‹ MoustacheChapitre 250 sur 281 · XVII. — USE EÏSCOSTRE. — DÉSIRS ET RECKET · texte numérisé non relu

XVII. — USE EÏSCOSTRE. — DÉSIRS ET RECKET

L'ne dizaine de jours s'étaient écoulés depuis les événements fort peu romanesques que nous venons de raconter.

Le temps était beau, le ciel pur, c'était une Téritîble journée d'été. Valdémar était sorti seul pour se promener dans la campagne. Seul, sans Ernestine, cela pouvait sembler singulier aux villageois, qui avaieat l'habitude de ne jamais les voir l'un sans l'autre; mais

cela paraîtra fort naturel à tous ceux qui étudient le cœur humain.

M. Moutoniard et sa femme étaient ailes la veille faire une vi-ite à leurs voisins de Merlan ; ils avaient renouvelé plus vivement leurs instances fnn qu'on vînt les voir ; ils s'étaient vantés avec une sorte d'orgueil de piisséder toujours

M. Maringo qui se plais.Tit beaucoup cLv- <rji, où il dormait régulièrement douze heurei par jour, tans compter les petites siestes accidentelles ; ils avaient parlé de leur jeu de bague et de leur serinette qui jouait un quadrille complet.

Tout cela n'avait pas séduit Ernt>stine; mais il n'en était paj de même de Valdémar, qui. après le départ du couple Moutonnard , avait reproche à la jolie veuve de vouloir vivre comme des loups.

Ce reproche avait amené des larmes dans lei yeux d'Etnestine, puif on s'était boudé toule la soirée ; et vo.là pourquoi, le lendemain, Valdémar était sorti seul pour se promener.

Et puis, soyez biea persuades que de temps à autre on n'est pas fâche d'être seul , de pouvoir tout à si.ii aise s'abaiidk>nner à ses pensées, à ses souvenirs, à ses projets, quelquefois à ses t8|*raiices, plus souvent à ses i lu>ions.

Le monde levunt toujours a-^^seï vile, on est si heureux de s'en sep,irer pendant t|uelque temps I de se laisser aller à toutes les rivories de sou imagination, qu'un de nos anciens jv>èt< s appelait la fuite du logis, mais qui ne visite (>;is le logis de tout le monde ; ce qui fait qu'il y a des gens qui ne i>euvenl pas suptK>rter la Solitude

Les pensées de Valdémar n'élaient probablement pas très-gaics, car il soupirait souvent; son front était st)ucieux, et tout on pi orne nanl se.-, regards sur les be.iux sitiv qui renloiir.uenl. il jecouait parfois la tète de cet air qui >eiil dire: Si j'avais su cela 1...

Il suivait la roule qui mené à Villemonble, lorstiu'aii loin devfint lui il aperçut une dame nionleo sur un àne , qu'elle >einblait avoir beaucoup *de peine à faire avai.oer. Celte dame avait une rol)e rost-, un grand chapeau de [Kulle sur lequel un voile ue g.ize cgaleaient roseoUiitjete, puis une echarpo d'eiofl'e pareille à lan.ilH?.

De loin.VaMeiuar ne peut pas deviner I âge de cette dame, C(\ en dant, à sa tournure, à la manière doui ell«i s* ùeulsur sa luoniure.

L'AMOUa QUI PASSE ET L'AMOUR QUI VIENT.

il présume ijuVlle doit êtrt; jeune. D'cntùt il se raijpelle les discours des paysans au 8ujet d'une daine toujours vètuc de ruse. Nul doute que re ne soit celle qu'il aperi,oit. Alors, cormuc on a dit au^si que celle dame vtail jeune el jolie, il double le pas pour savoir si les paysans ont dit vrai.

