‹ MoustacheChapitre 181 sur 281 · XI. — UNE BLANGIIIISSEUSE DE FIN · texte numérisé non relu

XI. — UNE BLANGIIIISSEUSE DE FIN

M. Langlumot a pris un railord, en disant au cocher :

— Conduisez-moi rue Folie-Méricourt, du côté du canal. Et le cocher lui a répondu :

— Il n'y en a qu'une.

— Alors nous ne nous tromperons pas.

Arrivé dans la rue qu'on lui a indiquée, notre campagnard, présumant qu'il pourra entrer dans beaucoup de maisons avant de trouver la personne qu'il cherche, commence par renvoyer sa voilure. Mais, plus heureux qu'il ne l'espérait, il n'a encore demandé que dans quatre maisons, lorsqu'on lui répond :

— C'est ici, monsieur, au quatrième, au fond du corridor, la porte à gauche...

Langlumot, tout surpris d'avoir déjà trouvé, murmure :

— Comment, c'est ici... mademoiselle Philiberte, blanchi.^'^use de fin?

— Eh bien oui... e$t-ce que vous êtes fâché que ce soit ici?

— Je ne dis pas... au contraire... mais je croyais... au quatrième, m'avcz-vous dit...?

— Oui, l'escalier en face...

— La porte au fond du corridor?

— Oui... vous entendrez chanter d'ailleurs; ces demoiselles chantent toujours.

I.anglumot gagne l'escalier et monte très-douce ment, parce qu'en montant il se dit :

-— Je vais trouver mademoiselle Philiberte, c'est fort bien, mais que lui dirai-je, quel prétexte donnerai-je à ma visiti^, puisque ce

concierge m'a dit : «11 faut agir de ruse ou vous ne saurez rien »

Fichtre... il faut de l'esprit ici... j'en ai, mais quelquefois je ne le trouve pas tout de suite...

Au second étage, notre homme se frappe le front en disant :

— J'ai mon atlaire... pardieu l'idée est excellente... cela va même tout seul, et de celle façon je n'inspire aucun soupçon !...

tt cette fois M. Langlumot monte plus lestement. A peine a-t-il mis le pied sur les marches du quatrième étage, qu'en eftét il entend plusieurs voix qui se croisent et chantent chacune leur air. Arrivé au quatrième, un long corridor tapissé de plusieurs portes se présente devant lui. Mais les voix le guident; ils marche droit au fond, hduve une porte qui s'ouvre en tirant une ficelle terminée par une 'jrosse à dents, qui remplace une patte de biche. 11 pourrrait ouvraan tirant la ficelle, mais il juge plus honnête de commencer par irappcr.

! Plusieurs voix se font entendre :

— Eh ben! quoi?... est-ce que vous ne voyez pas la ficelle...

— Oii donc qu'elle a ses yeux celle-là...

— Tirez la cneviUette, la bobinette cherra...

— Est-ce que tu crois que c'est le Petit Chaperon-Rouge qui vient nous voir.

— Je ne sais pas quel chaperon c'est, mais il est bien longtemps à frotter ses pieds à la porte...

— Ah ça, avez-vous fini là-bas?... Je gage que c'est le garçon épicier qui est là... Je lui ai dit en passant de m'apporter ma provision de raisiné, et il s'amuse à nous intriguer...

.— Biable, vous faites des provisions de raisiné vous... bigre! quel genre 1

Pendant ce temps, Langlumot a remonté le bout de son col, arrangé ses cheveux, rajusté son habit par devant et il se décide à tirer

la brosse à dents. La porte s'ouvre, il entre ilans une grande chambre qui n'est meublée que de baipiels dans lesquels on savonne et de ' labli'S longui's sur lesquelles on ri.'passe. Il y a là quatre femmes : mademoiselle Philiberte, grande et forte fille de vingt sept ans, brune dt; cheveux, brune par les yeux et surtuot très- brune de pe.uj. Elle n'est pas jolii;, mais elle a l'air agréabli-, la bouche malieiiMise et le sourire spirituel. Vient ensuite une grande blonde de dix-huit ans, qui a fair trcs-nunchalant et semble se traîner au lieu de se mouvoir, celle-là repasse; puis une femme d'une cinquantaine d'aiim es, qui est occupée à savonner et s'in acquitte avec vigueur et dixliMilé, puis enfin, une petite fille de treize à quatorze ans, qui apprête- du linge. Toutes ces l'emmes sont dans le costume habituel des blanchisseuses qui travaillcMit, c'est-à-dire qu'elles ont en tout une chemise et un jupon. .Ma<l(-nioiselle Philiberte a cependant, outre cela un fichu croise sur sa poitrine.

M. Langlumot n'avait jamais vu un intérieur de blanchisseuse de fin; il demeure un moment interdit, il ne sait s'il doit franchir le seuil de la porte et se sent envie de chanter les Laveuses du luunent de Grizar. Do leur côté, les blanchisseuses ouvrent de grands yeux à l'aspect de ce monsieur bien couvert et d'un âge mùr, qui kur tait de profondes salutations.

— C'est pas l'épicier! dit la jeune apprentie.

— Ni le Petit Cliaporon-Rouge! dit la grande blonde.

— C'est un monsieur qui se trompe, dit la femme qui savonne. Mademoiselle l'iiiliberle ne fait aucune réflexion, mais après avoir

un moment examiné le personnage qui lui arrive, elle lui dit :

— Que demande monsieur?

— iN'cst-ce pas ici chez mademoiselle Philiberte, blanchisseuse de fin?

— Oui, monsieur, et c'est moi qui suis Philiberte.

— Mademoiselle, ayant besoin d'une blanchisseuse, je viens vous offrir ma pratique...

— Alil monsieur, vous êtes bien hrjnnète... Est-ce que monsieur habile le (luartier depuis peu...

— Mademoiselle... je suis en effet depuis peu de jours à Paris... vous ne me blanchirez pas très-longtemps, car je ne pense pas y faire un long séjour...

— Ça ne fait rien, monsieur, et vous demeurez?

— Hue d'Amsterdam, tout près du chemin do fer...

— Rue d'Amsterdam! murmure la grande blonde, merci en v'ià une course! c'est pas moi qui lui porterai son linge!...

Pliiliberle trouve fort singulier qu'un monsieur qui demeure dans la Cliaussée-d'Antin, vienne chercher une blanchisseuse rue Folie- Méricourt. Elle examine Langlumot qui cherche de tous côtés une chaise, parce qu'il désire prolonger son séjour chez la blanchisseuse^ mais n'en trouve pas une qui ne soit chargée de linge.

— Monsieur, c'est donc quelqu'un à qui vous demandiez une personne pour vous blanchir qui vous a donné mon adresse?...

— Oui, mademoiselle... oui... car si on ne m'avait pas donné votre adresse... je ne serais jamais venu ici.

— II est de la force de il. La Palisse ! murmure la blonde, il n'a pas inventé les pétards !

— Et peut-on savoir quelle est la personne qui 'i donné nion adresse à monsieur?...

— La personne... la personne... pardon, niadcm \'selle , mais je cherche.

— Vous aviez un chien avec vous...

