‹ MoustacheChapitre 270 sur 281 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

discours en murmurant:^^ „u'ilg nV-— ■•; i«ts OTentôt fini ils ne i' „ «^ j- voiailIe et la croûte des riates... ce A i,. flci-unt que les ^^ '

sera grac'» ,..,., . .,

Adhémar ne savait pas s il soupait m ce qu il mangeait ; il ne savait qu'une chose, c'est qu'il était à côté de Mathilde, qu'il pouvait frôler doucement son genou contre le sien , quelquefois prendre sa main, la presser tendrement, puis lui dire tout bas :

— Quand vous reverrai-je?... quand donc pourrai-je vous parler saiis témoin, vous dire combien je vous aime?... Oh! je vous en prie, accordez-moi un rendez-vous... Chez vous on n'est jamais sûr de vous trouver seule... Demain... demain... sortirez-vous? oh! dites-moi donc que vous sortirez.

Mathilde était vivement émue, elle répondait parfois :

Non... c'est impossible! Mais sa voix était tremblante, et on

voyait qu'elle avait bien de la peine à résister aux prières de son voisin.

— Le souper va finir, je ne pourrais pas toujours être près de vous, dit bientôt Adhémar ; si vous ne m'accordez fjas un rendezvous maintenant, c'est que vous n'avez aucune pitié de mes tourments... c'est que vous n'avez voulu que vous jouer de moi, en me laissant croire que vous aviez pour moi... un peu d'amitié... Alors je vais partir bien vite, etj-3ue reviendrai jamais... parce que je veux surmonter un amour qui ferait mon malheur.

« Que vous êtes cruel 1 » balbutie Mathilde en posant sa main sur celle du jeune homme.

— Eh bien!... demain... à deux-neures... je ine promènerai aux Tuileries, sur la terrasse du bord de l'eau.

Adhémar n'en demande pas davantage, il est ivre do joie.

On se lève de table ; Mathilde lui dit tout bas de ne pas rester près d'elle, il obéit sans murmure; maintenant qu'il est certain de son bonheur, il se soumet à tout ce qu'elle exige. On retourne à la danse-, il invile mademoiselle Idalie, il fait danser Sapho. Dans sa

DEUX DAMES QCI ONT FftOlD.

Adhémar, quoique très fatigué, a fort mal dormi , on goûte difj

ficnement 1^ repn^ lorsqu'une passion nouvelle^nous,a|J.|-^^'.-^

foule de souvenirs , d'espérances se^^f r^^^j,,,^^ py^^oir hâter

une louie ut; suu\ciiii.= , u V— i-^-^^---— ^ ^,1 vouuiuii pouvoir iiaier alors on trouve les heures IjVQR moyen de hàler sa marche serait la ^"^c;^- .' .io'ùurmir, et c'est justement ce que l'on ne fait pas.

Au milieu des pensées d'amour, de plaisir qui berçaient le jeune homme, il y avait parfois des réflexions moins gaies qui venaient se jeter au milieu du tableau comme pour lui faire des ombres.

« J'ai perdu sept napoléons que j'avais sur moi, se dit Adhémar, et j'en dois soixante-cinq à bounliehon... près de quinze cents francs de perdus au jeu... Dans ma position , cela n'a pas le sens commun... Je m'étais promis de ne plus jouer. Biais hier pouvais-je faire autrement... non, c'était impossible. Je n'ai plus un sou chez moi... Demain, il me faut de l'argent... on ne va pas à un rendezvous le gousset vide... J'irai demain malin chez mon ag(Mit de change. Je vendrai cent francs de rente, je paierai Bourdiclion, et il me restera plus de six cents francs... Ahl diable, c'est l'époiiue de mon terme... et puis je crois que j'ai promis de l'argent à mon tailleur... Oh! c'est égal, il me restera de quoi faire figure pendant quoique t^ps... ensuite j'économiserai. Aimé de Mathilde, je serai heure?ux! j'oublierai que j'aurais pu l'être davantage!... oui, j'oublierai entièrement le passé!... Quelle charmante femme!... Dire que je l'adorais, sans m'en douter... Il a fallu une occasion pour faire éclater ma flamme... C'est toujours comme cela dans la vie... les occasions amènent tout... C'est sans doute cela que l'on appelle aussi le hasard !... Je la verrai demain... à deux heures, aux Tuileries... pourvu qu'elle ne manque pas... Oh ! non... cette femme-là n'est pas une coquette... elle n'a pas voulu se jouer de moi... elle viendra... Quelle heure est-il?... six heures du matin... et pas encore jour... Si je pouvais dormir... »

Le jeune homme ferme les yeux cc iicbe dt coûter un peu de sommeil; mais bientôt d'autres souvenirs viennent l'agiter et font travailler son imagination. Il revoit ce chiffonnier , ce commissionnaire dont les traits l'ont si vivement frappé ; et, tout en se tournant et se retournant sur son lit pou'' cliereher le repos, il se dit :

«Toujours cet homme... que me veul-il donc ?... Dans tous les pays que j'ai parcourus , en revenant d'Italie, je l'ai trouvé sur mon passage... Nimporte sous quel costume , il m'apparaît ; je reconnais ce teint basané, ces traits fortement prononcés, et ces yeux noirs et perçants!... Que lui ai-je doue fait à cet ho'ume pour

CE MONSIEUR

qu'il me poursuive ainsi partout ? Déjà plusieurs fois j'ai essayé de le rejoindre, de le questionner... ni.iis on dirait qu'il lit dan» ma pensée ; il disparaît au moment où je voudrais l'atteindre. Moi, qui ne suis pas romanesque, je sui.-; loreé de convenir qu'il y en a beaucoup dans ce ipji m'arrive depuis quelque temps. Quel(|uefoi8 j'ai eu l'idée (jue ce personnage mystérieux n'agissait (|ue .«ous les ordres d'une autre personne... Mais non... pour rae faire suivre ainsi, pour l'aire épier mes démarches... ma conduite... il faudrait qu'elle s'occupAt encore de moi... et alors c'est que je ne lui serais pas entièrement indilTérent. Non... elle me la trop bien dit: désormais, je ne suis plus rien jiour elle. Allons, cliasso** es» souvenirs... (lo-nior"^"'. rêvons à Jlalliilde... »

A force de fermer les yeux et de chercher le sommeil, Adhcmar était i)arvenu à s'assoupir un peu su.' les neuf heures du malin, lorsque des coups frappés avec force à la porte lui font ouvrir les yeux ; il se lève, passe une rohe de chambre et court ouvrir. Une jeune femme fort bien mise, mais qui semble vouloir cacher sa figure avec un mouchoir, quoiqu'elle ait déjà sur la tôle un chapeau et un voile , entre précipitamment chez Adhémar, court sans s'arrêter jusque dans la cliambre à coucher , et là seulement se laisse aller sur une chaise, el, jetant de côté son chapeau, son voile et son chftie , iiernict au jeune homme de voir son visage. Adhémar reste tout saisi en voyant la personne avec laquelle il s'est promené la veille sur les bords du canal.

— Emmeline !...

— Oui... c'est moi... lu ne m'attendais pas I hein...

— Non... sap» 'Voûte... tu ne devais venir que demain il me semble...

