XXIV. — PLUIE D'on
Nous avons laissé le petit Isidore se jetant dans un coupé et se faisant cpnduiie cliez un mari liaiid de ciievauît des Champs-lilysées.
Le loclier a rerii l'drdre d'aller cniiime le vent; en l'oit peu de temps Isidore est arrive cluzun niarehaiid de chevaux; il se pièseplc avec cet aplomb que dniiuu yn p rlefeuiUe ricbemenl garni. Il aclicte nii charmant chev.-i) pour lui et un autre pour Ip cabriolet dont il va aussi si' taire pre^e,lt. Il offre de laisser des ari; es suf son mur<:hé; ni4is lorsqu il a donné snn adresse, lors(|u'il a dit qu'il était le fils (le M. Uunau|cuiirs, le murehand s'incline et ne veut rien recevoir; il met toutes ses écuries à la disposition du jeune huinnie; le nom de Duhautcours est U llement connu dans le grand amude, dans la haute finance, que h's l'ournisseurs sont enchantés d'avoir pour client le lils de ce millionnaire.
(Jhez le carrossier cela se passe absolument comme ciicz le marchand de ' bevaux; il en est de même chez le tailleur, le bijoutier, le chemisier, le gantier; Isidore dit ces mots magiques ;
— Je SUIS le fils de M. Dubautcours, vous porterez tout cela à l'hùtel de mon père, où je loge.
Aussitôt chacun de s'incliner et de mettre son magasin à sa disposilioii Isidore aurait voulu ■ iitrer tout de suite en possrssion de sa voilure; mais il y a plusieurs > iioses à terminer à celle qu'il a choisie, il ne peut I avoir que. le leiiiieoiain.
Ses eniplètes achevé, s, il revient à l'hôtel et demande à un valet où est le logement qu'il doit habiter, et le doniestiq"e qui doit le servir. Le valet salue jusqu'à terre, conduit Isidore dans un charmant appartement situé à l'entresol ^ur la rue et qui se compose de cinq liieces, en disant : — Voilà le logement de monsieur... s'il ne le tiouvail pas assiz grand, il pounait prendre celui du second.
— Celui Cl est Lien, il me convuiil, je n'aime pas à monter.
— Si monsieur veut eiisinle aei-cpler mes services, c'est moi que M. Duhautcours a désigne pour être son valet de chaajtve.
— Vous .. suit!... votre nom?
— Jolieieur.
— Trcs-hien! le nom sied à l'cmplii. joiicœur, j'atlenoi.^ biaucoup de choses que j'ai achetées : deux eln vaux, un cabriolet-s.nericaiii, des habils, du linge., di s bijoux 1 vous recevrez tout cela., je sors.
— .\loii>irur diiii rat il ici'?
— Va foi, je n'eu sais rien!... j'ai encore tant de choses à faire anjoiird'Iiiii . tant de monde à vuirl... à quelle heure dine mon père, .M. IHihauti ours?
— A six lii'Uris et demie, monsieur.
— A t-d du iiioude à diuer.
— .Monsieur a iircsinie toiiioiirs du monde, il est fort rare qu'il ;.,ic seul.
— Tant mieux il a rai-on, j'aime la société, moi ; et puis en tète à lèle nous pourrions bii ii nous emli te'r. *'
l^iilorc s'ap içoit (|iie le valit l'ail un mouvement de surprise, il reprend bien vile: — Je veux dire... nous pourrions tous deux. . iioii~ laisseï' allir à des .souvenirs... mélancoliques... et alors...
