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Chapitre XX. — Quelques pas en arrière

En apprenant que son fils avait enlevé la nièce de madame Benoît, M. Rémonville avait d'abord éprouvé beaucoup de chagrin; il avait fait part à sa femme de cet événement, et la bonne mère lai avait répondu : — Mon ami, vous voyez bien que ces jeunes gens s'adorent .. ne nous opposons plus à leur amour, parlons vite pour Paris, allons les rejoindre et marions-les.

Mais, devenu plus calme, le père d'Edmond dit à sa femme : — Ma chère amie, je vois fort bien que ces jeunes gens s'aiment maintenant; mais rien ne me prouve que cela durera longtemps. Voilà Edmond posse.-seur de son Agathe, je me garderai bien de courir après eux sur-le-champ et de vouloir les séparer. Non, dans quelque temps cela sera beaucoup plus facile, et qui sait si d'eux-mème»?... — Ah! mon ami, vous ne croyez donc pas au véritable amour? — Pardonnez-moi, mais un enlèvement ,... un coup de tête ne me per- ?■ ,.','. ni pas qu'on aime véritablement... On peut aimer beaucoup , et ne pas foire de sottises. Au reste, si ces jeunes gens résistent a l'épreuve de la possession, si cette Agithe se conduit bien... si elle aime encore noire fils lorsqu'il n'aura plus d'argent, ce qui ne tardera pas, alors... nous verrons... il ne faut ja ais se presser pour sanctionner des fuli js. En attendant , rassurez-vous , j'ai des amis à Paris, je saurai quelle est la conduite et la position de notre fils. Mais il ne nous a pas encore écrit. . C'est très-mal. — Mon ami, il n'a qi* dix-neuf ans!... — C'est pour cela, madame; il ne devrait pas déjù savoir oublier sa mère !

Chi z M. Adrien on pense tout différemment.

Il est à Paiis, dit le père d'.\dam ; après tout... il ne fait que suivre mes intentions... Je voulais qu'il allât à Paris.

— Mais la fille de ce meunier qu'il a enlevée ? dit l'ami Tourterelle.

— Eh! mon Dieu!... voilà bien du bruit pour une paysanne, qui

a peut-être suivi Adam malgré lui... — Mais ce père qui veut l'as- i sommer... — Bon! bon! uou« lui donneront quelques écus,,. Moot

ET L'HOMME PO1.ICE

*rranf;erons tout cela !... Ces villnrjoois crient bien fort, mais ils aiment rar|;riii... D'ailleurs Adam a trop il'i'spril pour jj.irder longtemps cette fille avec lui. Je la doterai, je la marierai. Si ma maudite i;outte ne me faisait pas autant so ilTrir, je partirais gur-le-cliamp pour Paris, afin (le faire entendre il mon fils que, s'il est permis de cajoler une fille des champs lorsqu'on habite la camparjnf , a Paris un jeune bnnime comme lui doit porter ses regards beaucou(5 plus haut. — Cette villageoise doii être toute simple, toute naturelle... et puisque votre fils est l'enfant de la nature , je ne vois rien d'étonnant à ce qu'il aime une fille des champs... — C'est f'gal, nous la lui ferons quitter, parce que le fils de 'VI. Adri n lidmonville doit trouver mieux que cela. Dès demain , maigri*, ma goutte, je vais à Paris; vous m'accomp;ignerez , n'est-ce pas, mon cher Tourterelle? — Et madame votre épouse, qui est-ce qui Itii donnera le bras pendant mon... pendant notre absence ? — Elle se iiromènera seule , ou elle restera chez elle; il me semble, mon ami, que dans ce moment mon fils doit Mul nous occuper.

Tourterelle a fait un signe d'acquiescement; le voyage est arrêté pour le lendemain. Mais le lendemain IM. Adrien a une attaiiue de 2foutte plus violente qui le cloue sur son lit, et l'ami Touterclle se (Tonne une entor-se en voulant sauter un petit fossé pour arriver plu» vite près -Je (.^éleilc, à laquelle il venait faire ses adieui.

M. Adrien est désolé. Il veut cepemlant avoir des nouvelles de son fils; it'veut surtout lui conseiller de renvoyer Tronquctie à son père. Après avoir réfléchi et consulté sa tabatière, dans laquelle il puise toujpurs des inspirations, M. Adrien tire avec violence sa sonnette, et fait demander Rongin sur-le-champ.

Suivant sa louable habitude, le concierge est dix minutes avant de le rendre près de son maître; enfin il se présente, et M. Adrien l'écrié :

— Allons donc , Rongin !... est-ce qu'on ne vous a pas dit que J'avais hàle de vous parler?...

— Pardonnez-moi, monsieur; aussi je ne me suis pas seulement donné le lempn de finir de déjeuner. On a tant d'ouvrage ici que

— Ecoulez- moi , Rongin, je vais vous donner une nouvelle preuve ie l'estime que j'ai pour vous, et de la confiance que vous m'inspirez.

— Monsieur, il me semble que je uie suis toujours conduit de manière à ne point mériter de reproches... quoique la servitude ne fût pas mon fait , et...

