‹ MoustacheChapitre 168 sur 281 · SOIRÉE BOURGEOISE · texte numérisé non relu

SOIRÉE BOURGEOISE

PAUL DE KOCK

Ûprni^rement on remarquait beaucoup de lumières aiii quatre croisées d'un npp.irlenie>it siiné au second , dans une maison de la rue (ireiietat. ('.ela n'avait pas le fasie , le biilLiUl du Orcle des Etrangers, mais cependant cela annonçait queUpie clio^e ; ces quatre fèiiélies, liien ë(;aleinrnt érlairéi-s, avaient un air de lèie, ei lis laboneiix habiiants de la rue Gieiieiat, qui n'ont pas l'Iiabiiule de fiire de jjrand'.s dépenses d'éclairage, même dans leur» hoiitiques, ■e disaient en rr|;ardaiit les (|iialre cioisees qui faisaient lionte au Téverbire : — (Jerlaineuieot , il y a ce suir quelque cliose d'extraordinaire cbez M. I.iipnt.

M. Lu( ot est un lionnt'le néi;ociant retiré du commerce depuis peu ie tenus. Apiè- avuii vendu penda::it trente ans de la papeterie, (ans avoir une seule luis eu recours à un voi-in ou à un ami pour les p'ayeiiienls de la fin du mois , M. Lupot , ayant amassé liuil mille francs de rente, avail vendu son fonds el (|uitlé le comnnrce pour se livrer aux douceurs de la vie di>ineslii|iie , pour être aut prlils soins prés rfe son épuise, madame Féliiiié l.iipwt, IVmine es-^eiiuelli ineni noii- Clialantr, qui était fort bien plarée dans nu cuuiploir tant qu'il ne •'agiisail que de rendre la monnaie de Ci ut sous, mais qui per.lait là létr lurM|ne cela allait plus loin. Cela ne l'avait pas empècliée de faire le lionlieiu de sou mari (ce ijui prouve qu'il n'est pas nécesfiire d'avoir de l'esprit pour cela), et de lui donner une t'iUe et un garçon.

La demoiselle était l'aînée, elle venait d'atteindre sa dix-septième jée, et iM. l.upol,qui n'avait rien né!;lij;é pour l'éducaliim de sa ^lle, se flatlail de lui liouvi-r un mari ailleurs que dan>, lis pains à e'aclieier ; d'aulanl plus que madeuiuiselle f^élaiiire ne nionlrait aucun Chili pour le commerce, et se croyait une vocation décidée pour les Deaiii arts, depuis <|u'clle avait fuit, i duu/.e ans, le poitiaii de sou père en berijer, av<c du crayon roii|;e , et parce qu'un an plus lard elle avait joué de méinoire : Je suis l.iulor, sur le piano.

M. Liipol était lier de sa fille . qui éiaii pt iiilre et musicienne , qui élait d'un pouce plus grande que monsieur son père, qui se ten lil dioile connue un soldat prussien , qui faisait la révérence comme Tjyliiiiii , qui aviil un nez aq'ilin trois Tois long comme les nez ordi- Daiirs, liiie boucle dans le iiicine i; nre, el des veux •■ ::^aliiis,si es(aè|;lis, ipi'on ne les irouvail pas lacilemeii^'

Le [leiil Liipot n'avait cn< ore que sept «lis , on lui passait tout, vu lor ejliéme ji iineisc , el M. A cat;iic prol t.n dr la prrmi-siun pour fai'e le diable du inalin au soir; cai son père l'aimait Irnp pour le gronder, et sa uièie était tiup noiiclialaiitt pour se mettre rii coi^'e l>r, 1111 malin M. Liipot s était ilii : — . 'ai une jolie lonune , j'ai tine cliarmanle famille, l'ai une épouse c,!ii ne s'est jainuii mise en Coère ; mais cela ne siilht pas dans ce monde pour être invite, re- Cherclié , pour qu'on paile de moi enl'iii. l'epiiis qui- j'ai qmltc le

