‹ MoustacheChapitre 171 sur 281 · LE MYOPE · texte numérisé non relu

LE MYOPE

Cest Dtie clinse bien cruelle que d'avoir la vue basse ; cela vous fipoiii- ^ couiinvtre mille jjaucl'^rics , iiiillr qiiipr(u|iios j c<ld vous fail fine (l« ij'Mri'Ies niHUrirtssrs , it voii;> entraîne souvent <l><ri9 iJe niéi h.'inles avmlurrH uii vous U'<iaie7. li^te bnis^re. crciy^iit èlie un be"ri:iM niorlrl... et l)irn sol euïuile eu recouuitiSMHUi voire erreur.

Avez-voiis hi vuf hisse ; quuiiO vous eulrei ilniis mo s.iIiui vus regardez (l'un iiir efT^ré, clirrc'iiiut le in.iiiri' ou la luaitiesse de là Juaison, (|ui sont i|m-i(|iielois près de vous \oils ne riefumuissez p;is vos coiiUMisiauces qui voi.s s.ilnent, el vnii:< souiiez d'un air aiiu.ilile I def gens qui ne vous connaissent pas. h^ms la rue, vous ne disiingU'Z les trdils de personne, <t vous pistez pour iuipoli, p.irce que vous nj;:r<lrz sans les reconnaître des jjcns avec qui vous avez causé la veille.

Tout Cela n'est rien encore auprès de» roëprises auTqueUes une tue basse peut donner lieu , el dont l'auleur de ta l'elilii Ville nous a oH'ert un eieniplc si conii'pie. Je vais raouiler rranrlienienl ce qui m'est arrivé deruièreineiil par suite de ma mauvais!^ vue.

J'étais au spectacle seul ; par conséqueni je pouvais me permettre de lurfjner en amateur les beautés qui ijarnissaieni la $,ille.

Je remari|iiai une jeune femme, mise avrc fï'iil , mais sans recberclie, el dont la fifjure me parut cluriiiaute. J'admirais surtout la fraii heur de son lei. t, son air de décence, de candeur, d'innocence. Auprès d'elle était une (emnieâfjée, qui me sembla fort respeclahle; elle parlait peu , mais paraissait si tendrement atlnrhée à la jeune personne, qui la noirniait sa tante, que j en fus attendri.

M'aiiprochant île ces dames, je trouvai moytn d'entrer en converlallon. La vieille ne me répoinlail que lai oui>|urmeiit , et son air était un peu sévère; mais la jeune m'adressait îles queslinns d'une naïveté qui me charmait. Je juyeai que ces ilauies élairni île prnvince et n'avaient pas l'habitude du spectacle. Peu à peu nous causâmes davaiitige ; la tante se montra plus liante; quoique ne me répondant que des oui el des non, elle y uietiail un ton de gaieté qui me cliarluait. Eiiliii, la pièce ét.<nl finie, j'olT is mou hras ; on Al bi aucoiip de façons , ou l'accepta eiili ■. (Iiemin faisr.nt , je demandai Id faveur d'oiVrir quelquefois des billets; on finit par aci epler aussi, (^es dames téinoi|;iiant le désir d'aller au iVlusée, je leur promis de h s j mener )e surlendemain samedi , jour nii l'on n'entrait qu'avec des billeis. L'heure fut prise, et je quittai ces dames à la jioite de leur maison , qui, malgié l'oliscuiiié , ne nie parut pas lorl belle ; tuais les ijess de province se lojjenl oii ils peuvent.

Kn lentrant chez moi j'apprends que l'on m'a rapports ma carte du Salon, pour le lendemain , el (|ue la personne à qui je l'avais prêtée, ne piiuvanl y aller le vendreUi, me prie de la lui conserver pour le jour siiivaol. — En ce cas, me »lis-je, j'irai demain chercher mes provinciales , au lieu de n'y aller que samedi ; cela leur sera sans doute iiidilTérent.

l.e lendemain , it onze heures, qui était l'heure convenue , je me rends à la maison oîi j'ai quitté nus ilaiues,el je dem.mde à une fruitière qui seit de portier: — Hladame de Saint Julien;' — Moulez au quatrième, medil-on; la porte en face d'un endroit que vous re- COiiuaitrez facilement.

Diable!... voilà qui me fait déjii faire des réileiions sur ma belle conquête. Je monte cependonl un escalier sale et nuir. .Me voici tout en haut... Je sens que je suis arrivé.

Frappons il la porte en face... J'entends chanter... Cest sm? doute la fiiiinie de chambre. . Pour la doiiirstique d'une demoiselle modeste, elle chante des cuu|<leli bien i;aillarils. M.us la porte n'est pas feriiu e!... je la pousse... j'entre... Ab ' quel sin|;ulier tableau !

Dans le fond de la chambre, un lit s.ms ildi-aux; sur une vieille comiuoilc antique, une jolie toilette moderne doi.t la );laee est hrisée. Vu jjuéndon sur lequel sont les débris du souper el les «ppiéis du déjeuner; des chaise.') dé|iareillées , une dormeuse neuve couveilr de taches, t' 1.' la cheminée, un peigne, un voile, un volume de roman et un ji;u de caries. Ici un beau cliàle jeté sur des panUmncs; la-ba» un chapeau à pi mues (<lacé sur un pot ii l'eau. Au milieu de ce chdos, j'aperçois ma j>-iiiie niaise de la veille , qui etaii bit n cille que j'av.iis enti'iulne chanter, el qui mainlenani a le teint (ilombé, les yeiii ternes et creui, l'air elTrnnté , le maintien lurdi, el part d'un éclat de rue iii me voyant restei éhihi .levant elle.

i^iais ce n'isl pas tout : uni- vieille le, "e déijuenillée , échevelée,

moiiic'l'esc.ilier en crianl d'un ton poi>s 'd : — l.)'le elne dediii-

tière qui veut me f.iire p<yer raiijjlelerre sik SOUS le quailerkii ! J lui ti du : Ma pente , j'en ai vendu avant toi.

C'«^tAit uadiuue de Saiul-Julicu... O lutiidiui vue bâue I... oii nia

siiis-je fourré ? Je descends l'escalier quatre k quatre, an ruqne dt me rompre le cou.

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