XIV. — LA srnrii de victor
Moucheron avait de bonnes jambes ; en fort peu de temps il arrive à sou ancienne demeure et trouve sa portière, vieille femme septuagénaire, qui est entrain de balayer la cour de sa maison, laquelle cour peut avoir douze pieds carrés tout au plus, ce qui ne l'empêche pas d'être presque constaïuaient encombrée p .r toutes les ordures qu'y jettent les locataires de tous les étiiges.
— Bonjour, mère Bichon, dit le jeune commissionnaire en s'arrétant à l'entrée de la cour, pour ne point recevoir dans les jambes des trognons de salades, des co juilles d'œufs et une infinité d'autres détritus au.-:si peu agréables à l'œil qu'à l'odorat.
Mais la portière était tellement à son affaire, qu'elle n'entend pas qu'on lui parle et s'efforce de pousser son lialai, tout en s'écriant :
— Je répète toujo.rs que je me plaindrai au commissaire... et puis je suis trop bonne, je n'en fais rien; mais cette fois, je me jure à moi-même que j'irai... parce que c'est trop fort ! ca passe la permission... Voyez s'il est possible d'abrutir une cour comme celle-ci... une ànesse n'y retrouverait pas ses petits!... non contents d'y vider leurs incongruités, ils jettent le vase avec! ... et des cruches!... des cruches dans lesquelles on a fait ses néces- .>ilés...Je suis sûre que c'est ce vieux bancal. :u cinquième; sous prétexte qu'il no peut presque pas marcher, il se sertdepotsde fleurs... Il lait demander à ses voiçines leurs vieux pots de violette ou de réséda !... et c'est joli les fleurs qu'il met dedans, lui !...
— Mère Bichon , je vious savoir si vous n'auriez pas par hasard, une lettre pour moi?...
— Tiens, c'est monsieur Moucheron dit Victor... on lilulôt Victor dit Moucheron... Vous me voyez dans mon coup de feu.
— C'est votre coup de balai que vous voulez dire !
— Jeune homme, je vous pivnds à témoin. comme quoi on jette des infamies dans cette cour... tenez, voyez- vous cette petite cruche?
— Ça, ce n'est pas une cruche, c'est un bocal à olives.
— Flairez, vous verrez quelles olives ils ont mises dedans !
— Merci! je \ous .lemande si vous avez une lettre, iiuel.jue chose pour moi...
— Hion du tout, et quand je m'informe! que je dis: Qu'ost-ce qui a jeté ça? ou me rit au nez... c'est personne!
— Puisque vous n'avez rien... adieu, luêre Bichon I
LES ENFANTS DU nOULKVARD
On voyait In jolie Madame Roberval. (Page 23.)
— Non, j'ai rien... maisvousavez sans doute va la belle dame qui est venue vous demander tout à l'heure.
— Une dame ! il est venu une dame me demander... et vous ne me le dites pus!
— Vousvojez bien que si!... Ah! en v'ià qui ont mangé do l'homard... c'est moi qui l'aime ce poisson-là; ils ont jecé des pattes qui étaient encore bien bonnes!...
— Et cette dame, mère Bichon, voyons, de grâce... uqand est-elle venue... qu'a-t-e!le dit?
— Elle est venue, il n'y a p:;s longtemps, puisque je croj'ais que vous l'aviez rencontrée; elle a demandé le jeune Victor... Je lui ai répondu : Madame il ne loge plus ici, et jele regrette, parce qu'ilne jetait rien dans macour, celui-là... il est vrai qu'il ne mangeait jamais chez lui...
— Et alors cette dame ?
— Elle a demandé où vous restiez à présent, je lui ai indiqué votre adresse, rue Basse-du-Temple, elle est paitie en disant :'J'y vais!...
— Elle a dit : J "y vai s ! . . .
Et sans écouter encore la mère Bichon, qui veut lui faire flairer une terrine, Moucheron reprend sa course et ne s'arrête que devant sa demeure, un fiacre stationne contre sa porte, il va passer devant, mais une voix est partie de la voiture et lui crie :
— Victor... c'est moi... je t'attends!...
