UNE STATION VE CHEMIN UE FEH
11 est neuf hcuros du s»ir ù la statuui di; Lislciix, qui nVst qu'à quelques lieues de Caen, on attend le convoi du chemin de fer qui, parlant de Caen ù neuf heures du i-oir pour se rendre à Paris, ne doit pas tarder à prendre les voyageurs qui sont àLisicux.
La salle d'attente de celte station est assez éclairée pour que les personnes qui allciulent le i:ouvoi puissent, suivant Irur l'autaisie, ne pas être vues, ou causera l'écart si tel estlein- hou plaisir. Il n'y a guère (ju'une douzaine de personnes qui se disposent à prendre le chemin de fer.
D'abord un jeune roupie qui s'est assis dans un coin obscur de la salle. Ce doit être des amoureux; si ce sont des jeunes mariés, à coup sûr ils sont encore dans leur lune de miel, car ils se pailent de bien près, en se regardant dans les yeux, en se tenant les miiii-; il semble qu'ils aient peur de perdre une parole l'un de l'autre. Aussi ne s'occupent-ils nullement des autres voyageurs et de ce qTii se passe autour d'eux.
La femme peut avoir dix-huit ;\ vmgt ans. Rll- est petite, mignonne, sa taille est tonte miiiii'. s-es (lieils rt ses mains sont remarquables par leur exiguite. t'.'i A une lilnodi', blanche 1 1 ruse de teint ; elle a des yeuv IiImis, remplis d'amour en ei" mouvnl, ee ipn 'is rend extivmemi'iil johi, car Imsque le* \eu\ d'une fi mme, de),i gentille, sont anliiics par celte pas>ion, ils f;agneiit eeul pour cent ; ce qui ne veut pas due qu'ils y voient double mais seulement qu'ils «out deux fois plus séduiiants.
Cette jeune femme a la bouche un peu grande, mais les dents assez bien, son nez est d'accord avec le reste de ses traits, et ceci n'est point un nniiee avantage, car nous avons beaucoup de personnes qui oi<t un nez (|ui n'est pas du tout lait pour leur ll^irv; quand Vous regardez ces personnes l;'i, vous trouvez quelque cliose de singulier, de bizarre dans liur physionomie, vous ne pouvez pas vous rendre compte de ce qui vous cHoque. Il vous semble d'aUird au'elles louchent, et pourtant elles ne louchent pas. Tout cela vient ac leur nez qui ne va pas avec leurs autres traits. Probablement leur mère am'a été frappée à la vue de quelque mastpie dilToniie, pendant qu'elle était dans la position intéressante.
Nous disions donc que cette jeune femme, sans cire très-jolie, était gentille et gracieuse. Le jeune homme avec qui eLe est doit avoir vingt quatre ans tout au plus. Il csl grand, un peu taille en ech.ila^, mais il a devant lui beaucoup de temps pour prendre du ventre, co qui du reste n'est pas nue eh. «se indispons;ible |>our desivndre le lieuve de la vie; il y a même des personnes que ivla fait chavirer. Toutes ces choses qui nous arrivent après coup ont rareiueut lavantage de nous rajeunir.
t.:e jeune homiiie est brun, il n'est (ws beau de figure; mais en ce moment il a ans?! ce qui embellit sa cunqt.igne : de laniour dans les yeux, du bonheur dans la physionomie , et celte expression- là m vaut bien une autn'; malhi lùvusement elle n'est qu'aeeidenlellc, tandis que si vous avez l'air bète ou grognon cela n-sie toujours.
Dans la partie celairee de la s;ille, diui daines tn~s in.i|eurvs, tournures de province , prélciilieu»es cl roiiics, »c plaignent beau»
LL P.LTli IblDoUL
I» i|< ilu ce qu'il n'y a |hiiiiI unegliiee daiia li's salles d'atti-iite, |iarce
'' li: vt'iil a)aiit ilciufi^é rhuniiunie de loin' C'>illiiri.',il ilnit y avoir
jel(|iii's iô|iuiatioiis i'i ii|icc. r d.iiix les limiclcs di: leiii'!. cheveux. Ces
? >nie> ne l'uni (|U0 cli;iM;<e, de place, pailoul où elles s'assryeiil,
r'ks ciai;,'nenl un coniaut d'air; enlin elles a|)[ielleut un des eiu-
lloyes du du lujii de I r :
J — Monsieur, nous avons pris de» billets de première classe, imus
lerons bien, n'csl-cc pas?
