‹ MoustacheChapitre 246 sur 281 · scène, qui j'ava:! amusée, tuut en lui prou- -, . vant qu'il est aussi · texte numérisé non relu

scène, qui j'ava:! amusée, tuut en lui prou- -, . vant qu'il est aussi

diflicile de rencontrer la bonne foi aux champs qu'à la vi!!e, ee qui ne fait pas l'éloge de la nature.

Alfred s'ecne :

— Mais quelle est donc cette dame qui paie les àncs si cher7

— C'e;t la Jame rose, répond un paysan d'un air mystérieux.

— Et qu'est-ce que c'est que la came rose7

— Tiens!... vous ne la Connaissez pas?

— Apparemment , puisque nous vous questionnons.

— Oh 1 c'est une bien jolie dame qui demeure là-bas... à la sortie de .Noisy... dan»

une petite maiscn qu'est fièrement élégante, tout de même.

— Est-ce la dame ou la maison qui est élégante ?

— Oh!... c'est la dame... mais la maison est bien aussi...

elle a des pirsiennes...

et un grand voile qui Qotte sur son chapeau.

— Nous |>arlons de la dame alors...

— Et elle est bàlM solidement... [las une crevasse.

— .\h : je pense que TOUS parltz de la maison, mamteDaiit.

— Et elle se pr.méne souvent avec un domestique qui la suit de loin... Il (Kirait que c'est du monde huppe.

Depuis que les ami: de V.ildoinar savent ^u'il est question d'une ilau'e jolie et dégante, ils prennent beaucoup d'intérêt à la convers-ition et .aiYahlent le paysan de questions ; il n'est pas jusqu'à Maringo<]ui ne vienne s'en nielcr, en inurnuirant :

— Si je pouvais fairt; une eonquéie à la cami^igne... ou no siit pas... il ne doit pas y avoir do marmitons par ici...

— Pouniuoi appelez-vous celle iK'rsonne la dame rose? demande Oie^MMiival.

— C'est nue depuis que nous la ri-ucontrons... depuis ipi'elle habite p'ir ici, nous lavons tmijours vue en robe rose.

— Y a-l-il longtemps quelle demeure en ce pays?

— Vtiiinzc jours à \m;u près.

— El déjà vous la cuimaissex tous... elle se promène donc souvent I

— Miis oui... cl ollo donne souvent aux (uuvrcs qui lui dcnMr>driit... t>n remarque les gens qui font du bien, Nv\vti-Aous.

— L^l-elle uiariee, celte daiue t

tue, mnniime, devons cfAir mon aide pour iiiire nvRi-ctr votre counier.

LAMOUH ODI PASSE RT L'AMOCIl f.ll VIENT.

— Ah ! on n'en sait rien.

— Uiiliii, liabito-t-elle seule sa maison de campagne?

— Daiue I elle a une servante et un domestique... je ne savons pas ei elle a eniore qucuqu'un avec; mais ce (ju'il y a de certain, e est qu'elle se promenu toujours seule, sans jamais donner le bras ù rien du tout.

— Vous avez dii demander aux domesticiues si elle est mariée, car, au village, vous êtes encore plus curieux qu'à la ville.

— Oui, mais les valets de c'te dame nous ont répondu que ça ne Vous regardait pas.

— Oli ! oh ! du mystère ! cela devient tout à fait piquant.

— Et cette dame est jeuni-?

— Elle ne doit pas avoir plus de vingt-deux à vingt-quatre ans,

— Et elle est jolie?

— Quanta ça, demandez à nos femmes... ellesl'onl toutes trouvée à croquer... et pour que les femmes en trouvent une autre jolie, 3iat que ce soit plus que vrai.

Madame Dorancy , que ces détails semblaient impatienter , dit enfin :

— Mon Dieu, messieurs, vous voilà totn, en émoi parce qu'une dame qui se met en rose habite dans les environs; en vérité, on croirait, à vous voir, que vous sortez d'une île déserte, qu'une jolie femme est quelque cllo^e de miratiileiix à vos yeux, et que vous n'en avez jamais aperçu à Paris. Quant à moi, je serais enchantée que nous rencontrassions celte dame rose, car, vue de près, j'ai dans i'idée que tout ce prestige qui l'entoure s'évanouirait bien vile.

