‹ MoustacheChapitre 234 sur 281 · XXVI. — LA GRKNOUILLli FAIT DES SIKNNES · texte numérisé non relu

XXVI. — LA GRKNOUILLli FAIT DES SIKNNES

Le major liroutberg, fort ennuyé de ne plus pouvoir obtenir d'argent de M. le baron de Sternitz, se disait depuis quelque temps :

— Je ne puis pas rester ainsi le gousset vide; mon fauxbaron mo donne la pitance, c'est quelque chose, mais cela ne me suffit pas... Il faut absolument que je trouve à exercer mes talents... Séverin me l'a défen-lu, de peur que je ne le compromette... J'en suis fâché, cher ami, mais alors ne me laissez pas !\ sec!... D'ailleurs, je suis assez adroit et assez prudent pour ne point m'exposer il être ropincé.

On était en automne, mais le temps était fort beau. La Grenouille, après avoir emprunté vingt sous au concierge de l'hôiol, sous prétexte qu'il n'a que des billets de banque et ne veut pas changer, se dit :

— Allons nous promener, allons respirer l'air des environs de l'aris... Je pourrais bien prendre la calèche de mon intime ami, puisqu'il est sorti i pied; mais que penserait-on d'un hom.ma qui descendrait d'équipiige devant un traiteur et ne déiienserait que vingt sous! Non, il vaut mieux aller me pi'omoner à pied; et d'ailleurs, que sait-DU, le hasard m'ollVira peut-être une occasion de mo remplumer.

La Greniiuiilo a suivi les Champs-Elysées, puis il gagne le bord de l'eau, arrive ;1 Sèvres, où il ne s'arrête piis. et par unjoli sentier atteint les bois do Ville-d'Avray. Là, il se repos<î iiueUiue tomi)S, mais, l'aiipétitse faisant sontir, il se dirige vers le village en se disant :

— Je trouverai par làquebine modeste cabaiot où pour vingt sous je dînerai ou ;"i peu ()rOs.

Et ce monsieur arrive bientôt dans le village, il s'y promène quelque temps, regardant les enseignes et s'éloignant des traiteurs dont l'apparenco annonce une carte avec dos prix trop au-dessus de ses moyens. Kulln il avise un petit bouchon assez propre, et sur lo(|uel on a peint des lapins à toutes les sauces. 11 entre dans une .«allé où la maîtresse du logis est presque eniloruiie à son comptoir, tandis que, plus loin, un gros garçon pleure en 'épiiu'lirtnl des oignons, et s'écrie d'un ton iraiitorilé :

— l'eui-on diner ici. ..y al-il de quoi se bien restaurer... la cuisine est-elle bien fournie?

La cabarctiùre se frotte ïhh yeux, le garçon lâche 8«s oignons, on fait de grands saluls au voyageur, lamaltreMe et le gardon lui répondent en parlant tooa les deux à la fois :

— Oui, monsieur, ohl oui... tout ce qui voa« fera plaisir.

— De la volaille, du poisson...

— Et du lapin . Ah ! si monsieur aime la gibelotte ou le lapin sauté.. . c'est ici la renommée... On vient exprô» «le Paris pour s'en régaler chez nous !

— Vraiment! Mais je n'aime paale lapin, moi... je préfère la volaille...

Alors on va faire rôtir un poulet pour monsieur.

Oui... huml Non! je réfléchis... j'en ai mangé ce

matin à mon déjeuner, et toujours du poulet... c'est Monotone!...

Monsieur veut-il du poisson... une matelote d'anguille... nous avons de l'anguille qui est encore vivante... . ...

Elle est encore vivante , laissons-la vivre, je n'ai

pas envie d'attendre qu'elle soit cuite, ce serait trop long!

Alor.* monsieur prendra des côtelettes...

— J'en suis dégoûté...

