‹ MoustacheChapitre 273 sur 281 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

WE PLAISAKTEniG DE M. TROUILL.VDE. — TEOP DK BONUEUR E\ AJIOl'R.

Adhémar s'est hâté de metire la famille Subl'mé a sa porte, Il i dérobe aux remerciemenbi des dames-, il ne s'est même pu

CE MONSIEUR

atierçn que maiîemniselle Tdalie lui a pressé tendrement la main, il enlie dans sa rnaison (;l dit à sa |)lJrli^re :

— Vous avez fait ce que je vous avais dit. madame Coquen.ird?

— Oui, niO[isi(;ur.., Oli ! le dîner ne s'csl pas fait alleudrc dis mimili'S, ou l'a monté comme vous l'avii;?, ordonné.

— Très bien : et celte dame n'est [las descendue vo'i° "arleiT

— Celle (lame, elle est sortie... oui, monsieur... uiai« ei./iron pur les huit licnies.

— Ciiminenl! elle est sortie... Kmmelinel

— Ali! c'est madame iMiiraeline? J ignora.'s son non...

— Et à quelle lieure esl-elle revenue!...

— Itevciuie? mais, monsieur , cette jeune dame n'est pas

revenue.

— i;ile n'est pas rentrée... elle n'est pas cliei! moi maintenant... Allons, vous vous trompez, uuidaine Coquenard.

— Nom. monsieur, et la preuve que je ne me froivpepas, c'est quev'là voln; eleftiuc celte dame m'a remise en sortant.

— Ma rief... il .serait possible... mais que vous» a-t-elle dit en vous remellaiit celte clef.

— Monsieur, la jeune dame avait un air... très peu causeur... elle a jeté voire clef sur ma lable en me disant : Voilà la elef de fhez bI. Marii'y. lirez-moi le cordon!... Oaine elle avail un lou si sec en disant ea que je n'ai pas osé lui adresser de questions... et puis, vous comprenez... on craint de paraître curieuse.

— C'est bien, madame Coquenard, donnez moi de la lumière, s'il vous plaît.

Adhémar avant sa clef et de la lumière, remonte chez lui en se

« Elle est partie... elle est fichée contre moi, h ce qu'il parait!.. . pauvre Enimeliiie! où est elle allée!... Il est certain qu'elle n'avait pas lieu d'èlrc satisfaite: sorti depuis ce malin, je la laisse souffrante et je ne reviens pas de la journé-,; savoir de ses nouvelles!... Ah! je m'en veux... cela me l'ait de la peine! mais ce nouvel amour!... u'élait-ee donc pas assez d'un (lour avoir du tourment. Montons vite, elle m'aura sans doute laissé une lettre. »

Adhémar est arrivé devant sa porte; il entre chez lui , se hâte de couru- à sa chambre à coucher, tout est comme lorsqu'il est parti le matin, le lit défait, les habits de bal encore sur des chaises; il est surpris de n'apercevoir aucun vesliffc du dîner qu'lînimelifie à dû faire; plats, assiettes, bouteilles, il n'aperçoit rien; mais en regardant sur sa cheminée, il trouve une lettie à son adress«^; il l'ouvre et se hâte de lire:

'( l\Ionsieur, votre conduite avec moi est inf!\nie! Après tout ce » que j'ai soufl'ert, lorsipie je viens vous trouver, (piiind je vous » disque je n'ai plus que vous pour appui, vous me laissez chez » vous, vous me quilti'z, vous ne revenez plus de la journée... » peu vous impolie, même, que je n'aie ni déjeuné, ni diné... que » j'aie besoin de quelipie chose; c'est par trop me prouver que je » vous suis à chaific. Adii'ii, monsieur, j'aime encore mieux vivre » avec un homme qui est jaloux et me bat, qu'avec quelqu'un qui » me dédaigne, et ne songe pas même que je manque de tout clie » lui, pendant qu'il s'amuse ailleurs.