L' pelil jenne homme s'anele en se disant :
— Je sol^ bleu lioii eid'aiit de donner îles raisons à ce laquai-!... zm!.. ponssons-noii> di: l'air! .. allons voir ■l'ambounneiie e| son amie, ces pauvres lilles que j'ai lais.sces en plan clieis le lidilegr il y a quinze jours. . si elles y étaient encore .. ce n'est pab piobuble... J'irai d'abord à li'ui lo-emeiit.. où il est déloiidu de fumer.. Jo vais commencer p.ir acheter des panatellas, e'esl-à dire par fain> acheter. iN'oiililioi.s pis nui haute (losition. Johcœur, allez me c.beirhei jiles pan ili 11 is, des rega'ias, eiilin ce que vous liouvirezde pUis beau, d plus gros en eigiie k vv ox ispbxxier le poui. i de mes donzelles!... ensuite je me mettrai à U ruchtrcho il'Autfu»ie; et tu
pauvre Langlumot! s'il était encore à Pari». c'p«t * fui qiK" j* menagiTais des surprises ! Tiens, ça me f.iit |m ns r que |e l^i lais^- aux prises avec mon C4icher au cmn de la rue- l^har lo( .. Ab! luais .-. peopos 4e cocher, il me faut un groom poui mont* r d-mtre »oftcibriolct.. U JoliciBur, mpn valet de ctiamlirc,«it trop isrind pnnrtrmr cet emploi... d'ailleurs ci; n'est oas trop d'avoir un val l dechaïufjre et un groorn... Je m'occuperai décela d ans me- rotii>«.
— .Mon-ieui-, voila ce qu'il y ade mieux en cigare»...
— C'est bien.
Isidore sine dans un secrétaire une partie de ses billi.lj de banque. 11 en fait changer deux, emplit ses pi«;hes d'or, met a «a l>iuetie un cigare gros comme une carotte et s<irl de I hnMen se i< tianch.int Comme s'il all.iit d.iiiser la jota aragonaise Mai- l'or qu'il »\m\ mt lui, au lieu d'alourdir sa marche, le rendait plus in,U:, p<u» i^^n-, il se sentait si joyeux qu'il avait beauioup de |ieinc ■ se relei.fr, al i ne point danser dans la rue. Il a bienti'it rencontré une caKekc de louage dans la<|uelle il s(; jette en donnant au cucfaer i'ailresse de mademoiselle Tambourinette
Isidore se tarre et s'étale dans la calèche Dinimc s'il voulait sa coucher sur les deux banquettes, il fume sa carotte de tabac et «Tache au hasard sur la foule qm pisse pris de sa voiture; r\ se dit que le fils d'un millionnaire peut cracher parbjiut; il regarde avec dédain les piétons et voudrai! dans son ivresse que son cocher brisât quelque devanture de boutique et renversât quelque passant: mais lé cocher qui n'éprouve pas le même enthousiaMiie que le moniieUT qu'il conduit, ni' se livre pas à ces petits divertissem< nt^.
La calèche s'est arrêtée devant la a>ur de la mai.-on où l'on ne fume pas Isidore sanle en bas, entre dans la Diur, loujo rs avec a carotte dans la bouche, et passe sans rien dire devant la l<<g>' du p.alier quijui crie en vain : — Où va uioiisieurî . que deniartde miin- Mcur'?.. munsienr,éteignez d. me volrecigan: avant de luimter l'esealù r.
Isidore n'écoute pa.s le portier, il connait le chemin, il est de)! an cinquième que le cerbère, encore boiteux par suite du coup de pied que lui a donné Auguste, i st a |ieine au milieu de la cuur d'où il i'égcjjiUe à crier : - On ne fmpe [las ici !
-=- Voila la fausse porte de l'arinoire dans laquelle logent cet riemniselles, dit Isidore en tirant avec tant de force un cordon .le sonnette uouvi UeniLiit posé que, pied de b|che et cordon, tout lili tombe dans la main.
Presque aiissiiôl la porte s'ouvre et un mqnsieur vêtu d'un uiéehant paletot .i'ele qui lui sert à la fois de veste, de pet-en-l'air i-i de roljc de chambre, parait en criant d'un ton furibond : — Ijui est-ce qui se permet de sonner clu:z moi au point de tout casser... de briser mon cordon... de faire... de... Ticnsl cest Isidore!...
— Eh! c'est Berlinet!
Le beau couriier en vin était de la connaissance du ieune Carambolage, c'était un de ces amis de plaisirs, de fohts, qu'on renc .iiire toujours lorsqu'on a de l'argent à dépenser, qu'on ue revoit Jaiuais quand on est sans le sou.
