II. — LES ïliolâ l'IÉTO.sa
Nos trois piétons ne sont pas de ces malheun'uc qui , forcés de fitire (b: longues traites à pied, vous apparai.-sr:iil sur une grande route, liàles par le soleil et couverts de pousuère. Les noires sont tout simplement des habitants de Paris, dont la mise annonce l'aisance, ut les manières l'habitude de la bonne société.
Le plus jeune, qui oeut atoir «le vingt-six à vingt-sept ans, e«| grand, mince, svelte, blond de cheveux, blanc de visage ; sa figure est plutôt bien que niai ; ses yeux bleus ne sont pas grand.?, mais ils ont une expression de giieti; et de malice qui n'est pas sans charme : la manière dont il T'iiiie la bouche et pince ses lèvres est lin peu moqueuse et son menton avance un peu trop ; mais, au résumé, M. Alfred^Mongelle a le droit de se croire joli garçon. 11 y a tant de gens qui s'arrogent ce droit-là sans le pus-cili r.
Celui qui vient après lui est un homme de trente-quitre ans, de taille moyenne, mais un peu gros ; brun de cheveux, à l'air grave et p;e.<que sévère, dont les grands yeux noirs et sérieux veulent quelquefois tourner au mélancolique. Ce monsieur a de- traits réguliers, un nez droit et irréprochable. C'est une belle figure encadrée ilans d'épais favoris et un collier de bube noire, miis un ensemble lioid et une démarche un peu coinpas.sée, ce qui ne l'empêche pas de partager souvent la gaieté d'Alfred Mongelle , parce qu'elle est franche et comnuinicative.
Celui-ci se nomme Gustave Dugranval.
Le dernierdes trois voyageurs est un individu extrêmementlaid, de ces belles laideurs devant lesquelles il n'y a pas moyeu d'être d'un avis contraire; c'est une figure jaune, à pommettes saillantes, trèsmarquée par la (letite vérole, et dans laquelle on cherche des yeux, que l'on trouve avec bien de la peine, au fond d'une cavité noirâtre, où ils ne jeileul qu'un assez faible éclat. Joignez à cela une énorme bouche garnie d'eiioniies dents qui oft'rent qiielqueresseinblance avec les défenses d'un sanglier, et vous aurez une idée de ce monsieur dont il serait, par exemple, assez difficile de deviner l'âge ; car c'est là le privilège des g.-ns tres-laids, ils ne vieillissent point ; per lezles de vue pendant une quinzaine d'années, et, en les revoyiul, vous serez tout surpris de ne point les retrouver changés, tan li^ que vous, si vous avez eu le malheur d'être gentil, il rît probable que vous aurez perdu une grande partie de vos avantages.
C'est ce qui prouve qu'en tout il y a de:i compensations, et que la nature accorde un dédommagement à ceux de ses enfants qu'elle a le plus maltraités. Malmenant, il s'jgit de savoir s'il vaut mieux être laid et ne point vieillir, ou être joli garçon et subir l'influeuce du temps.
Cette grave question ne peut être résolue que par des dames; elles ont résolu des choses bien plus graves quelquefois: oh! les femmes!... Elles ne sont jamais à court de réponses ni de moyens; elles auraient tranché le nœud gordien tout comme Alexandre ; elles auraient jugé comme Salomon; elles auraient fait des révolutions comme BnUus et des Commentaires comme César, si on leur avait laissé gouverner les affaires. Je me demande pourquji on n'a pas encore essayé. C'est si gentil l'empire du cotillon... quind celle qui le porte est gentille, toutefois!
A propos, ce monsieur si laid se nomme Maringo. Il marche après les autres, il est presque toujours en arrière, et il s'arrête souvent pour s'essuyer le front.
Celui qui a fait une exclamation de joie en apercevant les premières maisons du village de Merlan, est le jeune Alfred. Vous savez qu'il s'est arrêté. Ses compiguons en ont fait autant.
— Nous y voici, messieuis!... nous sommes arrivés, ou du moins nous ne pouvons tarder à arriver! s'écrie de nouveau le grand blondin.
— Est-ce que tu vois la maison de VaMémar? dit Gustave Dugi anval en portant ses regards de tous côtés.