Cette voix a retenti jusqu'au foud du cœur de Victor, aussitôt il ouvre la voiture et pousse un cri de joie ce revoyant la personne qu'il a aperçue la veille au spectacle, en reconnaissani sa sœur. D"ua bond il est auprès ù'eue, et celle-ci crie au cocher :
— Rue Saint-Georges... où vous m'avez prise I
La sœur de Moucheron est une belle femme ; ses cheveux sont d'un noir de jais, sesj'eux, de la même couleur, se reposent hardiment sur la personne à laquelle ils s'adressent; une bouche grande, des dents superbes, un nez grec complètent le portrait et font de Maria une fort belle personne, chez laquelle les passions doivent être vives et qu'il ne doit pas être bon d'avoir pour ennemie.
— C'est toi. Maria! s'écrie Moucheron en pressant dans les siennes les deux mains de sa sœur. Je ne m'étais Jonc pas trompé hier au soir, en croyant te voir dans une loge au théâtre de la Porte-Saint-Martin.
— Non, c'était bien moi... Pourquoi, puisque tu m'as vue, n'es-tu pas venu me parler?
— Mais d'abord je n'étais pas bien sûr... et puis ta belle t. ilette me gênait... moi, j'étais en veste comme à présent...
— Eh ! qu'importe... que tu sois en veste ou en habit, n'es-tu pas toujours mon frère ?...
— Ah! c'est bien ce que tu dis là... mais pourquoi n* me faisais-tu pas savoir que tu étais à Paris ?
— Je suis arrivée d'hier... tu vois bien que je n'ai pas perdu de temps.
— Tu es arrivée hier, et le soir môme tu vas au spectacle?...
• — Sans doute. A l'hôtel où je suis descendue, j'ai entendu dire que le soir il y avait un beau théâtre... l'ancien opéra du boulevard Saint-Martin, qui faisait .sa réouverture, que ce serait très-brillant, très-élégant et tout de suite j'ai envoyé loué une place pour moi...
— Et tu y allais seule?
— Toute seule !
— Et tu ne craignais pas...
— Que veux-*»i que je craigne? je n'ai peur de rien d'ailleurs!
— Cette chère Maria ! comme tu. es devenue grande, fùT-te... mais c'est égal... c'est toujours ta figure... ton air fier !
— Toi, tu es bien plus changé., malgré cela, c'est toujours le même sourire... un peu moqueur...
— Mais comme tu es élégante... une robe de soie... un joli chapeau... ah! quelle diflférence avec la mise que tu avais en partant !
— Dame... il y a près de six ans... et en six ans il se passe bien des choses...
— Oh 1 tant mieux si tu as fuit fortune 1
f.FS KXFANTS DU BOULKVARn
Mais alors les coups de poiiii; vont I. ur Iraii:. (Page 29.)
— Je n'ai pas fait fortune ! mais je ne suis pas pauvre... j'ai de quoi m'otablir!
— Et tu viens l'établir à Paris... ohl quel bonheur!
— Je ne sais pas encore, cela dépendra!... uu auu'o motif plus important m'y amène...
— Un motif plus important?
— Sans doute ! j'y vions chercher mon mari.
— Ton maril... comment! tu es mariée!...
— Oui, mon ami.
— Et depuis quand?
— Mais depuis trois ans déjà !
— Depuis trois ans! et'je ne le savais pas !
— Je voulais te faire une surprise; mais ensuite les événements... je te conterai tout cela quand nous serons à mon hôtel... mais tiens justement, nous sommes arrivés.
La voiture s'est arrêtée devant un petit hOtel de la rue Saint-Georges. Maria paye son cocher et entre lestement eu disant à son frère :
— Suis-moi !
-- Mais on va croire que c'est un commissionnaire que tu ramènes avec toi, et on ne se tromperait pas, puisque c'est mon état!
— Viens toujours, je m'inquiète fort peu de ce que l'on croira.
Le jeune homme suit sa sœur, qui occupe une jolie chambre au second étage.
La jeune femme endirasso tendrement son frère, ensuite elle se jette sur un canapé et lui dit :
— Assieds-toi la, près de moi.
— Oui, ma sœur.
— Mais avant tout, as-tu faim, as-tu soif, as-tu déjeuné J
— Oui, oui, j'ai déjeuné, merci, je n'ai besoin de rien que de t'écouter... et je suis si cuneux de savoir comment il se fait que tu sois mariée...
