‹ MoustacheChapitre 253 sur 281 · LES CANCANS DE MAITRE OUII.LOT · texte numérisé non relu

LES CANCANS DE MAITRE OUII.LOT

Le lendemain du celte entrevue sous l'arbre, Valilrmar se reml en toute hdlechez les Moiitonuard. .Madame Sainle-Ailcle n'y vient p.iint; le jour suivant se jiassc de même. Toute la semaine s'éc ouïe amsi. Valdéniar est licsnjé; il se rcpiite à chaque instant : « lille ne veut plus me voir. » Puis il pense aussi qu'un ne le fuirait pas si on ne voyait pas du danger à l'écouter, et le résultatdeces réûexinns, c'est que la petite daine rose répondrait à son amour si elle savait qu'il n'est pas marié.

M lis avouer cela à cette dame, ce serait bien mal récompenser le dévouement d'Erncstine, l'-s preuves d'amour qu'elle lui a domiLes. A la vérité, il se conduit déjà assez mal avec elle ; il la né^'l'ge beaucoup depuis quelque temps. Mais, tout infldèlc que l'on Iniile d'èin', on recule quelquefois devant la pensée de faire uu grand chagrin à la peisunne que l'on trompe.

Valdéraar ne faisait pas un long séjour à Rosny lorsqu'il n'y trouvait pas la dame rose. iMarinj,'o ne manquait pas de lui dire :

— On Voit bien que votre Dulcinée n'est pas ici ; vous ne voulez pas vous embêter avec moi. A propos, faites bien mes cxcuesà votre jolie épouse de .Merlan... Je suis bien impoli de n'avoir pas encore été lui faire visite; mais je suis encroûté ici, je ne puis plus en démarrer... C'est égal, j'irai un de ceft jours lui présenter mes hommages. Je donnerais douze dames roses pour celle-là... Je ne suis pas comme vous, moi.

Valdeiiiar n'écoutait guère Maringo, mais en revenant de Rosny, il ne manquait pas d'aller rôder à Noisy autour de la maison habitée par madame Sainte-Ailele; il passait des heures entières devant ses croisées dans l'espérance do l'apercevoir, et s'en revenait bien triste parce qu'elle ne se montrait pas. Le nouveau sentiment qui l'occupait ne lui laissait pas un moment de repus; la pauvre Erncstine était eiitièreraeiil négligre. .Mais pourtant, en ne retrouvant près d'elle, en la revoyant .-^i dnnce, si aimante, si empressée à lui plaire, il s'adres!-ait les plus vifs reproches de s'>u inconstance, et laisait tout Sun po.ss ble pour qu'elle ne la d<^viiiàt pas.

Ernesliiie voyait bien que Vaklemar n'était plus le même, qu'il allait souvent chercher loin d'elle de la distraction, mais elle se disait :

— Les hommes ne savent pas aimer comme nous ; un bonheur égal, une vie uniforme, leur semblent monotones; il Itur est iiiipossilile de rester conslaiimieiit près de nous, lors même que nous possédons toujours leur allection ; les projets de retraite que nous avions formés étaient un peu ninianesques.eten amour les hommes ne sont pas romanesques longtemps. Je dois dune pardonner à Valdéniar de ne plus être avec moi comme dans les commencements de notre séjour ici... Si son amour est plus calme, il n'en sera peut-être que plus durable.

lit c'est ainsi qu'elle cherchait à excuser les absences journalières de son aiiiant. Un ne veut pas voir des torts à ceux dont on croit encore être aimé.

Un jour Valilémar s'était absenté suivant sa coutume, et Ernesiue émit dans le jardin, lorsque la soniutle de la grille se lait eneiidre. La doiuesii(|ue vient dire à sa mailresse que c'est encore e paysan qui détruit les taupes qui vient de se luéseiiier pour ollrir son une qn'il vent vendre, et qu'elle l'a renvoyé parce (lu'elle a pensé qui' madame n'avait pas envie d'acheter un ane.

Un ëouvenir subit frappe l'esprit dEriiestiiie, qi.'i s'écrie :

— Rappelez cet hoiniiit... taiies-le entrer dans l6 jardin..: je désiie lui parler.

La doule^lique court appeler Guillul ijui ne demande pas uiieux que de revenir, et se présente bieiilôt, suivi de sa bourrKjuo, devant Uiadaiiie Uuraiicy.

La jeune veuve regarde le paysan qui tdche de cacher sou air Dia lié ."Uiis une appaieiice de bonhomie ; elle lui dit :

— E>l-«e q.ie vous devriez parler à .M. Vuldemarî

— Mou Uieo, madume, à lui ou à vous... c'est tout comme, léj.oiu (jiidioi ; c'eA pane ciue j'avons e'tc bourrique qu'esi une ..xtei- Il ..le bec .. celait u le occasion... moi, elle ne lUc -jeit pii;j...jd l'aurai» vei.dne pius ilvirl

— Vous connaisse» .M. Moutonnard, qui nabite à Hosuy 1

— Oui, madame, oh! ie c >nr,ais tout le pays. Quand on a besoin d'un jardinier, je suis-lùl li.'< i u ont un chez le père Moutonnard... t'ouiiiel! lu.iis il u'csl pas fort!... le p.iuvre zar^on... A picjcnl, il

m''t quand il Ta promener avee -e lu'Te

qui' liuMitn» I III lii j" »•: itt • reii-lra

plu-, re pousser los m l'ins le sj -

— V' fH eiriii'iK«4 «iMsi un .M. Maring'i... Il ml dufio r^«té chez

M. ilolll.MIniKl?

— l'i iieiii leur de Paris .. qu'i-si toujours éendu sor le do» dans le uazon, et qui fume .. Je le connais, ti on veut... il éuil avec les deux iiii'n;^ qui Koiit vunu^ une fois <-heux vuas.

— Cf.4 e.'lii.

— Ail ! oui, il e.«t choux les Moutonnnrd ; il parait qu'il t'y lrou*a bien, il n'en bouge plus, il y a fait su liii-^re.

Ernesiiim est ''atl^tlul': de voir que Val<léinar ne l'a pu tr^mipéa en lui disant que chez M. Moutonnard il allait voir son atm .Msnsg»* elle sa renviijer Giiill.il |..rsqiii; eelui-ci reprend :

— Madiiiie veul-ille in'aeli.'ler mon âne?

— .Mon Dieu, que vo'idiii-z-vuus que j'en fU««7

— U.uoe! puiir promener dessus comme la dame rose... elle en I même aciielé iluuv, elle.

— Ah! celte dame du voisinage...

— Oui, oui... et mime qu'ils sont rétifs et méohinls comme des gredins!... qu'il y en a un i|iii ne veut junai» avaoeer, cl l'autre qui galope comme nu (ou et qui jette tons r.m ipii leiiionlenl pir lerre... Mais c'est ben fait; si elle m'avait a^ het.;iemi>:n!... c'tM douxcomae un agneau, on en fait ce qu'un veut!

— Ah! cette dame se prumène à àne dans Iacamp.i»ne7

— l'.iidi, vol' niaii le sait ben, pui-q l'il l'a eiii|iecnee de tomber et qu'il loi a conduit son âne pendant asM-z lon^'lemp»!

Ernesline éprouve comme une oppression subite; ce qu'elle Tion». d'enleiidre l'a Irappée au cœur sans qu'elle puisse encore se rtndr» raison de la peine qu'elle ressent ; elle s'efforce de cacher son emc»lion, en disant :

— Ah 1 mon mari... a guide l'âne de cette dame... Oh! je croi» que vous vous serez trompé...

