LE PETIT VIIXAOE DE MEnl.Ai
Avcz-vous élc ([uelquiifois vous promoncr du côlc deNoisy-lc- Scc? El d'abord, que lo nom ne vous «(fraie pas. C'est un village qui n'est pas plus sec qu'un autre .. qui serait privé d'eau, et eiicuie Noisy-le-Sec a-t-il pour voisinage le canal qui va se jeter dans le l)assui de la Villelte, où on est libre de se baigner en caleçon et de pùnher des têtards.
Si vous connaissez Noisy-le-Scc, vous savfz qu'en sortant de la grande place du village, car tous les villages ont une grande place, où quehpiefois deux voilures ne peuvent pas so croiser, ce qui n'empéclie pas que ce soit toujours là que se donne la fête de l'endroit, et le plus petit hameau des environs de Paris a aussi sa fêle, où l'on danse quelciuefois, mais où l'on se grise toujours ; ceci est un usage que les paysans ont à ciEur de conserver.
Revenons à ISoisy-le-Sec, dont la place n'est pas de celles que je vous citais tout à l'heure ; car, bien au contraire, elle «si grande, belle, aérée et suffisante pour que l'on puisse y danser au moins douze quadrilles et nièiue des polkas, si la polUa avait réussi à s'm- Iroduire dans les bals villageois; mais elle n'y est pas encore parvenue. Les paysans ne savent pas lever le pied aussi bien que les citadins. Ksjiérons (ju'ils y arriveront. Un vieux proverbe dit : Tout rienl il iioint à qui. sait aUcndre ; et nous sommes dans un siècle de Imniiris et de chemins de fer qui doivent nécessairement hAler les progrès en tout.
^iais il un, semble que Je ne puis pas parvenir à sortir de Noisv- Ic-Sec. Ce n'est pourtant pos lîi que je veux vous arràlcr. Ayei la complaisiUKc de tourner à droite en sortant de la place. Vous passerez devant la li(iuli<pie d'uu gros épicier, marchand de vui cl <le sabots, cfiez K'(iuel vous trouverez aussi d'excellent ralati.i , ce qui n'est iamais doagrcaMe lursuu'ou a cluuui, et on a presque toujours chaud lorsqu'on su p. ouiène dans la campaj^nc, parce qu'ordinaiie-
1 ment c'est en été que fon fait ces parlies-lù... Voilk une eon?*quence que je suis oien cor.tent d'avoir trouvée. Je me sens capable de vous dire beaucoup de choses de cette forcc-là.
Vous passez donc devant la boutique de l'epieier, qui fait le coin de la place. Vous buvez du ralatia ou vous n'en buvez pas : c'est absolument comme cela vous fera plaisir. Vous suivez ensuite la rue qui est aussi la route nui conduit ou à Villemonible, ou à Rosny; puis vous arrivez bientôt au bout de celte rue, à un endroit où deux routes se présentent et où une croix est élevée.
Sut votre droite , vous apercevez le village de Uosny, et sur la hauteur le fort qui domine toute la campagne. Sui^ez la roule qui tourne un peu à gauche : c'est celle qui mène au joli village de Villemonible. Maintenant, vous êtes en pleine camp-igne, sur un beau chemin, tantôt pavé, tantôt ferre. De chaque eole s'ctendent des champs bien cultivta ; car les paysans des environs de Paris connaissent le \ni\ du terrain, et n'ont p;is pour habitude d'en laisser peidre. A des distanças iu»ei rapprochées, de beaux noyers donnent un peu d'oiubragi> ii la route, qui se continue toujours belle, tianta et égale, ju.squ'à l'entrée de Villemoiiible, laissant à sa gauche les bois du Raincv et la forêt de Boiulv , autrefois si célèbre par ses voleurs, mais que l'on travers»- sans ilfroi maintenant, parce que les voleurs ont trouvé plus fructueux d'aller travailler dans les vilks, ce qui est fort a^reaLle pour les paysans.
Après Villemonible, en suivant toujours tout droit, tîus arrivex à Cagiiy, autre village embelU par de iluirmantes petites ni.»isi>ns de campagne, petites villas (lossedées la plupart (vir d'.incens négociants retirés des atlaues. Vous verrez le joli petit cliAleau de l'Horloge, où je ne vous roiisedle i>.\s cependant de reijler votre montre. Vous verrez la Maison-Hlanclic, et en montant du coté de MontXernied vous verrez aussi la Maison-Rouge ; cir, dans ce pays, •' T * des maisons de toutes les couleurs.