1^ — l'arfailenienl bii n, mesdames...
j — Niiiis ne serons pas entre deux vents.
, — lin fermunl li's [Hniières vous n'en aurez pas du tout.
— Nous serons bien a>>ises"/
— Vous vous assuii n z connue cela vous fera plaisir.
— Vous ne nous coii!|nvnez pus: nous désirons savoir si les banquettes Sont douillettes... biin ninbonrrces'?
— Tout ce qu'il y a d ■ pins rcuibiuu lé, nnsdames...
— Et Vous ne nii liiez a»ec nous dans Icwa-^on que des personnes comme il faut, n'esl-ee pas.'
— Ob ! soyez traiH|uillts...:en première clasfe il n'y a jamais que du beau monde, ce n'est pas là Ou vont les nourrices...
— C'est que vous comprenez bien, monsieur, nous ne sommes pas habituées à voyager en chemin de l'er, ma cousine et moi...
— Cependant, mesdames, on ne voyage pas autrement... .
— On a tort, in(jn>ieur, on a tort... Iluiis une voiture, les dames étaient beaucoup moins exposées... surlout la nuit... , ;
— C'cst-à-iiue, mesdames, que dans une Voilure, vous aviçz S peine de la piace pour vous assioir, .1 chaque iiisLmi un voisin en dormant... ou sans dormir, n posnl sa tcle sur vo; ép udes, ou ailleurs... vous étiez serrées, cahotées... et qui Iquclois verséns...
— Jamais on ne nous a veisces, monsie;ir... il esl vrai que nous voyageons bien rarement, et si ^lo'ns nous reiidons à l'ans en ce moment, il I.1UI que ce soit pour nn niii^ifliicn grave... pour un cas de première ne issile .. i\'e-t-ce pas, Arniande?
— Oh! ouij Arginlinr!...
— El si nous voyageons ' i nuit, c'est parce qu'il fait plus frais et que le voyagi , itigue moii:- le iL-int... tau. lis que d us le jiur, la chaleur, la.po...s.:jiere abiinent la peau... Mais pourquoi n'y a-t-il pas une glace dai^'cctte salle, monsieur?
— l'arc- qu'on n'en a pas mis. madame...
— .\liUf il fallait en nielirc... 1 !-ee que des femmes n'ont pas toujours li(;soin de se voir... Allons, .'■. ne nous écoule plus cet homme. . Ahl Anii iiute^ je crains (|u'il ne nous arrive de lâcheuses aventures sur ce cheniin d.' fir! .. je ne suis pas trani|iiille !...
La Cousine Arpiâiltle, qui est uneénonm; rcnniiL' de trente-neuf à quarante .ms. a\i«ni de gros veux à fleur de tèle, un nez de négresse, deux iiieiiUiûs et Jrs.Xosseltes dans les joues, de plus le ti lut continuellement anin c, comme une personne qui aurait trop diiié, ou qui se ait trop serrée dans son corsd, répond avec une voix flùlée, qu'on esl étonné d'entendre sortir d'un si gros corps :
--M:iis, Ar^'iiitinr, si vous avez des pressentiments, ne pirtons pas; retournons à noire domaine de la Grenouillère... nou> écrirons à Pat is au lieu d'y alkr. ^ ,
— lîcrire... écrire... est-ce donc la tflôiflie chose que d'atller soimême... vous savez bien que non... nous avons déjà écrit plusieurs fois pour nous plaindre .. pour détailler nos griefs... on n'a jamais bien suivi nos instructiims. Non, pour ee.s choses-là, il faut y être... il faut essayer... il faut faite ses olisirvaiions sur place...
— Alors, ma cousiiic, resigiiotis-iious...
- — On'! A'rmande, que vous êtes heureuse, avec votre caractère frânquille, iiii))assiblc! !... rien ne vous inquiète, rien ne vous émeut.
— Mais, .\r;:i'iit;ne, vous vous trompez... je suis émue très-souvent!... senknirnt je me raisonne...