La maîtresse et le garçon se regardent, ne sachant plus qu'offrir à ce voyageur si difficile; celui-ci met fin à leur embarras en s'écriant :

Tenez, .donnez-moi un morceau de petit salé avec

un demi-litre à douze... Je venai ensuite si je désire autre chose.

Si c'est pour prendre du petit salé qu'il nous :!e-

mande si notre cuisine est bien fournie, se dit le garçon. c'était pas trop la peine. .. voila bien de Tembarrai pour un repas de deux liards!... Je parie qu'il ne me donner.! rien pour boire.

Mais la cubaretiére. toujours heureuse d'avoir du monde, continue de se montrer gracieuse et s'informe où ce monsieur veut prendre son repas.

Eh parbleu 1 lu, madame, sur cette table près de

vous... J'aurai le plaisir de jouir de votre société et de \otre conversation... car j'aime assez à causer en mangeant.

— C'est beaucoup d'honneur pour moi, monsieur, repond la caba;etière qui. Ci. rame toutes les femmes de son état, aiiue infiniment à parler.

Pendant que l'on met son couvert, la Grenouille s'avance sur le seuil delà porte et regarde dans la campagne. A fort peu de liistauce, sur la gtiuehe, on apercevait la jolie maison appartenant à Rûberval. Il admire l'aspect de la villa, et s'écrie :

Je vois la-bas... de l'autre côté de la rue, une bien

jolie habitation, cela doit appartenir îi de3 gens de Paris ([ui viennent y passer la belle Siiison?

— Oui, monsieur, cela appartient en effet à des personnes de Paris, des gens très-riches, qui ont équipage: mais ils n'y viennent point passer tonte la be!!e saiion. ainsi que vous le croyez, ils y viennent île temps ;1 autre avec beaucoup de monde de Paris... .Vlors ils doanein de grands repas, on danse... on fait delà musique, c'était bien gentil !... Mais, hélas! je dis c"èt;ùt, parce que, depuis trois mois îi peu près, oui, c'était dans le cœwr do l'été, eh bien ! toutes ces fêtes, tous cesbiUs ont cessé, et cela me fait de la peine, vu que cela me cause du tort, parce que vous entendez bien que tout ce monde qui venait avait des voitures, des cochers.de* laquais, et, comme do raison, tout cela venait boire et rire chez nous, j'Ondantiiuo les maures se divertissaient là-b;is !

— VoiliXle dtiier au petit salé qui est servi ! dit le garçon en mettant un plat sur la table d'un air tnoqneur.

La CTrenouille va se mettre à son couvert, mais il continue sa conversation avec la cabarolière.

— Koberval... Vous dito« que celte pTopriét* apj»artient ;\ un M. Koberval, n'est-ce pas?

— Oui, nions our.

— J'en ai enteii.n parier... Je crois mèïuo que jo me suis trouvé eu soirée avec lui chez M. Kigoulotini, ua

LES ENFANTS DU UdULKVARL'

milliontiiiirede mes amis!... Ce Roberval passe en ell'.-'t pour un homme fort riche, par <iuel hiisanl ou quelle suite dV-véïicinents a-t-il donc cessé de donuer des fûtes dans sa villa?

— Darao! monsieur, est-ce qu'on sait?... Non seulement il ne reçoit plus de momie, mais ce qu'il y a do singulier, c'est que sa femme môme, une jolie dame bien aimable, qui aimait beaucoup cette campagne, eh bien, ell(! n'v vient plus du toutl

— C'est singulier, en ell'et... il est donc arrivé quelque malheur, quelque accident désagréable dans cette maison?

— Je ne sais pas ce qui <'st arrivé, mais d'abord, il faut vous dire, monsieur, que, dans cette propriété, il y a, tout au fond du jardin <|ui est très-grand, un pavillon... toujours formé, et dans lequel il est absolument.defendude cliercher à entrer, ce qui au reste serait difficile, puisiiuc la porte du pavillon est sans cesse fermée avec soin et que les fenêtres ont des volets également fermés.

