V. — INTÉRIEUR OC WAGON, PREMIÈRE CUISSE
Les deux cousines en arrivint sur la voie pour prendre leurplaco, n'ont pas manqué de dire an\ employés de service:
— Première il.i -i-, lui ^->h iirs, ne von» tronniez pas; ncus avon< des billets de pniMiiii' l:la^se...
— Très-bien, mesdames... on va vous mettre dedans.
Mais lorsqu'on ouvre le wagon de première cla^^i' pour ces daines, il se trouve, comme cela arrive assez fréquemment sur la voie (crrée, que la portière qui est déjà assez élevée, se trouve un piu éloignée du chemin où se tena eut les voyageurs avant d'être emballés; il faut donc alors faire une ix,'lite ascension pour arriver au wagon ou bien s'y élancer avec légèreté.
Mademoiselle Argentine, qui est fort maigre, s'est élevée assci facilement jusqu'à la portière et prend sa place dans l'intérieur; mais lorsqu'il s'agit de fenorme demoiselle Armande, il se pré'sentc de grandes difficultés pour finsérer dans le wagon. D'abord il lui est impossible d'atteindre la portière, et elle est obligée de demander des aides. Un employé s'avance et essaye d'enlever la grosse demoiselle ; ses efforts sont vains; il va appeler un camarade, lorsque .M. Langluniot, qui a aussi une pla»; de première classe, arrive pour monter en wagon, en homme galant, il dit à mademoiselle Armande :
— Après vous, madame, je vous en prie...
Et la grosse cousine le regarde; d'un air piteux en répondant:
— Je ne demanderais pas mu ux, nion-ieur; mais je lais de vains efforts., je ne puis pas atteindre... la portière... même avec l'aide de cet employé... qui s'v prend fort mal pour m'aider à monter.
— Ce n'est pas ma fîute si vous pesez deux cents!
— Ah! quelle horreur! moi, peser deux cents!..
— Guère moins, je le parie!
— Je n'ai jamais trouvé de dames trop lourdes, dit M.L-inglnmot. Je vais vous aider à monter, je m'y prendrai autrement... souienez seulement madame de ce côté.
En effet, soit que M. Langlumot eût une force d'Hercule, suit qu'il s'y pril mieux, la grosse Armancte, poussée par lui, e|irouve tout à coup une commoti ii comme si on venait de l'electriser; elle a atteint la portière et entre dans le wagon comme un boulet entre dans une maison sans crier gare; elle frôle le visage d'un jeune homme qui se trouvait assis contre l'entrée et dont «Ile fait piioiuller le chapeau de paille posé légèrement sur sa tète. Ce jeune homme tàte son nez pour s'assurer s'il n'a pas (ait un demi tour comme son chapeau; pendant ce temps, mademoiselle Armande atteint enfin une stalle à côté de sa cousine; elle se laisse aller dedans de manière à écraser tout ce qui se trouve sous elle; heureusement elle n'aplatit que le coussin.
— Enfin, m'y voilà! ce n'est pas sans peine, s'écrie mademoiselle Armande en tâchant de s'étaler dans sa place... j'ai cru que je n'atteindrais jamais ce wagon.
— Qu'est-ce donc qui vous retenait? dit mademoiselle Argentine.
— Ou ne me retenait pas, au contraire, car on me poussait... mai- ces portières sont trop élevées pour les personnes pourvues d'un peu d'embonpoint; je ni; comprends pas que Ton n'ait point de marchepieds pour aider les voyageuses à monter. Enfin, sans monsieur, qui a eu la complaisance de me prêter son appui, je serais encore en bas.
Ces mots s'adressent à M. Langlumot, qui vient de prendre place dans le wagon et se trouve à côté de mademoiselle Armande; celleci, qui a sans doute conservé un souvenir agréable de la manière dont ce monsieur s'y est pris pour l'enlever, accompagne son remerciement d'un regard presque américain, et le bourgeois campagnard répond à tout cela, en faisant de gros yeux bétes, et en murmurant :
— Mesdames... assurément... cela n'en vaut pas la peine... on est trop heureux lorsqu'on peut dans l'occasion .. auprès des dames... et... assurément., cela n'en vaut pas la peine ..
