‹ MoustacheChapitre 233 sur 281 · XXV. — I.LS LETTRES · texte numérisé non relu

XXV. — I.LS LETTRES

Les fidèles amis do Florentine n'ont pas manqué, sur coque leur avait dit le comte, do se rendre près d'elle dans la soirée, afin d'avoir des nouvelles do sa s:inié. L;i pauvre Florentine prétend être mieux et no plus souffrir; cependant il est bien facile do voir qu'elle n'est point dans son état normal : c'est en vain qu'elle veut s'efforcer do sourire, ce sourire est contraint. tri>te; avec sa lille même, elle n'a plus ce doux accent qui partait du ctvur, elle la contemple d'un air où so peint la douleur qu'elle ressent, et la jeune Honorine no cesse do lui dire ;

— Mais, maman, qu'as-tu donc? car eertunoment tu as quelque chose, et lu ne veux p.ts me le coiiiier... .•Vh ! c'est bien mal d'avoir des secrets pour sou enfont.

Un jour, cependant, en tenant sa ûllo dans ses bras. Florentine se hasarde il lui dire :

— Est-oo que tu aimes beaucoup M. Ernest Didier... est-eo que tu no consentiniis pas, si je l'en priais. .1 en épouseï' un autre?

Honorine rejjardo s.i mère avec élonnemont ei s'écrie:

— Mou Dioii! pourquoi donc me dis-tu cela? qui poui te faire fupposer une ohoso pareille!... .Moi, ne plus aimer Ernest... qui m'aime tant, lui! moi, consentir ;\ devenir la foiuino d'un autre! oh! jau.ais ! jamaisi j'aimerais mieux mourir !... Oh! mais c'est pour plaisanter

LliS KNPANTS DU UOULKVAUlJ

^*ttCVK\i\iï\tTi"'

C'est en nous sauvant qui' tu es tombé sur des bouteilles cassées. (Page SS.)

que tu m'as dit cela... c'est pour m'éprouver... Ah ! maman, je t'en prie, ne me dis plus de ces choses-là! ça me fait trop de mal ! ça me ferait pleurer tout de suite.

Florentine embrasse sa fille, la console, lui promet do ne plus lui tenir ce langage, et se dit en elle-même ((u'elle préfère se soumettre à toutes les peines que son séducteur lui réserve, plutôt que de faire encore couler les larmes de sa fille.

Mais Maria, Victor, Ernest, tous ceux qui venaient chez Florentine étaient frappés du changement qui s'était opéré dans son humeur, et le comte avait fréquemment dit à sa nièce :

— Ma chère Maria, vous êtes devenue l'amie de Florentine, plus d'une fois vous m'avez remercié de vous l'avoir fait connaître, parce qu'une secrète sympathie vous attirait l'une vers l'autre, et que vous vous étiez confié tous les événements de votre vie ; puisque vous avez l'une pour l'autre tant de confiance... voilà le moment de la mettre à l'épreuve : tâchez que Florentine vous confie ce qui lui cause ce chagrin qu'elle s'efforce en vain de nous cacher... C'est une lettre qu'elle a reçue qui la rend ainsi triste et sombre ; obtenez de savoir ce qu'il y a dans cette lettre... priez, insistez... C'est pour son repos que je vous dis cela... On ne résiste pas toujours aux prières d'une amie... on éprouve du soulagement à verser ses chagrins dans le sein d'une personne qui nous comprend, qui nous plaint. . . Florentine ne vous résistera pas...

Maria a suivi les conseils de son oncle : pendant quelque temps ses instances n'obtiennent point de succès ; mais, un jour, Honorine étant à la fenêtre, s'écrie tout à coup :

— Maman I maman ! le voilà encore ce monsieur qui me regarde avec tant de persistance... Il est dans sa calèche avec l'autre... viens donc les voir.

Florentine se hâte d'aller se placer près de sa fille. Séverin passait dans sa calèche qui allait au pas; prés de lui était M. de la Palissonnière, à qui il montrait Hono-

rine ; en apercevant Florentine, il lui adresse plusieurs saints assez familiers, comme on salue une personne avec laquelle on est très-lié ; de son côté, le vicomte se confond en salutations, mais dans lesquelles il met tout le respect et l'élégance possibles.