— Tiens! tiens! mais voilà qui est, curieux... Continue/, donc, ma^clière dame, votre pavillon m'intéresse beaucoup.. .

— Et monsieur trouve-t-ille petit salé à son goût?

— Excellent! ma foi!... et votre vin n'est pas désagréable... Cela me change, voyez-vous, parce que tou- ]ouTs boire du chambtrtin ou du Champagne, cela irriic restomacl Vous disiez donc que personne ne doit chercher A entrer dans ce mystérieux pavillon, et qui défend cela?

— Naturellement, c'est M. Roberval... Il y entre lui, et, dame, il y passe souvent des journées entières.

— A quoi l'aire?

— On n'eu sait rien, puisqu'il n'y reçoit personne, puisqu'il s'y enferme comme dans une citadelle !... mais comme c'est un ftiiseur d'affaires, un boursicoteur, comme ils disent dans le pays. ..je ne sais pas même ce que cela veut direl

— Cela signifie un homme qui joue :X la Bourse, qui spécule sur les fonds publics.

— C'est ça, \\ pécule sur les fonds, alors on pense qu'il s'enferme comme cela pour péculer à son aise... et qu'il ne veut pas être dérangé parce qu'il a peur qu'on ne connaisse sa malice, ses espéculations, pour gagner toujours de l'argent.

La Grenouille avale un verre de vin, fait claquer sa langue comme s'il venait de boire du Clos-Vougeot, puis secoue la tête en disant :

— C'est singulier... fort singulier... Il y a dans tout ceci quelque chose qui n'est pas clair... Mais dans ce que vous venez de me conter, mon aimable hôtesse, je ne vois pas ce qui a fait cesser les fêtes, les réceptions que ce M. Roberval donnait dans sa villa, je ne vois pas pourquoi ils ont cessé d'y venir...

— Oh! M. Roberval y vient toujours, lui; hier encore il y a passé presque toute sa journée, c'est madame qui ne vient plus.

— Ah ! c'est madame qui n'y vient plus... Et vous n'en savez pas la raison?

— Si fait, c'est-à-dire à peu près... nous en savons plus que les autres, vu que, il faut vous dire que M. Guillaume, le jardinier de M. Roberval, prend ses repas chez nous, et alors il nous conte ce qu'il sait de ses maître?, c'est bien naturel, n'est-ce pas, faut bien jaser un petit peu!

— C'est tout à fait naturel; d'ailleurs cela se fait par- ■ tout, les valets racontent ce qu'ils savent sur leurs maîtres... c'est très-innocent. Donc ce jeune Guillaume, le jardinier...

— Oh! ce n'est pas un jeune, c'est un vieux... Il a plus de soixante ans!

— Raison de plus pour qu'il aime à causer... et ce vieux Guillaume vous a dit?

Que, il y a trois mois environ, c'était en Juillet,

monsieur était venu seul à sa campagne, et comme de coutume était allé s'enfermer dans son pavillon, après

avoir dit a Guillaume .•«S'il venait du monde, ne dites pas que j'y suis, et no laissez entrer personne. »C'est très-bien, mais voilà qu'au milieu de la journée une voiture s'arrête devant la grille, <leux daines en descendent : c'était œailame Roberval avcr une de t'es amies. Coniii;e de raison, le jardinier no défend pas à sa maîtresse d'entrer, mais le drôle de l'histoire, c'est que madame ne savait fias que son mari était à sa villa. En l'apprenant [lar Guillaume, l'autre dame voulait partir, mais madame Roberval veut rester, elle dit à son amie : « Mon mari ne troublera pas notre déjeuner, il est dans son pavillon, et, quand il est là, il n'en bouge plus. » L'amie cède, fiuillaum<' sort de la voiture fies provisions qu'on avait apportées, et, pendant ([u'on prépare le couvert pour leur déjeuner, ces dames vont se promener dans le jardin. Ouand elles ne sont plus là, ne voilà-t-il pas M. Roberval qui arrive, appelant le jardinier pour l'envoj'er à la poste; alors Guillaume lui dit que madame est venue avec une de ses amies et se promène dans les jardins; lîi-dessus, voilà monsieur qui laisse là Guillaume et court comme un fou du c6tô de son [>avillon. Qu'était-il arrivé ? on ne sait pas; seulement madame revint avec son amie, elles étaient pâles, tremblantes, il ne fut plus question de déjeuner, elles remontèrent sur-le-champ dans leur voiture, qui partit aussitôt. C'est depuis ce jour-là que madame Roberval n'a pas une seule fois reparu à sa camp.igne.