—Trompé! (pie non! puisque j'étais tout près de là! Faut vous dir<î que je m'étais assis dans une esjièce de lu-se, d où je vuy l's de loin venir celle d une... puis v'Ia sou àiie qui ne veul puis avancer .. celui de la domestuitie était parti comme un trait à triver» le- Intis ., La daine rose se démenait et louettait sa rosse... ça n'y (ii*iii rinii ; moi, je riais toi>t bas, et je me disais : Buu, il va lui arr^Vir .(uelque chuse. Dame! p.)urquoi qu'elle me dit qo'e'le m'acheu-ra mon ane et qu'elle m'empêche de le ven Ire à Lebuiteui, et qu'elle n'en veul plus aprèsl Ça m'a donné du venin contre ellel C'esl tout oatunl.

— Mais ensuite?

— En-uitel fuit que malheureusement vol' mari vienne à passer par l'i, alors il va à l'aide de U daine; il prend l'àne à la gorge, et puis la dame aussi... Non, je veux dire... elle ei..ii dessus... il lire et il le lait avancer.

— El puis il salue cette dame et s'éloigne sans douteT

— Oh! que non; Il reste avec elle, ils se niellent li jaser tout de suite et à rire comme une paire d'amis! .Même qie je nie suis oit : Tiens! v'Ià une connaissance qui a été bieiilùt laite! .Vl.jis vous me direz, ils se connaissaient peut-èlre uSja... .Moi, je n'eu Niis rien...

— Et aprèsl

— Apres, ils se sont en allés ensemble dans le lH)ii,iis y sont restés longtemps; et puis je les ai vus revenir avec U domesiique, dont l'àne galopait... mais vol' mari était là pour mater les dcni ânes... i. couraii de l'un à l'autre, (ouetlant l'un, reteii ml i'aulro ; ç i devait bien le tatiguer tout de mciue... Puis, ils ont pris le ch'uiin 'Je Nois» et je les ai perdus de vue... Vol' mari ne vous avait doue pascompté tout rn? Ahl dame, les hommes, ça ne dit pas tout... Ce sont, neo ^ollVellt, de droits de Chinois.

El iRStine tâche de cacher le tourment qu'elle endura , eu ropondaiii :

— Pourquoi faire? .. cela n'en valait pas la peine!... iït viw» ne les avez pas rencontrés ensemble depuis ce jour-là ?

— Non, pas une seule fois. Mais s'ils veulent jd:<r, ils doivcat et retrouver assez souvent.

— Coiniuenl 1 ou donc cela?

— Pardi! chez le p,ipa Moutonnard.

• — Esl-oe que cette dauie va chez ces personnes-là?

— 6i elle y va!... Mais c'est-à-dire qu'elle y va à peu près tous le* jours, rien que ça... El comme luoi.siiur vol' m in y fi pri -q-ie autiiit, ça Serait bieu élonnanl s'ils ne s'y reiicontiitieni pi-, t. mèuie iiiuii âne serait b^n utile a A. VaKIe.uar, que je vois Unijo.ir- e.i.irir couiiiu; un iiuvre... et qu'il suti qu'il sue! qu'il tii utiu.cia qu.!iquejonr une tluxi.m dans la poitrine, et c'est m.s,iiu; il ler.ui bca luiuux d'acheter uu boom ,uo pour aller tt revenir de IVi»ny... (4 lui serait plus couiuwde pour (uiro «es allées cl \enues, ses caravanes, quoi 1

El iiealiiio est doveime d'une iiAleur tlVrayaute. luui son sang i reliuo vers sou oeur ; un uu inslaiii elle vieni de couipn'ndre ou piu toi de deviner loule U vtrile. Quelque diote lui au que Vulileuiar esi aiiioui'eux de v'eiie pcr-e.uue .41» 'o»» de?'gnc s>>us le nom ae U liaiiif roiv; c'ut i' ...r !a ^v.,;, Ji^i K'ur elle avec cile qu'il servnd

L'AMUUR OUI PASSE ET L'AMOUll QUI VIENT.

tmis les jours h Rosny; c'est pour ctlte feniiiii- qu'il la di-lai^sfi, l'ubnndoiirie, qu'il u tuUleuieiit cliuiigéde coniluile; L-iiliii, c'tst cette lemiue qui lui a ravi le cœur, raiiuiur de VaMiMn ir ; il lui a suffi d'un iunlaiil pour couuaitre tout cela : elle m a pourtant encore au- «uue preuve de la trahison de son auiant; mais en ariiour il y a de ces presseiitirneius (|ul ne trompent pas, et maintenant elle ne doute plus de son niallii>ur.

Madame Uurancy est restée immoliile sur le banc de verdure qui lui «»"i Je sii'tîc; ses regards sont baissés vers la terre; elle semble atcaulee par ce ipi'elie vient d'apprendre. Mais fJuillot n'a p:is lie soin qu'on le questionne pour aimer à parler. Il reprend au bout d'un moment :

— Moi... vous concevez ben.., tout ça ne me regarde pas... le monde va et vient comme il veut, gué que ça me fait, ce sont pas mes afiairos. (Jlieiix

'es Moutonnard, ils reçoivent tous les (lassants; ça les amuse, ces gens, faut les laisser s'amuser. Après ça, la dame Rose...

c'est une taraude ; c'est nnc pelite-maitresse, toujours pincée, musquée à quatre épingles, comme on dit.

— Et vous ne savez pas si celle dame est mariée?

— Elle est veuve.

— Elle est veuve j vous en êtes sûr?

— Oui, oui ; c'c'i.

son laijuais, avec lequel j'ai jasé un brin l'autre soir, et qui m'a dit que sa maîtresse était veuve.

Après ça, je ne sais pas s; c'est d'un mari :

il y a tant de sortes de veuves dans le beau monde!...

— Et elle est jeune?

— Toute jeune ; c'est-à-dire, je ne sais pas au juste son âge.

En jasant avec le domestique, je lui ai dii aussi : Quel âge qu'elle peut avoir à peu près votre maîtresse? Mais il m'a répondu : Ue quel pays arrivezvous donc, vous? on demande l'âge des chevaux et jamais des femmes... Ah! dame, que j'ai répondu, à Merlan, c'est tout le contraire , on cache l'âge des bêtes, mais on dit celui des lemmes.

— Et elle va souvent chez M. Moutonflard?

— La dame rose?

Elley vatous les jours.

Ah! c'est-à-dire , v'iùpourtant plusieurs jours qu'ella n'y va plus et qu'elle reste chez elle. C'est encore son laquais qui m'a dit ça.

Ernesline sent renaître dans son coeur une lueur d'espérance: cette dame ne va plus à Rosny depuis plusieurs jours, et cependant Valdémar continue d'y aller; alors ce ne serait donc pas pour la voir qu'il se rendrait chez M. Moutonnard. Elle regarde Guillot avec anxiété, en murmurant :

— Etes-vous certain que depuis quelques jours cette dame ne va plus à Rosny?

