Pour ce qui e^t de la fable, de la mythologie, vous ne disconvienurez (tas , mon frère, que ce ne soit une longue suite de peintures obscènes qui doivent ttii.iiuM .!. sii,j;ul.è:<'S pensées !i la jeunesse, '^^u'erl-eo q'ic c'est qu'i.:i JuiMiii iui ••• ■ : ,.:;,..' - : •.>(;uo, tu tauii'uu. Cil pluie de f«U, piiti-

jouir de toutes les femmes qui lui plaisent? qu'un Mereart qui fut un métier que je n'ose pas nommer; qu'un liion qui veut épouser jusqu'aux nuaf^es ; qu'une Vénus qui se donne a tout les jolis garçons qu'elle rencontre , et qui a encore la maladresse de se laitter prendre en flagrant di'lit par son époux ; qu'une Diane, qui fait la cbasie le jour, et la nuit quitte le ciel pour aller avec Endymion? *Ju'e$t-ce encore qu'un Hermaphrodite, qui se fond avec une nymphe Salmacia, si bien que les deux ne font plus qu'un; un >arcisse, qui a la sottise d'être amoureux de lui-même; un Ganymède, qui se... Ah ! véritablement, mon frère, j'entends dire parfois a Gisors que Piyault~ Lebrun est un romancier un peu leste; mais je vous jure que je verrais moins de danger jiour mon hls à lire Mon oncle Thomas ou les liuT'jns de Felsheim. que l'histoire scandaleuse de toutes vos dée&ies de la mythologie. Vous parlerez peut-être delà géographie ?... .Mais, entre nous, on en apprend cent fois plus en voyageant qu'en regardant une carte ; et quant au pays ou l'on ne veut pas aller , je ne vois pas trop la nécessité de savoir ce qui s'y passe. Keste donc la géométrie ,'ralgèbie... Mais cela tient au génie; et comme mon fils n'en manquera pas, je suis persuadé qu'il eu saura toujours asseï pour mesurer de l'œil les distances , i t calculer ce qui lui reviendra quand il changera une pièce de monnaie. Enfin vous me direz sans doute qu'il devrait apprendre à parler d'autres langues que la sienne. .Mais a quoi bon? les langues mortes ne se parlent plus, et quant aux langues vivantes, s'il ne sait pas celles des autres, cela obligera les autres à lui répondre dans la sienne.

— Mon frère, des sopbismes ne me convaincront jamais. J'avoue qu'on fait apprendre par coeur aux enfants des choses qu'ils ne devraient lire que plus tard. Je suis assez de votre a\is sur la mythologie... — C'est bien heureux ! — Vousauriez pu citer encore d'autres ouvrages que l'on met avant tout dans la main des enfants, et qui renferment des tableaux de mœurs fort peu édihants ; mais c'est peut-être parce que ce sont des enfants qui les lisent que cela est moins dangereux, car à huit ans on ne comprend pas tout ce qu'on lit. — S'ils ne doivent pas comprendre ce qu'ils lisent, autant vaut qu'ils ne lisent pas. — Plus tard , mou frère, la raison fait la part de

mw^

Le concierge Uoiigin,

tout ce qu'il est nécessaire de retenir. Quant aux cnmes, aux atrocités que renferme l'histuire aneienne , celle des empereurs et des rois, il faut pourtant bien connaître tout cela pour n'avoir pas l'air d'un âne quand on en parle devant nous.

On n'est pas un âne pour avoir du dégoût pour les horreurs, an contraire , cela fait honneur il la candeur de notre àiue. — M.ii« quand on parlera devant votre fils des exploits d'.\nnil>al ou du eoiir.igr de Camille ? — H tournera le dos et il ira se promener. — Qu»nd unr dame lui demandera l'explication d'un tableau représentant quelque fait de l'histoire ancienne? — Il baisera la main de U dame en lu disant qu'elle est charmante, elle aimera mieux cela que l'histoire .uu'eiii;;-. — Si la dai.ic est vieille fl laiJe ? — Won U lui touinera W Jos et ira se promener. — Qu.iml une jeun» «vrsonne en s« pro-

L'HOMME DE LA NAlI'fie

oieDant avec lui le priera de lui traduire une inscription , une épitaplu?.. — Il IVn|;a|;rra à diilner, à mûrir, à saulf r ; c'fsl plus aiiiuaumqiir d'eiuiiiiiier lirs tuiiilieuui nu >Je vieilles ruine». — Si la jeune personne p'ifere l'initructiou à la dduse ? — Il lui tournera le do» et Il ira se promener sans elUt. — Ali ! mon frère , je crains que votre 6Ih ne 3oit souvent ol>li|;é d'aller se promener seul. — El mut je >oua din que , quand on est a sou aise , on trouve toujours des ijens disposés à nous tenir conipi|;iiie, et qui ont soin de ne point nous ■itrecser de questions saugrenues tuiquelles nous ne pourrions pas ri'|iuiidre.

