‹ MoustacheChapitre 252 sur 281 · XIX. — I.E3 ÉCOASSES · texte numérisé non relu

XIX. — I.E3 ÉCOASSES

— Vous voyez encore d'autres d imes des environs?

— Oh! jecrol-. bien! nous voyou :> luul le pays!... Voilà un pruiiict de mirabelles... c'est du sucre qiion a dans la bouche, il n'a neii rapporté cette année... mais, avec du guano, je suis EiJr de mon af» faut; j'aurai de quoi l'aire de» conlitures.

— É'it-ce que vous ne voyez pas quelquefois... cette dame qui de< meure à ^oisy, madame de Sainte-Adèle?

— Madame Sainte-Adèle !... raai> si fait, elle nous vient voir trèssouvent... l'ar exemple, pourde^ pommes, je ne sais pas ce que cela veut dire. Tenez, vous le voyez, j'ai des pommiers superbes; ils sont Couverts de fruits; mais dès qu'elles sont grosses comme des iiuix, toutes mes pommes tombent... Elles sont véreu-es, monsieur, elles sont toutes piquées des vers... Cruyez-vous que le guano de'truira les vers? 11 faut vous dire que mes pommes ont aussi une maladie...

Valdémar n'écoutait pas le gros monsieur; il venait d'apenevoir, du ci'ite de la maison, une dame dont il avait sur-le-champ reconnu la toiltte; c'était lu dame rose. AiBsitol il court de ce coté, en criant à M. Moutoimard :

— Je viens de la voir!

VaMémar n'ose pas aller sur-le-champ retrouver madame Sainte- Adèle, qui cause a»ec la société; il s'arrête près de Maringo, en lui disant à demi-voix :

— Cette dame vient donc souvent ici?

— De quoi ? demande Maringo en dandinant ses jambes.

— La oaine rose... vous savez... madame Sainle-AdeleT

— Ah ! la bonne farce! C'est pas un nom, ça, Sainte-Adèle... c'est une blague ! Ou s'appelle Marie Dupont, Benoit, mais on ne s'appelle pas Saiiile-Adele!...

— Vous supposez donc que celte dame n'est pas ce qu'elle se dit ?

— Ah! je m'en liohe pas mal... c'est toujours as.sez bon pour les Moulomiard, braves concombres qui voulaient l'autre soir me faire faire le piquet avec un sourd-muet... Ils ne me préviennent pas encore... Ce monsieur prend les caries, puis il nie f.iil des yeux, des signes, des giiuiaces... Ça voulait me dire qu'il avait quatorze de dame.-... Moi, je lui ai tire la langue et je suis aile me courber.

Valdémar s'est enlî)i approché de la petite dame; en le voyant celleci semble surprise; puis, tout en lui rendant son salut, ses yeux parcourent le jardin, comme si elle s'attendait à y voir encore une autre personne.

— Vous connaissez notre voisin, monsieur Valdémar? dit madame Moutonnard à la dame rose.

— Oui, madame... j'ai rencontré monsieur en me promenant à âne dans les environs... et sans lui, je ne serais jamais venue à bout de faire marcber ma monture.

— Ne me parlez pas des ànesl ce sont de vilaines bêles.,. Il y a Guillol, le laboureur, qui voulait nous vendre le sien. Mais j'ai dit à mon mari : Nous sommes déjà assez dans la maison... à quoi bon un àne de plus?

— Je suis charmée de pouvoir de nouveau remercier monsieur, reprend la petite dame. Je n'avais pas encore eu le plaisir de le voir ici.

— C'est la première fois que monsieur nous honore de sa visite, mais nous espérons bien que ce ne sera pas la dernière.

Valdémar s'incline, madame .Moulomiard ajoute bien vite :

— El qu'une autre fois, madame son épouse ne sera pas indisposée et pourra l'accompagner.

— Ah! monsieur n'a pas amené... madame? dit la dame rose eu fixant Valdémar, qui répond :

— Elle était un peu fatiguée... et puis... elle ne quitte pas volontiers son jardin... Il y a encore loin d'ici à notre demeure... et...

— » Eh bien! qu'est-ce que c'est... CEdipe qui s'arrête, qui ne tire plus le jeu! s'écrie madame Moutonnard en se levant. Monsieur Maringo, venez donc voir ce que cela veut dire...

