I.'AMOUIl OUI PASSK ET l.'AMCmH QUI VIKVr
CMC une pailir il son amie niadaine Zamhonnet. Mai<t (xn ilanics B'apemiivenl avec regret qu'il n'y a persoiine pour le> faire tourner. La (lomestique qui sert à Loire à Mariiigo est une feiuine de citKj pieds SIX pouces, grosse à proportion, et ijui a des moustache» coninie un lamhour. Pendant que notre monsieur aux expédients examine ce colosse, le petit honnnc qui sert de jardinier entre en sautant dans la salle, et va dire à la grande femme :
— Petite mère, madame te demaiul(; pour la faire tourner. Le colosse abaisse un regard sur le petit homme et répond :
— J'ai mon dîner à soigner, c'est hien plus intéressant que leur jeu de hagiic ! Van-y, toi, Fouinet.
— Petite mère a tien raisoh ! dit Maiiiigo, et le diiier est beaucoup plus important que ce jeu, ipii, si je m- me trnnipe, doit vous «■chiner tous ici... à commencer par le maître de lu maison.
— Ça nous occupe beaucoup, répond M. Moutonnard d'un air aflecté.
— Ah ! monsieur a ben plutôt dit le mott reprend la grande feuime , ya nous échine tous, que c'est une |iitié... Quand mon man a tourné pendant deux heures, il n'est plus bon à rien de la journée.
—Votre maril s'écrie Maringo d'un air railleur, (fiioi! M. Fouinet serait le possesseur d'une aussi belle femme?
— Pourquoi donc pas, monsieur ?
— C'est qu'au premier coup d'œil cela me parait difficile ; mais je ne lui en fais pas moins mon compliment.
Le petit Fouinet sautille d'une jambe sur l'autre , aDsolumeiit comme les serins sur les bâtons de leur cage, puis il répond en regardant sa femme d'un air amoureux :
— Ah! dame, oui, petite mère est un beau brin de femme !
Moi, j'adore les belles femmes... et je serais bien content si petite mère me laissait plus souvent l'embrasser...
Mais c'est qu'elle ne veut pas toujours, et quand elle ne veut pas, ça ne m'est pas facib', parce que, vous comprenez, je ne peux pas atteindre.. Eh! eh! je ne peux pas atteindre...
— Allons, allons, taisez-vous, polisson! reprend le colosse, et allez ramer vos pois, ça vaudra mieux que de faire tourner madame.
La grande femme s'éloigne d'un côté, Fouinet de l'autre, et Maringo, après avoir bu, se tourne vers Moutonnard en lui disant : . P honneur, mon cher monsieur, votre maison est un musée de singularités, de curiosités : si vous le permettez, je tâcherai d'inventer quelque chose pour rendre le bonheur à votre jardinier, et à vous un eposquece malheureux jeu de bague vous laisse bien rarement goûter. M. Moutonnard prend la main de Maringo et la presse avec eflulon, en disant :
— Si vous trouvez cela, monsieur, je vous avoue que vous me rendrez mi grand service... Je ne veux pas en convenir devant ma femme, mais cela me fatigue beaucoup... Je vous bénirai si vous trouvez celai
— Je ne tiens pas absolument à ce que vous me bénissiez, mais je ne veux pas que vous deveniez poussif. Fiez- vous à moi, j'ai trouvé des choses plus difficiles. I
ErnesUnô s'ét-nit juée bur nn sopha et ahaiidonniîe à ses li..
Moutonnard se donne ce plaisir ^i vif pour tous les propriétaires ; il fait Voir à Maringo sa maison depuis le bas jusiju'eii haut.
— Ce n'est pas mal, dit Maringo, vous avez de quoi vous retourner; mais vous n'avez pas de salle de billard.
— Ma feimne n'en a pas voulu; elle n'y joue pas, et elle a prétendu que si nous en avions un, les hommes qui viendraitjnt ici ne le quitteraient plus.
— Et alors on ne la ferait pas touiner, je comprends. Mais si je vous trouvais un mouvement perpi tuel pour votre jeu de bague ?
— Alors j'aurais un billard.
— C'est entendu. Je vous rappellerai cette parole.
La maison do M. M;iutonnard était mal entretenue; les maîtres ne savaient pas recevoir leur monde avec cette grâce et cette aisance qui lait le chamie de la bumie société; la compagnie qu'ils recevaient
était souvent fort mélangée, parce qu'ils tenaient avant tout à avoir nombreuse société ; mais, au résumé, c'étaient de bonnes gens qui étaient heureux quand on parais»
sait i-e plaire chez eux, qui vous y laissaient libre de faire ce que vous vouliez, et dont il n'y avait guère moyen de se moquer , parce qu'ils étaient les premiers à rire de ce que l'on trouvait ridicule clans leur propriété.
Chez de telles gens, Alfred pouvait se (ilaire par hasard. Uugranval devait s'ennuyer , et Maringo devait se trouver fort bien. Au dîner, ce dernier se trouve placé à côté de madame Moutonnard, â laquelle son mari n'a pas manqué de dire que le monsieur le plus laid des trois lui a promis de trouver un moyen pour faire tourner son jeu de bague sans le secours de personne.
