IX. — LE PROrniÉTAIRB
La porte du carré s'ouvre doucement , et bientôt M. Duhautcours se trouve devant toute la famille Gerbier.
Georgina a sur-le-champ reconnu le père de cette demoiselle qui l'a traitée avec tant de mépris. Elle se sent troublée, son cceur se serre, car elle croit que ce monsieur vient pour réaliser la menace drt sa fille et leur signifier li' congé.
M. Duhautcours parait surpris en se trouvant devant tant de monde, cependant il porte la main à son chapeau, mais il ne l'ôte pas et se borne à une léjj fe inclination de tète, tout en disant :
— Je suis chi z M. Gerbier?
— Oui, monsieur, oui, vous êtes chez moi , reprend i imprit^cur qui ajoute à demi-voix : Eh bien! (pi'est-ce qu'il nous veut ce cadetla... i\ n'est pas déjà si poli de garder son chapeau sur sa tète devant mes filles.
Mais Georgina se h;Ue de dire tout bas à son père :
— C'est M. Duhautcours, notre propriétaire.
Aussitôt Gerbier se lève et salue plusieurs l'ois le personnage qui lui arrive.
— Ah ! monsiear est notre propriétaire... Pardon, monsieur, excusez... mais ne vous connaissatil pas... Donnez-vous donc la peine de vous asseoir, monsieur.
— Merci, merci... mais ne vous dérangez pas... vous étiez en train de diner... continuez...
— Oh! le plus fort est tait, monsieur... mais peut-on savoir ce qui me procure llionneur de cette visite... Ahl monsieur vient pour touciier son terme peut-être. .. c'est vrai que j'étais pa> mal eu retard cette fois, coutn) mon ordiiuira , mais je comptais justement aller
payer demain matin chez le concierge; j'ai là l'argent tout prêt, et
puihqoe v(jilà monsieur, je vais le lui reracltre l'iul de tuile...
(>ei liHT fait quelques pas |>ijur aller prendre buo argent, mais k: capilah.ile rarrètc en lui disant :
— Non... vous vous trompez, je ne suis pas venu pour toucher l« terme... vous savez bien que je ne les touche pas moi-même... vous paierez au concierge cjmme ac coutume.
— Ah! c'est différent; mais monsieur est venu pour autre chose alors ?
f)uliaulcours hésite un moment avant de répondre; il est contrarié de ce que Gerbier soit prêt à lui payer son terme. H pen».ïit que celui-ci allait au contraire lui demander du temps, le supplier daltciidre, et cela l'aurait rais en position de taire le protecteur et de se donner un ton de maître; mais ses locataires le payant, il n'a plus le droit de prendre avec eux des airs arrogants, de faire le petit Jupiter prèl à lancer sa foudre, et cela dérange tous ses projet-.
— Je suis venu, répond etilin Duhautcours, parce que je visite ma maison... l'architecte m'a dit qu'il y avait des réparations à faire dans beaucoup d'endroits, et avant de laisser commencer l'architecte, vous concevez que je veux examiner moi-même... ces roe?Meurs-là voient siiuveiii beaucoup à faire oii il n'y a que quelques poignées de plâtre à metlre.
— Ah! c'est difi'érent... alors, monsieur, voyez, examinez, regardez partout; au fait, vous êtes aussi chez vous ici.
— Oui, mais je vous le répète, j'ai le temps... rien ne me presse, finissez de diner.
— Ma foi, si monsieur le permet, nous allons rejouer de la fourchette, car j'ai là des petits gaillards qui sont très-forts à ce jeu-là.
Georgina respirait plus hb-ement depuis que Duhautcours avait explique le motif de sa visite; elle lui présente une chaise en murmurant :
— Si monsieur veut s'asseoit ..
— Volontiers, madenioiielle, je tous remercie , répond celui-ci en se duiiiiaiil presque un air aimabk et eu laneant à la j.'lie fleuriste un regard inliniment trop prolongé pour un homme qui ne veut êtr-» que poli
Gerbier s'est remis à manger ainsi que ses enfai.Ts. (k-lte occupation étant toute naturelle, ils ne voient pas pourquoi la présence du propriétaire pourrait en rien gêner leur appétit.
Duhautcours, qui s'est assis à quelques pas d'eux, regarde de temps à autre ce qui se (lasse à table et dit au bout d'un moment :
— En elVet, vous avez bon aiqiélit...
— Ah! daine, monsieur, quand on a bien travaillé toute la journée, ou lie se fait pas tirer l'oreille devant le repas du soir.
— Vous travaillez dans une imprimerie?
— Oui, monsieur.
— Gagnez-vous beaucoup?
Gerbier qui trouve la question indiscrète, même pour un propriétaire, répond d'un air g iguenard :
— Dame, je gagne tantôt plu^^, tantôt moins... sui»tif"« besogne... mais ça me suffit... Ah! mon Dieu, pourvu quej'at Je quoi nourrir ma famille... je suis content... je n'en demande pAS davantage !...
— Elle est nombreuse votre famille!
— Vous trouvez, numsieur? moi je trouve que je n'ai que bien juste ce qu'il me faut... et il y en aurait davanUge... je dirais que ça n'en est que mieux...