— Eh bien, moi, je n'ai jamais pu me raisonner... allons nous asseoir ailleurs... il me semble qu'on sent du vent ici...
— .\lions dans ce coin...
— Par (xeuiiile!... ne voyez-vous pas, Armande, qu'il y a dans eé coin un homme et une femme qui se parli ni d nis le nez. . qui se tiennent les mains... qui sont assis... connue si on les a^ail lieelés ensemble... Fi! cela est inconvenant!... j'espère bien que iius ne voyagerons pas avec ces gens-là...
— C'est sans doute le mari et la femme...
• — Ah! ma cousine... que vous avez peu de connaissance du linonde!... si c'était le mari et la femme, ils ne se tienJrauiit pas les mains en se parlant, comme s'ils avaient (leur de se perdre... Ah! que c'est désoLmt qu'il n'y ail pas ici seuli-ment un miroir!
En ce moiucnl un .jeune huiiime qui se promenait dans la salle, entend les dernières paroles prononcées par la cousine Argentine, et saluant ces dames d'une façon assez originale, et, comme s'il allait exécuter un pas de danse devant elles, ôlc son chapeau et leur en présente l'intérieur en disant :
— Mesdames, voilà tout ce que je puis vous offrir, c'est peu de chose, mais enfin cela vaut mieux que rien...
Les deux cousines, qui avaient d'abord paru eCTarcuchPos en voyant un jeune homme les aborder, deviennent tout à coup beaucoup plus gracieutes en apercevant une petite glace fixée au fond du chapeau
i qu'on leur presciiiaii, il elles da'gncnt sourire au jeune henimc, en i lui disant :
I Ah! inousiour... vous êtes trop obligeant... comment' vous avez
' une glace au lund de votre chapeau... nuis c'est trcs-ingénieuz
cela!...
j — L'Idée n'est pot de moi, misdami.'S, elle n'est pas nouvelle, niais j'ai pensé que cc|^ pouvait qui Ique fois être utile en voyage. I Cela doit Vous paraître singulier d.; nie voir posse»s<;ur d'un tel chapeau, moi qui suis passabliMiu'iit l.iid cl qui ne déviais pas avoir un grand plaisir à conteniplir mon ionge... Et dans le lail, il semble d'abiird que ce petit meuble ait dû eue inventé pour un Adonis, ua I Narcisse! toujours empresse de se muer, de se voir. Mais moi, je ne |teiise pas comme tout le monde... je ne me trouve pas si vilain que ! je ne puisse me ii garder qui Iqui fois... il y a mieux, à force de me i niirer, j'ai ' ai par uriiiliiUurà ma ligure... par la trouver passable, ■ avec II,' tiii <i je ne di'si:spèie pas de me découvrir quelque grain de beauté dans les traits. Voilà mon excuse, mesdames, mais en ce inonieiit mon ehapeau va être bien agiéablement sur|iris, puisqu'au ' lieu de refléter ma Figure, il va s'embellir de deux charmantes ' images !