Sapier vélin el la cire à carlieler , ma sotii'iO ne s'est com|io.-,ee que e quelques amis , anciens maicliaïuU comme moi , qui viennent faire la partie de viii^l et un ou de loto ; niais je vciii voir iiiieiiv que cela ; ■u &Ua ue doit |i«s viv«« daus vr\ «v.r>;i« *« resserré j ma ^e 4 ttAI

vocation prononcée pour le» art», je dni» rece»»l» dn »rti«tei: je donnerai drs soirérs , des il>ës , drs puni bs nifuie , si cela est néietsaire : on j>>iiera la bouilljltc et l'écarté, car ma 6lle a e lolo tp horreur ; enfin je vui qu'on parle de mes réuiiioos et que CélaOïre^ trouve un mari dijjiie d'elle.

M. L pot avail éié près de sa femme, qui était ascète sur tOB grand fauteuil élastique, Caressant UQ cliat couclié sur set genoux, el il lui avait dit :

— Via clière Félicité, je veux donner des soirée*, rere»oir Kea^ coup de monde... Nous vivons dans une spliè'e Irnp élmile p or nom fille, qui est née pour les arts, et pour nuire fils AsiUgne , qui, jtf cmi-, fera parler de lui.

M.idain»- Lupol , sans cesser de caresser «rtn ehal , avait répond* r — Kh biiii ! qu'est-ce que cela ine tait , tout cela '... Kst-ce que j( vous eiiipèilie de recevoir du monde?... l'.jurvu que cela ne oie cause aucun embirras... D'abord , ne compte! pas Sur moi |iOur taire quelq'e cliose.

— Tu ne feras rien du tout , Félicité, que tes honneurs de (on salon... — Il laiidra se lever à louir minute... — Tu y uieU beaucoup de ;;iâ e... Moi , j ordonnerai lout , el CeUi.ire me secon>1era.

IMadcniui^elle Céianire, encli..niée du (irojci de >on |è e , avait saule a son lou en sirriaiil : — <)!i! oui, pip', in»itii be*o.-oin> d« monde, je vais apprendre des cotitreilaiise s ^Iim de s.ivnir faire dan- S' r, et linir ma tète de iiclisaire, que vous lerex eiiéadrer |K>ur ce soir-là.

bl le petit Asraf;ne sautait déjii an miliicii du talon rn disant : ^ Je prendrai dn thé, dn punch ei des R.i eiim, j«r |irenilrai dr lout.

Puis M. I.upnl s'élail mis en course, il '/t.iii allé voi' ie>' «mis desi*t amis, des f;ens qu'il connaissait a prine. rt il 1rs avail ei'i;«t;és en Itt pri..nl d'aineiier leurs connaissances. M.. I.iipnt avail jidis \end i dil papier ro>e a un pianiste et de» cr-yo)n à un de-<iiiaieur , il s'était rendu chez ces anciennes (iraliq-irs, les priant d honorer sa soirét de leur présence, ri d'y amener l'ies nrlitles de leur* attiis. K*iStt i\L l.iipul avail pris laiil de peine pour se uire me noililo^eiise rédninn, que pendant quatre jims il avail cuuru l'<ris, Kai;i'é un |;rol rliiiinr el dépensé sept livres di> Mus de cabrtplets : ce n'est pas toitt plaisir de diinner une soiri'r.

Le ifiaiid jour ou phi loi le i;rani; Aoir était arrivé. < W av.it nOutni loules les lainpes, on en «v«,n mi^o.e rinprunie cliet q ir'f^uk"» ViJtsins... car ( l'Ianne avait tmnve que le lr<n> laoi|te« qi» Ion jto-slfilail ne si.tli.aieiit point pour éilairrr le «Ion et I» rliamnri' à cnOcber, Ct'lail la piemière fui» que M. I.ii|">l empruntai! quelque ehu-e à ses voisins) luais a>.M< celait la preiuièiC lois qu'il doduait un thé. a

Depuis le malin M. l.upot riait ocfx ni drs pré)>»r»ti'$ dr •« soirée; il avait roinmandé le» .;aleani , ir« Valiï'i l.'S-Senienik, acheté dH .arics. brossé sis laliles, re'loé ses d-apt.-ie*. Madame LapM ' resioe asMse dans son I luteuil , et rep6uil ; — Je CBÙ&* SB' . èqA Uèa-lati|aiil, à» rccetroir da mMd m—

rt

ONE i>OIR£K BUURGEOWil.