— Oh ! oui... me voilà... me voilà pour toujours... Tiens, regarde comme il m'a arrangée ce vilain monstre!... il m'a battue... grilTéc... abîmée... égratignée... (Test pour cela que je cachais ma ligure... car je dois être hideuse à voir... G mou Dieu, mou Dieu! que je suis malheureuse !...

Kn disant oes mots, mademoiselle Emmeline se met à pleurer, et Adhémar, s'approcbaiU d'elle, examine son visage ety voit en eU'et plusieurs marques de meurlrisswe, de coups d'ongles, et enfin les ieo traces évidentes d'une conversation avec accompagnements de gestes.

— Pauvre Emmeline!... quoi! Userait possible!... on s'est porté sur vous àde tels excès...

— U me semble que c'estassez visible...

— El qui donc cela?

— Parbleu, ce monstre... cetlehorreur deRéginaldl elquelaulre que lui se serait permis de me frapper...

— C'est affreux... mais comment donc cela esl-il venu?... A propos de quoi cette scène ?

— Je vais te conter tout cela... Donne-moi un peu d'eau el du sucre... avec de la Heur d'orange si tu en as...

— Oui, oui... pauvre Emmeline... Je suis tout saisi de vous voir comme cela I Tiens, bois.

La jeune femme avale le verre d'eau sucrée d'un seul trait, puis commence sou récit, qu'elle entremêle de sanglots et de gémissc- •nents. :

— Hier au soir... tu fais que je suis restée longtenqis à me promener avec toi... trop Icmgtemps, car Uéginald avait eu la mécliinceté de ne pas s'endormir. (JimuuI je suis rentrée, il m'a dit d'un ton brusque: oD'iiii venez-vous?» Moi je lui réponds: «De che/. ma mercière... chercher du lil d'Écosï^e! — Ah ! et nu est deux heures dehors pour aller ici à côté !... Je ne donne pas là-dedans ! » Je lui réponds : « Quand on est j«loux d'une femme, on ne la quitte pas presque tous les jours comme vous le faites, on lui tient compagnie et on t;\ebe de lui procurer de l'agrément. » C'est bon , il ne répond plus rien, il se tourne et s'endort; moi je lis assez tard ; enfin je me couche sans qu'il s'éveille cl je m'endors aussi. ]\lais ce matin , ne voilà-t-il pas que monsieur, qui ordinairement se lève fort lard, s'avise de s'éveiller et de se lever sans faire de bruit, puis se met à fouiller dans ma toilette. Je présume qu'il avait commencé à y fouiller hier au soir, et que n\on retour l'avait enqiêché de continuer... Par malheur, j'avais gardé ta dernière lettre...

— Ah ! c'est cela !... je vous ai pourtant dit cent fois : Ne gardez jamais de lettres!... on peut les trouver, cel* nous causerait des désagrémiMits

— Oui, mon Dieu, je sais bien que vous m'avez dit cela; aussi ie les brûle toujours... Mais celle-là était si gentille... je voulais la relire; au reste, co n'est pas vous que o da compromet... Elle n'était pas signée.

— J'aimerais bcaucoup micus qu'elle le fil' et que \ous u'cussicz

— Enûn il trouve ta lellre, el la I ' ■' ■' •• • ■-' '■■■■'■■." ""'•nu un coq, et il s'approclic du lil en bu >ur. -Moi. tu penses bien que je n'étai.s j -'t c« qu'il avait lu et je cherchais dans ma ' i'- ^. j-- | • une hisl'jiri'. 11 me met la lettre sous le nez en me -t-c8 (jue ça?... » Je me suis rappelée que la lellre i -. et, comme elle n'était pa.s veime par la poste, j'ai - . riuvé un subterfuge, et j'ai ré[iondu avec assez di- i;a... cette vieille lettre!... mon Dieu, il y a bien lon^ri' :là.» U m'a dit que je mentais, cl m'a demandé enl. ' '^elle lettre. Je lui ai dit que je l'avais reçue avant d^- • t que je ne me souvenais plus par qui elle m'avait e I s'est emporté, m'a appelée menteuse, en m'ordonnani J ; lui dire de qui était cette lettre : j'ai refusé. Alors!... il a eu 1 infamie de me frapper!... J'ai crié... je lui ai jelé à la tête tout ce que j'ai trouvé sous ma main; il est revenu sur moi encore plus en colère... Il m'a déchiré le visage avec ses ongles, en me disant qu'il «aurait biep m'empêcher de faire des conquêtes... Enfin, si Madeleine u'élait pas arrivée, je crois qu'il m'aurait défigurée;...

— Pauvre petite femme !... comment un homme peut-il s oublier àce point... frapper une faible créature... cAnime si c'èlail un mo>ea de se faire aimer!...

— Je suis bien vilaine, n'est-ce pas?... j'ai le nez écorcbé, et puis un coup sous l'œil, c'est tout bleu I

— Oh! ce n'est rien... vous n'en êtes pas moins jolie, et, âmes yeux, vous n'en êtes que plus intéressante ; je suis si désolé d'être la cause de tout cela...

— Oh ! mon Dieu, c'est ma faute... j'aurais dû brûler la lettre... Au reste, depuis longtemps Réginald ne eberchail qu'un prétexte pour me traiter ainsi. S'il voulait me quitter, je comprendrais fort bien cela; mais croyez-vous, mon ami. qu'après m'avoir arrangée ainsi, quand je lui eus dit que j'allais m'en aller de chez lui, il s'e^t écrié: « Avise-toi de t'en aller!... je te le défends, el si tu as ce malheur-là je saurai bien te retrouver, et je te tuerai . toi el celui avec qui je le verrai. » Voilà ce qu'il a osé me dire. Mais vous pensez bien que dès qu'il a été sorti , cela ne m'a pas empê^liée de m'en aller bien vite. Demeurer encore avec cet bomrae-là ! oh! j'aimerais mieux mourir I... Je suis venue ici... car je n'avais que vous pour appui. Je me suis dit : 11 ne me repoussera pas... il ne me maltraitera jamais, lui... il est bon... il m'aime... il me gardera avec lui , toujours! toujours!... et je serai bien plus heureuse qu'avec ce méchant Uéginald que je ne puis plus souffrir depuis que c'est vous qui avez tout mou amour.

Adhémar reste quelques instants sans répondre : ce qui lui arrive en ce moment ne lui cause pas un grand plaisir. A l'instant où Emmeline a frappé chez lui, il était si loin de penser à elle ; on pourrait même croire que le souvenir de cette jeune femme était alors entièrement banni de son cœur; depuis la veille, une autre était venue occuper la place qu'elle y tenait, ou du moins avait-elle dû se ranger beaucoup el n'en plus garder qu'une petite, pour laisser la tendre Malbilde y régner à son aise.

Tout en écoutant Emmeline, le jeune homme s'étail donc plus d'une fois rappelé qu'il avait, dans la journée, un rendez-vous aux Tuileries, auquel il eut été désespéré de manquer ; mais le nouveau sentiment qui captivait le cœur d .\dliémar ne pouvait pas non plus le rendre insensible aux chagrins de son autre maîtresse, chagrin dont il ]HHivait d'ailleurs se regarder en p;H-lie comme l'auteur. Cejiendant, la proposition de venir pour toujours demeurer avec lui ne souri;iil nullcMicnt au jeune homme, qui, en toute autre circonstance, l'eût rel'usée parce qu'il en comprenait tous les inconvénients; mais, en ce moment, Emmoline venait d'être battue... positivement battue à cause de lui, el il u'élait pas possible de lui refuser l'hospitalité.