— Vous ne raisonnez pas en homme prévoyant ; car , enfin, les enfants il faut leur donner un état, les éUibbr, et quand on n'a pas de fortune...
— Eh ! mon Dieu, monsieur, on a toujours assez pour nourrir ses enfants. Quand c'est petit, que leur faùt-ilî du laii leur more en a pour eux... de la bouillie... c'est pas cher çi... Pour les veiir ne irouve-t-on pas toujours dans ses vu ux vêtements <le quoi les entor-
lliller... Quand ils grandissent, ils aident déjà... et, après tout, quand • il y a pour deux il y a pour trois, et ainsi de suite.... Ah! mes enfants ... je rends giàce au ciel qui me les a conserves tous les cinq.... et si j'en perdais un seul... je ne pourrais m'en consoler... Ah! je ne veux pas seulement lu'airè er à celle idoe-là... Vous voytl bien monsieur, que ma famille n'. -i p.is trop nombreuse... On du qu'il y a des i;ens assez malheumix... a<oz prives de cœur... pour aban- ^ donner leur enfant. . pour le met e, dès qu'il vient au monde, dans | ces eiablisseineuts fondés par Yiuceiitde Faule... voilà ce qurf je ne f
chaise et s'écrie :
— Est-ce que cola ne fume pas ici?
Gerbier le regarde d'un air étonne, en répondant ;
— Non, monsieur , non ; à la vérité nous ne faisons pas de fei maintenant, mais l'hiver dernier cola ne fumait p.is.
— Me permettez vous d'examiner un peu le plafond des autres
— Tout ce que vous voudrez, monsieur... Lisa, allume ce flsmbcAU et ocUire nxnisiour.
LE PRTIT ISinORE.
La petite Lisa Mécntr les ordre» do «nn pèr«. M. Duhautcours
espérait que ce serait la j(ili« Goorf,'iiia i|iifl l'on chargerait de l'accompagner; il est iiieilidcriiTieiU satisCail davoir pour eoni|ias;iie mut ciifaut de douze ans; aussi la visite des cliMinhres se fait-elle vivemont, mais le capilalisto a encore assez de tetni)» pour examiner le mobilier et s'assurer que (Ji'rliier et se» enfants nu possèdent que le strict nécessaire.
Pendant que son propriétaire est éloigné, Geibier dit à Georgina :
— Je n'aime pas cet lioninie-ià.
— .Mais, mon père, il est bien poli cependant.
— C'est une politesse qui ressemble à de l'imperlinonco... et puis lin air de protection... il me demande ce qiieje ^aïne...(piVst-pe(pie i^a lui fait, pourvu que je lui paie mon terme... je voyais qu'il rcfrardait en dessous ce que nous mangions... il avait un air de pilié in nous voyant boire de l'eau... c'est pas que je m'en liclie... on n'est pas délioiioré pour boire de l'eau... mais je ne voudrais pas qu'on vint cbez moi pour me vexer... alil bif;re ! ca ne m'irait pas... et si je savais cela, tout propriétaire ipi'il est, je lui ferais descendre l'escalier sur son derrière.
— Ah ! mon pf re, pourquoi donc avoir tout de suite de ces idéeslà... M. Duhautcours ne vous a rien dit do désagréable.
— Pourquoi trouve-t-il que j'ai trop d'enfants... que je ne suis pas prévoyant... est-ce que ça le regarde, est-ce que je l'ai chargé de les élever, mes enfants '^.. Voyons... est-ce que vous vous trouvez malheureux avec moi, vous autres?
— Ah! mon père!...
— Alors, vous voyez bien que ce monsieur est un imbécile ou un sans cœur, mais je crois plutôt que c'est le dernier... Ali! que je suis content d'avoir eu son terme à lui oflrir. Comme c'eût été dur d'être obligé de demander du temps à cet homme-là...
— Taisez-vous, mon père, le voilà qui revient. M. Duhautcours reparait eu disant :
— J'ai aperçu quelques légères crevasses... mais c'est si peu de choses... En vérité, je ne crois pas que ce soit la peine de vous envoyer les maçons pour cela... Est-ce que vous sentez le vent, ici?... Est-ce qu'il y a des fenêtres qui ne ferment pas bien ?
— Non, monsieur, nous ne nous plaignons de rien.
— Alors, je crois décidément que mon architecte est un âne.
— C'est possible, monsieur... il se glisse des ânes partout. Gerbier se flatte que son propriétaire va s'en aller; m is, à son
grand étonneraent, celui-ci se rasseoit et se balance négligemment sur sa chaise. Ses locataires ne lui disant rien, c'est lui qui renoue la conversation.
— Vous avez une grande fille... mademoiselle n'est plus un enfant... elle est en état de tenir sa place dans le monde...
— Elle la tient déjà bien, car c'est elle qui soigne la maison, ses frères, ses sœurs...
— Mademoiselle est fleuriste ?
— Vous le savez bien, monsieur, puisqu'elle a porté des fleurs à mademoiselle votre fille...
— Ah! elle vous a dit cela... C'est un triste état que celui de fleuriste... on y gagne bien peul
— Est-ce qu'il va recommencer? murmure Gerbier en caressant la tète du petit Emile.