Célanire «vail termii é son R^lisiiire , qui ressi-mblait i Uniliellrur, el «iiqiirl on avait IViit l'hoiiiitur «l'un <a(',re golhii|iif, (|iie ïoii avrtii y\i,ci bien en «iie Jmis It- sjloii. Mailiinoisfllv l,ii(>nl avait uni- fort belle loilrlle : une .obe nouvelle, lei. rbeveiii n.iUës a la C.liiiilile; tout cela ilcvait r.écekiaireuenl {«irt iui|)res!>iuu sur l'as- 5ei. i.'i -.

Asrap-.t avait iTi p»tiJ matelot !ieirf, lie qui ne I'ein|j4chait pas de faire la culbute dans la cbanihie , de monter -ur les meubles, de loucher aii\ cartes, de les prendre poui faire des t^pucin^, d'ouvrir les •rnioirts. el île ineltre la main sur les f;.iteaui.

(^)uelqiiefois la paliei.ce t'cbappait à M. Lupot, el 1! oVciiaii : — Madame , faite» ^oiic finir votre lils! . Mais alors madame Lnpot répondait sans tourner la tète : — Faites-le finir vous-même, laon- •leiir; vous Sdvez bien que c'est vous qui le corrijjet.

Huit heures venaient de sonner, el personne n'elait arrivé. Mademoiselle Lupot ret;ardail son père qui refjardait sa femme, laquelle regardait son chat. Le père de famille murmurait de temps it autre :

— Esl-ce que notre grande soirée se passera entre nous ?

E' il jetait des regards dé-olcs sur se* quinqiiets, ses tables, ses •pprêls de < érémnnie. Mademoiselle Célanire soupirait, reijaidait sa toilette et se regardait dans la jjlace. Madame Lupot se coni'entait de dire avec son indolence habituelle : — C'était bien la peine de tout mellre sens dessus dessous ici '

(,)nant au petit Ascagne, il sautait dans la chambre en répétant:

— S'il ne vient personne, nous aurons bien plus île gâieauj à manger. Enfin la sonnrtte se fait entendre : c'est une famille de la rue

Saint Denis, d'anciens parfumeurs qui ont conservé de leur état l'habitude de se couvrir d'odeurs; à leur entrée dans le salon, c'est comme si l'on venait d'ouvrir des cassolettes; une vapeur de jismin, de vanille, frappe l'odorat; on en est étourdi, on en ■< mal à la lêle.

D'autres personnes ne tardent pas à arriver. M. Lupot ne conniiil pas la moitié des gens qu'il reçoit et qui lui sont amenés par d'autres personnes qu'il connaît à peine; mais il est dans l'ein hantement , dans le ravissement. On lui dit en lui présentant un jeune fasbiounable : — Voici un de nos premier» pianistes qui a bien voulu sacrifier un grand concert pour vep'/ à votre petite soirée.

Ensuite c'est un chanteur de salon , homme délicieux que l'on «'arrache dans toutes les réunions, et >(ui, quoique fort enrhumé, consentira à fîire jouir la société d'une de ses dernières compositions.

Celui-ci est un premier prii du Conservatoire, Boieldieu en herbe, ^1 fera des opéras, quand il aura des poèmes qui seront reçus, et que sa musique le sera aussi.

Cet autre e»t peinire , il a mis au Salon, il a eu on succès fou : on ne lui a pas acheté ses tableaui, à la vérité; mais c'est parce qu'il n'a pas voulu les vendre à des gens ind>gnes de les apprécier. Enfin, de tous cotés, M. Lupot n'aperçoit dans son saluii que des gens du premier mérite, il en est étourdi, ravi, transfrorté; il ne trorrve pas assez d'eipressions pour leur témoigner le plaisir qir'il éprouve à les recevoir; et pour cem-là il néglige ses anciens amis, dédaigne ses vieilles connaissances, il )»ur parie à peine; il senrblc que les nouveaux venus, des étrangers qu'il voit oour la première fois, méiiteut seuls tous ses soins, toute son attention.