— Oh! oui, très-certain; puisque, comme je vous le disais, son domestique m'a appris cela ce matin en me disant : Guillot, vous qui connaissez tout le monde, ne pourriez-vous pas, par hasard, me dire quel est ce particulier qui se promène pendant des heures devant notre maison en levant les yeux en l'air pour regarder toujours devant chez nous. J'ai peur que ce ne soit un vcleur^ Alors, là-dessus, il m'a montré un monsieur qui, en effet se promenait comme

&I. Fûuiiiet i.'.onté sur de» c'chasses, ce qni Ini donnait jnste la taille île sa fKUiine

s'il faisait une faction devant la maison. M"i, je me suis mis à rirt en lui répondant : Oh! n'ayez pas peur... il n'y a pas de dangn... c'est le monsieur de Merlan, c'est M. Valdéuiar... vu que j'avais tout de Kuite reconnu votre mari... et je sais vut' nuui à présent... Dans les conitDencements.je ne le savais pas. Alors le domestique a repris : Pourquoi donc qu'il vient comme ça maintenant se promener devant chez nous? Et moi, j'ai réfiondu : Il est certain qu'il ferait bien mieux d'entrer, d'autant plus que c'est une connaissance de vot' bourgeoise... mais, dame! vous savez. ..queuqucfois le monde a desidi;es diiMes... Là-dessus le laquais s'est mis à rire et j'en avons fait autant. Tiens, faut bien rire un peul après nous, la fin du monde, comme dit c't'aulre.

Ernesline a laissé retomber sa tète sur sa poitrine; la lueur d'espr'"iuce dont elle s'était bercée un uument s'est évanouie pour lui

laisser voir qu'elle n* doit plus, au contraire, douter du sentiment que Valdémar éprouve pour une autre femme. Elle balbutie d'une voix étouffée :

— Cette dame demeure dans les environs?

— Oui, à l'entrée de Noisy; ahl ce n'est pas aussi loin que d'ici à Rosny !

., — Et vous avez vu... M. Valdémar...

de ces côtés-là?

— Oui, il y était il n'y a pas une heure; il y patrouillait. Il paraît qu'il aflectionne iNuisy à c't'heure...

c'est pourtant un brin sec par la ; mais vous me direz : des goûts, des couleurs!... vous savez!... C'est comme les omelettes, chacun les aime à sa iaçon; moi, je les piéfère an lard, je ne suis pas dégoûté !

Ernestine tire sa bourse et la présente au paysan, en lui disant :

— Tenez, prenez cela... et laissez-moi...

Le paysan examine la bourse, qui contenait vingt-cinq francs. U est embarrassé, parce qu'il croit que c'est le prix de son âne qu'on lui paie. U dit enfin :

— Madame, c'est trop bon marché... si Vous vouliez mettre seulement quinze francs de plus... ma bourrique vaut mieux, foi d'homme.

— Cet argent est pour vous... emmenez votre âne, je n'en ai pas besoin, dit Ernestine en lui faisant signe de s'éloigner.

Cet arrangement convient beaucoup à Guillot; il salue la dame jusqu'à terre et se hàle de remmener son âne, en se disant :

— Pour peu que ça continue, cte hète-là finira par me rapporter gros. Je crois que Lebouteux a bien fait de ne pas la prendre. C'est égal, j'vas aller flâner de son côté... on ne sait pas!...

Les peines d'amour sont les plus vives, les plus poignantes, celle» qui torturent le plus le cœur; et quand elles nous arrivent comme un coup de foudre, sans que rien nous les ait fait pressentir, il semble que l'on soit le jouet d'un rêve, on ne veut pas croire à son malheur, alors même qu'il n'y a plus moyen de douter.

Ernestine était alors anéantie; en quelques minutes son bonheur venait de s'évanouir; sa situation était entièrement changée : se» projets pour l'avenir étaient détruits atout jamais; car si les peines ordinaires, si les coups de la fortune peuvent se réparer, si l'on peut

L'AMOUR QUI PASSE ET L'AMOUR QUI VIENT

retro^ /cr des richesses, des honneurs, des amis, on ne peut pas retrouver un amour perdu.

El pourtant Krnestinc, en repassant alors dans sa mémoire la conduiti; que VuldOmar tenait avec elle di'piiii qiK |i|ue teiiifis, su di-ait : Comment n'ai-je pas deviné qu'il ne m'aimait plus? Kolle <iue j'étaiBl j'avais donc un handeaii sur les yeux! Chaque jour il sortait sans înoi; il revenait triste, rùveur, distrait; quand je lui parlais du mon amour, il scniblait ne pas m'entendro; à mes côtés, il restait silencieux et indillcrent, ou bien ses discours étaient vagues, sans suite, ses caresses étaient forcées, ses baisers même étaient froids, et je ne voyais pas cela. Ah 1 c'est que \^ ne pouvais pas, je ne voulais pas croire qu'il pût cesser de m'aimer.

Mais pourquoi no pas m'avouer la vérité ? pourquoi me tromjjer * . Je ne suis pas sa leuune... heureusement pour lui; il peut me auit'ter, et s'il reste encore avec moi, c'est par ua reste..,'*dc pitié, peutêtre! Ah! je ne veux pas ins[iirer c» sentiment.

Crnesline passe sa journée dans les larmes. Cependant, lorsqu'elle entend Valdémar revenir, elle essuie a la liàlc ses yeux et s'elForco de composer son visage pour dissimuler son chagrin.

Malgré sa préoccupation, et quoiqu'un nouveau sentiineni remplisse son âme , Valdéniar est frappé du changement qui s'est opère dans les traits de madame Uuiancy et lui demaiiili; avci; inquiétude si elle n'est pas malade, lille prétexte une légère indisposiiion, en assurant que le repos lui rendra l,i saille ; puis de son côte, et quand il ne peut la reniuripier , liiiiest ne examine Valdémar; elle est effrayée de la tristesse de son regard, de l'altération de ses traits.

Elle Comprend que Un aussi est inalheureun, et elle est prête à oublier SCS torts pour le plaindre, l'embrasser et idenrer avec lui.

Lorsque le jour cnmmcnce à baisser, lOinestine demande à Valdémar s'il veut bien (aire avec elle une :our(e promenade : le jeune homme se hùle de lui présenter son bras, et lirncstine s'ajipuio dessus comme quelqu'un qui jouit d'un grand bonheur pour la dernière fois.

Elle dirige les pas de son compagnon ; elle le cnndiiit dans tous les endroits qu'ils ont visités ensemble pendant les prciniers temps de leur séjour dans ce pays, alors qu'il était amoureux et qu'elle était si heureuse.

De temps à autre, en se retrouvant sous nn bosquet, sur un tertre où ils se sont assis autrefois, Ernestiue regarde Valdeiii ii- pour eliercher dans ses yeux un léger souvenir de leurs amours p is-ees. Il est rêveur, il soupire, mais il ne la regarde plus. El la [i.uivre l'einuie se dit : — 'foui est liiii! tout e>-t bien (lui!...

Puis ils rentrent ii leur demeure : l'une en dévorant ses larmes, l'autre en cherchant à dissimuler i^es soupirs.

.\X11. — DEIIMÈIIIÎS ILLUSIONS

Quelques semaines s'écoulent. L'autoiniie était venu , mais il y avait encore de belles journées, excepté pour lirnesline, pour laquelle

la nature avait perdu ses charmes et que les doux rayon* da toleil ne parvenaient plus à égaj'er.

De son côté, Valdémar était tout aussi mélancjlique quectllc qu'il trompait. C'est un fait assez rare : ordinairement les infidèle» sont gais, et les délaissés seuls sont tristes ; il est vrai que Valdémar n'était infidèle qu'à demi : c'est probablement |>our c^la qu'il n'était pas content; en amour, les hommes n'aiment point à ne faire les choses qu'à demi.