» Cmsieline. »

«TîUe manquait de tout!... elle n'n pis dîné! s'écrie Adhcitnr rp'C^ avoir In li lettre. Olil par exemple, c'e>t trop f-Tt... Q le je sois filèlc.. pisse!... iini< que je l'aie oihliée à ce p'int... Q l'est- ce qne te'a veut due ?... j'ii beau legudi'r i.e tout eôié... pas d'assiel'es... de coiivirts... de piin. . cerlaieaiuent il scnit resté qmlques traces de ce diner... ati I c'est a ce doniur au di: lile. >>

Le ji'iuie homme redescend chez sa portière. Celle-ci all.iit se. coikIi i-, elle passait sa caniisolle de nuit. Adliumu" l-.'p;ie au currean comme un furieux.

— Mon Dieu, monsieur, s'écrie la jiortière, qu y a-t-il donc? vous m'avez effrayée.

— Il y a, madame Coquenard, que cette dame n'a pas reçu le diner que j'ai coniman.lé et payé pour elle, qu'elle est siu-tie de chez moi en pensant que je vmilais la |.>is>er mmirir d'inanition, et qu'il y a biiui de quoi être furieux.

— I'"u vnilh une séxèriM elle n'a pas reçu le dîner que j'ai vu monter... une pM-amiile de ^lals bien couverts, des lioiiteillea el du pain dans un iianier;,.. que ça seiilail un fumet de roil

— Il n'y a pas de vestige de tout cjIu chez moi...

La portière reste toute saisie, elle et le jeune homme se reirardent quelques moments en silence, tout il coup Adliciuar s'écrie •

f— Où avcz-vous dit au «ai cou de sonne'" ?

— Dame, monsletir, chez vous... la porte en face l'eecalicr.

— Alil parbleu, nous sntnmeg bien sols de clierrher «i longtemps ce que ce dîner est devenu... Il n'y a, en général, rien de à distrait que ces parçon» qui portent en ville! vuu» leur dites i paiielie, en face, jlx ne vous écoulent pa« ; car ils vont loiijoun frapiier ailleurs! «juand vous atlemlez a d/^jeuner ou à dîner. » vous ne fueltez pas le parçun par la feoè re. voii= (i-.T.'^7 ^'n* eert-?in qu'/. se trompera. .Madame Coquenard. il e-i ■-h^rrtic plus lnngtC">os: |i; pa.'çon aura sonné étiez ■ 'Uillade; il aura eu malheur de dire : <■ Vnlci .e d.m-i ..and* et payé..,» on se sera bien donné garde de le reinu.rr;

— Qi'ni, mon-ieurl... vous pen*ez que es Trouillade aartient été cap.ibles... ce serait un abus de conliance indique!

— Non, madame Coquenard, c'est tout simplement le garçon qui a fait une bévue dont ils ont profilé!

— C esl donc cela... eux qui sortent tous les =oir«... personrie n'a démarré aujourd'hui !... lisseront restés à se régaler... Ah! j'ai bien envie d'aller b'ur faire une scène...

— C'est inutile, madame Coquenard, ça ne les empôchejail paa d'avoir mangé le dîner, et ma jeune dame n'en scr.iit pas moin* partie !... Aprô- tout... c'est peut-être un bonheur... pourtant cela inc fait de la peine... mais il y aura un moyen d'avoir la preuve de ce que je soujiconne. Le garçon est-il revenu chercher tvt plats?

— Non, monsieur; oh! pour çà j'en suis sûre, d'ailleurs c'e«t son habitude, il ne revient janiiiis que le lendemain malin.

— Uh bien, quand il viendra demain malin, montez arec lai. et vous verrez bien où il va b;s cbeieher.

— Ob' vous avez parfaitement raison, monsieur, et Je vous r^jionds que je confondrai le chanteur aux grands airs... Il nous fera des brati , brava I des Fif/aro dans l'escalier, et il mangera le diner d'un autre!... oh! mais je leur parlerai, moi!...

— En attendant je vais me coucher... car je dois sortir demain de très bonne heure.