■Valdémar est enelianté qye luailame Moutonnard se soit éloignée; car il se trouve alors pouvoir causer tout à son aise avec madame Sainte-Adcle, qui vient de se mettre à un joli petit ouvrage en tapisserie, et dit en souriant au jeune homme :

— Vous le voyez, monsieur, on l'ait ce qu'on veut ici; moi, j'apporte mon ouvrage... D'aiiord je n'aime pas leur jeu de bague, et puis cela me fait trop de peine de voir ce pauvre chien tirer la langue pour faire tourner ces messieurs et ces dames... Je battrais volontiers votre ami Mai ingo, pour avoir trouvé cette invention.

— Il a voulu eue agréable à madame Moutonnard.

— Oh! il a parfaitement réussi : on ladore ici; on ne jure que par lui... Mais, vous restez pies de moi, monsieur, et je vous empêche peut-être d'aller faire la cour à ces dames... Je serais désolée que, par politesse, vous vous privassiez de ce plaisir...

— Vous aimez à l'Iaisiuter, madame, et vous avez raison, car vous vous en acquittez à merveille.

— Comment, nionsiein... pourquoi me dites-vous celât

L'AMOUR OUI PASSE ET L'AMOUIl QUI VIENT.

— A qui voiidriftz-vous ipie l'on fit la cour... de Ijoune foi? ce ne ferait pas à madame Moutumianl, ni à ciHte éiioriiie danie qui sem- Lle avoir pris racine sur un des fauteuils du jeu de bajoue I

— Vous ne parliz pas de madame CorintiiuTi 7 elle est lurt genlihe.

— C'est puihilile, mais ce sont de ces lii^uriis auxquede* il uie semble qu'on ne peut point penser à faire la cour.

— U:iii! vraiment I

— 11 n'y a dune ici qu'une seule personne près de laquelle on se $cnt al lin.' |iar un charme irrésistible...

Valdémar n'ose pas en dire plus; la dame rose ne (ait pas semblant d'avoir compris sa pensée, elle s'écrie :

— Comment, monsieur, madame votre épouse a bien voulu vous laisser venir ici sans ellel... Ah! les femmes sont si bnuiies!...

Valdémar ne peut réprimer un mouvement d'impatience; la (lersiftance de cette dame à lui parler d'iiriiestine commence à lui paraître singulière. La présence de madame Moutonnard et de sa nieoe le dispense de rèpomlre. La maîtresse de la maison rit aux éclats, ainsi que madame Corinthien.

— Vous allez, j'espi^n», mesdames, nous faire part de ce qui cause votre gaieté, alin que nous puissions la partager, dit madame Sainte- Adèle.

— Ohl certainement, mon aimable voisine... C'est encore une inveiilion de M. Marin};o... Quel homme spirituel '....Tenez, voyez-vous là- bas cette grande femme qui cueille du persil?

— Ce colossel... Mon Dieu! mais c'est un moQument que celle femme- làl...

— C'est notre cuisinière. Et vous voyez aussi ce petit homme qui court vers la maison?...

— C'est votre jardinier, je crois.

— Oui, c'est Kouinet, le mari de cette grande femme.

— Ah ! rinlortuiiél

— Il se trouve, en eilét, très-infortuné, parce que sa femme , qui le traite assez rudement, ne lui permet pas souvent de l'eui brasser; et qiKiiqiie petit, il |)arait que M. l'uniiitt est tiès-embrasseur. Mais conmjrut l.ure quand sa feuiiiie ne veut pas s'y prêter.

— .le ( oiiipreiids, il n'est pas à sa hauteur.

— Il paraît que notre jaidinier avait été conter ses chagrins à M. Mai illico, en lui demandant un moyen pour pouvoir, quand il en aurait la laiitaisic, cueillir un doux baiser sur les joues roses de Petile-Mere : c'est ainsi qu'il appelle sa femme.

— Ah ! ah!... Mais ce man-làest à mettre sous verre... Eh bien 1 est-ce que M. Mariiigo a trouvé le moyen de raccourcir Petite- Mère î...