La dame rose n'allait plus que fort rarement chez les Moulonnard, et lorsqu'elle y rencontrait Valdémar, elle avait s-jin de ne point s»; trouver seule avec lui, de. façon qu'il était impussiblc de lui dire un •mot en secret. Cela irritait encore l'amour qu'il ressentait p<jur elle; il ne pouvait cacher l'humeur, le dépit qu il éprouvait, et la jolie blonde n'avait pas l'air de s'en apercevoir.

Mais Maringo, qui, tout en fumant, reonarquait ce qui se passait, ne manquait pas de dire à son ami : Elle rjiis'» lait un peu alJer la petite rose... C'est une gaillarde qui entend scn affaire... elle peut Vous rendre douze points sur vingt-quatre.

Valdémar feignait de ne point eumprcndrecc que .Maringo vcjti4ail lire, et il revenait cher lui encore plus tr>ste qu'il n'en étaii parti ; cl ciCiine les peines morales ne tarder*, pas à attaquer le |ihy,;ique, celui de Valdéf»c changeait d'une aianicre tllrayanle; il devenait maigre, pâle ; ses veux étaient cerclés, » s<jn front soucieux; il seinbUit miné par la lièvre.

De son côté, Erne.-lije aussi n'était plus la même, et tous ses traits élaienl altères par le chagrin. Mais Valdémar ne voyait pas le changement de celle qu'il avait tant aimée. Lindis que la jeune feminf remarquait le ;ien, et avait encore la liunle do s'tn inquiéter. Deciilemeul les. femmes valent mieux que ks hommes.

Linesline faisait son poss.ble pour provo pi' r une explfitioi.. chaque jvur elle rc disait :

— 11 ne m amie plus...

il est malht'uicux a«cc iroi... Je dois iii'eloigiiur et lui rendre sa libcrlo.

Et lorsque Valdémar étiiit près d'elle, tout en causant, elle essayait de l'amener à se train r :

elle le regardait fixement, en lui disant:

— Vous semble?, triste, mon ami; auriez-vous quelque peine?... I.a campagne vous ennuie, peut-être... ou bien... c'est ma coni|tagnic qui n'a plus de charme pour vous?... Voyons, diles-lc-moi franchemont. ..Vous ne m'aimei plus, n'esl-ce pas?

Mais à ces questions, Valdémar, qui se rappelait tout ce que madame Durancy IhI avait sacrifie, s'empressait de n'iHindre qu'il clail

I toujours le même, que le séjour de la campagne ne l'ennuyait p.is,

I cl que son canir n'était pas change.

j Et tout en sachant bien que son amant lui mentait, Ernestine n'av&it pas encore la force de rompre, car elle se dis;»il :

— Il m'aime toujours un peu, puisqu'il tionl à m'abuser encore. Cependant celle situaiion était Irop iiénible («our tous deux , elle

ne iioiivait durer. ►•

l ,1 jour Valdémar est sorti, suivant son habitude, une heure aprè* le déjouiur. Eniestine, qui l'a vu s'éloigner, se liàle d'aller pr«ndr«

l.Uo quitte précipitamment cotte cnmi'nguc, ou elie t-st venue avec tant de pl.tisir.

L'AMOril OUI PASSK Kï L'AMliUR

un cliAle, un cliappau i>t se diiipose à sortir, en disant: — Je saurai

«III il va...LL- qu'il lait. ..je vcr; ui ma rivale, pcutôln.'... et jeprtiniirui un parti.

Au aiomrnt Je sortir, Injecnc femme s';irrète. Suivre sunaoïaiit, épiiT Ses (Jéinarclies, lui seuihle imli^'iie d'i Ile. Klle est sur le poiiil de reiioiieer à son projet; mais tuujours vivre dans lis tourments, dans l'ineertitude, est un état ufTieiix pour son cœur. b)lle cède uu seiitiiiient qui l'entraîne; elle quitte sa uiaisun; elles'iivance daii:ila campagne, et ses regard» se portent au loin dans l'espérance d'apercevoir Valdeinar; cependant c'est en vain qu'elle regarde de tous cotés, elle ne le voit pas.

La jeune l'emiiie continue d'avancer; elle traverse le village de Merlan, puis elle arrive sur la route qui mène à Villemomble, à Uu.siiy et à Noisy. Là, elle s'arrête inilecise, se demandant si celui qu'elle cherche est allé chez M. Moutuuuurd, ou s'il r6de près de la demeure de la dame rose.

Une voix irhoiiiine qui lui est connue lire Erncstine de ses réflexions. C'est Guillot qui s'avance avec son âne, sur lequel il a fait montei son ami Li houleux. Ce dernier, qui parait avoir trop bu, se tient assez diflirilenienlsur l'animal, que Guillot pique de temps à autre avec une branche d'églantier.

— Vois-tu, Ltbouteux, dit Guillot en marchant derrière l'àne, tu te tiens là-dessus mieux que les malins de l'ans qui tournent dans un théâtre tout rond... Penche à droite... Celte hourriquc-là était faite pour toi... Heinl lu en conviens a pre.ieiit... Penche à gauche. Si tu lui donnais seulement un coup de talon elle prendrait le galop. Penche donc à gauche... Ça te sera liéreiucnt commode pour aller à Paris vendre tes navets... Eh bien! letieus-loi donc aux crins... Qu'est-ce iju'il fait donc? il se laisse glisser.

L'ami Lehouteux avait probablcrocHt tro|i penché à gauche, il vient de tomber sous l'âne, qui juge alors convenable de se coucher sur son cavalier, ce qui fait beaucoup rire nuiii: e Guillot. Mais en ce moment, apercevant Erne.^tine, il se hàle d'aiier remettre son âne sur pied, et le conduit à la jeune dame, eu lui disant :

— Madame, il ne se couche jamais, c'est Lehouteux qui l'aura entraîné avec lui... mais si vous voulez faire une petite promenade dessus, vous en serez bien satisfaite.

Ernestine remercie, et présentant une pièce d'argent au paysan, lui demande par quel iliemin on va chez la dame rose. G'.iillot se hâte de lui montrer sa roule en lui disant :

— D'ailleurs, vous allez rejoindre [lar là vot' mari... qui se promène sous les arbres, dans le chemin à gauche... Il vous attend sans doute, car il avait l'air d'attendre quelqu'un.

La jeune femme en sait assez. Elle s'avance en tremblant,cette fois. Parvenue au chemin qu'on lui a indiqué, elle regarde si elle apercevra Valdémar. Elle ne voit personne et se décide à avancer encore, en suivant une haie assez épaisse formée par des sureaux.

Tout à coup elle croit entendre parler. Elle s'arrête, prête l'oreille. Klle ne s'est pas trompée. On cause près de là. Elle se dirige du côté d'où partent les voix; elle regarde à travers la haie. Son amant est là, assis sur le gazon, près d'une dame mise avec une élégante simplicité.

Einesline sent ses jambes trembler, fléchir... elle aussi est obligée de s'asseoir; mais, de sa place, elle peut, sans être vue, entendre tout ce que l'on dira. Déjà elle a, tout à son aise, examiné la dame rose, et, en la trouvant jolie et bien laite, elle a compris que pour elle il n'y avait plus d'espoir.

Valdémar se tient à une distance assez respectueuse de la jolie blonde, dont la physionomie est plus sérieuse que d'habitude, et qui, tout en écoutant celui qui est pies d'elle, laisse voir qu'elle u'est pas entièrement satisfaite des discours qu'il lui tient.