Adhémar remonte chez lui, il se hàle de se mettre an lit, et là. Il

se dit:

« Rmmeline est retournée avec Réginald... si j'avais pn prévoir cela, je n'aurais pas loué un autre app.irlemcnt et acheté des meubles!... je veux faire des économies!... me voilà avec deux logeu-.ents sur les bras... cl ce soir j'ai encore perdu près de doux mille francs h la bouillotte!... je ne pourrai donc jamais me corriger... Ah! si elle avail voulu me pardonner... elle! je l'aimais bien... malgré »

Adhémar n'en dit jias davaulage, ses yeux se ferment, et il s'endort en balbuliant un nom qui n'est pas celui d'Emnieline, ni celui de Matlulde.

Au point du jour, le jeune homme est éveillé, il regarde .autour de lui, se frotte les yeux, rappelle ses idées; lorsqu'on a plusieurs intrigues à mener de front, c'est presqu'iiii travail, et il faut de la mémoire et de l'attenlion pour n • pas coefoudre les unes avec les autres; mais, depuis longtemps, Adhémar esl habitué .\ ce genre de vie; il se rapiielle la visite que MatliiUle doii lui faire; le bonheur qui l'attend, ce malin même; houlieur qu'il désire avec d'autant plus d'ardeur qu'il ne l'a pas encore connu avec elle. lîmmeline, et tous les autres souvenirs soiil bannis de .«on cœur; il ne pense plus qu'à Mathildr, c'est elle qu'il adore en ce niomenl, et il se lève vivement ; car il se rappelle que c'est dans son nouveau logement de lu rue de Navarin, qu'il doil recevoir la visite de. madame Itourdiclion.

Dépôehons-nous , se dit Adhémar en s'habill.mt h la h.Ate . il n'est pas encore sept heures du malin... une petite maîtresse ne peut pas sortir avant i>euf heures... malgré cela il vaut mieux èlr« en avance... d^-iil leurs je suis curieux de voir mon autre logeuicjil et de quelle façon il est meublé... ce sera peul-êire fort cher... cl je n'ai pas songé î\ faire de prix... îi dire à peu près ce que je voulais dépenser... enliii c'est fait... me voici babille... n celle heure ;e gage qu'il n'y n encore personne de levé daiH l,i maison... pas même la portière... il faudra que ie la réveille pour me faire ouvrir.

Adhémar approchait de la porte de «on earré, «n hniil asseï singulier lui tait prêter l'oreille, ce bruit se fait loul contre sn piu'le d'entrée, c'est Ciuniue un cliquetis d'assu-iies, puis des pas sourds. ooiU'ie quelqu'un qui maiclu'rail pieds nus Le jeiinie hoiuiue ccuul îi sa porte, l'oiivro précipile.nimeni, renverse avec st» pieds un bol de pi>reelaiiie ipie l'on a placé eonlie sa (Hirle. e r.perçoil son voisin Troii'llnle. en cheuiise. et lenaiit dans ses lii^as u\u- pile dassiett.s qu'il allait déposer à o.'.ié du bol.

L'apparition d'Adhéni.ir a été si pi-omple que Figaro n'a pas eu le teiiins de ri'iilrer chei lui avcC les assietlei, et qu'il restt tout saisi devant son voisin.

CE MONSIEUR

Diable! voii'î étfs levé de bonne beiire, monsieur Tiouillade?

dit Adliémai'eii n'^Midanl le virluose d'un air railleur.

— Kli! bonjour, mon cher voisin... il fait fraisée matin... pardon, je rentre, je sens trop d'air par ici...

— Permettez, monsieur Trouillade; avant de rentrer, vdudriezvous bien me dire pourquoi vous veniez déposer celle vaisselle à ma porte?...

— Cette vaisselle... ehl mon Dieu, je cherchais un endroit... c'est si petit chez nous... mais cela vous (rênerait... je la remporte...

— Tenez, mon voisin , puisque vous ne voulez pas en convenir, je vais vous dire, moi, ce que vous vouliez faire. Mettre les assiettes devant nui porte pour qu'en vcna -l les eliercher le garçon traiteur ne put pas allirmci que c'élail l.ien chcï vous qu'il awiil porté le dinerque j'avais «rominandé, et que m)us avez mangé.

