LA FAMILLE SUBLIMÉ. — NOUVELLE MA.MÈUC DE MONTER EN VOITURE
Faisons connaissance avec les personnes qui demeurent à côté d'Adhi''m.ir.
Monsieur Dardaniit Sublime fst un bonnne de ciiinnaiite ans, petit, maigre, iluet, vilain el ridicule; riilieule, parce que n'ayant jamais rien eu pour plaire, il a toujours élo cnquel comme une femme et qu'en vieillissant ses i)rclenlions ont été en aujjmentant. 11 a de petits yeux fauves, un petit nez pincé, et une bouche très p'ate qui sourit sans cesse, mais sans s'ouvrir, pour ne pas laisser voir une absence presque totale de dents. 11 a une perruque blonde exlrèmement bien laite, et si bien soignée et boui'lée qu'il est imp'vssible de ne point s'apercevoir que c'est une perruque, enfm il "ov; met du ronfle au vinaigre et passe deux heures de la journée à faire ses ongles.
Monsieur Sublimé a fait plusieurs entreprises dans sa vie, et toutes •ji ont réussi , il y a des gens que la fortune va trouver sans que ion puisse comprendre ce qu'elle récompense en eux; mais la fortune ne moniro pas souveni beaucoup de discernement dans le choix de ses favoris. Après avoir amassé tienle mille francs de rentfc.s'îlans les affaires, M. Sublimé n'a plus songé qu'î> passer doucement sa vie en soignant sa chère persoime et se passant toutes les petites fantaisies (|ui lui venaient à l'esprit. Car, outre le soin minutieux qu'il donne à sa toilelle, M. Sublimé est encore un homme à manies, poussant (|uelquefois ses caprices juscju'à l'extravagance.
Ainsi, pendant quelque temps ce monsieur s'élait jiris de belle passion pour les oiseaux ; et il n'y avait pas une pièc' dason apjiiu-tement où l'on ne trouvai des cages ornée» de leurs habitants. M. .Sublimé eu plaçait sur chaque meuble ; de tel côté qu'on se lournili, on apercevait des serins, des chardonnerets, des mésanges, des loriots, des perroquets, il était rare que le maître de la maison ren- Iritt chez lui sans apporter un nouvel oiseau. Madame Sublimé était au disespoir ; son a[ipar'lemenl élait devi'iiii une vidièi-e ; il en avait l'oileiir et la |>roprelé ; henrenseuient pour elle une peiiie perruche pai fiili'irieiit bien |)ri\ée et incapable de faire la moiiiilro méclianeelé à qui que ce soit, eut un jour la fantaisie de goûter au nez de M. Sublimé , avec son joli pelil biu- elle lui en emporta «n morceau qu'il fut impossible de remplacer. A dater de ce moment, Hardanus Sublinié lit jeter Ions ses oiseaux à la porte et ressentit pocr "a ginii^ volalille autant d'aversion qu'il lui avait témoigné (la J.éfércncc.
le goiM des oiseaux fut remplacé par celui des plAtres. M. s>u6limé rie\inl admiialeur de bnsles, de ïrtalueltes; il lui fallut avoir toutes li"s Vérins , ions les Apollons ; son a|ipartemi iit'devinl un magasin di' mouleur. On voyaii îles plAires sur b'us les meubles. Quelquefois nii'^ine, en ouvrant une armoire, à la place d'un pot de cuntiiure. on lioiivail un groupe de baigneuses; en croyant atteindre un sac de pruneaux im niotiail la main sur les trois (;ii\ces ; enfin, au lien d'un pain de sucre, ou prenait le buste de Lord liyron ou de Tuylioni. I.cs plilres ne senlaieni pas mauvais comme les oiseaux, mais ils Piilissaient les meubles cl donnaient K rapparlemenluii.ispocld'«le-
SIFÏÏR. «
lier qui n'était nullement élégant. Lonique madam<» Sublimé •« plaignait à son é|ioux de voir 'on ilomcile envahi par des i>iatu<-Jt<!4, .M. Sntiliiné promenait ses regards mr iam uts lAitTcs et k'écriail ; — Comment, madame, vous ne Irnovz p»" ••.•lu jaIP. . sHmj. r.blel... vous iVe» bien dilUcile. m i ' ' ' / r.
Vcnim... regardez Laotonn... l.-in... n'> •■ Uerriile qui Iriomphc de I livdr.-,. il ce
p.impres i.a do raisins, il me semble à n;oi qui; IjuI i;..ia iiç p-- il (|ii'eiiibellir un appartement.
IJn accident survint qui fit plir "■•" ' ' ■ -■ •" — ■■ '»
madame Sublimé; un soir qui; I' à glace, lorl occupé ?i se fiolli-r 1
devait l'empéeher d'avoir la palte n .
avait nichés sur le sommet de larmoire i
sur la tête de M. Siililiiné. Une Vému I i
froni, uu Mercure lui déchira l'oreille, et une IliOc lui pi.Ui l'ieil.
Le pelil homme jeta les hauts cris, manqua de 8« Iroovcr mal, et, en revenani à lui, ordonna à sa domestique de jeU:r tous les plâtres par la fenêtre.
La ilOiiiesliipie ne se fit pas prier : sa maîtresse l'aida d.-»ns C'-lle expédiiion et le lendemain lapparleinenl de madame Sublimé ne ressemblait plus h un atelier de mouleur.
On pouvait espérer qu'après ces deux accidents M livrerail moins à ses passions, ou monlrcrait plus de , ses !.'0ill5. l'endanl quelque temps, en etTel. le peti contenta de s'occuper de sa personne; mais comme il ...:: ..; lumeiit qu'il donnât dans un excès quelconque el qu il ne |. .1 pas faire d'excès sur lui. il ne tarda pas à se prendre du '
amour pour les pendules et les boites à musique. Bienidi : minée eut trois pendules ; il en plaça dans Ujules b» pièc-s - i logement, et ne se contenLi pas d'en raelire sur les n.-". . demeure, qui avait été une volière et un atelier de i i
une boutique d'horloger, enrichie en sus de petites b i
dont quelques-unes jouaient pendant cinq minulca -.m- i^i .ruption.
Cette dernière manie offrait h la vérité un coup d'œi! moins d.^?,igréable, et madame Sublimé avait Tiiii par prendre son parii el s .tbiluer à vivre au milieu des peinliilr'?. Le plus grand «lésa.-. •m .1 qu'elle y trouvait était de ne jamais savoir l heure au ju-lc , -n effet, les pendules sonnaient bien rarement ensemble. Quand mi 'i venait de se f.iire entendre à l'une d'elles, on reiileiulail «m'huile sonner à une autre, puis dans une autre nièce, puis encore plui loin, et quelquefiiis pendant dix minutes il fallait enleudre Suui.er midi. Celait la même chose pour toutes les heures.
L'épouse de Dardanus Sublimé avait bien aussi sa pari d'on^rimlité : c'était une grande femme assez bien faite, aux traits loris et masculins, pourvue d'un grand nez en bec à corbin et de deu\ \ e :x à lleur de lêle qu'elle roulait conslamm Mit autMtir délie av.-,- |.. mcoup de majesté. Celte dame avait d" la prétention au savoir à I .-r idilion ; elle avait essayé d'apprendre le grec et le latin el rhere . it toujours dans la conversation à faire parade de ses coiiuais>.i ices. Elle se moqu:v.*t des travers de son mari qu'elle resar.lait ilu re.-ie
comme lui étant 1res inférieur, et, sans cesse occupé'» ! ■ ' t
d'un ouvra.îe qu'elle avait depuis quinze ans finie U
scr, elle aurait trouvé indigne d'elle de sî mè'.er des .i
inéruige.
Ue cotte union si tri.stemenl assortie étaient nés deux enfants : une fille, mademoiselle Idalie, qui avait «lors dix-scpl an-, qui érail déjà presque aussi grande que sa mère, qui avait d issez lolis ir.uls et de la physionomie, mais un air lu-rdi, niti luoiir, el rien de ce qui fait le cliaruie, la bcaulc d'une jeune personne ; on l'aurait plutôt pri.^e |iour une veuve.
Puis monsieur Kudoxe. qui avai\'ftiiit ans; c était le petit prodiga dont monsieur Bonrdichon avait parlé .H Adhém.ir. Ce ne pouv.iit pas èlre pour sa beauté qu'on appelait ce petit .sarçou un prodige, car il était beaucoup plus laid que son père. quiMijne :v, tnt le nez aussi fortel encore plus aqnilin que madame -i ■ l'udoxe
parlait le tout, il se mêlait de toutes les coiiv ; - un sa-
lon il .nisail plus de bruit que ili\ persoim - i nidc il
gesticulait sans cesse en se jetant dans mis ja; b s; ."i table il se grisait comme un homme; .tu speel.iclc , il piildl si liaiil i|u'il fallait le f "ire sortir; de tout cela, madame Sniibiué avait concl-i uus son fils élait nécessaiirmcnl uu prodige.
Met.itenant prenons la famille Sublimé au momenl ou ollo Ciit sa toilette pour aller au balcoslumé de madame Bour.lichon.
M.idame Sublimé avait choisi le cosiu; lo de Sipho ; r'Io sa
croyait déjà beaucoup de ressemlilancc ave.- la célèbi-e Lesl.ieiin.\
11011 pas au physique, puisque .^aplio était pdile cl noire de |xMU,
u.ais comme pouvant aussi passer pour une dixiè.iic musc.
M. Dardauus Sublùué. après avoir Uui/lemps cbexclié quel «>••
CE MONSIEUn.
liinip lui serait le plu» avantageux, s'était décidé à se mettre en roué du tennis de Louis XIII. Madi'moi^ellc Idalic s'habillait en caniarpo, et le |M>lil prodige avait alisolument voulu être en polieliinelle, qiioi(iue sa tnère lui eût plus d'une fois objecté que ce costume commun n'élait pas digne de lui.
Le cùilîeur que l'on allendail à huit heures n'était pas arrivé à neuf; les dames, à moitié habillées, se dépilaient en se promenant lie chambre en chambre. M. Sublimé avait beau leur dire :
— Il n'est que huit heures et demie.
— Oui , répondait Idalie en rieanaiit, il y a trois quarts d'heure que la demie a sonné au.\ pendules du salon et de la salle à manger
— Celles de ma chambre h coucher vont mieu.x , disait M. Sublimé en ajustant sur sa tête une immense perruque à boucles retombant sur son front et ses tempes , ce qui lui donnait l'air d'un vieux saule pleureur.
— Comme c'est agréable d'avoir trente-six pendules! murmurait madame Sublimé. On ne peut jamais savoir l'heure qu'il est.
