XVI. — UNE PORTS DIFFICILE A OnitlR
Auguste et son ami Isidore se sont trouvés très- bien couchés dans l'hôtel de la rue d'Amsterdam, et en s'eveillanl le matin d;uis cetlo chambre élégante, coiifort;ible en tout, et qui n>s<iiilile si pou à l'opèce de grenier qu'il.< habitaient au-dessus de madeiiioisolle l'hilibej-le, ce petit dialou'ue s'elabht entre le,- deux jeunes jTi-ns :
— Dis donc ! eh ! là-Kis, toi, Auguste, est-ce que lu aor* encow T...
LE l'ETlT ISIDORE.
— Ua foi, je m'évi-illn i\ l'iiistnnt... on est si bien ici... si inullument fiiiu'hi'... panil<' irimniii'iir (ii> passcTail sa vie dans son lit...
— Tu vas un p«n trop loin. . niuis «s qn'il y u do leitaiii, c'est I) l'on est an nu iix d.iiis cet liôlil... et conunu pour lu niotm'nt non» étions loin d'avoir chez nous lonlrs ees petites douceurs qui uniliollissent l'existence, il nie senilile i|u'il l'aut nous arranger pour rester ici lon^'icnips... aussi lolij,'l'iuiis ipic ttPii oncli' restent à l'an»... p«ico iiiiu naturellement nous soniuies dans cet hôtel bous sa rccomumnilalion, et c'est lui paiin'a ihHii; dopi'nse...
-^ Je ne demande pas niiiux, mais notr» porte ne peut pas rébisl*r loujoui-s aux ett'oils des seriuiiers.
— Ne t'inquiètu pas de cela, ça me ^e^arde... je ne mancpicrai pas le raisons à donner... Lnire nous, eher ami; ton oncle que je viHière, me je porte dans mon ccuiir, ne me fait pas roUet d'avoir inveiité les lysu-jMimpes... autn nient dit, je le crois facile à faire tourner. Il a
..u l'amoup-propre, il veut encore avoir l'air d'un jeune hoinine, voilà dos faiblesses que nous nuttrons à \)Polit pour le retenir à Haris, pont qu'il y prolonge son séjour uuléliniment... car tant qu'il y .sera, nous vivrons bien, nous nous aiiiusorous, nous ferons joyeuse vie, et cY-st lui qui paiera, cela va tout seul, les neveux n'ont pâsl'liatiitnde ilo paver pour leur oncle. Il a fait un liérilagc!... un liéritaf,'e plus coii>iilérable qu'il no li^ pensait, et sur lequel il ne comptait pas...
— Kt dont il n'a pas besoin, dit Aiii,'uste, car il est fort à son aise. Mon oncle Laiigluinol a bien douze mille francs de renies, sans complor sajnaison & Lisieux, qui est trcs-belle, et son clos qui est très-grand...
— tomiiinU! il a douze mille francs de rentes, une maison et un clos... et il reiuportait là-bas son héritage... nous ne devons pas soulFrir cela... d doit le manger avec nous.
— Si tu le lais souvent jouer au billard comme hier, cela ira vite...
— Silence, gros Auguste... mou cher ami, quand j'ai eu l'avantage de faire ta connaissanci', que t'ai-je dit?
— Tu m'as dit : « Votre caractère me plait, le mien vous va... soyons amis; renouvelons Achille et i'atiocle, Ore>le et fylade, filthias et Damon, incitons tout ce que nous avons en commun... » j'ai dit : « Je le veux bien. » Seulement alors j'avais encore sept ou lunt cenU francs devant moi; toi, tu n'avais pas un centime... voilà ce que nous avons mis en commun...
— Vous ne dites pas tout, gros Auguste, j'avais, ce qui vaut mille fois mieux que l'argent... j'avais le génie, l'imagination... l'esprit!... avec lesquels on se crée des ressources lorsque l'argent fait défaut; de ce côté -là, cher ami, vous ne pouvez pas vous llattcr d'être aussi riche que moi... j'espère?... mais, de votre côté, vous avez la force physique... vous boxez coniniu un Anglais; quand vous enlevez voire homme, vous le jetez en l'air comme une plume... vo;-. >otre apport dans l'assucialion. Je me suis dit : » Dans notre existence de plaisirs, de foies, on rencontre qui Iquefois des gens de mauvaise humeur qui ne prennent pas bun les plaisanteries... moi, je sois mince, délicat, je ne suis' pas fort, enliii, eh bien, Auguste sera là pour rosser ceux qui se fiichcron.1... il nie semble que c'était assez bien imaginé... comme cela à nous deux nous réunissons tout... aussi, depuis que nous sommes inséparables, nous avons lllë des jours tissés d'or et de soie...