— Et moi , il me semble que je ne vous fais pas de reproches, puisqu'au contraire je vous dis que je veux vous donner une nouvelle Ikreuve d'estime...

— J'entends bien; mais c'est que quelquefois on dit des choses pour...

— Rongin , vous prenez tout de travers , même les compliments ; taisez-vous et écoutez-moi; mou fils est à Paris.

— Oui... avec la fille de Bertrand, qu'il a enlevée...

— Je sais cela... C'est une folie de jeune homme... un tour d'écolier... Cela n'aura aucune suite...

— Ah ! vous êtes sûr cpie ça n'aura pas de suite? Jadis, quand on enlevait une fille, il fallait une réparation aux parents-., il fallait... ■— Vous ne savez ce que vous dites, Rongin; ne m'interrompez donc i^s. Je veux .savoir ce que n.nn fils t'.iit a Paris... je veux surtout l'engager à se séparer de celle Trouquclle pour laqiKile on fait tant de bruit. Je comptais partir ce m.iiin , ma goutte m'en empêche; Tourterelle aurait pu me remplacer, il vient île se lioutier une entorse qui le tiendra peut-être six semaines sur sa cli^'isf; duns ci-tte occurrence, c'est sur vous, Rongin, que j'ai jeté les yeus pour aller à paris savoir des nouvelles d'Adam; vous parlerez à mon fils, vous lui parlerez en mon nom...

— Monsieur Adam n'a pas l'habitude de m'écouter, et je crains que... — Pardonnez-moi, il vous écoutera. Adam ne vous regarde ||oint comme un domestique, il sait que vous avez eu des uialheurs...

Rongin baisse le nez en murmurant: — Oui... oui... oh! il sait... pardieu! je sais bien ce qu'il sait.

— Dans tous les cas vous m'écrirez oîi en sont les choses. iVoubliez pas de in'écrire au moins!... Car vous savez tourner une lettre, Rongin?... — Si je sais écrire 1... Oui, monsieur... je m'en flatte... Et si j'avais eu '.• temps... Certainement, j'avais des idées pour le moins aussi fortes r^ue M.Rousseau... — Alors faites vos apprêts. Voici de l'argent, as le ménagez pas... Prenez la voiture à Cisors , et ce soir vous sert . à Paris.

Rongin prend l'argent , s'incline , et s'éloigne en se disant : — Je vais faire un petit voyage d'agrément ; quant a son fils, je ne me fatiguerai pas à le chercher.

Rondin était parti deux jours après les jeunes gens. Arrivé à Paris, il s'était l0{;é dans un joli hôtel garni; là, il se faisait bien nourrir, le levait tard , allait se ]iromenèr, fréquentait les cafés , lisait les journaux, faisait de la politique, et ne ;i'occupait pas plus du fils <le son maître que s'il n'eût pas eiislé; mais pour qu'on ne soupçonnât pas la vérité, il écrivait tous les deux jours à monsieur Adrien :

« Je n'ai encore rien d^couvai'rt; mais je fesse nuit et jour mes pcr- 9Utst$sion$. >

^ M. Adrien montrait te* lettre! de Rongin à ta femme , en dita ^

11 a un peu oublié l'orthngrapbe... mais je suis t&r qu'il te donne on mal de galérien pour trouer i.otrc t.l,'...

Il y avait plusieurs semaines que llM;r;in était a Pari», ou il menait cette agié.ible eiisti-ncc qu'il comptdil prolonger I ngicnip». Il avait deux foisaperçu Adam elTror.rpiette sur les fioult- va.ds; alors, au lien d'aller à eui, il s'était enfui par un autre cû'é. .Mais un soir qu'il venait encore de rétrograder en apercevant \jLtm avec deux damet, ii se trouva nez à'nez avec Bertrand.

Le meunier, qui connaît fort bien Rongin, ^urt ï lui et l'arrêle au moment où le concierge allait s')'6<|uiver.

— Que faites-vous à Paris ? dit liertrand tans Ucher le brai de Rongin.

— Je suis à la recliercbe de M. Adam Rëmonville, répond Rongin en prenant un air d'importance.

— Et moi aussi, je suis l'ii sa recherche et 4 la celle de m» fille, et, par la mille-z'yeui! si je les trouve... Vous voyez ce gourdin qu'» j'ai apporté avec moi... Je ne vous en dis pas plus!... — Sous fe-ez ce que vous voudrez : ce ne sont pa-. mes affaires. — Pardonnez-moi*, ce sont vos alTHires , puisque c'est le fiis de votre maître qui a enlevé ma fille. — Mon maître !... mon maître ! — Oh ! il ne s'agit parf de faire votre embarras ici, mon vieux; je ^^is bien que vous été» un sournois, mais ça ne prendra pas avec Bertrand. Je me souviens encore du temps oii j'allais chez votre maître pour voir ma cou>-' sine Catherine , et où vous me disiez que vous ne la conuiissiez pas... R;ippelez-vous qu'alors j'ai manqué de vous éreinter... — Montsieur Bertrand , il n'est plus quesiiou de tout cela... Pardon si je vous quille; niais mon devoir... — Non pas, mon ancien ; j'en suis bien facile, si ça vous ennuie, mais je ne vous quitte plus... J'ai dans l'idée que vo'is savei fort bien oii est Ti'onquelle et son séducteur, peutêtre même qu'à mon insu vous proiéy-z les égarements de la jeunesse ! — Je vous jssuie que... — Cliutl... vous dis-je, et dOnneznioi le bras... Vous cherchez le jeui'- liomme, moi je cherche la fille; en cherchant à deux, nous les Iro ivert ns plus vite; désormais nouif ne nox.s promènerons plus l'un sans l'julre. Je vas t'élire domicile avec vous, tant pis si ça vous dérange... Mais si vous essayez de me quitter, je vous piéviens que je vous jette mon gourdin dans le» jambes, et que ça pourra vous gêuer pour courir.