— Non, je ne vois pas la maison de Valdémar; et d'ailleurs, je la verrais que je ne pourrais la reconnaître, puisque je n'y suis jamais venu ; mais j'aperçois, en revanche, le village de Merlan.
— Merlan! s'écrie à son tour M. Maringo qui vient de rejoin'ire ses amis. Quel est le village qui ose s'appeler Merlan?
— Celui-ci... en face de nous, dont tu vois déjà les maisons.
— Allons doncl... c'est une mauvaise plaisanterie d'.\lfred... un village ne peut pas s'appeler Merlan; il n'y a que des poissons cripables de porter ce nom là, où des perruquiers, autrefois, avant qu'ils fussent passés dans les coifTeurs.
— Si tu ne veux pas me croire, tu n'auras qu'à interroger le preiuier paysan venu.
— Eh bien! enfin, est-ce que Valdémar demeure à Merlan?.,, ce n'est pas possible... il se respecte trop pour cela... Un homme qui habitait à Pans, dans la Chaussée-d'Antin, qui dînait tous les jours au Café de Paris, ou à la Maison-Dorée, aurait loué une campagne à Merlan !.. S'il a fait cela, je le renie, je ne le connais plus L,..
— Ah ! s'il n'avait jamais fait d'autres sottises, murmure Gustave en regardant Alfred.
Celui-ci sourit en répondiiit :
L'AMOUR OUI PASSE ET L'AMOLU (JLI VIENT
— Ce pauvre Valdémar... je l'aurais cru plus raisonnable!... enfin, t'est fim adaire; et, après tout, s'il est heureux, c'est le principal.
— Je ne suis point de votre avis, Alfred, il ne faut pas toujours se dire : Je suis liiureux aujourd'hui, cela me suffit. Je ne me foucie point, moi, d'un bonheur r|ue l'on paye par des r((,Tel3 cl qui gale souvent tout notrt' avinir. Du reste, je ne dis pas cela pourValdéiuar, puisijue je ne connais pas sa belle.
— Ah çà, messieurs, voyons, où allons-nous? reprend Marin^jo, qui a l'air presque désespéré; je vous déclare que je n'en puis plus de fatigue et de chaleur; je suis trés-altéro... s'il y avait des cafés par ici... mais, pour tout rafraîchissement, je n'aperçois que des noix encore vertes.
— Il me semble, mon cher Maringo, que je vous ai fait prendre à Noisy (lu fort bon ratafia.
— C'est vrai, nous aurions dû en emporter une bouteille...
— ICcoutezj Valdéuiar m'a dit positivement à moi : La maison que j'habite est isolée dans la campagne, mais tout près du village de Merlan. Vous la reconnailrtz lacileuient : c'est un pavillon carré fermé par une grille, le jardin est derrière. Quand vous serez sorti de Merlan, c'est à droite.
— l'our sortir de Merlan, il faut que d'abord nous y entrions.
— Ceci est d'une grande vérité, Maringo, tu n'as jamais rien dit d'aussi profond que cela.
— C'est bon, messieurs , riez ; mais moi je suis fort inquiet.
— El de quoi?
— Paibleu I du dîner que nous ferons.
— Oh ! tu as tort de t' alarmer ; est ce que notre ami Valdémarne nous traitait pas bien, à Paris?
— Si fait; au contraire, je suis le premier à lui rendre justice. A Paris, il nous traitait parfaitement; mais ici, dans ce désert... dans ce trou, dans ce Merlan enfin 1 puisqu'il faut l'appeler ainsi, qu'estrce que vous voulez qu'on trouve... des fruits et du laitage ! Merci, c'est trop champêtre.
— Rassure-toi. Valdémar aimait trop bien à vivre pour rester dans un pays où l'on ne pourrait se procurer une bonne table. Voyons, messieurs, entrons dans le village...
— Entrons dans Merlan, murmure Dugranval en hochant la tôte. C'est égal, je crois que Maringo a raison; je ne voudrais pas être réduit aux comestibles dt; l'endroit.
— Entrer dans Merlan, et par !e soleil qu'il fait, reprend Maringo, nous allons niices.vureiiieut ètie au gratin dans ce pays-là.
Les trois amis entrent dans l'unique rue du village, en regardant à droite et à gauche. Alfred rit, Gustave secoue la tète d'un air qui n'est pas rassurant, et Maruigo murmure à chaque instant :
— C'est très-vilain par ici... pas une maison bourgeoise... pas un traiteur, pas mémo un cabaret... Uécidément, nous sonmies chez des sauvages... on va peut-être nous faire cuire au soleil et nous manger.