— Mon argent a (lié aussi, nous n'avions plus de crédit, et sans mademoiselle Philibcrte, chez qui nous trouvions encore la table et le logement, puisque la petite pièce mansardée, où nous couchions dépend de son apparleraeiit... nous étions sur le pavé...
— Eh bien!... cette hospitalité que nous a ofierte cette blanchisseuse digne d'être Écossaise, croyez-vous que ce soit à vos grosses joues que nous la devons?... ne savez-vous pas que depuis longtemps ■£tte industrielle en tient pour votre ami... iiarce que je Un ai dit uue je I épouserai peul-èire quand je retrouverai mes parents... pro-
cssc que je n'ai nullement l'intention de tenir...
— list-ceque vraiment tuas l'espoir de les retrouver tes parents?
— Pourquoi pas? on a vu des choses plus extraordinaires... j'ai ous les renseignements à fournir pour .me faire reconnaître... les ionis, les dates ..
— Et qui te fait penser que tes parents sont riches?,..
— Quant à cela, cher ami, je n'ai aucune certitude, mais voilà ce :iueje misuisdil ; « Lors^u'en se'séparant de son enfant on a bien : oin de mettre dans son berceau un écrit avec les nom, prénoms, lates, tout ce qui est nécessaire pour le reconnaître plus tard, c'est
■ m'on a l'intention de lui rendre un jour la position dont on a été iitomentaiiement forcé de le priver... ce ne sont pas ordin.iirement les pauvres diables qui font tout cela... tant de soins, tant de pré-
■ autions annoncent quelque chose pour l'avenir... Voilà pourquoi je puis espérer de trouver un jour mes parents... d'avoir une brillante |iosition... les epifants si bien recorfriftandés arrivent toujours... et •c'est" pour cela que j'ai trouvé bon de... »
— De quoi?...
— Il est inutile que je t'en dise davantage. Levons-nous vivement et allons présenter no.* devoirs à notre oncle... ne le laissons pas déjeuner sans nous... ce serait une faute impardonnable!
Les deux jeunes gens s'hat)illeut et se rendent près de Langluulot qui est en train d'a<à«ver sa todette.
— Bonjour, cher oncle...
— Ali ! messieurs, je vous salue... je nie disai» : c Eit-e« qu'lh sont partis sans iiid dire adiuul »
— Ah ! cher oncle, pour qui nous pnnez-vou»?... et d'ailleurs, avant de partir, il faut être lertaul de pouvoir arriver... ie v;ùj écrire un mot à madcnioiscllo Philiberle, alln do savoirsi notre porW (st ouverte... J'enverrai un coiiiniissionnaire... il na iMiidinl que nous déjeunerons... car vous déjeunez, n>«l-ce pas, notre oncle?...
— Ceilaiiicmiiil, mais babituellemeiiljo prends ce rtpas ki... on m'y sert tout ce que je veux, et c'est fort bon.
— Alors, mon oncle, nous déjeunciims ici avec vous...
— Volontiers, messieurs... je vain donner des ordres en conséipience...
— Je vous proviens, notre oncle, que j'ai grand appétitl
— S'oyeï tranquille... Oh I la maison est bonne...
— Ksi-il frais et vermeil, ce matin, notre oiulc!...
— Et comme il sent bon... le jasmin... l'orange...
— Est-il coquetr... vous vous parbiniez !...
— Ma foi, je mets ce que je trouve là, sur cette toilette... c'est trés-conlorlable dans cet hôicl... Allon-, écrivez votre lettPf... je vais commander le déjeuner...