Au milieu de toutes ces réflexions qui se croisent dans sa tête, Adhémar ne trouve rien de mieux à faire que de préparer un second verre d'eau sucrée, qu'il présente à Eiumeliue ; mais celle-ci repousse le verre en lui disant :

— Merci, mon ami... je n'ai plus soif... Je vous al éveillé en sursaut... vous donniez bien. vous!... Mais que vois-je sur cette chaise... un costume do marin... Vous avee donc été au bal masqué, cette nuit?

— Oui... oui... je suis allé à un bal travesti chez un de mes amis.

— Et hier au soir vous no m'en avez p;\s parlé. Vous m'avez assuré (pie vous alliez rentrer et vous coucher de bonne heure.

— C'était bien mou intention ; mais j'ai rencontré le monsieur qui donnait le bal , et il m'a tant prié de ve |>oiui uuiu}uer au sieu...

— El ce lièvre... qui vousn donné cela?

— C'est ce même ujousicur ; il roonait de la chixsse, il n u donaé ce Uivre.

Cf. MONSIEUR.

— O""!'" histoire me faitcs-voiis-Ih?... Ce monslpiir qui revcnail <]e In cliii^fie... et qui ddiinuil uU bal le soir... Vous me dites icf

IUC'IIH0llt.'C8 I...

— Vi)i|;i bion les fnmmfsl quand nn leur Mil la v(îiilé. cIIpb w" Tnili'iil jamais la cioiri' ; (|iiari(l oi leur iiHMil, (.'lli;s si; laissi'iil l)i<«n pins r:ii-i|.nniiit porsiiatlcr. Je miiis ii'|pMn (iiic je suis allô au bal cliiv. Diiîspliclmii, qui evt'uail île la cbasso... Hier, eu vous quiltiuii. je ue pensais pas du tout h aller h C3 bal... H n'y a pas de uiensiitige dans loul cela.

— Ail ' c'est que je suis déjà si malheureuse I et si vous pae troniçiez, vous ! ah ! je sais bien ce que je ferais...

— Voyous, Euimeline, calmez-vous... romellez-vous..

— C'est ce lièvre qui me cbiUonne...

— Est-ce que vous ûles wilouse d'un lifcvre, à prissent ?

— Oli I unn; mais... pardon, mon ami, j'ai tort... .Mais vous restcz-là sans Cire liabillé... il l'ail très froid... recouclicV.-vous, mon ami, vous serez mieux... ou },'ftle eliez vous.

Adliémar est fort en\barrassé; il a des projets pour la journée, et qui ne s'aeciirdenl pas avec ce qu'on lui propose. Feignant do ne pas avoir enlctidu ce (|ue la jeune l'emuie vient de lui dire, il s'approche d|elle et- examine d'un air attendri toutes les meurtrissures de son visage, en murnuuaut :

— Pauvre pelilel... épratigner... frapper une femme si mignonne... si gentille... Gela te lait-il encore mal là?...

— Non.

— Un peu... Mon nez est enflé, hein?

— Non... du moins, cela ne paraît pas...

— Oh ! mais, de mon côté, je lui ai fait porter de mes marques... je lui ai jeté une tasse et une soucoupe à la lôte... il à cru être borgne! Je suis bien fâchée qu'il ne le soit pas... Mais vous avez froid, mon ami... vous tremblez...

— Moi, je vous assure que non... Est-ce qu'il vous a frappée là, Eous l'œil... c'est bleu?

— Certainement... je suis bien vilaine, n'est-ce pas?

— Vous ue pouvez pas l'être.

— Si, je suis à faire peur, j'en suis sûre... et je vois bien que je vous fais cet effet- là.

— A moi!... par exemple!... et pourquoi me dites-vous cela? — Ah!... parce que...

— Achevez donc...

Emnieline ne répond pas; mais elle porte de nouveau son mouchoir sur ses yeux, et Adhémar l'eniourc di'jà de ses bras pour la consoler, lorsqu'on fra]>pe plusieurs coups à ia porte.

Le jeune homme éprouve plus de surprise que d'humeur de celte nouvelle visite ; mais Emmeline devint pâle et tremblante, et elle est prèle à se trouver mal en ball)utiant:

— Ah ! mon Dieu I c'est lui... Ah ! je suis sûre que c'est lui!

— Quoi donc, ma chère amie ? et qui lui ?...

— Réginald... Il m'aura suivie... guetlée! Oh! mon ami, je suis perdue!... il me luera... il le tuera aussi!

— N'aie donc pas peur... est-ce qu'on tue les gens comme cela... D'abord, je te prie de croire que je le jetterais par la l'oMÔlre av.nnt qu'il ail porté ia main sur loi... D'ailleurs, de quel droit?... ce n'est pas ton mari, après tout...

— Oh ! c'est égal... n'ouvre pas, je t'en prie.

— Si, je veux ouvrir, car je ne crois pas que "" soit M. îl.lginald...

— Alors, cache-moi... oh! cache-moi!...

Emmeline, épouvantée et persuadée que c'est son Jaloux qui frappe à la porte, court comme une folle à travers la chambre; elle ouvi-e les armoires, les limirs, les mculiles, essaie de s'y fourrer, et ne pouvant y parvenii-, se répand en plaintes, en lamentations. Pendant ce temps on continue de fiapfier; on y joint la sonnette, qui est tirée avec violence. Emmeline sent à chaque miiHUe s'augmenter son effroi, et, n'apercevant [joint J'anlre oaehelle, elle se précipite dans le lit d'Adliétnar, se fourre à la liàte sous les couvertures, sous les oreillers, lui crie de jeter sur elle tou.s ses vôlenients de bal et même les coussins de sa cansense, puis elle se peloloime sous tout cela de manière à ce qu'il serait dillicile de deviner que le lit est habité.

— Mais vous allez étouffer! lui dit Adhémar, qui ne l'aperçoit plus dans son lit.

Non, non... j'ai de l'air par les pieds... je suis au fond... Cachez biin mon chapeau, mon chàle.

— Sojez tranquille.

Le cliai)eau et le châle étant mis à l'abri des reiç.irds inJiscrcts, Adhémar va ouvrir la porte, et il voit entrer rbeK lui sa voioinQ d'au-dessiius. MUidi'n)'>isc|le A/.éma, dans un petit iiéglii^é du inaliii tout à l'ait lobte et pruvii<pnknt.

— Uonjour. mon petit voisin ! dit la jeune actrice en entrant dans l'apparti'mciit Cl pénétrant -ur-le-cbauip dang la chambre h coiu'licr, tandis (pi'Adhémar referme la porte du carré et boutonne sa rob<' du chambre du haut en bas pour s'as.surcr contre les cuupH de veut.

— Je no hcrais pas montée si matin, parce que, sachant que vous avez été celle nuit au bal, Je v>mB aurais cru emtore endormi; mais notre voisin, .M. Trouillade, m'a alQrmé (ju'il vous avait déjà entendu ouvrir votre porte ce matin; alors je me suis risquée.

Tout en disant cela, mademoiselle Âzéma jetait ses regards cu' rieux dans l'appartement.

— Asseyez-vous donc, ma voisine, dit Adhémar en s'omprcssant de présenter un fauteuil à la jeune actrice, qui semblait avoir l'inteution de s'asseoir sur le lit.