— {'onmicnt! qu'est-ce que j'enieuds! que mapprenez-vousl... Ah I troin dé Dumsl vous inc désespérez... Ce diner d'hier était pour vous... je l'ai cru pour moi! d'autant plus que, dans le Midi, les directeurs de ihéAtre envoient souvent à diiier chez un acteur qu'ils veulent engager... Cela se fait!... c'est même très commun!... J'ai dit à ma femme : Tiens ! c'est un Ici ou tel qui nous fait une galanterie... lit c'éiait pour vous!... Mais je crois qu'il reste encore un pilon de poulet à la tartare que je destinais à L) coris... si vous le vouliez...

— Bien obligé, mon voisin, vous pouvez garder les restes. Par exemple', j'espère que vous voudrez bien payer ce bol que j'ai cassé, parce que vous l'aviez placé sur mon paillasson. Ce ne sera pas payer trop cher le dîner que vous avez fait à mes dépens.

Adhémar descend vivement l'escalier en riant encore de la figure de M. Trouillade; et celui-ci, après s'être assuré que son voisin est sorti de la maison , va poser la pile d'assiettes à côté des débris du bol, en disant :

— Que la peste m'étouffe si je paie rien ! Voilà les plats... qu'on les prenne... Je me calfeutre chez moi , et je ne réponds plus. Avec le lièvre, nous avons encore à manger pour deux jours. Attends, Lycoris!... ah! polisson! je te vois ouvrir le butl'et... je vais à toi, drôle! je vais te donner le ton de l'Opéra !

Adhémar s'est fait ouvrir; il est sorti de sa demeure et monte dans un cabriolet pour se faire conduire dans son second domicile. 11 arrive rue de Navarin, oii l'on est encore moins niaiinal que sur le boulevard Saint-Denis. Il est obligé de sonner plusieurs fois et d'attendre longtemps avant de pouvoir entrer dans la nouvelle maison qu'il va habiter.

Enfin le portier a ouvert, Adhémar demande sa clef, s'informe si les tapissiers ont eu fini la veille, et monte chez lui, en ayant soin de dire :

— J'attends une dame... et je n'y suis que pour elle... vous entendez.

— Compris, monsieur... je suis habitué à ce genre de consigne; car nous avons deux Lorettes dans la maison !...

Le tapissier avait mis autant de zèle que de goût à son travail. Adhémar se trouve dans un délicieux petit appartement, véritable bonbonnière où tout est frais, élégant et gracieux.

— C'est charmant!... c'est ravissant! s'écrie le jeune homme en admirant son nouveau logement. Ce tapissier est un homme précieux ; il n'a rien oublié... jusqu'à des p'umes , du papier satiné dans le secrétaire... de l'encre, de la poudre d'or... de belles pantoufles sous le lit... jusqu'à des savons, des essences dans le lavabo!... tout cela me coûtera cher; enfin , puisque c'est à moi, jouissons-en toujours... nous verrons apiès... Une pendule sur la cheminée... Psyché el l'Amour... le sujet n'est pas mal choisi... le tapissier a deviné qu'il fallait de l'amour ici... pour embellir la vie , il en faut par. oui ; quel dommage qu'il faille aussi de l'argent!

La pendule marc]nait huit heures. Adhémar se jette sur une csuseuse, en se disant :

— Maintenant, attendons-la.

Une deiii-heure ne s'est pas écoulée, lorsqu'on frappe plusieurs petits cours à la porte d'entrée

«C'est elle se dit Adhémar en courant ouvrir. »

C'était Malliilde en effet; émue, tremblante, inquiète, mais plus séduisante encore par toutes les sensations qui se peignaient sur son visage.

Elle entre sans pouvoir même prononcer un mol; celui qui l'attendait ne parle pas non plus, mais il l'entraîne dans le fond de son Appartement; quand on s'aime quand on se l'est avoué et que,

pour la premiers fois, on se trouve seul avec l'objet chéri, on a trop do chosea à «e dire pour 8e parler.

Il y avait deux heur»s que Mathilde était avec Adhémar, et ce temps leur avait semblé bien courl à tous deux. Cependant tout a une lin ici-bas, et c est fort heureux, car si on ne Unissait pas, on ne pourrait pas recommencer.