Isidore sait ce qu'il doit écrire à mademoiselle Philiberte ; ta missive est bientôt écrite et envoyée, puis on se met à tablé devant un joli déjeuner que l'on sert dans une pièce qui précède la chambre de Langltiniot.
Tout en déjeunant, Isidore dit au provincial :
— Que comptez-vous faire aujourd'hui, notre oncle, avez-voug des iirojets? ..
— Je comptais aller faire une petite promenade au bois de Boulogne, qui, à ce que j'ai appris par les journaux, est en train de devenir un séjour enchanté, un jardin anglais, enfin, qui n'ejt pas reconnaissabic...
— Voilà une excellente idée... Oui, le bois de Boulogne esttotalemi'iit transformé, vous y verrez des rivières, des rochers, des cascades.
— Y a-t-il encore des arbres?
— Oui. mais moins qu'autrefois. De plus, vous v verrez de» femmes charmantes, des toilettes éblouissantes... C'est îà mainiénant que la belle société se donne rendez-vous de trois à six heures.
— Oh! alors je me mettrai en habit!
— Je vous le conseille. Pardieu, nous irons avec vous, cher oncle... Il y a souvent des actrices... des danseuses de l'Opéra... pous vous les ferons connaître.
— Cela nie fera plaisir .. Mais dites-moi, je pense que vous ferez aussi un peu de toilette, toi surtout, Auguste, tu as un paletot bien usé...
— Oui, c'est vrai, il est un peu négligi;... mais c'est que...
— Soyez tranquille, notre oncle, reprend vivement Isidore, en marchant sur le pied de son ami pour qu'il se tai?e. Nous Irons chez nous changer de tout... oh! nous vous ferons honneur .. on nous cite à Pans pour notre mise... c'est nous qui donnons les modes! nous sommes ce cjue l'on appelle les beaux!
— Vraiment? Eh bien cela ne me déplaît pas . j'aime que les hommes aient de l'élégance... cela séduit toujours les femincs...
— .\h ! scélérat d'otitle!... comme vous les connaissez bien !... mais j'aperçois mon commissionuaiïe... ah! il tient une lettre... — • Qui vous a remis cela?...
— La blanchisseuse de fin...
— Très-bien... voilà pour vous... allez... et maintenant voyons ce que nous écrit mademoiselle Philibcrte...
— Lis tout haut, dit Auguste.
— C'est bien ce que je vais faire... cette blanchisseuse de fin écrit toujours en grOs... mais ceci est un détail... lisons :
« .Monsieur Isidore et monsieur Auguste... (elle nous écrit collectiveuient) je dois vous prévenir que votre porte n'est point ouverte... (Ah sapristi... et pourquoi donc cela...) point ouverte... Ce iTialin seulement on a pu trouver un habile serrurier, il a passé plus de deux heui-es après votre serrure, puis il a renoncé en disnnt : u C'est « une serrure de sûreté inventée par Fichet, le plus malin y pers- « drait son latin... »
— Ah ! voilà qui est bien contrariant ! s'écrie Langlumot, mais pourtant il faudrait...
— Attendez', noire oncle, je n'ai pas fini, laissez-moi achever la lettre... « y perdrait son latin. Le serrurier étant parti, d'après Vos ordres, monsieur Isidore, je voulais faire briser la porte...
— Comment ! dit Auguste, tu voulais qu'on brisât la porte... »
— Ma foi, oui! .. les grands expédients Je ne connais que ca! et puis il est très désagréable d'être sans le sou et dans ce négligé à la porte de chez soi... mais laisse-moi donc Unir... (i Ju voulais faire briser M porte... mais lorsque j'eus fait part de mon intention au concierge, il s'est mis en fureur en criant : « .Mademoiselle, je n'en- « tends pas qu'on brise rien dans la riiaison... le propriétaire est « ab-eiit: mai.-, en son absence, je réponds de tout... U est donc « iiiiilde (pie vous alliez chercher quelqu'un poiur faire enfoncer la « porte de ces messieurs, car je ne laisMrai p« donner le plus léger
LE PETIT ISIDOHE.