— Mais, pardonnez-moi, monsieur, répond Georgina, faire des Heurs, cela n'a rien de désagréable... et quand on a du goût, du îalent, on y gagne très-bien sa vie...
— Oh ! mademoiselle, vous avez beau dire, les femmes ne peuvent |ias exister avec leur travail, c'est matériellement impossible... on ne les rétribue pas assez; celles qui travaillent à l'aiguille gagnent à peine de quoi se nourrir... Cependant, il faut ensuite se vêtir... payer ■0:1 loyer... Il n'y a pas moyen... et c'est pour cela que la plupart
es jeunes filles... finissent par...
— Par quoi? reprend Gerbier en regardant son propriétaire de .lanière à lui faire baisser les yeux.
— Mais... par être obligées... de changer de carrière...
— Savez-vous, monsieur, que ça n'est pas encourageant ce que "ous dites là... Persuader à des jeunes filles qu'il leur sera impossible de vivre avec l'état qu'elles ont embrassé... c'est donc vouloir les eu dégoûter... leur ôter l'amour du travail, l'espoir d'un heureux .;venir,Dans quel but diles-vousGela?...Où voulez-vous en venir?... \ ous me ferez plaisir de me l'expliquer, parce que, moi, j'aime à savoir à quoi m'en tenir.
— Mais, mon cher monsieur Gerbier, je crois que vous me comprenez mal... Je n'ai jamais eu l'intention de dégoûter mademoiselle de la profession qu'elle a choisie... Seulement, je dis, en thèse générale, que les femmes ne gagnent pas assez... Ceci posé, quel mal y a-t-il à tâcher de sortir de l'ornière batiue, en cherchant de ces emp'ois qui offrent de l'avenir... Ainsi, par exemple, si mademoiselle trouvait une place de caissière dans quelque grande maison de cornnierce... c'est déjà une position plus avantageuse; on est bien regardé, on est considéré, et plus tard il n'est pas rare que l'on ait, pour récompense de son zèle, un intéièt dans la maison... Vous voyez que l'on a au muins des chances de fortune ; je crois que cela est bien pi-èférable à la triste position d'une ouvrière.
— Ah ! monsieur, c'est possible, nnc place de caissière... dan» un beau magasin... ce n'est pas à dédaigner, à coup sûr, et Georgina serait bien en état de la remplir, car elle a une belle écriture et calcule à merveille... Mais ces places-là... ne les a pas qui veut!... Elles sont bien courues, bien demandées... et ce n'est pas à ccu» qui n'ont aucune recommandation qu'on les donnera!
— Mais voilà justement en quoi je pourrais vous être fort utile, et ce (]ui vous expliquera les questions que je vous ai faites et qui, je m'en suis aperçu, vnus ont paru un peu indiscrète'^: ce n'est pas la ( uriosilé seule ipii me guidait. Madein<ii-ellc votre lille a tout ce qu'il faut pour intéresser; et puis, vous avez une nombreuse famille... vous êtes mon loiataire, je voudrais faire quelque chose pour vous. Je suis trcs-lié avec une grande quantité de négociants... tout ce qu'il y a de mieux dans la haute nouveauté; ils seront enchantés de m'être agréables. Je leur ai prêté de l'argent, j'ehcoraptc souvent leur papier; eiitin, ils sont à mes ordres, et, si mademoiselle veut accepter une place... comme celle dont je vous parlais,(ju'elle dise un mot, et, avant huit jours, je me fais fort de l'installer caissière dans undea plus riches magasins de Paris.
Le père de famille, qui a écouté attentivement M. Duhautcours, semble réfléchir un moment; puis il dit à l'aînée de ses filles :
— Ma chère amie, ceci te regarde, je te laisse entièrement maîtresse; c'est donc à toi de répondre à monsieur.
— Oli! je n lié?iterai pas une rainub;! s'écrie Georgina; je refuse. Duhautcours se pince les lèvres, tandis que la physionomie de Gerbier s'épanouit.
— Oui, monsieur, reprend la jolie brune, je refuse, tout en vous remerciant beaucoup de l'intérêt que vous me témoignez et de ce que vous voulez faire pour moi. Mais je me trouve heureuse comme Je suis et je ne veux pas changer de position. Si j'acceptais l'emploi que vous daignez m'oifrir, il me faudrait quitter mon père, mes sœurs... mes petits frères qui sont encore si jeunes et qui ont encore souvent besoin de moi... car mon père s'en repose sur moi, et je suis la mère de famille ici. S'ils ne me voyaient plus, cela les attristerait, j'en suis sûre!... Et moi, ne plus être avec eux, avec mon père... Ah ! j'en mourrais de chagrin ..
Gerbier ne laisse pas sa fille achever, il court la presser dans ses b,ras, tandis que, de son côté, Georgina embrasSe tendrement ses sœurs et ses frères.
Ce tableau touchant ne semble pas émouvoir M. Duhautcours, qui se lève et tâche de dissimuler son dépit, en disant :
— Allons, mademoiselle, puisqu'il en est ainsi... n'en parlons plus... mais, plus tard, vous réfléchirez... vous penserez plus à loisir à ma proposition; alors, peut-être en comprendrez- vous tous les avantages et reviendrez- vous sur votre détermination...