— Il nie seml le, dit Gustave, que nous ne ferions pas mal de nous ■^iformer de la demeure de Valdémar.
— Nous informer !... oui, à quiî... le village ne me paraît pas trop peuplé, excepté par des nuées d'enfants... C'est extraordinaire comme les paysans pullulent, comme ces gens-lù aiment à se propager! Apres eela, vous me direz, ils n'ont pas d'autres plaisirs.
— Dieu 1 quelle chaleur... Nous avons choisi pour venir à la campagne le jour le plus cliaiid de l'année !
— Ne lallail-il pas choisir un jour de pluie! Mais ce diable de Maringo bougonne et se plaint sa; ^ ces>e. Si tu avais servi sous le petit Caporal, quel grognard tu aurais fait!
— (;'est possible ; mais qu'on me donne à boire et je ne me plaiiiirai plus.
— Attendez , messieurs, voici une porte enlr'ouverle... je me risque.
Alfred pousse la porte d'une petite maison qui n'a qu'une fenêtre au rez-de-chaussée, mais qui possède en haut deux espèces de croisées, l'une grande, l'autre petite; l'une à six pieds du sol, l'autre à douze. Ceci peut *ous donner une idée de la liberté avec laquelle on pratique l'architecture dans le village de Merlan.
La porte ouvre sur une grande salle, qui est au niveau de la rue, et dont le sol, en oore plus inégal, ressemble parfaitement à la mur lor.-<qii'elle est agitét". Seiilenieiii ici les vagues ne bmigentpas. Plusieurs femmes sont dans cette salle occupées ;\ laver du linge devant des baquetSi leur costume, qui est d'une extrême simplicité, ne se compose eu tout que d'une chemise à manches courtes et d'un jupon cpii est leienuparles hanelius, lorsqu'il est assez heureux pour rencoiiirer des hanches qui le retiennent. Quant à des bas et à des salioi>, on n'en aperçoit aucun vestige; mais il fait trés-cliaud et rjs naines sont en train de laver; vous comprenez qu'elles se mettent îi leur aise, et se rapprochent en ce moment du costume écossais.
Une domi-douzaine d'enfants se trouvent epars dans la salie, se roulant, les uns dans les mares formées par l'eau aniasst'e devant les bai|uels, les autres sur les monticules de terre qui simulent des vaguis. Le cosliune d" "-jfants, encore plus léger ipic eclu^ des laveuses, se réduit il une ehoniise; on a supprimé le jupon cumim: objet de luxe, mais eu revanche, un leur a mis des chemises si courtes
qu'il» ont l'air de n'avoir que de petits gd<-t«; e'e'^t probabUment dans un but hygiénique, pour Iai«bcr plu» de liberté à leurs moovements.
Le costume des laveuse» et des enfants rappelle aux irol» ami» us labl' aux plattiques qui viennent d'être mi» à la mf»de dans di»en thtàiies de Pari-., et Alfred s'écrie:
— Tabli.au vivant 1
— Oui, dit Maringo en faisant la grimace, mai< rcui-ci u'auraieot point eu le privilège d'attirer la foule... Ah! si parmi une de <••- laveuses j'apercevais la belle, la scdoi-aiite Kelkr'.... je >ijui d'-:!are, messieurs, que je me mettrais tout de suite dans le Maiplc appireil... de ces enfants! mais, hélas! I.i nature est comme les artiste», elle ne crée ipie rarement des chcfi-d' Œuvre.
IIL — tE3 LAVEUSES.
Sur les laveuses, deux avaient passé la cinquantaine; deux étaient jeunes, mais fort laides, et la légèreté de leur toilette ne ditsimubit pas assez les desagréments dont elles étaient poorvi.e».
Aussi Alfred s'est-il arrêté, frappé par le tableau qu'd a devant les yeux, et reste-t-il tout interdit, lorsqu'une des laveuv-s, la plus âgée, lui dit avec une voix rauque, lorsqu il a ouvert la porte :
— Qu'est-ce que vous demandez î
Gustave Dugranval, qui a passé la tête par la croisée qui est entrebâillée, répond pour son ami.