« niiip do marteau dessus. Q\]a.nd le j)ro|)riélain' sera revenu, alors, « i;a le regardera; mais, jusqu'à son retour, je ripiiruls de' la ujaisun (c I ton ne détruira rien... » C'est en vain (jue j'ai vniilu faire eriti lidre raison à er piirlirr; il est entêté comme un mulet... Il faut donc piTiidi'c Vdtri' parti, messieurs, et rester ou vous êtes jusqu'à ce que er propriétaire revii;nne de la campagne... Touliliais de vous dire •lu'on ne l'attend que dans quinze jours!
« Votre servante, riiitiiititTE. »
— Nous voilà gentils! s'écrie le gros Auguste, lorsque son ami a t I iii'né la lecture de la lettre. Et on n'attend ce propriétaire que dans 'j .iMze jours...
— C est bien tàcheux que vous ayez mis à votre porte une serrure / ichel! dit Laiiglumot. OucUe diable d'idée avez-vous eue là...
— Ecoutez donc, notre oncle, c'est une garantie contre les voleurs... Moi, j'ai une très-belle garde-robe .. Auguste a des livres de nience très-précieux... et qui coûtent cher à acheter... Eniin, que voulez-vous?... c'est un malheur... mais quand nous nous ferons du ni.mvais sang, cela ne remédiera à rien. C'est cpiinze jours (|ue nous |i léserons avec vous dans cet hôtel... où, du reste, on est très-bien...
— Mais je comptais repartir dans huit jours, moi! ..
— liah ! mon oncle, pendant que vous êtes à Paris, il faut vous y .niiniser... voir tout ce qu'il y a de nouveau... aller à tous les spcclaelcs... vous n'avez pas trop de quinze jours ..
— Mais Hortcnse, ma femme !...
— Vous lui écrirez que la succession n'est pas encore liquidée...
— C'est vrai... je peux lui écrire cela...
— Par exemple, comme nous ne pouvons pas aller avec vyus dans fe néglige, vous allez, cher oncle, prêter à votre nûveu Auguste un billet de cinq cents francs avec lequel il ira au Prophète ou à Frai,- S '.v /Vemier acheter de quoi se vêtir gentiment... Je l'y accompagnerai, je ferai aussi quelques petites emplettes et bientôt vous nous i»:\errcz brillants comme des soleils...
— Diable... mais cinq cents francs...
— Qu'est-ce que cette misère pour un homme qui vient d'hériler?...
— lit qui a touché plus qu'il n'espérait!...
— bailleurs, notre oncle, je vous réponds de mon ami... il vous Il uibonrsera avec son premier malade...
— .Vllons... puisqu'il le faut... mais pourquoi diable avoir mis une serrure Fkhel à votre porte?...
L'oncle se décide à foudier dans le portefeuille et il donne un billet lie banque à Auguste. Les deux jeunes gens étreignenl Langluiyot il iiis leurs bras, puis sortent vivement pour aller visiter le magasiu lie confection.
Au bout de deux heures ils reviennent à l'hôtel. Us ne sont plus
I ( iimnaissables ; ils sont tout mufs des pieds à la tête. A Paris, avec
II l'iiis de cinq cents francs, deux hommes peuvent parlaitement s'haliillor, surtout quand on lient moins à la qualité des étoffes qu'à
I ell'el (lue l'on veut produire.
l.angiumot est tout émerveillé du changement qui s'est opéré dans
II - iluix jeunes gens, qui joignent à leur todette cette tou"'>'"'e. cette ile-.Miviiltuii: qui en double l'ell'ut.
- Coninienl nous trouvez-vous, notre oncle? dit Isidore en se po- 1- iiit sur la baiiclic.
— Ma fui, messieurs, vous êtes charmants,., vous êtes d'une élé- ■; iiitc... vous n'êtes pas reconnaissables!... Comment avez-vous l'ait I ir trouver, en si peu de temps, des effets qui vous vont si bien... i ir on jurerait (|ue tout cela a été fait pour vous!
— A Pans, pourvu qu'on ait de l'argent, non de si facile que de se iransfirmer des pieds à la tête... maintenant surtout qu'il y a des i:i il;;u iiis de confection où vous pouvez choisir dans des nnlhers d'ha- I il-, de paletots, de jaquettes, de pantalons, de gilets.. Ify eu a pour I >uu;s les tailles, fiour toutes les grosseurs, pour tous les âges... "iiis n'avez que l'embarras du choix. Ah! par ixemple, vos cinq
I lits flancs y ont passé, mais nous tenons à vous faire honneur. El
II liidenant au bois de Boulugui;... Avez-vous retenu une ealeclie?
