I. — LE BOULEVAKU UU TEMPLE EN
Vous voj'ez, d"aprùs 1g titro de co chapitre, eu quellù année nous sommes. Le boulevard du Temple, à l'angle du taubourj; de co nom, a déjà son caré qui fait le coin et ollVe des tables aux consommateurs ju^ques ii l'iiôlol Foulon. Ce grand bfitimont, qui lonijo le boulevard et la rue Basse, et dont les fenêtres sont constamment formées, contraste par son asi)ect triste et morne avec la gaieté qui régne sur toute l'auire partie du bonbivard. Mais l'ancien contrôleur général des finances, /''('«/ud, se permit, en 17SU, au temps do la diseite, un mot qui, plus tard, lui coûta la vie; et il semble que la terrible lin du maître de cet hôtel se lise encore sur ses murs noircis par le temps.
Après l'hôtel Foulon, vous \0yc7. un petit théâtre qui a bien de la peine il se soijitcnir; aussi est-il presque aussi souvent fermé qu'ouveij't. Pour le moment, il est ouvert cependant, et porte le 140m do : Théâtre des Dvlassent'.nls
Comiques. On y joue un peu de tout, on y ossavo tous les genres ; malheureusement, on y essaye aussi des auteurs qui souvent no savent pas encore écrire. Il ne faut pas confondre ce thédtro dos Délassements avec celui qui, une soixantaine d'années plus Uird, devait voir les triomphes de la fameuse danseuse /liijolàoc/ie. Le théâtre des Déhssements qui existait alors immédiatement aprOs l'hotel Foulon avait été dévoré par le feu en l'année mil sept cent quatre-vingt-sept; mais on avait bientôt reconstruit la salle, qui ét;ut longue, étroite et fort peu commode, rius tard, on établit iin poêle dans le milieu du parterre; 00 qui acheva de lui donner l'aspect d'une loge de portier.
Après ce théâtre, on fait la parade, on montre dos curiosités, on exécute des tours de force dans une baraqno do toile.
Puis un café ; puis le thé;\tro do l'Ambigu-Comique.
Puis encore un café ; chaque théâtre a nécessairement lésion. Celui-ci est le cafo de la tui^tè, ot lo théâtre qui porto co nom vient aprOs.
LES ENFANTS DU nOULEYARD
C'était autrefois le thôàtro clo Nico'el. Mais Nicolot est mort; et Ribiôu [iris la direction do co IhtV'itie, aui|iiol il fivuit doiiiii5 le titre do Théâtre d'Kinulatioii. Uibié, (jiii dovait un joui' y l'aire sa fortune, abandonna son tiiOàlre à Cofin-Uusni/, et celui-ci lui a rendu son titre de Théâtre de la Gaîto, iju'il ne doit plus quitter désormais.
Ain'ôs la Gaîté vient encore un cafii ou plutôi un petit cabaret oii vont se l'afraicliir les V03 ous de l'époi|uo.
Au reste, les cafés élai<!nt alors si loin de ressembler à ce qu'ils sont maintenant, que ceux qui les verraient nuiourd'liui les prciidraiout tout au plus pour des^'arg-otes.
Maintenant voilà le s[)ectacle de cire de M. Curlim. C'e.-.t là que les mûmes personnages ont l'habitude de elianger (l'emploi et les jouent tous avec le môme succès. M. Curtius emploie pour cela un moven bien simple : il met d'autres habits à ses bonshommes de cire.
Il est probablement persuade que tout le moril;.! d*tfn lumime est dans la beauté de son costume, et nullement dans l'expression de son visage. Nous avons encore beaucoup de personnes qui pensent comme lui.
Après les figures de cire vient un pâtissier. Celui-là lei'oit bien autant de visites (jue son voisin, et ce qu'on trouve chez lui est plus frais que chez M. Curtius.
Nous voici arrivés au Théâtre sans prétention, qui se nommait auparavant Théâtre des Associés.
On y jouait des pièces de tous les théâtres de Paris, cojiime cela se pratique maintenant à Li banlieue.
Un nommé Prévôt enest le directeur; il se donne beaucoup de mal pour réussir : il est tout ù la fois auteur, acteur, régisseur, souffleur, répétiteur, décorateur et contrôleur. Je crois mémo que de temps à autre il se tenait à la porte de so.n théâtre et v faisait ce qu'on appelle le boniment.
Après le Théîiire Sans préfentiot», Youf. trouvez quelii'U's boutiques, quelques cafés borgnes, le restaurateur Baiticlin, qui était le Bonvalet de l'époque, et chez lequel on dînait fort bien, et à des prix un peu plus modérés que chez son vis-à-vis, le Ca<lran-Bl(/u.
Vous pouvez maintenant vous faire une idée de ce qu'était, en 1800, le boulevard du Temple.
Si vous me demandez ce qu'il v avait sur l'autre côté du boulevard, je vous dirai que celui-là se composait tout simplement de n)aisons, mais n'avait ni théâtres, ni baraques, ni curiosités. Cependant, à l'entrée qui fait le coin de la rue du Temple, il j avait le Jardin de Paphos, où l'on dansait, où l'on donnait des fêtes; et, plus loin, ce jardin qui n'était pas encore ouvert au public, et devait se transformer en café sous le nom de Jardin Turc.