Bertrand a passé le bras de Roii.,iu sous le sien ; cel'ii-ci fait une vilaine grimace en niarchiiil à coté du meunier, dont le redoutable gourùin lui donne des fiiblesses dans les genoux; il prévoit que le séjour de Paris ne lui offrira plus aucun agrément s'il faut qu'il soit toujours avec M. Bertrand, et il. pense que le meilleur moyen de se dél.iire de sa compignie est de l'aider à retrouver sa fille. Il dirige alors leur promenade du côté où il a vu aller les jeunes gens; bientôt il aperçoit Adam se promenant avec Edmond devant un café.

Rongin serre fortement la main du meunier, et l'anëte en lui disant : — Voilà déjà le séducteur.

En apercevant Ad.im, les yeux de Bertrand se sont enflammés; il lève son gourdin et veut euirainer le concierge , en «'écriant : — Je vais lui faire danser la périgourdine.

Mais Rongin se pend au bras du meunier et parvient i le retenir.

— Vous allez faire un esclandre, lui dit-il; à Paris il n'rsl pas permis de baltre comme ça un homme , ce n'e^t pas comme a la campagne. D'ailleurs, celui-ci s'enluira, el voui ne saurez pas encore où est votre fille. Il vaut bien mieux le guetter de loin, et voir où il ira... Probablement voire Tronquctte n'est pas loin.

Bertrand sent que le concierge a raison; ii m.<îlrisr sa colère; mais il ne làrlie p.is Rongin, dont il redoute quelque trdhison 11 se lient h l'écart avec lui jusqu'à ce qii'.\dum et Edmoiid eutreol dans le catV; alors il s'en a|iproche, regarde à travers les carreaux, el |>ousse un cri de joie, en disant:

— Elle est là!... — Qui?... votre fille? - Eh! oui! Tenei, I4-b,n à celtf table... avec di u\ autres péronnelles... Ah! comme elle esl déguisée! on lui a mis sur la têle des punaclie» et des plumes pour lui l'aire oublier son père... Mais je la retonn.iitrons toujours, moi!... Allons, en avant! — Monsieur Berti.md, je vous ai aidé à retrouver votre fille... elle est là... euimt nez-la; faites ce que nous vuudrex; voua n'avez plus besoin de moi... — Si fait ! c'est le fils de votre maître qui m'a dérobé Tionquette ; vous devei être témoin dans cette aff.iirelà... — .le ne veux pas être témoin... — Vous le serei tout do même... — ÎMais, monsieur Bertrand... — Mais, monsieur Rongin , pas tant de raisons, et |>assez devant.

Et le meunier, qui a ouvert la porte du café , |V>usse Roni^tn )wi les épaules el le force à y entrer avec lui.

CntriTRi XXI. — Cne Sc^neau dfé.

Tronquette s'était caché la figure derrière le chapeau de madame Phanor, dans l'espoir que son père ne la verrait pas. Ailam , qui tourne le dos à la |iorle , et qui n'a |Vis entendu re\cl imation de sa maîtresse, ne comprend rien à sa terreur, cl m.idauie Pùanor s'écrie: — Eh bien! Dondon, qu'est-ce que cela signifie'... On ne joue p»t 4 cache-cache dans les cafés, ma i;ro.sse; c'est uiauvais genre!...

Mais en ce moment Bertrand s'écrie d'une voix de iteolor ; —'Pas >cau te cacher, coquine; je fout vue et reconnue... Ail! tu vient

L'HOMME DE LA NATURE

comme ça ik Paris, seiilpment pour te divertir... et c'est avec un jeune liomuic que tu viens prendre tes divertissoir»!... Allons, qu'on se lève , et (lu'ou me suive jilus vite (|iie <;» !...

Ces paroles , et la manière dont un les a prononcées, attirent l'attention de toutes les personms (pii sont dans le calé, tandis qu'elles pétrifient Adam et Tronquette, (|iii viennent de reconnaitre liertrand, ilont le bras est levé, et qui brandit au-dessus du bol de puncb son redoutable ijoiii'din.

Madame l'banor, feule, n'est point elTrayée par les pestes menaçants du meunier, et sans quitter son verre, qu'elle portait à sa bouche, elle s'écrie :

— <»>u'est-ce qu'il y a donc?... qu'est-ce que c'est que cette scènelà?... Est-ce que monsieur est ventriloque?...