— Non, il a trouvé beaucoup mieux; il a dit à Fouinet : Faitesvous (aire des échassrs et mettez-les quand vous irez promener avec voti'e femme. Foumet a suivi ce conseil; M. Maringo a eu la bonté de lui apprendre à se servir d'échasses; maintenant il trotte avec cela comme un habitant des Landes. P,ir exem|ile, il ne les met que quand sa femme lui en donne la permission. Mais comme j'ai besoin d'envoyer celle-ci à Villeiiiuiible, et que j'ai permis à son mari de l'accumpagnei', Fouiiict vient de me due tout à l'heure en saulant de joie : Madame, Petile-Mère m'a permis les échasses pour aller avec ellel...

— En vérité , c'est à ne pas le croire, et si vous ne me le disiez pas, mesdames, je penserais que tout ceci est une plaisanterie.

— 'lent z, madame, voyez plutôt, voilà nos époux qui partent pour Villemonble.

En ce moment la grande cuisinière sorlait en ellel par la grande porte donnant sur la route, et un instant après M. Fouinet, monté sur des éi basses, qui lui donnaient juste ta taille de sa femme, s'élançait sur ses pas d'un air conquérant, eu criant :

— Pelite-Mere m'a permis de les mettre... On sait ce que cela veut dire!... Je vais être bien caressant tout le long du chemin.

On entend alors applaudir à outrance. C'est Maringo , qui de son gazon contemple son ouvrage et crie au jardinier :

— Surtout, pas d'imprudence, monsieur Fouinet! N'allei pas abuser de votre grandeur! et surtout, si vous m'en croyez, réservez vos échasses pour les dimanches et les jours de léle.

La société riait encore de l'idée de Maringo, lorsque des gémissements se font entendre du cote du jeu de bague. On se rappelle alors qu'on y a oublie madame Zamljonnet dans le cygne, et qu'il lui est impossible d'en desii'udre loiile seule.

Madame Moulonnaid lait un appel à tous les hommes pour que l'on aille délivrer celle dame. Les \oibins de Uosny se dévouent, yuaul à Maringo, il n'y a pas moyeu de le décider à venir donner un coup de main à. ces messieurs : d repond, sans se déranger :

— Je sais ce qui est arrive à notre ami Dugianval, lorsqu'il a aidé rette dame ù descendre; il a ete perdu cinq minutes sous sis jupes, le ne veux pas m'exposer ù un accident de ce genre-là. C'est lro|i dangereux.

Valdémar espérait retrouver encore l'occasion de causer avec la dame rose; mais celle-ci s'est rapprochée de la société; elle ne quitte plus niailinie Corinthien ; il n'y a plus moyen d'avoir une couvifei^iion pai ikulure avec elle.

i)aiUcurs,Vald( nurse demande pourquoi il voudrait èlie soûl avec

elle. Il .e dit : — Certainement je ne veux pas faire la cour à celte dame. D'ailleurs, j'aime Kru' stiiie... j<! ne voudrais pas la tromper. Et pu. s, celte dame me croit niaré : elle ne m to/ulerail |>a-.

Malgré cela, il est Iré.s-conlrani; de ne plus pouvo r reprendre ea conversation avec madame Sainte-Adele, el plus enojre lor-.^ue, aptes avoir oQert à cette dame son bras pour la reconduire, elle lui repond qu'elle a amené. sa ieniine de chambre et qu'elle ne veut pas que personne se dérange pour elle.

Valdémar n'use pas insister; il revient .'eol àsa jolie hubiuiion; il est soucieux et mécontent de lui-même, et en apercevant Exueslme, qui l'attendait assise sur un banc du jaidin, il :e dit:

— il me semble que je ferai bien de ne plus aller à Kusny.

.Mais l'homme propose et Dieu dispose, dit un vieux proTerl»* Irë.s-commode pour ceux qui veulent faire croire que l'on n'est jamais le maître de se conduire comme on le doit.

Quelques jours après sa pieniièie visite aux Moutonnard, Valdémar y retournait encore; puis deux jours après, il s'y rendait de m^uveau ; puis, cela était devenu une habitude, et il ne se pasAait guère de jour sans qu'il y allât passer au moins une heure.