— Oh! non, monsieur, jamais!...
Duhautcours salue assez froidement la famille et se dirige vers la porte; mais, en ce moment, elle s'ouvre toute grande, et Franville, l'ancien militaire que nous avons déjà rencontré en chemin de fer, parait sur le seuil et salue militairement en disant :
— Bonsoir, tout le monde !
— Eh ! c'est l'ami Franville, s'écrie Gerbier.
— Cest notre ami Franville ! répètent les enfants, et les deux petits garçons s'élancent en tendant leurs bras au nouveau venu.
Mais celui-ci, au moment de se baisser pour embrasser les enfants, vient d'apercevoir, à quelques pas de lui, M. Duhautcours qui, à l'aspect de l'ancien militaire, a changé de Couleur et semble fort contrarié.
— Tiens... quelle rencontre... M. Charles Duhautcours ici!... Si je m'attendais à trouver quelqu'un, à coup sûr ce n'était pas vous...
— Je suis ici dans ma maison, répond Duhautcours en reprenant un air rogue, il n'y a donc rien d'étonnant à m'y rencontrer.
— Ah! pardon, mon ancienne connaissance... j'ignorais la chose .. Cest que monsieur, reprend Franville en se tournant vers Gerbier, est une de mes anciennes connaissances. Oui, il y a comme cela... vingt-deux... à vingt-quatre ans que nous étions amis... mais amis à nous tutoyer... Ah! dame! depuis ce temps-là!... les positions ont changé'... et les hommes ont fait comme les positions. A cette heure, je me garderais bien de tutoyer monsieur, qui ne me connaît presque plus... et qui, je crois, ne serait pas fâché de ne plus me connaître du tout.
— Vous êtes toujours le même, Franville! répond le capitaliste, toujours prêt à lancer des sarcasmes... des épigrammes... bonnes ou mauvaises... Oh ! vous ne changez pas !
— Voilà la différence qu'il y a entre nous deux.
M. Duhaucours ne répond plus; il fait une légère inclination de tète et sort, après avoir lancé un regard sur Georgina.
— Ah ! je suis bien aise qu'il soit parti, s'écrie Gerbier, il ne me va pas du tout, mon propriétaire!...
— Ah! il est ton propriétaire... au fait c'est juste, si cette maison lui appartient... est-ce qu'il vient souvent vous voir?
— (i'est la première fois... je ne le connaisais pas. H est venu soidisant pour visiter, regarder s'il n'y avait point de réparations à faire dans le logemont... mais j'ai idée, moi, qu« c'était im pMtart«...iI
LE PF/riT ISIDORE.
vuiilait ahsolumcnt s'occuper de l'avenir de ma Georgina... lui faire 'liiiller ses Oeurs... lui donner une belle place...
— Oui, mais il voulait me faire quitter mon père, ce monsieur, et vcius pensez Lien que j'ai n fusé ce fiel emploi qu'il m'ollrait...
— Vous avez bien fait, mon enfant, dit Franviile en prenant les mains de la jeune lille dans les siennes, vous avez sagement agi.., (iiyez-moi, n'ai ceplez jamais lesoflres de service de ce monsieur... Vous ne tardrricz pas à vous en repentir.
— Oh! j(! n'en ai pas la moindre envie!...
— Ah cil! mais tu le connais donc beaucoup, toi, Franville, ce II. Duliaiieoiirs.
~ C'est-à-dire que je le connaissais beaucoup il y a vinut-ipiatrc .. ■... c'était alors un petit commis en librairie, qui n'avait pas sou- 1 lit en poche de quoi se régaler d'une bouteille de bière!... il a fait I iliinc... oh! ce n'est pas cela que je lui n proche!... Il avait de i M.îelligence... de l'audace... du bonheur avec ra, cl on arrive vite!... Ji I st devenu fier, il fait de l'embarras, ça c'est une bôtise! Mais s'il i: ; avait encore que cela àliii reprocher...
— Ab! il y a autre chose?...
— Oui, autre chose do 1res sérieux...
— Coûte-nous cela, Franville, je ne serai pas fâché de connaître 1 > antécédents de ce monsieur.
— Non... non... je ne vous conterai pas cela maintenant... D'abord
I ' -t une histoire qui n'amuserait pas ces moutards-là... ni nitmc ta
iOn disant cela, l'ancien militaire clignait des ycuxy pour (airecoml'Miidre à Sun ami qu'il ne pouvait pas dire devant Georgina ce liiiil savait sur Duhautcours.
— En ce cas, dit Gerbier, ne nous occupons plus de ce monsieur |iii est venu troubler noire dîner.
— Eh bien! pour vous dédommager, dit Franville, j'ai là dans ma |iiihe qu(!l(]ue chose à vous offrir et qui, je crois, ne sera pas désayi e;ible à mes petits amis.
En disant cela, il sort de sa poche une longue portion de galelte enveloppée dans du papier qu'il développe et pose sur la table. Les nilants font des cris de joie, les deux petits garçons dansent autour de, la table en chantant : De la galette! de la gaga... de la lelelte!...
— Tu les gâtes! dit Gerbier, heureux du bonheur de ses enfants.