— Je suis un homme ofl'ensé... et je viens pour une oITense, dit le meunier en gardant son attitude menaçante. Ma lille a été séduite... y'Ià un témoin de la chose... N'est-il pas vrai , témoin?

Bertrand cherche des yeux Rongin; mais celui-ci s'est sauvé du café •ans attendre qu'on l'interpellât.

• — Il est parti, le vieui sournois'... c'est égal, je me passerai de lui... Je suis le père de ma fille que v'Ià, et je le ferai voir... — Ah! vous êtes le pèrs de votre tille, mon brave homme; vous êtes plus heureux que beaucoup d'honnêtes gens. Comment! c'est monsieur ton père, Dondon! mais que ne le disais-tu donc?

Et madame Phanor se penche vers l'oreille de Tronquette, et lui dit tout bas : — Ne pleure pas... laisse-moi faire, je vais l'attendrir... Monsieur, asseyez-vous donc!... vous allez prendre quelque chose.

Le meunier ne se laisse point toucher par les politesses de madame Phanor, qui ne cesse de demander encore du |>unch ; il la repousse assez brusquement, et veut saisir sa fille par sa toque, mais la coiffure lui reste dans la main , et Tronquette tombe échevelée aux genoux de son père.

Jusqu'alors Adam n'a rien dit; il est même assez embarrassé. On l'est toujours lorsqu'on se sent coupable ; et que dire à un père dont on a enlevé la fille, lorsqu'on n'a pas intention de réparer sa faute en épousant celle que l'on a séduite ? et Adam n'avait nullement cette intention-là.

Cependant, en voyant le meunier saisir sa fille par ses plumes, et celle-ci se jeter aux pieds de son père, Adam se lève et veut retenir Bertrand en s' écriant : — Morbleu! je ne souffrirai pas que vous la maltraitiez!...

— Toi ! dit le meunier, dont les yeux étincellent de colère. Toi ! tu oses parler... Vicieux scélérat!... Attends! je vas te donner ton compte, à toi!...

Bertrand a levé le bras, il fait tourner en l'air son redoutable gourdin; mais en voulant atteindre Adam, qui a pris un tabouret pour se défendre, le meunier fait voler en éclats trois carreaux de la devanture du café et la bouteille de bière que buvait un habitué.

Le maître et les garçons du café accourent et parviennent, non •ans peine, à contenir Bertrand. Edmond a arrêté Adam, qui est au moment de lancer son tabouret à la tête du père de sa maîtresse, parce qu'il trouve probablement que c'est le moyen le plus court pour réparer sa faute. Agathe se sauve dans la salle de billard , Tronquette pleure à chaudes larmes ; et madame Phanor crie en gesticulant, mais sans quitter la table :

— Mes enfants!... mes amis, la paix!... Mon Dieu! que c'est bête, entre gens comme il faut, de faire du bruit... des scènes pour des enfantillages!... Rasseyons-nous, prenons quelque chose, et tout va l'arranger.

— Monsieur, dit le maître du café k Bertrand, on ne se conduit pas sinsi dans un endroit public... Vous troublez l'ordre... Vous cassez tout... Savez-vous que j'aurais le droit de vous faire arrêter?

— Monsieur, dit le meunier d'une voix ferme, savez-vous que ce mauvais sujet m'a enlevé ma fille, mon unique enfant? et pensezvous qu'un père n'ait pas le droit de se plaindre lorsqu'on débauche celle que jusqu'alors il avait embrassée sans rougir?

On ne répond rien à Bertrand; le maître du café et les garçons cessent même de le retenir; les personnes qui sont là ne rient plus; car il y a des discours qui n'ont pas besoin d'être dits avec éloquence pour faire de l'effet , et des choses sur lesquelles on ne peut plus plaisanter.

— Je veux bien ne pas rosser le jeune homme, reprend Bertrand, du moins pas ici... Je le retrouverai plus tard ; mais je veux que ma fille me suive , qu'elle vienne avec moi sur-le-champ, qu'elle retourne chez nous, et qu'elle épouse Jérôme Camus, qui croit qu'elle est allée chez sa tante. Allons, Tronquette! lève-toi... Prends mon bras, et partons...

Trunquette se relève sans oser répondre et en sanglotant, tandis que madame Phanor lui dit tout bas : — Epouse Jérôme Camus, ma grosse; épouse-le, crois-moi : tu reviendras ensuite à Paris pour t'aaiuser, et on n'aura plus le droit de t'en empêcher; parce qu'un mari, figure-toi que c'est l'équivalent d'un zéro!

Tout en disant cela, madame Phanor a ramassé la toque, et a voulu la replacer sur U lête de la villageoise : mais le meunier l'en •mpéche , il rejette l'élégante parure sur la table en s'écriant :

— Au diable lei f«utr(^||heil,.. Voiu «va» déjà assez ^kU ma

fille; elle n'aura pas besoin de ça au village pour tfO'on la montre sa doigt.