— Comment, Berlinet, vous êtes chez Tambourinette?...
— Je suis chez moi. je vous prie de le croire...
— Ah! vous logez maintenant dans ci Ile armoire!
— Armoire .. mais c'est une tres-jolic petite pièce, un peu étroite, mais bien décorée...
— Ohl je laconna s...
— Sapristi, quel beau cigare vous fumez ..
— IS"est-ce pas... je ne fume plus que ce qu'il y a de plus cher maintenant.
— Diable... il parait que les alTdivs vont bien ptiur l'instint ..
— J'ai retrouvé ma faindle, mon cher... et j'ai un père mdliiHinaire. rien que ç.i!...
— Il serait possible. . . entrez donc, clier ami . ne restez pas s*ir le carré.
— Ce n'est pus la peme... c'est cluz rambounnelte que je vi n>i s, elle ne loge donc plus ici 1
— Je ne saurais vous dire qii i.ue chose c'est que j'babile atte chambre depuis hn.tjouis, cl je n'y ai trouve prsoniie.
— (.)n les a fait déguerpir, Çn ne' ui étonne pas, uiai$ jo veux b> Il trouver. .
— On ne fume pas dans la maison... Eh pionsieur, là liaut!...
— Lni'iiiie/.-voiis notre concierge qui crie de la courî...
— (.lui... ohl je le connais votre concierge. . j'ai déjà eu aflaire à lui. . lierlinei, él' s-vous libre, je vous uimicneavec niuià la nrlu rehe de ma clieiuiMere. . J'ai une uileclie en lias, en ai|eiidaia que j'aie le cabriolet et les chevaux que j'.ii aelu tés aujourd'hui; et uu groom ,. avec une livrée un peu cliouelte ..
— Si je suis liUx;... toujours., et' .hi r Isidor»'.... ui)t: c.ilcehe wi bas. . c'est délicieux... et un canriolet... p. routliz seulement que je passe un véleiuenl pins euiivtuable... eiilitz dune ..
— On ne fume pas ici!... ehl UMiaull...
— Va te faire. . tout ce que lu voudras, portier!
Isidore entre clic? licrhnei dont la ch.nnlin n est^ lèn- plus mea> bice que lin temps où elle eUul b.ibiloe par Us d ii\ giis«-tt s, m ee n'est un gr.iiid iiouUfi'e de cej< petites bjnictll s d.ins ltS'|iit'll' s ••a met des écliuiUdlons de yill et qui sont rangete tout autour du (Mpier );ranit eo;;,iiic pour t«nir Ircu de burdun.
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LK PETIT ISIDORE
Le beau coiirlier se hâte de faire sa toilette, tout en disant à Isidore qui examine les petites bouteilles : — J'ai pris ce logement... eu attendant que je me fixe à Paris, ceci n'est qu'un pied à tiMTe.
— Pour un pied à terre c'est un peu haut... il me semble qu'une ^e \ous aurait sulli pour mettre toutes ces petites bouteilles... sontles pleines?
— Il y en a ..
— l'eul-on en boire una au hasard ?
— Je ne vous le conseille pas, ee n'est point assez bon pour un bomnie qui a calèche, cbevaui, groom... de selle... ce cher Isidore... ça nie fait bien plaisir que vous soyez heureux... Depuis lonf,'lemps je me disais, mais que devient-il, ce cher ami, je vous cherchais aux eafés, aux spectacles, aux bals...
— Je m'étais retiré comme Achille... à,Scyros.
— Vous étiez à Seyros?
— Non... mais j'étais dans un atelier de dames...
— Ah ! scélérat!...
— Dépêchons-nous un peu, mon petit.
— Me voilà... encore ce petit nœud de cravate à perfc«tionner...
— Vous êtes superbe... lites-vous toujours aussi grand amateur du beau sexe...
— Plus que jamais... je fais des conquêtes que c'en est dégoûtant!