Il n'avouait pas toujours à Eroestine qu'il avait été à Rosny, et pour que son absence tiit moins longue, il courait tout le iung de la roiite; il arrivait et revenait en nage, et tout cela pour voir celle Jolie petite dame, qui avait très-souvent l'air de se moquer de lui en loi diniandant des nouvelles de stm épouse.

Chez les Moutonnard, on avait fini par s'habituer à voir Valdémar venir seul; il était convenu que madame n'aimait pas à sortir. Les habitués de Rosny se disaient entre eux : Il paraît que décidément c'est un ours que cette feiuiue-lal

Et Maringo ajoutait entre ses dents :

— Ce n'est pouilaiit pas un ours mal lécbé!

Lorsque Valdémar ne trouvait pas madame Saiiite-Adële chez les Moutonnard, alors sa visite étiil bieiitot terminée; il disait avuir alTaire plus loin, et se sauvait. Marmgo haussait les épaules, en lui criant : — Bien des compliments chez toi.

Ernestine disait quclquelois à Valdémar:

— Nos Voisins ne se plaindront pas de votre impolitesse. Vous allez souvent les voir, mon ami.

— Oui, j'y entre quelquefois en me promenant, répondait Val déinar.

Et madame Durancy ne le grondait plus de ses absences , auxquelles elle ne soupçonnait aucun motif '|ui pût alarmer son amour; d'autant plus que, lorsqu'il avait ete à Rosny, Valdémar s'tlToiçai délie plus aimable près d'Ernestine, alin qu'elle ue le grondât poin et lui pardonnât ses trequentes promenades.

Lt puis, ce qui augmentait la sécurité de la jeune leoime, c'est que messieurs Alfred et Dugranval étaient venus lui (adre une visite, et qu'alors chacun d'eux avait .uarlé de la maison MouUiimard.

■AU PIED d'un AftBRE.

— On ne m'y reprendra pas, avait dit le beau brun; c'est un guet-apens!... Ou vous jette sur les bras des femmes ijui |ièscnl deux cents... on voit des melons nains, des cuisinières monstre:!..,

— Mais dans toutes ces personnes de leur voisinage qui viennenl Its voir, dit Ernestine, il doit bien se trouver quelque dame gentille, aimable...

— Pas une, madame!... Des paquets, des asperges monstres!... La nièce n'est pas mal... mais elle veut toujours jouer au tonneau, c'est latigant.

— On peut s'y amuser une fois par nasard, avait dit Alt'red, mais il ne faudrait pas y aller trop souvent.

— Eh bien ! messieurs, voilà Valdémar qui y va pres<]ue tous les deux jours.

— Pas possible!... Et que pouvez-vous faire là?...

— Jlon Dieu! repond "ialdemiur d'un air indliïerenl, j'y entre en me promenant, et je cause avec Maringo.

Les deux amis de Valdémar s'étaient rendus ensuite à Rosny, parce qu'ils devaient une visite de politesse aux personnes chez lesquelles ils avaient diiié. Us y avaient rencoulro la dame rose, et ils avaient compris alors pourquoi Valdémar venait si souvent chez les Moutonnard.

— Pauvre madame Durancy! avait dit .\lfred à Maringo, je crains Iml'ii que notre ami ne commence à changer...

— tl y a longtemps que c'est comineiué, avait repondu M.vingo.

— Est-ce que cette jolie petite dame l'écoute? avait demandé Dagraiival.

— Eit-ce que vous croyez que je le lui ai demandé?

— Lt le croit-on toujours marie ici?

— Toujours!... Plutôt deux (ois qu'une!...

— .Maringo. je crains que le stijourde la maison Moulonn.ird n lu- Une d'une manière UUlieuse sur ton esprit.

— Il n'y a pas de danger : je cherche en ce moment un moyen pour faire grossir les un Ions de mon hôte.

— Maringo, il me semble que madame Moutonnard vou» accable de petits soins, d'attentions ; qu'el/ : oupire en vousregardaui, qui

L'AMOUK OUI PASSI;; 1:T L'AMOUR QUI VIENT

vous i'eliaii);ez de» œillades bien UHRaHsini'B. La niiic.u vous sourit ausiil... eiiilii iiiudaiiie Zaniliuiinul ne tarit |iuiiit en tuinaiit vutrii éliigc!... un VOUA iliuiu ici cuniuic un pjcii.t!...