I.e meunier a pris le bras de sa fille, il l'entraîne; Tron(|uctle s'éloigne les yeux baissés, et sans oser regarder Adam, qui ne cherche plus à la retenir.

— Tiens!... il s'en est allé sans payer les carreaux, dit madame Phanor quelques minutes après que Bertrand est jtarti.

— Oh !... je payerai... je payerai tout, répond Adam, qui est resté pensif devant la table oii Tronquette était assise quelques instants auparavant.

— Et votre cousin... et son épouse... ils sont partis aussi!... Ça fait de drôles de gens!... Laisser un ])arent quand il a du chagrin!... Ne pas seulement lui dire adieu! 1, 'épouse de votre cousin me fait l'efTet d'une pimbêche. Elle croit qu'on ignore qu'elle a été enlevée aussi. J'avais bien envie de lui lancer un mot à ce sujet quand elle a tourné la tête au lieu de trinquer avec moi : mais je me suis tue, parce que je ne suis pas mortiliaute de mon naturel. . Eh bien! mOB cher voisin, comme vous voilà rêveur! vous avez l'air d'un songecreux... Parce que le père de votre amie a emmené sa fille, il ne faut pas vous désoler : il est un peu bri'tal , le père de la gros';e; mais il était dans son droit, vous avez bien fait de ne pas lui résister. Soyei tranquille, cher ami; votre belle vous revirndra, et après tout, ai elle ne vous revient pas, il ne manque pas de Dondons dans Paris.

— Au fait, je crois que vous avez raison, dit Adam en se levant; et pendant qu'il passe au comptoir, oii il paye les Irais de la soirée, madame Phanor demande une grande feuille de papier; elle s'en sert pour envelopper la toque de crêpe bleu et les plumes qui caressaient l'épaule de Tronquette ; elle attache soigneusement tout cela avec de» épingles et l'emporte avec son ridicule.

Adam a tout payé, il est sorti du café. Madame Phanor a passé son bras sous le sien ; elle le lui serre beaucoup plus tendrement que de coutume, et n'est pas deux minutes sans le regarder.

— Pauvre Tronquette! dit Adam.- — Oui, pauvre Tronquette, excellente Tronquette! répond madame Phanor; elle était un peu bête, mais très-bonne fille, du reste!... — Comme elle va s'ennuyer au village à présent!... — Sans doute... elle s'ennuiera d'abord... Il est vrai qu'elle épousera Jérôme Camus, ce qui la distraira un peu... — Ce n'est pas que j'en fusse encore bien amoureux !... Oh ! ma foi ! j'avoue que c'était déjà passé. — Vraiment... c'était déjà passé?... Oh! ces monstres d'hommes!... c'est volage avant que de naître!... — Et puis je ne sais pourquoi, mais il me semble qu'elle était plus jolie dans son village qu'ici : là-bas elle était toujours gaie, elle riait pour un rien; ici elle ne riait presque plus. — C'est que l'air de Paris ne lui convenait pas probablement.^ — Je lui donnais pourtant tout ce qu'elle désirait... — Ecoutez donc, mon cher voisin, Tronquette ne savait pas porter ce que vous lui achetiez; elle n'était pas née pour cela. Vous aurez beau mettre une housse de velours à un âne, il n'aura jamais l'air d'un cheval!... — A Paris, il y a de si jolies femmes!... — Ah! sans doute... à Paris... il y a des femmes... qtii sauront au moins vous apprécier...

Ces derniers mot sont accompagnés d'un coup de coude, d'une œil-lade et d'un soupir. D'abord Adam ne fait pas attention au nouveau manège de madame Phanor; cependant il faut bien qu'il s'aperçoive qu'il ne peut lever les yeux sans rencontrer ceux de sa voisine, qui le regarde d'ene façon toute particulière; Adam n'est pas novice, d'ailleurs il y a des femmes avec lesquelles on n'a pas la peine de deviner.

Bientôt la conversation change; on ne parle plus de Tronquette; madame Phanor a un babil intarissable; elle est beaucoup plus aimable que la fille du meunier, qui à Paris ne savait que soupirer. Toutes les remarques que fait le jeune homme sont à l'avantage de madame Phanor; à la vérité, celle-ci a dix ans de plus que Tronquette , elle est maigre et fanée , Adam n'en e.ît pas amoureux, mais il a dix-neuf ans, et il lui faut absolument une maîtresse.

Après une promenade qui est devenue très-sentimentale, et que l'on a coupée par une station dans un jardin oîi il y a des bosquets.. Adam est rentré à son hôtel garni avec madame Phanor, qui a l'air d'être dans sa poche; le soir, sa voisine n'a pas été chez elle consulter sou avocat, et le lendemain elle se promène avec Adam, coiffée de la toque bleue qui la veille encore parait la tête de Tronquette.

Et la vue de cette toque n'empêche pas Adam de rire, de faire l'ar mour avec madame Phanor! elle ne lui rappelle pas Tronquette; oa si elle la lui rappelle, cela ne trouble pas ses plaisirs. M. Rémonville a donc raison , l'homme de la nature ne vaut pas mieux que le; autres.

Chapitae XXU. — Les jeunes gens vont vite.