— En vérité!... qu'est-ce que je vais donc faire, moi, avec mes millions? je serai obligé d'avoir une sentinelle à ma porte... on n'arrivera pas jusqu'à moi sans un numéro... comme pour les omnibus.
— Quoi? vous avez des millions?...
— Puisque mon père en a et que je suis son fils unique, vous Toyez bien que c'est comme si je les avais.
— Ce cher Isidore!... ali! vous en êtes bien digne!... je ne connais personne qui en soit plus digne que vous... me voici à vos ordres.
Au bas de l'escalier, ces messieurs trouvent le portier toujours armé de son balai et qui, cette fois, pousse un cri d'effroi parce qu'il reconnaît dans Isidore le compagnon du jeune homme qui lui a donné un si vigoureux coup de pied Mais Isidore met un lerim; à ses terreurs en sortant de sa poche deux napoléons avec lesquels il lnViouche les yeux en lui disant : ^
— Ne crions plus, ne soyons plus méchant, prenons ces jaunets et répondons à papa .. Que sont devenues les deux chemisières qui demeuraient dans l'armoire où je viens de trouver monsieur?
Le poiiier salue jusqu'à terre, prend les pièces d'or et répond :
— .VUinsieur, aussi vrai que vous êtes un honnête homme, Ces demoiselles, auxquelles on avait donné congé pour-le terme et qui pouvaient encore rester six semaines, ont disparu un matin sans dire gare, autrement dit sans payer. Elles ont enlevé le mobilier... A la ▼érilé il n'y avait pour tout meuble qu'un lit et des chaises... Mon épouse et moi nous soBimes encore à deviner comment elles ont pu emporter cel.i à notre barbe, sans que nous ayons rien vu... mais c'est la pure vérité .. comme vous avez une calèche....
— Alors, vous ne savez pas où elles demeurent maintenant?
— Monsi. iir doit bien penser qu'elles ne nous l'ont pas dit.
— Très bi n, en voiture, en ce cas.
M. Berlinet s'élance dans la calèche et cherche de quelle manière il s'y asseoira pour être le plus en vue. Isidore se place près de lui et crie au ocher :
— Rue d'Amsterdam .. je vous arrêterai devant l'hôtel où je vais.
— Vous pensez que vos grisettes sont allées rue d'Amsterdam? dit Berlinet
— Nitn pas! mais, là, j'espère trouver encr/e Auguste... vous savez le gros Auguste. ^^^
— Ah! votre ami intime, le docteur... "
— Drôle de docteur, allez! qui ne fait prendre a 3cs malades que ce dont il veut lui-même manger...
— Est-ce qu'il lui est tombe des millions à cet excellent Auguste?
— Non, mais il lui est tombé un oncle qui avait fait un héritage que nous laidioiis à manger. . j'ai eu des différents avec cet oncle .. bonne gaiiach du reste . il doit être maiiiienant retourné dans sa Normandie ..je ne suis pas certain qu'Auguste loge encore à l'hôtel où était l'oncle, mais enlin, nous y aurons, j'espère, des renseignements .. et par Auguste, je compte arriver a Tambourinelte.
— Il nie parait que vous tenez beaucoup à cette chemisière...
— Je liens surtout à ce qu'elle me voie avec ma voiture, mes chevaux et mon groom.
— Je comprends cela; il n'y a donc pas longtemps que vous êtes millionnaire?
— Depuis ce matin.
— Ah! bigre!... vous n'avez pas encore beaucoup joui de votre kortune.
— Aussi je compte réparer le temps perdu... — Cocher, cette porte cochère là-bas... très-bien, nous y sommes...
Au moment où la calèche s'arrête devant la porte de l'hôtel, un jeune homme en sortait; il lève les yeux, reconnaît Isidore et s'écrie :
— Isidore!...
— Tiens, c'est Auguste!... en voilà de la chance... c'est toi que je venais demander ici... mais je ne comptais pas trop t'y trouver...
— Et l'ami Bçrlin«t arec toi!
— Bonjour, cher docteur, enchanté de vous revoir...
— Alore la calèche est à Ui;rlinet?