Mathilde regarde la pendule en soupirant, et dit :

— Il faut que je vous quitte, raon ami... Pour nous revoir souvent ainsi, il iiefaul pas éveiller de soupçons.

— Quand reviendrez-vous? •

— Après-demain ;' mais cela ne vous empêchera pas de venir h la maison. Pour être heureuse, je voudrais vous voir tous les jours.

— Et moi aussi.

— M. Bourdichon vous voit avec plaisir •. vous m'apporterez des loges de spectacles... des billels de concerts... et puis vous viendrez faire la bouillotte ; voilà déjà mille motifs pour nous réunir...

— Je les emploierai.

— D'abord, monsieur, je suis exigeante ; je veux que l'on n'aime que moi... el que l'on m'aime beaucoup.

— Il ne doit pas être possible de vous aimer autrement.

— Savez-vous que mademoiselle Idalie m'impatientait, hier, elle ne vous quittait pas !

— Vous ne deviez pas être jalouse d'elle.

— Non, parce que j'ai vu que vous y faisiez fort peu d'attention... Ah! ce soir, nous allons à l'Opéra... venez-y; vous viendrez nous parler... vous resterez dans noir? loge. M. Bourdichon aime peu le spectacle, il est capable de s'en aller avant la fin el de vous prier de me reconduire.

— J'irai, je vous le promets.

— Votre petit logement est charmant! oh! que vous avez bien fait de louer ici I... Allons, il faut partir... Quel dommage! mon Dieu! cet amour sera désormais ma vie... Ah! je suis bien coupable I et pouvant je n'ai pas la vertu de me repentir... Mais si vous changiez jamais, si vous en aimiez une autre!... ohl c'est alors que viendrait la punition!...

Mathilde cache sa figure dans ses mains, mais Adhémar s'empresse de la presser dans ses bras, en lui disant :

— Eh bien I... que signifient de telles idées?

Mathilde est quelques instants sans vouloir montrer son visage. Lorsque Adhémar parvient enfin à se rendre maître des deux petites mains qui le cachent, il s'aperçoit que la jeune femme a les yeux pleins de larmes.

— Vous pleurez!.,, mais pourquoi donc?... Vous ai-je fait de la peine?...

— Non! oh! non!... mais pardonnez-moi... on pleure quelquefois sans savoir pourquoi....

Mathilde porte ses regards sur la pendu)3 et soupire en disant :

— Psyché et l'Amour! il me semble que leur liaison a eu une triste tin '...

— Cette pendule vous déplaît, je la changerai.

— Non, oh ! elle ne me déplaît pas ! Ne changez rien ici, mon ami, rien absolument. . et vous-même soyez-y toujours avec moi comme aujourd'hui. Je suis une folle de vous affliger... quand je suis si hejireuse de votre amour. Pardonnez-moi... Adieu, il faut qui je parle. Ce soir, vous viendrez à l'Opéra.

— Oui, c'est convenu... et après-demain ici.

— Oui, et votre souvenir partout!...

Mathilde s'est enfuie, légère comme une nymphe, jolie comme le plaisir; Adhémar l'a suivie des veux longtemps, ensuite il fait quel ques tours dans sa chambre et.^irtipire en murmurant :

« Elle est charmante... oui. j'irai à l'Opéra... j'aurai des billets de spectacles, de concerts... je ferai la partie du mari... toujours des occasions de dépenses... mais ayez donc une liaison qui ne vous coûte rien... .Maibildc aussi me croit riche... Certes, ce n'esl pas cela qui influe sur les senlimenis qu'elle a pour moi ; malgré cela , je serais Caché qu'elle connùl ma véritable position ! Oh ! la vanité!... la vanité!... mais n'est-il [fas bien naturel d'en avoir, puisque dans le monde, on ne recherche aue les jtens heureux. »

Adhémar s'est jeté sur un siège ; il y reste longtemps , absorbé dans ses pensées, puis il passe la main sur son front comme pour chasser de pénibles idées ; il se lève, e.xamiiie comme un enfant tous les meubles de son appartement, se met quelques instants à sa fenêtre, et se dit bientôt .

