PETITS TABLEAUX DE MOEURS
PAR LE MEME
LA COUkTILLE.
ITabilant» de l'ël<!gante Cbaussée-d'Anlin, dn noble faubourg Saint-Germain, du brillant Palais-Royal, vous ne connaissez sans doute la Courtille que de nom ? t^iuitlez pour un moment vos boulevards, vos salons dorés, vos cafés anglais, turcs ou italiens, et montez le faubourg du Tciuple ; la vous verrez des scènes nouvelles pour Vous. Les fableaux sont grotesques, et leurs couleurs un peu vives blesseront peut-être vos yeux délicats; «i-is après avoir admiié ut llaphél, ui> Gérard, i i Giiodet, on rega U avec plaisir un Teiiie' 1, un Callot, uii hoilly, un Cli.nlil. Pourquoi <loiic, après s'être eiiiii /é tux Tuileiies, ne monterail-un pas un luouieui )usiu'à laConrti t ?
C est le diiiiaiiclie ou le lundi soir qu'il laiil de péleience v..>iter '*es lieux, dès que vous avez |>assC la b.triièie, une luusique bruyante ^fait eiiteudre ; vous entendez danser à droite et à gauche ; ju>qn a
BelleTille, c'est nn bal continuel. La me est eneonbrée de jorenx amateurs qui arrivent à la guinguette, ou qui en sortent un moment pour prendre l'air.
Le laineux Ucsnoyers se présente d'abord à vos regards, et rotu offre son salon de deux cents couverts. Desnoyer» est le Ver» de It Courtille. En face vous trouvez le SuuiMi/r ; pais loin, Wirc-en-Ctelf les J)eux /ltill.«,' partout on danse, partout la cuisine est remplie d* consommaluuis qii niarchaiideni une salade ou m morceau de rôti; car a li Courtille ou ne diue pas a la Carte. Si vuus pai>eiir2 a \aa% taire jour JnsipTa la boche, et que vo^is dOsiiici mander un j ouiet, il tant sur-ie-cuniiip le payer et l'emporter voui-iucmc, saua quui vu aiiire s'en einparcra.
Le cliet de cuisine ne sait auquel entendre; le bonnet de eot n a^ l'uieilte, ic visafje couvert de sueiii , il court d'une cas>erule à l'aik lie; il se double, se multiplie, pour répondre à la foule qui rasu*-a4
PETITS TABLEAUX DE MœORS.
ce Ti
l'fiiii /*. lu- |i:i<i lie f ire, en coiiranl, •f» lancfi ri %ei roulis, rt ur fciiiiii. licier » quaire iii^iiiiilniiii ru ni^m« tenip». C^mt Uirlail
3>irtlre lillres à b fuis; le cliei «le cuisine f-il |iië|><ii'rr quilre m>-U inëiTiits ; il e»l vriii i|iii' rit» xiilrt ilr c |i i>r t > i)iiit>eiil i|Meli|iirli>iit,
et iiiilteiil <lii |i(>ivre où il f.iui i!e l.i f.iriie. ilii viii.>i|;rr oii il faiil ilu bouillon ; iimis k I4 Cuurlille OU » IjUH «iiiiélll, «l l'un |i««»« (lar-det- •us ces li;i)ir»lr|lrt.
Voiiit-î-viPiis jouir lin coup iVtrU (Jft 1» dan»e, voii» entrer éans une ••'Ile nii U cluli lÉf esl loiijoiirs > «il ilr|(rt^s «ii-<l<'s>ii> ilu ilieriiioiiiène de Chevalier Ciiniiiie on h iil..lilr îles talilr» ^iiiloiir île liiiicelitr cuiieairëe à Id il..ii,e, l'oilenr iln veau liii liii-uf, de* ,;il.eli.lte» el Jii .urei'r, se m^le aux «ccorUs d« (roii> vipluu», d'une clanneMe et d'un gros taiiiliour.