Honorine est restée toute saisie, et lorsque la voiture est éloignée, elle dit à sa mère ;

• — Comment. ..ce monsieurt'a saluée... t'asourimême, tu le connais donc, ce monsieur, dont le regard seul me fait peur?

— Oui... oui... je le connais! balbutie Florentine en baissant les yeux.

— Tule connais, ettu ne me l'avais pasditl'autre fois ! La jeune femme ne répond rien, elle détourne la tête

en soupirant, mais alors une vague terreur s'empare d'Honorine; elle aussi devient triste, silencieuse, sans savoir pourquoi , elle prévoit des malheurs, et quelque chose lui dit qu'ils lui viendront de cet homme qui a salué sa mère.

Le môme soir, Maria est venue seule voir son amie ; en trouvant Honorine inquiète et triste, elle s'écrie :

— Comment, vous aussi chère enfant... est-ce quevous allez devenir mélancolique comme votre mère ?

Pour toute réponse la charmante jeune fille se jette en pleurant dans les bras de Maria, et balbutie : .

— Maman ne m'aime plus, car maman a des secrets pour moi... et ce sont ces secrets-là qui lui font de la peine... L'autre jour elle m'a demandé si je consentirais à en épouser un autre qu'Ernest !... Vous voyez bien qu'il se passe quelque chose d'extraordinaire... mais je lui ai bien dit que j'aimerais mieux mourir que d'être à un autre... si elle vous en parle, répétez-lui cela.

La jeune fille se retire dans sa chambre. Se trouvant seule avec Florentine, qui semble encore plus affligée que les autres jours. Maria la presse de nouveau de lui confier ses peines, en lui disant :

— Votre silence désole votre fille ; vous voulez donc aussi qu'elle soit malheureuse ?

LES ENFANTS DU BOULEYAHD

Le suociis Je la piùce dcpuiid soiivont i\n (aient du pierrot. (Page 9i.)

Cette fois Florentine no résiste plus; elle presse les mains de Maria dans les siennes en s'écriant :

— Non, je ne veux pas que ma fille soit malheureuse... Maria, je vais toutvous dire... lui aussi m'a écrit...

— Votre amant... ce Francisque !

— Oui, oui... car il semble que les mêmes événements doivent nous arriver à toutes deux... oh ! mais sa lettre à lui cause mon tourment... mon désespoir... Si vous saviez ce qu'il m'écrit... vous allez la lire vous-mèm6 cette lettre... et vous me direz alors si je ne dois pas être dé. olé(\..

Florentine tire de son sein celte fatale lettre (lu'elle portait toujours sur elle, de crainte iiue sa lille ne la trouvât ; Maria prend le billet que son amie lui prcsonto, l'ouvre, lit ((uelques mots, puis s'arrûte comme si elle était tout ùcoup frappée par la foudre.

— Eh bien .. qu'avoz-vous donc... Vous ne llfoz plus? dit Florentine.

— Oh! attendez... attoude.?... cette écriture... il me semble...

— Vous la connaissez ?

— Depuis peu de temps... mais j'ai tant de fuis relu .-a lettre à lui... \

— Comment? quelle lettre?...

— Celle do Villemart...

— De votre mari ?

— Oh ! c'est bien son écriture... mais vous allez juger vous-même... moi aussi je porte toujours sur moi la lettre qu'il m'a écrite...

Et déjà Maria a pris dans sa poche un petit souvenir, elle en tire une lettre, la donne à Florentine. Toutes deux comparent l'écriture, il n'y a [ilus à on iloutor, c'est la iijôme personne (jui a écrit les doux lettres.

— Mon Dieu I <iu' est-ce que cela sifjnifie î s'écrie Florentine.

— Ce que cela signillo?... ce que quoiqua olio.se ni';>ftvit fait deviner, que ce Francisque et Villemart sont la

même personne... que le même hmnme nous a séduites, trompées, car ce nom de Villemart n'est sans doute pas plus le sien que celui de Francisque qu'il a pris avec vous... il aura fabriqué des actes pour feindre de ra'ôpouser...etje ne suis pas plus sa femme que vous!...

— Oh I le monstre!... le misérable!... Mais lise?... lisez ce qu'il m'écrit.