Le ton railleur d'Eruesline fait comprendre à ces messieurs qu'ils se sont occupés trop longtemps de la dame rose. On continue la promenade; mais, de temps à autre, et tout en marchant derrière, Maringo, qui se plaît à fane ^os rétiexions tout haut, dit :

— J'ai connu une daine blanche à rOpera-Comique; j'ai vu souvent des dames brunes et blondcb; quelquefois, mais rarement, grâce au ciel, j'en ai vu de grises; j'avoue que ça me ferait |)kiisir^e voir une dame rose.

La société, après avoir fait une assez longue promenade, revenait à la demeure de Valdémar, lorsqu'au détour d'un chemin elle se trouve vis-à-vis d'une autre société composée de quatre personnes et d'un gros chien.

C'étaient M. Moutonnard et sa femme, accompagnés de leur nièce et de son mari, M. Corinthien, l'architecte, qui venaient aussi de faire une excursion dans la campagne.

La casquette vernie de M. Moutonnard était reconnaissable : elle reiletait les derniers rayons du soleil couchant. Aussi les trois jeunes gens ont-ils poussé un cri auquel a répondu le cultivateur de melons, qui, de loin, pourrait remplacer un bec de gaz. j — Eh ! c'est M. et madame Moutonnard !

— Tiens, ce sont ces messiiurs de ce matin; quelle heureuse rencontre !... Héloïse, voilà M. Alfred., dont tu me parlais si souvent quand tu étais demoiselle... Ah! pardon, mais monsieur et madame sont probablement nos voisins de Merlan?

Ici M. Moutonnard ôte sa casquette pour saluer Valdémar et Erpestine; madame Moutonnard, qui est une grande femme sèche et jaunâtre, fait à sa voisine une révérence qu'elle s'efforce de rendre gracieuse; la nièce, qui vient de s'approcher, salue aussi et sourit aux jeunes gens qu'elle reconnaît. Ceux-ci repondent par d'autres saints. De chaque côté c'est un assaut de révérences et de salutations que Maringo, qui est encore un peu étourdi, termine en disant :

— Si on nous voyait de loin, on croirait que nous dansons un menuet à neuf.

— Vous venez sans doute de faire une promenade comme nous, reprend M. Moutonnard; après le diner ça a^de ,. ta digestion; et puis, Héloïse aime tant à courir... Voilà Corinthien, i->n mari, que je vous présente, messieurs; c'est un architecte disungut; quand vous voudrez vous faire bâtir une maison, il fera votre allaire.

— Je voudrais bien en èti'e là ! s'écrie Maringo.

M. Corinlhien est un jeune homme petit, ramassé, porteur d'une figure qui serait insignifiante si elle n'aspirait pas à être méditalive, ce qui lui donne positivement l'air bête; il salue de nouveau, en disant :

— Il vaut mieux bâtir que démolir, et pourtant qui veut l'un vto' l'antre.

— Voilà un monsieur qui me paraît bien profond, murmure ...an.'igo en regardant Alfred; il doit aussi cultiver des melons.

Madame Moutonnard, qui n'avait pas eneuie pris la parole, dit, après avoir pincé ses lèvres et en s'adressaiit à ti ae^tine :

— Madame, je me lëlicite de cette rencontre; depuis longtemps nous avions le désir de faire votre connaissance et de vous inviter, ainsi que monsieur votre époux, à venir quelquefois passer vos moments de loisir dans notre maison de campagne... que je n'ose appeler une villa, car cela ne mérite pas ce nom.

— On dit aussi cottage, ma tante, dit la jeune nièce, c'est anglais.

— Oui, dit Dugranval, en faisant son possible pour rentrer son ventre, c'est même assez à la mode maintenant.

— Cottage, à vous voulez ; ituu.i serions charmés d'y recevoir madame et monsieur son époux.

Erncstine était mal a Bon ai/* i>eiidant que madim^ Mouionnirii lui adressait celte invitation. Elle lui rt^pond ce|iendaiit avec cet aT gracieux qui lui u^t naturel :

— .Nous somme» venus à la campagne pour nom retirer du monde, madame, et pour vivre ud peu en ermite} ; cependant nous sommes sensibles à votre invitation.

— Eh I d'ailleurs, reprend le papa Moutonnard, il me parait qut vous ne faites pas toujours les ermites, puisque vous avez reçu cei mauvais sujets-là... eh! eh!...

