BALLOT, PIERRE, GROS-JEAN
{Pierre arrive d'un côté et Gros-Jean de l'autre.)
piKRBK. — Ah! >e v'ià revenu enhn; not' maître t'a demandé, pour visite;' avec nous l'appartement.
GROS-JEAN. — Esl-ce que vous l'avez visité ?
PIERRE. — Il a exigé la clef; Nanette n'a pas pu la lui refuser. Heureusement y n'y a plus personne là-haut.
BALLOT à part. — Ça veut dire qu'y a eu du monde.
GROS-JEAN. — Ah ça ! tu n'as pas dit à not' maître oit j'étais, j'espère?
PIERRE. — : Pas si bête...
GROS-JEAN s'asseyant sur une chaise, prés du pavillon. — Ouf! je ne suis pas fâché d' mi> reposer un brin.
PIERRE. — C'est vrai qu' t' as l'air fatigué.
BALLOT a part. — D'oii vient-il donc , ce Gros-Jean ?
PIERRE. — Mais, au moins, as-tu fait d' bonnes rencontres?
CRos-JEAH. — J' t'en réponds , va. Oh ! la forêt n'est pas mauvaise..
BALLOT à part. — La forêt !
GROS-JEAN. — J' n'ons pas fait d' quartier, et j' n'avons pas manqué un coup.
PIERRE. — Oii as-tu mis tes armes?
GROS-JEAN. — Dans !a masure... là-bas... en entrant , pour ne pas donner de soupçon.
BALLOT à part. — Ahl mon Dieu !...
PIERRE. — Et qu'as- tu fait de ce que tu as tué?
GRo.s-jKAN. — Sois tr^r^iMiHe; ils sont à l'endroit ordinaire. J'oni /ail signe à Nanei'een ar -.v^.nt, pour qu'elle aille les dépouiller.
BALLOT à part. — Les uépcuilicr!... Nous sommes perdusl
NUutiu — Allons, j' vois qu' tout va ben.
M. MÔDTOIf.
CRos-jEAH. — Et notre jeune homme eat-il arrivé avec tout 1'
O.id.-?
fiERBE. — Paa encore.
BALLOT à part. — C'est une bande de voleurs! J'en étais sûr. Giwj.s-jEAN. — Oii les cacherons-nous jusqu'à l'instant décisif? piHimR. — Oh I nous trouverons ben un endroit... BALLOT à part. — J' crois que j' vais me trouver mal... CBos-jKAN. — Ça finira bien, grâce à notre artifice. BALLOT à part. — Leur artifice !... les traîtres!... CRos-JKAK. — Et toi, Pierre, quoi qu' t'as fait pendant mon absence? piEHRE. — Pardine , je n' me suis pas endormi, va; faliait-ll pas préparer les cordes et les instruments nécessaires pour c'i' opération qui fait tant de peine à Nanette...
cRos-jEAN. — Ah! dame, elle est sensible c't enfant. BALLOT à part. — En ce cas, elle est bien mal placée avec eui. PIERRE. — Enfin, elle a consenti; mais c' n'est pas sans répéter plus de vinjjt fois : Ah ! c' pauvre mouton !
GROS-JEAN. — V'ià ben de la pitié pour un animal ! qu'est vieux encore !
BALLOT à part. — Les monstres ! comme ils traitent mon respectable waîue!...
PIERRE. — C'est ben c' que j' lui ai dit : Après tout, mam'zeUe, vou» «aveu ben que c' n'est qu'une bête...
BALLOT à part. — Comme s'il fallait tuer tous ceux qui n'ont pas d'esprit...
GBOS-JEAN. — MorgTié! nol' bourjjeois n' s'attend guère à c' qui va lui arriver...
PIERRE. — Et son garçon d' boutique, donc!... ah! comme j'allons 1' faire sauter!...
BALLOT o part. — Me faire sauter !
(// laisse tomber le fusil qu'il tenait.) CROS-JEAM. — Oh! oh! il y a du monde 1« d'dans. [Ils vont voir.) PIERRE. — C'est Ballot I
6R0S-JEAM à Pierre. — Nous aurait-il entendus? (À Ballot.) Que faisiez-vous donc là?
BALLOT à part. — Feignons de dissimuler... (Haut.) Je m'étai* endormi... en m'amusant...
GROS-JEAN à Pierre. — Il ne sait rien. BALLOT à part. — Mes jambes tremblent sous moi. piEESE. — Ah! mon Dieul comme vous èles pâle!
AÏS : Bonjour, Madelinette.
Qu'avez-vous donc, mou camarade?
BALLOT. Messieurs, je ne me sens pas bien.
GBOSJKAN. T'nci, sans façon, buvez rasade.
De vous guérir c'est le mojcn.
(// lui présente une bouteille d'osier pendue à sa ceirttwr$.) ruoiBS. C'est notre remède ordinaire;
Oui, buvez, Gros-Jean a raison;
Ça vous f'ra du bien, je l'espère.
■AixoT refusant. Bien obligé... {A part.) C'est du poison...
ENSEMBLE
BALLOT. V'ià ben qu'est pour m'achever d' peindre;
Ah! je crois bien, sur mou honneur, Que je n'aurais plus tien à craindre Si j'avalais de c'te liqueur.
"^iiiME et Oïos-JEAN. Je ne voulons pas vo is Ciintruindre, Mais vous avez tort, sur l'hunneur, Ou n'a plus aucun mal à craindre En avalant de c'te liqueur.
GROS-jiAH. — Une fois , deux fois , vous n' voulez pas que j' vous guérisse ?
>LL0T. — J'aime mieux rester malade, si ça vous est égal.
SROs-jEAH. — Eh beni à vot' santé. (il boit.)
BALLOT à part. Tiens, il en boit ! ah ! peut-être qu'il est fait à ça... {Uaut.) Pardon, messieurs, si je vous quille... j'ai affaire à la maison.
PIERRE. — Ailoiis, iâi:liei de vous reincUre.
cnos-JHAii. - Oui, morgue! fai l secout-r ça.
BALLOT. ■ 3' vais tâcher, (.•l part.) Allons prévenir M. Mouton de «' qui se li-uate, faire not' pa(|uet, et l.îclier de filer avant la nuit...
CH08.JEA1I etriufta ivi terrant rudement la main. — Au revoir !