— I£h! u)i ! niKssieura, écoutez dune... il n'y a pan de niurmiton» ici pour nie itoul'llur mes uiiiuurB... Vuus auyri qu'on nu peut pa» faire de conquête, parce qu'un est laid I Mais cliaque pot trouve uun couvercle.

— Sapristi! je voudrais bien connaître le couvercle de Maringo. Et Ic8 deux jeunes gêna avaient cherché à ùtre aimiihles près de

niudamc Sainte-Adèlu; mais lu petite dame roee avait été ce jour-là iiiil peu causeuse; elle avait reçu avec une f;r.iM'le froideur Icscumpliiiients de ces messieurs, qui étaient repartis pour l'uria en se disant :

— Si Valdémar n'est pas mieux traité que nous, il sera fidèle à sa dame.

La dame rose, quoique plus aimable avec Valdémar, quoique causant volontiers avec lui et lo traitant déjàcumnie une ancienne cuu> naissance, prenait un air sévère lorsqu'il lui témuigiiait trop vive* nient le plaisir qu'il éprouvait à la voir et à se trouver près d'i-lle. Jamais encore, C('pendaiil,Valdéinar n'avait pioiiuiice It; niotd'aïuunr j mais s'il ne iedisait pas, ce mot était dans ses yeux, dans tontes ses actions; et il était iinpossililu ((ue cette dame s'y trompdt.

Valdémar était toujours heureux et gai en se rendant à Ro.iny, parce qu'il pensait à telle qu'il allait y rencimtrer. Mais en revenant à sa campagne il était triste et soucieux, car il songeait à celle qu'il allait retrouver, et il se lepiochait sa conduite, son inconstance; puis, en arrivant près d'Iirnesline, il s'efforçait d'être gai, aimable, tendre môme. Mais tout cela était forcé. Sa f,'aieté n'était pas naturelle, sa tendresse était Insle, ses soupirs seuls étaient vrai».

Crnestine regardait son amant avec inquiétude. Souvent elle lui disait :

— Je crains, mon ami, que le séjour de la carapa^i^ ne vous ennuie... que vous n'y restiez seulement pour m'otr^aHreabie... Retournons à Paris... ou bien voyageons ensemine, allons parcourir la Suisse, comme nous en avons queliiuel'uis forme le (irojeil...

Mais à cela Valdémar s'empressait de rcpuiidre qu'il se plaisait beaucoup où ils étaient, et qu'il ne désirait point quitter celte campagne, à moins qu'elle-même ne s'y ennuyât, lirncsiim' icpon'iiit qu'elle se trouvait bien partout avec lui, et l'oi. ne parlait plus di' cela.

Un jour, Valdémar, en se rendant à Kosiiy, aperçoit madame Saiiile- Ailele, qui, seule , sans aucun domeslique,"suivait lente'uent un sentier qui ne menait pas du côté de la maison des Mouvjiinard.

Valdémar quitte aussitôt son chemin pour prendre celui dans lequel est la dame rose. Pendant quelque temps il marche derrière elle sans lui parler, se tenant toujours à une assez grande dislance pour qu'elle n'entende pas le bruit de ses pas. Bientôt cette dame s'arrête devant un bel arbre dont l'ombrage la garantit des rayons du soleil; elle s'assied sur l'herbe, sort un livre de sa poche, et se dispose à lire. Mais alors, en levant les yeux, elle aperçoit Valdémar qui est debout arrête devant elle.

Une vive rougeur vient colorer le visage de la jeune dame, qui s'efforce cependant de cacher l'émotion que lui cause la présence inattendue de Valdémar; elle essaie de riie, en lui di-^ant :

— Vous ici, monsieur... En vérité, je ne me doutais pas que vous étiez si près de mui; vous m'avez presque l'ait pcurl

— Je vous ai aperçue de loin dans ce sentier... je vous ai suivie. .

— C'est un peu indiscret!... Et si j'avais donné ici un rend'-zvous?...

— Je m'éloignerais à l'instant, madame.

— Oh! je plaisante... mais vous alliez sans doute chez M. Moutonnai d"?