Le monsieur se reprend presque aussitôt et salue Maringo en disant :

— Monsieur, excusez, ce n'est pas pour vous que je dis cela, au moins.

— Vous auriez pu le dire de inni aussi, reprend Maringo, cela ne m'olkiiseiait pas; il n'y a qu'une ehose que je ne vous pardonnerais jamais, ce serait de me faire tourner votre jeu <le bague.

Celle réponse fait beaucoup rire la lemme de l'architecte, qui, depuis quelques instants , regardait Maringo comme on examine un oraiigoutaiig.

Madame Moutonnard reprend :

— Soyez tranquille, monsieur, si vous nous faites le plaisir de venir chez nous, je vous promets que vous ne lerez pas tourner le jeu ; nous n'employons que les personnes de bonne volonté.

— Pour ce genre d'exercice, vous ne devez pas en trouver beaucoup, madame.

— Mais, pardonnez-moi... Philénion, il ne faut pas retenir davantage nos airaaMes voisins, qui, nous l'espirons, feront une petite excepton en notre laveur, eî. vieudiont voir notre... Comment as-tu dit, lleloï=e?

— Cottage, ma tante.

— Noire cottage.

— Madame, vous êtes trop aimable, répond Valdémar, et nous auruiis ce plaisir.

— Ah! bravo! s'écrie M. Moutonnard; puis il dit à Ernestine : — Madame, nous avons la promesse de votre mari... nous comptons dessus... et nous espérons qu'elle est collective... Messieurs, nous vous attendons toujours demain, si vous êtes libres... Œdipe!... Œdipe!... Ah! mon Dieu! qu'est-il devenu!

Le gros chien, qui aimait beaucoup à gratter, était en train de détcin r quelque chose; il revient bientôt près de son maître avec une énorme betterave entre les dents.

— Il a chassé, dit Maringo, il rapporte quelque chose.

— C'est tous ies jours comme cela, monsieur I s'écrie Moutonnard, je ne peux pas sortir avec lui sans qu'il arrache quelque plante, quelque légume, quelque fleur.

— C'est un chien précieux.

— Oui, mais le malheur, c'est qu'il en fait autant chez nous. ■ Les deux sociétés se saluent de nouveau, puis chacun regagne sa

demeure.

De retour chez Valdémar, ces messieurs se mettent devant une table de jeu, et bientôt la bouillotte les occupe tellement, que les heures leur semblent passer comme des minutes, et qu'ils ne se sont pas aperçus qu'iirnesline s'était retirée.

Madame Duraucy était restée près de -deux heures contre la table de bouillotte, regardant Valdémar et allenlant, espérant un mot aimable de son amant... mais les joueurs ne voient que leurs cartes. Lassée d'attendre en vain, Ërnertine était rentrée chez elle, où, tout attristée de sa journée, elle s'était jetée sur un sopha et abandonnée à ses réflexions.

C'était la première fois qu'elle se trouvait ainsi seule le soir, depuis qu'elle était venue habiter à la campagne avec Valdémar, et quoiqu'elle n'ait point encore positivement de reproches à adresser à son amant, elle ne peut s'empêcher de se dire :

— 11 y a deux mois, il ne m'aurait pas quiiiée ainsi pour une partie de cartes... il ne se plaisait, ne s'amusait qu'auprès de moi ; alors il ne pensait pas à inviter du monde à venir dans notre retraite., ma société lui suffisait. Mais apparemment que cela ne pouvait pas durer ainsi. Je suis une folle d'avoir pensé que ce genre d'existeuce ne le lasserait pas, et pourtant il ne me lasse point, moi... et c'est lui qui me l'a proposé. Mais les hommes ne savent pas être heureux Comme nous. Valdémar veut, m'a-t-il dit , que l'on soit témoin de son boi.heur... Est-ce bien vraiî... est-ce bien pour cela qu'il a engagé ses amis à venir ici?... û me semble qu'en ce moment ils doivent seulement être témoins de sa passion pour la bouillotte... AU ! je suu injuste... si Valdémiu- m'aimait moins, mettrait-il tant de personne dans la confidence de nos amours... Ma condaite était connue danî le monde... je le sais... mais seule avec lui dans une profonde retraite, je n'avais à rougir devant personne... et maintenant...