— Je suis bien heureux aujourd hui, dit Valdémar; il y a si longtemps que je ne m'étais trouvé iivec vous, madame 1

— Pas si longtemps, monsieur! Avant-hier vous m'avez rencontrée à Rosny.

— Mais là, c'est comme si je n'étaispas avec vous; je ne puis vous dire un seul mot... vous ne quitiez pas la société.

— J'aime beaucoup la société, moi, monsieur ; je ne ressemble pas à madame votre épouse, qui, à ce qu'il parait, est décidée à ne pas se montrer.

Valdémar baisse les yeux. Ernesline l'examine ; malgré toute la peine qu'elle éprouve, elle se sent touchée de sa pâleur, de sa tristesse. Valdémar i éprend au bout d'un uioiiient ;

— Vous ne voudrez donc jamais m'ecouter, madame?

— Vous écouler, monsieur 1 Mais il me semble que je ne fais que cela...

— Ah I madame, vous savez bien ce que je veux dire.. . vous savez ce que je ressens pour vous... vous savez que je vous aime, enfin I ...

Ernesline cache sa figure dans son mouchoir, et elle le bagne de ses larmes; mais elle écoute toujours, quoique ce quelle entend lui déchire le cœur.

— Monsieur, reprend la jolie blonde d'un ton presque solennel, si l'aimais quelqu'un, moi, je vi^udrais le posséder sans partage... je n'admets pas que l'on pui.^se être à deux personnes à la lois; vous n'êtes pas libre, puisque vous èle> marié, n'est-ce pas, monsieur?...

Valdémar bolliutie ;

— Eh bien! madaii.tï

— Eh bien! iiniiisieurï Pourquoi me faites-vous la cour, alors!. Ohl Vous allez nu: répondie iju'on n'ebt pas uialtrr de son cceur, <! ses sentiments; viii.s m'avez déjà dit tout cela!... En effet, il y a du frai là-dcdms, et je m'en suis aperçue...

— Connncnt cel.i, luudaïuef...

— Oh 1 je ne dois pas v<ius le dire,

— l'oiiriiuoi iliiii ,?

— C'est que cela ne sert à rien de dire i qaelqt. -n qu'on l'aurait aimé s'il avait été libre, du moment qu'il ne l'est pas...

— Ah! madame,., il serait |io8àible... vous m'aimeriez...

— Si vous n'étiez pas marié; mais vous êtes marié, n'est-ce pas, monsieur?...

Et les yeux de la dame rose se fixent avec une esjièce d'aniiélé sur Valdémar; de son côté, Ernesline ne respire plus jusqu'à ce qu'il ait répondu.

Après quelques instants, Valdémar murmure d'une voix éteinte :

— Oui, madame... oui, je suis marié.

Ernesline se sent renaître, tandis rpi'au contraire une expression de dépit se montre dans les yeux de la jolie blonde, qui se lève aussitôt, en disant d'une voix très-émue :

— Alois, monsieur, ilestinutile de nous voir davantage... Je vous ai fait connaître ma f.içon de penser, et je n'en changiTai pas...

La dame rose s'est éloignée sans que Valdérnir ait fait le moindre cITorl pour la retenir; mais il semble si accablé, si profondément afilige, qu'Ernestine a pitié de sa peine, et qu'elle eu veut un instant à sa rivale de le rendre si malheureux. Ceci semblera bien incroyable peut-être, et cependant iî y a des femmes dont l'amour va jusque-là.

Ernesline ne veut pas que Valdémar s'aperçoive qu'elle l'a suivi. Elle se bâte de regagner sa demeure; elle y arrive encore tout émue de ce qu'elle vient d'entendre, mais elle se sent moins affligée, car, en n'avouant pas qu'il est libre, il lui semble que son amant lui donne encore une sorte de preuve d'amour et qu'elle ne doit pas désespérer de le ramener à elle. Après ce dont elle avait été témoin, c'était un peu se Ualter peut-être, mais en amour on se flatte longtemps; il y a mèiiie îles gens qui se flattent toujours.

De retour à leur habitation , Ernesline attend avec impatience le retour de Valdémar. Elle veut, à torce de soins, de tenuresse, d'amour, le récompenser de sa discrétion près de cette dame qui mettait tant de persistance à lui demander s'il était marié. Mais les heures se passent et Valdémar ne revient point. La jeune femme conunonce à s'inquiéter, car jamais encore son amant n'a oublié de revenir à l'heure du dîner. Enfin, la sonnette de la grille se fait entendre.

Ernesline court pour voir plus tôt Valdémar. Au lieu de celui qu'elle espère, elle voit entrer Maringo, qui est presque propre, qui a fait une espèce de toilette et qui s'avance vers elle et lui fait un profond salut, en s'écriant ;

— Madame,j'ai bien l'honneur... me voilà enfin. ..Vous devez trouver que je me conduis comme un... je ne dirai pas le mot... mais c'est l'animal qui produit le- lard. Bref, depuis que j'ai eu l'honneur dèlre si bien reçu et traité chez vous, uiailaine, vous ne m'aviez pas revu... et pourtant j'habitais le» enviions, chez les Moulonnard, une famille ilc melons... Je m'y trouve très-bien, du reste... mais ce n'est pas une raison pour manquer à la politessi' ..

— Monsieur, à la campagne...

— Oh! madame, à la campagne ou ailleurs, je sais que je suis uo rustre, un fainéant... un manant, tranchons le mot...

— Alonsieur...

— Le mot est tranché ! Mais je savais aussi que vous étiez extrêmement bonne, extrêmement indu'gente... Je vous apprécie, moi, madame, je vous ai j'.-gce tout -le suite, et j'ai dit : Cette dame me pardonnera... Et je suis venu m'excuser... à l'heure du dîner, parce que c'est plus commode... Ou dîne et on cause... si ça ne vous géue pas cependant.

— Jamais, monsieur.

— Valdémar est ici?

— Non, monsieur, il n'est pas encore revenu, et je vous avoue même que cela m'inquiète; il n'a pas l'habitude de revenir si tard... Est-ce qu'il a été à Rosny?

— le ne l'ai pas vu... 11 se promène. ..Oti! il reviendra. Que voulezvous qu'il lui soii arrivé?... le pays est tort bien composé... jamai3 de voleurs!... des gouapeurs, voilâ tout. .

— Cependant la nuit va bientôt venir... il sait bien que je l'attends. A moins qu'il ne veuille plus revenir.

Ernesline se détourne pour cacher des larmes qu'elle ne peut plus retenir. Maringo, qui a déjà remarqué le changement qui s'est opéré dans cette jeune temme, et qui devine bien quel peut être le inoiit de la tristesse qui altère ses traits, est vivement ému en lui voyan répandre des larmes; cet homme insouciant et égoïste se sent pour I la première ibis affecté de la douleur d'un antre. H est tout surpris - lui-même de ce qu'il éprouve; il ne se croyait pas capable d'un pa-' reil mouvement de sensibilité.

L'AMOUR (JUI PASSh KT L'A.MOUR QUI VIENT.

Ern» stine passe s»n mouchoir sur se» yeux et tâche de se remettre, •III disant :

— Le dîner doit être servi... :'! vous vouhez venir vous mettre à table, monsieur...

— fiien ne presse, madame, répond Maringo : mon appétit vient le se passer. AtteiidunsValdéraar...

— Mon Dieu!... que |j(iil-il lui être arrivé?.. .

— l'i;ur(|uoi diulil<-. vtiulez-vous qu'il lui soit arrivé un accident? U'aboi'd, ii ne sera pas tombé dans l'eau, il n'y en a pas par ici...