— En effet, madame...

— Alors, pourquoi prendre par ici? ce n'est pa^s le chemin... Ah 1 c'est que je commence à connaître le pays maintenant.

— Mais vous, madame, vous n'alliez donc pas à Rosuy ?

— Non, monsieur... pas aujourd'hui... je venais lire sous cet ombrage; il ne faut pas que cela vous empêche d'aller chez nos bons »oiMns.

— Eh ! qu'irais-je faire chez eux, quand vous n'y êtes ?

■ — Moiigjeur, ceci est très-llatleur pour moi, et fort peu pour la maison Moutonnard; mais vous me permettrez de penser que ce n'est qu'un compliment, et que je n'exerce aucune influence sur vos jetions. S'il en était autrement...

— Eh bieui madame, s'il en était autrement?...

— Alors, je serais lorcée de cesser d'aller à Rosiiy.

— Pourquoi donc cela, madame? Comment! cela vous déplaît que aie tant de plaisir à me trouver avec vous?

— Monsieur, vous devez connaître assez les femmes pour savoir que cela ne leur est jamais désagréable de plaire. Cepenuant il y a des circonstances... Mais, mon Dieu 1 de quoi allons imus parler?... 11 lae semble que notre conversation pourrait èire beaucoup plus gaie... Monsieur, ne trouvez-vous pas qu'il fait bien beau aujourd'hui?...

Valdémar se mord les lèvres avec dépit; il pousse un gros soupir, ea répoQdaut :

— Uni, iiiaduinu... superbe.

La dame ro^ene met a riie aux éclats, ce qui rend Valilémar en- COVe plu> trinte. Il muiinure d'un air u'aiiitif:

— Mudaiiie, voulez-vous me permettre de m'a-seoir pies de Tous?

— Mou flieu ! luunsieur, la pluc^ est libre, et si cela peut vous (aire plaisir...

Valdémar n'attend pas que la juiic blonde at^hcve sa phrase, il est déjà assis près d'elle. Us restent ainsi l'un à côté de l'autre, et gardent le silence, 'l'ont à coup la dame rose s'écrie :

— Monsieur, si madame votre épouse vous voyait ainii assis auprès de moi dans la camp igne .. que dirait-tdl):?

Valdémar baisse «tes regards vers lu terre en répondant:

— Madame, j'ai remarqué que vous mettiez beaucoup de persistance a me parler. ,, de ma feiiiuie.

— Ah! vous avez nni.irqué celai Eh bien, moi, monsieur, j'ai remarqué aussi que vous n'en parliez jamais, et Je vous avoue que cela m'a paru singuliir. Cur enfin, lor.4qiron vient se retirer avec sa femme dans une habitation presque isolée, c'est qu'on l'aune beaucoup, c'c~t qu'on l'adore... et je médisais : Ce dmt être si beiu un mûri qui adore sa femme!... ce doit être quelipiechose de phénoinéual; aussi j'avais, à cause de cela, la plus graide curiosité de vous voir... car j'avais beaucoup entendu parler de vou«, monsieur, de votre manière de vivre ici... je me dirais : C'est absolument cuniiiie dans Une chaumière et son cœwr.i. Je crois que c'est une pièce que j'ai vue au Gymnase... Bref, je m'étais fait devons un portrait tiès-roiiianesque. .. Eh bien, voyez ce que c'e>.t!... v.itre présenci a détruit tout cela... J'ai vu quelqu'un... de fort aimalile assurément, mais un homme comme les autres... faisant la couraux femme» qu'il trouve à son gré, et ne parlant jamais de la sieniii'... Ah! vous conviendrez, monsieur, que je devais m'altendre à tout autre chose.

Valdémar ne répond rien ; il reste pensif. Voyant qu'il s'obstine à garder le silence, la petite femme reprend au b')ut d'un moment:

— Monsieur, elle doit être bien ju'ie, mudanie votie épouse?

— Uui, madame, elle est parfaiti>.m> nt bien, réiiond Valdémar sans lever les yeux.

— Et il parait qu'elle joiix cela un charmant caractère... car, pour laisser autant de liberté à son mari, pour lui permettre de se promener tous les jours, tandis qu'elle reste ii la niais(jn... cela annonce un bien grand désir de vous être agréable, et pas la moindre jalousie. ..Vous êtes bien heureux, monsieur; tnutesles femmes n'auraient pas la même bonté que madame votre épouse...