CE MONSIEUR

« C'est 'irrmrliiio qui est rauso qiip j'ni louii ce loïciriiMit... ?;iiivt(i KiniiM-liiK; '.. ii-loiirtirM- avec r^i; H('';,'iiialil (|iii l.'i mallrailc... CV.sl m:i fiiiile. il r:e tciuiil qu'à moi de la g^mler ; elli: le voulait, c'est ilaiis ic;lli: idée qu'elle était venue me trouver. Il me soinhlc niainliMiaiit que se suis fiché de ce qu'elle m'ait ()uillé, IJe qu il y a de cerlaiii. c'est que je ne puis pas laisser croire h Hiiimelinc que je voulais la faire mourir de faim chez moi... il faut absolument que. je me justilie. Qu'elle ne m'aime plus... c'est prohahle ; mais qu'elle ail de moi une si mauvaise opinion, je ne dois pas le souffrir. D'ailleurs, elle est bien (jenlille . Kmmelin" .. il me semble que je n'ai jamais eu aussi envie de la nivoir.. ICcnvons-lui, supplions-la de venir demain chez moi... chez moi, sur le boulevard pour m'cntendie lui expli<iucr ma conduite... Klle viendra, i'e le gage, et je sais par Madeleine le uiojea de lui l'aire tenir mon lillct. »

Adhérnar s'apnrocne in secrétaire pour écrire à Emmelioe, il s'arrùlo en se disant :

<i l't Malhilde... qui expose pour moi -son repos, sa réputation... sa vie môme!... je lui ai juré de n'aimer qu'elle... Si elle savait... Après tout, Kmraelme est une ancienne connaissance... On n'a pas le droit d'être jaloux du passé... et puis elle n'en saura rien. »

l.e billet pour Kmmeline est écrit. Adhémar se dispose à sortir loisqu'on sonne à la porte. C'est le lapissier, qui vient savoir si l'on est content de ses fournitures, et en même temps apporte son mémoire.

— .le suis très content, très-satisfait, répond Adhémar au marchand ; mais en même temps il fait une légère grimace, car il vient de jeter les yeu.x sur le total, et il a vu avec elVroi : cin(i mille trois cents francs.

— Seulement, reprend Adhémar, cela me paraît un pou cher!...

— Cher! s'écrie le tapissiei'. Ohl je défie à monsieur d'être servi aussi bien et aussi vite à meilleur uiarché; mais aussi j'ai employé huil garçons.

— Au fait, il est juste de payer le temps... moins on en emploie, et plus il est cher. Vous avez reçu mille francs ; dans la journée, je vous donnerai le reste.

Le lapissier salue profondément et se retire. Adhémar jette encore un coup d'œil sur son joli api)artcinent , et sort aussi en se disant :

Il Le fait est que c'est charmant... bien plus élégant qu'an boulevard Saint-Denis... je coucherai ce soir dans celui-ci... Mais si je donne congé de l'auire. il faudra qu'lînnneline vienne ici... qu'elle connaisse ma nouvelle demeure... elle est jalouse... elle arrive souvent quand je ne l'allend pas... elle pourrait rencontrer Malhilde... décidément, ce serait bien plus commode de garder les deux logements... Après tout! nous verrons au terme prochain... le mumenl de donner congé n'est pas près d'arriver. »

Adhémar se rend d'abord chez son agent de change ; il touciie ce (pi'on lui redoit pour le produit de la vente de ses rentes. Il met ses biliels de banque dans son portefeuille, et ne peut s'empêcher de soupirer en songeant que lorsqu'il sera vide, il ne lui restera plus rien. Mais le porlelenille est alors bien garni, Adhémar est jeune, les amours, les plaisirs occupent tous ses mouients : les idées noires s'évanouissent bien vite, lorsque la tûte est légère et quand le cœur est brûlant.

Après avoir soldé son tapissier, le jeune homme se dirige du cûlé de la demeure d'I-lmmeline. 11 se trouve bientôt sur les bords du canal, au même endroit où l'avant-vcille il était au rendez-vous. Mais eu ce moment, le tempo est beau, un vent vif et froid a séché la terre, et déjà la surface de l'eau l'orme une glace légère.