— Oui, c'est un plaisir que je me procure... allons, allons, fais
II s parts et donne la plus grossie à monsieur Emile, puisqu'il veut cire pâtissier.
X — UN ONCLE QDi CHERCHE SON NEVEU.
— M. Auguste Langlumot, médecin, s'il vous plaîtî
— Connais pas.
— Vous ne le connaissez pas... cependant, permettez, je suis bien il i dans la rue des Enfants-Rouges.
— Oui.
- An numéro que je vous ai demandé.
— Oui.
— Eh bien! alors, mon neveu doit demeurer ici... ou du moins il V a demeuré, puisque c'est l'adresse qu'il m'avait donnée il y a cinq Il 'i.^.
— Catherine! connais-tu un M. Laglu... Laglu...
— Laniilumot.
— Langlumot, médecin?
la portièri' soi't sa tète d'une soupente, montre ses cheveux bloiid- 1 1 1,\, (|i!i retombent épars de tous côtés, et lui donnent l'aspect d'un :-a i)e pleureur et crie d'une voix stridente: .
— Le peigne!... le peij,'ne... qu'est-ce qu'a pris le peigne... C'est in> lire ton gueux de fils qui s'en sera servi pour décrotter son |i iijtalon.cet enfaiil-làn'a pas dcuxliards d'ordre... il ne remet rien 1 -a place, je ne lui refuse pas le peigne quand il en a de besoin, I . lis qu'il le rende au moins.
l'ii petit garçon de sept à huit ans sort de derrière un poêle, en '!i aiit :
— Je l'ai prêté .\ la fille de la fruitière, qui voulait démêler sa I ' lite sœur qui ne l'a pas été depuis l'hiver dernier.
— En voilà une idée !... est-ce que la fruitière ne peut pas acheter lin peigne pour .ses filles... est-ce que je suis obligée de lui prêler nies meubles... Elle m'a refusé l'autre jour un quarteron de beurre à I ledit, sous prétexte qu'elle n'en veut plus faire... Narcisse, va tout lie suite chez la fruitière redemander mon peigne... je le veux sur-leuliaiiip, j'en ai de bcsuiii.
— Mais si elle s'en sert...
— Qiianlej'te dis d'y dileriouy do su^! il me semble que je parle français!...
l'enilaiit cette scène d'intérieur qui se passe dans la loge du porli<T, M. Laiigluinot est resté penelié contre le eariean ouvert. 11 alleiid qu'on veuille bien lui répondre, mais on n'a plus l'air de penser à lui. Alors il se hasarde à due.
— JUadauic, pen<l.iiit que ,\i. votre fils est allô redemander voire
peigne chez la fruitière, seriez-vou.s assez kinne pour me dire si uiod neveu, Auguste Langlumot, a demeuré ici?
La portière écart»; quelques mei:lies pijur af)crccToir ce nmngietjr; elle le trouve bel homme, elle s'avance davantage, se met pri:^ue à califourchon sur l'échi-lle de sa soupente, au risque de montrer se» mollets qui sont énormes, et répond en souriant :
— Attendez donc, monsieur... Oui, je crois que nous avons eu cela... Que fait-il volri; neveu?...
— .Mai.s, en ce moment, je crois qu'il fait des dettes, d<-s sjjtliws... c'est un gari'on qui »'c»t dérangé depuis quelque temps. Opei.dant, il avait étudié la médecine... il a passé ses examens, je cr.pii qu'il a le droit de niédicamenter ses sendilables... mais il ne le pratique pas... je VUU5 le répèle, il est très-dérangé depuis quelque temps.
— Alors ce doit être ça... un grand tilond bouelé... pas mal tiàli... dans votre genre, mons'ieur... ^
— Oui, ira quelque chose de moi... mais il est plus jeune.
— Un tapageur, un farceur... ahl il n'i-st p.is nsle longtemps ici... huit jours, monsieur, huit jours .. Ça lui a suffi pour tculi verser la maison. 11 rentrait à des heures imbues, \\ jouaitdu clialumeau toute la nuit, il se promenait en chemise en disant qu'il était somnambule... il avait une seringue avec laquelle il eiiv..yail de l'eau chc-z tous les locataires... vous comprenez, nioiisieur, qu'oD s'est plaint, moi je ne disais rien parce qu'il était aimable avec moi...
— Eh bien! où donc que j'étais, moi, alors? dit le portier en relevant la tête et Iroiiraiil les souicils.
— Toi, mon Loulou, c'est justement à l'époque que t'avais ton infeclivit de poitrine et que t'étais allé chez ton cousin, à Pantin, prendre les eaux.
— Comment? est-ce qu'on prend des eaui à Pantin? demande M. Langlumot.
— Mon épouse veut dire prendre le bon air, celui de Pantin est délicieux pour les infections de poitrine... c'est comme les étables pour les poumoniques... la bouze de vache!... gnia rien au-dessus de ça, vous dormez là-dedans, et vous tous reveillez frais comme une rose.
— Bref! réprend la portière, on s'est plaint au propriétaire, qui a prié M. Auguste... on ne l'appelait pas autrement ici, de vouloir bien vider les lieux. 11 a refuse, le farceur! si bien qu'on a été obligé de le payer pour le faire partir.,. Ah! voilà Narcis.se... eh bien, mon peigne?