Ernestine bais=e les yeux vers la terre, et une larme tombe de ses paupières, tandis qu'un profond soupir s'échappe de son cueur.

Minuit sonne. La jolie veuve ne s'est point couchée; elle veut attendre Valdémar, elle veut qu'il calme ses alarmes, qu'il dissipe sa tristesse ; avec quelques mots un cœur bien aimant est aussi vita lieureux que désespéré.

Mais les heures s'écoulent et ces messieurs n'ont pas quitté leur

L'AM')Ull OUI PASSE ET L'AMOUR QUI VIENT.

id

partie. Valdémar est des plus acliamiSs; il semble cim;, dans cette ouit, il veuille se iJéiliiniiiiagei- de tout le leiuits <|u'il a pa^sé sans liMiLiP. Ce n'est aii'i:n vciyant poindre le jour qu'enfin ces mesàieur» -'jlierçoivenl qu il doit être teuij)* d'aller se re|iijsei-.

La iiertcesl légère, mais Maringu est furieux, (urce qu'au total, .e quittant le jeu, il ne perd ni ne gagne; il s'écrie ;

— C'était bien la peine de se donner du mal, de se fatiguer à battre des caite^ pendant six ou sept heures pour ne rien faire du tout, l'aurais mieux fait de me coucher.

Valiieniar conduit ses aiiiii à leurs chambres.

— llunne nuit, lui dit AUred ; tu es bien heureux, loi... tu as ce qu'il te faut...; mol, je vais rôver à madime Coriiiiliieii, elld m'a semblé encore plus piquante depuis qu'elle e.>t ui.tiiée.

— Moi, je penserai à la ilame rose, dit Dugranval, quoique je doute qu'elle vaille notre «harmanle hôtesse.

— Moi, messieurs, dit Maringu, connue je m'intéresse à la santé des personnes qui vont Vuir ce bon pajia M .ulumi nd, je vais i bercliur un expédient pour faire louriier son jeu de bajjue saiii le secours d'un bijiède.

lit là-di.ssui chacun se dit bonsoir.

XIU. — CONVERSATION. — RÉFLEXIONS. — 0UESTI0N8.

Le lendemain de cette jmiriiée, à onze heures de la matinée, toiirf les hôtes de Valdéinar donnaient encore, et lui-même venait seulement de !-e lever et de descendre au jardin, où il trouva liineatine s'oecupuiit de tes fleurs.

— Grondez-moi, lui dit-il, je suis un paresseux, n'est-ce pas ?

— Vous avez passe cette nuit à jouer, il fallait bien duriiiir le jour, reprend madame Duiancy sans cesser de regarder ses ileurs.

Valdeiiiar lui prend la main :

— Ma bonne amie, vous me recevez bien froidement ce matin. Vous m'en voulez de ce que je me suis amusé hier au jeu toute une soirée.

— Non , je ne puis vous en vouloir de ce que vous avez eu du plaisir avec vos amis... seulement je puis regretter de ne plus suffire à votre bonheur et de ce qu'il faille que vous le cherchiez ailleurs... Mais j'ai tort de vous dire cela... Oli 1 je sens bien que j'ai tort... et que c'est une faute de ma part... Pardon... oubliez mes paroles... je ne vous ferai plus de repruclies, je vous le promets.

lirnusline continuait, tout en parlant, de regarder ses Ileurs et ne toui nul pas la tète du côté de Vaklémar. lille ne voulait pas qu'il put voir à ses yeux qu'elle avait pleuré, et pourtant elle espérait qu'il voudrait la regarder. 11 y a souvent chez les femmes une opp(«ition parfaite entre leurs actions cl leurs désirs.

Au lieu d'aller regarder entre les yeux celle qui est près de lui, Valdéniar s'approche d'un beau rosier à tige et se met avec beau- •:uu[) d'ardeur à débarrasser ses boulons des petits insectes qui le minent. Puis au bout d'un moment, il reprend d'un air indill'érent :

— Mon Dieu, ma chère Esuestine, Je n'avais vu aucun mal à recevoir quelques bons amis mûmes...