— Merci, mon voisin, vous n'avez pas encore de feu... il ne fait pas très cjiaud chez vous...

— C'est que... je viens seulement de me lever... mais je vais ea faire.

— Est-ce que ce n'est pas la portière qui monte vous en allumer tous les malins ?

Oui, c'est-à-dire... quand je l'appelle.

— Moi, je me sers de la respectable madame Coquenard depuis que je suis sans bonne... c'est elle qui est mon groom, ma femme de chambre, mon nègre... mais je reprendrai une eaméristc... au lhé;Mre, je ne peux pas m'en passer... on a toujours drs paquets à porter. Mais ce n'est pas tout ça ! je suis venue pour quelque chose, comme vous peisez bi-en. Je n'ai pas comme vous une aiguille à faire enGler; il s'agit de mieux que ça: j'ai été exiiôinement sensible aux deux perdreaux que vous m'avez donnés hier !...

— Ah! ma voisine! est-ce que vous allez encore me parler de cela?...

— C'est pour en venir à une antre chose; un perdreau mène loin quelquefois... Vous êles pourtant cause que j'ai eu une scène terrible avec Bardajos !

— Ah! à propos, comment cela s'esl-il terminé?... Ce monsieur semblait, en efi'et, contrarié d'avoir été surpris dans une certaine cachette...

— Oui, il les choisit bien ses cachettes... Du reste, quand j'ai vu qu'il voulait se fflcber, j'ai crié plus fort que lui... alors il a pensé qu'il avait tort; c'est un vieux moyen, mais qui réussit toujours. Bref, Bardajos s'est rais à mes genoux, où il a imjdoré son pardon... et il m'a promis une fort jolie parure en émeraudi-, à condition que je ne causerais plus avec vous... Il est très jaloux de vous... mou Andaloux.

— Et vous avez promis de ne plus causer avec moi?

— Tiens! je crois bien !... pour une parure en éinoraude. je promets tout ce qu'on veut ; mais quand il s'agit de tenir, c'est une autre affaire... Mou voisio, je viens vous offrir do déjeuner avec vous... de manger les perdreaux ensemble... pas chez moi... je ue serais pas tiamiuille, mais ici... à condition que vous ferez du feu, par exemple, car il l'ail horriblement froid chez vous. Eh bien, voyons, cela vous va-t-il ?

— Ma voisine, cériainement votre proposition est très aimable... mais... ce matin, j'ai un rendez-vous... et...

— Est-ce qu'on a des rendez-vous de si bonne heure 1... Vous irez après déjeuner. La respectable Coquenard nous fera rôtir les deux bêles; avec un peu de poisson, un peu de sai:;de, un peu de biscuits et du champague, nous déjeunerons sans cérémonie... hein... acceptez-vous?

— Je ne le puis pas, ma voisine.

Mademoiselle Azéma se lève d'un air piqué et fait quelques pas tf.uis la chambre en murmurant:

— C'est étonnant comme vous êtes gentil!... D paraît que vous vous êtes trop amusé cette nuit... Ah I lichtre, qu'il fait froid chez vous!... Allnns, je m'en vais, je vous laisse .. Et moi qui avais la bêtise de croire que ma proposition vous serait agréable!... Ça m'apfirendra à être moins présomptueuse une autre fois... Je suis très vexée... Je vais faire jeter vos perdreaux par la fenêtre... Vous riez... ah! monsieur se moque de moil... je le mérite bien, au fait.

— Ah! ma voisine... j'espère que vous ne me croyez pas capable de me moquer de vous... votre offre est bien aimable, et sans une circonstance impérieuse...

.— Ob' <Kui, une circoustance impérieuse ! nous savons ce que

CE MONSIEUR

c'csl!... Ohl c'est que voim ne nje fonnais<'cx ^las, moi! j'ai une drùlo (Je U':\c I il suffil ijiio liMnlajos me (li'l'cinlc ili- vous parler pour' '[uc i on aie une envie (Irim-suréel... |iour tinn yt uic «ois (iiomis (le... •■• ■

La sonncHe, vii)lcmip(înt ggltéc, inie.rrompl Azém^aii njlaeu t'i

sa phrase. f^i]U/:màr sunihU'i ass(!z surpris de rulU: uouvetir T;?>ro, et sajeune voisim: <;liaiij.'e ije i:oiili;iir cl pi;i(J loul srm enjouir al, elle n'^'ariii; li; jiiuue liuuuuo il'uu air elïaré en Lalbuliaul :

— C'est chez vous qu'on souu'î ?...

— Oui, oui, c'est chez mni.

— Ali I mon Dieu I i,nclli; iiK^c...

— Ouiii (loue?... qu'av'z-vous?

— .)'ai 1 j'ai... cctir!iD(''('ille île liardajos cslhien eap.ibledetn'avoir F.tiivic... é(iiéc... il aura élé chez moi... j'ai l'ailla btHisc de laisser ma clef .MU' tua porte... il se sera douté que je ne n'étais pas loin... il vient uio relancer ici..

— Ma (oil tant pis I je me moque de ce monsieur.

— Ohl mais moi je liens à la parure d'émeraudo qu'il m'a promise... s'il me trouve ici je ne l'aurai pas...

— Que voulez-vous faire?...

— N'ouvrez pas.

— fm[)Ossible, on aura dit que j'y étais...

— Au l'ail, si c'est Im, il attendrait sur le carré... Drcling, dreiiug'... .siuiiie, soune, animal... je vais me cacher...

— Je n'ai pas de cachette...

— Oli ! si... tieflg,,dans votre lit... il y a une masse d'effets dessus... ou ne m'y vpn;<t pas...

— Non, non. ma voisine, pas dans mon lit... je vous en [irie...

Mais m.T'.omoiselle Azéma n'écoule pa.s Adhémar; elle e.''l déjà au lit. elle ;^iarvieiil, non sans peine à trouver la couverture, elle se jlisse dessous en rauruiurant

— On est bien mieux là que sur une chaise!

Et bientôtsa tête comme sa personne disparaît entièrement sous les couvertures.

Adhémar reslc un momeni comme pétrifié ; bientôt Azéma pousse un, cri et ressort sa tête hors du lit en disant :

— Ahl il j en a déjà une dedans!... le rtjonstre I je ne m'étonne plus s'il ne v.i:ilait pas me donnera déjeuner... c'est égal... nous ne bougerons [.as.,, car il me paraît que la personne qui est là a aussi jieur que moi d'être trouvée ici. Allez, ouvrez... c'est fait.

Kt la jeune actrice a de nouveau disparu dans le lit. Alors Adhéuuirse dirige vers la jiorle et va ouvrir en se disant: «Ma foi! au petit bonheur I »

CHAllITRE VIL

BEMKDE CO.NTRE LES MAUX DE NERFS. — ADHÉUAR n'eST PUS KEiMIER.

C'était monsieur Tronillade, le chanteur à roulades, demeurant sur le même carié qu'Adhéiiiar, qui sonnait à la poi te de son voisin, ttccninpafiiiaiit le Inuil de la snniiotli'di' grands éclals de miIx avec points d'orgue plus 'Ui moins nroloiigés, et s'interroiiipaul pour menacer son iils que l'on eiileiidait déjà crier et pleurer d^^iis qu'il faisaitjour.