Valdémar n'y tient plus; il se lève, se met à marcher avec agitation, s'eliiigne de madame de Sainte-Adèle, puis se rapproche d'elle, comme s'il ne savait à quel parti s'arrêter. La dame rose lui dit au bout de quelque temps :

— Mon iJieu, mon.^ieur, vous vous livrez à un exercice qui doit être bien fatigant... Certainement vous avez quelque chose, un cousin vous aura piqué.

Valdémar va se rasseoir à côté de la jolie blonde, et lui dit d'un air profondément affligé :

— Tenez, madame, je suis bien malheureux.

— Vous êtes malheureux, vous, monsieur, dont j'enviais le sort? Eh quoi! me scrais-je trompe''... Est-ce que madame votre épouse aurait changé ?... est-ce qu'elle vous aurait cause quelque désagrément?...

— Non... non... ce n'est pas cela.

— Qu'est-ce donc alors?.,.

— C'est... c'est un secret... un mystère!... Je ne puis vous le dire; ei voilà ce qui augmente mes tourments.

— En vérité, monsieur, je ne vous comprends f as du tout.

— Mais si vous vouliez, madame, vous figurer que... que je ne suis pas marié, et me traiter comme tel, cela me ferait grand plaisir.

— Voilà une singulière idée. Je suis dosolée, mousieiir, de ne pas pouvoir vous faire ce plaisir; mais comme je sais que vous n'êtes pas libre, je ne vois pas pourquoi j'irais me figurer que vous l'êtes. Celte illusion pourrait d'ailleurs être dangereuse pour moi!...

— Eh quoi! si j'étais libre, vous m'écouleriez donc, vous ne seriez pis insensible à mon amour .. Car je vous aime... oui, je vous aime, madame... Et d'ailleurs, qu'ai-je besoin de vous le dire? ne le savezvous pas depuis longtemps?...

G'esl au tour de la daine rose de se lever et de quitter l'ombrage de l'arbre. Valdémar court après elle, lui prend la main, et lui dit :

— Vous me fuyez...

— Oui, je le dois; car c'est fort mai ce que vous venez de me dire là... Un homme marié... Ah! je ne m'étonne pas que monsieur me prie de me fifrurer qu'il est libre...

— Eh ! mon Dieu, madame, si je ne le suis pas, est-ce une raison pour que je n'éprouve point pour vous le sentiment le jilus tendre? . C'est ni,e faute, sans doule, mais l'amour est une passion qui naît mali;i'é nous; plus nous voulons y mettre d'obstacles, et pins elle acquiert de force... on aime quelqu'un parce qu'on doit l'aimer... c'est indépendant de notre volonté... on n'est pas maître de son cœur.

— On n'est [las maître de son cœur! voilà la grande excuse des infidèles! Mais en tous cas, on doit être maître de sa raison.

L'AMOUll OUI PASSF. KT L"AM<i( R (Jl I Vil.:xr.

— Qii.inr! on écoute la raison, c'est qu'on n'aiirio pas, iniiJumu.

— Viiiis croyez inoiicinur ! Tout ce quo jo suis, moi, c'est que ji; 110 II':, uiiil U' j.i I uis » l'iiiiiDiir il'uii liointne qui ni; suniit |ia- lilire ; et liij'avar» le iiialouiir d tinriuvisr pour lui... (|iii)|riue puncliant, alors je- nii'llrui.s lous uiog soins ù l'àviiur, à le fuir... quaiul méinu <:e!a devrait aussi me causer de la poino... .\iliju, monsieur... Yeuille/. ne point rnaccjnipa^tier : co serait im: ilcsojjligcr licaucoui'.

L-i peljle liaini! l'ait à Valdéiniu' un sjIui Tort sévèn;, et ''Ile s'éloigne aussitôt. Il la suit dos yeux, et bifciiiot In p.-rd d« vue, r.iril n'a pas 030 bravi;r sa défense ; mais cette l'ois, elle ne riait plus e-i lui puriaiit, et cela lui cause un si'cret plaisir»

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