Il n'était p.is <liiri-ile à Valdémar de rcjoinlrc celte dame; car, bien qu'elle s'ell'(ir(;àt de stimuler son &w, en le l'r.i|ip;iiit souvent avec une petite linnssine, l'animal somlilait décidé à n'aller qu'au pas, et quel(pieloi> mèuie il s'arrôlaitet paraissait ne plus vouloir aller du tu'i'i.

l'Ius Valdomar approcbe de la ibiue ruse, plu.-> il se sent disposé à croire que les villa^jcuis n'cnt |i's ineiiti ; d'ahord il a remarqué que cette dame, quoique de petite taille, est fort bien faite et qu'elle a de la grâce dans ses moiivenitnts. Les jambes placées sur une selle i l'anglaise sont fînes et terminées par un petit pied tout mignon, parfaitement chaussé d'un élé^çant brodequm gf'S. Les mains sont gaulées avec soin; enfin tout annonce une petite maîtresse. Avant de s'avancer asseï pour être vu, Valdémar jette un coup d'ail sur sa toilette pour savoir si elle n'est pas trop négligée. 11 a un paletot de mérinos, un pantalon de coutil rayé ; il est en costume de campagne fort propre ; mais il se trouve mal vêtu : cependant la curiosité l'eraporie sur l'amour-propre. 11 atteint celte dame et bientôt il peu*, voir sa figure.

Lt.s paysans n'ont pas llatté le portrait. La dame rose est toute jeune; c'e?t une petite blonde au teint blanc et légèrement rose; ses yeux sont bleus, vifs et spirituels ; Sun nez droit et fin ; sa bocche, moyenne, a une expression un peu railleuse, mais son sourire est ravissant et laisse voir alors des dents d'ivoire qu'elle a l'esprit de ne pas montrer trop souvent, défaut si euuimun aux personnes qui le4 ont jolies et qui se sont fait une babitude de rire toujours, à tout propos, et même quand elles n'en ont pas envie.

Valdémar a regardé cette dame, il a porté la main à son chapeau. Un se salue encore aux champs sans se connnaître; c'est une vieille fiabitude qui n'est pas entièrement perdue el qui fait l'éloge de la campagne.

La dame rose, tout occupée de son âne, a fort peu regardé le monsieur qui vient de passer près d'elle. Celui-ci ralentit sa marche pour ne pas s'éloigner trop vile de la cavalière; mais au bout de quelques inslanls, u'entenJant plus le bruit des pas du quadrupède, il si- retourne et îfperçoii l'àne airélé et ne voulant point, à toute force, 'ranchir un endroit où le chemin était coupé par un petit ruisseau.

La dame s'epuise en vain a jouer de la houssine, l'àne tient sa tète jasse, ses oreilles hautes el ne bouge pas. Valdémar se dit :

— J'aurais payé cet àne-là pour qu'il m'aidât à faire la connaissance de sa maîtresse, qu'il ne se conduirait pas plus adroitement; et il y a des gens qui osent dire que les àiies sont bêles 1

Bientôt, rebroussant chemin, Valdémar revient piès de la petite dame, lui fait de nouveau un salut respectueux et lui dit :

— Voulez-vous me permettre, madame, de vous offrir mon aide pour faire avancer votre coursier qui me semble un peu rétif?

La dame regarde Valdémar avec plus d'attention elle remercie gracieusement de son obligeance. Déjà le jeune homme a pris l'animal par la bride , et celui-ci, se sentant tiré par une main vigoureuse, consent enfin à passer le ruisseau.

— Je vous dois mille grâces, monsieur, dit la dame rose. Cette Tilaine bête m'a déjà misc dans l'embarras; je suis sortie accompagnée de ma femme de chambre, qui est aussi montée sur un àne ; mais le sien est tout l'opposé du mien, il veut toujours courir. Croyant que je la rejoindrais, celle fille a suivi la roule, puis son coursier l'a sans doute entraînée dans le bois qui est par là à gauche, car je ne la vois plus. Si bien que je me suis trouvée seule au milieu de la campagne... ce qui est assez désagréable, surtout lorsqu on monte un animal aussi têtu et que l'on ne sait pas conduire mieux que moi.

— Alors, madame, puisque j'ai déjà pu vous être utile, permettezmoi de vous servir d'escorte jusqu'à ce que vous ayez retrouvé votre femme de chambre...