— Palience! ma chère amie... elles se régleront toutes au pas ensemble... comme un régiment de grenadiers.
— Oh! moi je suis tout de suite coiffé! disait Eudoxe en s'cssayant dans le salon îi faire le grand écart comme le polichinelle... J'ai une perruque de coton... Oh! oh!... oa méfait une (île de mouton... Tra, la, la, la...
— l'udoxe! ne dansez pas comme cela, cher ami! s'éeri.iit la maman en voyant avec effroi ce que son fils essayait de faire. Vous pouvez vous donner un écart !.., Vous savez combien cette danse est dangereuse pour les hommes !... Il y a periculum in inora!
— Bah ! bah !... C'est dos bêtises, moi je veux danser la polichinelle ce soir au bal... Vous verrez comme je la danserai !
— C'est-à-dire que tu déchireras la culotte en faisant les grands écarts! dit Idalie, et je prévois ce que nous verrons.
— Mes bottes jaunes... mes bottes à entonnoir... où sont-elles? s'écrie M. Sublimé, en courant comme un fou dans l'appartement.
— Eh, mon Dieu ! monsieur, je ne les ai pas prises, moi ! vous ne supposez pas, je pense, que Sapho veuille mettre des bottes à entonnoir.
— Je ne vous dis pas cela ; mais où sont les bottines de mon costume?...
— J'ai vu ma bonne les prendre, dit Eudo.xe.
— Ah! mon Dieu' pourvu qu'elle n'aille pas les cirer... Ce serait du joli!... Mes bottes jaunes, Marie; ne cirez pas mes bottes moyen âge...
Et .M. Sublimé court à la cuisine.
Et Idalie court partout en cherchant des épingles.
Et madame Sublimé fouille dans tous ses tiroirs, bouleverse tous ses chiffons pour trouver du taffetas noir et se faire des mouches.
El le petit prodige met également tout sens dessus dessous en s'écriant :
— Ma pratique... Où a-t-on mis ma pratique? je veux m'exerccr à parler comme les polichinelles... Je danse déjà comme eux... Tenez...
Kl M. Eudoxe faisait un écart sans s'inquiéter s'il rencontrerait les jambes de sa mère ou de sa sœur , et Idalie se sauvait do lui en disant :
— Si tu fais des écarts comme ça dans le bal , ce sera bien amusant pour les dames près desquelles tu te trouveras.
Enfin le coiffeur arrive. Ces dames le grondent, mais bien doucement , et comme si elles craignaient de le fâcher. C'est an homme si précieux qu'un coiffeur ! A voir combien l'on a de peine à obtenir que ces messieurs soient chez vous à l'heure où on les désire, je me suis demandé pourquoi tant de gens, qui ne peuvent pas trouver de niaoe et d'ouvrage, ne se mettent pas immédiatement coiffeurs.
C'est par madame aumimê que l'artiste en cheveux commence, et celle-ci lui confie sa lêle en lui disant :
— Je suis déguisée en Sapho... Voiœ voyez... Une femme de Lesbos, il me faut une coiffure analogue au personnage... Vous comprenez...
— Soyez tranquille! Et l'artiste, avec un aplomb imperturbable, •oiffe madame Sublimé à la chinoise.
— Qu'est-ce qui me noue ma fraise par derrière? dit Dardanus en arrivante! présentant son cou à son épouse.
—-Ah? monsieur, laissez-moi tranquille... Vous voyez bien qu'on oiffe en Sapho... Faites-vous attacher cela par votre fille.
— Idalie, veun-lu m'altachcr ma fraificT
— Papa, je retrousse les manches de ma robe... Je n'ai pas le temps... Si je ne couJâ pas cela , ça ne tiendra pas en dan<anl... adressi'/.-vous à Marie.
— Marie!.. Marie 1.. venez donc m'attachcr ma fraise moyen âge...
— Monsieur, j'ai les mains sales, moi, laissez-moi donc finir ma vais.'clle... On m'a donné des commissions toute la soirée, je ne linis à rien...
— Dis donc, Eudoxe, est-ce que tu ne pourrais pas, toi, me nouei cette fraise derrière le cou?.. Avec mon habit, je ne peux pas lever les bras.
Pour toute réponse ; monsieur Eudoxe fait un écart et essaie do danser en se tenant baissé sur ses genoux.
Enfin madame Sublimé est coiffée, elle passe devant une glace, se regarde, se sourit et dit :
— Je suis fort bien... Oui, je suis fort bien... M»is je croyais qua la femme grecque portail des bandeaux...
— Du tout! du tout! répond l'artiste, l'année dernière, celle [lO»» sible, mais cette année, voilà comment on coiffe toutes les Sapho$, Voyons, mademoiselle, à votre tout.
Pendant que l'on pose sur la tête de mademoiselle Idalie la perruque poudrée d'un camargo, M. Sublimé, qui est parvenu à s'attacher lui-mômc sa fraise, s'approche d'une petite boite ."i musique placé sur un meuble, pousse un ressort et regarde le coiffeur d'un air malin, tandis (]ue l'on entend sortir de la boite l'air de la valse de Rabin iles Bois.
Le coiffeur, tout entier à son art, ne semble pas faire attention a cette musique en miniature qui s'exécule sur le coin d'une console. mais Dardanus va pousser l'artiste en lui disant :
— Hein! qu'est-ce que vous dites de cela?
— Quoi donc? répond le coiffeur en attachant une épingle noire.
— Comment quoi?... Est-ce que vous n'entendez pas la musique?
— Ah! si fait, c'est une serinette.
— Une serinette ! vous n'y êtes pas du tout ! les serinettes ne jouent pas toutes seules : il faut tourner une manivelle, comme à un orgue des rues, mais ceci, vous voyez bien que personne n'y touche.
— Je voudrais bien des épingles.
— Tenez, l'air change, c'est une marche à présent.
— Mon Dieu, papa, laissez-donc monsieur me coiffer: avec voire musique, vous serez cause que mon chignon ne sera pas bien poudré, mon petit chapeau bien placé.
— Soyez tranquille, mademoiselle, je certifie que vous serez très bien, au contraire, mais il me manque des épingles.
— Maman, donne-nous des éinngles.
Madame Sublimé se regardait dans une glace : elle se trouvait fort bien, et cependant elle cherchait dans sa mémoire si elle avait vu des Saphos coiffées à la chinoise.
Pendant quelle lâche de trouver des épingles pour sa fille, M. Sublimé va pousser le coiffeur, en lui disant à demi-voix :
— L'air change, voici la romance du Chaperon-Rouge.
Mademoiselle Idalie frappe du pied avec impatience, et le coiffeur se contente de répondre :
— Des épingles, des épingles!
Tout à coup les pendules commencent à sonner dix heures : les unes vont ensemble , les autres partent un peu plus tard; tout cel fait un tintamarre de sonneries qui ne finit pas.
Le coiffeur qui a enfin obtenu des épingles, s'écrie :
— Tiens! vous avez un carillon, une samaritaine, ici!
— Eh ! mon Dieu ! ce sont nos pendules , dit madame Sublimé. Quand elles sonnent à peu près ensemble, c'est à n'y pas tenir, mais voilà dix heures, et je ne vois pas arriver monsieur Monfignanl qui devait venir nous prendre; il est bien l'heui'e de partir. Quanc Idalie sera coillée, nous partirons. Vous êtes prêt, monsieur Subi une?
— Oui; mais ces petites bottes jaunes me gênent horriblement, je ne sais pas si je pourrai marcher avec
— Il e4 bien temps de vous apercevoir de cela.
— Mtuleraoiselle, dit le coiffeur, en : Uachant le petit chapeau sur la tète d'idalie, le voulez vous bien en arrière?
— Dame! oui... vous savez b-eii .. que ce soit gentil.
M. Sublimé va de nouveau [lousser le bras du coiffeur , en lui disant :
— L'air change encore, c'est t .ne sauteuse à [irésent.
CE MONSIEUR
IS
— Papa, vous êtes vraiment terrible. Laissex-done monsieur tranquille, avec votre musique, vous voulez donc que je sois coince de travers?
— Non , mais je suis bien aise de lui faire remarquer que cela oue quatre airs, el tout entiers, j'en ai une autre qui en joue cinq.
On sonne. Le pelil liudnxe se jette par terre en voulant faire un trand écart, et madame Sublimé s'écrie :
— Voilà M. Monfignard ; c'est bien heureux, tarde venienlibu».
Avant que Sapho n'ait achevé sa citation, on voit paraître Adhémar Jans son costume de marin anglais.
— Bonjour, Monfignard, cric le pclil Kudoxc, en faisant avec sa pratique la voix de polichinelle ; comme tu es bien déguisé, je ne te reconnais pas'
— Mais c'est M. Adhémar Mariily , dit Dardanus en ticbant de sortir sa bouclie (h; dessous sa fraise, qui, à chaque instant, remontait jus(iu'à son nez.
— Eh! oui, vraiment, s'écrie madame Sublimé en faisant au nouveau venu un sourire des plus gracieux tandis qu'en entendant nommer Adhémar, mademoiselle Idalie s'était mise à sautiller avec impalience sur sa chaise, et <i trémousser sur ses jambes, en disant bas au coifl'ciir :
— Oh I arraiigcz-moi bien, faites-moi bien belle, et dépéchezvous, hein I
— .j'allais dire, j'avais même commencé à dire : Tarde reiucnlibun, croyant que c'était M. Monfignard, (pii devait venir nous cl-.ercher; mais cela ne s'applique pas à vous, monsieur Adhémar, car nous ne nous attendions pas au plaisir de vous voir ce soir.
— Madame, répond Adhémar en saluant tonte la famille, j'ai rencontré ce soir M. Ii(nirilichon qui revenait de la chasse , .'^I. Moniignard qui a chassé avec lui, s'est senti trop l'aligné pour aller au bal, et, comme vous auriez pu l'attendre, je me suis chargé de venir à sa place.
— Ah ! cela est bien aimable do votre part.... Alors vous viendrez au bal avec nous!
— Si cela ne vous contrarie pas.
— Au contraire, dit Idalie, qui semble ne plus tenir sur sa chaise; nous aimons bien mieux cela; M. Monfignard ne danse pas, au lieu que vous...
— Vous voilà coiffée, mademoiselle.
Idalie se lève et court à une glace ; tout en se regardant, elle jette aussi les yeux siu' le jeune homme qui vient d'arriver. On voit qu'elle attend nn compliment . mais au moment où Adhémar va s'approcher d'elle , M. Sublimé prend tout doucement le bras du marin anglais, et le conduisant devant une commode sur laquelle est une autre boîte ii musique dont il vient de pousser le ressort, lui dit:
— Kn avez-vous entendu quelquefois qui aient un son d'harmonica comme celle-ci?