— Non, pas le moindre animal... mais je voudrais. . s'il y aiait moyen de s'asseoir, je vous avoue que je suis très-fati^'ué... n'Syaiit pas fhabitude de marcher dans Paris...

— Ah ! vous voulez vous asseoir... est-ce qu'il n'y a pas une chaise là... Fanfinette cherche donc une chaise pour monsieur...

— Elles ont toutes des robes dessus... dérangez donc ces robes-là... qui tiennent la place de trois personnes .. Quand nous purtons cela dans la rue à une pratique, nous sommes obligées de crier : Gare, comme si nous avions un cheval!

— Tenez, monsieur, si vous vouliez vous asseoir sur ce gros paquet de linge qui est dans ce coin .. vous y serez trcs-bicn...

— Volonticis, mademoiselle... je vous demande pardon... que je ne vous gène pas dans vos occupations...

— Oh il n'y a pas de risques!

Pendant que le campagnard s'arrasge de son mieux sur un groS paquet de linge, la blonde dit tout bas à Philiberte :

— C'est sur du linge mouillé que vous le faites asseoir.

— Tant mieux, ça le rafraîchira...

— Je crois que c'est un homme qui est amoureux de vous, ça, car il n'est pas possible!... il ne serait pas venu de la rue d'Amster» | dam ici pour se faire savonner!

— Je ne sais pas de quoi il est amoureux, mais je te réponds qm je le saurai bientôt... je vais lui tirer les vers du nez...

Et mademoiselle Philiberte s'adresse de nouveau à Langlumot:

— Monsieur ne m'a pas dit qui est ce qui avait eu Tobligcance de lui enseigner ma demeure?

— MademoisiHe, c'est dans un hôtel garni de la place Saint-Andrédes-Arts, où j'allais m'infurmer de quelqu'un... J'avaiB été écl«-

LE PETIT ISIDORE

boiissé par une voiture, mon gilet était couvert de boqe, et naturellement j'ai dit : « Je voudrais bien connaître ur.c blanchisseuse de fin... » Alors il y a le concierge qui m'a sur-le-cliamp donné votre adresse.

Mademoiselle Philiberte ne semble pas très-satisfaite de cette explication ; elle a même pincé sa bouAe lorsqu'on a parlé de î'hùti I garni de la place Saint André-dcs-Arts; mais au motiiait où elle va répondre à cela, la porte du carre s'ouvre cl une vieille bonne, fort sale, entre en criant comme si elle parlait Sx des sourds:

— Pourquoi que vous n'avez pas envoyé le caleçon h M. GiroOard, vous aviez promis qu'd l'aurait a deux heures en v'ià cinq, et nisco, c'est pas gentil ça!

— Eh! mon Dieu! M. GiroOard nous ennuie avec son caleçon... on ne peut pas servir tout le monde en même temps... il n'a pas que ce calicon-là, sans doute, il peut bien en mettre un autre...

— jloiisieur en a un second, mais il l'a donné à son tailleur pour qu'il lui renu;lli'des fonds...

— Ah! des fuiids à un caleçon... est-ce qu'il n'aurait pas plus tôt fait d'en acheter des neufs...

— Cerlaineiiient que monsieur en a les moyens... mais il prétend qu'on ne doit jamais faire de provisions...

— En voil^ un cancre!

— liiilin, mademoiselle, le caleçon est-il prêt... donnez-le-moi...

— >'nii, vraiment, il n'est pas fait... M. GiroUard peut bien attendre à demain...

— Non ! monsieur va ce soir au théâtre de l'Ambigu-Comique, et il ne peut pas y aller sans son caleçon...

— En voilà une sévère!... A quoi donc cela lui sert-il pour être au spectacle? est-ce qu'il croit qu'on n'entre pas sans ça?...

— Miiiisieur dit que ce theàtre-là est plein de vents coulis, et qu'il y attra|ii r.ut un gros rhume s'il y allait sans caleçon...

— Ali 1 quel viiux môme! qui a peur de s'enrhumer par là... il V)ussera voilà tout !

— Voyons, voulez-vous lui faire son caleçon tout de suite...

— Ah! nous avons bien autre chose à faire! voyez donc ces jupes empesées, c'est pour des demoiselles qui vont au bal ce soir, c'est bien plus pressé que la fausse culotte de votre maitre.

— Mademoiselle, je vous préviens que j'ai l'ordre de M. Giroflard de ne point revenir sans son caleçon; rendez-le-moi copaoi" »' «i^ .

— Je ne demande pas mieux..! Tenez ! .. Mademoiselle Philiberte est allée vers un baquet dans lequel

trempe du linge, elle y prend le vêtement demandé, le turd légèrement, puis le jette à la vieille bonne, qui le reçoit en plein visage et entre en fureur.

— C'est affreux!... c'est iuiligne!... Ah! voilà comme vous renvoyez vos pratiques... vous n'êtes pas des blanchisseuses... vous êtes... des débardeuses!

— Ah! ah! ah! elle est amusante, la vieille ; elle devrait jouer des parades avec M. Giroflard, orné de son caleçon!

— Je vais aller me plaindre au commissaire... à la portière...

— Et à la fruitière!... n'est-ce pas'?...

— Je vous ferai perdre tontes vos pratiques...

— Ah! je crois qu'elle a aussi besoin d'être savonnée, cette dame... Fanfinettc, prends donc le seau plein d'eau de savon.

La bonne de M. Giroflard se précipite vers la porte et descend les escaliers en criant :

— A la garde !

Les blauehisseuso* rient pendant i|nel(iues instants à se tenir les côtes, enfin on se calme, et M. l.an^lninnl ((ui, pindiuil tout ce temps est resté sur le paipiet de linge, ipionpi'd m: paraisse [las s'y trouver à son aise, se hasarde à dire:

— Elle a eu peur!

— Elle a bien lait de s'en aller, car elle aurait tout reçu. Dame ! monsieur, on n'est pas un ange! on n'a pas de la patience à revenilie.. Il ne faut pas que vous pensiez pour cela que nous sommes malhonnêtes avec nos pratiques; mais il y a des gens si ridicules! il faudrait tout quitter pour eux... et franchement, ces jupes de bal sont plus pressées que le caleçon de son maître.

— Je suis parfaitement de votre avis ; il y a des personnes trèsexigeantes. Je ne suis pas dans cette catégorie, et avec moi vous n'aurez jamai3 le plus petit mot...

— On voit bien que monsieur est un homme comme il faut... et qui n'a pas qu'une chemise. Monsieur coniiait du monde à l'hôtel de la place Saint-André-des-Arts?

— Oui... j'y connais .. c'es^t-àdire j'y cherchais quelqu'un... une personne à laquelle je porte le plus tendre intérêt...

— Une dame?

— iNoii, un jeune homme.

— Je le vois venir Ici! murmure la blanchisseuse en se tournant vers sa repasseuse; tu cherches mon petit marquis... C'est un créancier... mais il ne saura rien.

La porte du carré s'ouvre de nouveau. Une jeune femme, assez mesquinement vèlne, entie en disant:

— (;>st-il l'ait?

— Pas «Mor», nmmii'«ll« RM», mais ou est »^Sis. ronez, viiyw

Lisiska la repasse... Attendez un peu, ce ne sera pas long, et tous l'emporterez.