Armande va peut-être ajouter quelque chose à ses remerciements lorsqu'elle se sent poussée par sa cousine, qui lui dit à l'oreille :
— Quel bonheur ! le voilà... nous sommes dans son wagon... il est dans le nôtre...
On devine que c'était M. Dubautcours qui venait de paraître à ]" portière. Après avoir jeté un coup d'œil dans l'intérieur où il y avait encore plusieurs places vacantes, le capitaliste daigne entrer dans le wagon, et va se jeter dans une stalle, justement en face des deux cousines. Le convoi part presque immédiatement.
Les wagons de première classe sont rarement entièrement pleins, celui-ci ne contenait que sept personnes : les deux cousines de la Grenouillère, M. Dubautcours, M. Langlumot, le jeune homme dont mademoiselle Armande a fait tourner le chapeau; un m^n^ll■llr foii élégant et qui exhale les parfums les plus suaves, puis eiilin une vieille dame qui a sur elle des diamants et des dentelles d'un grand prix, mais qui s'écrie à chaque instant :
LE PETIT ISIJJURE.
— Ah ! mon Difiu ! nous allons être bri?és !
Se trouvant vis à vis des pirsoiuK.'s qu'il coiinail, M. Diihautcoura doit naturclkment les saluer de nouveau, les deux cousines ne raanfjncnt pas celte (iccasion d'entamer la conversation :
— Bien charmées, monsieur, que le hasard nous fasse voyager de compagnie...
— Je vous en dirai autant, mesdames ; moi, je vais et je viens assez souvent sur ce chemin, mais vous, je crois que vous ne voyagez pas beaucoup.
— Km rllit, monsieur, nous allons bien rarement à Paris, nous nous plaisons dans notre domaine de la Grenouillère.
— l^i'st une fort jolie habitation.
— Ah! monsieur Dnhaulcours! c'est une modeste maisonnette aupiés de votre superbe propriété de Hautetutaie... ah! la belle propriété... le beau parc... et eiimme vous avez embelli tout cela...
— Oui, j'y ai lait des clianoinicnts assez heureux...
— Ccst-à-dire que vous avez transfurmé tout comme le ferait une baguette de fée.
— Eh mon Dieu! la baguette d'une lée, c'est de l'argent... là aet toute la léerie. .
— Vous avez dû en dépenser beaucoup à votre terre de Hautefutaie?
— Mais non... pas trop... une soixantaine de mille francs au plus...
— Kt vous trouvez c|uc c'est peu... on voit bien, monsieur, que vous êtes millionnaire. .
— J'ai fait, par ex<Miiple, des folies dans une campagne que je vien's d'acheter, tout prés de Paris, à Bougival; mais ma lille pic- (erc ce séjour à celui de la Hautefutaie, elle n'aime pas à s'éloigner de Paris.
— Ah! quelle charmante personne i|ue mademoiselle votre fdle! Mademoiselle Armaade s'empresse de renchérir sur sa cousine, ea
s'ccriant :
— Oh! c'est une persomie bien remarquable...
— Charmante tournure!
— Tournure extrèuienient distinguée!
— Jolie taille, ni trop grande, ni trop petite...
— Une taille ravi&s:inle!...
— Klle ressemble à ;. son père...
— C'cst-à dire qu'elle a tous les traits de monsieur...
— Les yeux surtout!
— Oh! oui, les yeux et la bouche...
— l£t même le nez...
— Absolument tout...
M. Duhautcours, quia écouté en se carrant les éloges que l'on fait de sa lille, murmure :
— Vous trouvez qu'elle me ressemble?... bien des personnes ne sont pas de cet avis...