— Alors écoute-moi : tu te rappelles ([ue je ([uittai Paris avec la famille Voi'mont ([ui allait se li\er a Rouen : madame Vermont m'ainuiit beaucoup, elle me traitait plutôt comme une compagne que comme une femme de cham-
bre : je la servais avec zèle, et souvent elle me disau: — M i pauvre Maria, je suis siire que tu n'es pas née pour une position si infime. Tu ne connais pas tes parents... mai» ce llaeon, que ta mère a oublié chez la paysanne à laquelle elle t'avait conliée, prouve que c'était une dame du grand monde...
— Tu lui avais donc montré ton llacon?
— Sans doute... pourquoi le cacherais-je î ce ne serait pas le moyen de retrouver notre mère I Je répondais à madame Vermont que je me trouvais bien heureuse d'être prés d'elle, et comme elle touchait fort bien du piano, elle poussa la bonté jusqu'à m'apprendre cet inalrument.
— Tu >ais loucher du piano?
— J»Iais oui, assez bien... Ensuite ma protectrice me dit:— Je neveux pas que tu restes femme de chambre. Tu as beaucoup de goût pour les modes, tu chllfonnes trèsbien un bonnet, je vais te mettre chez ma modiste, tu apprendras son ctJit, je suis certaine que tu réiissiras, et tu pourras un jour l"étabiir. Je ne voulais pas quitter celte femme généreuse, mais elle l'exigea. Elle paya d'avance une année de mon apprentis.-age, et me voilà dai»s un très-beau magasin de mode. J'avais du goût, j'apprenais facilement, en peu de temps je devins une dos plus habiles ouvrières du magasin. Madame Vermont était enchantée d'avoir assuré mou avenir. Pauvre dame ! peu de temps après je la perdis... Ah! je la pleurai bien, val Elle mo laissa un millier d'écus en me recommandant de loiyours me bien conduire...
— Tu ne m'as pas écrit tout <jal
— .Ml! mon ami... dans les modes est-ce qu'on a le temps d'écrire < Mo voici arrivée à l'époque où je fis la connaissance do Villemart...
— Ahl ton mari, sans doute?
Oui, je voyais sans cesse rôder devant lo magasin
uu jeune homme... fort joli garçon... asseï grand, de belle tournure... des cheveux presque aussi noirs que les miens... et dos yeux... qui ont une expression... quon ne Siiurait définir... Enfin, quand je sortais, il me suivait, puis il me parla .. puis il me dit qu'il m'adorait...
LES ENFANTS DU KOLLEVAllD
— Oui, oui, la rL'iip:;iinu ordinaire!...
— .Moi, qui 110 sais pas cacher ce que j'éprouve, je lui uNouai bientôt que j'étais sensible ti son amour...
— Et alors?...
— Oh ! je vis bien qu'il espérait faire de moi sa malrosse... car les modistes n'ont pas une grande réputation
do vertu !
— En général, elles ne passent point pour des vestales!
— Mais dans tous les états on peut rester sage quand on en a pris la résolution; et comme c'était la mienne, je (lisi'i Villomart : — Jcvousaime, je ne vous l'ai point caché, mais n'espérez pas pour cela que je céderai à vos prières, je ne me donnerai qu'à mon mari ; jamais je no serai la maîtresse d'un homme, iiuand biân même cet hooime me couvrirait d'or et do bijoux!
— Ah! c'est bien, cela, Maria, et je suis fier de toi!
— Villemart essaya pendant quelque temps de triompher de ma résolution, mais, quand il vit iju'il n'y avait pas moyen, il me dit : — Je suis prêt à vous épouser.
— Mais que faisait-il ce jeune homme? quel était son état?
— 11 me dit qu'il était dans le commerce et faisait des opérations avec l'Angleterre ; du reste, il avait toujours de l'or plein ses poches et paraissait fort à son aise.
— Lui avais-tu avoué que tu n'avais qu'un frère pour toute famille'.''
— Oh 1 c'est la première chose que j'avais faite, et cette confidence, loin de diminuer son amour, semblait l'avoir augmenté. Il regardait souvent mon flacon, et me disait enl'examinant: — Oui, bien certainement vous êtes la fille d'une grande dame... il y a des armes gravées sur ce llacou, et quelque jour nous saurons à qui elles a;ppartiennent. Enfin, comme je lui dis qu'une fois mariée je voulais m'établir modiste, il me donna un portefeuille contenant dix mille francs, en me disant : — C'est mon cadeau de noces, vous voyez bien que vous aurez de quoi TOUS établir. Je n'avais plus déraison pour refuser de l'épouser, et je devins sa femme...