— C'est charmant! c'est délicieux! répond Adhémar tandis que mademoiselle Idalie frappe du pied avec dépit, et quitte la place en miirniuranl :
— Un de ces jours, je jetterai toutes les musiques par la fenêtre. Soyez donc bien coiffée pour qu'on n'y lasse pas attention.
.le viens d'ordonner que l'on cherche une voiture, dit madame
Sublimé ; ce ne sera pas long, la place est eu face de nous.
Mais avez-vous dit une voittu-e h deux chevaux ! demande
M. Dardanus, en allant à so'.i lonr se mirer; nous ne tiendrions pas dans une petite ritadine...
i\loii Dieu, monsieur, vous me croyez donc bien peu malhé-
maliciennne, pour me faire une semblable question!... Vous savez pourtanlqne je moccupcd'un ouvrageclassiq-ie dans lequel je veux prouver que les femmes sont plus aptes que les hommes pour les sciences occultes... Monsieur Adhémar, comment trouvez-vous mon rostume de Sapho?
Koi-t distingué, madame, et il est impossible de le mieux porter.
— Ah ! vous u>e ti.iue:.
Seulement, si j'osais me perinettrn une réflexion.
— Oh! parlez... vous me ferez plaisir...
ï,a roilTure chinoise ne me semble pas être celle qui convient
mU coslmne.
— Nest ce pas?... c'est ce que j'avais nensé aussi... Ces coilTeurs sont des entêtés... esl-ec qu'il est parti?.. Marie... Marn>... il f,\ul coorir après le coitVeiir.
Madame Sublimé court sur l'escalier en appelant sa bonne; alius Wlalie s'approche d'Adhémar en lui disant: Vous venez de faire une belle chose... voilh maman nui va
vouloir lie faire recoiffer... Nous ne partiront pa« avant minuit
— Oh! que c'et-t béie d'avoir dit ça! «'écrie le pelil Euduie en /ilant sa pratique de «a bouche.
.M. Sublimé ne dirait rien ; il lAchail d'allonger «e« pieds dans m* bolle.s moyen âge, de faire dccendre sa fraise qui revenait toujour* sur «a bouche, et prêtait l'oreille à la petite musique.
— Vous avez raison... j'ai dit une soltii>e, réooud Adhémar . ma^ je vais rép^'^^r cela.
Madame Sublimé revient en disant :
— Marie est jiarlie pour chercher la voilure; mais quand elle retiendra, je la ferai courir chez le coiffeur.
— Pardon, madame, je viens de faire une n'Jlcxi'in dit A!!i 'tiisr ; je me r.ipiielle maintenant avoirvu une gravurer- ^ •nho au niiim.iil où elle allait faire le iaut de l^ucadr uil colllee ab-olumenl comme vous voila ; prol>abIem'': -se précipiter dans la mer ionnienne, la célèbre Lesbiuimc j.a.l retroussé ses cheveux à la chinoise pour qu'ils ne lui allassent pat dans les yeux.
— Vraiment! s'écrie madame Sublimé d'un air enchanté . »oai avez vu cela en gravure... oh ! alors je reste ainsi... Sapho au moment où elle fait le saut de Leucade! c'est l'instant de sa vie le plus intéressant ; je suis charmée que le coiffeur ait eu cette idée ingénieuse
— La voiture est en bas, dit la domestique en paraissant à la porte.
— Parlons... partons.
— Suis-je bien, mesdames? demaude Dardanus en se posant devant son épouse cl sa fille.
— Oui, oui, très bien.
— C'est que nia fraise remonte toujours, cela me gêne.
— C'a se fera... ça descendra en dansant.
— Ah! mes gants... mes gants...
— Ahl mon mouchoir...
— Ah' mon bouquet...
— Attendez donc, et mon éventail, moi, une Camaro ne peut pas se passer d'éventail.
— C'est cela, on attend toujours au dernier moment... Eudoxe. astu tout ce qu'il te faut?
— Oui! oui... oui!., prrristi!... Messieurs, mesdames...
— Allons, il a déjà sa pratique dans sa bouche... quel enfant terrible. Prends garde de l'avaler, au moins.
— Soyez Irrrranquilles... messieurs, mesdames!
— Comment allez-vous faire pour arriver jusqu'à la voiture, dit la bonne, vous savez qu'il faut traverser le boulevard... il y a une crotte horrible... d'autant plus que le bitume est cassé devant cheinous, et il n'est pas encore remis.
— Voil.'i le désagrément qu'il y a à demeurer sur le boulevard, dit M. Sublimé, les voilures ne peuvent pas approcher d«' vntre porte. .Moi, d'abord, avec mes bottines jauues à entonnoir je ne puis pat niarclier dans la boue.
— Kl nous donc!...
— Moi qui ai des souliers de salin.
— Et moi des cothurnes.
— Moi, j'ai des boties vernies, dit Adhêmiir, el h la rigueur, en faisant bien attention où je pose mon pied, j'espère arriver s.ins onconibic ju.îqu'à la voiture.
Tout en discourant ainsi, la famille est arrivée sous la porte. On examine le terrain, on mesure des yeux l'étendue à parcourir, el les dames s'écrient :
— Il est impossible que nous marchions l,'i-<ledans.
— Si je n'étais pas obligé «le faire moi-même attention k ne pas me crolli-r. certainement, mesdames, je vous (Hirlerais jusqu'.'\ la voilure, dil .\dhémar. Mais il me semble que le cocher, qui n a rien î» gAlcr, peut fort bien vous rendre 0 s«>rviee.
- Vous avez raison, dil madame S iMimé. il faut que le cocher nous transiiorle dans ses br.as... voyons, ap^ndons-le... pourvu qu'il soit assez fort, cet homme...
— Moi, je vais toujours passer le iielit. dit la bonne. Kl pron.tnt Pcdirhinelle dans ses bras, Marie lra\erse le boulevard ctdéjHJso l'enfant dans la voilure, eu dis;iul au coehcr :
— Allez donc l.\-bas... on a besoin de vous.
— Comment... de quoi?
— .MIez donc qu'on vous ilit.
Le cocher ét:iil un pelil homme asser robuste; ;nais il evhal.tlt une odeur de vin qui n'élail ni agivable ni rassurante pour les pcrsomics qui devaient se faire porter (vir lui.
CE MONSIKUU.
— Poiincz-vousbien me portez jusqu'à voire voiture? dit mailainc SuMimé. t:t\ s'adiessant h leur Aulumt'ilun, qui venait d'arriver ile- \tMt la (mmIc.
— Viiii5! niii petite mère... ahl je crois ben; vous! et douze avec... J'en ai porté des l'euiiues (la ils ma vie... l".t <le toutes les manières I
— Cesl bun nous ne vous ileinandoiis pas Imit cela...; iiiaio, c'est qu'il faudrait prendre g inle de ne pas nm cliilVoiiniT...
— So^ycz donc lran(|uille, on vous prendra coninic il faut... et par où il faut... Ou sait ce (lue c'est qu'une l'einmel... Ou ira en "louceuri...
Et le cocher, se baissant, s'apprête déjà à enlever Sapho par les
tninbes, lorsque celle-ci l'ait un bond en arrière, eu s'écriaut avec efloi :
— Ahl Dieu, cocher, vous .sentez le vin d'une manière di^goûlante.
— l'h bien ! qii'esl-ce qu'elle veut donc que je sente, celte dame? le \in, il nie semble que ça n'esl (las désafirable, ce f,'Oi":t-là.,. lin ça, iijvons, fauHl vous porter oui ou non... Ça. commence à ni'embôter, tout ça.
— Maman, laissez-vous donc enlever, dil tout bas Idalicà sa mère, ce sera sili'i fuii.
— Mais cet homme a l'air un pou g'is, s'il allait me laisser tomber sur le boulevard.
— Non, tous les cochers sentent le vin et ils ne sont i)as gris pour cela.
— Venez donc, messieurs, mesdames! crie PolichiiiuUe qui est dans la voiture.
Madame Sublimé se décide et dit au cocher : -—Allons, porlez-moi, mais tenez-moi bien surtout.
Le cocher, que tous ces délais impatientent, s'empresse d'enlever Sa|iho dans ses bras, et glissant une de ses mains sous la tunique precqiie, empoigne madame Sublimé par le derrière, el l'emporte ainsi jusqu'à la voiture, sans que Sapho, treinblante d'eû'ioi, songe à se [daindre de la manière dont elle a été tenue.
— Et d'un! dil le coelier en d'qiosant la dame dans sontiacre; eh ben! est-ce que j'ai bronché? est-ce que je ne vous tenais pas ferme?
— Si..., si, très ferme, trop ferme même; allons, dépêclions , à ma fille maintenant, el lâchez de la tenir... par un autre endi'oit.
Le cocher ne s'amuse pas ;i écouler Sapho, il est déjà près de la jeune fille en eamargo; celle-ci ne l'ait pas loutes les l'.içons de sa mère, elle se laisse prendre, enlever il arrive dans la voilure sans adresser le plus léger reproche à son porteur. Adliémar, qui viinl de traverser le boulevard en marcliant avec beaucoup de précaution sur la pointe de ses holles, monie à son tininlans la voiture et le cocher se dispose à fermer la porlicie lorsqu'on lui dil :
— Eh bien! attendez donc, elle roué do Louis Xlll qui est là-bas sous la porle ; est-ce que vous ne voyez pas qu'il est avec nous, allez donc le chercher, il vous appelle.
— Comment, celle vieille mascarade qui est là-bas... est-ce qu'il faut porter ça aussi? lia ça! mais vous auriez bien pu prendre un commissionnaire pour tout cela.
Cependant le cocher est allé vers M. Sublimé, et -il se dispose à l'enlever en lui disant •
— J'espère que ça me vrudra un fameux pour-boire tous ces fardeaux là!
Mais DardanuR ne se laisse pas prendre les jnml)es, il craint qu'en é!nnt cmpurlé de cette façon ses bolles à entonnoir ne deviennent des boites collantes; pour nepasétreehiilonné, il préfère monter .^ur le dos du cocher et ôtie porté comme les enfants à bon cinaiijn.
— Sur le dos si vous voulez, ça m'est égal, dit le cocher. Allons, grimpez el tenez^vouf .^ieIl, parce que comme ca, ca ne me regarde plus.