— Non, est-ce qu'iUaut avoir une calèche pour s'y promein r?
-- C'est indisiiensable!... sous (leine d'avoir l'air de i/o(/im/((s, 1 i : me disaient nos aicux... qui avaient des mots tres-jolis et que je V i\ 1 émettre à la mode... Mais venez, notre oncle, je connais par .. I un loueur de voiture... je pense que nous y li'ouve"ons ce qu'il iiiiiis faut.
--Eh bien! partons, messieurs. Ah! Auguste, j y p^.ise... puisque tu vas passer quelques jours dans cet hôtel, as-lu dit que tu étais lui'decin ?
-: Je ne oois pas, mon oncle...
— Je rais le dire en sortant, car il est possible que quelqu'un f devienne malade et alors tu pourrais y montrer les lalenls et peutêtre y commencer à te taire eonnaitre.
— C'est juste, mon oi de, vous pensez à lonl, vous!...
— Il faut h'anuiser, messieurs, cc^t trei^-hieu; mais il ne faut pas pour cela négliger ses allaires...
— Auguste... écoute bien ceci.. ,
— Qu'est-ce que c'eslt
— Si tu n'adorais pas cet oncle-là, tu serais un poliss^tn! tt pas autre cbosi;.
On tiouve une fort jolie calèche à deux chevaux, avec un cocher trcs-fuen mis. Ces trois messieurs mont<-nt dedans. Langl.jimjt M carre dans le fond, où Isidore se place près de lui eu disant au cocher :
— Au bf)is... menez-nous bien, vous serez content de nous... nous vous garderons ju-qu'a la liuit.
— Comment... nous garderons cet équipage jusqu'à la nuit ! sccrir le iirovincial.
— Ne voudriez-vous pas revenir du bois de Boulogne à pied... Ab! notre oncle 1 de quoi aurions-nous l'air?. .
— Mais cela va nous coûter bien de l'argent...
— Il est fait pour rouler... Vous avez hérité!... laissez-nous dun ordonner les divertissements... vous verrez que nous nous y i:uii:u dons .. Est-ce que vous n'êtes pas salL^fait de rouler dans celle superbe calèche?...
— Si fait... elle est parfaitement suspendue... on peut cruire qu'elk est à nous...
— Et voyez comme tout le monde vous regarde... on vous prend pour un grand personnage, et vous en avez bien la mine...
— »Ma foi, c'est gentil d'aller en calèche... je m amuse bcauciup. . Jai une petite tapissière à Lisieux, mais cela n'apprùcbe \A3 de ceci.
Lorsqu'on arrive au bois où les équipages se croisent, où les cavaliers pa-scnt comme l éclair de tous cotés, où les promeneurs abondent, Langluniot n'a pas assez de ses yeux pour regarder, [xjur admirer; i|uand il api rçoit une jolie femme dans une v.nture découverte, il ne manque pai* de demander à Isidore s il sait qiii elle est. Le petit jeune homme n'est jamais a court de réponse et s'eerie :
— Pardieu! certainement que je la counais... c'est uue ckoiileiist de l'Opéra...
— Et celle ci?
— C'est une cantatrice des Bouffes...
— Et celte amazone... là .. à votre gauche...
— C'est une danseuse qui arrive de Londres ; elle vous a rtuurqué.,. elle a souri en vous regardant...
— Vous croyez ?
— Demandez plutôt à Auguste.
Auguste, qui n'est occupe que de son cigare, repoud en làcbaut une bouffée de fumée :
— Lxeelleiii panatellas!...
— On te demande si celle jolie amazone... tusaisLuen, nuUvuiutselle .. chose... qui danse à l'Opéra... a souri à uulfc uucloï
— LUe sourit a tout le monde;
Isidiire hausse le.s épaules en murmurant :
— 11 lie sait pas ce que nous lui dis ;is... je suis sur qu'il rêve à quelque nouvelle nicdeeme pour laquelle il veut avoir uu brevet...