("taiid on est à son aise, dites-vous... voilà encore oii je vous arrête, mon frère: d'aliord nous n'avons pas ce qui s'appelle de la fortune. Aiiniellons qu'avec de la richesse on puis>e se passer de toute instruction ; mais si votre lils perdait , dé|>eiJsait , mangeait tout •on bien; s'il se trouvait n'avoir plut rien ? q'ie ferait-il i* quelles eraient ses ressources, n'ay,iiit aucun talent, aucune insiruclion ? — il lui resterait toujours des bras... — Vous voudriez donc que votre fils fîll réduit à recourir aui plus rudes travaux pour gajjner son pain?... Alors ne serait-il pas eu droit d'accuser son père, qui, au lieu de lui avoir donne <les connaissances utiles , des laleiils ai;réables, ressources contre l'adversité, lui aurait laissé passer sa jeunesse à courir, à sauter et k ne faire que ses volomés? — Mon frère, les gens distingués du bon vieui temps, les châtelains, les preux, les chevaliers ne savaient rien... pas même siijner lour nom... alors un noble aurait eu home d'apprendre la moindre chose. (Comment donc faisaient ces gens là quand ils étaient ruiné» ?... et il me semble qu'on pouvait aussi éprouver des revers de fortune dans ce temps-là. — Mon frère, dans le bon vieux temps, vos preux, vos nobles, vos cliàtelains <létroussaieut les voya);>'urs sur les routes quand ils n'a- Taient plus de quoi manger... Avez-vous envie que votre lils en fasse autant ?

M. Adrien s'éloii^ie de son frère avec humeur; il tire sa tabatière de Sa poche, prend du tabac, et pendant quelque temps garde le iilenre; enhn il revient vers lui en disant :

— Mon frère, chacun a sa manière de voir... Vos discours ne eliangeront rien à mon plan, parce qu'il est le résultat de lonijues réfleiions et de profondes observations sur le monde. — Dites plutôt qu'il est le résultat de votre humeur contre les hommes qui n'ont pas écouté vos utopies. Si vous étiez chef de bureau, secrétaire d'un ministre ou préfet de quelque département, vous mettriez volontiers votre fils au lycée, et vous seriez enchanté de lui voir obtenir des prix; mais vous n'avez aucune place, vous en voulez aux hommes, et votre humeur retombe sur votre fils, et vous le condamnez à être nul dans le monde , parce que le monde n'a rien fait pour vous !... — Mon frère , je crois que vous m'insultez !... — Non , je vous dis la vérité; mais les hommes n'aiment pas à l'entendre. — Si vous n'étiez pas uion frère , je... mais non... Je ne me mettrai pas en colère... J'aime mieux que l'avenir vous prouve que j'avais raison... Elevez votre fils a votre manière , j'élèverai le mien à ma guise... Dans une vingtaine d'années nous verrons lequel de nous deux aura le plus de compliments à faire à l'autre... — Nous verrons !... Cela vous est bien facile à dire , mon frère; mais il n'est pas du tout certain que nous soyons témoins des hauts faits de nos enfants. — Pourquoi pas? nous sommes assez jeunes encore pour l'espérer .. — Oh! quant à cela, vous avez raison, mon cher Adrien, espérons, c'est le plus doux passe-temps de la vie... L'espérance est le jouet des hommes; et si la vieillesse est triste, c'est qu'elle ne peut plus jouer avec ce hochet-là! Espérons donc que nous verrons nos ciblants grandir, et que nous ferons même sauter nos petits-enfants sar nos genoux. — Mon frère , je vous ajourne en rail Luit cent trente et un ; nos enfants auront vingt-cinq ans, nous connaîtrons alors les résultats de leur éducation. — Mou frère, je souhaite de tout Bton coeur me trouver au rendez-vous.

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