Cependant les lettres des deux cousins sont parvenues à leurs parents.

— D a dépensé tout ce qu'il avait, dit M. Rémonville en finissant la lettre d'Edmond, et c'est pour cela qu'il nous écrit. Je ne lui enverrai rien. Qu'il quitte son Agathe; qu'il revienne vers nous; alor» je lui pardonnerai son escapade.

Et M. KémouvUle répond sur-le-cbamp à son fiU ; c Je ne voiu

ET L'HOMME POLICÉ

I envoie pis d'arfji'iit , parce que je ne veui point autorifser vos folies. Si vous avez f'»it quelques dettes à voire liôtel , mon ancien ami, M. Grandpré , les payera, ainsi que les frais de votre retour; vou« •avez son adresse. Rycoiidiiisez votre Agathe chez sa tante, et revenez vite près de nous si vous voulez que je vous pardonne. »

La maman trouve cette lettre bien s<ivère; mais son mari n'y veut rien changer. Avant qu'elle soit fermée, elle demande à y ajouter une seule liijnc pour son fils; elle n'écrit que ces mots : « Pense encore, à ta mrre I • mais en fermant la lettre, elle glisse dedans un billet de mille francs.

M. Adrien, las de ne rien apprendre par le concierge, venait de lui écrire pour lui ordonner de quitter Paris et de r'svenir a son poste, lorsqu'on lui apporte la lettre de son fils, ou plutôt celle de madame Plianor; car Adam n'avait fait que la signer, sans même se la fuire lire.

En lisant la signature, M. Adrien tressaille de joie. — Mon fils M'écrit, lui! qui ne peut pas souffrir prendre une plume! quel effort!... Peste!... il faut qu'il ait des choses bien importantes à me conter... Et cet imbécile de Rongin qui ne sait pas le trouver!

M. Adrien fait appeler Céleste, qui était en train de se peindre les <Ourcils et de se faire des lèvres vermeilles, pour qu'elle vienne entendre la lecture d'une lettre d'Adam. Céleste descend avec un seul sourcil de fait, ce qui donne quelque chose de boiteux à sa physionomie; mais comme l'ami Tourterelle n'est pas là, elle veut bien suspendre sa peinture. Après avoir fait jouer une fanfare à sa tabatière, M. Adrien lit la lettre suivante :

« G mon père! si je vous écris, vous devez bien penser que c'est parce que j'ai besoin de vous. Le séjour de Paris est horriblement cher; je n'ai plus d'argent. Vous ne voudriez pas laisser votre enfant chéri dans la débine; envoyez-moi sur-le-champ des écus, que je puisse tenir mon rang et vous faire honneur; songez que votre fils ne doit pas se restreindre à manger à la gargote. Je vous baise les mains ainsi qu'à ma vertueuse mère et à tous nos estimables parents et connaissances. «

Et par ■post-scriptin^ ;' c; Envoyez-moi tout de suite une grosse somme, afin que je vous écrive moins souvent; ce qui vous ruinerait en ports de lettres. »

— Voilà un singulier style, dit Céleste en se pinçant la bouche. — Pour un élève de la nature , ce n'est pas trop mal ! répond M. Adrien. — 11 me semble qu'il dépense un peu vite son argent. — Ah! je g.ige bien qu'il sait s'en faire honneur!... Mais c'est cette Tronquelte qui m'inquiète... H ne nous en dit pas un mot... Et Rongin qui ne les a pas rencontrés!... 11 est bien fâcheux que Tourterelle ne soit pas guéri de son pied et que cela l'empêche d'aller à Paris. — 11 est bien plus fâcheux que Votre goutte vous empêche d'y aller vous- même!... — Je voudrais savoir si mon frère a reçu des nouvelles de son fils... Oh! je rirais bien s'il épousait sa petite Agathe!... — Et si votre fils épousait sa paysanne, ririez-vous autant?

M. Adrien ne répond rien; il va consulter sa caisse, il se propose d'envoyer des fonds à Uongin pour qu'il les porte à son fils. Mais le lendemain le vieux concierge est de retour chez son maître, devant lequel il se piéseute d'un air conquérant.

— Victoire! dit Roiigin en se jetant sans façon sur une chaise, j'ai découvert le jeune homme; il était avec sa Tronquette, il ne voulait pas s'en séparer!... Qu'ai-je fait?... Je suis parvenu à trouver Bertrand, <]ui cherchait aussi sa fille à Paris; je l'ai mis sur les traces de nos jeunes gens, et Bertrand a repris sa fille : par conséquent, M. Adam n'est plus livré aux erreurs de la séduction. Je me flatte que j'ai proprement rempli vos intentions. Je n'ai point ménagé mes pas et mon repos; mais quand on a été bien élevé, oa lient à prouver qu'on sait faire autre chose que garder une porte.