Le cocher se Ls«3ss, raonsieur ssuMîm© monte sur son dos, il l'empoigne parle cou, et sc:> "orteur se dispose à le traverser. Les personnes qui sont surle boulevard, rient beaucoup en voyant pisser le roué de Louis Xlll, sij; le ilos d'uo cocher; celles qui sont dans la voiture ne peuvent s'empêcher de rire aussi de lafiguie que fait Dardanus avec son déguisement nioyer. âge, et tremblaul d'èlre jeté sur le boule\ard. Cpp"iulaiit le cocher n'a plus que quatre pas Ji faire pour atleiiidre la voiture, lorsipie le chapeau à grands Lords iplacé sur la perruque de M. Sublimé se détache et tombe à terre.
— Mon chapeau ! s'écrie Dardanus en faisant un mouvement pour le retenir. Le cocher, qui voit le chapeau devant lui, croit pouvoir aisément le ramasser; il se baisse, mais le pied lui glisse, le poids qu'il a sur le dos l'emraine, il tombe, et roule dans la crotte avec je roué de Louis XUi.
On jctiu des ciu de tous eAlés ;
— J'étais srtre q ic cela arriverait à mon mari, dit Sapho, il ne sait se tenir à rien.
— Ma foi! c'ef< pas ma faute, dit le cocher en se relevant, si vous n'aviez pan lai:>iiA tomber votre chapeau, loul ça ne seruil pas arrive.
— b'tes-vous blessé papa? crieldalle.
— Non, je lie suis pas ble-ssé, dil M. Sublimé en se relevant el Jiercliant à «Mer sa fraise, qui est inoiilce sur ses yeux et lui fait un baiiileau; mais me voila nropre, |,lein de boue des pieds à la tête; cocher vous êleb un imljeeile.
— Qu'est ce que c'est? diies-doivc: croyez-vous que ça m'amuse de vous porter t?ms comme des paqiiel.<? est-ce que vous vous imaginez que c'est compris dans la course ça? est-ce que je suis tombé exprès, moi ? c'est vous qui êtes cause «lue je me suis presque cassé le nez.
— Allons, Dardanus, puisque vous n'êtes pas blessé, il faut bien prendre son jiarli : vous allez changer de costume, el vou* viendrez ensuite nous relrouviîr au hal... parlons, cocher^ rue Kiclielieu , vous savez le numéro, monsieur Adliéin.ir?
— Oui, madame... je lui numlrerai la porte.
Le cocher ferme la portière, monte sur son siège, fouette ses chevaux, et la société |iarl pour le bal, laissaiil le roué de LouisXIII reiiioiiterchcz lui tout couvert décrotte el jurant de ne plus se faire porter à bon vinaigre.
GUAPITRE V.
UN BAL TRAVESTI. — DES POUTItAITS D APRES NATURE. — • LA BOLGIE ÉTEINTE.
fi élaitdix heures el demie, lorsque Adh '■marelles personnes qu'il accompagnait arrivèrem chez madame Uourdichon ; les quadrilles étaient déjà fort serrés, et les [daces rares auloiir des danseurs.
Le b.i! présentait un coup d'oeil piquant et varié ; tout le monde était liéguisé. Quelques messieurs, s'élant prcsenlés en bourgeois, on les avait afl'ablés d'un bonnet de colon, d'un tablier, et on les avait poudres d'un côté; ils s"-aiciil laissé faire de bonne grâce et tenaii'iit fort gaiement leur place au bal, avec leur déguisement improvisé.
Un seul persoiinafe, arrivé aussi en bourgeois, ne s'était décide qu'avec peine à coiffer le bonnet de coton. C'était un monsieur assez laid cependant pour que rieis ne pijt gâter sa physioiiomi3 , mais de ces hommes prétentieux par les m mières, l'esprit et la tenue ; qui se croient supérieurs à tous les autres, qui s'arrogent Ke droit de censurer tout haut ce qui se passe autour d'eux, et ipie t'on reconnaît toujours pour des sols à leur Ion pédant, à leur regard impertinent et à leur tournure raide et compassée.
Celui-ci était un soi-disant homme de lettres; on a tellement profané ce titre depuis quelque temps qu'l! ne signifie plus rien : autrefois , pour oser se dire homme de lert."<>.s, ii fallait avoir fait, non pas un, mais plusieurs ouvrages; il fallail encore que ces ouvrages fussent populaires, ce ipii ne veut pas dire communs et canailles comme certaines personnes affi:clenl de le croire, mais ce qui s'entend d'un succès réel, d'un succès qui se répand dans toiiles les classes de la soeiéléet qui se traduit dans différents idiomes. Voltaire et Jean-Jacques Rovsxeau sont extrêmement populaires, et cela ne leur fera aucun tort dans la postérité. Aujourd'hui, nous avons des auleurs dont le bagage dramaliiiue .se borne à un tiers, à un quart de vaudeville; des hommes de lettres qui ont fait un feuilh-ton dont ils ont pris le sujet dans un roman; d'antres qui n'ont fait qu'un livre dont l'épicier a converti les feuilles en cornets. A la vérité, ils se sont fait ou se soni fait faire dans les journaux de longs articles oij l'on a dit que le succès de leur ouvrage all.iit faire époi(uè dans les fastes de la littérature ; que dès leur premier pas dans la carrière ils éclipsaient toutes les renommées. Mais le public sait à quoi s'en tenir sur les louanges à tanl la ligne, ou sur les articles de colorie , dans lesquels chacun s'encense à qui mieux mieux. Au milieu de ce chaos, le talent réel marche et poursuit sa roule; il . sait bien que plus il y a de succès et plus il y aura d'envieux; uoa
«:e monsieur.
psrnii les pçcns da mérite , cur cciix-Iîi ne sont Jainaia jaloux des SUCCÈS (l'un aulrc, mais p.irrni ces sôi-ilisanl iKiinmesde lellrcs qui. d«' cli''[)il de n'avoir rien pu faire, se croicul h. ,i daii|;'.TCux [lune qu'ils aljo^eul après tous rciix dont la renoniiiK'e les cléi;olc.
L'Iioinnie dclHIres, qui était vexédi' poiler sur ita Iftie un bonnet de ciiiou, avait tail Iri'is ou quatre essais de vaudevilles qui avaient élfi refusés à bon droit de tous les tliéAtre.";. IJenuis ce temps, re monsieur avait pris les vaudevilles en liaine ; il vomissait feu et 11. mtue eoninf les vaudevilli-iles; il ne eonccvait pas que, le pou.'crnemeiit permit aux directeurs de lliéilres de jouer des vaudevilles; ei quant aux auieurs qui faisaient ce genre de pièces cl se permellaienr dy avoir du succès, cl de papner de l'argent, il les vouait à l'exécralion publique, et assurait que beaucoup de gens, au bague, élaienl moins coupables qu'eux. Celait en pailanl de la s.irle ipie ce monsieur se ei-ijjail un ciiliiiue prcdond et judicieux; UTie autre de SCS occupations consistail à clierebei' des fautes grammaticales dans les ouvrages en vogiu;. l'our eula, il passait sou temps à par courir des traités d'orlliogr.ipbe, de.; essais sur les dillicullés de la langue française; et, comme paimi tous les ouvrages que l'on a écrits sur ce'sujet, on en iiouve rarement deii\ (|ui soient du môme avis, notre Ari^tarque faisait un bond de joie lorsqu'il croyait n\o\v rencontré une faute; il allait crier partout:
— Vous trouvez cela bon ! ce n'est pas écrit en Irançais. Il y a : Je vous l'orceiai bien (/(! (-(iiilinuer votre bcsogii ;, cl s^ fallait écrire : Je vous forcerai bien « continuer votre besogne.
Et on lui répondait :
— Plusieurs ouvrages sur la langue française venlent que l'on dise: forcé de ; vous prétendez, \ous, (|u'oii doit dire iorcé à. D'après cela, l'auteur fera très bien de mettre comme bon lui semblera : c'est toujours la fable <lu Mviinier, .ton l'in el l'Âne. Mais, en général, les gens qui ne peuvent rien créer, se font puristes ; ils ne tiennent pas compte des pensées que souvent ils ne comprennent pas, ou, s'ils les enteiide.it louer, ils cberchent bien vile s'ils ne pourraient pas y trouver quelque cbose à reprendre. L'envie se cache sous toutes les formes.
m. Rlalcnirain, c'est le nom de l'iiomme de lettres, avait été sur le piiini de se retirer, lorsqu'on lui avaU fait connaître la consigne; il avait préleiidu qu'elle ne devait pas lui être appliiiuée. Il s'étonnait qu'on le traitât comme les autres personnes de la société; il avait l'ait demander Jl. ISourdiehon, et on lui avait répondu :
— Monsieur est allé se costumer, il n'est pas encore au salon.
Alors il avait fait appeler madame , et la maîtresse du logis, apprcnantque quelqu'un faisait du bruit à la jiorte deses appartements, était accourue, croyant qu'il s'agissait d'une plaisanicrie autorisée par le carnaval ; mais , en voyant l'bonime de lettre repousser le bonnet de coton et le tablier qu'on lui présentait, madame Boiirdiclion, avec son sourire aimable et sa voix argentine, lui avait répondu :
— J'en suis fâchée, monsieur Malentrain, mais c'est une mesure générale.
— Comment, madame, un bonnet de colon... à moi I
Cet à moi! fut prononcé d'une manière si emphatique, qm; la jeune dame ne put retenir un éclat de rire, en disant:
— Je vous assure que cela vous ira fort bien... mais si vous préférez un autre costume... allez en prendre un, et revenez travesti.
I\l. Malenlrain avait murmuré, s'était éloigné d'un air courroucé, en jurant qu'il ne se laisserait pas airubler enmariniton. Maispciiilaut ce temps, la maîtresse du logis, qui avait autre chose à fr-ire que d'écriutor les di.scours de ce monsieur, était renlnie dans ses salons. 1, homme de lettres avait alors descendu quélqui-s marches de l'escalier ; s'apercevant que personne ne songeait h le retenir, il s'était arrêté, avait réiléchi que le bal devait être siivi d'un souper, que, généralement, Uourdiclion faisait très nion les choses, ei (|ue, |iar sou eiilélcment, il allait se priver d'une occasion de satisfaire sa gourmandise.
Le résultat de ces réflexions fut de remonter nu bal, do se laisser mettre le bonnet, lanoinlre, le tablier, el de se iiromener enstiile d'un air de mauvaise liuineur dai s les salons avec la ferme résolution de critiquer tout ce qu'il /errait.