— Es-tu bien sûre que ton mariage soit bon?... quelquefois on trompe les jeunes filles...
— Oh! sois tranquille, on ne m'a pas trompée, moi!... j'ai voulu être mariée par un vieux prêtre que je connaissais et en qui j'avais toute confiance. Comptant m'établir, j'avais quitté mon magasin ; d'ailleurs mon mari l'avait voulu. Nous avions pris un petit logement retiré, et je voulais sur-le-champ chercher ;\ acheter un établissement. Mais Villemart s'y opposaen me disant:— Rien ne presse ! tu as tout le temps, il faut un peu jouir de ta liberté! J'aurais été fort heureuse, si mon mari ne m'avait pas quittée fréquemment, ses afi'aires l'exigeaient, me disaitil; il s'absentait ([uelquefois trois jours, quelquefois un peu plus. Six mois se passèrent ainsi. Mais alors les absences de mon mari devinrent plus fréquentes. Quand je m'en plaignais, il me répondait avec humeur, avec colère même... Tu sais que je ne suis pas patiente! d'ailleurs je m'apercevais que Villemart n'était plus le même pour moi.— Je m'ennuie d'être si souvent seule, lui dis-je, vous m'empêchez de m'établir, mais c'est ce que je vais faire, si dans vos voyages vous ne m'emmenez pas avec vous. — Faites ce que vous voudrez! me répondit Villemart. Deux jours après il me quitta... 11 y avait juste huit mois que nous étions mariés!... je ne l'ai pas revu depuis!
— Tu no l'as pas revu depuis?...
— Non! il n'a pas reparu ù Rouen, mais il m'avait laissé cette somme de dix mille francs, dont nous n'avions dépensé qu'une faible partie. Je pris un magasin de modes, et en peu de temps je devins une des premières modistes de la ville. Je gagnais beaucoup d'argent, mais je n'étais pas heureuse, carie souvenir de moii mari ne me quittait pas... je me disais: — S'il m'a abandonnée, c'est qu'une autre femme a son amour... Ah! si je la connaissais cette femme qui m'a ravi le cœur de mon époux!... Ah! Victor... je ne sais pas jusqu'où se porterait ma vengeance !...
En disant cela. Maria s'est levée, sa poitrine est haletante, ses yeux lancent des éclairs!...
— Allons, calme-toi, ma pauvio sœur! dit Victor en faisant rasseoir la jeune femme; dans tout cela, je vois que ton mari est un triste sujet et qu'il ne méritait pas ton amour !
— Oui... je le crois aussi... mais qui ne se serait pJo laissé prendre à ses discours... il a de l'esprit... de l'éloijuence... et ses yeux... ahl je ne voulais pas l'écouter... mais on aurait dit que ces regards me fascinaient...
— Et il ne t'a pas même écrit pour te donner de bcs nouvelles?
— Rien... rien... et voilà deux ans et demi qu'il m'a quittée...
— Et tu ne m'avais rien écrit de tout cela !
— Ah! mon frère, il y a des choses qui peuvent se dire, mais qui ne peuvent pas s'écrire !,..
— Et tu continuais ton commerce de modes?
— Oui... j'avais la vogue... l'.ien des hommes vinrent de nouveau rôder autour de moi et me fatiguer de leurs déclarations!... je n'ai pas besoin de te dire qu'ils furent très-mal reçus!... mon mari peut me tromper!... mais moi je ne le tromperai pas.
— Mais par quel hasard es-tu à Paris maintenant?
— Parce (jue. il y a huit jours, un monsieur qui m'avait vue plusieurs fois au bras de Villemart, esteniré dans mon magasin et m'a dit : Je reviens de voyage... j'ai passé il y a deux mois quelques jours à Paris, et j'y ai aperçu votre mari. Ah! tu dois penser que ma résolution fut bientôt prise; je fis mes arrangements, je mis quelqu'un à la tète de mon mapasin, et je partis pour Paris, où je suis arrivée hier, et si A'illeniart y est, ah! je te réponds que je saurai le trouver... Fùt-il déguisé, fût-il caché dans le quartier le plus reculé... je le découvrirai...
— Et notre flacon... tu l'as apporté avec toi, je pense'? La jeune femme laissa tomber sa tête sur sa poitrine et
poussa un profond soupir.