— Vous êtes mille fois trop bon , monsieur... mais je craindrais d'abuser...

— Avant tout, madame, je dois vous dire que je suis presque votre TOisin.Vous habitez, je crois, à l'entrée de Noisy î

— C'est vrai, monsieur; mais comment le savez-vousT...

— Je vais vous le dire, madame ; c'est que les paysans des environs TOUS ont nommée la dame rose, el au portrait qu'ils font de vous, madame, il m'a été facile de vous reconnaître.

La petite dame sourit malicieusement et reprend :

— Mais vous, monsieur, ne demeurez-vous pas dans une jolie maison qui se trouve contre le petit village de Merlan?...

— En effet, madame... Mais comment savez-vous?...

— Je vais vous le dire, monsieur; c'est que les paysans des environs s ont surnommé le Sauvage... et au portrait qu'ils font de ■vous,

il ma élé f icile de vous reconnaître.

Valil-mar ne peut s'empêcher de rire ; il reprend bientôt:

— En efl'el, madame, je suis le Sauvage ; mais je porte aussi un autre nom et à Pans oa me nomme Valdémar.

— Moi, monsieur, je suis bien eu elïet la dame lose; mais les

personnes qui viennent me voir savent que je m'appelle au'si Sa'nte- Adèle.

— .Maintenant, madame,que je ne suis plus absolument un premier venu pour vous, daignez-vous me |>ermetlre de vous aider à retrouver votre femme duclriiiibre?

— J'accepte, monsieur, si toutefois cela ne contrarie pas »os projets ou vos affaires.

— Je n'ai rien à faire, ma lame. Séduit parla beauté du temps, j'étais sorti pour me promener, et voil'i tout. Je remercie ce hasurd qui m'a procure une reiiionlre si agréalile.

La daine rose sourit en répondant :

— Mais, monsieur, sans que le hasard s'en mèlM, il est probable que nous nous serions toujours rencontrés. Je vais q lelquefois dans une maison où l'on parle souvent de vous et où rûn tous attend toujours, ainsi nue madame votre épouse.

La dame a appuyé d'uni! façon as-cz singulière sur les mots: madame votre ^/wiMe.Valdémar a legèreni' ni froncé le sourcil, mail il reprend bien vite son air enjoué en disant :

— Quelle est donc cette maison, madame,où l'on parle de... moiT... ■«- Chez M. Mautonnard.

•- Ah! madame connaît ces personnesî...

— Mais pas plus que vous, peut-être. Us sont venus me faire visite en qualité de voisins et m'eiigager à aller chez eux. On m'a dit que c'élaieul de fort bonnes gens, dont le plus grand bonheur était de recevoir du monde. Moi, monsieur, «pii siiis veni:e à la campagne pour me distraire et m'amuser, je~m'; suis rendue à l'inviuiiou de M. et madame Moutoiinard, el vrai;:ient je ne m'en suis pa.s repentie... On s'amuse beaucoup chez eux... ils font tout ce qu'il» peuvent pour que l'on s'y plaise, el cela mérite déjà quelque reconnaissance.

— Vous me donnez, madame, le désir de faire comme vous, el de céder aux sollicitations de nos voisins de R isny. D'ailleurs, l'espiiir de me retrouver avec vous, madame, serait déjà pour beaucoup dans ma détermination.

Valdémar a dit ces mets si franchement, si simplement, que cela n'a pas l'air d'une Ualterie, La dame rose l'ait un léger salut de tète en répondant :

— Vous êtes trop bon, monsieur; mais d me semble que nous ne nous connaissons pas encore assez pour que je puisse changer en rien vos résolutions de vivre en ermite... car on assure, monsieur, que vous et madame votre épouse vous n'allez chez personne et ne recevez personne des environs. Au reste, ccia prouve que vous voua suffisez à tous deux...(iue vous trouvez le bonheur dans la retraite... Vous réalisez ces doux rêves que tant de gens prennent pour des chimères... Cela fait votre éloge, monsieur, et celui de madame votre épouse.