— C'est que... tantôt, je l'ai laissé si triste... si di;~.j|él...

— Il iiii; Semble que vous n'êtes pas trop gaie non plus, vous... et je me doute bien de ce qui vous chagrine...

— Vous vous doutez...

— Ci)iiiiiie<:'est malin !...Valdémar vous délaisse... il vous oublie, pai-ce qu'il est entiche d'une petite coquette en robe rose, qui se mo- ';ue de lui...

— Qiiiii! monsieur, vous savez?...

— Ltt-te que vous croyez que je n'ai pas vu tout ça chez ma famille de concuiiibres'? Tout eu reslanl coucUc sur le dos et en fumant ma L'iulfarde, je vois tiés-bieii ce qui se passe et j'entends ce qui se dit"? I.ii ai-je ëuteudu de ce.-^ciMiversalions!... Je nele cherche pas... mais 0 1 cruil que je durs apparemment, et ou vient jaboter près de moi... tiicore hier, c'étaient trois dames luanées, la petite nièce... la femme du maçon Corinthien... je veux due de l'ardiitecte, puis l'énorme '^amlioiinet, puis une autre voisine de Rosny, assez prétentieuse... Cis dames parlaient du mariage. La grosse Zambonnet a dit un mot assez drôle j je ne crois pas qu'il soit délie... elle adit:Uans le mariage, il n'y a que deux beaux jours : celui où l'on se prend et celui ou l'on se quille. La femme de l'aicliitecte a répondu : L'amour n'a de gentil que le CDimnencement. Enfin, l'autre dame s'est écriée en Soupirant : J'ai tellrment besoin d'aimer, que je redeviens amoureuse de mon mari !... En voilà des aveux indiscrets!... mais pardon, tout cela ne vous intéresse pas. Quant à cette daine rose, qui se fait appeler Sainte-Adèle!... ce noml... et qui se laisse faire de l'œil parValdimar, j'ai idée que c'est tout bonnement une intrigante, une coquelte!...

— Vraiment, monsieur? vous penseriez...

— J'en veux beaucoup à Valdémar de vous négliger pour elle, Yoiisl... qui valez cent fois mieux... Oh! ce n'est pas pour vous faire un compliment que je vous dis cela... vous, qui lui avez sacrifié votre réputation... Je puis bien vous le dire... entre nous ça ne vous ofTense pas...

— Oli! non, monsieur... mais à Rosny, chez ces personnes où vous logez, pensez-vous qu'on se doute que je ne suis pas la temme de Valdémar?

— Je finis vous as.îurer qu'on vous croit parfaireinent mariés... c'e-; pour cela que la cundoite de la petite dame rose me semble ti é»-décolletée, à moins pouriiiiit que Valdémar ne lui ait avoué qu'il était libre...

— Non, ià ne le lui a pis dit, j'en suis certaine. S'il lui avait fait cet aven, je ne se.ais plus ici 1... J'aurais quitte Valdémar... je lui aurais rendu à sa lilierté

^ El Vous auriui bien fait, et je vous aurais approuvée; car en quitiaiit Valdémar c''.ùt été la meilleure manière de le punir.

— Helas! ii u'aurait pas sans doute pensé ain-i!...

— Pas tout de suite, c'est possible; mais il vous ngrettcrait bientôt. C'est «Kal, j'ai idée que cette soi-disant Sainte-Adèle a quelque projet en venanl se planter dans les environs...

— Vous cruyezî...

— 11 faut que je tiehe de lui tirer les vers du nez.. .Vous savez, ça se dit... c'est comme qui dirait la sonder... Si je m'en mêle, je saurai bien vite de quoi il nldiirne...

— Ah! monsieur Mai ingo, si vous apprenez quelque chose sur cette dame, de grâce, vei.iz me le dire sur-le-champ.

— Soyez ir.inquiilr.. c'est convenu... mais ne vous chagrinez pas, ne pleurez plus. M<'ii Dieu! si vous connaissiez les hommes comme moi, vous verriez qii'iU ne valent pas une de vos larmes!

Le retour de Valiltmar met fin àcelto conversation. En revoyant celui dont elle était liij.i si inquiète, Ernesthie pousse un cri de joie ei vole vers lui ; mais ii la reçoit si froidement, eu répondant à peine à ses caresses, que Maringo en éprouve presque de la colèr»' "' ^p ''•' Â lui-même:

— Encore un imbécile qui était dans du coton et qui veut se l.iin,fi;r dans des orties... et puis après il viendra se plaindre dcsfiinmi's!... diri- qu'il n'est pas aimé ■.. . Il me fait l'eirct d'un chat qui court tant qu'on est oblige de le... diminuer.

Le diiier se passe assez tristement. Valdémar i>arle à peine, Lrncstine soupire; Maringo, qui a retrouvé sou appétit, se dédoiinnage en maiigcant et buvant comme (piatre. Mais aussitôt après le cale, il l'ail ses adieux , prend congé d'Lrnestine et serre la main de Valdémar, en lui disant tout bas :

— Mon cher a;iii, ce n'est pas la peine d'amener une jolie femme dans la retraite pour ne plus en être amoureux... Si celle-là s'amuse avec vous, c'es;. qu'elle vous aime pour deux... pour elle et pour

... Vous êtes bien heureux d'inspirer tant d'.iiiMui ' ... Moi. on

ne m'a jamais aimé pour la moitié d'un, et pourtant aujourd'hui, pour la première fois, je me suis aperça que j'avais un cœur. Quel dommage que je s^tis si laid 1

Avant que Valdémar ait su que lui répondre, Maringo est déjà loin.

XXIIl. — COMMENT UARI^'GO ARRA5GE 1X3 CHOSES.

.Maringo ne comptait plus rester que quelques jours à Rosny ; il commençait à avoir assez delà fauiille .Moutonnard : il avait fait tourner le jeu de bague par Œdipe, grandir le petit jardinier, fait p^^us- Ber des radis à la place d'-.s inelon.T : c'était, suivant lui, avoir suffisamment payé son ho=pit dite.

.Mais, depuis qu'il a vu Ernc'tin'; vnrsT dn-- larme-, il ='e-t mis dans la tète de corriger V !

Ce que c'e.-t que la daui' c'esiu:ie entreprise bien dii

La petite blonde ne venait ijIii.-. a l'.u ^re sou pench int pour le repo-, à all^di.uicure de cette d:uue. Il fiKait qu'il madame Durancy pour se décider à surniju». . .- 1 p j; . - .

Un matin, ce monsieur ti laid se trouve devint la nuison do campagne habitée par la daine ro;'% au in'.ment ou le do'iv.-stiqie en sortait. Maringo n'iié^ite ;> is : i! va dru.t à cet homme et lui dit :

— Votre liiaitrcise est-e:!-; ctL.z elle?

— Madame Sainte-Ado'iL ? r'jpoiul le valet, en toisant le monsieur d'un air moqueur.

— Eh! non... madame , i/ot Dieu! son autre nom ne me revient pas. Je sais très-bien qu'ici elle se fiit a,'peler Sainte-.\dcle, mais je sais aussi que ce n'est pas son véritable iinn.

Le domestique regarde Maringo avec surprise. Celui-ci continue, comme s'il a\ait l'air de chercher le nom dans sa mémoire.

— C'est madame... madame... madame... Ab! que c'est bête! J'ai son nom sur le bout de la langue... madame... malame... madame...

Le domestique impatienté, en voyant que ce monsieur paraît décidé à chercher longtemps, s'écrie bientôt :

— Madame Lostange!...