' Le jeune homme qui vient de s'exprimer ainsi est en effet porteur • d'nnq tète qui, au premier aspect, inspire l'envie de rire, parce I qu'elle rappel e ces grotesques que l'on voit dans les mascarades, j ou sur les tabatières. C'est une ligure cliétive, maigre, pâle, grimaçante, pourvue d'un nez oiince et trop long, de drux yeux ronds, renfiiiieés, d'une boui.he Irès-grande, tout cela surmonte d'une crinière roriiiidable, épaisse, desccidant (iresquc sur les Sourcils, et I laineuse comme celle des nègres. .\]outi z à cel.i une taiile p. liti;, mal I prise, des luseaux pour janities, un dos Ircs-voùte, qui fait douter si l'indnidu est ou n'est [las bossu, et l'on Coiieevra qu'au preiuiefr aspect, ce moiisii ur ne devait \t\> séduire; d.' plus te ji une bonmiâ élait affligé d'une iiirirmilé lejieie, mais qii Iqu fiis Ires-genanle en soc. été : il était pnsipie con.^iaiiinu ut eiiiliuinc du cerveau; à chaque iiislàiit vous VMyiez Son nez se eri-per, Ses lèvres se pincer, et un éleinnmt nt parl.iit, dont qui Iqm 1 us vous attrapiez des éclats, lorsipie vous can>i(v de tii p près av. e le jeune homme; il était ;d'- I fligé de son inconvénient, niais tuiil ce qu'il avait pu fine poui' guérir i ce rhume de cerv, au presque perminent n'avait servi qu'à l'augmenter encore. Deux lois, le jeune Torse, c'est le nom de ce monsieur, qui est dess.nateur, avait clé mis a la porte d'an concert, parce qn il ne cessait pas d éteinuer pi n.lant un solo de violon ou li point d'oi^ue d'une clianli use. On avait pris ci la pour une cabMe montée d'av.ince avec le nez de ce monsieur; ei.fin il avait aussi été prié de ne plus se rendre à des réunions littéraires où d.s poêles avaient l'habitude de liie de leurs vers, parce que ses élernùments intempestifs avaient souvent provoque le rire dans des moments où les lecteurs espéraient faire couler des larmes. Mais... mais... car il y a des mais pour tout, si ce ji;une h imniel lisait souvent des grimaces irès-coiniques, si par ses gestes anguleux, ses longs bras et Ses cheveux crépus, il avait i:iie forte resseinbiauce avic un polichinelle, en revanche dans ses yeux qu'il roulait avec b.aucoup de vivacité, il y avait une expression fine et souvent railleuse, qui annonçait de l'esprit, et quand on l'écoutait on trouvait que ses yeux ne mentaient pas. Or, pour les gens qui eux mêmes ne sont pas absolument bêles, l'esprit lait bien vite trouver grâce pour la laideur; l'oreille fait alors pour nous ce (|ue le miroir f lisait p-mr lui, à force d'entendre causer ce jeune homme on oubliait qu'il élait vilain, on finissait même par le trouver geutil.
Les personnes d'esprit sont-elles jamais laides?...
Mademoiselle Argentine a donc pris le chapeau doublé d'une glace et s'empresse de se mirer et de reinettre en place quelqu. s b.iucles de sa chevelure que le vent avait fait voltiger outre mesure; car il laui dire qu'il ventait beaucoup ce soir-là, el que l'air était Imini.le et frais, bien que l'on fût en plein mois de juillet; nuis de|iuis quelque temps les saisons ont jugé convenable de faire comme les hommes; on ne peut plus compter sur elles.
Apres avoir ass z lou-teuips fiit usage du petit miroir, mad 'moiselle Arg'iitine, qui ollrjil un contr.i.sie fi'appant avec sa cousine, et int au=si ma gic que c Ile-ci é:ait grasse, coiisentii à lais->ir Ar-, nianile se regar.lrr clans le lond du eh ip.aii, cl (niidaiil que leiioime deiii.ii.selle retouchait aussi à sis cheveux, elle dit au jeune homme qui venait de leur faire cette galanterie :
— Monsi 'ur se rend- il à Paris?
— 0 li, mesdames.
— Monsieur vient de Lisicux ou de Cacn, pcutètre?
— J'ai visité une partie de la Normandie, je voulais voir cette belle vallée d'Anche... ces vertes prairies, ces magnilii|iies pâturages dont j'avais souvent entendu parli^r... j'ai trouve que les récits que l'on m'avait faits n'étaient point exagérés... j'ai été enchanté...
— Monsieur voyage donc seulement pour son agrément î
— Pas tout à fait, madame, car je suis dessinateur... même un peu peintre dans l'occasion.
— Ah ! monsieur fait des portraits?
LE P!, Il
— Qiicirjiii fois, madamir.
— A riiiiilc 1111 ail ciuyiiii ?
— Coiiiim; on veut... jf manie les dnu... je ne dirai pas cgalein'iit liiin, mais erilin je connais mon :i(r.urc...
ICI lijtiiiitarlisli; accoiiip;igtu; ces diiiiji is inolsd'un sourire dans leiiui.'l il lail joiiiT tous les muscles dr sa |llly^ioIloInl(', tandis que la grosse Arnianiii! lui présente son chapeau i:ii lui faisant uni; révérence d'' rnenuit.
— Inlinirucnt obligée, monsieur; vous avez Ifi un chapeau bien agréalile !