— Tout cela est fort drôle... fort romanesque... Et ce jardinier... ce Guillaume est le seul gardien de la maison?

— Oh! le seul!... A quoi serviraient d'autres domestiques, puisqu'il n'y a personne qui loge dans les beaux appartements?

— Vient-il toujours chez vous, ce vieux jardinier?

— Toujours, mipnsieur.., Voilà la brune, il ne tardera pas à venir souper... Et tenez'... j'entends ses sabots... je les reconnais... oui, voilà le père Guillaume qui vient souper.

Le vieux paysan, jardinier de M. Roberval, entre dans le cabaret, il salue la cabaretière, s'incline devant le major Kroutberg et va frapper sur l'épaule du garçon en lui disant :

— Mon souper, François... ma soupe, et mes choux au lard, et du fromage, avec ma mesure de vin habituelle... tu sais...

— Oui, papa Guillaume, je vas vous servir tout ça... Ah! vous soupez bien, vous! Au moins j'appelle ça un repas !

La Grenouille lance un regard impertinent sur 1.^ g.ircon qui semble vouloir l'humilier. Cependant le jardinier a pris place à une table à côté du voyageur, et celui-ci entame sur-le-chomp la conversation :

— Il fait frais ce soir, monsieur, le temps a été beau., mais il ne fait plus chaud !

— Ah! dame, monsieur, nous sommes en octobre, nous ne pouvons plus guère espérer de chaleur !

— L'ennui, ce sont les nuits qui viennent si vite... voj'ez, il est :\ peine six heures, et il ne fait plus jour.

— Chaque chose en son temps, monsieur...

— C'est juste, monsieur Guillaume... car je viens d'apprendre que j'allais avoir le plaisir de me trouver avec monsieur Guillaume, le jardinier de M. Roberval... le meilleur jardinier de Ville-d'Avray à ce qu'on assure!

Le vieux paysan ôte son bonnet de laine, s'incline de nouveau devant ce monsieur qui lui dit des choses si polies, et répond :

— Monsieur est bien honnête... dame, je fais mon état du mieux que je peux, mais je me flatte que personne ne peut me dégoter pour la culture des fleurs et la tenue d'un espalier.... et l'arrangement d'un berceau, et l'alignement d'une charmille... et l'entretien des gazons. .. et.. ,

L'arrivée de sa soupe interrompt le jardinier, qui ne s'arrêtait pas quand il était question de son état, excepté quand il s'agissait de boire ou de manger.

— On m'a dit que les jardins de la villa que vous habitez étaient ravissants!

LES ENFANTS UU BOLLEVAHD

— Monsieur, s'il faisait jour, je me ferais un plaisir et un bonlieur de vous les montrer...

— Vous êtes bien boni... peut-être cela ne plairait-il pas à M. Koberval, votre mattre?

— M. Koberval n'est pas à sa campagne... il n'y couche jamais; il y est venu liier, il a [la-stio sa journée dans son pavillon comme à l'ordinaire, puis il est parti en me disant : i Guillaume, je ne reviendrai pas de la semaine... ne laissez entrer personne, aucune visite ! »

— 'Vous voyez bien, il vous défend de recevoir les visiteurs !