Kii toute autre circonstance, Adhémar aurait sur-le-champ congédié l'importun voisin , mais, en ce numienl. espérant que son arrivée le tirera de la position eraÎT -rassanle où il se trouve, le jeune homme le reçoit presque avec plaisir.

Monsieur Trouillade était en fiu'l petite tenue, il avait un pantalon à pied en flanelli' ipii avait élé hlaiiehe. mais qui était dcM-mic jaune à l'ri'-c il'iMn' laxn'. Une veslo île nioilcton ilc même éloile, in.ns la \esle l'I le panlaldi a\aiil cliaeun de leur eolé raci'ourei .m lilaiicliiss.igc, il leur était (loviMiu impossible de se rejoindre, suiioul sur le grand oorps do leur propriétaire ; il existait doue eutre le punlulou

et la veste une lacune qui iliaii eomb!> ' -

Trouillade fai^-ait hou!! -r .m our ■!

sa ciiloUe. qiidni'efo-i '. '■ i I ,';

liste trouvait que cela '

giiol, cl depui.s que I ' r'i-

gaio, il se persuadait c.-- ..-j ,.. .--r- ''•

fonnage. .1 ■

-Bonjour, mon cher voisin, iV.[ AT. ^^mu^:i^'^. en - 1 Adliiîinar. J «spire que je ne '■' '' atlcii.ls, dii'l«(... je v.iisatler 1

conli'iil lie Ion di'jeum.T... Iroih

touiours de pareils... une aiiu Je wi-^lùc .

gnée d'olives!... je crois que c'est "bien -

menu!...

— Il nie semble que voire fils crie dès qu'il a les yeux ouvcrtî. dit Adhémar tn retournant dans sa chambre à coucbir, suivi •!« son voisin.

— Oli! c'eslune hahiludc que je lui ai fait contracter i!epui= qu'ik est revenu de nourrice; toujours dans l'int/rét de savoir, 'i' ' 1^ poumons. Le petit drôle m- sera pas poitrinaire, je ' ponds... je veux qu'il chante UohiTl-te-Diahle à douze .

feu Lays cliaiilail Anacre'on chez Po/yrra/e... j'ai l'air d'u.. ..„ . ..bare, mais je lui ménage un avenir un peu doré, à cet euiaul-U... Tiens, vous avez encore votre lièvre...

Les yeux de monsieur Trouillade venaient d.^ nôtre. La veille, Adhémar avait accroché le liévi • et depuis, il n'avait pas songé à le placer en d'.h

— Kst ce que vous pensiez que je lavais mange celle nuit, dit Adhémar en souriant, et portant ses regards sur son lit ou tout mt dans la plus parfaite immubiliié.

— Non, non... mais si vous le gardiez trop longtemps... il fait chaud chez vous!

— Vous trouvez? vous êtes le premier qui disiez cela. Mais, au fait, voisin, qu'avez -vous à me demander, à me dire?

— Quelque chose de très important pour moi... je voulais wus appeler hier au soir... mais vousétiez pre->é... ce malin, ma leimua m'a dit : — Va bien vile chez notre aira ihie voisin , niQiisieur Jlarilly, il aime les arts , les artistes... et puis , il est ricUc... il ne regarde pas à l'argent, lui! ce n'est pas un lire-liard coiuoie Uial de gens du grand monde!..

— Enfla, mon voisin, supprimons les complimenl$, je \t>us ea prie.

' — Oh Dious! les complimenlsl jamais, avec moi, je les exècre... la vérité! l'iiiiours la pure vérité. M y voici : je vous dirai donc que, cédant aux vives solliritatioiis de plusieurs dircieurs. ;i.o:i'> .11..matiques cl régisseurs delà proxinee et de 1 eUm'enlendre à loul prix; j'ai consenti à donner ur

mon bénéfice... j'avais pensiS d'abord à louer la ; ,;

01} celle de la rue de L^ncry . mais (qut cela aurait été trop pelil...

— "N'ôus avez demandé l'Odéon?"

— Non, j'ai retenu la sallede lluel... Vous savez... le petit village de Kuel près Je Malmaison ; il y a là une salle délicieuse... et que l'autorité s'esl einnressée de nieiire à ma di-posilion. Il mdh-cste une loge de face. Hier, plus de cinquante personnes sont venues se jeter à mes pieds pour obtenir encore des loges ! mais je les ni refusées, car je vous gardais celle-là; ma feiiiine m'avait dit: Mets celle loge de côté pour notre clier voisin moi. sieur Marilly... Il sera flatté de feulendre... El on m'en aurait offert mille francs que je ne l'aurais pas donnée... la voici... c'est pour après-deiuaiu... cl je pense que...

Avant qu'Adhémar ail eu lelerapsde répondre à son voisin, ua grand mnuveinent s'opère iur le lit du côté de la léle; la ctiuvcrluns, un oreiller, un Iravcrsin sont jetés de côté, et Azéma sort do de»sous tout cela en s'éeriant :

— Je'spère qu'en voilà de la blague !... Ah! ah! monsieur Trouillade n'est |ias (iascon pour rien!

Le clianteur à roulades esl ilemeuré loul saisi à celte apparilioa inattendue; il ouvre cependant la bouehp pnir répoudre à la jeune nctiice, lorsqu'un autre raouvement s'opère dans le lit cette fois, c'est du côté des pieds que l'on rejette loul en l'air : couvertures. Iiiibillemenls, coussins, et la (muvre Emuieline, à demi suffoquée, met sa tète à l'air en murmurant :

— Ah ! il n'y a pas moyeu de résister plus longtemps... je me seni mourir!...

— Peux femmes!... deux dans votre lit, voisini s'écrie Tronill.ide en apercevant Isinmeline. Ilialdel je vous en f.ns mou c>>nipliincnt.,. Miiis ('tes un petit .Niidaii.ip.ile ' il e.^t \rai mie moi uac cert«iiiû fois, j en avais ipialre... sans eoinpler les chats:

— lilli 1 uiousicur Trouillade, il ue s'agit pas d« tous... Golte jeuo*

CE MONSIEUR

. s'écrie Adbêtaar en courant à Em-

femmeapcrdu connaissance t..

Uoline, aitJoz-uiui à la secourir...

— Calmez-vous, dit Azéma qui a saule hors du lit et soutient déjà la tête d'iimoieliiie, qu'elle dégage de son lieliu et dont elle cherche à dégratl'er la robe. Ce ne sera rien , l'excès de la chaleur... Uaine ! elle mettait de l'entêlement à rester là-dedans... Moi, quand j'ai été certaine que ce n'était que^uioacainaradeTrouiUade, ie me suis donné de l'air...

— Mais elle ne revient |itts à elle. ..Enimelinel... chère Eihineline,, voyez donc, ses membres se raidissent... ses veines se gonflent...

— En effet... je crains que ce ne soit une attaque de nerfs... Oui) oui! c'est une attaque de nerfs! s'écrie TrouilUuk, je m'y

connais!... ma femme «n a souvent... c'est depuis qu'au théfttre, on kii a tant jeté de bouquets, de couronnes...

il n'y a rien de mauvais comme cela pour les nerfs... aussi, moi, j'ai défendu qu'on me jette rien... je suis très nerveux aussi... je serais capable d'avoir des Rvncopes !