— Ce sont des personnes qui ont la vue mauvaise, et probablement madeniiiiselle joint à sa beauté de nombreux talents V
— lille dessine... elle touche du piano... elle parle trois ou quatre langui's... elle sait ce qu'une demoiselle bien élevée doit savoir, voilik tout!
— C'est-à-dire que c'est un modèle de science et de talents... et M. votre (ils, nous ne pensons pas à vous demander des nouvelles de sa santé.
— Vous êtes trop bonne, il se porte parfaitement bien.
— Vous ne l'avez pas amené avec vous?
— Non, mon fils n'a que onze ans, c'est l'âge où il faut étudier, il va au collège, il fait ses classes!
— Vous eu lerez un savant probablement?
— J'en ferai ce qu'il voudra, avec une belle fortune on a le loisir... d'étudier ra vocation; mais le petit drôle a beaucoup de facilités pour apprendre, bien qu'il soit un peu étourdi.
— Nous l'avons tous été, nmrniure M. Langlumot, (|ui depuis longtemps diisirait se mêler à la conversation, et écoutait le capitaliste avec cette déférence que les imbéciles ont toujours pour les gens qui font de l'embarras.
Cette petite phrase est accueillie avec assez d'indilTérence par niademoisclle Argentine; sa cou.'.ine, au contraire, fait un sourire approbateur, tandis que M. Duhaulcoiirs jette un regard assez impertinent sur le campagnard ccmme pour lui demander de quel droit il se niél.iit à leur conversation.
— lit vous, mesdames, reprend Duhautcours, comptez-vous faire un long séjour à Paris
— Oh non; nous y resterons fort peu.., nous y aUcns pour aflaircs de modes
— Mon Dieu, Armande, que vous êtes babillarde, vous contez à moiisiiMir des choses qui ne peuvent rnitéresscr.
— Pounpioi donc cela?... les modes sont pour les dames des affaires très iinporlantes.. ma lille ne soccu|ie que de cela!...
— Notre corselière a coiiiplcleiiient manqué nos derniers coi-sets... et pour une feiiiuie, èlre mal corsée, c'est la position la plus insouteuable qui se puisse ii)iagiuer...
— J'ai une tante qui pi')rle le même eors*t depuis quatre ans, dit Langlumot, il est à la mécanique.
Cette phrase n'obtient aucun succès dans la a^mpagnie.
— Ah! mon Dieu! un cahot... un tram qui nom croise... nous allons être brisi's!...
C'est la vieille dame aux diamants qui vient de prononcer ces mots avec un accent d'eflroi.
— Rassurez- vous, madame, le convoi est passé, et »ous voyez qu'il ne nous" est rien arrive? dit le jeune homme qui sent si bon."
— Oui, monsieur, oui , c'est vrai , nous l'avons ina>rc éthapt>é cette fois... c<- sera pour l'autre!... Ah! c'est une intention dial)uiique que celle des chemins de fer.
— Mais, madame, s'ils vous font si peur, pourquoi y allez-v ,u<i?
— Eh! monsieur, puisqu'on ne trouve plus à voyager autrement... à moins d'avoir sa voiture,, ses chevaux, et d'aller au pas; mais ce serait trop limg.
— Il est certain, murmure Langlumot, que maintenant les postes sont si rap'S, qu'on ne peut plus en trouver... je ne parle pas des postes aux lettres.
— Pardon, monsieur, dit le jeune homme aux parfums en s'adre*sant au capitaliste , mais je viens de vous entendre nommer, je présume que c'est à M. Duhautcours, le riche spéculateur de la rue du Helder, que j'ai l'avantage de parler?
— Oui, monsieur, c'est moi; pourquoi cette question?
— N'avezvous pas pris, di'rniérement, chez un libraire une douzaine de billets de la loterie de HwijiOouiq?
— C'est possible, monsieur; [nais ma foi, je vous avoue que je fais peu attention à ces misères là.