— Oh 1 mais vous n'êtes pas un visiteur, vous, monsieur; vous êtes, je le vois, un amateur de jardins. . . ça me regarde ça... C'est pas pour monsieur, c'est bien différent!

— -MofS un de ces jours. ..je passerai par ici de bonne heure. ..

— C'est ça, et je vous ferai voir mes jardins... François, ta soupe sent le brûlé I...

— l'as possible, père Guillaume, c'est le fumeron que vous voulez dire 1...

— Kt vous n'avez pas de femme, pas d'enfant, monsieur Guillaume ?

— Non, Dieu merci, j'aime mieux ça!...

— Vous devez cependant vous ennuyer tout seul... Ainsi, que faites-vous le soir?

— Ce que je fais? pardine, je dors... et d'un fameux somme, je m'en flatte... l'enez, sitôt que j'aurai fini de Sûui)er, je rentrerons et je me coucherai tout de suite... Et puis j'ai pas plus tôt la tête sur l'oreiller que je tape de l'œil...

— Vous êtes bien heureux.. . Ah ! sans doute vous logez au fond du jardin, et vous n'entendez pas le bruit de la rue...

— Pardon excuse... je loge \h... au rcz-dc-chaussée, à coté lie la grille... maison ne fait guère de bruit dans la rue ici... Et puis on en ferait, que je ne l'entendrais pas.

La Grenouille en sait assez pour ce qu'il veut faire. Il cause encore quelque temps, puis appelle le garçon et demande sa carte ; on ne lui apporte aucune carte, mais on lui demande seulement, quatorze sous pour son repas. Vt'Vant qu'il peut encore faire le généreux, il demande deux petits verres d'eau-de-vie, en offre un au jaruinier qui accepte et trinque avec lui, en disant :

— A la santé de notre aimable hôtesse.

La cabaretière remercie, Guillaume avale son petit verre et la Grenouille sort du cabaret en disant :

— On est fort bien ici, et j'y reviendrai !

— Voilà ce que j'appelle un homme comme il faut! dit la cabaretière.

— Oh ! oui, répond (Guillaume : ça doit être un bien brave homme ! ça se voit tout de suite.

Cependant celui qu'on traite ainsi de brave homme, s'est dirigé du coté do la villa Roberval; il s'arrête rf'abord devant la grille; voit le logement du concierge, la maison, au fond, puis il a fait le tour en suivant le mur qui sert de clôture au jardin. Malgré l'obscurité, il remarque iiue ces murs ne sont pas bion élevés et que pour lui, habitué à ce genre d'exercice, les franchir ne sera qu'un jeu. Il no s'agit plus que d'attendre le moment favorable. Il s'éloigne, va dans la campagne, s'assied au pied d'un arbre et y attend que dix heures sonnent. A dix heures dans un village, c'est comme minuit il Paris.

Lorsqu il est bien certain que tous les habitants do ^'ille-d'Avray no songent plus qu'il dormir, la (îrenouille retourne i^i la villa, il côtoie les murs, cherche l'endroit qui lui semble le plus facile et bientôt il est dans les jardins. Alors il se dit :

— .l'ai du temps devant moi, personne à redouter, co jardinier a pris soin lui-même de m'ave'rtir qu'il dormait comme un sourd, d'ailleurs il loge fort loin d'ici, il s'agit maintenant de trouvera pavillon mystérieux, où ce Koberval no veut p;is que personne pénétre, parce ([uo probablement il y cache ses trésors.

Aînés avoir marché quchpie temps, la Grenouille se ti'ouve devant le pavillon; comme il a eu soin de prendre avec lui tous les iustrumeuts dont il espérait avoir besoin,

il introduisit un rossignol dans la serrurede la porte. <^'ettc serrure résiste longlemp-i; il faut toute 1 adresse, tout* la patience et l'habitude de ce monsieur pour t-n veoir à bout. Enfin elle a cédé, la porte s'ouvre. Le voleur entre dans la pièce octogone et sortant de sa poche du ni de cave et une allumette pliosphorique, il corameDce par se procurerde lalumiére, en se disant :

— Il faut voir h qui l'on a affaire.

