XXIV. —OU l'on chercue l'amour qui passe
Maringo est rentré en courant tliez les Muntonnard ; Valdcmar demeure pensif, indécis. Il quitte Uusny en marchant lentement. Mille pensées (iiver.'cs agitent son cœur. 11 soupire encore après Ernestine, mais il se rappelle ces paroles de Maringo:
A quoi bon chercher à la faire revenir, si c'est pour la quitter eiicdve '.'
A u lieu de suivre le chemin qui le ramonerait à sa denieine, Valdc mar a pris celui qui conduit ;\ la maison hahitée par madame Lostangc. Est-ce le hasard seul qui l'a conduit par là?
La nuit est belle et encore assez douce pour une nuit d'automue. Arrivé devant le pavillon où loge la personne qu'il connaît maintenant, Valdémar s'arrôlc; il aperçoit de la lumière aux fenêtres du premier i tage, il lui seinhle même distinguer, près d'iiiie croisée, la taille mignonne de la jolie blonde.
Valdémar regarde sa monti-i;. Il n'est encore que huit heures ; il se décide ù aller faire une visite à cette dame, en se disant :
— Il faut que mon sort se décide... Il faut ([ue je sache enfin si elle répondra à mon amour... D'ailleurs, maintenant que je connais son véritable nom, nous ne sommes plus des étrangers l'un pour l'autre... et je ne pense pas qu'elle refuse de me recevoir...
Et Valdémar va sonner. On voit qu'il ne songeait plus guère à courir après la pauvre Evnestine. Valdémar dit au domesticjuequia ouvert : — Dites à votre maitres.se que M. Valdémar désirerait présenter ses hommages à madame Lostange.
Au bout d'un moment, le domestique revient et dit à Valdémar de le suivre, ce que celui-ci (ait avec empressement. On le fait monter au priinler, et entrer dans un joli salon, où on le prie d'attendre. Val(lem:ii' est vivement ému. En ce moment il ne songe plus du tout à Eriiesliiie.
Madame Lostange ne tarde pas à paraître; elle a quitté sa \oireue rose pour en mettre une plus élégante et sous laquelle elle paraît encore plus jolie; sa '^>ifrure estravissante et lui sied à ravir; enliu, il est impossible Ce ne pas deviner que tant de coquetterie à la campagne annonce un vif désir de plaire, et ce n'est point pour les buissons, les arbres, le gazon , ni même pour les plus doux ombrages que l'on fait tant de Irais.
La jolie blonde salue gracieusement Valdémar et l'engage à s'asgeoir. Celui-ci est un moment embarrassé pour entamer l'entretien.
— Madame, dit enfin Valdémar, j'ai fait demander un entretien à madame Lostange, c'est vous dire que je sais à qui j'ai l'honneur de parler.
— Oui, monsieur, répond la petite dame en souriant, et cela me prouve que votre ami, M. Maringo, est passablement bavard. Mais , après tout, il n'y a pas grand mal à cela. Mon changement de noni était un caprice, une de ces idées que les femmes ont i|uelquefois... Je ne vois aucune nécessité à prolonger ce mystère. Seulement, sachant qui je suis, je m'étonne, monsieur, que vous me rendiez visite, car vous avez déclaré à monsieur votre oncle que vous ne vouliez pas môme me voir.
— Madame, vous avez dû me trouver bien ridicule, bien impoli... Ah ! si j'avais su... si je vous avais connue plus tôt...
— Mon Dieu, monsieur, je vous ai trouvé original, voilà tout; et c'est même cela, je vous 1 avoue, qui m'a donne le désir de vous connaître.
— Mon oncle avait formé pour nous deux... des projets...
— C'est vrai... Oh! mais, vous savez, les oncles ont toujours la manie de marier leurs neveux, et cela ne réussit jamais.
— Cependant, madame, cela peut aussi réussir.
— Cela doit èlit! loii rare. Et au fait, il est plus naturel de suivre li: ]>eiichaiit de son e(eur, que de faire un mariage arrangé par un oncle; un de ces mariages de convenances ([ui traineiit à leur suite l'ennui et les regrets.
Valdémar était au supplice. Il repruid après un assez long silence : — Mais, madame, vous savez bien que je ne suis pas marié.