— Le v'ià, maman...
— Dans u;i !iel état, on lui a cassé deux dents!...
— Llles E'int restées dans les cheveux de la petite fille de" la fruitière, impossible de les en retirer...
— C'est ta faute, polisson!
— Enfin, madame, mon neveu...
— • Votre neveu est parti, monsieur... Avec deux dents de moinsl... quelle horreur!...
— Ile grâce, madame... son adresse...
— Elle me paiera cela, la fruitière...
— L'adresse d'Auguste?
— 11 n'a pas voulu la laisser, monsinir...
— Ali! voilà qui est très- contrariant...
— Mais il m'a dit tout bas à l'oreille, à moi : « Ma ctièrc madame Dubatoir, s'il venait ipielques petites feimurs me demand>r, yous le« enverriez chez mon ami intime Isidore, surnoimnc Carajnbôlagc... »
— Ah! mou Dieu, qu'est-ce que c'est que celui-là?
— L'n tout jeune homme... viii^l ans jqanuehaiit... mais liicore un mauvais sujet!... Ça fait frémir... il appeliil le» l'euiiiRè... Ah! jd n'oserai jamais vous dire... comme cel animal du destrl... qui a deux bosses...
— Ah ! j'y suis, le bufUe.
— l'Ii non, monsieur, vous n'j èU-s ras!... Ça ne fiil rien. Je di> que ce .\1. Isidore est uu vaurien auquel ji.MiC eonfii rais pas Loulou... c'est mon mari... et pourtant vous vojez un liouime qui n'a ^uiaii embrassé une autre femme que la sienne, depuis que uous sommes unis... Quant à cela, j'en mettrais mon peigne au feu... Deux dcuti de moins... gueuse de tuitière...
— .Madame, mon neveu recevait doue quelquefois des femmes tha lui...
— S'il en iX'cevait!... tiens!... il se gênait!... c'est-à-dire qu'dies étaient quelquefois à la queue ici, autour du poèlo, se di^ujjut à qui luontirait la première...
— Quii scandale!... et elles étaient jolie*?...
— il y en ^vait... d'auti'cs pas... c'était mêlé comme toutes les marcliaiulises d'ijçciision!... Après cela, votre neveu était fjaicoji, U aimait le beau sexe... ce n'est pas de cela que je le blâme... la femme a été créée pour faire les délices de riiouiine... J'ai lu ça d.ms lés vi'rsi's de M. Bélanger., un poêle que je porte dans mou cœur!... Comment donc que je vais me coiffera présent?,..
— Eulin, mailauic, savez- vous l'adresse de ce jeune hooime.- . que vous nommez Isidore... tlar.imbolage...
— Oui, marquis du C;ujmbolag»\.. il parait que c'«*lw« jçtjJ^tpS' nom que ses amis lui ont donne, parce ciu'il e-l de première force au bdlard... Oui, mousieur, jo sais son adres»e, p-uce que voIn uuveu
LK PKTIT ISIDOIIK.
^__ cil o^\LD^^u,
La portière écarte quelques mèches pour apercevoir ce monsieur. (P, 23.)
me l'a apprise; il loge place Saint-André-des-Arts, dans un hôtel garni qui lait le coin... de je ne sais plus quelle rue... mais la place n'est pas bien grande et vous trouverez facilement.
— infiniment obligé, madame.
— Dubatoir, va m'acheter un peigne, mon Loulou, fais encore ce sacrifice pour ton épouse qui s'en montrera reconnaissante à ton mdroit.
M. Langlumot est enfin sorti de chez le portier de la rue des Enfants-Rouges. Arrivé à Paris depuis dix jours, il s'était d'abord occupé de toucher, de réaliser sa succession. Cette affaire terminée, il avait songé à son neveu. Mais, tout en le cherchant, notre bourgeois campagnard , qui venait rarement à Paris , saisissait aussi toutes les occasions de s'amuser et allait même au devant de celles qu'il ne rencontrait pas. M. Langlumot avait cinquante ans, msia il était frais, bien portant, vigoureux, il avait toujours été un fei-vent adorateur des belles; la succession qu'il venait de toucher lui avait rendu l'humeur extrêmement joyeuse ; enfin notre campagnard était dans une de ces dispositions où l'on ne veut pas précisément faire des folies, mais où l'on serait enchanté de se trouver entraîné par des gens qui en font.
— Allons place Saint-Andrédes-Arts, se dit ce monsieur en quittant la rue des Enfants-Rouges. Si je prenais un cabriolet... non, j'aime mieux prendre les boulevards... il passe tant de jolies femmes sur les boulevards... avec de charmantes toilettes et des tournures... Ah! Dieu... comme la ISormandie est arriéiée pour les tournures! les femmes y sont fraîches, le sang y est beau, c'est vrai... mais cela ne suffit pas... c'est la grâce, c'est la tenue, c'est la manière de porter ses robes et ses chapeaux qui donne à la femme ce... je ne sais quoi ! qui nous séduit... Ah! diable! si madame Langlumot savait que j'admire les Parisiennes! mais elle est à Lisieux, et moi je suis à Paris... La succession s'est montée à quatorze cents francs de plus que je n'espérais... Hortense ignore ce chiffre, si je m'amusais un peu ici... «Ile n'en saura rien... Quel ennui d'être obligé de chercher mon polisson de neveu qui est chez M. du Carambolage; je n'ai pas de confiance dans ce nom-là... Ah! bigre! voilà une belle femme... magnifiques épaules! si je marchais derrière elle tant que ce sera mon cbÀmin... Elle embaume, cette dame!... elle laisse après elle une vapeur de violette... de jasmin., de tubéreuse... on la suivrait les yeux fermés!... Elle s'est retournée... je crois qu'elle m'a regardé... Je suit ému... Ai-je des gants?... Oui, j'ai des gants; ils ne sont pas de la première fraîcheur, mais dans la journée... on n'est pas en soirée... Elw s'Mt tiR»r« retournée... fichtre! qu'e^^-rv que cela veut dire?...