11 regarde autour de lui, s'étonne de n'ai)crcevoir que des divans et (les chaises; mais bientôt il découvre la petite porte qui est au fond : elle est également fermée. 1^. nouveaux efforts, nouveau travail du voleur qui, avec un autre instrument, est obligé de briser la porte pour parvenir à l'ouvi-ir. Enfin il a réussi ; il s'avance dans le petit cabinet, aperçoit le secrêUiire et dessus une tablette une liasse de papiers; il saute dessus... ce sont des billets de banque de mille francs; il les compte, il y en a vinirt; il est si enchanté de sa trouvaille qu'il n'en demande pas davantage. Il fourre les billets dans sa poche, puis se liàte de sortir du cabinet, du pavillon, d'éteindre sa bougie, de gagner le mur, de .sauter par-dessus, et quand il est en pleine campagne, il se met encore à courir pendant quelque temps pour se mettre tout à fait en sûreté.

11 ne cesse de se répéter ;

— Vingt mille francs... une liasse de billets do banque... Ah! que j'avais bien raison de vouloirpénétivr dans ce pavillon... iiuelle'bonne soirée... vingt mille francs... Ah! mon cher baron, je me fiche le vous maintenant et c'est à moi de faire mrtn embarras.

Un fiacre passe qui retournait à Paris, la Grenouille l'appelle, monte dedans, et lui dit :

— Au Palais-lloyal par larue des Bons-Enfants... .\llez, vous serez bien payé.

Une fois dans la voiture ce monsieur se dit :

— Il n'est pas encore minuit, je vais aller au numéro neuf... D'ailleurs cette maison de jeu-là est ouverte toute la nuit. Parbleu ! je veux jouer aussi moi, je veux faire sauter la bamiue... Mais si je m'aperçois que je n'ai piis la \eine, je ne serai pas si béte que Séverin,je ne risquerai pas tout mon argent... Ah ! comme je me moquerai de lui si je fais sauter la banque.

La voiture arrive au Palais-Royal. La Grenouille descend devant la maison de jeu, et dit au cocher :

— Attendez-moi... faites un bon somme, mon cher... le pourlioire sera soigné.

Puis, gravissant lestement les escaliei-s, le major Kroutberg entre dans les salons île jeu, où il y a encore beau- (MUp de monde. Il s'approche d'une table de roulette, tire liérement un de ses billets de banque de sa poche et le jetant sur la table, dit :

— Cinq cents francs sur la noire.

Tous les yeux se portent sur ce monsieur qui commence si largement. Le jeu est fait, la bille tourne. Puis s'arrête... la rouge sort.

— Kende/.-moi cinq cents francs, dit laGreuouiiie.

Un des bamiuiers prend le billet, le tdte, l'examine, puis s'écrie :

— Ce billet est faux !

— Faux! dit la Grenouille.

— Oui, oui, on nous a prévenus: depuis quelque temps il circule une grande quantité de faux billets de banque... pour les recounattre, il faut regarder cette lettre qui est mal faite... et le chitl're ([ui n'est jamais net!

— Rendez-moi ce billet... je vais vous en donner un autre... Je l'ai reçu de coudunce, je tâcherai de retrouver celui qui me l'a donné.

Et la Grenouille, fouillant à sa poche, y prend un autre billet qu'il donne au kinquier. El celui-ci, après l'avoir examiné, s'écrie :

— Encore un faux billet... .\h! c'est trop d'amlacc. arrêtez ce monsieur !

Aussitôt deux agents de police s'avjuicent vers le mi\jor qui s'écrie :

— Comment! Encore un faux billet?... Mais je suis dono volé, moi Je vous jure, messieurs, que je ne siiis i>as co que cola veut dire.

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