— Je veux bien, je vais attendre, car ce («auvre Adolphe e»l ur les épines... Vous concevez qu'il faut alooiument qu'il ait du linge tilai^c ce soir ; c'est la première reprérientation, et dan» la pi«ce, il figure à une grande soirée, costume de ville, malbeurËUStriuftit !^. et dame avec vingt &uus qa'il gagne par &oicée, il ne peut pas nager dans les chi niises...

— En v'iàun état!... vingt mus par soirée... pour figurer daBS un théâtre... et .se fournir ses costumes!

— Oui, quand ce sont des coutumes de »i!le; aittiîi, tous les figurants détestent ces piece>-là... Tandis que iarâqu'ils «ont habillés en Polonais, en Turc ou en Prussien, c'est le théâtre qui donne tes costumes.

— Pardi! il ne manquerait plus que de leur faire fournir ceuxlà... Mais quelle idée Adolphe a-t-il de ijuitter son elat de tourneur pour aller faire des bèti* s le soir sur l'-5 pLanrhesï

— Ah ! dame! que voulez-vousï la vociitionl on ne peut pas résister a ça... c'est plus fort que soi... Il voulait être acteur...

— Est-ce qu'il se croit acteur, par hasard?... c'est joli!... un acteur qui ne parle pas!...

— Oh ! mais il y a des pièces où un figurant a quelque chose à dire... on choisit celui qui a le plu.s d'aisance en 8Ct.ne, et comme Adolphe setient bien, c'est à lui qu'on a donné un petit r61e dans la pièce de ce soir.

— Ah ! il a un rôle dans la pièce !

— Oui, il doit dire an jeune premier: D'honneur \ mon cher comtt, votre bal est superbe'.... Aussi, si vous saviez, depuis ce matin; il n'est pas deux minutes sans repéter cette phrase-là... et puis il cherche des intonations... des manières de dire qui s'entendent bien !... Je lui demande ee qu'il veut pour son déjeuner, pour son diner: je n'ai pas pu tirer autre chose du lui que: «Mon cher comte, votre bal est superbe!...» Je crois qu'il en deviendra imbécile... voilà pourtant ce que c'est que l'amour de l'art... Ça avance-t-il, mam'selle Lisiska?

La grande blonde, dont l'habitude u'est pas de se presser, répond:

— Ah! écoutez donc... je ne peux pas aller plus vite... avecra qu'il faut tant de précautions... c'e^t de l'amadou, votre chemse.'.. on n'ose pas y toucher... Je vous préviens que les bouts de manche ont dansé le cancan !... pas moyen de les retenir, c'était trop mi'ir !

— Ah ! tant pis! je lui ferai des bouts de manches mousquetaires avec du papier blanc... ça setient même mieux.

— Faudra lui faire, aussi un col, car celui-ci est en loques... et s'il avait besoin de jabot en dentelles, vous savez, on prend un de ee» papiers découpés qui couvrent les boites de dragées, ça joue la valenciennes à s'y tromper.

— Oh! il ne mettra pas de jahot... c'est bien asseï d'avoir des gants... en voUà encore une dépense !...

— On les fait nettoyer... garantis sans odeur !

— Les siens l'ont été de|à trois fois, et ils empoisonnent. Dépéchez-vous un peu, mam'selle Lisiska... il est cinq heui'es et demie bientôt... je suis sur que Dodolphe est au desespoir...

— Ah! je ne peux pas me brûler pourtant... voilà un fcr qui «si trop chaud... Mon Dieul le spectacle ne commence pas par la pièc» nouvelle...

— Mais il figure dans la première... un paysan breton... Vous ne connaisse^ pas Adulpl^e : quand il p'a pas ses alTaii es toute» prêtes avant d'entrer en scène, cela l'inquiète et il manque tousses rôles...

— Il marche sur la tête, alors...

— Ah ! vous riez toujours... mais ce soir il parle...

— Eh bien, il dira: « Ahl d'honneur, mon cher bal, votre comta est superbe! »

— Ah ! le malheureux! il en est capable ! vous me faites fn-mir!.. 11 s'est déjà trompé une fois comme cela dans un drame; il devait dire : « Voilà la grande dame et son page, » et il a dit : « Voilà la grande page et son dame ! » Heureusement le public n'a pas compris.

— Tenez, voilà votre chemise... emportez... mais recommandez 1''» préwutions en la niellant...

— Oh! nous en aurons... Merci, mesdemoiselles... au revoir... On vous paiera la prochaine fois.

— Oui, oui, ça ne presse pas.

La femme est partie avec sa Chemise.

— Voilà une scène que vous n'aviez pas encora je Mns doute, nonsieur, dit Philiberte au provincial ; mais chez nous elle se rc- j r nivelle très-fréquemment ; on ne se figure pas combien il y a de* ' gens qui veulent avoir l'air olegant, parailiv dans le monde, et ou. n'ont que deux cJicmises!... Il» vont au s|>cclacl«i aux preinièfj-s Uiges... ils ont un lorgnon à l'ieil... il ine somblfl qu'ils f. r»ienl mieux dé s'acheter du linge... Tiens, monsieur so lève; istcequek monsieur s'en va?

— Non, mademoiselle... mais je ne si#s plus fatigué... je préfère être ilebout...

— Mmisieiir va me donner st>n nom et ton adresse, et dir« quand il veiil qu'on aille chez lui chercher s»mi linge...

— Oui, nud^moïKlk... oui... je vais écrire cela sur une o«ir««.„

LE PHTIT ISIUOIIE.

Langluinot fouille dans son portefenille ; mais, tout en fouillant, i te dit:

— Je ne suis pas plus avancé, je ne sais pas où se cache M. de la Carambole... Je n'ose le demander ouvertement... et pourtant je ne voudrais pas m'en aller sans avoir appris quelque chose.

— Tiens, Fantinette, dit la repasseuse, voilà la robe et le jupon de crinuJinc... emporte tout cela.

— Ah! mon Dieu!... comment donc ferai-je pour descendre l'cscaJier avec tout cela?

— Il n'y a pas moyen, dit Philiberte; c'est déjà assez difficile de di'scemlrc avec un seul objet. Ayez la complaisance de vous garer un peu, monsieur...

Langlumol ouvre de grands yeux à l'aspect d'une robe qui, avec SCS volants et son empois, a au moins douze pieds de tour, et lejupon présente autant de circonférence.

— Kst-ce qu'une dame sortira avec cela? dit- il.

— Oui, monsieur, et elle mettra les deux objets... Par exemple, il lui laudra une voilure pour elle seule; il serait impossible à deux dames de tenir dans le même coupé. Mais nous autres, quand nous nportons maintenant des robes à nos pratiques, nous tenons tout un côté <le la rue... Incessamment il nous faudra une escorte pour rendre l'ouvnige à nos dames... Est-ce que dans votre pays, monsieur, les dames ne portent pas des robes aussi boutlantes ?

— Cela commence, maiscela n'approche pas encore de cela... On se moquait des paniers des grandes coquettes d'autrefois, il me semble que ceci les vaut bien.

— Lisiska, descendez donc avec l'anfmette; vous porterez la robe jusqu'au bas de l'escalier.

— Ah ! que c'est embêtant !