Quelle déhcieuse conquête ce serait... Si j'osais... si je l'abordais, si je lui offrais mon bras... Elle se retourne encore! Pour le coup, je vais me risquer...
Mais, au moment où M. Langlumot va pour adresser la parole à la belle dame qu'il suivait, celle-ci court après une jolie petite levrette qui vient de bondir près d'elle; elle se baisse, pour la caresser, en lui disant :
— Ah! vous voilà donc, vilaine coureuse!... Où étiez- vous?... j'étais déjà inquiète, moi. Ah! mademoiselle Betzy, je vous attacherai piiur que vous ne me quittiez plus!
Et la belle dame s'éloigne avec la levrette à ses côtés, et M. Langlumot reste tout penaud à sa place, en se disant :
— C'était sa chienne qu'elle cherchait... je m'étais... on peut se tromper... Voyons, cherchons la place Saint-André-des-Arts... et regardons moins les femmes,., cela me donne trop de distractions... Je suis oncle ; je cherche mon neveu qui fait des sottises à Paris, à ce qu'on m'a dit. Que diable ! si je me mets à suivre les femmes, je n'aurai pas le droit de faire de la morale à mon neveu...
M Langlumot suit la rue Vivienne, traverse le Palais-Royal. Dans le jardin, il est bien souvent distrait par de jolis yeux, de jolies jambes qui passent devant lui; mais il contient son admiration et parvient enfin à la place Saint-André-des-Arts sans avoir dévié de son chemm. Là, il cherche un hôltl garni qui fasse le coin d'une rue; il en trouve un d'assez méiliocre apparence et qui semble destiné à loger des étudiants; il demande au concieige :
— N'avez-vous pas ici un monsieur Isidore... de la... du... je ne peux jamais me rappeler.
— Oui, oui, je sais ce que vous voulez dire... le petit marquis du Carambolage, comme ils l'appelaient tous dans l'hôtel...
— C'est cela, je ne savais pas qu'il était marquis... mais c'est bien le nom qu'on m'a dit.
— Ah ! oui, marquis comme mon caniche. Des marquis comme celui-là, on en voit trop qui vont se faufiler dans les hôtels garnis, dans les tables d'hôtes, où ils font des poufs, et puis, bonsoir, on ne les revoit plus.
— Qu'est-ce que vous entendez par des poufs, monsieur?
— Vous ne connaissez pas cela?... On voit bien que vous ne tenez pasun hôtel garni... C'est prendre à crédit, faire une grosse dette, et puis filer sans payer.
~ Est-ce que ce jeune homme que je demande a fait de ce» choses-là ici?
— Non, parce que nous ne lui en avons pas laissé le temps; mais.
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De grâce, messieurs, nn peu moins d'effusion. (P. 28.)
comme les créanciers faisaient le siège de sa chambre, tandis que monsieur se cachait chez les uns ou les autres, madame a dit : « En ■voilà assez, il faut prier M. Isidore d'aller se loger ailleurs..,» Et c'est ce que j'ai fait.
— Alors ce monsieur ne demeure donc plus chez vous?
— Il y a une heure que je me lue à vous le dire.
— Et mon neveu... où trouverai-je mon neveu?
— Vous avez perdu un neveu?
— Je ne l'ai pas perdu, puisque je ne l'ai pas trouvé... On m'avait assuré que je le rencontrerais chez son ami Carambolage.
— Ahl il en avait tant d'amis 1 Quelle vie cela menait... Sans cisfe au café... ou on faisait venir le café ici, toujours buvant de la bière, du punch, des liqueurs... et fumant... Ah! monsieur! quelle coii=ommation de pipes, de cigares... de cigarettes... de blagues... Oh!... les blagues ne manquaient pas.
— Mais mon neveu Auguste... c'est un assez beau garçon... il a de mon air...
— J'ai dû le voir ici... un petit qui boite.
— Pas du tout, je vous dis un bel homme dans mon genre.
— C'est possible... le petit marquis avait des amis de toutes les tailles... mais pas tant encore que de créanciers.
— Enlin, monsieur, vous ne pouvez me donner aucun renseignement qui me mette sur les traces de ce jeune homme.
Le concierge remue la tète en murmurant :
— Dame! peut-être... je ne sais pas trop... c'est difficile.