Maria lit avidement la lettre, mais de temps & autre elle ne peut s'empéchor d'interrompre sa lecture en s'écriant :

— Quelle horreur!... l'infime I...accuserroon oncle!... lui, le meilleur des hommes'... .\h ! il .«'est déguisé... vieilli... il a une cicatrice au visage... nous nous on souviendrons... il a le droit de disposer de sa fille, dit-il, oh! non, misérable! non, vous no l'avez pa?, ce droit... on no vous obéira pas... et on ne fera pas pour vous plaire le malheur de cotte obère enfant...

— Xh\ mon amie, que j'ai bien fait de vous montrer cette lettre... GiAco A vous, je connais enfin toute la lâcheté de cet homme... ma conduite m'est dictée maintenant... je ne le crains plus, car je le méprise... moi, lui obéir... jamais!... Tenez, je me sens mieux, je me sens soulagée à présent i|ue ma résolution est bien ai^ rétée. mais quel malheur que cet homme soit le p?i>o d'Honorine !

— Son père!... non. mon amie ; un pèi"e est celui qui prend soin île notre enfance, qui nous élève, en nous entourant de soins, de caresses, qui veille sur no'us ctitia jusqu'à ce que nous soyons en état de nous conduire soûl... mais le séducteur (jui nous abandonne lâchement à ia merci du hasard I ;\ la commisération d'étiangers! non, celui-là n'est pas notre péro. .\ussi, croycr.-iuoi, oaoha» toujours à Honorine les lieusqui l'unissent à cet hommcl... ce serait la forcer :\ rougir.

Cette conversation a changé l'humour de Florentins, elle se sent plus heureuse ; elle appelle Honorine, l'ombrasse, la presse sur s.in cœur en lui disant :

— lîassure-toi, ohOre enfant, je no te p;trlorai plus d'ca

UKS ENFA1JT8 DU HOULEVAUD

. [louser un autre (jue celui que tu aimes... Tu seras la loiiiiue (rKrnust, rien ne peut |)lus s'v ojiposLT.

Hiiuoriiie j'etrauve ;iikarti 6a gaieté, al «lie embrasse Maria en s'éfi-iuiit :

— Je Bavais bien, moi, que vous lue reniliio/, ma mère aus.'i bonne qu'aulrefoitu

Marin uf manque pa«'d'a[iiiivti(lie ;1 suu uncle la découverte qu'elles ont l;iiie, ollo et Fiorautine, et le cornte secoue ia tâte emnuirrinira'nt::

— Jem'iaa i&outai.s.„ tout se réunissait pour me faire soupçonnsBTiino lo Villamart n'était autre que le séducteur deJFttorantine!— «tilajouti^ dans su peneéc: — l'aiivi-os foiumae3 elles ne se doutciit pas encore à quei monstre elles uwiiant'donnc leur amour.

Cepanâaatle soi-disant baron de Sternitz continuait âe œenerife (train d'un grand seigneur. mai« la roulette £od- , timudfiiattBS'i ù lui éiredcfavorablo.En voyant que liiadtât ' il sota à Ha fin des cent mille francs qu'il a jpocr la sei onde fois obtenus de madame Rigoulot, Sévariai se^dit qu'il faut çn''il .^e fasse donner de l'argent d'un aiitrecôté; et un «oir, Momme minuit ifist sorle point de sauner, il s'enveloppe Sans un lar^e pairdeosus et va fntpjiËr aux volets du magasin de modes de Maria.

La marchamcie de modes coucliait dans une assez jolie chanibPB-situiseà reiitrf-3ell, justeau-dessiwde son maf,'a.siii, auquel «aile oanimunitiuait par un escaiieriçni.fie trouvait dans un» petSte pièce sise au fond de sa "botrtique. Cette lietilepiôoe avait une porte qui donnait dans la cour de la maison; on jiouvait doncari'iver chez la modiste par cette cour, lGa:>sqne la boutique était fermée.

Mais Séveriii. qui préfère ne pas «tre vu par lo concierû-c, a frapvxé aux vakis du Tnns'ftsiTi, ert 'cantiiitnistde fraip^-r, jusqu'à ce ■fftt'-en-fîn la fenèire de l'entrp-'^ol s'ouvre ; (lueliju'un y parait et demande qui se permet, à plus de minuit, de frapper à' son magasin.