— C'est vrai, monsieur, et c'est pour cela que jo me suis permis quelquefois de vous plaisanter à ce sujet. J'avais tort, j'<'n conviens ; car les liens que l'amour seul a formes sont souvent ceux qui se dénouent le moins; les serments faits par le cœur doivent aussi être fncrés. Je vous le répète, quand je vous demandais avoir... madame Potre épouse... c'est i|ue j'aur:ds été curieuse de connaître celle per- (onne qui vous a inspiré une passion si profonde, si durable... Mai» |;unais je n'eus l'intention de bl;\mer voire conduite.
Valdémar baisse les yeux, en mnrmuianl d'une voix tremblante:
— Madame, celte liaison... est ronipiie. La personne «lui était ave« oi m'a quitté... elle m'a rendu ma liberté...
Madame Lostange feint d'être «orprisc, quoiqu'elle sût déjà depuis plusieurs heures le départ de madame l(orancy,pircc que, m'jvenoant qiiclipies pièces de monnaie, il était facile de savoir [Jar mjJireGuiilot tout ce qui se passait dans le pays.
Li jolie blonde garde le silence; c'est Valdémar qui se décide à le ri mpie en balbutiant :
— .Maintenant que je suis libre, maintenant que rien ne s'opp^/sc à ce que vous receviez mes hommages... me penncttrez-vous, madame, de vous voir... de vous faire ma cour... de vous dire que je vous aime... et d'espérer que ces projets formée par mon oncle recevront un jour leur accomplissement V
Madame Lostange sourit n'uiie façon ironique en ré[)ondant :
— Vous allez bien vile, monsieur... Comment ! ctMe dame que vous ne vouliez pas même voir, vous l'aimez à [irésent! Enétes-vous bien sur, monsieur?
— Ahl madame, cette question...
— J'ai le droit de vous la laire.Vous vousenûammez... et vouschan gcz fi facilement... qu'il est bien i)ermis de ne pas ajouter foi à a que vous dites éprouver.
— Si vous m'aimez, je ne changerai plus.
— On dit cela à chaque femme a qui l'on fait la cour.
— Cela piouve qu'on ne peut rien dire de mieux.
— Oui, mais cela ne prouve pas que ce soit vrai.
— .Madame... de grâce... que dois-je espérer?
— Ah! monsieur, vous menez l'amuor en chemin de fer... Mol, j'aime a réUéeliir... Il se fait tard, monsieur, et il'faut que vous retourniez à votre demeure... Demain vous saurezà quoi vous en tenir sur mes sentiments.
— Demain? seulement demain?...
— Mais il me semble que ce délai n'est pas bien long. Oui... je vous écrirai demain.
— Vous m'écrirez ?
— Je vous le promets.
— Mais pourquoi ne pas me dire...
— Parce que je préfère vous écrire... parce qu'il y a des choses que l'on ne sait comment due, mais que l'on écrit tres-facileinent. Mon Dieu ! monsieur, il faut tout vous expliiiuer.
— Eh bien, madame, j'attendrai votre lettre...
— Bonsoir, monsieur.
Pendant la nuit ipii suit celte journée, Valdémar ne dort giifcre, il pense beaucoup à la jolii; blonde, ci parfois un peu à celle qui était venue vivre avec lui dans celle campagne, et dont il ne croyait jimais se séparer. Quand revient le jour,Va!.lcmar ne songe plus qu à celte lettre que madame Loslangc doit lui écrire; il ne lui reste pas un moment pour se souvenir d'Eniestine.
La maimée semlile éle;n-i'' .'. notre amoureux. Vingt fois, il a été tenté de courir chez la joiie blonde et de la supplier de lui dire de vive voix ce qu'elle veut lui écrire.
Enfin, vers raidi, on «oiir.e à ia grille. C'était maitre Guillot, le destructeur de taupes. U \..-'..i une lettre qu'il présente au concierge d'un air narquois. Mais déjà Valdémar s'en est emparé, il se retire à l'écart et lit :
« Je ne vous aime pas, ni "Sîsieur, et je ne vous aimerai jamais.Vous « m'aviez dédaignée, j'ai vouiu vous donner une petite lei;on. Je suis « fâchée d'avo.r causé de la peine à cette pauvre madame Durancy, « mais je la veuLCe eu refusant votre amour; retournez près d'elle, « elle sera peut-être assez bonne pour vous B.ardoimer; mais, à sa « place, c'est ce que je ne ferais pas.
a ErcÉ.ME Lostange. »
Valdémar est resté atterré. Il court à Guillot, lui saute presque à la gorge, en s'écriant :
— Qui t'a remis cotte lettre?