— C'est un couvre-chel à deux fins.
— Ma coiisini'. poonpioi les d;inies ne feraient -elles pr^ placer une petile gi.iei' au foiul di! leur thipi'aii... comme monsieur,?
— IM.iis, m 1 cousine, parce qui: les dames n'ôient pas leur ihapeau à chuipie instant comme les hommes... et qu'; c'i st surtout lorsqu'elles ont uns le leur sur leur tcte qu'elles ont besoin de se icf^ardcr.
— C'est bien l;ichcux...
— Mesdames, il me sem' le que l'on pourrait trouver pour vous VTiC ihveiilloii qui remplaceiait celle-ci. . n'avez-vous pas déjà des (\enlails f,'aiiiis de plumes avec un miroir au milieu
— Oui, mais ces evintails ne se portent qu'en térémonie... on ne peut pas sortir avec lorsipi'on va à pied...
— C'i'st juste... je vois, mcsilaïues, qu'il faudra que j'invente quelque chose de nouveau... de l'aeile... de poitald. .
— Les dames vous en seront bien recomi.iis-aiites, mon leur!...
— Attende/.... je crois que jc tiens ce qu'il vous liuil... un flacon plat, avec une petite glace sur une di.'s l'aees... Voiilez-vuns jeter un coup d'œd sur votre visage, vous feignez d ■ vous trouver indisposée .. ou bien vous vous plaignez d'une odeur fâcheuse, et tout en portant le llacon sous votre nez, il vous esi tiès-tacile de vous regarder sans racnie que l'on s'en doute... Que pens z-vous de cela ?
— Oh! c'est charmant, monsieur, c'est ravissant... ces flacons auront le plus grand siiecés!
— Je nie charge d'ailleurs d'en faire venir la mode, jc fais des dessins sur bois pour l'IUtistraiion et pour plusiiur-. autres journaux... j'y inelh'iti des dunes se servant de llieou-miruir...
— Monsieur l'ait-il aussi de la photographie?
— Non, niesdiiiies, je m'en liens à mou crayon... mais si \ous rac permettez de vous croquer toutes les deux, j'ose croire que je vous ferai ressemblanles...
— Ah ! ma cousine... monsieur veut nous croquer... est-ce qi^e vous nous mettriez aussi dans le journal?...
— Certainement, si vous le voulez bien... vous feriez beaucûiip d'effet... je vous mettrais dans le Juurn il \uinr rire...
— Oh! ce serai' bien aniusant... Argentine, est-ce que vous ne voulez pas être croquée ?
— Que vous êtes incon^-équ 'iitc, Armande... mettre nos portra'ts dans un journal pour que tout le monde puisse posséder notre figure... y pensez-vous?... Vous ne voyez [las que monsieur vous offre cela jiour plaisanter.
On ne savait jamais si le jeune dessinateur plaisanl:iit ou s'il parlait sèiieusement, car il avait le taltMit de conserver toujours le plus grand sérieux, mcine lorsqu'il se moquait du monde, ce qui lui arrivait plus souvent ipi'ou ne le pensait.
Il prend alors la physionomie d'un tyran de drame en répondant à la maigre demoiselle :
— Mol ! me moquer de ce sexe charmant, dont je ne fais pas partie!... lorsque je voudrais passer ma vie sur si's genoux... non, je veux dire à ses genoux... mais je serais donc un 1\ >quelaiiie! un Uichelieo!.. j'ai Imii (pielque chose ilc Uoquelaure... on ma dit quelque fois... des pi rsonnes qui ont son portrait, que j'étais presque aussi laid que lui... mais je crois qu'on m'a Qatté.
— Ma cousine, je soupi;onne ce jeune homme d'être un peu toqué, dit madeiuoistlle Argentine en parlant dans l'oreille de sa compagne.
L'artiste profite de cette circonstance pour éteniuer à plusieurs reprises et ipiitler ces deux dunes; car, ainsi que tous les gens bien élevés et de bon gmil, il s'elnu'iiail des personnes qui causaient bas près de lui. Nous en connaisMins qui se rappiocbent et tâchent d'entendre : c'est pousser imp lnni le desir de s instruire.