— Pas du tout! elle esta moi... ah! mon pauvre Auguste!... tu ne sais pas encore que mes espérances se sont réalisées!... j'ai retrouvé une famille!... c'est-à-din- il n'y a qu'un père, mais c est assez... il est millionnaire... je suis fils uni |ue...
— Il serait possible!... ce n'est pas encore une blague?
— Une bliigue .. tiens, vois si je te mens...
En disant cela, Isidore fourre ses deux mains dans ses poches, et les riUire pleines de pièces d'or; à cette vue, Auguste ne doute plus et il saute dans la calèche en s'écriant : — Je vais avec toi... je ne ta quitte plus... j'ai assez de mon oncle qui veut absolument me marier à une de ces demoiselles de la Grenouillère.
— Comment... est-ce que ton oncle est encore à Paris?...
— Eh oui... au moment qu'il allait partir, sa femme est arrivée avec le petit garçon et le voisin Ranflard...
— Ab mon Dieu! quelle débâcle!...
— Tout ce monde loge ici dans l'hôtel ..
— Tu nous conteras tout cela, mais d'abord sais-tc ou demeura maintenant Tanibourinette.
— Cl rtainenient... dans une maison neuve rue de Rivoli .. un joli appartement de douze cents francs au cinquième, (|u'elle ne paiera pas., mais on appelle cela : essuyer les murs, et le propriétaire qui ne trouve pas à louer ses logements, parce qu'ils sont fort cIk rs, n'est pas fâché d'y loger gratis qm-lques jolies femmes, dans l'espérance que cela fera louer ses autres appartements. .
— Ceci peut être une bonne combinaison. — Cocher, rue de Rivoli, quel numéro?...
— Près de la caserne... j'indiquerai la maison.
— Et maintenant, prends ton récit à dater du moment où l'on t'arrêtait pour le coup de pied que tu avais donné au portier de ces demoiselles.
— Et ou tu m'as planté là... dans l'embarras, c'était aimable!
— Mon cher ami, on nous aurait arrêté tous les deux, c'était bien assez d'un; d'aiikurs nos donzelles étaient là, il leur fallait un cavalier,je les ai menées chez le traiteur que je t'avais désigné, nous avons déjeuné en l'attendant, car je croyais toujours que tu allais arriver.
— On ne voulait pas me lâcher au corps-de-garde sans que quelqu'un vint répondre de moi. je me suis décidé à envoyer un commissionnaire à mon oncle, qui l'a fort mal reçu. Ce n'est qu'à dix heures du soir qu'il est venu me réclamer., mais il était tres-courroueé contre toi. . il parait que tu avais écrit en son nom aux demoiselles de la Grenouillère pour leur emprunter d-ux cents francs...
— C'était pour retirer nos deux chemisières, que j'avais laissées en gage chez le traiteur...
— Mon oncle furieux avait forcé ton commissionnaire à lui dire la vérité et à le conduire où tu l'attendais.
— Je m'en suis bien douté, j'étais en fiacre, je l'ai vu venir de loin... je me suis sauvé.
— .Mon oncl'.' est entré d ins le fiacre avec maître Chipotier qui l'accompagnait; ne t'y trouvant pas, ils en redescendaient, quand le cocher est accouru; il s'en est pris a eux de ta disparition, il a prétendu qu'ils s'entendaient avec toi pour te faire partir =ans payer ce que tu lui devais, maître Chipotier voulait intenter un procès au cocher qui lui a donné un coup de poing, ton oncle a trouvé plus court de payer. EnQii il ne m'a réclamé qu'à condition quejene te reverrais jamais... du reste, il comptait partir le lendemain et m'emmeiieravec lui. mais le lendemain ma tante arrive avec Alphonse et son voisin .Ma tante, qui sait que son époux s'est amusé à Paris, prétend s'y amuser aussi, et mon oncle qui craint que je ne conte ses fredaines à sa femme, est redevenu avec moi doux comme un agneau. Voilà la position. Tous les jours mon oncle demande à retourner à Lisieux, mais ma tante s'écrie : j'ai bien des choses à voir à Paris, Ph inphoi.se s'y amuse beaucoup, je veux y rester encore D'après cela, comme ou fait tôuiours les volontés de monsieur Phonphonse, tant qu'il s'amusera à Paris, on y restera.