Séverin, qui a reconnu la. voix de Maria, répond aussitôt :

— C'est moi, Villemart, ton mari. Allons, ma chère, ne me laisse pas ainsi croquer le marmot devant ta porte, et hàte-itai de m'ouvrir.

Maria Jôfléchit un rnoment, ce nom de Villemart a fait refluer tout sou, sang vers sou cœur, mais elle se. rend .bientôt maîtresse de son émotion et répond :

— Sonnez à la porte cochère à côté, on vous ouvrira, <^î je vous ferai entrer par la petite porte qui donne dans la cour.

— Si j'avais voulu sonner à votre porte cochère, ce serait déjà fait ! mais je ne veux pas entrer par là, ne pouvez-vous m'ouvrir par votre boutique?

- — Eh bien... attendez alors... je vaiis descendre.

, Maria passe une rolie de chambre, allume une bougie

,et descend à son magasin ; elle a bientôt ouvert sa porte,

et Séverin entre avec précipitation, puis va se jeter dans

un fauteuil en murmurant :

— Sapristi, ceiaa été long!. ..Vous avez donc bien pour .^u'on vous vole, que vous vous barricadez tant !...

. Maria ne répond ; paselle considérait attentivement celui qu'elle n'avait pas vu depuis dix-huit ans; elle examinait sa cicatrice, ses cheveux presque blancs, qui ne s'harmonisaient point avec ses traits encore jeuiies, et surtout avec la vivacité de ses yeux et sa tournure svelte ; elle remarquait l'élégance de sa mise et surtout l'expression farouche de son regard.

Séverin ne tarde pas à s'écrier :

— Ah çà, quand vous aurez fini de me regarder... vous me le direz... Vous me trouvez bien changé, n'est-ce pas?...

— Oh ! oui, excepté vos yeux pourtant, qui sont toujours les mêmes...

. — Oui, en effet... les yeux, cela ne peut pas se déguiser... et c'est ce qui nous trahit quelquefois... Voulez- .vous venir m'embrasser?

-, —pion !

— Comme vous voudrez ; après tout je n'y tiens pas, ■ parlons d'affaires : Vous avez reçu ma lettre ?

— Oui, monsieur.

— Avez-vous été chez M. de Germancey?

— Je m y suis rendue avec mon frère.

— Votre frère ! (ja. m'est bien égal ! et M. de Germancey vous a-t-iil TBConnnBpoiir su niftce?

— Oui, muusitju]'. Le'oornte de Germancey a témoigné la plus grande Joie de retrouver les enlauts do sou frère, il nous a comblés de marques d'amitié.

— De marques d'amitié, c'est bon, ot<puis ensuite?

— Que voulez-vous de plus, monsieur?

— Voyons, «ucrebleu, plaisuntez-vuus? est-ce que c'est seulement pour recevoir les enibrassements d'un vieillard, ()ue je vous ai lait reti'onvor vos parents? Le comte est trés-nobe, comment se faitril ijue je vous voie ici, dans co magasin de modes, quand un homme qui a trente mille francs de rentes vous a reconnue pour sa nièce... à moins que vous n'ayez pour les modes une passion incurable et que Je comte ne vous ait bourrée de billets de hBpque en vous laissant où vous vous trouvez si bien.

— Monsieur, en lisant votre lettre, mon frère et moi, nous vivons vu que l'intérêt seul vous faisait agir, que vous me nous faisiez connaître nos parents que dans le seul espoir d'avoir une grande part dans la fortune que \ous espériez voir devenir votre partage...

— Eh ibien, pourquoi donc pas? est-ce que dans le /monAe ce n'est pas toujours notre intérêt qui nous fait agir? — Et me ci-oyez-voiis plus sot qu'un autre ?

— iGrâee au ciel, monsieur, mon frère et moi noua avons une autre manière de penssir;; M. de Germancey voulait «ous 7nien 're avec lui, nom; .f lire jouir de sa fortune.,, nous 'ooaaaiblar de se.s bienfaits; nous avons refu.sé, nous ne vouKryns de lui que son amitié, que ces dou.x uftoms de neveu, de nièce, qu'il nous a donnés... Nous pomvons vivre de notre travail, cela nous suffit, notre oncle sait que ce n'est point un vil intérêt qui nous a conduits i)rès de lui.