Eu continuai t de monter, vous serez bientôt i M<.utfcrmcil, ««i-
L'AMOLll OUI PASSE ET L'AMoUll QUI VIKNT.
cii'ux \illiif,'t; (jui lue rappelle une laitière (pie j'ai bi-uucoup connue! L;i, vous triiuvi'z des sitts cnrliaiiteiirs, des liois pirsenies de iiiugiit'i rt de pâquerettes, des prairies coupée» pur des pièces d'eau ; il y a lies gens qui iiouiincnt cela des mares ; iiKii, je prétends que ce suiil des étangs. Si c'est une illusion, je demande a la conBerver. Un eiiibellit loujmirs le puilraitde la femme ()ue l'on aime; il nie .semble qu'il c-t bien permis aussi d'embellir les sites où l'on seplait, cil l'un a été lieureux. C'est si naturel d'être reconnaissant!... et le naturel est si rarel
Le village de M>>ntrermeil ne date pai d'hier. Dans le treizième siècle, une léproserie y fut fondée; car, dans le bon vieux temps, vous savez que la lèpre était cliose fort coiiirauiic. On avait encori! beaucoup d autres vilaines maladies que bs médecins de cette époque ne savaii'iit pas guérir, parce qu'ils oluient InliMinicnt moins savants que le> iiùties, qui, cependant, nous laissent uu^si succomber quelqucl'ois. Mais si on guerifsail toujours, où sérail le mcriti' î
Après Moiiift-rnieil, nous trouverions Couhron, avec son étang au milieu drs bois (cette fois nous pouvons altiriuer que c'est bien un étang) ; ensuite nous arriverions à Chclles et à Lagny, où jadis il ne fallait pas dire : Combien vaut l'orge ? sans avoir la main dans le sac, sous peine d'être piécipile, par les habitants, dans le bassin de la fontaine, et oblige de passer par une mtinité d'épreuyes hydrauliques.
Slais nous allons trop loin, nos souvenirs nous entraînent, nous pourrions ainsi vous faire faire trop de chemin. Rétrogradons, le- ▼enons à cette croix placée à la sortie de ÎSoisy-le-Sec. Suivons la route pendant dix minutes seulement, et, à notre gauche, nous trouverons un p' tit village dont le nom n'est guère poétique à ce villa^'e, c'est Merlan.
Une seule rue compose tout le vilUige de Merlun, et cette rue n'est guère plus loiif,'ue qu'un petit boulevard de l'aiis; par exemple elle est large, et comme les maisons dont elle est ornée ne sont pa^ bien hautes, elle roçoit en plein les rayons du soleil. Crs maisons, habitées presque toutes par des villageois, sont loin d'être élégantes ; niais, en revanche, elles sont inégales. Celle-ci aura un étage, cellelà deux; une autre na qu'un rez-de-chaussée. Du reste, cetie variété donne du pittoresque à l'endroit. Lorsque j'i ntre dans un village, si je vois des maisons bien égales, bien alignées, je me crois encore dans les rues de Paris, et jt>- U'iorouve pas le plaisir que je cliei- Se à la campagne.
Ce que je veux dans un village, c'est l'arbre planté en espalier le long des murailles, et dont les branches grimpent jusqu'aux fenêtres du premier étage, qu'elles cachent parfois à demi; c'est le fumier dans les cours; ce sont les poules, les canards et les oies barbotant sous la porte charretière; puis les enfants à demi nus, mais gras et roses, jouant au milieu de tout cela; c'est l'odeur de l'etable, c'est le bruit du ruisseau qui coule et se perd dans la rue, c'est le chant inégal des jeunes filles, c''st l'enseigne presque toujours curieuse du traiteur ou du cabaretkf c'est l'air pur qui y règne (pas chez le cabaretler, toujours dans ; village) et la liberté que j'ai d'ùter mon paletot et même ma cravate si cela me fait plaisir.
A propos d'enseignes, il y a quelque temps, en me rendant àSaint- Mandé, j'ai remarqué aussi la boutique d un perruquier qui s'annonce comme membre de la Cadémie. Cette orthographe est historique et prouve de nouveau combien les lumières ont fait de progrès depuis quelque temps. Revenons aux charmes de la nature.
Vous jouirez de tout cela dans le petit village de Merlan ; mais je dois cependant vous i;>révenir que vous n'y trouverez point de traiteur. Pauvre pays! allez-vous dire? Un village, tel pittoresque qu'il soit, du moment qu'il n'a point de traiteur, est une jolie femme bossue : on veut bien la regarder de loin, mais on n'est pas tenté de faire sa connaissance. El que ferait un traiteur dans ce tout petit village à peine connu de ses voisin.s, et où l'on ne passe guère, à moins qu'on n'ait la fantaisie de le visiter? Mais, en revanche, vous y trouverez un petit, bouchon sec, c'est ainsi que dans le pays on désigne un cabaret, et, dans ce petit bouchon sec, vous pourrez peutêtre obtenir une omelette et un morceau de lard, si toutefois vous vous y présentez un jour où la maison est bien approvisionnée.
Veuillez vous rappeler que le petit village de Merlan n'a rien de commun avec Auteuil, Passy, Boulogne et Saint-Cloud.
Or, par une belle et chaude journée du mois de juillet, en l'année mil huit cent quarante-six... vous voyez que je ne prends pas les choses de bien loin, trois piétons, après avoir débouché par iNoisyle-Sec, étaieiiî arrivés devant les maisons rustiques qui annoncent le village de Merlan, et l'un des trois piétons s'était écrié, avec un air tout joyeux, et en mettant sa main gauche sur sa hanche, comme s'il allait mazurker :
— Ah! c'est ici, messieurs; voilà le village que je cherchais... Je savais bien que je ne vous égarerais pas. On connaît ses environs àe Paris.
Avant d'aller plus loin, nous ne ferions peutôlre pas mal de lier SûunaissaQce avec ces trois voyageurs. Eles-vous de mon avis î