M. Adrien est enchanté; il prend la main du con«èerge : — C'est bien, Hongin , c'est très-bien; je n'attendais pas moins de vous. Ainsi, mon his n'est plus avec la fille du meunier? — Non, monsieur, puisque Bertrand a ramené sa fille. Par exempte, je vous prierai de ne pas dire à M. Adam que c'est moi qui ai conduit louts cette affaire; il m'en voudrait, et comme il est très-vif... — Soyez tranquille, mon ami... Ah! je suis d'une joie... (jue mon frère vienne maintenant... nous verrons. Il parait que son Edmond est toujours avec la petite couturière, car ma belle-sœur est fort triste. Vous n'avez pas eu de nouvelles d'Kdmond à Parisi' — J'avais bien assez à faire de courir après M. Adam. — C'est juste, Rongin ; vous recevrez cinquante francs de gr.ilification. — Monsieur, je les accepte, parce que je m'en crois digue. — (^)uant à mon fils, j'allais lui envoyer deux mille francs; il en recevra quatre mille... Je veux qu'il s'amuse.— Si monsieur désire que je retourne porter cette somme à son fils? — C'est inutile maintenant ; du moment qu'Adam n'est plus ftvec sa paysanne, je suis tranquille: vous l'avez laissé dans le bon

'.chemin, n'est-ce pa.s, Rungin ? — Ma foi , monsieur, je l'ai laissé sur

'les boulevards... — D'ailleurs, incessamment Tourterelle ira à Paris.

{Et M. Adrien, très-satisfait de son lils, lui envoie sur-le-champ une lettre de change de quatre mille francs, avec cette couile missive :

' « Tu dépenses ton argent un peu vite, mais tu as quitté la fille du meunier j je suis couteut de loi. Alonage ma caisse, mais lance-toi

dans la belle société... Je suis certain que ton charmant naturel l'y fera obtenir de grands succès.

» Ton père, Aoiics. »

Celte lettre est envoyée à la poste de Gisor», et elle part pour Paris avec celle que M. Rémonville le jeune a écrite à son fils.

l'.dmond avait brusquement quitté le café après la sortie de Bertrand : mademoiselle Agathe, déjà tres-mécontenle de se trouver dans la compagnie de Tronquette et de madame Phanor, n'avait pu voulu retourner près d'Adam. Mademoiselle .\gatbe avait ausii ses volontés, et elle exigeait que son amant s'y soumit; Edmond cédait à sa maîtresse, mais il commençait a trouver qu'elle n'avait pat toujours raison.

Le lendemain de la scène du café, on reçoit de Gisors la répons* SI impatiemment attendue. Edmond tremble en reconnaissant l'écriture de son père; il tremble plus fort en brisant le cachet. Enfin la lettre est ouverte, le billet de banque s'en échappe. Agathe le ramasse en sautant de joie, et s'écrie ; — Tu vois bien que tes parents te pardonnent !

Edmond ne l'espérait pas; la vue du billet de mille francs dilate son cœur, cl il lit avec confiance la lettre de son père. Eu lisant, sa physionomie se rembrunit; il passe la lettre à Agathe en disant : — Tiens... je n'y conçois rien...

Agathe lit à son tour : Edmond n'avait pas aperçu les quatre mots ajoutés par sa mère; la jeune fille les lui montre. Et Edmond comprend d'où vient l'argent ; mais son père est toujours irrité. — Qu'estce que cela fait? dit Agathe; si ta mère te pardonne, et si elle t'envoie ce que ton père te refuse, cela revient au même.

Edmond n'est pas de cet avis; mais .\gathele caresse, l'embrasse; elle lui persuade que son père ne tardera pas aussi à pardonner, et Edmond recouvre sa gaieté ; car Agathe est redevenue aimable , tendre, agaçante, et c'est un billet de mille francs qui a produit tout cela! Le vil métal est donc maintenant nécessaire au bonheur des deux amants : l'amour ne leur suffit plus : quand on veut n'exister que pour l'amour, c'est au fond d'une campagne, et non pas à Paris, qu'il faut aller demeurer; et dans cette campagne, quoique l'on ait un champ, des poules et une vache, il faudra pourtant encore quelques écus!... Quel ennui de ne point trouver un pays oii l'on puisse vivre sans argent! cela conviendrait à tant de monde !

Edmond regarde le billet de mille francs: — .\vec cela, dit-il, je sais maintenant qu'on ne va pas loin... Nous devrions prendre un logement plus modeste, réformer notre dépense... économiser...

Agathe rit et embrasse de nouveau son amant : — Pourquoi t'inquiéter d'avance?... Cet argent dépensé, tu écriras à tes parents... Ton père ne sera plus en colère... Est-ce que tu veux que nous vivions comme des ermites?...

Mademoiselle Agathe sait si bien s'y prendre qu'Edmond fait tout ce qu'elle veut; les projets d'économie sont oubliés, et on dépense lestement l'argent que la bonne maman a glissé dans la lettre.

Cependant, Edmond juge convenable d'aller faire une visite k M. Grandpré, cet ami de son père, dont il a l'adresse; il pense qu'il voudra bien intercéder pour lui près de .M. Rémonville.

M. Grandpré, homme âgé et sévère, reçoit froidement Edmond. H lui fait une longue morale , l'engage à retourner bien vile chez se» parents ; et le jeune homme sort de chez ,M. Grandpré en se promettant de n'y plus retourner.