— Pourriez-vons nous indiquer la maison de campagne de M. Valdémar, s'il vous plait?
— Valdémar \ qu'est-ce que c'est que ça? une enseigne?
— Non, ce n'est pas une enseigne... c'est le nom de la personne chez qui nous allons... un monsieur de Paris, qui a loué une maison de campagne dans ces environs, il y a deux mois à peu près.
— Ah! bon... 11 vend du vin?
— Eh non! il ne vend pas de vin! dit à son tour Maringo en »« montrant à la porte, mais je voudrai» bien, en ce moment, trouver quelqu'un qui en vendit!
— Tiens! mais ils sont donc une bande, dit une des autres femme en voyant apparaître la figure de Maringo. Ohé! Marie, prenl-^ doij. garde à ton petit qui se roule sons le baquet... on ne le voit plus, on serait capable de le couler avec la lessive...
— Nicolas, veux-tu l'ôterde là tout de suite?... Oh île vilain garnement... cunniie il est fait!... quel enfant gâte...
— Il nie semiile que vous n'avez pas peur qii'ilâ gâtent leur pantalon!... dit Alfred en riant, tandis que Gustave murmu'ail :
— Voilà des laveuses qui ne me rappellent pas du toui la romance de Grisiir.
— Des pantalons à des mioches comme ça! répond la paysanne. Eh bien! merci ! C'est déjà bien assez de r-iccommoder ceux de nos hommes 1 mais si la chaleur continue, ils les siippnmeroul peut-être aussi. L'argent est si rare, il faut faire des économies.
— Enfin, mesdames, connaissez-vous la maison de M. Valdénnri Un jeune homme, très-bien, qui a une femme très-gentiUe... te sont des bourgeois de Paris.
—Connais-tu ça, loi, Claudine, qui vas vendre des paniers de fraises cheu les bourgeois ?
Celle qui se nomme Claudine est alors, pour la dixième f >is, occu|«c« à retenir et à renouer son jupon qui s'obstine à tomber, («iree .,u(^ depuis le haut jusqu'en bas, la taille de la paysanne est aii-si unie qu'un cliemin de ter. Après avoir serré ses cordons, elle répond :
— Je ne vends plus de fraises aux Iwurgeois; j'aime mieux les donner à Jérôme qui les porte au marche de Paris.
— Mais je croyais que les bourgeois le les payaient plus cher?
— C'est égal, moi je ne veux pas kui-y veiKire, jaune bien mieux les donner à Jeionv et les faire vendre à Paris.
Ceci, messieurs, dit Maringo, vous donne un Uf^r «perfii | de
l'obligeance du pay<an pour lebourgeois, et notez bien que ce que vient de dire cette villageoise est un fait qui se renouvelle ire> s>uveiil. Vous habitez la campagne; vous vous tigun z qu v .ii> auroi des fruits et des légumes de première main. Vous voy. i une paysanne qui cueille des framboises, et vous allez lui dire : Ci>mbien ▼>« |»iniers de framboises? Elle fait la grimace en vous répondant: t-'ed pour porter à Paris; je n'en vends pas ici. Vous msistei, en d\**t\i\ Qu'est-ce que cela vous fait de m'en vendre? je vous les piicrai plu» clier qu'on ne les achète à Paris. Maisla paysanne vous lounieraledoi
■n répétant: Puisque je ne veux p.is vous en voedre. V.i-1-il me laisser
iraiiquille, celui-là! Est ce qu'il n'a pas bioniôt fini de meniiuytrt
Pend.mt que Maringo i>arlait, les laveuses riaient d'un «ir mo^netir.
rsqu'il eut fini, colle que l'on nommait Claudine dit :
— Savez-vous que vous n'avez pas oublie d'êtn^ l.ud, vousr Si
traiiq
Lor
, êtes venu au monde comme ça, on aurait bien dû votis cbauKer en nourrice. ..
lll'red cl Gustave ne peuvent s'empêcher do se mollr« * rir •, tandis que Maringo, tout en roavantce complimonlCv>miiK'quelqu un qui j esl accoutumé, répond: m.j.i.
— Siju *KU) Uid, il me semble que, de votre c6to, enfin... Mtuf
L'AMOlJU OUI FASSIi: ET L'AMOlIIl QUI VIENT.