Ce n'est pas une petite atlairc pour une m.ttiresse de maison, que de recevoir deux cents peisonnes, de trouver un mol aimable îi dire ;i ceux qui airi\enl, de pl.icer les dames, de répondre au\ compliments des bommes, de veiller fi ce que rien ne manque ;i !l fêle, el de pouvoir trouver encore le miuicut de ca er avec cci'x ijui, parmi celte foule, ont qucli|ues droits Ji nos préférences. MaOïilde (celait le nom que sesamii's iloiinaieiit à l'épo.ise du groschasseur) B'i'.cqnitlait parlailcnient de ses devoirs de maîtresse de nmi.-on , elle Itvaii celte uHubililé, celte aisance qui suit, dans un salon , meUre à
leur aise les personnes timides ou embarra^f^-es ; elle avni! .it-gaieté (|ui ne conimunupie el ccl esprit aimable qui fait cfoif- ao« autres qu'ils en ont.
.M. Uourdiclion aurait dû depuio Ion;.-' les lioiineursde t-on b 'I ; mais revenu 1. monsieur éUiil allé Jan^ sa cbain'tume fill ditliiile ,i mettre, toil ui. diebon, qui avait défendu que I o..
Co'-e paru au bal.
.lU milieu de tous ce= j:ersonnag<*i' travesti» qui fncom»<r»'i"nl le» salons on reniari|iiail un '■ innie ir?'- -i ,.!, 'ir m i.r.-. Iit-'^-peux,doiit la ligure jaune . i
pour oii masque, ci qui ;•.• ■
cuir, dont l'avance était i , . , i
jusiju'h mi-cuisse, cl, sur le du-, une caiuaa»icic U..iu> L^aclJe ul apercevait deux véritables lapins.
C'était M. Carcassonne, q i avait suivi le ponceil d'A " '.
au lieu de se déguiser, avait conservé ses b diil» de cli^
son as|iecl produisit plusd'eiïel, b' gran.l cb.iseur a»
voulu em(ioiler sa carnassière avec les deux lapin» qu il i-i.ir ~i :; i
d'avoir tués; enfin, pour que rien ne matiquAl à son cii»lunie, i
tenait sous son bras une grande canardièie, mais a laquelle il n"i
avait ni cheminée, ni batterie, ni chien.
L'épouse de M. Cnrcassonne était une petilc femme de vingt-wpt h vingt-huit ans, bien faite, bien tournée, point jolie de Tigure. mais gracieuse, avenante, et dont les petits veux avaient une expression qui pouvait presque tenir lieu de beauté. Le déf.iut de celte dame était de parler sans cesse, de meiiiir constamment, de ne pas pouvoir oiivrirla bouche sans dire nue gasconnade. de ne jam?is raconter un fait sans l'ampliner ou le dénaturer entièrement. Mai«, Coinnie son babil était amosant. el que dans ses mensonges il n'y avait jamais de méchancetés pour ses amis, on aimait assez à causer avec madame Carcassonne, que, dans la société, on avait surnoaimée uiadami; de lilnf/aiivile.
Le grand chasseur était lellcmen! habitué à entendre sa femme dire des choses de son invention, qu'il i.\.Ml fini par se persuader que c'étaient des vérités; aussi se serait-il bien gardé dej.un.ii- contredire les récits de son épouse, el élail-il toujours prêta aniriuer l'exactitude des faits dont il n'avait aucun<- eoii:iaissauce.
Mailame Bourdiebon est venue au devant des personnes qu'Adhémar Ifielie de faire pl.icer dans un des salons où l'on danse. Malbilde adresse un aiinalde sourire au jeune boniuie, et le remercie de s èlre fait le cavalier de ces dames. Od son coté, Adhémar repose a\ec plaisir ses regards sur la rnaiiresse de la maison. Depuis di\-hu:l mois à peu près qu'il allait chez le gro- chas-eur. et se trouvait dans le ninnde avec sa femme, il n'y avait eu entre lui el celte da <« d'antre inlinulc que celle que permet la sociél.'. Ailhérii ir Itô n.iit M.ilbilile fort bien; il aimait beaiicoiipà cau>eravec • tant n'avait jamais songé à lui faire la cour. De son Itoiiidicbon. qui avait une répuîatioii sans tache, était tout le momie, et ne s'apercevait peu! ère pas elle-niêuic q„c .-.« sourire éiail fdns dou\ pour Adhémar que pour les aulres. Il j a des préférences que nous éprouvons, el auxquelles nous cédons sans nous en être rendu compte. Il y a de< sentiments qui dorment ainsi au fond de notre cœur, ne se révélant que par une secèlc sympathie, el quelquefois ne se déclarant jamais, faute d occasion.
Sapho regardait autour d'elle pour voir l'effel que prodnisail son costume: elle était étonnée qne tout le monde ne fOl p.K en ém^i, que l'on ne se l'oiikM pas |ii>ur la voir. ICIL" s'éuiil mène fi|ruré que la danse serait suspendue par son entrée d.ms le bal.
Un peu mortifiée de ce que l'on p.issàl devant elle sans jeter des cris de surprise et d'admiration, madame Sublimé dit à uiat^^'X!! Duurdichon :
— Commenl me trouvez-vous ♦
— Très bien... votre costume est remarqnahle.
— C'est Sapho faisant le «nul de Leuc^nde. la coiffure l'indique. .. mais loul le monde ne sait pas cela, el c'est fâcheux.
— Mais où donc tv>l .M. Sublimé?
— H va venir; en voulaiil innnter en voiture... un aecidenl l'a retenu. Il fait si mauvais temps... et nous demeurons »ui le boulevard, il a fallu nous fane porter ju-v' à •» voilure (lar le Cvcber... cl .M. Subi mé est loinbé dans lacrollo.
— Ah! mon Ilicu.
— Obi ce n'esiiien... c'est sa faute; il «vAil voulu mouler f»r lo dos du cocher comme les enfants. Il est ronlio pour cti*i>i^r de C0« tume. il va venir.
— Comme c'est contrariant.
— C'esl-îi-.lire que c'est forl Iteuroux. 4» Coiumcui T
IS
CI2 MONSIEUR
— Oui, fort lipurpiix que. cela M me snil pas arrivé h moi... mon cosliuin^ lie Saiiho eill élr pi'rdii.,. cl puis lu frayeur... certuiiieiiient je n'aiiiais pas pu venir au hai... Tiens, voilà madan-e (larcassoiuie... clleesl en lailière... c'est assez «enlil, mais c'est bien commun ce co8lume-là, et ça lui va liorribleniiMit.
Mailanie Carcassonne vient s'asseoir près de madame Sublimé en iui disant :
— Bonsoir, madame... vous avez un costume ravissant.
Vous trouve/.... oui, c'est assez bors ligne... Le vôtie est très
joli cl il vous va comme un ange.
— Mademoiselle Idalie est délicieuse en Camarpo ; mais qu'est-ce ■que je viens d'appiendre par M. Adiiémar, M. sublimé a roulé sur 'le boulevard au moment démonter en voilure?
— Oui, madame.
— 11 m'est arrivé quelque ciiose dans ce genre-lh... mais de 3icn plus extraordinaire... nous devions aller lu bal... abl il faut vous dire d'abord (pie nous demeurions alors dans une rue... très boueuse... la rue... je ne sais plus sou nom, mais ca ne fait rien ; nous étions logés à un entresol... très peu élevé. Au moment d'aller au bal. il faisait un temps affreux ; il avait plu toule la journée, deux pieds de crotle dans la rue, et un trottoir qui cmpêebaltd'ai)procher de notre porte.
3'avais un costume délirant, j'étais en bayadère, une étoffe toute lamée d'oretd'argent...
des perles partout...
•des plumes... mon costume m'avait coûtédouze cents francs. Moi je dis : il est impossible ■que j'aille à pied jusqu'à la voiture... et si on me porte ou me cliiffonnera. Quand on a «n costume de quinze «enls francs, on n'aime pas à arriver cbilïonné, c'est assez naturel.
Comment donc faire pour arriver dans la voilure 1 Tout à coup en regardant par la fenêtre je m'écrie : Mais BOUS ne sommes pas haut... Ja voilure n'est pas loin, si nous mettions une planche qui, de la fenêtre, irait poser jusqu'à l'entrée de la portière, nous n'audons qu'à nous laisser
glisser là-dessus, ce serait comme une petite montasne russe. On trouve mon idée charmante... 11 y avait justement chez nous des |)lancbes énormes... qui servaient... je ne sais plu.5 à quoi; mai.s ça n3 fait rien. On en pose une... Nous avions ma petite sœur avec nous. Je me mets la première sur la planche, pour donner l'esecDple ; je me laisse glisser... me voilà dans le fiacre ; ma sœur glîêse... elle est en voiture; restait mon mari... il se met à cheval sur ia planche... 11 va gli.sser... crac, la planche casse... Vous croyez |>6ut-êlre qu'il est tombé.
— Et-ee qu'il serait resté en l'air? demanda Idalie en souriani
. — Non, noais je ne sais comment il a fait, il s'est donné un élan
et il est arrivéjuste sur le marchepied de la voiture... n'est-ce pas?
Carcassonne... dis-donc, Carcassonne, te rappelles-tu cette fois oit
jious sommes montés en fiacre par la fenêtre'
Le grand chasseur, qui se promenait autour de la danse et venait
de s'arrêter devant «a femme, se frollo le menton en murmurant :
— Ali 1 oui... par la fenêtre... oui, avec une échelle.
•^ lili ! non... sur une planche, en nous laissant glisser...
— Ah! oui... oui... sur une planche, Je me souviens très bien. Ça nous est arrivé souvent.
— Coiiinii'iit, c'est M. Carcassonne qui est là, demande madame Sublime. Uli 1 mais je ne l'aurais pas reconnu... quel singulier déguisement.
— Il est en chasseur... c'est son costume de cliaEsc... il en arrivait aujourd'hui, ill'a gardé...
— Oh I c'est fort original... ça me semble très exact... per [at et neias... je crois même qu'il a du gibier dans sa carnassière.
— Certainement il a douze l.ipins.
— Douze lapins.
— Il en a tué un trentaine à la chasse...
— Diable I il est adroit.
— Oui, dit M. Carcassonne, qui n'a pas entendu les dernières paroles de sa femme, mais qui voit qu'on regarde son gibier. Oui; cesontdevraislapins...
les deux que j'ai tués dans ma chasse avec Bourdiclion.
— Ah ! tu n'en as que deux... je croyais que tu en avais 'tué trente, dit la petite femme du chasseur. On m'envoie tant de gibier... de perdreaux, de faisans, que je me perds dans tout ça. Je ne sais que faire de tout ccqu'on m'envoie. Toujours manger du faisan, ça devient fatigant; aussi, dernièrement, j'en ai donné deux à mon portier.