— Oui, quelques bons aniir, dont l'un ne sait que dormir, manger ou dire des méchancetés, tandis que l'autre... je vous prie de croire que ce n'est pas pur vanité que je dis cela, l'autre essaie déjà de me taire la cour... Vous me direz que tous les amis ^n font autant... mais alors j'aimerais auiaut m'en passer 1 Heslc nonc .M. Alfred. Celui-là, du moins, est fra 'ilionient mauvais sujet... à c : ipi'oii dit... car ceux qui passent pour l'être tant valent quelquefois mieux que Ceux dont on ne dit rien... Enlin 11 fut un temps... il n'y a pas des années de cela, où vous étiiz si jaloux !... Ce n'est pas alors que vous m'auriez amené Irois messieurs à héberger.

— Ma chère amie, comme vous m'avez donne la preuve de l'amour le plus ïineérc , il me semble que je n'ai plus le droit d'être jaloux... ce serait vous oll'enser... — Mon Dieu! la jalousie n'est jamais un droit... c'est quelquefois une ofiénse... Mais calcule-l-on tout cela lorsqu'on l'éprouve ï... Il y a des personnes i|ui aiment braueoup sans connaître la jalousie, c'est possible; mais quant à celles qui ont connu cet alfreux tourment, je suis persuadée qu'il ne les laisse en repos que lorsqu'elles cessent d'aimer.

— Je croyais que, pour être jaloux, il fallail encore avoir quelques

Dlotil's...

— Mais non... ce n'est pas nécessaire ; d'ailleurs, un jaloux en a toujours : il en invcnle, il en trouve, il en crée.

— lil voulez-vous que je sois jaloux de mes trois amis t liiiicstine elleuille avec dépit une superbe rose, tout en uuirmu-

;aiit :

— Mais non, non, je ne veux rien I i' n'ai pas dit cela... Je ne sais ce «pie je dis. Mais aussi depiis hier j'ai éprouvé tant de conlianétes. Ces piTsoMies que nous avons leiicunliécs... celle dame vous appelant sans cesse mur» mari.,, et devant vos amis... Vuns ne cuin prenez donc pas que je ne sache alors quelle contenance leiurï..

Valdéniar va prendre la main d'Drnesliue et la presse dans les siennes en lui disant :

— list-ee que vous éles fàeliéo de passer pour mu femme î

— Si j'en étais fâchée, il me semble que je n'aurais pas consenti à en tenir la place... mais cepcni -ni je ne tou Irais pas qu'il y etit prés de moi des personnes qui sachent que c'est un meiisonge.

— Uuand vous le voudrez... vous savez bien que ce sera une vérité...

Erncstine regarde longtemps Valdémar, solaire et murmure:

— Ah! mon amL..

— Eh bien!... que signifie ee :oupirî

— Je ne veux pas vous le dir.;.

— Il n'a donc rien d'agréable pour moi 7

— Ilum ! c'est bien plutôt fxjiir moi qu'il n'cét pas flatteur.

— Voyons, Ernesline, dites donc ce que vous pensez. Vous êtes terrible pour ne point achever vos phrases... on ne sait jamais votre première pensée, vous ne<litesque la seconde.

— Quand la première est triste, il vaut mieux h, taire... Revenons à ces voisins : je pense bien, mon ami, que votre inteniion n'est pas d'aller chez cuxî

Valdémar est un moment sans répondre ; il dit enfin avec nonchalance :

— Co sera comme vous voudrez... mais je croyais qu'à la campagne on pouvait voir des voisins sans que cela tirât ii cona-qoeace pour la ville.

— Et sous quel titre me présenterez- vous 7

— E,-t-ce que j'ai des ooiupies à rendre à ces gens-la? A quoi boa démentir ce qu'ils croient?

— Et vos amis qui seront là...

Valdémar fait un uioiivetnent d'impatience, en s'écriant :

— Mes amis 1 mes ainisl mon Dieu! c'fc>t donc à dire que maintenant vous ne voudrez aller nulle part I

Ernesline se détourne et porte son mnuchoir à ses yeux. Valdénur court à elle, entoure sa taille de ses bras et la presse tendrement contre lui en disant :

— Pardon... je vous fais de la peine, à vous qui avez tant fait pour moi... Mais aussi, voyons Ernesline, pourquoi ne voulez-vous pas être ma femme ï il me semble qu'alors toulei ces craintes, toutes ces susceptibilités disparaîtraient... Dites.