Aussi la maîtresse de la maison est-elle aux petits soins pour Maringo, elle l'accable de prévenances , elle lui reserve les meilleurs morceaux , et dit sans cesse à son mari :
— Philémon , fais donc boire M. Maringo... Il ne boit pas...
tu l'oublies... Monsieur Maringo, vous ne trouvez pas notre vin bon ?
— Pardonnez -moi, madame, dit Maringo; mais je me suis déjà grisé hier à Merlan... et jene veux cependant pas prendre cette habitude.
— A propos de Merlan, dit M. Moutonnard, ce monsieur et son épouse viendront-ils nous voir? Pouvons-nous compter sur eux ce soir T
— Je ne vous engage pas à y compter, dit Alfred ; madame Valdémar aime peu à soi tir... et son mari ne la quitte guère.
— Ce sont donc vraiment des ours ?
— Alors, il faut leur bâtir une tanière, dit M. Corinthien.
— Ce ne sont pas précisément des ours... ce sont plutôt des reclus.
— Alors il faut leur bàiir un ermitage, murmure M. Corinthien.
— Mais en parlant de voisins, reprend Alfred, on dit que vous avez dans les environs... à Noisy, une jeune et jolie dame remplie d'élégance... Est-ce que vous n'avez pas entendu parler de la dame rose?... C'est ainsi que les paysans la nomment.
— La dame rose 1 s'écrie madame Moutonnard, on nous en a parlé seulement aujourd'hui pour la première lois... 11 paraît que c'est une dame très comme il faut! Phiiemon, demain, lu iras faire une visil« de voism à cette dame, et tu l'inviteras à venir nous voir.
L'AMOUR OUI PASSE ET L'AMDUR QUI VIENT
— C'est entendu, répond le gros papn, j'irai dimain,.. Ahl diable, c'est que je ne sais pas son nom, à celte daine...
— Madame de Sainte-Asperge, murmure Maringo avec un grand sérieux.
— Vraiment! lui dit Moutonnard. Singulier nom!... ça doit venir d'une terre.
— N'écoutez donc pas Maringo. mon cher monsieur Moutonnard, dit Alfred; il entend toujours de travers. Celte dame se nouiiiie Sainte-Adèle.
— Ah I j'aime mieux cela, dit Héloïse en riant, ce qui lui arrive à chaque instant, parce nu'elle a de jolies dents.
— Et comment savuz-vous déjà le nom de celle dame, messieurs? demande madame Zanilionncl d'un air malin.
— Mon Dieu, madame, nous avons rencontré un paysan fort bavard... on avait piqué
notre curiosité avec cette dame, et nous l'avons questionné.
— Et il vous a dit?..,
— A en croircco villageois, cette dame est ravissante... c'est une divinité!...
— Alors il faut lui bâtir un temple, dit Corinthien.
Maringo se retourne en murmurant :
— En voilà un qui veut me faire avaler de travers !
Le dîner terminé, la société retourne au jardin; au bout d'un moment, on s'aperçoit que Duprauval s'est éclipse.
— Votre ami est déjà parti î dit madame Moutonnard avec surprise.
— Il avait affaire ce soir à Paris; excusez-le, dit Alfred.
— 11 aura eu peur qu'on ne lui fasse encore descendre madame Zambonnet du jeu de bague, dit Maringo à dcnn-voix.
Dans la soirée, quelques voisins de Hosny viennent augmenter la réunion. Madame .Moutonnard remonte sur son cheval de bois, ci.
parvient à trouver trois tourneurs: la jolienièce propose de daiis-er.
— Et un orchestreT dit Maringo.
— Nous en avons un, et que tout le monde peut conduire, repond M. Moutonnard, qui revient bientôt tenant sous son bras une serinette qu'il dépose sur le gazon, en disant :
— 11 y a là-dedans cinq contredanses et
deux valses et une polka... on peut danser tant qu'on veut, ça ue fatigue jamais l'orchestre.
— El qui est-ce qui joue de ça?
— Tout le monde... vous, si vous voulez,
— Merci.
— Vous aimez mieux danser?
— Non, je ne danse jamais; mais j'aime mieux me reposer.
Le gros papa se met à la serinette ; il trouve cela un del.issement, surtout en regardant le jeu de bague. La société danse; puis on joue à des petits jeux, puis on court, puis on valse, puis ou polke ; Maringo seul s'est étendu sur l'herbe, et s'y trouve si bien qu'il n'en \eut pas bouger. Puis la nuit esi venue, et Alfred dit à Maiiugo :
— Il faut partir, sans quoi nous ne trouverions plus de voilures. ' Kestez ici, dit madame Moutonnard, j'ai d'excellents lits... on dort comme des manuotles ici.
Alfred refuse cette proposition , il veut retourner à Paris ; il a
Il rcgftvlait avec orgueil ŒJvpe
a=sezde la maisfin Moutonu.ird. M'ii'; Maringo s'é'rie: — Si endort chez vous comme des niariiiotte», ça me va, j'accepte... Je mis capable d'y dormir toute la saiiion.
— Vous êtes un homme charmant ! s'écrie madame Moutonnard.
— Voilà la première fois qu'on me dit cela, rép'jnd Mirmgo.