Azéma et Adhémar ne s'amusaient pas à écouter ce que disait Trouillade ; la première avait trouvé des ciseaux sur la cheminée, et elle déshabillait Emmeline en coupant cordons, lacets et tout ce qui retenait la robe et le corset; Adhémarcouraitdetous côtes dans sa chambre^ il cherchait de l'eau , du sucre, du vinaigre, tandis que la jeune actrice lui criait :

— De l'élher... des sels... ou au moins de l'eaudeflourd'orangei-, cela vaudrait mieu.x , en avez-vous ?

^MonDieu,non!...

je ne crois pas.... mni^ si, j'en avais l'auiic jour...

— Attendez... attendez ! je sais ce qu'il faut donner à cette jeune dame pour la faire revenir , dit Trouillade, en prenant un air doctoral, nevous inquiétez pas... je vais lui chercher cela... vous verrez qu'elle reviendra tout de suite...

— Alors,courez donc.

mon voisin dépêchez-vous, je vous en prie.

— Je vais chercher te qu'il lui faut... heureusement j'en ai chez moi... Oh! j'en ai toujours, je suis un homme de précaution I

Le voisin est enfin sorti pour aller prendre chez lui ce qui doit calmer les nerfs d'Emmeline. Mais à force de chercher de tous côtés, Adhémar a trouvé de l'eau de fleur d'oranger, Azéma en verse quelques gouttes sur du sucre et parvient à en faire prendreàla malade, qui semble déjà- se trouver mieux.

— Elle est bien gentille! dit Azéma en considérant Emmeline, ahl mauvais sujet... je comprends bien que mon déjeuner ne vous séduisait pas... mais pourquoi avoir ouvert... pourquoi s'était-elle cachée aussi...

— Ah! tout cela serait trop long à vous raconter...

— C'est juste, et d'ailleurs cela ne me regarde i)as... mais elle a sur son visage des marques... comme des coups d'ongles, des égra- Jtiguuiee,.* Pauvre petite femme! oh| je guis bien sûr que «e n'e^i

rrr n™t»r„

pas vous qui lui avez fait cela... et je comprends maintenant poarquoi elle se cachait... Sapristi ! si Uardajos ou tout autre se permettait jamais de détériorer mon physique!... je jure bien qu'il ne s'en irait que sur une palte! Tenez, elle va mieux,., les couleurs reviennent... tant mieux, car je n'ai pas grande conflance dans ce que le voisin va apporter; encore un fameux craqueur que celui-là I avec sa représentation à bénélice à Kuel!... Il est joli le théJtre de Uuel!... on ne peut pas tenir trois en scène... Farceur de Trouillade I si celui-là chante jamais à l'Opéra, je retiens la salle I

Le retour du voisin met flii aux réflexions de la jeune actrice; M. Trouillade entre d'un air triomphant, tenant dans sa main droite quelque chose qu'il ne montre pas encore : il s'a[)proclie du lit, repousse Azéma et Adhémar de l'air d'un opérateur qui craint qu'on

le trouble dans l'exercice de son art; puis approchant sa mam droite du nez de la malade, tandis qu'avec la gauche il lui soulève doucement la tète, il fait respirer à Emmeline une énorme gousse d'ail.

— Qu'est-cequec'est que cela! s'écrie Adhémar, vous lui mettez un oignon sous le nez T

— Un oignon! c'est bien pis vraiment! dit Azéma ; ne sentez-vous pas que c'est de l'ail qu'il vient d'apporter.

— Laissez-moi donc faire! répond Trouillade en continuant son opération. Quand je vous dis que c'est d'un effet immanquable î...

Tenez... voyez... elle s'agite... elle ouvre les yeux.

Emmeline , dont la pâleur était moins effrayante, s'agitait en effet sur son lit, mais de sa main elle semblait vsuloir repousser ce qu'on lui faisait sentir, et bientôt elle balbutie :

— Otez... ôtez-moi cela, je vous en prie...

cela me fait horriblement mal au cœur...

cela me rend plus malade.

Adhémar voyant que Trouillade s'obsline à tenir sa gousse d'ail contre les narinesd'Emmeline , le saisit par le milieu du corps et lui fait faire une pirouette en lui disant:

— Mais ôlez-vous donc, .vous voyez bien que cette odeur lui déplaît I

— Eh! vous voyez bien aussi que cela vient de la faire revenir! dit Trouillade en se mirant dans la glace et se posant comme sa statuette. Est-ce qu'il faut toujours écouler les femmes, quand ellei disent : Otez-moi cela!...

— Ma foi, dit Azéma, je ne sais pas si c'est votre gousse d'ail qui A fait revenir madame; mais, en tous cas, si j'ai quelque jour des attaques de nerfs en votre présence, je vous prie, mon cher camarade, de ne point faire usage de votre spécifique pour me faire revenir... ça m'empesterait trop!

— Très joli! très joli! murmure Trouillade en allant caresser le lièvre, elle n'aime pas l'ail, et je l'ai connue ne dînant qu'avec des saucissons de trois sous qui en étaient parfumés... Mais alors on n'avait pas un enlreten''.iu' Andalour' et on attachait ses souliers avec des ficelles ! Pécaiiîo... VA I... qfxwà tu sauras tes rôles, toi, j« «iNitier«if»u(«ioi-sI ~ I

C'était le petit Kudose qui, en voulant chanter et parler oonliuuellement, venait d'av.iler sapratique. — Tage 17.

Adhémar a replacé Emmeline convenablement sur son lit, A/.éma 1 trouvé un flacon d'eau de PorluRal sur la cheminée, et elle en reoand dans la chambre avec profuïion pour chasser l'odeur de I ail ; & jeune malade se sent mieux, et commence à sourire à Adhémar qui lui témoigne tout le chagrin qu'il vient d'éprouver en la voyant

CE MONSIEUR

se levant, je les plaindrais davanUge, s'U avait moios d'arnoor-propre et si sa femme était moins coquette... Et puis c est sa manier» d'élever son fils que je ne pardonne pas à TrouilWe : non content de le faire crier sans cesse, il lui donne à pfnne a mançer; le fo-r, il dit au petit garçon : Si lu veux te coucher anr. souper, je te donnerai un sou. L'espoir de s'acheter quelque friandise avec un f>m

^ iv e d^coirnaissance. Pendant ce temps, le ihantcur à roulade a ; nerai "" ,--,,VX:uc^^ti7Î^leŒa^n ma. ^^s

Lrt^i. de sa poche un petit panier rose qu'il pose sur la cheminée . , lait que J enfant jeeeptc '^^;^^l^'^^'^^^l .„ J^donne-

en disant. , ,, , ,

— Voici la loge, raonsieu. marilly... je la mets la... sous te chan délier non diable, on pourrait répandre de la bougie dessus... Je la mets sous ce verre... non, je vais la mettre dans ce vase, elle y sera plus en sûreté. , ,,„

Adhémar ne répond pas à son voisin, car, tout occupe d Lmmeline, il ne l'écoute pas, et n'a fait aucune attention h ce qu'il vient de dire. Il se penche vers Emmeline , lui prend la main et la presse dans la sienne, en murmurant :

— Comment vous trouvez-vous à présent?

— Un peu mieux...

cependant, j'ai encore bien mal au cœur...

— C'est l'ail de notre voisin Ti'ouillade qui est la cause de celai dit Azéma en riant!