— Je vais vous faire comprendre pourquoi je vous en parle : je me trouvais justement alors chez ce libraire, lorsque vous fûtes parti, il me dit : « Voulez-vous prendre les douze numéros qui me restent, ce sont ceux qui suivent la douzaine que vient de prendre M. Duhautcours, c'est la même série; si l'un de vous ga^Mie, l'autre aura été bien près de gagner. » Quoique j'aie peu de chance à ces loteries, ma foi, je me suis laissé aller et j'ai pris les douz'^ numéros qui suivent les vôtres... le tirage s'est fait hier, et aujourd'hui grâce au télégraphe, la liste des numéros gagnants est daus le journal... vous avez dû la voir.
— Non, monsieur, je ne l'ai pas remarquée... j'ai tant d'autres choses en lèle! et si vous ne me l'aviez pas rappelé, je n'aurai? plis songé à cette loterie, ebbien, monsieur, je devine que vous avtz gagne?
— l'as du tout, monsieur, c'est vous.
— Ah! vous croyez?
— J'en suis certain; le deuxième numéro qui vient en remontant après les miens, même série, est celui qui a gagné.
— Une bagitelle, sans doute.
— Non, vraiment, le gros lot, cent mille francs.
— Cent mille francs! s'écrient les deux amsines.
— Cent mille francs! répète Langlumot d'un air ébloui.
.M. Duhautcours n'est pas maître d'un premier mouvement de joie; mais il reprend bientôt son calme, et repond presque avec indiût;rence :
— Ah! c'est le lot de cent mille francs... vous croyez que je l'ai gagné?
— J'en suis sûr, monsieur; au reste, si vous savez vos numéros, voici la liste des gagnants, vous pouvez vérifier.
— Oh ! ce n'est pas la peine... je verrai cela plus lard; d'ailleurs, je m'en rapporte parfaitement à vous, monsieur.
— Connue il prend cela avec calme! murmure mademoiselle Argentine à l'oreille de sa cousine.
— On croirait qu'il s'agit de vingt-quatre sous! cent raille francs lui arrivent par le hasard, et il reste impassible.
— Kaiil-il avoir de l'esprit !...
— Oh! c'est un homme d'un bien grand mérite.
— Moi, dit M. Laugluniot, je ne prends jamais de billets de loterie, mais je viens de faire un herilagi" sur le<|uel je ne comptais jus du tout... C'est presque coiiiuie si j'avais gagné un lot; et c'est pour le toucher (pie je viM- à Paris.
— Ali 1 vous a\ , ; ut un bel héritage ! dit la grosse Arraandc.
— Oli! beau n'est pas le mot... je présume, tous frais payes, qu'il pourra me revenir de quatorze a quinze mille franc;»... luais c'est encore bon à prendre.
.M. Duliautcours détourne la tête d'un air dédaigneux. Les cousines croient devoir en faire autant, car devant un lionimc qui rve"it cent mille francs avec imlilTerciice, comment voulez-vous que I on comprenne la joie d'un heriiii r de quinze mille Iraiics!
Le nionsienr musqué se permet de ricaner; mais tout cela n'empêche pas notre bourgeois campagnard de u'|teier eucui-e :
— Lli I ch! quinze'iiiille fiancs... c'est gentil!... ^'a ne se trvmve point sous le pas d un clieval.
On était alors dans un liinnel où d« raies lumières fumeuses et rougeàtres doimenl à ces routes souterraines >pielque chose de lautasiique et même de diabolique.