— Dans tout cela, je vois toujours Tambourinelte et son amie en gages chez le traiteur?
— Je suis allé les délivrer à onze neures du soir... vous aviez mangé et bu pour cinquante huit francs ! .
— C'est une misère!... tiens, voilà un billet de cinq cents... nous devons être quittes?
— J'accepte... et avec joie, car les deux cousines ont l'indécence de ne plus vouloir être malades... mais je n'en reviens pas... tu nages donc dans les billets de banque?...
— Jeterépète que mon père est millionnaire... c'est M. Duhautcours,uncapilalisle si bien famé dans Paris que dès que j'entre daRS un magasin et que je me lais connaître, on met toutes les marchan • dises à ma disposition!...
— Il t'a donc reconnu, ton père?
— Qu'il est liète! puisqu'il me faisait chercher partout.,, ce n'est pas pourme renier... et puis il a perdu les enfants légitimes qu'il avait...
— Oh ! alors ton sort est assuré
— Il a commencé par me mettre vingt-cinq mille francs dans la main en me disant : «Quand il n'y en aura plus, il y en aura encore. »
LE PETIT ISlDOlit.
— Vitifjt-cinq mille francs! c* chnr ami... cmttrassons-nous!
— Voux lu me laisser tranquille... dans une calèche! nous autions l'air de jouer la parade...
— Voici la demeure de ces demoiselles.
— Restez dans la voilure, je vais li:s chercher.
— lilles (jiit changé de nom... riemaiide madame de Platinoff.
— Trés-hieM
Isidore a hieiitôl trouvé l'appartement de madame de Platinoff; il sonne comme chez Uirlinet, cepi;ndanl la sonnette résiste cette fois et mademoiselle Culinette vient ouvrir, vêtue d'un jupon très-court et d'une basquine très-serrée. Elle pousse un cri en reconnaissant Isidore.
- Ah! mon Dieu!... c'est lui! ce vilain polisson qui nous avait laissées en plan... Taniliouiinette c'est le petit Carambolage!...
Isidore pénètre dans l'appartenient (|ui est fraicheinent décoré; il n'y manque (|ue des meubles pnur qu'il ait l'air habité. Cependant dans la quatrième pièce on trouve enlin un lit, des chaises et un somno. C'est là que Tanibourinilte est occupée à des ablutions que l'ariivée du jeune Imniine n'interrompt point; elle se contente de faire chorus avec smi aime
— Comineiitl cet allVeiix Isidore!... ce mauvais sujet qui nous abandonne dans un restaurant !... aussi! vous ne nous y reprendrez pas à aller dîner avec vnns.
— C'est-à-dire, que je vous y reprendrai aujourd'hui même, car c'est pour cela que je viens vous chercher, charmantes bayadèns!
— Le plus souvint que nous irons!... sans Auguste irous serions encore en nantissement là- bas.
~ Auguste est en bas dans ma calèche, avec notre autre ami, Berlinet, un gaillard qui l'ail de l'œil eunniu; un américain.. AUo's, mes belles suivez-rmus. . Tenez, petites, voici en attendant pour vous anmser à jouer au bouchon.
Kn disant cela, Isidore sort de sa poche une poignée de napoléons qu'il jeltc au milieu de la chambre. Les pièces d'or roulent de tons côlés, les deux griselles se jetlent à quatre pattes en poussant des cris de joie. Isidore, qui s'amuse à les voircourir après lesnapuk'uns comme des chats après un bouclniii, recommence à leur jeter de l'or, jusqu'à ce qu'eiilin ces demoiselles s asseyent par terre épuisées de fatigue et dans un désordre liès-iiidiscnt.
— Mon Dieu 1 qu'est-ce que cela veut dire! une pluie d'or à présent!