La petite dame semble prendre plaisir à répéter : madame votr» épouse, et il y a alors dans ses yeux et dans sa bouche une expression malicieuse qui frapperait Valdémar s'd y faisait attention; mais il se sent contrarié, et il est presque embarrassé en répondant :

— Oui, madame, oui, nous aimons assez la retraite... Nous sommes venus habiter les champs pour y être libres... Quand on voit du monde... il faut faire de la toilette, et c'est si ennuyeux de s'habiller à la campagne...

— Oh ! monsieur, je vous assure qu'il n'y a pas besoin de faire de la toilette pour aller chez M. et madame Moutonnard... On y est d'un sans-fiçon qui est même quelquefois poussé à l'extrême. J'y ai vu, entre aijtres, un certain M. Maringo... qui certainement n'a pas fait sa barbe depuis qu'il est chez eux... ce qui n'empêche pas qu'on le trouve charmant, bien qu'il soit d'une laideur qui devrait être défendue, et sente la pipe d'une lieue...

— Maringo!... Ah! oui... je le connais, répond Valdémar en sou» riani; c'est un de mes amis.

— C'est un de vos amis ! Oh ! monsieur, je me rcpens alor» d'en avoir parlé si légèrement... je ne l'ai vu que fort peu... Il est presque toujours dans le jardin, étalé sur le dos au milieu d'un carré de gazon; je l'ai pris d'abord pour un de ces objets qu'on place pour taire peur aux oiseaux, ensuite j'ai cru qu'd était infirme el ne pouvait pas avoir d'autre position.

— Il ne faut pas vous excuser, madame; l'aspect de Maringo prévient fort peu en sa faveur, j'en conviens; ensuite, il abuse de la permission qu'on lui donne de se mettre à son aise. Mais, du reste, c'est un fort bon garçon, qui a beaucoup d'esprit et d'instruction, mêlés à une grande dose d'originalité.

— Vous me laites sentir, monsieur, que l'on a toujours tort de juger sur les apparences; mais je ne serais pas femme si je ne me laissais pas impressionner un peu par les yeux... el vous conviendreï vous-même que votre ami Maringo n'est pas séduisant au premier abord... je doute même qu'il le soit au second...

La petite dame, qui semble passablement moqueuse, se laisse alor« aller à une envie de rire qoi permet à Valdémar d'admirer ses dents, qui sont ravi>santes. loutà coup cependant cette dame arrête son âne en s'écriant : — Mais, monsieur, où a|[<»iis-nous donc?

— Je n'en sais rien, madame ; je ne connais gaèfe ce pays plus que vous.

L'AMOiJIl OL'I f \SSli KT L'AMOLR OUI VIKNT.

— Ahl cV'Bt juste... vougyons cmi-entrez dans votre jardin. En vérité, innnsii;ur, je crains de vous l'aire fiiirn tmp d« chemin... Madame vulrc ''•pousK pourrait s'iniiuiùter de votre alisence. Je cioyais même que vous ne sortie/, jamais l'un s-ans l'auln;...

— Aujourd'hui, madame... ma... ma... femme était indisposée... elle ne désirait pas ^e promener.

— Et vous l'avez laissée seulet... Vous ne craignez pas qu'elle s'ennuie?...

— Klle avait la migraine... elle dort.

— Oh! du moment qu'elle dort, je oomprind'* que vous Sfpyei plus libre... (/est égal, je suis vraiment contrariée de vous f.iire venir si liin... Mais (iu'e.5t-(:e (|ue j'aperçois là- has dans ce rentier?... Crtte feiiiuie qu: galope... c'est ma fomine de chambre. Mon Dicul... e (Tdis vraiment que son âne a piis le mors aux dent<el qu'elle n'en isi plus maîtresse. ..Comme les àne^ sont capricieuE dans ce paysl... Mais le sien va la jeter par terre!...

— Rassurez-vous, madame, je vais l'arrêter.

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