— Ebt-ce vrai, Auguste, tu inventerais une médecine?
— Oui, mon oucle... on a purge avec de la limuiude, moi je »eux purger avec de la salade...
— Diable! ce serait une fort bonne invention.
— Surtout pour ceux qui aiment la salade, dit Isidore... Mais noo» voici arrives au lac... ii faut metlre pied à terre et nous promener un peu au bord de l'eau... vous voyez i|u<: c'est bon genre. . I«s voilures se rangent et aliendent ici... les dames se pruuieneDl sur le gazon ou sur l'eau...
— (^est charmant... c'est ravissant... mettons pied à terre... )« m'amuse beaucoup...
Langluniot descend de calèdie ainsi que les iloiix jeunes ï(><ns. Ces messieurs se pixiniènent depuis quelques inslants sur les borits de la rivière, lorsque tout à coup des cris se lonl entendre et clwcuu se porte du côte d'où ils parleJU. .Nos ti\>i3 promeneurs font comme les autres.
— C'est une dame qui est tombée dans l'eau en voulant entrer dans un bateau, dit un monsieur.
— Il n'y a pas de d.uiger, la rivière n'est pas profonde...
— ()n l'a deja retirée do l'eau, mais eUe est siin» comi.iis$ance...
— 1)11 iiiedecm!... on demande un nieJeoin!...
— Knteiids-tu, Auguste, dit .M Langluiuol à son neveu, on demande un médecin, voilà le luomeut de se montrer! vite, cours i celte daiue...
Le gros Auguste préférait se livrer enliènnirnl aux doiicettrs df son cigare; mais presse par son oncle et st>n ami, il est bien obiigi de se liu'iger vers la i>ersoniie qui a Itesoiu desectnirs.
On aperçoit nue dame étendue sur le j^azon, et près d'elle un« autre dame qui pousse- des gémissements en s'ecriant :
— Mon Dieu!... .•Vrgenline ne revient ^uis à elle... ma cousine... ouvrez un peu les yeux, je vous en prie...
— Lh! mais, dit Langluniot, je rea>iinais ces dauios, j'ai vovairé avec elles en wagons de première classe... ce sont des i'erst»tines tiès-coinme il f.ml... sans moi celle-ci ne pouvait jms .■»ilt':iidre lij luai'clii'pied du wagon.
C etail en etVel les deux cousines de l,t Gr<-notMll()i'e qui étaient alites se vi'omeuer su bois de Boulogne «t avai/'^ nallieureuseuicut
LE PliTIl isibuuii;.
voulu allor eu baleau, ce qui avait anicnô l'incident fâcheux arrivé à uKulruiiiIsrlIe Ai(,'cnline. La grosse Aruiandc a aussi reconnu Lingluiniit, l'Ile cuui t à lui en disant :
— Ali! inciiisii'ur, que je suis contente de vous retrouver... vous êtes si ^;alanl... nia omsine est évanouie .. et pas de médecin...
— Kassui'z-vous, madeinoisel'ie, voilii mon neveu qui est docteur, médecin, pra'.iiien... il va duiiner ses soins à votre cousine... tenez, voyez... il lui jette de l'eau au visage... il e&t trcs-savaiit... fjlr* r uisine rouvre les yeux ..
— Comment te sens-tu, Argentine?
— Ah! bieiiCailile... il me sira impossible de marcher...
— Avez-vous voire voiture, mesdames "'...
— Non... nous avons renvoyé notre fiaerc à l'entrée du bois.
— Cher oncle, n'avcz-vous pas votre calèche... si nous y conduijions ces dames?...
— C'est juste... ma calèche est là... on peut y tenir -;inq...
— Ah! monsieuf, cela va vous gcner...
— Trop heureux de vous être agréable...
— Que de reconnaissance!...
— Auguste, prends le bras de madame qui est soulfrantc... Isidore, donnez-lui aussi le votre... madame, acceptez le mien jusqu'à iDai calèelie...
— Volontiers, monsieur, reprend la grosse Amiande, en s'tiilaçant à Langkimot
— l'uiclieii! se dit Isidore tout en prenant un bras de mademoiselle Argentine, voilà une aventure dont il faudra que nous ayons pied ou aile.