Cependant , en regardant les fenêtres d'Fmmeline , Adhémar a cru apercevoir du monde à une croisée ; lorsqii il e.U un peu plus loin il regarde de nouveau. C'est monsieur Uéginald qui est à la fenêtre; la gentille iMumelinc est à son côlé , et elle a sa lêlc amoureusement appuyée sur l'épaule de ce mcuisieur, et elle passe une de ses mains dans ses cheveux blonds qu'elle semble admirer en les caressant.

Adhémar se mord les lèvres de dépit, en se disant :

« 0 les femmes ! les femmes I si nous les trompons, comme elle nous le rendent bien I elles nous le rendeni même mieux, parce qu'elles y uielli'iil plus de linesse. lùnineline s'est raceot/iinodée avec sini lli'ginald, et, en ce imuTienl, je donnerais, je er >is, tout ce qui me re-le pour la tenir encore dans ma chambre. Oh ! mais elle y viendrai je le vcix... il tue semble maintenaii'. que je l'aime plus que Mathilde. »

ICt le jeune homme court trouver son commissionnaire habituel , il lui remet pour Madeleine la lellre que celle-ci doit remetlre ;\ sa maîtresse. Après avoir payé géuéreusemecH pour ôire bien servi, il

rentre il son logement du boulevard. Le carre est libre, le» assiette» et les bols oui disparu, et la porte du voisin est pa-rdilernenl fermée. Adhémar remet un peu uiirdre eliez lui. puis il réflécbil que s'il couche dans son autre logement, il a besijin d'y avoir du linge, des vêtements pour changer, et une foule de choses que l'on aime à trouver près de soi en s'cveillaiit. Il fait donc une lieconde part de sa garde-robe, après quoi il appelle madame Coquenard et lui iuod- Iranl les elTels et le linge qu'il "•ut emporter, il lui dil :

— .Madame Coquenard, desccnnez tout cela chez rou», puis tou« irez me chercher un liacre, dans lequel vous mettrez ces effets, el (juand cela sera fait, vous m'avertirez et je descendrai.

— I£st-cc que monsieur va à la campagne, qu'il emporte tant de choses? demande la portière en mettant les objets en paquel<.

— Justement, madame Coquenard, aussi ne m'attendez paa à coucher ce soir , je ne viendrai que dcmaio dans la matinée.

— Monsieur aura bien froid ii l" 'auipagne dans ce moment-cL

— J'aime la campagne, l'hiver, moi.

— Ah ! c'est différent, chacun son goût- La portière a fait ce qu'on lui a dit, et Adhémar arrive à son

nouvel appartement, où son portier se charge de monter les paquets, en disant :

— Je suis habitué à monter une foule de choses, monsieur, nou» avons deux lorettes dans la maison... el vous comprenez!... ces daraes-là reçoivent souvent des paquets.

Le nouveau locataire passe quelque temps h se caser et à mcllrc de l'ordre dans son domicile. Il trouve très drôle d'avoir deux appartements, il a tout à fait oublié ses projets d'économie ; on croirait, h la conduite que tient Adhémar. qu'il veut s'étourdir sur sa position, car dès qu'une réllexion raisonnable lui vient, il la repousse bien vite coranie un remède inutile el qui ne le guérirait pas.

Le soir, fidèle à .sa promesse qu'il a faite à .Mathilde, .\dhéraar se rend à l'Opéra et .se place au balcon, d où ses regards peuvent plus aisément parcourir la salle. Il aperçoit dans une loge celle pour laquelle il est venu, et un sourire expressif lui annonce qu'on la vu. M. Bourdichou est auprès de sa femme; il paraît s"ainu*er beaucoup moins que lorsqu'il était en tigre ; il dissimule fort mal des bâillements continuels. Dans l'entracte , Adhémar se rend à leur loge, Mathilde feint d'être surprise en le voyant; quant à Rourdichon, il no dissimule pas la joie qu'il éprouve de ue plus être seul avec sa femme; il dit à Adhémar :

— Vous allez rester avec nous... au moins nous pourrons causer... ma femme ne me dit rien... c'est ennuyeux.