Dans le petit hôtel garni de la rue d'.\ngoulême, on a reçu aussi la réponse de M. Adrien. Ne pouvant pas déchiffrer l'écriture de son père , Adam porte la lettre à madame Phanor en lui disant : — Tenez, tendre amie, voici une réponse de mon cher père... Faites-moi le plaisir de me la lire, car il a une écriture »i mignonne , si serrée, que je ne pourrais pas la déchiffrer.

Madame Phanor brise le cachet ; elle commence par lire la lettre de change, puis elle court se jeter dans les bras d'.\dam : — Que Ion jière est aimable!... Il t'envoie quatre mille francs p.iyables a vue... Ah ! il est vrai que je lui avais écrit une bien jolie épilre pour loi !

— Quatre mille francs !... ce n'est pas trop 1... — .\h I mou ami , c'est bien gentil... Ne fais donc pas le cruel comme ça avec ton J>ère, je veux qu'on respecte ses parents!... Je le veux. — Parbleu, mon père est riche, j'étais bien tranquille!... Quand j'aurai dépense cela, je lui en demanderai d'autre, et toujours comme Ça... je n'aurai qu'à demander. — Tu n'auras qu'à demander... .\h ! cher ami... quelle existence voluptueuse nous allons mener! Embrasse-moi encore, embrasse-moi toujours!... — Oui, m.iis voyons donc un peu ce que papa m'écrit... — Ah ! c'est juste... mais je veux que tu 6les ton chapeau, et que tu écoutes la lettre de ton père la têle découverte... — Qu'est-ce que c'est que cette bètise-là ? — l'e ne sont point de* bèlises... quand on a un père qui nous envoie dos quatre mille francs à vue, dès qu'on les lui demande, on doit le révérer... Je suis comme ça, moi , folâtre mais sensible... Ole ton chapeau , cher ami. Je commence : Tu lUpeiises Ion argent trop... Hum !... hum !... hum ;..

— (.>ii'est que ça veut dire : llum! hum?... — Tu as raison, ton père .-. une bien vilaine écriture... Remets ton c'.iapeau, cher ami; j'ai peur que tu ne t'enrhumes. Tu dcpenfts'. hum '.... hum'....

— Ah çà 1 est-ce qu'il n'y a qm Hes hum .'... hum .'.., 4an$ La letlN

fH01Jt?fE PC L^ JI^T,D/\E

de pnpa ? — Alleiids donc .. Ah! il est très roulent que lu aicsquilté la Aile (lu mriinicr. . il le donnera sa nialédiitlun si jam»is tu la rejircnds. — Hall! il y a celai',.. — Oui, sans doute ; du reste, il t'eiig:i(;e ^ ne point iucn;"(;cr sa caisse... et à continuer de l'i»'(|iitnler lï «oeiél^.., que lu vois eu Ce niouient... et avec laquelle il se dit Ion père.

— Tu vois, mon clier ami, reiirend m.idanie Plianor après avoir .^lit de» l)ouletles de lu lettre qu'elle vient de lire, que ton père luimême cimente notre li.iisou , et t'eni;.i(je à ne piii la rompre. - Je voij qu'il m'envoie de l'argent, et me dit de ne point le ménager; par conséquent, rions, mangeons, buvons et amusons-nous!... — C'est ça niêuie , mon petit ; tu me pièieras cinq cenls fi-ancs , n'est-ce pas ? — 'Jout ce que tu voudras !... — C'est pour payer une dette d'Iionncur... chez une uiarcliaiide à la toilette. Je te rendrai cela dès que l'aurai touché des fonds de IS'ormandic... — Eh ! mon Dieu , que m'imliorte?... J'en ai , lu n'en a pas ; je l'en jircle, je l'eu donne!... tu lu'en diuineras une autre fois!... —-AU! mon ami, ton père a bien raison, tu as un cliarmatit naturel !

Adam va lou> lier la lettre de change de quatre mille francs; madame Pbanor l'accompiigne, parce qu'elle craint qu'on ne lui donne pas bien son compte , et elle n'oublie pas de prendre les cinq cenls francs qu'elle se fail prêter, liusuite, on ne songe plus qu'à se livrer au plaisir ; avec Adam, il faut sans cesse en chercher de nouveaux, car l'homme qui ne sait que s'amuser finit par devenir très-dilViiile à amuser. Mais madi^me Plianor fait en sorte qu'il n'ait pas un moment à lui. Klle tâche surtout qu'il ne la quitte pas, et ne se trouve point avec d'autres femmes, car elle s'est aperçue que la constance n'est pas la vertu de l'Iiouime de la nature. Elle étourdit Adam par son talùl , par ses caresses, par ses élans de sentiment; elle lui jure, nuit et jour, qu'elle l'adore ; qu'elle se tuera s'il la quille, et Adam n'ose pas la quitter ; il dépense lestement son argent avec elle, si bien qu'au bout de six semaines madame Plianor est obligée d'écrire une nouvelle épitre à M. Adrien , parce qu'il ne reste plus rien des quatre miile francs qu'il a envoyés.

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