Lorsque la grande blonde est descendue avec l'apprentie, mademoiselle Philiberte dit avec malice au provincial, qui cherchait toujours dans son portefeuille :

— 11 parait que monsieur ne trouve pas de quoi écrire son adressej mais je puis lui donner du papier et une plume...

— J'ai bien des cartes avec mon nom, mais mon adresse à Paris n'est pas dessus...

— .Monsieur me la dira... j'ai de la mémoire,.. C'est rue d'Amsterdam, je crois...

En ce moment, Langlumot passe sa carte à la blanchisseuse. A peine celle-ci a-t-eile vu le nom qu'elle part d'un éclat de rire.

— Est-ce que mon nom vous semble comique, mademoiselle? demande notre campagnard.

— Votre nom!... Ah! c'te farce... Mais je le connais, votre nom... Vous êtes l'oncle de M. Auguste... et c'est votre neveu que vous cherchez à Paris...

— Ma foi, mademoiselle, c'estl'exacte vérité; mais comment savezvous...

— Tiens, c'te malice... votre neveu parle de vous assez souvent! il ne cesse de s'écrier : « Ah! si j'osais demander de l'argent à mon oncle Langlumot qui est à Lisieux ! »

— C'est bien moi... j'en arrive!...

— Voyez comme on est bète... Si, au lieu de prendre des détours, vous m'aviez tout franchement demandé votre neveu, je vous aurais dit: «Monsieur, c'est ici dessus... il n'y est pas pour le moment, mais il va rentrer... » Et tenez, je l'entends qui monte avec son ami intime...

— Ah! enfin! Denique tandem\...

— Ah ! monsieur, si vous me parlez latin, je ne vous blanchirai pas>

XII — LE PETIT ISIDORE

On causait, on riait, on chantait dans l'escalier. Bientôt la porte du carré est poussée vivement, et un petit jeune homme entre chez mademoiselle Philiberte en riant aux larmes, et il se laisse tout de suite tomber sur le paquet de linge en disant :

— C'est magnifique ! c'est féerique! Fanfinette, tenant de chaque main une jupe bouffante, vient de mettre en fuite deux vieilles femmes qui ont cru que c'était une maison qui s'avançait sur elles. Ah! bigre!... sur quoi me suis-je assis?... c'est tout mouillé... On prévient les gens, au moins. Tiens ! un étranger!...

Quel est cet étranger...

Mais quel est donc cet étranger ?...

Avant que Langlumot ait le temps de répondre, un autre jeune liorame entre chez la blanchisseuse. Celui-ci est un grand gaillard, fort et de bonne mine ; sa figure n'est pas belle, ses yeux sont roux, et sonnez retroussé n'a pas une forme élégante; mais l'ensemble n'a rien de désagréable et semble annoncer un garçon de bonne humeur, qui doit très-bien manger et boxer.

Le jeune Isidore, au contraire, est très-petit détaille, mince, fluet, délicat j mais sa figure, sans être distinguée, a de la finesse et annonce

de l'esprit. Il est fort pâle de visage, ses yeux sont déjà cernés, et tous ses traits annoncent une fatigue précoce. Mais sa tournure est dégagée, alerte, et ne manque pas d'une certaine élégance, ce dont son ami M. Auguste est entièrement privé.

A peine ce dernier est-il dans la chambre, qu'il aperçoit Langlumot et s'écrie :

— Mon oncle!... mon oncle de Lisieux!...

Puis il reste indécis sur ce qu'il doit faire, ne sachant pas encore si son oncli! arrive avec de bonnes ou de mauvaises intention». Mais son ami Isidore ne le laisse pas longtemps hésiti-r, il le |Kiusse vivement sur Langlumot en lui disant :

— Eh bien! voilà cet oncle chéri!... cet oncle tant désiré... et lu ne te préci|)ites pas dans ses bras?... Voyez a-pendant coinme la joie produit de singuliers eflets!... Allons, Auguste!... c'est notre oncle!., ctoiiffons-le de caresses!...

Et le jeune Isidore, se lançant avec Auguste sur Langlumot, l'cnlao d'un côté, tandis que son neveu l'enl.icc^ de l'autre. Le premier ew. brasse le campagnard comme du pain, il baise jusqu'à ses favoris cl le collet de son habit; le neveu, qui ne veut f as rester en arriére, va embrasser son oncle sur le nez, lorsque celui-ci se soustrait enfin à ces étreintes en s-'écriant:

— Ue grâce! messieurs .. un peu moins d'effusion... Je suis touché de cet accueil... il ne m'étonne pas de mon neveu, mais je n'ai pas l'avantage de connaître monsieur...

— Moi, dit Isidore en essayant encore de se jeter au cou de Langlumot, mais je suis 1 ami intime d'.Xuguste... un autr.' lui-même... Tout ce qui le touche me touche également... par conséquent vous êtes aussi mon onile... vous pensiez n'avoir qu un neveu, vous en avez deux à présent!,.. J'en ai déjà pour vous tous les sentiments... laissez-moi vous embrasser ..

— Monsieur... je suis sensible à ces marques d'amitié...

— Vous in verrez bien d'autres, nous sommes prêts à vous donner les plus grandes preuves de dé vouement... n'est-ce pas, Augii.ste... Parle donc, sapristi !... il est si content qu'il ne trouve pas un mot à dire... c'est ce cher oncle... que nous attendions avec tant d'impatience... le voilà arrivé. .

— Comment, tu m'attendais, Auguste?...

— Mais oui, mon oncle... c'est-à-dire... comme vous n'avez pas répondu à ma dernière lettre... par laquelle je vous demandais de l'argent... je présumais...

— Que je viendrais t'en apporter... Aht mon gaillard!... vous êtes dans l'erreur... je vous cherche pour vous gronder, au contraire!

— Vous avez raison, monsieur, grondez Auguste, grondez-le beaucoup, car il travaille trop, et ce garçon là se rendra poitrinaire à force d'étudier.

— Il travaille trop... mon neveu? ce n'est pas ce que l'on m a dit, monsieur!... on m'a assuré, au contraire, qu'il ne songeait qu'à s'amuser... qu'à la'ire des folies!... des bamboches, tranchons le mot!...

— Ah! notre oncle! quels sont les calomniateurs qui ont dit cela? .\uguste ne prend pas assez de distraction, c'est là son moindre défaut...

— Et tout ce qu'il faisait rue des Enfants-Rouge?... du bruit... des scènes de nuit .. une seringue pour arroser ses voisins....

— Ah! je gage que c'est le portier qui a dit cela!... parce qu'un jour on est rentré après minuit sans lui graisser la patte...

— Enfin, mon neveu, je croyais vous trouver établi médecin... avec une petite clientèle... pour commencer..

— Médecin, mon oncle, mais je le suis...

— Mais il l'est, monsieur, il est médecin jusque dans la racine des cheveux!... Demandez à ces dames s'il ne les a pas guéries? l'une d'un mal de dents, l'autre d'un mal d'aventure... est-ce sa faute s'il n'a pas de clientèle... dans ce moment-ci il n'y a pas un malade à Paris...

— En vérité?