— Ou appelle cela voyagiT... voir du pays, dit la viciUe dautc;
LE PKÎIT rsIItOUE,
est joli lo |iny» (f>ff l'on volU...«'est absolument oomme si on »e toi ■ ïial voiUiiur dans- I«i6 cataeiMnbM.' ■ '-' • - • —
— Mais, iiiadaiiie, on n'i'ât pas toujours dans des Toiés «outur-
raiiics. .,,,„.:
— On y est l)i'aii(ini|i trop, inonsifiir. QuaDl à moi, an risqiin <i>' tomber, de poulei' dans un pn'Ci|ilce, je preleri' p;i»ser sur des |i.iiil-, snr des viaducs. Ah! mon »i)-ii 1 iiiuis il me svniUle que nous ne. marclums plu*... certainfmwil nous sommes arrêtés. Voyons donc, messifiurR, nous rostons en |>Uice...
La vieille daine ne se trompait pas : le convoi venait de s'arrètt-r. Aussitôt l'iDquiétudq se communique sur toute lu ligne et pénètre dans les wa^«H)$ de toutes les classes.
On met d'atM>rd les làles aux portières avec précaution, puis on ref^arde plus loiij,'ifnip5, puis on se risipie à ouvrir les portières, puis les ((upstions s« croisent, puis les conversations s'engagent.
— .Nous ne niarohons plus...
— l'oiiripioi ne iiianhoiis-Mous plus?
— Il est donc arrivé quelque elRiseî ,
— Il n'y a pas de doute que nous ne sommes pas arrêtés sans I motif... " '
( — Kst ce un convoi qu'on a signalée
— lit pas uiï cantonnier à interroger...
— Il faudrait en appeler un...
— Ah! oui, faites-vous donc entendre dans ces maudits souterrains!... . 1 •
— C'est fort dangereux d'èlre arrêté dans un tunnel ; si un convoi venait sur nous eti ce moment. i. comment l'éviterions-i ous?
— Nous n'avançons pas... est-ce que nous allons rester longtemps comme cela?
— Il y a peut-être un éboulement...
— (^esl bien inquiétant.
M. Berlinet a profit*» de cet ineideut pour sortir de son wagon. La frayeur avait produit sur les nourriees un cfirt si désagréable, que le courtier en vins avait préfère courir quelqucsdangers sur la voie, au supplice conliiuR'l cpi'il subissait dans la compagnie de ces dantes.
Le jiune Torse, qui a aussi quitté sa place, rencontre M. Berlinet.
— Tiens, vous voilà, jeune artiste... on dit que nous sommes dans une position inquiétante..-.
— Si l'on y voyait nn peu {SItis, H y aurait un bien bon croquis à faire de ce temps d'arrêt.
— Toutes les dames ont une peur éponvairtable.
— A propos, vous avez donc quille les vôtres? Vous amusez-vons beaucoup dans votre w;igon?
— Oh! d'une façon extraordinaire; mais je suis bon prince, je vous ollre ma place.
— Non; j'ai devant moî un original qui vaut «on pesant d'or... H voulait me faire un procès, parce qu'il prétendait que je lui jetais des noyaux de cerise au visage. Tenez, le voilà qui sort du w.ig.in en faisant de grands gestes... jl vient pérorer sur la voie; c'est un avocat, il faut toujours qu'il parle.
M. Chipotier est venu suf la voie, court d'un wagon à l'autre, en s' écriant :
— Mesdames, nous allons tous périr!...
— Il est rassupantj ce monsieur^ dit le jeune homme masqué... comprend-on un aniiii;d corïwrie- celui-là, qui^ au Fifeu de rassurer les voyageuses , déjà assez promiites à s'alarmer, vient leur dire que nous souimes perdus!.-..
^-Eh! mon Dieu, monsieur, si c'est la vérité, s'écrie mademoiselle AryeiUiiie, à quoi bon nous la cacher?
— Mais non, madame, ce n'est pas fa vérité... Est-ce que ce morp sieur en sait quelque chiose, d'ailleurs? Tous les jours un convoi est arrêté dans sa marche par un accident léger, par une cause fort simple. Tenez, voilà cette vieille dame qui s'est évanouie de frayeur, depuis que cet imbécile est vaui faire son annonce.