M. Malenlrain, qui passe aliirs près du grand chasseur, se pince le nez, fait la grimace ets'éloignevivenient en disant:
— Je ne sais pas ce que ce luonsieur porte dans sa gibecière, mais cela sent très mauvais!
Il y a des gens qui, pour produire de l'effet, empoisonneraient tout un salon... comme ce monsieur, là-bas, qui a un costume en toile à torchon... et des écailles allachéesaprès, c'est peut-être gracieux?
— Ah ! monsieur, votre fusil me fait peur!
dit une dame en passant près de M. Carcassonne.
— Mailauie, n ayez aucune crainte, il n'a pas de batterie... certainemeiil je ne serais pas venu en société avec une arme dangereuse... J'ai vu tant d'exemples d'événements funestes arrivés en jouant avec des armes à feu... moi-même il m'est arrivé... oui... j'ai manqué tuer, . ni-je manqué tuer... c'était en hiver... aye! voilà
j )in petit polichinelle qui me donne d'horribles coups de pieds...
I — Votre mari n'achève donc p.as les histoires gu'il c-^^mence?
1 dit un jeune liomme à madame Carcassonne...
I — Mon mari ne finit jamais, répond la petite ilame en riant. Moi. j'y suis habiluée ! ça ne me surprend plus... Ah! une valse... j'adore la valse, je valserais trois he'ires de suite sans m'ar-
I rêler.
1 Le monsieur qui causait avec la femme du grand chasseur, déclare qu'il n'ose pas valser avec uue dame qui va trois heures sans s'ar-
et bon îimi Carc.itsonue.
CE MONStECR.
rficr. Un jeune Turc plus hardi s'offre pour la valfiC; on l'accpple, el le couple disparaît eu tournant.
Madame (".arcassonno valse fort bien, dit une dame à Saplio,
près de laquelle elle était assise. Celle-ci répond d'un air moqueur:
Oui... Mais... si j'étais son maii, je trouverais qu'elle s'abandonne un peu trop en valsant... Tenez... voyei-donc, son valseur en fait tout ce qu'il veuti
— Elle a i)caucoup de grâce.
Ah ! Dieu, si je valsais comme cela, M. Sublimé n'est cependant pas jaloux, mais il serait capable de plaider en séparation... Eudoxel Éudoxel viens donc ici, vilain enfant... il va faire le grand écart au milieu de valseurs... il se fera mutiler l
— C'est à vous, ce petit garçon, madame?
— Oui, madame, un enfant étonnant en tout, j'ose le dire... il a tant d'esprit que j'en suis effrayée I
Mademoiselle Idalie avait de l'humeur de ne point valser; mais sa mère le lui a défendu; elle s'en dédommage en critiquant tous ceux qui passentdevant elle.
Tout à coup, un grand tumulte, des éclats de rire, la foule qui se précipite vers le môme salon, annoncent l'arrivée de quelque ma.soaradesinguhère. Bientôt, en effet, un énorme tigre paraît et se mêle parmi les valseurs en faisant mille tours, mille contorsions , et essayant de saisir des dames pour les faire tourner avec lui. La présence du tigre qui veut faire des niches à tout le monde, qui se roule par terre, fait des culbutes et essaie d'en faire faire aux autres, met tout le bal en émoi. On veut deviner quelle est la personne qui a pris ce déguisement ; chacun forme ses conjectures, et M.
Maleutrain dit tout haut :
— En tout cas, c'est bien un déguisement de bête!... aller se mettre en tigre!.,, comme c'est spirituel...
comme on doit être bien à son aise là-dessous I
— Est-ce que ce seraitpapa, cette bête-là?
dit le petit Eudoxe en accourant près de sa mère.
— M. Sublimé se mettre en tigre! répond Papho on Secouant la tête d'un air sardonique. Ohl non... il csl incapable d'avoir de ces idées-là... je connais trop sa frigidité I si c'était en joueur de serinette, à la bonne heure.
— Allons, chas.îcur, disentplusieurspersonnesàM. Carcassonne: Voici le moment de montrer voire adresse... vous avez votre fusil, abattez ce tigre-là.
— C'est vrai, mon ami, toi qui os si adroit, dit madame Cartassonne à son mari... Allons, distingue-loi... une elia'^so au tigre... ce n'est pas nouveau pour loi... ligurez-vous, mesilames, qu'en Afrique où il a été, mon mari en a tué une fois dix... dont il m'a envoyé les peaux... j'en ai tait des cadeaux à toutes mes amies... je n'eu ai même pas pardé pour moi.
Pendant que madame Carcassonne lâchait dos gascnnnados aux personnes qui l'eqtouraieut, 4a société avait formé un crand ecu^ti
Le iioids qu'il a sur lo doi ronlrniii'', il [oiiibe ilans l:i croUo av de Louis Xlil. — l'ngo It.
au milieu duquel était le tigre ; on y araît poni'iè le grand chasMar, et, cet homme, habitué à tuer de véritables tigres en Afrique, vnblail presque effrayé en se trouvant face à face avec une penscnne couverte de la peau de cet animal.
Le tigre se tenait assis sur son derrière, suivant des yeux tous les mouvements de Carca.ssonne ; el avec ses pattes de d',»ant, faisant mine de le griffer s'il approchait. Le grand chasseur icuail son fusil plutôt comme pour se défendre .;"i; pour attaquer, (oui en tournant autour du tigre, et la société riait autant de la figure de 31. Carcassonne que des agaceries que lui faisait l'animal.
— Eàt-ce que cela va durer longtemps comme ça? dit M. Malentrain en montrant sa tête au-dessus de celle d'une dame. Il me semble qu'on devrait chasser en même temps le tigre et le chasseur
Piqué des plaisanteries qu'on lui adressa et se rappelant qu'il n'a affaire qu'à un masque, M. Carcassonne s'arme d'une belle résolution , et marcb« droit sur te tigre ; mais celui-ci se dressant sur ses pattes de derrière, enlace le grand chasseur et le fait bientfiC rouler avec lui sur la parquet.
M. Carcassonnecommençait à pousser des gémi'ssemeus plaintifs, en jurant qu'il avait affaire à une véritable bête, lorsque des cris nerçants partent de l'entrée d'un salonvoisin et sont accompagnés par une voix de polichinelle.
L'atlesi-'j se porta aussitôt de c? ' 'ie, et chacun , laissant le tigre se -ouler sur le parquet avec le grand chasseur, veut savoir quelle scène joue le polichinelle pour occasionner les cris qtd effrayent la société.
Celait le petit prodige Eudoxe qui . ea voulant chanter et parler continuellement , venait d'a\aler sa pratique, et se roulait devant m.idame sa méra en ouvrant la bouche et criant qu'il étranglait; Sapho. cffravéa de l'état de son fil», - ' poussait des cris per*
cants, m.idemoisetl* idalie allait de son frère à sa mère, el au ■ '<= f"^-» milieu de tout co\;i le
petit garçon répétait toujours ; « Je l'ai st»lée... je l'ai dans la gorge ! » avec la voix PolicliinoUe il produisait tin effet ^OBiûjBe qui faisait croire da à beaucoup de personnes que la scène ^était pas vraiment sérieuse.
Cependant madame Sublimé venait de m trouver mal, lorsqu'u» jeune homme qui voit que l'accident peut devenir grave, saisit une paire de pincelle et. ouvrant la bouche au petit prodige parvient k lui retirer la pratique de la gorge. L'<"Jifant étant s;iuvé. \\ fr^\cnt générale se calme, il ne s'agit plus que de rappeler à elle l'iufor tuiiée Sapho. Au milieu du trouble, de la confusion, madame Bourdiehoii éearie la foule el sort vivement du salon en s'eorianl :
— Ahl mon flacon de sels... je cours le chercher. Kt Adhémar suit la maîtresse de la maison, dans la seule intention d'avoir pliu vite le flacon, et de secourir plu» prompleraent madame Sublimé.
Malhilde a pris une bougie dans une pièce iiu'elle a traversée, puis eU« en traverge deux «ulres avant d arriver dans sa chambrai ,
eouclior. Colle partie des apparlemenls, n'ayant pas été livrtje i ItsockHc, h'étaii |)iis t'oluirée cl pciMiiiiit; n'y p/'iirtiait.
Miilliililo niaic'li«il Iri-s vite, ne s'aperccvaiil \i»* t\m: qiicl.'iiriiii la suivait; Cl! n'est que loisqu'olle est airl vru dans la chuinurc à coucher qu'elle entend la voix d'Adliéiiiar qui lui dit:
— Mon Dieu, madame... si j'avais pu vous éviter celte peine... si j'avais su où était ce tlp'on...
— CouiMieiit, vous files là, monsieur l dit la jeune dauic avec un tcntinient de sui'|irisc, qui du reste n'annonçait pan qu'elle lût i'àebce d'avoir été aocompagnée par Adliéinar.
— Oui, madame, ^'aurais voulu pouvoir vous être bon à quelque chose... •
— Jû viens cherctwj*- mou ûa^j^a de sels... je croyais l'avoir laissé eur nian élaxère... Il n'y est pas... où donc l'ais-je mis?... Ali! il sullit que l'on soil presse, pour que l'on ne trouve pas les choses.
Et madame Bourdirhon, posant la bougie sur la table, onvre les tiroirs do saconiinode et bouleverse tout ce qui est dedans, espi-rant trouver son (lacon. Cependant, Adhéniar va prendre la lumière et revient éclairer la jeune femme, qui se dépile en relouruanl «les 0chus, des rubans, îles dentelles, el répèle :
— Mon Dieul il n'y esl pas... mais où donc l'ai-je mis? La commode ayant été visitée en vain, Matbilde va regarder sur
sa elieaiinée, puis elle ouvre une ammire remplie aussi d'oljels de toilette; enlin elle revient à son étagère... 'foUl ix cou[i Adliémar croit apercevoir le flacon caché par une rocaille de porcelaine, il avance sa bougie pour mieux voir; en ce moment la jeune dame 'î(vançail le bras pour saisir le flacon; le bras heurte violemment le flambeau qui s'échappe de la main qui le tenait et tombe à terre. La lumière s'éteint, et madame BourdiClion se trouve avec Adhéaiar dans une complète obscurité.
— Ah! je suis bien maladroit! dit Adliémar. Si c'est ainsi que je vous suis utile...
— Ce n'est pas voire faute, c'est la mienne... Du reste... j'ai le flacon.