— iNon, monsieur... nous courons depuis le matin jusqu'au soir pour chercher des malades... pas moyen... enfin toutàl'heure, dans la rue, nous voyons un homme étendu par terre... Auguste s'écrie : «.\h! quel bonheur... voilà quelqu'un qui est malade probablement... il aura aftaire à moi...» et il s'empresse de se baisser pour secourir cet individu... celui-ci le repousse brutalement avec son poing, en lui disant . « Laissez-moi dormir!... » Cet homme n'était pas malade, il n'était que saoul, ce n'est pas notre faute... si Auguste avait pu le rendre malade, certainement il l'aurait fait... Permettez-moi de vou? embrasser...

— Quant à de l'argent... balbutie Auguste; mais son ami s'empresse de l'interrompre en s'écriant :

— Quant à de l'argent, nous n'en demandons pas... nous n'en avons pas besoin... Grâce au ciel, j'ai du credi-î, de belles connais sauces et un superbe avenir en perspective.. Tout ce qui est à moi est à mon ami... et pour prouver à ton oncle que nous ne sommes pas des pleutres, nous allons le mener dîner chez un des meilleurs traiteurs de Paris...

Auguste semble ébahi, mais son ami lui administre quelques petits coups de pieds en dessous pour l'engager à se taire; quant à M. Lan-

LE PETIT ISIDORE

glumot, cette invitation à tlinor dissipe entièrement ses préventions contre Isidore, sa (igurc s'épanouit et il s'écrie :

— Ma foi, j'accepie!... Allons, je vois qu'on vous avait calomniés, ^messieurs... et je suis enchanté de n'avoir pasà gronder mon neveu...

tar franchement C(da ne me va guère de gronder... Je ne suis pas de ces oncles moralistes qui frondent sans cosse... Je suis trcs-gai, moi, j'aime aussi le plaisir, moi... je suis encore très-jeune de caractère...

— Ah! (\w\ bonheur!... quel oncle aimable! du reste, vous annoncez cela sur votre physionomie; en vous apercevant je me suis dit : « Voilà un monsieur ipii a une bonne tôle!... »

— I'uis(iuc je suis à Paris, vous comiirenez bien que je ne serais pas fâché de m'y amuser un peu aussi...

— Oh! que cela est bien raisonner; mettre le temps à profit, voilà le préceple du sage... et celui du médecin... n'est-ce pas, Auguste, que le plaisir entretenant la gaité... est très-bon pour la santé?

— Oui, très-bon... c'est tonique...

— Vous entendez, notre oncle, le plaisir est tonique... mais plus je vous regarde... savez-vous bien que vous êtes aussi jeune que votre neveu...

— Oh! pas tout à fait!... répond Langlumol en se redressant parce qu'il est très-flatté du compliment.

— Ma foi! il y a peu de (liiïéreuce... Auguste, te rappelles- tu cet étudiant en médecine qui n'est jamais re^iu... il a l'air plus âgé que ton oncle...

— Je crois bien, il a cinquante-cinq ans...

— Notre oncle eu a tout au plus quarante!..,

— Oh!... j'ai i|iie!i|ue elnise avec!...

— Mademoiselle l'Iulilurle, je vous en fais juge, quel âge donneriez-vous à monsieur ?

La blanchisseuse, qui depuis quelque temps se mordait les lèvres pour ne point rire, répond en prenant son sérieux :

— Monsieur doit aller sur trente- huit ans.

— Eh bieni qu'est-ce que je disais?

M. Langlumot ne se sent pas de joie, il sautille dans la chambre en disant :

— Mes enfants... entre nous... je ne voulais pas vous le faire savoir tout de suite... mais je ne veux plus vous le cacher... je suis venu iei toucher un héritage inattendu... et qui s'est trouvé plus fort que je ne croyais... Or, ma femme... Horlense, ta tante, ne saura que le chiirre que je lui dirai... eh ma foi... nous pourrons nous divertir largement...

— Ah! scélérat d'oncle!... vois-tu Auguste... c'est un roué, c'est un Lovelace... Il va en taire de ces conquêtes à Paris... prends garde à tes maîtresses, il te les souftlera...

— Oh! messieurs... je vous prie de croire que je n'ai point d'intentions galantes...

— C'est bien... assez! nous ne vous en demandons pas plus; avec un physique comme le vôtre, nous savons l'elfet que l'on doit produire à Paris... En attendant, si vous n'avez pas touche votre héritage, voulez-vous de l'argent, notre oncle, ma bourse est à votre disposition.

(Jette fois , mademoiselle Philiberte se retourne pour rire, et Auguste pour faire semblant de se moucher, tandis que le campagnard répond :

— Merci, mon jeune ami, merci mille fois! mais j'ai louché... oh! je suis en (oiids!

— Voilà justement ce que je tenais à savoir, dit Isidore à l'oreille de son ami.

Puis il reprend :

— Maintenant, cher oncle, allons diner.

— Messieurs, vous m'oflrez à diner, c'est très-aimable et j'accepte; mais je paierai le café... je paierai le punch...

— C'est bien... nous verrons si nous voulons vous laisser payer quelque chose... eu roule...

— Ah! un moment... permettez, je voudrais pourtant bien savoir où demeure Auguste...

— Ici dessus, mon oncle... avec Isidore...

— Oui, provisoirement... jusqu'à ce que nous ayons trouvé quelque chose de convenable... c'est un pied-à-lerre que nous avons en attendant...

— 11 y a donc encore du logement ici dessus?

— Comment s'il y en a, mais de fort beaux ; à Paris jilus on monte, plus les logements sont coipiets... Panlieu, notre oncle, venez un peu avec nous .. vous allez voir notre petit local.

— Volontiers.

Auguste regarde son ami avec inquiétude, mais celui-ci, toujours plein d'assurance, ouvie la porte et sort en disant :

— Suivez moi, notre oncle.

— S'il lui fait voir notre grenier, ce sera joli! dit le gros Auguste à Philiberte, mais celle-ci hausse les épaules eu repondant :

— Laissez donc!... vous ne voyez pas ([u il préiwre une farce!... il . est fièrement fuiot ce pelit-là!

Ce\iendaul M. I.aiigluiuot a suivi le petit jeune homme, ils montent un cinquième vUv^v cpoesl beaucoup plus étroit que les aulres, et que pour cette raison sans diHite on juge inutile de balayer. .-Urive au

sommet on trouve un petit palier et deux portes; l'une, qui ne ferma qu'au loquet, est enjolivée de desbins au charbon qui font sur-lechamp deviner ce qu'elle cache; I autre est ornée d'une carte clouée au-dessus de la serrure, et Isidore s'empresse de montrer cette cart« à celui qui le suit, en lui disant :

— Hein... direz-vous encfjre que votre neveu n'est pas médecin... voyez cette carte... lisez : Auguste Langlumot... D. M. P.

— Qu'est-ce que cela veut dire?

— Ah! notre oncle... qui fait scmbl nt de ne point savoir que D. .M. P. signifient docteur médecin praticien.

— C'est vrai... c'est juste... je l'avais oublié, .en efiet, cela y est bien, parole d'honneur, cela me fait plaisir de voir cela!