— C'est cela!... madame Lostange!... J'allais le dire... Cest drôle qu'il y ait des jours où l'on ne peut pas se rappeler les noms...

— Monsieur connaît donc madame?

— Parbleu... en voilà une question!... si je connais madame... Lostange, vous dite=? Oui, oui, je la connais...

— Madame vient de sortir pour aller se promener; mais si monsieur veut l'attendre...

Maringo, qui ne saurait quel motif donner à sa visite, aime tout autant que cette dame n'y soit pas. Il s'éloigne en disant qu'il reviendra.

— Votre nom, monsieur? crie le valet.

— C'est inutile, répond Maringo... Vous ferez mon portrait, on le reconnaîtra tout de suite...

Je sais son véritable nom, se dit Maringo... c'est quelque chose, mais ce n'est pas assez... Pourquoi ce mystère?... Celte iame a un but... Quel est-il?... Si je pouvais l'amener a me le dire elic-méine... en piquant son amour-propre?... c'est un vieux moyen, mais qui réuisjit toujours.

En ce moment, Maringo aperçoit la jolie blonde qui lisait ou faisait semblant de tire, assise sur un tertre de verdure , ayant sa femme de chambre à quelques pas d'elle. Mariiigo se dirige du coté de cette dame, qui probablement aticii>laii une autre reiicontre et fait une singulière mine en répondant à son salut. Cela ne décourage nullement Maringo, qui va s'asseoir près de la petite dame, en

— 11 y a bien longtemps que nous n'avons eu le plaisir de voir madame chez les estimables .Moutonnard.

— C'est vrai, monsieur, répon<l la jeune dame; mais tout le monde n'est pas aussi constant ciue vous en l'ait de >ocieté.

— Oui, je suis très-constant, répond M.irmgo ; et, en eiïet, tout le monde n'en peut pas dire autant... à commencer par mon ami Valdémar. Il vient aussi be.incoup moins à Rosny... .Mais cela n'a rien d'étonnant, madame, i. ik> vous y voit plus.

La petite dame rougit, en rciwndant :

— Pourquoi supposez-vous, monsieur, que... voire ami, U. Valdi'uiar, allait à Rosny pour moiî

— Oh! madame... à moins d'être aveugle... Mais on peut être fort laid et voir tres-clair, madame... Apres tout, je ne vois rien d'elonnant à cela... A sa place, j'en aurai» la.t tout antint. Ou rencoiiue dans la campagne une dame ; on fait connaissance... La darae s'entoure de mystère, s'habille en rose, change uc \ui;u; on se dit : C'e?t une coimuète que j'ai faite... c'est une femme qui est folle de moi... et, ma toi, on se lais-o -éduire, sauf à voir après qu'on n'a été que la dupe i aiie mystilicalion.

La jolie blonde deviiuî pourpre, pi::.s ^>Ale: ses sourcils se rapprochent, son front se plisse, et elle répwid d'une voix où iHirci-nt la colèra ut le dcpit :

L'AMoL'It un l'AShK ET L'AMOUK QUI VIENT.

— Monsieur, sur quoi fondez-vous de telles supposilions? qui vous fait penser que j'aie eu l'inlenlion de ni'aniuser aui dépens de W. Valdéniar?

— Si ce n'est pas cela, Hiadaine, alors permettez-moi de vous dire que votre conduite a été bien légoie. Se laisser faire la cour par un \iomnie marié...

— M. Valdéniar n'est point marié...

— Ah 1 vous savez cela, mailame? c'est différent; je croyais que vous l'ignoriez. Mais enfin, clian;,'er de nom... hum!... j'ai tics-peu de cmiliance dans une dame qm change de num... Pourquoi se (aire appeler Sainte-Adèle quand on s'appelle Lostange?

— l'ui.-que vous me coiniaisscz si bien, monsieur, vous devez savoir aus-i que l'oncle de M. Valdémar désirait nie voir devenir l'é-

ftouse de son neveu. La conduite romanesque de celui-ci a renversé es espérances de son oncle. Mais moi, monsieur, je suis femme, et /inimc telle, j'ai surtout du penchant pour ce qui semble me fuir. Je n'avais d'abord que de la répugnance pour cette union que l'on me proposait; mais, en apprenant que M. Valdéniar avait nièiiK; rutusé de nie voir, en sachant qu'il s'était retiré dans le fond d'une campagne avec une dame qu'il jurait d'adorer toujours, il m'a pris la •aiitaisie de connaître ce monsieur, et surtout de savoir si sa passion était aussi forlo, aussi à l'abri de la suiliiction qu'il voulait bien le dire. Alors, monsieur, j'ai loué cette niaisou qui était dans les environs de colle oi;ciipi e par M. Valdémar, j'ai changé do nom, je me suis constaiumeut hahilléo de rose, et je me suis promenée ainsi dans les environs, bien persuadée qu'on ne tarderait pas à parler de moi et que je piquerais la curiosité de mes voisins. Voilà ce que j'ai fait, monsiour; il me semble qu'il n'y a dans tout cela rien qui puisse me mériter vos reproches.

Maringo, qui a pris plaisir à écouter la petite blonde parce qu'elle parle avec feu, avec action, parce qu'on devine à l'éniotion de sa voix qu'elle ressent vivement tout ce qu'elle dit, s'incline devant elle, tn répondant :

— J'avais tort, madame, complètement tort, et je vous prie d'agréer mes excuses. Mais vous conviendrez au moins que les apparences étaient un peu contre vous...

— C'est possible, monsieur. Mais je vous croyais assez d'esprit pour ne point vous lier aux apparences.

— Il paraîtrait que nous nous sommes trompés tous les deux, madame. Eiitin si... comme je n'en doute guère, vous l'emportez dans le cœur de Valdi-niar sur la personne qui er', avec lui, votre intention est donc de l'épouser'?

— Je ferai ce qui nie plaira, monsieur; permetiez-nioi de vous dire que je n'ai aucun compte à vous rendre.

— C'est encore très-juste, madame. Je vous présente mes hommages.

El Maringo, saluant la jolie blonde, se dirige à la hâte vers la maison habitée par Ernestine, en so disant : Elle n'a aucun compte à me rendre, c'est fort bien, mais moi, je dois aller rendre compte de cette conversation à celle que cela intéresse tant. J'ai promis a madame Durancy de lui faire part de tout ce que j'apprendrais. Ce que je vais lui dire ne lui fera pas grand plaisir, mais il faut toujours qii'elle le sache; et quand on doit être blessé, il vaut bien Dieux recevoir le coup tout de suite que de l'attendre.

Maringo arrive près de madame Durancy, qu'il trouve seule, suivant son habitude, et qui, du plus loin qu'elle l'aperçoit, vole audevant de lui en s'écriant : — Vous avez appris quelque chose?

— Mais, ouil j'ai même appris beaucoup de choses... C'est-à-dire que maintenant vous n'avez plus rien à demander...

— Cette dame?...

— Elle sait que Valdéniar n'est pas... votre mari... Oh ! elle connaît parfaitement toute votre histoire.

Ernestine pàUt, sa tète tombe sur sa poitrine, elle est accablée, et elle murmure : — Tout est Uni alors... et je n'ai plus aucune raison pour rester avec lui...

— Mais pcrinettoz, je ne vous ai pas tout dit...

— C'est inutile, monsieur Maringo; je n'ai pas besoin d'en savoir davantage... Valdémar va revenir; je ne veux pas qu'il me retrouve

— Comment ! vous allez partir?