BtiJ!) trop galant pour vous dire ce que je pense. Voyons, mesdames, puisi|ue Vous ne connaissez pas notre itini ValJiMiiar, j'espère (|ue vous piiiiri'i'z au luuiuâ nous rcpundre suraulre cliose. D'abord, je vous deiuanderai, luoi, le nom de l'endroit où nous soumies.
Les leinmes qui lavent se regardent entre elles en haussant les énaiili's. I '.Me ipii a parlé la première aux trois voyageurs répond enfui d un tuii presque menaçant :
— Uite&dxue, vous autres, estrce que vous croyez nous faire aller? Est-ce que vous avez envie de vuus gausser de nous ? C'est que ça ne nous irait pas, voyez-vuusl... el nous saurions bien vous river Votre clou!
— En vérité, mesdames, dit à son tour Alfred, je ne comprends pas ce qui peut vous fâcher dans la question toute naturelle que vient de vous adresser mon ami.
— Laissez-nous donc tranquilles... vous nous demandez où vous êtes, comme si vuus ne le saviez pas... Oh! par exemple, v'ià bien une farce de Parisien!... mais ça ne prend pas avec nous... Je connaissons toutes vos malices... C'est mal cousu, ça craque!
— Mes amis, s'écrie Maringo, ceci est encore une de ces petites choses qu'd faut ajouter uu chapitre cunceriuuit les agréments des promenades champêtres. Vous êtes dans un pays (jue vous ne connaissez pas, ou bien vous vous êtes égaré en vous promenant... tiiut le monde est susceptible de s'égarer en te prt.mcuant. Vous Vdulez enfin retrouver votre chemin ou l'endroit où vous ave^ laissé votre compagnie. Vous apercevez un paysan ou une paysanne, le sexe n'y fait rien; vous abordez poliment la personne, en lui demandant votre route. Elle se met à rire et hausse les épaules comme ces dames, en vous répondant ; Laissez donc, Parisien, vous la savez mieux que moi, votre route!... A moins pourtant qu'elle ne s'amuse à vous indiquer un chemin qui vous éloigne de l'endroit où vous voulez aller. Franchement, nous sommes plus complaisants que cela dans les villes, et, grâce à l'éducation que nous avons reçue, nous n'avons pas toujours dans l'idée que l'on veut se moquer àe nous. Espérons que le rapprochement o|)eré par les chemins de fer chassera tout cela; mais il y a encore diablement à faire, et les liummes de la nature gagneront beaucoup à devenir des iiommes policés.
Les laveuses ont laissé parler Maringo sans l'interrompre, et, soit que son discours ait fait de l'ellel, soil qu'elles n'y aient rien compris, ce qui est plus probable, celle qui retient constamment son jupon sur les hanches qu'elle u'a pas, lui dit d'un ton plus honnête :
— Monsieur, vous êtes ici au village de Merlan, tout près de Rosny et de Noiby.
— Infiniment obligé, madame; et dans ce village, est-ce qu'il n'y aurait pas moyen de trouver un endroit où l'on pourrait se rafraîchir ?
— Si fait, monsieur. Tenez, là-bas, en descendant, à votre droite, il ) a un pelit bouchon sec où le vin n'est pas chien du tout!. ..Vous d viz le voir d'ici. Il y a des vulels bruns et uu une devant la porte... du moins il y était attaché il n'y a pas longtemps... j'en suis bien sûre... c'est le iiùlre. C'est mou homme qui est là à boire, tandis que je travaille, moi. Oh! feignaiiide Guillot!... En v'iàun qui passe son temps à se rincer le cornet !
Maringo, qui a regardé dans la rue, pousse une exclamation de joie, en s'écriant :
— Je le vois... je vois l'àne... je vois votre homme... c'est-à-dire, non... enfin, c'est le cabaret. Ah! Dieu merci, nous allons trouver du piqiielon. Alluns, messieurs, vite au petit bouchon sec. En vous remerciant, madame.
— 11 n'y a pas de quoi, messieurs.
Les trois voyageurs quittent la maison des laveuses, et Alfred, tout en refermant la porte sur lui, dit à ses compagnons :
— C'est égal, messieurs, si c'est là ce que l'on appelle la plus belle moitié du genre humain, je me demande comment est l'autre, dont nous faisons partie.