Cependant Isidore a ajmmencé à fouiller dans une poche, puis dans une autre, puis dans ses goussets... puis il retourne à ses \>oches, et tout cela avec des mouveuicnts d'impatience et en murmurant : — Ah ça. ..qu'est-cequc cela veut dire. ..je l'avais... c'est moi qui ai fermé la porte quand nous sommes sortis ce matin, pour aller au cours de... clinique... et je puis plus la trouver... ah! mon Dieu... je l'ai donc perdue!...

— Qu'est-ce que vous avez perdu ?

— Parbleu, notre clé... la clé de notre appartement... en voilà un guignon...

— Auguste ne l'a point, par hasard?

— Oh! non...c'esttoujoursinoi(iui ferme... n'est-ce pas,Augtiste.... tu n'a pas la clé de noire logement...

— Moi, jamais !...

— Vous l'entendez il ne l'a jamais! ah! que je suis contrarié '

— Que voulez-vous? c'est un petit malheur... vous ferez ouvrir par un serrurier...

— Oui, je chargerai mademoiselle Philiberte de ce soin ; ce sera très-long et très-difficile, parce que c'est une serrure de sûreté.

— Alors, allons diner, car j'ai très-faim.

— Ah! que je suis vexé... moi qui voulais mettre un habit... changer de gilet...

— Vous êtes très-bien.

— Moi aussi, dit Auguste qui comprend enfin son ami, je voulais changer de paletot...

— il est certain que le tien est un peu râpé, mon neveu; mais, bah ! entre hommes... Allons diner, messieurs...

— Allons diner.

Et en passant devant la blanchisseuse, dont la porte est restée ouverte, Isidore ne manque pas de lui dire :

— Mademoiselle Philiberte, je vous charge de faire ouvrir noire porte, s'il y a moyen, mais avec toutes les précautions imaginables .. C'est une serrure Fichct... je ne veux pas qu'on l'abime.

— C'est bien, compris, compris.

— Puisque nous sommes dans ce quartier, dit Isidore, nous allons dîner chez Bonvalet : c'est le Yéfourde cet arrondissement... Donnezmoi votre bras, notre oncle Toi, Auguste, prends-lui l'autre

Nous sommes si heureux de vous tenir la entre nous... Où peut-un être mieux qu'au sein de sa famille f Nous chanterons cela au dessert.

— Mes amis, je suis vraiment sensible...

— Dites : « Mes neveux, » cela me fera plaisir...

— Permettez, mon cher monsieur, vous allez me trouver curieux mais j'aime à savoir à qui j'ai affaire... Pourquoi vous appelle-t-ini le marquis du Caraniliolage?

— Eh! mon Dieu, cher oncle, c'est un sobriquet que des amis comme Auguste m'ont donné parce que je suis tres-forlau billaril... c'cï-t-àdire à ce nouveau jeu sans blouses qu'on appelle encore le billard, mais qui n'est plus que le carambolage...

— Il y a donc à Pans des billards sans blouses?...

— Il n'y a presque plus que ceux-là... Comment, notre oncle, vous êtes si arriéré à Lisieux?...

— Mais je possède chez moi un billard, j'y suis même d'une trèsjolie force, je carambole quelquefois; mais je fais aussi le bloque, le doublé... Oh! je blo(|ue surtout adinirabeineiil!

— Ça lie se joue plus... on ne connaît plus ^-a... faire une bille au même!... Mais tout le monde dirait : a D'où vient donc ce monsieur?... »

— Je répondrais : «Je viens de Lisieux.... »

— - Ah! ah! il est charmant!... Après cela, il n'y a i>;is encore de loi qui deleiule de jouer au billard comme auln~fois; je ferai votre partie, cher oncle... et je vous ferai des ellils de queue iuagi>iues!

— Kl moi, des bloques fumants.

— El moi je manpierai les points, dit le gros Auguste, qui est tri^sconlenl d avoir trouvé celle phrase.

— Mamteiiaut, ivprend l.auglumot, me voilii renseigné sur votre nom de Carambolage; me ponnetlez-vous d'autres questions?... Je suis curieux, mais c'est riialulude des provinciaux. Et puis, comme je vous le disais tout à l'heure, je tiens à connaître les perk>iiues auxquelles je donne le bras.

— Et vous avez bien raison... il y a dans Paris tant de gens »Mqiiels on ne voudiail pas le donner 1,.

LK PETIT ihiunnii.

— Aliir>, vniis riciiM'ï uwa quéittioit»?...

— lu (dm |ilu:i, jt' li'H a|i|iruuve.

— Un vmiK nudliiir irtidiire; uiuJB ceci n'ciit prubat>l«iU«nt qu'un nuin lit' bapd^nc... ^iiul «ël vi'lui di; voliu (aiiiilleY...

Isiilori' laclii' vivriiiL'iit le liras di- l.aii{<luil|cil( il lire koii iu»U(:li»ir de sa pOclic, iiuiiwh! uu ([[éiiiiKKi'iitéiU^ sie luuucliu cuiiime b'il vi^uLil s'arracliir le iw7. et bâibulie d'une von eiitrccmutéc :

— Ah ! iiiiiMSU'Ur, 'iiicllc tnnle vcncï-voui» de touilier !...

— Pardon... je sm» dt'hulé... Je vois que je voM i'U|Ji)ulle di's |ki U..S doiiloiiniisfs...

— Noii, <uo(tsi('ur, aucune perU;!... juuis loj'squf! je bui» fwcé de me souvenir de nia position... et pourtant je n'en Ui£ point in>»teru... car on ne doit roiijçir que de «'S pivpres laultfs... ttes-vou» du cet avis?

— Ëntiérenuiit... vos parent» auraient coiuinis... det> fautes...

— ils ont cuuinii» ectle de lu'abanduiiner, iui>)ibicur ; je fcuis un malheuiviux eutaut trouvé... élevé par la eliarite publique...

»- Alil mon Oieu... pauvre gart;on... que lue dUeb-vous là? ..

— Je dis ce qui est. . On m'avait donne l'état de menuisier, mais j'avais des dispositions, un peu d'esprit, j'ai étudié, je me suis t'ait ce que je sui«...

— Mais ces espérances que vous aviez pour l'avenir...-

— Je les ai toujours, tl ces espérances ne sont pas chimériques : le soin que l'on pi-it d'M)outi.'r un chiH'ie et une date à iiiuii nom... les recîoiiiniaïKlatioiis tiduvtrs sur moi, l'assurance qu'un jour on viendrait me ri|ii\iiilre; tout devait lui' convaincre que je n'étais pas né de pareiils vulj<aires... Uepui» que je Buis en état de raisonner, j'ai fait des recherches, des dcuiarches... elles n'ont pas été sans résultat!...

— En vérité... vous avez découvert vos parents?

— Je ne puis pas dire encore positivenieflt leur nora... mais je sais que ce sont de grands personnages... très-haut placés et très-riches,., immensément riches !...

— Ah! diable... ce sont puut-ètre des gens qui avaient éinigré à l'époque de... enfin, à une époque quelconque?

— Mon cher monsieur Langlumot, maiateiiaiit vous m'offririez des monceaux d*or pour parlct', que je ue vous en dirais pas plus... l'honneur de ma maison y est attaché! ..

— Jeune homme, je lespei-te votre silence... Pas un mot de plus sur ce sujet.

— Voil.i mon traiteur.