— Sur-le-champ... Je vais faire mes prèparatiflj... Adieu, monsieur ; je n'oublierai jamais l'intérêt que vous m'avez témoigné.

— Mais, écoutez-moi donc... Celte prétendue madame Saintedcle a un autre nom... Elle ne m'écoule pas!... Que le diable emporte les femmes! Quand elles ne veulent non entendre, c'est comme quand elles veulent parler : il n'y a pas moyen de les arrêter. Qu'elle s'arrange après tout ! Du reste, elle aura parfaitement raison de quitter Valdémar, et à sa place, moi, il y a longtemps que je l'aurais planté là. Ça \a marcher... Je savais bien que du moment que je m'en mêlerais, ça s'arrangerait. Allons-nous-en. Quand Valdémar reviendra, il n'aurait qu'à s'en prendre à moi... les hommes sont si injustes! Et pourtant, c'est un service que je lui rends.

Maringo eslrctuuiné a Rusny. Erne-liiie est montée chez elle,ell« s'est assise devant son secrétaire et elle écrit rapidement le billet suivant, au'elle conuite laisser bout Valdémar:

a Vous ne m'aimez plus... Il y a lon;;lemps que jcm'enapercevai'<; mais àdëfaut d'amour, je croyais que vuus auriez toujours pour moi de l'aïuitié, ctque vous n'iriez pas déclarera une autre femme qu'aucun lien ne nous unissait. Je m'étais trompée; je me hâte de von rendre votre liberté tout cntitie. Adieu! soyez liiureux; c'est iiiuu plus cher de.-ir et l'unique espérance qui nie reste. »

Ernestine signe ce billet, qu'elle a mouillé de ses larmes. Puis pr' liant à la hâte quelques ellets dont elle charge sa doniesliipie, ei • (luilte piecipilammeiit cette campagne où elle est venue avec tant dv plaisir, mais où son bonheur a duré si peu.

Prenant des chemins de traverse, de crainte de rencontrer Valdémar, elle gagne la grande route de Rosny, où il passe à chique instant des voitures (|ui se reiKlent à Paris.

Après avoir, selon son habituile, promené une partie de la journée ses pensées et ses soupirs, Valdémar est revenu chez lui.

En arrivant dans le jardin, il est surpris de ne point voir Ernestine venir au-devant de lui comme de coutume. Il visite les allées, les bosquets, en la cherchant des yeux ; puis il entre dans la maison, ( ù il ne trouve personne. Cette solitude commence à l'inquiéter. Ainsi que les hommes qui n'apprécient les choses que quand ils les perdent, Valdcmar sent alors que la présence d'Eniestlne lui était iliiiice, qu'elle lui était néee^sure; il est mémo possible cpi'en ce nioiueiit il en redevienne amoureux. Sortant de la maison, il retourne au jardin et court au concierge :

— Madame eH donc sortie?

— Oui, monsieur.

— Seule?

— Non, monsieur ; elle a emmené sa bonne.

— Y a-t-il longtemps?

— Ma loi, inonsieur, il y a déjà près de deux heures ..

— El elle n'a rien dit pour moi ?

— iNon, monsieur... Ah! c'est-à-dire, si fait, je me rappelle, elle m'a dit : Monsieur trouvera une lettre dans sa chambre... Je crois que c'est sur la cheminée... ou sur la table... je n'en suis pas sur...

Valdémar n'écoute plus le concierge; il est déjà retourné dans la maison, il court à sa chambre, trouve la lettre, la lit, puis tombe accablé sur une chaise. Est-ce de chagrin, de regret ou de surprise seulement? Au bout d'un moment, il relit encore la lettre et il se dit :

— Elle s'est aperçue que j'en aimais une autre... Pauvre Ernestine! Je croyais pourtant avoir bien caché le secret de mon cœur... Ah! j'ai bien des torts!... Mais je les reparerai... Je vais courir sur ses traces... elle doit être à Paris,.. Je •me jetterai à ses pieds, elle me pardonnera. ..Oh! oui, elle est si bonne... elle reviendra près do moi... A ces rcllexious, suites du premier mouvement et de l'impression produite par le départ de madame Durancy, succédèrent bientôt celles-ci :

— Elle prétend que j'ai avoué à cette dame que nous n'étions pas mariés... Mais non, je ne le lui ai pas dit... et cette dame le sait... C'est bien singulier!... J'aurais du m'en douter, à la manière moqueuse dont cette dame me parlait de... de... Ah ! elle sait que je ne suis pas marié .. Elle voulait me forcer à lui dire... Pouripioi?... Elle m'a dit qu'elle n'aimerait jamais que quelqu'un de libre... Mais elle sait que je suis libre... C'est donc Miringo qui le lui a dit... Allons voir Maringo... ensuite je courr.ii me jeter aux genoux d'Ernestine... Pauvre Ernestine! qui m'aimait si bien...

Et au lieu de courir après celle à laquelle il a causé tant de peine, Valdémar se hâte de se r«fidre à Rosny, où il n'arrive qu'à la nuit. Ne voulant pas entrer cis»^ les Moutoniiard, il fait demander Maringo, qui vient bientôt, sa serviette sous le bras, et s'écrie :

— Tiens! c'est l'ami Valdémar! Pourquoi donc n'entrez-vous pas? on va dîner.

-— Ah ! Maringo, je ne songe guère à dîner... Tenez, lisez. Il lui présente le billet d'Ernestine. Maringo le lit, et le lui reiiif en lui disant :

— Il me semble que vous deviez vous attendre à cela. Vous avez tout fait pour que celaarrivàt. Qu'est-ce quevousvoulezquej'yfasse?

— Je veux savoir si c'est vous qui avez appris à madame Sainte- Adèle que je n'étais pas marié?

— D'abord, mon cher ami, madame Sainte-Adèle n'existe pas !... C'est une fiction!... La réalité, c'est madame Lostange, la personne que votre oncle voulait vous faire é[iouser, et qui, sachant que vous aviez même refusé de la voir, a changé de nom et est venue s'établir dans ce pays et y jouer à la dame rose pour vous tourner la tète... ' Je vais dîner... •'

— 11 se pourrait ! Comment, cette dame .serait cette jeune veuvpj qui arriverait de l'Amérique? li

— Oui, mon ami, absolument comme le» oncles millionnairei) \j dans les anciens vaudevilles, pour faire te dénoùment... Seulement, ici, c'est une femme... C'est plus gentill... Je vais dîner.

— Mais comment savez-vous tout cela, Maringo?

— Parce que je m'étais mis dans la tètede savoir le fin mot surcette dame... Ç i ne m'a pas été bien dilfleile !... Quand on n'est pas amoureux, voyez-vous, on y voit plusclair... Dureste,j'ai causé avec cette dame, qui m'a elle-même avoué tout cela... Mais ledinnr sera fioiJ.

— M iiiiigo, cucoreiininstant,dogiàce...QjeuiecoDseiliez-voui''

L'AMOUR OUI PASSK ET L'AMOUR QUI VIENT

qiin (lois-jc faim?... fant-il courir après Ernestine?... Pensez-Tous qu'elle iMi: pardonnu'/...

— l'uisquc vous n'êtes pns déj?i à Paris, à ses genoux, c'est que vous ne l'aniiez plus... A quoi Imn clierchcrà la faire revenir, si c'est pour la quitter ennore?... Ensuite, laites ce que vous voudrez; cette tois, je vous certifie que je vais diner.

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