(.•• ilernirr nirirqur la mesure d'une foTe S se f.iire entendre de yile-d'Aniinir. iMilLeiireuM nu-nt le l<tnilin>ir du bd* qui se lnnl visà vis ne veut (las i^lie en n sie avec son voisin , et ci» lurj^ieui» lajieiit à i|i|i iiiii-iM iiiiriii , lapl |iis |ioiir les danseur» si les niesurrs se rroisriit au |i,.|i .l'aller eiisenil) e; mais cela u'empè ht, |ia» de siuler roranijère cl TtLiiiisl^, la fruiliérc el le conlunnier ; ce» (;eii.s-la uni fl.'s or. iiles (lour toutes les uiesurvt et de> jauibcs jiour tous les Aouvemen's.
Au d.s>i|s du liai de première classe, von» entende» le son de la Coriieniiise et le bruit des soulier» (enit i|iii «'lir.iiileiit le (ilaiiclier : c'est le bal des /\iner)^iiai5. C'ejl U qiK le» )ioi leurs d'eau, les cliaidroiiiiiers, le» riiiiii>ics, se Jivreni ^ leur (;ro.>»e gaieté , ei daiireiit les buirriies de leiir jjajs, qu'il» «ccpuipayiient de tii» el de battements 4f mains.
L'heure s'avance, vous voulez relescendre à Paris : il faut suivre la lile, par c'est courue à la sortie d'un »fieclacle. Amour de vous tout le niiiiide rliaiiie, queliiues-un» trt'biclienl. d'ïUlieS lie se soutiei'iieni qu'-^vec 1^ se.oiir:» de leur» voisins, ni l'ivresse e t Béi.érfile, lelle-l» i|u ni<>i»s i)'a(niorle «'icun letj'et à ut suite i les bui.nes Ben, voiil travailler Imite la semaine, [lOur rcvciii- *-•■■•■ le dimaucbe ejle lundi i la CpurliUr.
La femme de l'ouvrier lient dans une serviette les restes d'un pain tf iJ'ii'f s.iiii isscn , s|ip mari iiorW- l'eii.'aiu sur ses bras. Cel autre ne i'ane'çoi! |ia:i qu'il a l<<ii>»é son chapeau sur une table. Celui-ci fo' iile dai.s $4 poche ; «;! s'i) y irouve encoie quelque» kuiis, il jure dp |ts bute avant de r. nutr chez lui.
Ce tableau n'est point chacfjé, c'e>t h la Conrtille que l'on voit la S^ieU ilu (icuj^lç : c'csl l^i bpnue, à ce que dit i''ig4ro.
LE ni:Z-DE.-CITAUSSÉE.
Cest tien avant»f;eMï de lof;er au rez-de-chanssée ! d'abord vous n'c^les point esMi'.Illé en rentrant chez vous; niai» le n'e-l pu'iit tout encore : depuis ipie je demeure au niveau du >ol , je s.ii» liiul ce qui «e t.iil (Jans le quariier; les aventures les plu» seciétes me sont rou- Buis, et rependiiii je ne bouge pas de riiez nioi , je r.e vais p.i» cl ez mes vpi,iMs, et je ne parle jamais avec ma porii<>re. Cuuiiueui faites vous? nie .lira-i-oii. Ab ! c'est bien inlipcemmeul que j'ai connu l'avaiiiajje de ma posiliiin.
Mrs feiicues ilopnent sur une rue qui est assez passante. Elles sont garnies de persiennes. L'autre soir, après avoir fermé ces bieuheu- TCiises peoiennes, j'cl.iis resté «outre ma fenêtre pour preiulre le frais, je n'avais pas encore de liiiiiicre; tout à coup une vui\ retentit s mnn oreille, et, sans écouter, je ne j uis faire autreuient que d'entendre.
C était un jeune garçon d'une boutique voisine qui causait avec une neiite bonne de la rij« , f:% Ips iiuprui'lfuis sciaient arièiés tout contre nie» persiennes.