— Mais pour sortir d'ici, j'ai peur de faire encore quelque gaucherie... si j'allais me jeler dans votre étagère...
Donnez-moi la main, je vous conduirai...
Adhémar avance ses mains et rencontre bientôt celle qu'on lui présente. Il s'en empare, et tout en la Iciiantdans les siennes, sent Comme un frémissement parcourir tout son être. En se trouvant ainsi seuls dans 1 obscuriié, un trouble .soudain venait de s'emparer de CCS deux personnes . mais ce trouble avait quelcpie chose de doux et d'enivrant, et chacune d'elle semblait le savourer au lieu dechercher à s'en défendre.
— Eh bien... vous ne venez pas? dit enfin Matbilde, dont la main est toujours dans celle d' Adhémar , qui , peu à peu , la presse ten-
-drement.
— Ah! pardonnez-moi... c'est que., je me trouve si bien ici!... Ali ! tous les plaisirs que l'on goâte h votre bal n'approchent pas de celui que j'éprouve en cel instant.
— Vraiment... Il fallait donc que nous fussions sans lumière pour "que vous me disiez cela...
— Ah! madame... Il y a des choses que l'on pense longtemps... mais que Ion n'ose pas dire... on les renferme dans son cœur... parce qu'on craint de fàclier celle à qui ou les adresserait... Plus un sentiment est vrai, et plus il esl timide...
— Timide! vous n'avez pas la réputation de l'être!... —Je vaux peut-être mieux que ma réputation...
— Mais il faut retourner avec la société... et ce flacon... on nous attend...
— Quoi! déjà...'^,est-ce qu« vous êtes fâchée que je v"us aie suivie?
— Oh! oui, très fâchée... Je vous oa veux à la mort!
, Mais la voix qui disait cela avait quelque chose de si tendre et j•^ssait percer une émotion si vive que le jeune homme loin d'être i rayé de ces paroles, presse de nouveau la main qui lui est abandonnée, el celle fois une légère pression a répondu à la sienne : de la part d'une femme c'est tout un aveu. Dans l'ivresse qu'il éprouve, Adhéaar va porter à ses lèvres la
Îain de Matbilde, lorsque celle-ci, craignant peut-être que son notion ne devînt trop dangereuse, dégage vivement sa main de Jelle du jeune homme et s'enfuit, en lui disant •
— Oh! venez, venez, de grSce; si nous restions plus longtemps, ^ remarquerait mon absence... et puis, j'ai peur de vous et j'ai aur de moi !
Matbilde est partie avant qu'Adliémar ait eu le temns de se reti-
:er. 11 se décide aussi à rejoindre la société, mais cuiiniie il se sent eurcuxl qw)l plaisir il va goûter en se retrouvant près de madame
C« MONSlïïOn.
UouidiclionI II a «ufii de qiieTque.s minutes dans l'obsi^urlté pwr ■u'oiliiiri- iilut cela I Lu amour nouveau est toujours Si vil, il kemble Lien plus doux quo ceux tpii I ont piécédél
Lorsque Matlilldo rentre clans les salons, Sapho avait repri'- «t» sens, le pelil Eudoxe reconiniiMiçail It fairi' le grand écart et vulail remettre <a/;r<i((^ue dans Ha bouclic; midemolselle Idalic «einblait de fort mauvaise humeur. Enlin le combat du ti(.'ru el du chasseur avait cessé, parce qu'en se roulant ii terre , la léic d.; l'animal s'était détachée et on avait reconnu dans le tigre le uiaiire de la maison, monsieur Dourdichon, qui, dès qu'il aperçoit sa femme, va au devant d'elle, en lui disant
— C'était. moi, ma chère amie, lu ne m'avais pa? reconnu, heia?
ahl ah! ah! ai-je fait jieur à ce pauvre Carcassonne!
— Oui, oui, mon ami. vous étiez parfailemen.' déguisé! répond i» jeune dame qui est préoccupée rie tout aulie chose que; de sdu mari, el dont les yeux sembleiit maintenant cherchei' «au-s cesse quelqu'un.
— Un maître de maison se travestir en quadrupède I murmure M. Malenîrain en se |iromenant dans les salons. C'est un joli costume pour recevoir son monde! je nem'ctoinic pas qu'on force ceui qui arrivent h, metire un bonnet de coton et un tablier! Quand l'ampliytrion est ridicule, il veut que tous les autres le soii-nl.
— Un jour, dit madame Carcassonne en s'adressant à madame Sublimé , je suis allée à un bal travesti où tout le monde était ep singe, c'était extrêmement gai. :"
— En singe! les femmes aussi?
— Certainement, mais elles avaient de petites colles en feuillage.
— Oh! jamais je n'aurais consenti à me m. nlrer c^'mmo cela.. Ah ! quelle horreur.
— Eh bien ! eh bien I est-ce qu'on ne danse pasi s'écrie M. Bourdichon , l'orchestre donne le signal... qui est-ce qui danse avtc moi... Sapho I ah! Saphol... vous ne pouvez jias me refuser.
Madame Sublimé se demandail si elle ne ccmpromcllrait pas sa aignilé en dansant avec un tigre : mais comme elle s'eiiniiyait de faire tapisserie, elle se laisse entraîner par le maître de la maison. De son cflté, Adhémar qui se trouvait, h chaque instant, auprès (le Mathilde, s'est ap[iroché d elle en lui présentant èa main: celle ci lui donne aussitôt la sienne et ils vont se placer à un quadrille, tandis que madeinoiseile Idalie dit à madame Carcassonne avec un accent de colère :
— Comment trouvez-vous M. Adhémar! il m'avait invitée pour la première contredanse, avant le combat du ligré... C'est celle-ci, on n'en a pas dansé depuis, et le voilà qui l'ait danser madame Bourdiclion !... C'est fort malhonnête!...
La petite dame répond en mangeant une glace : — 11 ne faut pas vous fâcher de cela... les hommes sont si distraits... Vous ne prenez pas de glace.
— Non... je neveux rien.
— Elles sont excellentes... Une fois, mo\, l'ai été cause de deux duels dans un bal... pour une contre. lanss. j'avais oublié que j'avais promis à deux officiers... Elle sent b'sn la vanille... Pour la même contredanse... et voilà que je me laisse emiiiener par un autre. Ah! voilà Carcassonne qui esl au moins -à «a sixième... Alors les deux officiers viennent me trouver à la danse... Ils pie disent des mots |iiquants... Voilà un monsieur là-biis... Je l'ai remarqué, il va se poser contre les portes pour guellc^r l'entrée des plateaux, il saisit quelque chose, l'avale cl va se meilre à une autre porte où il en fait aulaiil, il n'a pas fait d'autre manège pendant toute la soirée...
— Eh bien vos officiers?...
— Morts, ma chère amie!... ils se sont embrochés lous les deux avec leur épée... J'en ai fait une maladie dans laquelle je voyais des é|iées dans tout ce que je mangeais... Carcassonne , tâche donc de m'avoir un peu de punch.
■ Pendant le quadrille où le tigre et Sapho déploient toutes leurs grâces, Adhémar et Mathilde se livrent à ce bonheur si doux que l'on éprouve lorsque , pour la première fois , on est compris de l'objet que l'on aime et que I'oq a la certitude d'être payé de retour. Alors, il suffit d'un mol, d'un regard, d'un serrement demain pour s'entendre, et le plaisir que l'on éprouve est d'autant plus vif qu'on le gdûie au milieu de la foule qui n'y voit rien ou qui du moins a l'air de ne rien voir.
Cette contredanse a paru bien courte à ces J-'ux personnes qui maintenant s'entendent si bien.
— Danseraije l'autre avec vous? dit tout bas Âdhémai- à la'rfn du quadrille. '
— C'est impossible, répond Mathilde, tant de personnes m'ont invitée, il ne faut pas qua je montre une préférence... Mais aU souper... si cela vous fait plaisir d'être près de moi...
/ CE MONSIEUK.
LrMn'mrN "'''?'' î?''" ''?'°'" '^« r<^pon/rc; Il a prf-ssé avec joi« la
în
, pour jMr;
rh^-rfpnT'.irT"' "'.''" •='""■ ?""'• '""''* f'''"^-""'-s personnes qui se an ■ i. '"^ «"^o«l^pé à guetter un plateau ,1e punch. .Maini.-nant
I^l.iiscesontles lapinsquej'âi tués...
in.ro^"' '•■■• *^!'' J^ ^^'■^ '''^" 1"^ 'u "S '"é dfux lapins en nualre ours... repond Bourdichon en riant : éc.ulcz me.s eurs i\ W^
iasséenlre t' ^ '' , '""T":'' ''''" ^'""''"''' i'^^' ^>^ c h n.-"..' Il' a passe entre lesjaml)es de Cnrcass^onne qui a eu peur nui a trél)ucl.é etqu L-ii tombant a écra.é le lapin sous lui; vo là nour , nrem m quant au serond, Car.assonn. en s\ipprochnt7ù,, buisson â fait tou a coup un saut. le joie en sv4/ianl : « Un lapin un asiln ■ 7, 'f? '"' .''■'■J" '•'' '"'"• "'-e-le donc; mais hiUc-loi sW;,. /'.'''■''''''''''''"'',''<' '''»"''"^'™ I"-'«- »'»i« mon paillard ernnZii^,""'"""''''^' " ir-'lœ du labao; après quoi il .sVs enln décide à lin;r son eonp de fusil sur le lapin mi n'avait -arde de boufrcr, vu ,,n ,| avait été in-obablnnent ble se I. veille èt^u'il
coup de fusd... VA voila comme notre ami a tué deux lapiu^
vitm u a\on lieu dans 1 escalier arrive jusqu'à la société. ludT.^'''^'""'"" *^°"=^ 'demande madame Bourdichon avec inquié h'.billé!.n'?',i[.'^"' ™*'f'""«' P'-wque rien, répond un jeune homme
=,ïi"ÎS;; ra"ï Xï- '"■"■ '"'" ■""'■ "•'"'-• p™ .^tïoSiE ils» s,â?; =.°;s::?si:ïï
C'était, en effol, a a,.. ». . „^ ^^^ dans l'escalier. Après sa mafiii'irrèîis^lîi'iîjji'an'iver l'événoinenl maii de Siipho était remonté chez lui, s'était ntwh.-La,-v^-.;^rjljg écoutanl sonner ses pendilles, puis il avait appelé sa bonne, et lui avait dit de courir cnercher un coiffeur et un habit de n;arquis. Tout cela avait pris beaiieoup de temps. Plaidant que le coilTeur le pondrait à blanc, Dardanus avait absolument voulu lui faire entendre tous les airs d'une lioile à musique qui en jouait six. Kufiu sa perruque posée, le marquis avait eiiaussé des souliers à talons routes qui le grandissaient de dc-ux pouces; et, tout en achevant de s'habiller, il ne cessait de répéter:
— .le suis fort content d'avoir été obligé de changer de costume; je suis l)icn mieux eu marquis qu'en roué mojen âge... Ce dernier costume me gramlit biiaiicoup.