— L'ail, faire mal au cœurl jamais! dit...

Trouilladc , cela préserve de la peste ; il faut que ce soit une autre cause... qui...

que...

Tout en parlant , Trouillade vient de porter ses regards du côlé du llôvre ([ui est toujours pondu à l'espagnolette ; alors, comme frappé d'une idée subite , il se claque le front, et tire sa chemise en bouffante ; en s'écriant :

— La cause!... eh!

mon Dieu! nous la cherchions , la cause ,

la voilii Ironi do

Dious! elle est évidente... je la sens d'ici !

c'est ce lièvre. .. ce malheureux lièvre qui sent fort et donl l'odeur |iorte au cœur do madame... et tant qu'il sera lîi, son malaise ne se passera pas. ..attendez, madame.je vai s vous débarrasser d e cette malheureuse bè.

te... je suis désolé de

n'avoir pas songé à cela plus tôt...

En disant ces mots , Trouilladc court au lièvre, le décroche, et disparait avec, en criant -.

— Soyez tran([uille, madame, vous ne le sentirez plus.

On entend le voisin sortir et refermer sur lui la porte du carré. Azéma s'est jetée sur nn fauteuil, et elle rit aux éclats, en s'écriant :

— En voilà une sortie!... Il ne l'a pas manqué eoUc-là ; il n'en fera jamais de si belle au théiUre! Ah! scélérat de l'i^'aro! comiiu' il fait bien le lièvre!... Qu'en dites-vous, mon voisin?

— l\Iafoi! je dis que j'aime aulant que le lièvre lui ait l'onrui l'occasion de s'en aller... Je ne suis pas du midi , et je n'aime pas l'ail. Du reste, mon lièvre ne pouvait pas lui échapper; car, hier au soir, il avait déjà jeté son dévolu sur lui.

•^Loe pauvres gsusl il uc sout pas Ucuicua, ro|>i'«ud Aiéiua eu

U roàtc luiit i

oeje ras un sôu. Alors le petit Lyçoris. qui meurt de faim et veut déjeuner rend le sou qu'il a recuMa veille et le père a trouve le mojea de supprimer un repas à .son flls. .Mais pardon , je babille, et je n« pense pas que je vous ennuie. Madame n'a plus besoin de mes setvices , je redescends chez moi... si quelquefois vous vous trouviez •* encore indisposée et

que je pui.sse vous être utile, appelez-moi , ne TOUS gênez pas... je monterai tout de suite.

Au revoir, mon voisin.

La jeune actrice fait nn gracieux salot k Emmeline. adresse ud sourire à Adhémar, et s'éloigne en fredonnant un air de contredanse.

— C'est une fort bonne personne , fort gaie et que je crois très obligeante, dit .adhémar en regardant aller sa voisine.

— Oui, répond Emn.eline , en tiiant ses

eux surceux du jeune il imme . mais elle vei-iit déjeuner arec -' IIS, et je n'aime pas C'ia...

— Elle venait me reposer., mais si vous

ez, comme je l'espè- . entendu notre conrsation , vous devez : e certaine qu'il n'ei-le aucune relation i.iiime entre nous.

— Si cela n'esl pa.^ ■ iieore. d'après la vi- M;e que celte demoi- ■■lle vous faisait ce

ilin, je pense que e la ne tardera guère.

— Ah! Emmeline, vous êtes cruelle, vous pensez tout de suite des chose*...

— U me semble que.

quand une femme vient olTrir .à monsieur de déjeuner chez lui, en léle-à-lèle... on saii bien ce que cela veut dire... Pourquoi aussi lui avez-vous don né des perdreaux à celle... demoiselle?...

— Mon Dieu!... le hasard... je l'ai ren:onlrée dans l'escalier hier au soir, comme je remontais avec mon gibier.

— Voyez-vous, vous m'a\iez bien parlé d'un lièvretout à l'heure, mais vous n'aviez eu garde de me par.\r des perdreiux!...

— Eh mou Dicul ma chère amie, j'ai bien autre chose ians la téta

— Elle a l'air terriblement hardie, celle... Azéma... Ah! si elle ne m'avait pas découverte dans le lit, j'y aurais étoutfe plutôt que de me monirer.

— Vous auriez fait là quelque chose de bien adroit I

— Eh bien! que faites-Tous donc ? vous vous hahillexT

— Sans doute; il me semble qu'il esl temps. Mou Dicul onze heures et demie passées...

-« Est-ce due vous allez sortir T

devant sou voisin. — Paga 36.

ei UONSIEUR.

— Oui.., J'ai alTnirft ce matin... nne affaire indispensable...

— Jo veux me Imcr... Je veux smlir avec vous... i'uurquoi donc m'a-t-mi Hôslialiilli'tj'?

iùi |i<u'lniit ainsi, Ivriimelino sViait soulevée h demi, et clicrcliail i coiivi'ii' sa (joiti'iiie: putis Adliciuur courl h ollu, ut lui dit d'un lou biuii iliiuk :

— Ma clière Rmmeline, je vois ciicz mon apent de change... car JL' n'ai pas iiii sou ici... J'ai [i.tJu iiier au jeu ce (lue j avais encoie, cl il faut de l'ar^'Ciit , il ni'eii faut ce uiaiiii même: cai vous savi'z (|Li'oM lie vit pas sans artcenl. Cl il'aillfurs j'ai une dalle (le jeu à aciiiiillor, el cela doit se (layei- dans les vingt-qua'.re Jieures...

— Ali' (pie c'est yijain de jouer... Combien avez-vous perdu?

— Qu'iiuporlo c'est fait... Mais vous voyez bien qu'il faut que je sorte, et i|uo je ne puis pas vous emmener avec moi.

— O'est bien amusant. Mais au moinSj vous ne serez pas .'onijtumps...

— Je me dépèclierai... J'ai encore une course ou deux à faire c matin. Je me bâterai.

— U ic course ou deux... Et oij cela?... cbez qui?... pourquoi?...

— Mon nicu, ma chhre. limmeline, ce serait trop long à vous conter... Ne pourrais je doue l'aire un pas sans que \çt\\» me demandiez on jf vais... N'avez-vous donc pas assez de conf^itce en moi pour être tranquille ?...

— Ohl non je n'en ai guère... D'abord, je vous préviens que je suis 1res jalouse lies pcn.-; (pie j'aimi-. Ht^ginald suilail toute ia journée, cela nr(''tail bien ('gai, je ne l'aimais pas; inats vous... oli! cela ne se passerait pas de nii>ine... Si vous ne m'CTOpieniez pas, je vous sni\ra!s... el je saurais... el je saurai^ t|jiîj) si vous me trompiez ,' '

— Allons, ma bonne amie, ralmez-voiis, vous venez d'être malade... la .scène de ce malin a du aussi bunlcvcrser vos sens... Vous avez besoin de repos... làcliez de ilorniir, cela vous fera du bi(Mi.

— C'est cela! dormir... oh! non... je vais pleurer [)lulùt jusqu'à ce que vous so\ez revenu.

— Ce .serait bien spiritud! Mon Dieu! il n'y a donc pas de femme raisonnable.

— Allons... ne vous fâchez pas... je serai sage... je ne dormirai pas... mais je penserai à vous... Je me dirai : je suis chiZ lui. avec lui-, il va revenir; d(;sormais nous ne nous quitterons plus, je me trouverai bien heureuse.