— Oui , mesdames, je suis Jnpi er et vous êtes mes Danaé...
— Qu'est-ce que c'est qu'une Danaé? une nouvelle mailressc que vous avez...
— Laissons là la mythologie... il s'agit maintenanl de vous habiller, de vous faire superbes...
— Tiens, Calinelle il y en a encore un sous le lit .. là-bas...
— Laissez donc cela .. ce n'esl pas avec un napoléon de plus ou de moins que vous aurez des cachemires et je veux que vous en ayez chacune un aujourd'hui...
— Chacune un cachemire... mais vous avez donc volé le trésor?...
— Je n'ai rien volé, j'ai un père railliûiinaire, cela me suffit...
— Un père millionnaire... c'est donc comme un oncle d'Amérique iâns les vaudevilles?
— C'est bien plus beau... dépèchon-; .. dépêchons... ah! quels vilains manlelels... quels cha|ieaux fanés!
— Diinie, on met ce qu'on a.
— Niins changerons tout cela en chemin... êles-vous prèles'...
— Oui...
— Partons.
— Taiiib.iurinettc, ferme bien la porte... à présent que nous avons de l'or chez nous.
— Oh! sois tran(\uille... je ferme à double tour...
— Où as- tu caché nos napoléons?
— Ma loi, faute d'autre endroit je les ai mis dans le pot de chambre.., mais i;a v.uit miinx (pi'nn secrétaire, ce n'est jamais là-dedans que les Vdlciirs Vdiil rmiiller.
Les deux gi isrites uiiuilenl dans la calèche, où ces messieurs se serrent pour leur faire delà place. M. Berhnet propose de prendre une de ces dames sur ses genoux, mais elles prcliM-. ni la baiiqintte du fond. Isidore dit à son cocher de les conduire chez M. liieliv. Les jeunes gens ouvrent di' grands yeux en se deiuandaiit ce qu'on va faire là; les demoiselles sautent de joie, on est oblig'' de les leliMiir par leur lobe pour (in'elles ne sautent pas hors de la calèche. Un arrive chez le marchand decaelniiKies, Tambourinelle et son amie trouvent tout si beau qu'il leur est impossible de choisir; alors ' 'est Isidore qui prend deux cachemires de ipiinze cents francs chaque et les pose sur les épaules de ces ileiiioi>elles... puis il jette trois Inlli ts de mille francs sur un cniiiptoirel onreinonle en voiture; les jeunes filles sont presque iiKjmiliees ua>: la.|oie, elles ne peuvent plus faire aller leurs jambes.
An uiouient où la calèi'he va partir, un commis du magasin ic lurl apportant les petits manlolets que ces dames avaient oublié de re prendre.
— Ah! li! non, nous ne voulons plus de ça à prés<'nt! s icri Taniboiirinette en re|ioiissaiil le pitit paipiel mule ipi'on lui pre sente, lisl-ci' <]ue nous reiimlerons jamais ei> liiiri'eiii'> là!.,.
Alals M. lierlinet saisit le paquet et le fouric dans sa poche en disant.
— J'en ferai cadeau aux nièces de ma portière.
Isidore fait bientôt red -acndre le= deux aunes derant un l>eau magasin de modes et leur acheté à chacune ce qu il v a de plus élégant en chajjeau. Vêtue- ainsi, les d' ux griseltes devii-nnetil d' s loreltes premier numéro et lorsqu'elles remimlinten calèche, les jeunes gens poussent des cris d'admiration Une appn-ntie iD'xiiste arrive comme le jeune commis, au moment où l'on va n;partir, seulement elle n'apporte pas les chapeaux, maiselle demande à quelle adresse on doit les renvoyer.
— Nous ne voulons plus les revoir jamais! s'écrie TamtKiarinelle. Alors Berlinet donne sa carte à la modisU^en lui disant :
— En ce cas, faites-les portera celte adresse car tout ce qui vient de CCS dames est précieux pour moi.
— Je crois plutôt, s'écrie hidore en riant, que notre ami a l'intention d'ouvrir une boutique au Temple.