— Ah! vous viiilii , mamzelle Louise; il y a deut heures que je VO s guette , je crai|;iiais que vous ne pussiez pas sortir cf: ^>ir. — Oh! dame! ip-s m.'iires n'en linissenl pas! monsieur est si lent! madame si e\i.i;eaiiie !... Ou n'aj.imaismi moment à soi. J' vas cheri ber du .ùnip chez I épicier. |e n'ai .lu'uii nu. ment... — M.iis quand donc pou:rons-iio.i» éire ensemble... nii peu pins lon;;leinps?... — Je ne S41S p^s... Ab! dliuancU.e, je crois qu'ils vont à la campagne : je m'|isit).;;!rrai , et |»OMs iroi S pronieoer... — JNous prendrons une voiture... — Oh! non, ç.t dépense de l'argent; je ne veux rias vous induire eo frais : je veux bieo £eii-e un b«n ami , mais je *.;>» ce que t^est que récpnoniie !...
V — Ah; nfaiM7elli l.oMJSr; ,, . nunssai iMrt» î — Et moi au«ii ,
i monsieur Jute». -^ >iai.s , sliles-nKji bicB fraucben rwt , la... suis-je le 1 premier qnj... je premier qui.-... que vtii» aiu.ez .uêd? — Oh ! mon (Uten nui, mousieur Jules, ftibiii lowiju un peu lunn cousin le ilra- ':otf . mon pajr» le »;nirars.Nier, i.ii de U'-s vpi in.s qui vient ,lr s'élaïlir fiiilienr. e) puis uii pelil doiiie.>i)u;ie de me, «ncii i.» mniiies; in.ii, '<• .ne les aimais pas... Am^i c'cm l.ien ciiiniiie si vo's éiiiz le premier. 1 — Ah! 14111 g.icui! je sui.s b>« tolent'... Allons, à dimanche, jOlfSUellc Loui&e. ^^ A diuiauclic, oiousieur Jules. Je voua alleudrai
dans la petite rue, pour qu'on oe jase pas dans le quartier... Ils tonl si iiiécbaiils!...
le eu iple s'est séparé; je faisais mes réfleiinni sur I» bnnheur d* .M. Jnle», qiiaiid un hiuniiie vint se jeier liru»i| lemi i|i cuiitre met persiennes el y re,ta collé tout rii se parUnI a liii-iiièmr.
— C« maudit vin de cabaret ne vaut pat le diable'... (a vont donne soif pour quinze jours... (^esl siiijMilier, à peine si l'ai bu, et |« ne peut pas trouver ma porte .. Esl-' e q'ie je me seraii iruiupé de rue?.. INiin, v'Ia ben la iuan.on du p,iti>>ier <loi t la 'eiiuiir esl si jaloii>e qu'elle ne veut p.is q'i'il purie en ville... \ 'la ben la biMiln|ii« de ré|.icier qui tait ilii chocolat avrc des leniilles. .. \ 'la la .lem.-ura de ce» ileinui,elles de iiiodeh qii «orient le soir les veut li.i» é> el ii« reviennent pas coiiihir... Allons, en avant!... ma imrte e»l U-bas, il faut que je la trouve...
Al.iii ivriij;iie s'tsi éloigné. J'étais encore tout surpris de m'ètra trouvé, sans l'avoir cherché, le confident de tout le momie, lor.q'ia j'enlenils sonner chez niiii ; |'o iVre, c'est un île mes amis q u deiiirurg au buiil de la rue. — Mue di.ble fai^-lu s.n» lumière? me du il. Je le |-rinils par la main; je le fais asseoir runire ma croisée. — Ue>l« là, lui dis-je, tu vas connaitre les avantages du rez-de-cb*u»t^e; probabieiuent il nous arrivera bienlnl de. causeurs.
En ell'et , comme j'achev i, es mots , j< niriiiK tousser contre me* persiennes. — (Jn atiend quelqu'un, dis-je a mon ami, ne simllle pas!
Le nioniiienr qui se lenait là y reste encore quelques minutes seul, mais eiihn iioedime arrive.
— Vo .» avez nieii taillé, lui dil-il; je commençais i m'impatienter. — (^e n'est pas ma lame, répond la dame, mon mari vient seulement de sortir, j'ai cru qu'il ne s en irait jamai»!... Mais bàlunit-nout de qiiiitrr cette rue... Je ne veni jias rester ici...