— Oui ; mais prenez garde de tomber, monsieur, dit la bonne. Avec vos talons si haut, il me. semble que vous n'êtes pas du tout solide sur vos jambes.
— Sois tranquille, Marie, un marquis marche légèrement, il vollige... il papillonne... il touche à peine la toire... Va nie chercher une voilure... Cette fois, cependant, je ue me ferai pas porter par le cocher.
La voilure était arrivé ; M. Sulilimé, en metlantcinq minutes pour traverser le boulevanl, était parvenu jusqu'à la portière sans se laisser lomber. Il était descendu sans encombre dans la cour de M. liourdii'hon; eiilin, il montait l'escalier, et touchait à la dernière marche du premi» r étage, d'où les sons de l'orcliesire parvenaient jusipià lui, lorsque, ,'leclrisé peut-être par la musique le marquis avail voulu s'élaiieer |)lus vivement sur le carré ; c'est alors que le pied lui avait manqué cl qu'il avait redescendu malgré lui i>lusieurs marches de l'escalier.
On avail ramassé M. le marquis, et il était assis dans la première pièce d'entrée, où chacun s'enipressait de s'informer de sun élal. et, si l'on n'eùi craint qu'il nefùl blessé, on n'aurait pu s'cmpéeher de rire en le regardant: car, dans sa dégringolade, sa belle perru que s'était relournée, 'le façon que la queue se Iroiivait sur son oreille gauche, tandis qu'un'e des ailes de pigeon lui carhail le visage. l,e dcraiigemenl de sa coilVure éla.t ce qui al'ûigciul le plus C&rdaïuis, qui répondail à tous ceu.\ qui l'eiitouraicut :
'"•z de -de
: en
promis d« ne pi» jouer ;
Ile isl est
di-
— Je ne me suis paq fait le raoin'Ire mal... n n> a qac ma perruque qui a souffert... je voudrais bi.-n .m ,.,:[, :r.
— Un coiffeuri s'écrie Jl. Bour.j rnanpiis, tenez, mon cher ami, ■, daiHcurs.
'*'", '''*""}' celaj Bourdichon enfonce un bonn r la
tcie de M. Sublime, puis, prenant le bras J' Vil. i i
près de .Mallhide. ijaiis l'espoir que c.dl- ■■ d aller chercher un flacon pour st-i'O'irJr 1 phjlnoii eniraine le jeune homme da'" i;; des tables de jeu, là, il s'écrie :
— Allons, messieurs, une houîHotiMl moi l'ai l^*î^ '■! danse... je suis en ii<i- i ,n ., cavalier... il faut vari i lides... Dalhrun... Le place... nous n'avons pa-. im i ,;i- u;,, .. ,
En venant au bal, Adhémar s'était bii-
mais lorsqu'il avait pris cette boni,
nouvel amour eii têle; il uViaii p,!
dont la conquête flattait autant s.,i, Jlaiulenani, bercé par les plu ' de perdre un peu d'or I on heureux; et all-îz d>,nc dem:.
tout à l'ivresst d'une nouvelle j.issi ii ■ n
clion (jui lui propose de faire sa pariie, et . re-
fuser quelque cli'-'<e au mari quand on \ la
femme.
Adhémar se pkce donc à une table de bouillotte; il joue avec le
Boui.lichoii lui es ouverte; on est toujours empressé de prêter aui gens que I ou croit riches , et d'ailleui^ jamais*^ Marilly S'avait é^ en retard pour acquitter une dette de jeu. nnnr ,'ni" ''^'*' f ""'^"6 , la chaleur, le punch, tout se réunissait
deliLXt .•"^'■'^■■'"''' ''"•',"'"''fl"^'-e"eequi faisait l'admiration de h Ml I . L 1 "Il ''":-■ '''"■"" ■ *' per-^-nnes qui b.urnaieut autour ci Ipo Mv ,^, , ' "^ ''J?''""'' '' ^Pe''«vait souvent .Malhilde. cellen è I u h^^'n"!"' ll^'T'e^* "ouveaux prélevtes pour venir r^der Piè.s de la bouillolte. Alors s»s yeu.x s'arrôtartnl sur Adhémar et v^ f'.n,', '"?""'■*"'" ,^"'' ^".'.?""'f à S"" J-^" 'o'-sque tout SOI, être suigards ' '"^" • '■P''*'' '='"*"^"" ^^ ^^ ^^'«^' •*« s^^ fc-
L"rc en attirant à lui I or que le jeune homme vieut de perdre d'un
— las tieunru.T. * garder tendrement. Oh I î55rnDanw«-,__.
ce soirl... ^^SPTrïft^QreMathilde le
— C'est différeull si vous vous trouvez heureux chacun a son idée. •
— C'est que M. Marilly est fort beau joueur, di thilde : Oh! quant à cela, je n'en connais pas b pporlonl la mauvaise chance avec autant de calnii ' je perds un peu hmgtemps... je ne suis |>as de mauvaise- iiu,:i -ai . et pourlanl ea m'impatiente.
— Non , il n'est pas de mauvaise humeur! murmure l'homme de lettres qui regardait alors jouer à la bonillolte : mais il devient pourpre, son nez enlle et les jeux lui sortent de la tète.
— Vous ne jouez pas, vous , monsieur? demanda madame Carcassotineà M, Malenlrain.
— Moi ! inailamo , oh ! jamais ! je détecte les caries I je ne comprends pas C'>mmenl il y a des personnes qui passent Icursoireo à une lable de jeu! Est-ce qu'il y a^'^^edans quelque chose pour l'esprit?
Le jeune homme déguisé en Turc , cl v, jî est k la bou'dlottc, dit alors assez haut pour être enlemlu de rh.iinine de lettres:
— Kl moi, je ne cumprenls - "se font loiil haul les eenseiu s .us , ;. c'est très bien, ri>'n ne \on-. "é près d'une lable de je;!, on t.; 'il, qu'on cherche à leur l'aire en! c« qu'ils triHlvenl du i'l.ii<ii- ,'i I i-" qu'on ne sait p;is vl'i(', cl qu'on ;i'e,-<l s>"
inonsieiir n'est pas niiiire d école, il a mai: vrail porter une loriile en sautoir.
Tout le monde rit de ce que vieut de dire le jeune tu. M. M;dentr.iin , qui sort de la pièce où l'on joue , en nm
— U fait une chaleur étouffante ici : ou a Lcsoin d l'air.
<» ' >fa-
iie prciiuru
joie, il forait danser M. Çatcassonne avec Bcs «eux lapins. Enno pendant I.: reste de la nuh, il 8e livre à la joie la P'"! ''^ "''• ^^ X euri admire sa gaielé, Jwi Malliilde seule connall le vtritabie motif. > • / •
Puis lorsque est venue l'hehrc de partir, madame SooAmé s apcreoit seulement nue son mari n\^t pas reste au bal ; ^j»'f" ".« ''.V," était allé par dJscspoir d'avoir r-lourne sa |!':'ï;'f''; X vouloir Sublimé rJelamc encore de la co^,plaisanee J A.'"'f,'"'L'; Al-n ^ rèbien la reconduire, et le jeune hort|,ne qui, ce ««'f;'^ • " 'X.Vug fuser à personne, parce .lueMath.lAc "»,« accordé un rend.z^vous se fait encore le cavalier de Sapho «l de ses enfants^ '' |*f' ',7 « dans ses bras Polichinelle ([Ui s'eta.l endormi '!»•"', .'"f"": ^'i;" jelte dans une voiture où il fait mouler n.adari.e ^"''•''' r:,«'^^ '''*'• puis il y moule aussi; mais au moment o;. ;l,^V""?,.if. e Ta rTcommissionnaire qui a baissé le marcbe-pied de la poil èie, l a re verbération dune lanterne frappe le v'sage de eel ho nme et A^^^^^^^ mar demeure tout saisi en croyant reeonna. râla f ^ur« Jî' chiUcn nier qu'il a rencontré le soir même sur les borâs du c^ni-.
- ^^-' ^'^ -^s'^eSrr'^'^sf S'mfjS!":^ m&
■ "1 Slduq francs quelle veut dire! murmure une dame qui avait entendu la femme du grand chasseur. Adhémar continuait d'avoir une mauvaise chance; il »">•»'' y?;
L..l„,. L.,„i Rlonir.cniDS • 0 vanitas, vanitalum'.... C est toujours lïrbiltïotoSîesiaionsdeceux qui vonldans le monde
Heureusement l'annonce Hi souper fait cesser toutes les car lies.
Allons, messieurs, \k jain aux dames! dit Malhildc en en trant dans la pièce où l'on jouait.
- Oh, bien volonUers ! s'écrie Adhémar en se levant ; monsieur Bûurdielion, je vous dois soixante-cinq napoléons...
!! C'est bien! c'est bien! mon cher ami, j'en ai d'autres à votre service, si vous voulez votre revanche
Non l'en ai assez pour ce soir. , ciien;ium;iii ..;»->.......■"— - -.-- . ,..„^,.„
dame, en leur disant : . , ., , lî. i,,=
Ohl tenez... allez donc donner la mam à cette dame... là-bas.. oh! vous serez bien aimable!
Sa' m r. .* , , reâenl |,re»„,e tous C.«« qui n«nl p»
k peux nui y sont accoutumés.
T e souner était magnillque. Deux pièces fort grandes, que pour le i,M on ^vMt m réunir, formaient une salle immense Toutes les nies eTlanfo lié ï hommes étaient assis h table. Ceux qui ne • "c. fini nis e ceUe faveur se consolaient en pensant que leur C viendraU ÏÏ. Ma entrain était du nombre de ces derniers ; •. .nm e (tait très vexé qu'on ne l'eût pas place un des pre- "'"'\'Zc fes d.mes il critiquait l'ordonnance du souper , !a ina-
labres et de fleurs qui couvraient la table, et teim
— Kh bien ! dit mademoiselle Idalic en riant, je crois que monsieur Adhémar ne se souvient plus de notre adresse.
-Ah! pardon 1 pardon! répond Adhémar en avançant la ttle hors de a po tière; et tout en criant l'adresse au cocher, ses veux cherchaient Te commissionnaire auquel il voulait donner quelque