Ces niessiem's rntriMit diez ft^nvalet et vont s'«sscoir au premier, sous la tente qui a un l'.uix air des jardins de Sénuratius.

— Mes enfants, dit Langluniot, c'gfct à vous de commander, mais je vous préviens que j'aime tout.

— Soyez tranquille, nutrc oncle, ayez confiance, noas savons commander un dîner... Demandez à Auguste si je m'y entends; je vais faire notre carte.

Le petit marquis du Carambolage fait un menu d<gnc de Brillât' Savarin. Les meilleurs mets, les meilleurs vins sont servis à ces messieurs. Langlumot est ejichanté, il trouve tout délicieux ; puis, à chaque plat qu'on apporte, s'écrie :

— Mes neveux, il me semble que c'est gentil comme cela... nous pourrions nous arrêter là...

— JNous arrêter, notre oncle, mais notis ne sommes pas au milieu du repas... Ati! lorsque nous traitons, il tant que rien n'y manque... nous i'ditiOHs bien les cliososv

— Je m'en aperçois... Comment, encore d'autre vin... ce Pomard était a-pendant excellent...

— Chii, mais ce C'haaibertin sera supérieur... et d'ailleurs il faut varier...

— C'est juste, in varietattl...

— Garçon, qu'est-ce que vous nous donnerez pour le coup du milieu... *

— Ces messieurs veulent-ils des sorbets?...

— Non, donnez-nous à chacun un verre de chartreuse... de la verte... cela précipite bien mieux...

— Ah ça, mes neveux, qu'est-ce que vous me faites encore boire là... savez-vous bien que je commence à être très-gai...

— Ceci, notre oncle, dissipera comme par enchantement tout le spiritueux des vins que vous avez bu, et vous pourrez recommencer sur nouveaux frais...

— En vé'rité... voilà qui est précieux alors... buvons... C'est fort... »3la ressemble à de l'absinthe... mais c'est bon.

Au second service, on prend du Porto, du vin du Rhin et du chamagne. M. Langlumot voit des illuminations partout ; Auguste, iiial-

^Te son îiabitude dé boire, est aussi très en train, le petit Isidore seul '. Conservé tout son sang-froid, en feignant souvent de vider son

<erre lorsqu'il ne faisait qu'y mouiller ses lèvres.

— Nous prendrons le calé ailfers, n'est-ce pas, notre oncle?

— Ocri, ailleurs... nous prendrons un peu l'air avant... cela me fera du bien...

— ^ous irons faire une partie de billard... 'Vous êtes de première force, à ce qoe m'a dit Auguste, je veux lutter avec vous...

^ Oui, nais «Tec des blou£es...Àe ne joue pas sans blouse, moi I...

— CeU convenu : le bloqué, le doublé, nous ioueronb tout... Oaiçon, la carte!... Avez-vou» bien diné, notre oncle'/

— Oh ! parfaitement !

— C'e«t que ta vuutt du«iriei encore t|uelque cliubi', il ne faudrait pas vous gêner...

— Mes ihers amis, vous m'anz traité coiimiu un prince... et j» n'oublierai jamais cette réception.

— I)u Kioineiit que VOUS etei content, nous sommes sutiofails,

— Monsieur, voici la carte...

— Uonnez... c'est moi que cela regarde !

Isidore a pris la cartti, il txuminu l'adililion, en disant ;

— Cinquante-deux lianes souante-quiiize... Au premier abord, céi» semble cher; mais, quand on a été bien, c'est l'essentiel... Nous dihtiRi .. cinquante-deux lianes...

El le petit jeune ttuinme fouille dans sa poche, comme quelqu'un (pii est sûr (I y trouver un porli-uioiinaie bien garni; puis, tout à coup, il part d'un éclat de rire et regarde Auguste, en s'ccriaiit :

— Ah ! ah! ah !... dis donc Auguste, elle est bonne Ui plaisanterie... moi qui cherche mon porte-monnaie... comme probablement tu chercherais le tien... et ils sont dans nos autres habits que nous allions nuttre en rentrant chez nous... Je ne pensais plus à la perte de la clef...

— Ah! c'est pardieu vrai!... Je l'avais oublié aussi... Ahl ah ! c'est fort drôle...

— Eh bien ! si ce cher oncle n'était pas avec nous, nous ferions une jolie figure, à présent!... mais, grâce au ciel, il est avec nous!

— Qu'est-ce que c'est donc? dciuande M. Langlumot en otanl un cure-dent de sa bouche.

— Eh ! pardieu, notre oncle, c'est que notre bourse, notre portemonnaie est dans le vêtement que nous allions mettre eu rentrant chez nous... mais vous savez bien que j'ai perdu ma clef...

— Oui... oui... vous.n'avez pas pu rentrer, je me le rappelle.

— Eh bien! il s'en suit que nous nous trouvons sans le sou... au moment de payer la carte...

— Ah! ce pauvre garçon!...

— Mais, heureusement, vous êtes là... Prêtez-nous bien vite de l'argent, que nous fassions honneur à nus aflaires... Je n'ai pas besoin de vous dire que vous serez rembourse des que notre porte ser». ouverte...

— Oh! c'est très-bien... Quelle somme voulez-vous?

— Donnez-moi cent tranc.s, noire oncle... ou plutôt, donnez-moi tout de suite une quinzaine de napoléons, je vous en rendrai aussi facilement quinze que cinq; et, au moins, si nous voulons encore vous oll'rir quelque chose ce soir... nous u aurons plus besoin d'avoir recours à vous... ce sera plus convenuble.

Langlumot sort de sa poche une grande bourse en soie qui Mt bourrée de pièces d'or. Il en donne quinze au petit jeune homme eu bredouillant :

— C'est juste, mes neveux, c'est bien plus simple comme cela, et vous me rendrez cela... quand on ouvrira votre porte... Oh! je ue suis pas pressé... Allons prendre l'air.

Isidore paie la carte et met le restant de la somme dans sa poche, en repoussant la main que lui tend Auguste par derrière son oncle. On sort de chez le traiteur. Après quelques tours de boulevard, on entre axi café et on monte au billard. Le café dégrise un peu le provincial, qui veut alors faire des prouesses au bdiard et provoque l'ami de son neveu eu lui disant :

— Je vais vous battre à plaie couture.

— Je gage que non... intéressons la partie...

— Je le veux bien. Jouons le café et le punch...

— Permettez. Nous ne pouvons pas jouer cela, puisque vous nous avez offert de les payer... Nous avons payé le diner, vous avez dit : « Je paierai le café et le punch... »

— C'est vrai, je lai dit... je ne m'en dédis pas...

— Alors, jouons cent sous la partie...

— Fichtre! c'est bien cher!...

— Puisque vous êtes certain de me gagner... Ah! vous avez peur... I

— Moi! jamais... Cent sous la partie... en vingt-quatre... et nous J jouons tout '

— Eclairons, cela vaut mieux.

— Qu'est-ce que vous entendez par éclairer? il me semble qu'il fait bien assez clair ici.

— Nouveau style de joueur, notre oncle, cela veut dire : « Mettons au jeu. »

— Ah! éclairons veut dire ; s Mettons au jeu... » Sommes-nou» rococo à Lisieux... Soit, j'éclaire.