— Eh !)ien!... di.,-je en me tournant vers mon ami Mais il courait alors ver» |a porte en s'ëcriant : — Abl la scélérate!... la pertide'.,. elle me disait qu'elle avait la migraine !... qu'elle voulait se COU> ch. r!...
Il est parti... Maladroit! qu'ai-je fait! C'est sa femme qu'il vient d'entendre an travers de mes jiers'ennes ! mai» |>oiivais-je deviner Cela ? .. MeS'Iamrs, ciojez-en mon ennseil ; ne vous aicèlez plus pour Causer devaut les fenêtres d'uu rez-dc-cuaussée.
QUELQUES PEXSEES
d'u.\ lIOiniË DE TIt£\TK A.VS,
A quinze ans, je trouvais qu'un homme de vin.i^t-cinq était déjà trop raioiiiiahle ; à vingt-cinq, je regardais un homme de di\-huit aui comme un enfant; aujo rd'biii, il me semble qu'on doit êlre encore fort jeune à quarante .-ns.
Je me suis aperçu qu*" '«^ nteiMeur ami d'un homme est une femme.
Pour vous assurer de l'ainiRé d'un homme, inenez-le à rc,.reuve; pour compter sur l'amour d'une feiiinic , ne 1') m.-ttez januis.
Je n'ai encore pu décider quel rst en amour le pins heureux, de celui qni trompe ou de celui qui est trompé... Je crois qu'il faut prenilre son p:irti , el être lous le» deux.
Pins on vieillit, plus Pii aime le» femmes jeunes, A dii-buit ans. elles nous plaisent toutes ; à viosi-quatip ans, on est suuvent amoHrem d'une femme de irenle-six; mai» à tr.nle, on le» pré ère de vingt-quatre-, probablement qu'en grisonnant on n'aime plus que les jeunes filles,
Autrefnis je pleurais pour un bal , un spectacle, un plaisir tnanque : l'ài;e esl venu , je suis raieuunable ; je ne pleure plu», tuais jf i|3'aniu»e luoiii».
Eu aminé, )'aime l'accord ; en amour, j'aime les contrastes.
(^iiand on d.vimt anionrein, on ne croil jamais jiouvoir cesser <|'^,inier j quand on n'est plus amnureut, on s'éionne de l'avoir é'é.
Eu avançaiii dans la vie ou acquiert de l'exiérieiice, mais on perd d.PS illusions; l'expérience rend défiant, les illusions rendent heureux : on perd donc plus qu'on ne g gne.
Qu-iiid je me rapnelle les folies qiir j'ai faites à dix-huit sns, pour d' s objets qui le méritaient si peu , j'eu ai qi^elqielois des regrets, (^naud je me souviens du plaisir que j'avais ,"; 'es faire, je voudrai» ne pas être plu» sage, ;ifin de recoin mencer.
A quinze ans, j'allais courir et me proaierer gaiement d»n« lejsrdia du Pèie L.ichaise. A vingt aus je m'y i>romen-is , mais je n'y courais plus; mainlenaot je vais quelquefois y rêver. 1),..;» quelque» année*, j'irai sans do -tr plus rarement. Lorsqu'on esl vieux, je coeiÇbis qit'oo ditige sa prouien.ide d'un autre côté.
Je coin, .rends qu'on se li-sse du bal, du spectacle, du jeu ; je ne Cjncoi» pas qu'on se lasse de l'amour, de la lecture et de la mus-que.
A vinç». .IBS , je trouvais que les cbeve'.x blancs vieillissaient considérabicuir iii ; iiiaiiileiiant il me Semble qie cela ne change rieu ï la physipuonue ; depuis quelques moi» ie m'en sui* «u pluMcun.
PETITS TABLEâDX DE MOEDRS.
Ln acquérant de l>i|>/r!pnr;r, on apprécie à leur jiihie valfur les ▼aiiifs p'CtinesseR , 1rs Hiscourii el li'R lifrnuiiU <lfb licMun»»-» ; in^is on iC l.>i'»r inMJoiirs |>rrn(lre aui iicooiesseï . aux scruieuls «l aux tluucei paiokï (l'uae feume.