Adhi^inar rie rii'nond rien ; il se bM? de terminer sa toilette; il prend son iiisi'riplion d.ins son sccr(^laire» la met dans son porïiifeuille en poussant un soupir... puis il regarde sa p ■ndule... midi va liiinl(5t sonner, il n'y a pas de temps à perdre, Il couiteinbrasseï Emmeline, qui l'a suivi les yeux dans la chambre, et ne peid pas un seul de ses iiiouvei^^t'iils.

— Adieu, ma bonne amie.

— Adieu... Oh! ça me contrarie bien que vous sorliez...

— Je vous ai dit que je ne pouvais pas faire aulrement,.. Adieu...

— Adliémar!...

Adhi^mar, qui était contrôla porte, s'arrête el regarde Emmelin'' Celle-ci lui lait signe de revenir.

— Que me voulez-vous?

— Que vous m'embrassiez encore... ce n'est pas assez d«Ae fois.

Adliôm.ir embrasse de nouveau sa maîtresse, mais un peu vivt, ment; [luis il sort de sa chambie à coucher; au moment où il ouvre la porte de sec carré il enlend encore la voix d'Emmeliue

— Adhéniar!... Adliémar I...

— Qnesi-ce que c'est répond le jeune homme sans revenir celle fois dans la chambre à coucher.

— Vous vous dépêcherez, mon ami...

— Oh! oui!... oui!... sacrehieu! oui!...

Et après celle réponse un peu énergique. Adbémar sort vivement et descend son escalier quatre à quatre, de crainte de s'eiitendro appeler encore. Arrivé dans la rue, il marche à la hâte vers une place de cabriolets, en se disant :

« Dans quel guêpier me suis-je fourré! Voilà une petite femme... bien gentille, certainement, mais dont je croyais faire une sinqde connaissance... de ce^ liaisons que l'on rompi quand on veut... car enfin je n'éprouve pas pour elle une grande pa.ssion. Eh bien, il font que celui avec qui elle élail !a batte... soi-disant h cau.=:e de moi... enlin elle nie tombe sur les bias... au moment où il m'est indispensalde de vivre avec la plus stricte économie!... Je ne puis |iouilaiil pas repousser cette jeune l'emuîé , qui serait mainleuaut sans

resaonrceg... et si du moins elle mn promcHait une Bocté^S (!ow»e,

aimable... Mais il n'y a pas Irol- heures qu'elle est rli' z moi , el d(5j;i elle voudiail m'empAchcr de Mirlir, el elle prélcnd quejt-lLi rende cmnpte de mes niolmlrcs actions!... .0 mon Dieu!... ce i|ii^ nous Koiiiint!s convenus d'ap|ielcr du bonheur, nous autres liijmme» h bonnes fortunes, ne serait-ce en effet qu'une longue agiiùtion iioni|ieiiS(!, ne laissant d.iiis notre cmur que la diirepiioii et les re grets! iMilin, j'ai essayé de me distraire, et niainleiianl il fautxuivre h' torre-iit! D'ailleurs, Malthilde est charmante... je l'aime véritalda ment, celle-là!

Adliémar ne se souvient pas qu'il en a dit aulanl chaque foia qu'il a formé une liaison nouvelle.

Sachant bien que son ag(Mil de change lui remellra de l'argent ' avant même d'avoir opéré sur son inscription, Adbémâr chI iiioiil(3 dans un cabriolet pour se faire conduire cbez celui i|ul esl devenu son banquier. Chemin faisant, il se dit: •• Vemlrc c«nl franco dd renie, ce n'est pas assez mainlenant!... Je ne i.'ftrderai poiiil Emmq- / line avec moi; non, car je ne serais plu-^ libre, et c eht biei. Iq > moins ipie je conserve ma liberté !... elle me coule assez elierl i;<ùï i je mettrai celle jeune femme dans un petit logeineni iiue.jo iB^aj blerai. . ,uiir tout ."'la je puis bien eninpler qm; mille fiaap.K ^e seroir pas (le trop... b-^uiie. il faudra qn ellt vive... el moi a.uç.^iT,f , Itelourner à chaque instant chez mon ageii' de change pour VCrj((i'e^ dos lambi.MUX de rente... cela m ennuie. SI je vendais tout... maflji, j'en ai bien envie... au moins j'en aurai |iour longtemps dt^anl moi... A la vérilé, quand ce sera dépensé, il ne me resléra' plo!?'' absolument rien..., oui. mais sachant que je n'ai plus d'autre res- ' source, je serai plus économe. D'ailleur.'« qor; saii-on! on Oit qu'f-v^c de largei t on fail de l'argent. Je tiniclieia; up.e quar.uilaine du mille francs... je pourrai essayer quelque ^péeuia^-iu... Ma foi, c'est décidé, je vais tout vendre.

Adliémar est enchanir^ de son idée. Il entre chez son agent de change d(! l'air radieux d'un homme qui a fait unetJi'"''JJlenU; aliairC; el lui remet son inscription en lui disant :

— Je vends tout.

— Vous pensez donc que cela baissera, lui dit-on, et vous voulez ensuite lacbeler.

Adliémar laisse échapper un demi-sourire en murmurant.

— Hum 1... pent-êire... j'ai d'autres projets!...

— Vous savez où il faut aller signer à la Bourse.

— Oui, oui ! oii ; je connais le chemin. En aliendant, veuillez me remettre toujours cinq mille francs.

On donne à Adbémar la somme qu'il demande, il remonte dans son cabriolet en se disant :

— Irai-jecbez Bourdichon d'abord... C'est que je n'ai pas déjeuné» et au milieu de tout cela je meurs de faim! car hier au sou|)(,;r , j'étais trop amoureux pour manger... je suis encore très amour'ë'ix , certainement... mais uu amant qui n'a rien pris depuis la veille et qui va à un rendez- vous... à un premier renilez-vous snrtonl... oe serait dangereux !... Je sais bien que je puis proposera Mathilde fie déjeuner avec moi, mais il n'est pa? sur (lu'elle accepte, el puis les femmes ne nous pardonneul de nianger que quand nous avons ■ épuisé toutes les autres conversations... Alloua déjeuner.

Adliémar si' f.iil conduire au café de Paris : il dit ;i son cocher <1? l'attendre, et il déjeune comme quelqu'un ipii veut réparer le lemj^s perdu, et tout en faisant dispar»î're des rognons et des côtelettes, il se dit : • N

Celte pauvre Emmeline qui m "..end!... elle na pas déjeuné non plus... el chez moi il n'y a rien... Ah! si... la moitié d'un , ot de gelée de pomme... mais elle est maî.-:de... elle a eu une alta(j-ui de nerfs, elle ne doit pas avoir faim. D'ailleurs, ce n'est pas ina faute ; mais si j'allais la trouver maintenant, elle ne me laisse, lit plus repartir, et je ne voudrais pas pour tout au monde in.inqii..'r mon lendez-vous avec madame Bourdichon. Il faul d^mc me lésoudreà laisser Emmeline se [la.sser de d'Jeuner... mais, par exeiniïle, j • lui ferai l'aire un petit diner fin, bien gentil, bien friana pour réparer cela... Voyons 1 heure... une heure el demie... faisons-nous conduire aux Tuileries- il faul toujours arriver le premier... à uu premier reudez-vous.

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