Un nouveau voyageur vuiit a'arnver à renib.ireadère; c'est un homme de irenle aiis, lont les cheveux sont sépares p;u' un; raie aussi bleu fa, le que celle d'un gaieon de cale; c. la vou.^ donne surle-champ une iilee du (lersoiin.ige ; eu i llet celui ci est une espèce de ton boiirgeiiis, ligun assez Ciniiniuue, le nez au vent, des yeux vi rtp-is qui SU..I légèrement bordes de rouge, m.iis qu'on ebeiiiie à tendre fascinateurs eu les roulant avec vivaeite sur le mniiiilre cotil- Wn, des ehevenx Idoiuls, fort soignes eoinuie nous vous le disions tout à 1 heure, une lioiiclie en cœur, des favoris formant collier, et un miinoele apiiliqué presque conslainnieiil sur l'œil droit, voila pour la tète; la taille est onliiKUie et la tnuniuie n'oll'i Irait rien de remarquable si ce monsieur ne se tel), ut pas toujours peiielie en arrière, et une main sur la lumehe, comme s'il s'aL>prètait ù •••iivoyer uii ballon.
La mise de ce pcrs<jnnagc annonce les mimes prétentions que u figure : il porte un pantalon gris à caiTeaux ciionncs, un '!!■ t d'uu dessin extravagant, uni; cravate de fantaisie ^i ..; - lublc
n'avoir qu'un luban autour de son cou, li- col il' '. ra-
battu à la eobn, un petit p.ilelot ou plutôt une j -, lo-,
qui ne lui descend |>as à iui-cui.->»e , fl .tU; sur = n ! : boutonnée, eidin sur sa tête est po.sé un chap';au qui a . d'être un véritable l'anama, bien qu'il n'en soit qu'une i quatrième iimtaliun. ,
Le nouveau venu c<immcnce par te promener d'un bout à l'autrer de la salle, tiisant beaucoup de bruit en march.uit, tous.sjot, cral chant, fredonnant une clianrun, puis disant assez haut pour être enf tendu : . ,^
— Ah ! c'est ici qu'on prend le convoi... j' espère, que nous n'attendrons pas longtemps, il n'y a pas foute... nous aurons de la place... Voyous la société .. hum!... c'est mclél.k. un peu Je tout... ça me rappelle les sUilious d'oninlbus à Taris...
El ce monsieur braque sou monocle sur toutes les dam>'s. mais il se détourne de quelques paysannes , s'éloigne '.rc.s-vil»; après avoir examine les deux cousines, et semble vexé, après s'être arrêté qiiçlqucs instants devant le jeune couple qui se p rlc de si près, de voir que 1,1 jeune femme n'a pas même porté k-s y ux de son cote. Après avoir tirminé sa revue qui ne l'a nullement satirtail. ce voyageur prend à part un des employés du chemin de fer et lui dit :
— Savez-Vdus bien, mon cher, qu'il n'y a pas une seule jolie femme à votre station.
— Dame, monsieur, il y a des jours comme cela!... d'autres où l'on n'aurait que l'embarras du choix. ,
— Je n'ai pas dccbance alors.. .c'estqni je suis un grand amateur, moi... les femmes, c'est mon élément, ' i toujours été si heureux près d'elles que je leur dois bien un peu i ■ reconn.ussano;... Peiisezvous qu'il y en aura beaucoup dans le c ';ivoi que vous attendez?
— Oh! oui, monsieur... Lisieux, Caeii, nous envoient... toujours du beau sexe en quantité...
— Kh bien, écoutez... soyez gentil... c'est vous qui ouvrez le» wagons?
— Oui, monsieur.
— Vous avez l'habitude , vous voyez tout dé siiîlç rem qui renferment beaucoup de femmes... mettez-moi iK prerCivin-e d-Wis un de ceux-là... première, seconde ou troisième classe, ^a m'est égal... pourvu que ji; sois avec du beau sexe... . .
— Cela suffit, monsieur, idors prenez ua billet de première cUise, et vous irez où vous voudrez.
— C'est justenienl ce que je vais faire.
Pendant que cet ama'.eur du beau .sete prend, son billet, de DOtiveaux personnages cnlr, ni dans la salle d'attente.