Madame Lupot est lasise de se l»!vcr, de saluer et de prëtenter an« chaise. Mais sa fille est radieu^ic, siio ~»ari va c> vient du salon dtn« la chambre à coucher en se froln is mains, comme s'il Venait «l'acheter Paris; et le petit Ascagr» .^ rendre jamais daiu le ulon que la bouche pleine.

Il ne suffit pas de recevoir beaucoup de monde, il faut encore lavoir l'amuser. C'est une chose que peu de personnes savent faire, même les plus habituées 91 donner des réunions. 1 hez les uns on s ennuie, on bâille en grande cérémonie ; il faut se bornera une conversalion qui n'est ni amicle, ni franche , ni gaie. Chez d'autres il faut entendre a saliéié le maitredela maison, qui, s'il est ch .nieurou eiéciitant, ne quittera pas son piano, de crainte que quelqueauire ne •e permette aussi de faire plaisir. H en est ensuite qui aiment le jeu et ne reçoivent que pour faire .leur partie Pour celles là , leur seule affaire est déjouer, et peu leur importe alors que le» personnes qui Viennent les voir s'amusent ou s'ennuient, elles ne s'en inquiètent pas; elles jouent, c'est tout ce qu'il faut, el elles ne s'occupent plus de leiirsoiifié.qui s'amnseta si elle lepeut.Ahl qu'il y a (leu de maisons ou l'on sache recevoii on amuser son monde! Il faut pour cela un tact, un esprit, une abiiCt;ation df soi-même, qui sont bien rares, «ans doute , puisque si peu Ce ' 'nomies en lonl preuve quand elles donnent de» soirées.

M. Lupot allait et venait de son salon dans sa chambre à coucher; il soi riait , saluait et se frotl.ait les mains. Mais les nouveaux venus^ qui ne s'étaient pnint rendus à l'invilalion du bon bourgeois pour le voir sourire e» se frotter les matins, commencèrent à dire, même assez baut :

— - Ah çà .... -.st-ce qu'on psissera la soirée à se regarder ici?... Ce «rait bien amusant I

M. Lupot a voulu entamer I a conversation avec un gros monsieur qtu porte des besicles, qui a u ne cravate supéiieurement nouée , et fw fait piCM|a« cgatiaucUcffl^ at la |^iiaac« en tqjaidaAt la société,

Un a dii à l'estimaUe Lapot que ce mo«i8i«:ar ai bien cnX^é <BBit un huiiiine de lettres, el qu'il dai);uerait peut-être lire 0(1 ittittT Ues veil de sa coinpoMtioii.

L'ancien papetier lou<se trois fois avant d'oser aborder le gros mODsieiir ; il se riM|iie enfin a lui ilire :

— Eiiclianié de poksédcr a ma soirée un bomme de lettres... de U. force de monsieur...

— Ab I c'est vous, monsieur, qui êtes le maître de la maison?..,

— .l'ose m'en O.ilter... avec ma feniiiie... '^iii est assise la-bas... VoiU ma tille... cette grande personne qui se tient si droite... elle der«ine et touche du piano... J'ai aiis^i un 61s , un petit démon... il vient de passer toute k l'heure entre mes jambes... Oh ! c'est an espiègle !...

— Monsieur , ce que je ne conçois pas .. ce qui me passe... c'est que des personnes qui veulent recevoir du monde puissent demeurer dans la rue Grenetat! L'est une horreur que celle rue! c'est épouvantable !... de la boue toute l'année!. , des embarras de voitures... un quartier sale, bruyant, infect...

— Monsieur, cependant, depuis trente ans que j'y suis...

— Ali , monsieuf ! j'y serais mort trente fois ! f^uand on loge rue Grenetat, il faut dire adieu aiii artistes... il faut renoncera la société... car vous conviendrez que c'est un guel-apens que de {^H venir un certain monde dans celle rue...

M. Lupot cesse de sourire et de se frotter les mains; il s'éloigna du monsieur à besicles, dont la conversation ne l'a pas amusé , et il s'approche d'un groupe de jcur.es gens qui semblent occupés à regarder le Bélisaire de mademoiselle (Jéianire.