Séverin se lève et marche à grands pas dans le magasin, en s'écriant :

— Comment, vous avez été assez bête pour faire cela... et vous croyez que je le souffrirai... que je vous aurai mis une fortune dans les mains pou'' que vous la laissiez tomber par terre... Oh! non... non... cela ne sera pas! et je vous forcerai bien à agir autrement !

— Vous me forcerez!... vousj monsieur? et de quel droit, s'il vous plaît?

— Du droit qu'un mari a sur sa femme, pardieu !

— Sa femme! mais je ne suis pas votre femme... vous m'avez épousée sous un faux nom,, vous ne vous appelez pas Villemart.

— Je jie m'appelle pas Villemart ? ah ! vraiment ! et pourriez-vous me dire mon nom alors?

— Franci.sque... et bien d'autres encore sans doute ! Séverin pâlit; il frappe du pied avec colère et s'écrie :

— Francisque... ah ! l'on vous a ditqueje me nommais Francisque... et qui donc vous a dit cela?

— Celle que vous avez sédiiite. puis hVchement abandonnée, après l'avoir rendue mère, cette pauvre Florentine à qui vous venez d'écrire une lettre intame, dans laquelle vous accusez mon oncle d'avoir causé vos malheurs, de vous avoir fait mettre en prison... et où vous prétendez disposer du sort d'Honorine, de cette aimable enfant qui doit tout, fortune, éducation, repos, aux bontés du comte, tandis que celui qui prétend aujourd'hui avoir sur elle les droits d'un père, avait fui sa mère, en apprenant qu'elle portait dans son sein un gage de sa ftiiblesse... Vous le voyez, je sais tout... je connais votre indigne conduite... Ah ! vous êtes un misérable !.. Mais vous ne me tromperez plus et vos projets seront déjoués!

Séverin est furieux, il jure, il blasphème... Un moment il s'avance sur Maria comme pour la frapper, mais celleci le regarde avec tant de fermeté, son regard semble tellement le braver, qu'il s'arrête en rétiéchissant que se porter à des voies de fait ne serait pas un moyen d'arriver à son but: il s'efforce donc de se calmer et va se rasseoir, en disant:

— Eh bien, ma chère amia, puisque vous connaissez mes petites fautes de jeunesse... je ne chercherai point à

LES ENFANTS DU HOULEVAKU

les nier... et je jouerai avec vous cartes sur table. Quant k Florentine, à laquelle j'avais owlonné le silence, et iiui vous a prise pour conûtlenta... elle nie revaudia cela. Maria, vous n'avez pas voulu recevoirde Targi'nt de voire oncle, vous avez eu tort, car il m'en faut à moi, de l'argent, et j'ai compté sur vous pour m'en procurer.

— Je vous ai dit, monsieur, que j'avais refusé les bienfaits de mon oncle... mais alors même ([ue je les aurais acceptés, je vous certifie que je no vous en aurais pas fait part.

— C'est gentil ce que vous dites là, c'est aimable I mais cela ne peut point se terminer ainsi. Vous no devez pas avoir oublié, ma^iamu, qu'en vou» quittant, il y a dix-Luit ans environ, jo laissai entre vos muins une somme de dix mille francs ijui m'appartenait...

— Que vous m'aviez donnée pour fon'.er un commerce.

— Ta la ta!... Si je vous l'ai donnée jadis, je vous la reprends aujourd'hui, la manière dont vous me recevez m'en donne bien le droit.

Maria réllécLit un instant, puis répond avec fermeté :

— Vous avez raison, monsieur, ces dix mille francs, je ne dois pas les garder... j'aurais honte do rien devoir à un homme tel que vous... Je vou,> donnerai ces dix mille francs, je suis bien loin de posséder en ce moment une pareille somme, mais dussé-je vendre tout ce que je possède, je me la procun^rai... je ne vous demamle que huit jours pour réaliser cette somme ; dans huit jours, je vous en donne ma parole, je vous remettrai ces dix mille francs.

— C'est bien, j'y compte et je vous accorde huit jours. Et Séverin, enfonçant Si .: chapeau sur ses yeux, se liàte

de sortir du magasin.

Page 1