M. Langlumot comprend que le moment est venu de faire des sacrifices; il fouille à sa poche et en tire une pièce de deux francs iiu'il met dans la main du concierge en lui disant :
— Vous obligerez un oncle qui veut empêcher son neveu de fiire des sottises... ou du moins y mctire un terme... ceci est dans un but moral.
Le concierge se montre beaucoup plus sensible à la pièce de deux francs qu'au but moral.
11 répond à demi-voix :
— Cdimaisscz-vons mam'sellc Pliiliberte?
— I*as le moins du monde.
— C'est une blanchisseuse de fin.
— Je n'en ai pas encore eu besoin à Paris.
— Monsieur, les blanchisseuses do tin voient bien des choses...
— Ce que vous dites là est très-profond, monsieur! Elles voient môme (juclqucfois des choses que nous ne voudrions pa.s qu'elles Tissent; mais enfin, c'est leur état...
— Monsieur, mam'selle Philiberte était la blanchisseuse de ce bambocheur d'Isidore Je ne sais pas comment il la payait, celle-là; mais je sais que jamais elle ne lui demandait de l'argent... C'est une bonne fille, tres-obligeante, et qui s'intéresse aux jeunes gens. Quelquefois elle se chargeait de commissions pour le (aux marquis. Un jour même que celui-ci n'avait pu obtenir à dîner à crédit chez aucun traiteur du quartier, elle a couru chez le charcutier, chez le boulanger, et elle est revenue avec un joli jambon... et un pain... fumé... et des coleleites... et une bouteille de vin... aux cornichons... Je suis certain que c'est elle qui a payé tout ça...
— Diable!... mais c'est donc une dame de charité que cette blanc!iisseuse-là?..,
— Je ne la crois pas capable de laisser ce noceur de la Carambole dans l'embarras... Dame,,, il est assez joli garçon, ce farceur-là... et les l'uiiunts tiennent à ces petitesses...
— Est-ce qu'il aurait promis à sa blanchisseuse de l'épouser?
— Ali! ouiche! l'épouser... le plus souvent!
— Cela n'aurait rien d'extraordinaire. J'ai lu, dans l'Histoire de France qu'un )ioëte... je ne sais plus lequel... avait épousé sa blan« chisseiise, parce qu'il ne pouvait pas lui solder son mémoire.
— Oli! ce n'est pas M. Isidore qui aurait fait cola... d'ailleurs il avait trop de mémoires à solder .. Non, mais il parait qu'il connaît celte blanchisseuse depuis longtemps... très-longtemps... Souvent j'ai entendu dire à mademoiselle Philiberte, en parlant de M. Isidore « Ahl je l'ai vu gamin, ce joli garcon-là! »
— Enfin, monsieur... je voudrais arriver à mon neveu.
— Pour ari-iver à votre neveu, il faut trouver le petit marquis. Eh bien! il n'y a que mam'selle Philiberte qui puisse vous dire où est celui-ci... car je mettrais luon doigt dans mon œil qu'elle sait où il peielie.
— Fort bien, il (imt donc alors que j'aille chez la blanchisseuse!... que de démarches!... j'avoue que j'aimerais mieux me promener aux i;ii>imps-EI\sées! Enfin... si cette fois je ne trouve pas Auguste, j'y renonce. l,\idresse de cette demoiselle Philiberte. sil vous'plailî
— Elle reste sur le canal... vous savez où est le canal?
— Le cmal de l'Ourrq.
— Le canal qui part du Kissin de La Villette pour rejoindre It Seine à la place do la lîistille?
— Ah! mon Dieu! où trouvorai-je tout cola?
— No vous cllrayez pas. (îagncz le boulevard du Temple, montes le faubourg, vous trouverez tout de suite le canal.
— Très-bien... je prendrai un bateau...
LE PETIT ISIDORE
— Mais non! vous trivcrsoiji le pont; puis, à droito, vous entrerez nii' lùilic-Méricourt. C'ust dA ccltu rue <|ue demeure maïu'sellu l'Iiililjerle.
— Quel numéro? ^
— Ail! je l'i^MU)re,mai8sa maison est de celles ([ui ont deux entrées, nue sur la rue, l'autre sur le canal, vous clierclieri;z de ce côlo-là ; <iiie blanchisseuse du fln^ c'est cunnu, on \ous indiquera tout de mite.
— Puissicz-vous dire vrai!... C'est fort loin d'ici?
— Dame! oui, de l'autre eùlé de l'eau.
— Celte fois je vais prendre un cabriolet, et une fuis chez celte demoiselle Philiberte, je lui demanderai l'adresse de M. Carambolage?
— Gardez-vons-en bien!... si vous y allez conmie ça, vous ne sauii'z rien, on vous prendra pour un créancier, on vous dira qu'on ne connaît pas ce monsieur...
— Comnient donc faire alors...
— Ah! ça vous regarde... trouvez des détours... agissez de finesse... tntin, tâchez dins>)ii'er de la confiance.
— Si mon neveu n'était iias le fils de mon frère, je vous jure que je l'abandonnerais à ses ùésordres... Merci, monsieur le concierge... infiniment obligé...
— A votre service, monsieur.
lit M. Langlumoi s'éloigne en se disant encore :
— Mon frère avait bien bcsnin de me donner un neveu! Comment diable vais-jem'y prendre avec cette blanchisseuse!...