— On admire l'ouvrage de ma fille, se dit M. Lupot; lâchons, sans faire semblant de rien, d'entendre les remarques de ces artistes.

Les jeunes i;en8 faisaient en efl'et leurs remarques, qu'ils mêlaient de riciiienients très-prononcés.

— Devines lu ce que c'est que celle lête?... — Oh ! ma foi, non!..» J'avoue que je n'ai jamais rien vu d'aussi drôle! — C'est Bélisaire , mon cher!... — Allons donc !... pas possible !... ça, Délisaire!... c'est le portrait de quelque épicier, d'un parent de la maison probablement, — Regarde donc ce nez... celte bouche!... — C'est épouvantable-. 1 oser encadrer une telle infamie '.... 11 faut être bien obtus , bita ignare... Ça ne vaut pas le portrait du Juif errant que l'on vend pour deux sous, en tête de la chanson.

M. Lupot en a bien assez entendu. Il s'éloigne du groupe lans souffler mot; il baisse la tête, et va se glisser prè» du piano.

Le jeune pianiste qui avait sacrifié un grand concert pour venir k la soirée bourgeoise, venait de s'asseoir devant le piano ; il fait courir ses mains sur l'instrument, et s'écrie :

— Ah! quelle épinelte !... quel chaudron ! Comment voulez-vouâ qu'on se fasse entendre sur un aussi mauvais instrument?... C'est irapossible !... Ah ! ce ré!... ah! ce fa!... Cela imite la vielle... et il n'est même pas d'accord !

Et, malgré cela, le pianiste restait au piano; il jouaH toujours, mais il tapait de toutes ses forces ; à chaque instant il cassait uns corde; alors il éclatait de rire en disant:

— Bon I encore une de cassée!... Tout à l'heure il n'en restera plus !...

M. Lnpot était rouge jusqu'aux oreilles ; il avait bien envie de dire au céleore artiste : — Monsieur, je ne vous ai point eng: gé à venir passer la soir<^e chez moi pour que vous y cassiez toutes les cordes de mon piano; quittez l'instrument, si vous le trouvez mauvais, mais n'empêchez pas que d'autres s'amusent dessus.

Cependant le bon M. Lupot n'osait point dire cela, ce qui eût été fort rationnel, et il restait à entendre casser les cordes, quoique cela lui fit beaucoup de peine.

Mademoiselle Célanire s'approche de so» pire; elle est désolée de la manière dont on a Irailé son piano; elle ne pourra pas jouer son air j mais elle compte se dédommager en chantant une romance, qu'un vieux voisin veut bien lui accompagner avec la guitare.

Ce n'est pas sans peine que M. Lupot parvient à obtenir un peu de silence et d'attention pour sa fille. A l'aspect du vieux voi-sin et de sa guitare, un rire ctoulTé s'est emparé de la société; il est vrai que le vieil amateur ressemble à un troubadour de carrefour, et que sa guilare est faite comme les anciens sistres. On est fort curieux d'entendre ce monsieur pincer de son instrument. Il commence en ballant la mesure avec son pied et sa le e, ce qui liri donne l'air de ces Chinois qi'on place sur les cheminées. Opendanl uiartemoiselle Lupot risque sa romance; mais elle lie peut jamais aitraper la mesure de S' n accomp^gn iteiir, qui, au lieu de suivre la chaniense, paraît dé«. cillé à ne rien changer d.ms les iiioiivemenis de sa lèle et de son pied La romance produit un mauvais elTet ; Célanire n'y est plus; elle a perdu son sol, elle perd aus-i la tète; el , au lieu d'entendre applaudir sa fille, M. Lupot entend des j> unes gens dire en riant L — On n'en voudrait pas même au eafé des Aveugles!

— Je vais faire servir le tbé , se dit l'ei-pa/'-.tier, cela remettra peut-être l'assemblée de bonne humeur.

Et M. Lupot court donner des ordres à sa bonne; et la vieille domestique, qui n'a jamais vu tant de mOHde chez ses maîtres , ne sait plus ce qu'elle fait , et casse les tasses en voulant aller pliu vite.

Page 1