— Notre flacon... ah! mon frère, tu vas bien me gronder... et cependant pouvais-je deviner que Villemart m'abandonnerait... 11 avait souvent pris avec lui notre précieux bijou dans ses voyages, il prétendait pouvoir en rencontrer le propriétaire, ou du moins quelqu'un qui reconnaîtrait les armes gravées dessus... il a emporté ce flacon en nie quittant.
— Le misérable... il nous prend le seul objet qui pouvait nous faire retrouver nos parents... Ah ! Maria! Maria! tu ne devais pas- t'en sép.irer!
— Pardonne-moi, mon frère, mais je croj'ais aussi ne jamais me séparer de mon mari !
Victor se promène avec agitation dans la chambre; il se frappe le front, il est désolé et murmure : — Notre flacon, notre cher flacon... le seul objet qui nous vient ^ n* notre mère!... Tout est fini maintenant! plus d'espoir de retrouver jamais nos parents. ..
— J'en suis aussi désespérée que toi, Victor, mais pouvais-je prévoir ce qui est arrivé?...
— Non... c'est vrai... mais ce Villemart... si je le connaissais du moins... "Soyons, fais-moi son portrait... je le chercherai aussi, ce monsieur qui épouse ma sœur pour la planter là au bout de huit mois !...
— Il a vingt-huit ans... il est d'une taille au-dessus de la moyenne, svelte, bien fait, des cheveux très-noirs, des sourcils épais, des yeux noirs dont l'éclat est singulier, mais qui se fixent rarement sur vous... une bouche mince, de belles dents, enfin c'est un joli garçon.
— Comment porte-t-il ses cheveux?
— Ah ! il changeait souvent de coiflùre, mais jamais de poudre, ses cheveux noués par derrière avec un bout de ruban ; élégant et tournure de muscadin.
— C'est bien, je me rappellerai tout cela. Ainsi tu vas rester à Paris ?
— Oui, jusqu'à ce que j'y aie trouvé Villemart. En attendant, prends ceci, Victor...
— Une bourse... pourquoi me donnes-tu cela... je n'ai pas besoin d'argent, moi, je gagne assez de quoi vivre !
— Victor, songe que je suis ta sœur, que ce que j'ai est aussi à toi... Penses-tu que je veuille t'humilier !... tu veux rester commissionnaire, soit, si tel est ton goût
LKS ENFANTS DU BOULEVARD
mais il est de ces convenances que l'on doit respecter... si jo voulais sortir avoc toi, me doiinjrais-tu lo bras avec cette veste et cette casquette ?... Tu ne voulais pas tout à l'iicuro me suivre dans cet liotel de crainte de me compromettre...
— C'est vrai, eh bien ?
— Eli bien, avec ce que contient cette Doursc, tu t'acliôtoras un habillement complet... avec lequel tu pourras me donner le bras, sans qu'il y ait rien en noua qui choque les badauds. Crois-tu que ce soit par fierté que j'agis ainsi?
— Non, Maria, non, et au fait tu as raison, cela sera mieux ainsi. En effet, le monde est si bête! il nejug-o les gens que sur leur mine... et pour être reçu partout, il ne suffit pas d'être un honnête homme, il faut d'abord être bien vêtu !...
— Cela ne m'empêchera pas, mon frôre, d'aller te parler à ta pluce quand l'envie m'en prendra. Où te meis-tu ordinairement'/
— Sur lo boulevard du Temple, presiiue au coin du faubourg.
— C'est bien, je vais aussi tâcher de retrouver ."i Paris une amie que j'avais à Rouen... une jeune fenjme fort gentille... un peu plus àgàe que moi et qui avait épouse un graveur avec lequel elle est venue habiter Paris, madame Koberval, connais-tu cela?
— Non... tu n'as pas son adresse?
— Elle me l'avait envoyée, je l'ai perdue!
— Si c'est un graveur, ce sera facile ù, trouver. Adieu, Maria, je retourne à ma place...
— Tu viendras souvent me voir, j'espère ?
— Je te le promets, et toi, si tu découvrais quelque chose touchant ton mari, viens vite m'avenir, car je veux absolument le cunnaîlre, ce monsieur-là ! et une femme ne peut pas toujours aller partout !
— Oh ! je no suis ni peureuse ni timide, mais sois tranquille, tu seras instruit de tout.
Victor embrasse encore sa sœur, puis il la quitte pour aller s'acheter un vêtement complet de jeune homme du monde, et il en fait un paquet qu'il va porter ù son logement.