— Pardi, c'est la petite dame rose, qui est en bleu à présent.
— Elle ne t'a rien dit d'autre?
— Llle m'a dit de vous apporter r'te letlro, v'l,\ tout : elle m'a [w\yé ; mais si vous voulez me donner quelque chose aussi, vous êtes libre.
— Il faut que je la voie, que je lui parle...
— A qui?. . à c'te dame?... Ce sera diflicile, ils soni tous (vnrtis avec des voitures... la maison est déserte; il parait qu'ils ne vundroiit plus... Dame! au fait, v'Ià le froid qui pince. Ce serait bien le
I cas de vendre mon àne.
I Valdémar ne veut pas croire que madame Loslange soit p.irlie sans
I daigner renlendrc; ce n'est que lorsqu'il est dov.uit s;i demeure,
, quand il trouve la n.iison déserte et tous les volets hermelii|uemeiit
I fermés, qu'il compiond que tout cela est bien roel, et q le la j >lie
f blonde s'est jouée de lui.
1 Valdémar s'en revient à sa campagne, triste, confus, le dépit rfans
I le cœur. Mais au bout de quelques heures, il Irviuve ce séjour in?up-
I portable. Il fait à la hâte ses dispositions, et vers la tin de la journct
il c>t lui-même à Paris. Son premier ;oin estde courir chez Maringo,
Il le rencontre au moment où il reniraa 1 MiU-ingo regarde Valdémar d'un air
L'AMODR OUI PASSE ET L'AMOUR QUI VIENT
— Tiens I voii» vnili rie reloiir aussi, vous... Hadaïue Loslange a 40DC quilté U t:aui|'i<;{iir?
— Mailaiiii) LostaiiKo ist une coquette qui s'amuse âmes dépens... elle est pai lie en ni écrivant au'elle ne m'ainierait jamais.
— Bah! Eh bien, ma pumle d'honneur, cela ne m'étonne pas. Je m'étais toujours dduté qu'elle: se moquait de vous... lit avoir, pour cette dame, délaissé une femme qui vous aiiuuil tant ! Ah ! mon cher arai, nuelle bouUtte!..'.
— Vous ave2 raison, Maringo, j'ai élé bien coupable, mais je réparerai mes torts. Je vaii» aller me jeter aux pieds de madame Durancy...
— Ne vous donnez pas celte peine-là, vous feriez uneccmrse inutile.
— Que voulez- vous dire?
.. Ùue m.idaine Uurancy est partie en chaise de poste.
— l'our quel eiiilroitî
^ Elle ne me l'a pas dit. Ce matin, je suis allé la voir en arn vant à Paris. Je \'j\ trouvée faisant tous ses préparatifs de voyi ■ — lih quoil lui a:- le dit, vous allez partir?... mais je suis persu;i !'■ qu'avant peu Yaldi.iiije nera de nouveau à vos (,'inoux... — S'il av^ui couru sur mes pas au -.-ilôt après ma fuite, m'a-t-elle r.pondu, j'aurais pu encore lui pardonner, car j'aurais pen-é qu'il ne pouvait sii|)porter iiiuii ah-^ence. Aujourd'hui, il reviendrait trop tard!... Notre liaison ne peut pas se renouer. .Je vais voyiger pour essayer de ine distraire, .\dteii, monsieur Maringo. J'ai connu L'amour qui vient et famo'ir qui passe, je làu tâcher de trouver l'amour qui reste Et, là-dessus, elli: m'a dit adieu.
— Partie ! murmure Valdémar en laissant tomber sa tête sur sa poitrine ; et ne pas savoir de quel C()té elle s'est dirigée...
— Si fait... Du côté où l'on trouve l'iiin'iM- qui re-te... Mais ■ aller dénicher ce pays-là?.. .J'ai idée qu'il u'est pas bur la carte.