— Votre itmnie! enchaîner votre liberté et vous voir ensuite la regretter peut-être...- je serais si malheureuse, si je pensais que ce n'e.il pis l'amour seul qui vous relient près de moi I

— Oh ! quelle idée avez-vous là t

— Cela ne se voit jamais peut-être... Ah! c'est que, tout en se donnant, mon cœur a de la fierté... C'est que plus j'aiine et plus je veux être année. .Mon ami, vous aviez peur de i e pas lenconlrer une femme qui vous aimàl; vous aUez peul-éire ma nunnn trouver que je vous aime trop.., C'est un bien giand déUut quand U ncst pas paruigé!

Va.déuar allait répondre; mais l'arrivée de ses hôtes l'en empêche. Les trots citadins ont repris leur costume de ville. Clucun d'eux vient saluer Ernesline. Alfred se félicite du soinmcn qie l'on guùte à la campagne. Dugranval dit qu'il a été berc: par .ici rêve» enchanleurs. Maringo prétend qu'il a été tourmenté pir des punaises.

Le déjeuner était servi depuis lougleiups. iMai-ingo inangr , ouime s'il ne devait pas diner, ou comme s il se méfiait de la ma .«on .Moulonnard. On cause des personnes que l'on a leneonUoes la vi die.

— Ce sont de très-braves gens, du Alfred ; je vous ceruiie qu'on est chez eux absolument comme si on était cluz soi.

— La jeune femme est gentille, dit Ernesline.

— Elle m'a paru trop colorée, dit Dugranval.

— En revanche, sa tante ne l'iSt uis'assez, dit Maringo.

— El vous y allez dîner? dit Valdeiu.ir.

— Sans doute; nous avons promis, ils nous attendent, et je suie certain que cela leur fera grand plaisir.

— Pourvu que .M. .Moulonnard ne nous oblige pas à manger de ses melons, dit .Maringo.

— Mais n'y viendrez-vous pas un peu ce soir en tous promenant • reprend Alfred.

Valdémar regarde mau.ime Dumncy ; celle-ci répond :

— ^.tuant à moi, ie i)'.*iiue pas à voisiner. .Mais Valdomar est parfaitement libre, et il fera comme bon lui seiu, Icra.

Valdémar ne ré[iond rien. Alfred lance un legard à Dugranval, Duyianval en lance un à Maringo. Celui-ci ue re^jarJe que son assielte.

tout à coup il s'aperçoit que chacun garde lo suence ; jetant alors les jeux sur tous les convives et .s'apercevant que chacun semble ou gêue ou embarrasse, il s'écrie : — Puis<iue ptrsoime ne dil rien, j'ai envie de vous raconter quelque cUoso...

— Ah: ce sera lies aimable à vous, dit Valdémar qui est enehante que la conversation cluu^ede sujet.

— yu'ealce que voi;? allez nous couler î dit Dugrauvil, songez, Maiiiir^o, que nous avons mie daiue.

— U eslehariuanl te Dugranval; on croirait h l'entendre que j« ne ia s jk'S parlt devant les dames, que je n'ouvre la liouche q,.e pour làehor de grosses indécences, et j'ai rem. rque que .es messieuis. qui font ain^i les . enseurs avec moi, son', d.ins leurs dise.'urs et daii.s leurs i!.:iMi.iteries, iiiliiiimeiil plus daiijjeroux que moi. M,.^*

L'AMOUR OUI PASSE KT L'AMiJUR QUI VlLiM.

heureusement madame me connaît , et j'espère qu'elle n'a pas de mes histoires utie si l'àc.huuse o|>iuion qiiii iiil's pudibonds amis. Madame Uurancy sourit en ru|i>)Mdmil ii Miringo :

— l'arlez, monsieur, je m'en rapiiurte enlieieuHînt à votre goiiti d'ailleurs à la eani|iagne il n'tsl pas di li miIu de un; un peu, cl fU II' moment quelque chose de gai imus arriverait fort à pmpos.

^ N'est-ce pas , madame? c'est jnslenient ce que je pensais. C'est l'histoire d'un melon que je vais vous conter... ce sonttcui; de M. Moutuiuiard qui m'en l'ont souvenir.

— Alors, dit Alfred, il faut intituler cela : Histoire d'un melon racontée par un autre.

— Je le veux bien... oh! mua Dieu, je suis de boimu composition, moi... Y ètes^vous?

— Nous y sonunes.

— Je coiiimi'nce :

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