— Et moi de même.

— Et moi je marquerai les points, dit Auguste, et je demanderai au garçon s'il n'y a personne de malade dans son café... parce qu'enfin il ne faut pas négliger les aflaires...

— Voyez-vous quel neveu modèle vous avez : il pense à chercher des malades même en buvant du punch... Ah ! notre oncle, que vous êtes heureux!

Langlumot choisit une queue de billard, il y met du blanc, et oa

LE PETIT ISIDORE

eornnioncc à jouer. Le campnqnnrd joue bien l'ancien jeu; mais le petit Isidore fait faire à ea bille des cfr.ts si étonnants, qu'à chaque coup il ca^alMl)(J^^ Son adversaire, éblmii, étonné, ne sait plus ou il en est, et naturellement n'en joue que plus mal. Isidore a gaçné six parties avant que Langlumot ait jamais dépassé six points. Il s arrête en disant :

— Sapristi, mon cher ami, je ne m'étonne plus si on vous a surnommé le marquis du Caraniljolaje! Je n'ai jamais vu jouer comme ça. Miii, qui SUIS très-fort, je- n'y su.'? plus du tout

— Ecoutez, notre oncle, comme ie veux vous donner votre revanche, si vous voulez, maintenant, lee carambolages ne compteront pas.

— Ah! bravo! j'accepte; comme cela je serai de force.

Le provincial se trompait encore; car, avec les effets qu'il sait taire faire à sa bilie, Isidore, lorsqu'il a fait une rouge au même, se trouve constamment replacé pour la faire de nouveau. Langlumot perd encore six parties. Il commence h prendre de l'humeur, lorsque son aaversairc, qui no veut pas le dégoûter du billard, lui en laisse gagner (Il-ux. Et comme tout cela a été arrosé de beaucoup de puneli, on fait aisément croire à Langlumot qu'il a regagné autant de parties qu'il en avait perdu,

— C'est assez, dit Isidore, nous sommes d'égale force. Nous n'avons rien fait.

— Vous croyez? il me semblait avoir perdu quelques piccs de dix francs?...

— C'est une erreur, notre oncle, j'ai toujours le même compte dans ma poche; je ne puis pas rae tromper.

— Vous allez me reconduire, mes enfants, car je me sens un peu étourdi, et la nuit... je ne connais pas Paris comme vous... je pourrais ra'égarer.

— Oui, cher oncle, dit Auguste, qui est bien aussi étourdi que M. Langlumot, parce que, ne jouant pas au billard, il a jugé convenable de boire le double des autres, oui, nous allons .Yous reconduire; et, eheiiiiu faisant, je chercherai des malades..

Isidore allonge un coup de coude à son ami, en murmurant :

— Tais-toi. Tu deviens idiot. Est-ce que tu comptes chercher des malades au coin des bornes... comme les chiffonniers cherchent des chiffons...

— Je mets l'oncle dedans!...

— Mais tais-toi donc!...

— Que dit Auguste? murmure Langlumot, en s'agrippant au bras que vient de lui tendre Isidore, qu' s'est mis entre lui et son neveu.

— Il dit qu'il a mal aux dents... mais il en est bien aise, parce que cela lui fournira l'occasion de se guérir... Ah! notre oucle, si vous pouviez tomber malade... c'est alors que vous pourriez juger des talents, des connaissances de votre neveu.

— Oui, mais je vous avoue que j'aime autant me bien porter.

— Je comprends cela ; mais voyez comme vous êtes dans une belle position: si vous tombez iiiakiilc',vous avez votre médecin sous la main.

— A-t-ll deja l'ait qurlque belle cure?

— Je vous l'ai dit : nuiileiiioiselle Philiberte, qui avait au petit doigt un mal d'aventure qui menaçait de gagner l'épaule. C'est un gareon qui ne demande qu'à percer.

Tout en causant, en se soutenant le mieux possible, on arrive rue d'Anisleidani, devant l'hôtel habité par Langlumot. Celui-ci s'aiiéte en disant :

— .Me voici à mon domicile...

— Diable!... c'est un joli hôtel... cela doit être très-bien tenu...

— On y est parliatement; les chambres sont élégantes, rien n'y manque; les domestiques sont pleins de zèle... Oh! c'est un hôtel comme il faut... Bonsoir, mes neveux...

— Ah! mais, attendez donc, notre oncle... j'y songe, moi... Et toi, Augusie, tu lie songes donc à rien?...

— A quoi veux-tu que je songe?..,

— Lli! pai bleui à savoir ou nous irons coucher. Puisque nor.s n'avons plus la clef de notre appartement, nous ne pouvons pas rentrer chez nous... il est donc fort inutile que noui» y retournions...

— Ah! c'est, ma foi, vrai!

— Comment, dit Langlumot, vous croyez que le serrurier n'aura pas ouvert votre porte?. .

— C'est plus que probable; d'abord il était déjîi tard, et, à Paris, •n ne trouve jamais de serrurier le soir.

— Mademoiselle Philiberle vous prêtera une chambre...

— Oh! notre oncle! ipie dites-vous là?... raademoii-elle Philiberte, une personne si scNère sur les iiiieiirs... nous prêter une chambre pour eouelier .. jam;iis! N'est-ce pas, Auguste?...

— Mademoiselle l'hihberte!... elle nous lielierait dehors...

— lili mais, nous voilà bien embarrasses quand nous avons de vant nous nuire affaire : clI hôtel, paidieu! notre oncle va y demander une chambre à deux lits pour ses neveux. ..et cela ira tout seul... N'est-ce pas, notre oncle? car vous ne voudriez pas nous exposer à coucher dans la rue... à être ramassés par la patrouille... et connue nous nous réclamerions de vous, demain matin, on viendrait vous prier de passer au corps de gai'de... Ce serait joli!...

— Non, sans doute, je ne veux pas de cela... je vais deraind<-r une chambre pour vous deux, mes amis, et vous passerez celte nuit dans mon hôtel.

— Voilà un oncle charmant !... mais il ne pouvait pas faire moins pour ses neveux.

Langlumot entre dans l'hôtel avec les deux jeunes gens qu'il présente comme s<;s neveux, et Isidore ne (banque pas de l'appeier : Mon oncle! à chaque mot qu'il lui dit. Sur la reciiuimandation du provincial, qui est déjà depuis douze jours dans l'Ii/Jtel où il e^t connu, on s'empresse d'installer MM. Auguste et Isidore dans une jolie chambre à deux lits, doux et moelleux, dans lesquels ils se bâtent de se fourrer, après avoir dit à Langlumot :

— A demain.

— Eh bien, s'écrie alors le petit jeune homme, en se tournant vers son ami, comment trouves-tu que j'ai conduit cela?... il me senibit que tu dois être satisfait...

— Et toi aussi, tu as les poches bien gamifs, toi!...

— Grâce à moi, ton oncle nous a déjà payé un délicieux dîner t\ tout ce qui s'ensuit. Maintenant il nous loge... il nous hélierge...

— Oui, pour une nuit !

— Imbieile! Tu crois donc que notre porte s'ouvrira comme cela tout de suite... On est très-bien dans cet hôtel... et je te promets que nous y sommes pour quelque temps.

Page 1