— Mais j'écoule l'opéra, mon ami.

— Tu écoutes !... c'est fort bien, mais on n'écoute pas toujours. Miii, je ne viens ici que pour les ballets! .\h! vivent les ballets... ces petites femmes (iansent si bien !... cl pois, elles ont une tournure... des mouvements... enfin, c'e-t fort gcnlil. Malgré cela. j'avoue que le spectacle n'est pas ma passion ; j'aime mieux faire la partie... nous irons demain soir chez Le Doucel... viendrcz-vous... on joue ferme là...

Adhémar hésite, mais Malhilde a fait un petit clignement d'yeux qui signifie : « vous y viendrez, je le veux ; » et il se hite de répondre :

— Oui, oui, j'irai demain chez Le Uoucel... j'aurai l'avantage da me trouver avec vous.

— Ah I mon cher ami, c'est un plaisir de faire voire p.irtie... vous êtes si beau joneer... vous ne gagnez presque jamais, cependant... je sais bien que vous êtes riche et que la perle ne vous pêne en rien ; mais c'est égal, il y a des luilliouuaires qui sont très mauvais joueurs!.. . j'en ai connu!

Adhémar di.^simule une légère contraction nerveuse, que lui a causé le mol millionnaire; il reporte louto son attention sur .M.v thilde, il reste dans la lo,'e, car Hourilichon a été le premier à l'engager. Le mari ne s'en va pas comme on lespéraii, mais la femme Irouve bien le moyen de faire comprendre à son amant tout le bonheur qu'elle éprouve à être près de lui.

Le spectacle a fini, Adhémar prend congé de Bonrdiohon et dfl sa femme, non pas sans avoir eu cachette rencontré une m.iiii qui a lendrement serré la sienne; el il se rend à son logement de la Chaussee-d'Aiitiu, où il va coucher pour la prennèro fois.

Le portier de la rue île Navarin donne de la lumière à Adhémar en lui disant :

— Il est minuit ! mais je ne suis pas prêt à me coucher, p,irc« que (piand on a des orettes daiis une maison... vous comprenei, n'est ce pas, monsieur T

l.e lendemain, Adhémar retourne à son app.irlcment du boulevard, où il attend Lmmeliiie ; car il espèi-c bieu que la colère de la

CE MONSIEUR

eiine femme n'aura pastcnu contre la feltre qu'il lui a écrite ; et puis, il siiii par e\|ii'rienco. qu'une fcirtmc manmie l)ien moins au rt'iiili'z-»;.us d'un iiiuiinl ilnut elli' a » se plaindre, qu'à celvl de l'Itouiliif (|ui nr lui a pus l'ait d'uilidélités.

V.l. va l'IV.-l, ICmuieliue arrive, furieuse d'abord ; mais bleniAl piaiil aux larmes, an récll de l'espiéplerie de monsieur 'rrouillade ; |iui,'4 cnlin, pardoimarii et se niunlrant aussi ululante ([u'avunt dôire raeeonunodée avec M, Kéginald.

Kl le soir, pour complaire ù Malliilde, Adhcmar se rend îi la soirée dont on lui a parié : il fait la partie de M. Uourdielion ; il perd encore son argent, mais sa nouvelle maîtresse lui a dit bien bas : « A demain, u

l''ai'.esdonc des économies, en suivant ce train de vie; avccdiux logenients, doux maîtresses, dont l'une vous oblige à aller sans cesse dans le monde, à courir les bals, les speclaeles, les concerts ; tandis que l'autre désire queNiuel'ois un cliapeau, un bonnet, un io'i petit cliAle, (jcie son jaloux lui refuse, et que vous êtes trop galant, vous, pour ne point lui donner.

Qui'lquef(ns Adliéiuar fiisait de sages réllexions, il aurait voulu s'arrèlor... mais eomment?... Il aimait .MalliiMe et Kmunlinc, du moins il tàcliail de se le persuader ; car il semblait vouloir s'étourdir «t se l'aire illusion sur l'état de sou cœur, comme sur celui de ïes rmaiiccj,

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