— Armaude, vous avez v»tre flacon, mettez-le sous le nez de cette dame.
M. Duhautcours, qui est devenu un peu moins arrogant devant un danger contre lequel tout son or ne le sauverait pas, adresse Fa parole à .M. Langtumot :
— Mais enfin, est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de savoir la cause de ce temps darrèt, qui se prolonge beaucoup, il me semble?
— Oui, au fait, siî on en connaissait la cause... on serait peut être j lus tranquille. , '
Et M. Langlumot se décide à descendre aussi du, -wagon. Pendant re temps, la grosse Annande a fourré son flacon sous le nez de la vieille dame, qui tout à coup revient à elle et repousse brusquement (e qu'où lui lajt sentir en s'ociiant :
— Ah! pouah !... qu'est-ce que c'est que ça... du vinaigre de BuUy, Ah! je detcsle le vinaigre... ôte«-moi cela bien vile!... c'est bon pour les cornichons, cela.
— Tu pourras bien te trouver mal tant que tu voudras, toi, murmure mademoiselle Armande en retirant son flacon ; est-elle malhonnête, cette vieille qui dit que mo i vinaigre parfumé est bon pour ie» cornidioag...
1 lu: .,,:,. . -■;,.. . ■. .,'.
Pondant ce temps, la vieille dame se penche vers la portière et dit à maitre Chipotier qui se trouve justeuieiit là : <.
•>t- bh bleu, luoiisieur, uulrc situation va-t-cllc changer... nout resle-t il de l'espoir?
— Cf>t-à-diie que nous allons être broyés incessamment.
— Ahl mou bleu!
— (^niiiinent voulez-vous qu'il en soit autreineut? nous ne maF" clions plus... dune nous encombrons la voie qui devrait éir; libr' in... I.e convoi qui vient afirei nous va arriver, croyant le cbciui. libre, el... patatras! .. il nous écrase... c'eut logique...
— Ah! je nie (acurs!...
— Je me trouve mal !...
— Ma cousine, passei-moi le bocal .. je veux dire le flacon...
— Que le diable vous emiiorle , monsieur, avec vus sols pronostics... vous êtes cause que toutes les daiiu.'s de notre wagon s'évanouissent.
r— Comment, mes sots pronostics... c'est à moi que vous dite» cela ?
— Kt à ipii donc ?
— Vous ne bavez pas à qui vous parlez...
— Je parle à un àiie et pas autre chose.
Niaiire (.hipoticr n'e^t |i;is encore revenu de l'étonnement qu'il n éprouvé en s'eiilendant appeler àoe, lorsque FranviUe, l'ancien militaire, pas.se près du wagon, en disant:
— Allons, messieurs, remontez vite en voiture, nous allons repartir, le charbon est arrive.
— Comment, le charbon... qu'est-ce que cela veut dire?
— Cela veut dire que le charbon manquait; voilà pourquoi nous ne roulions plus, c'est tout simple... On en a fait demauder, il est arrivé, nous allons reprendre notre route, ,
— (;'était le charbon qui manquait, mesdames, revenez à vous, il n'y a pas de danger...
— Il se pourrait!...
— list-ce vrai, monsieur, nous n'allons pas périr?
— Non, mesdames, revenez à vous et rassurez- vous.
Les frayeurs se dissipent. Mais après le desordre qui vient d'avoir lieu, lorsqu'il s'agit de remonter à ia hâte en wagon, chacun se place au hasard, les classes sont confondues, et. le gamin de la tivisiéme catégorie ne manque pas d'aller s'étaler sur un fauteuil moelleux de première classe. , , , . ,
Quant à l'avocat, très-surpris que l'événement ait troQipé sod attente, il se trouve un des derniers attardés sur la voie, et n'a que le temps de se, précipiter dans une portière encore ouverte au moment où le convoi s'ébranle. Celte portière était celle du wagon occupé par les nourrices cl leurs poupons... Ce monsieur méritait bien cela.