CHAPITRE XI
LAMIE DE MATUILDE.
Quairemois se sont écoulés, depuis qii'Adbémar se partage entre Emmeline et Matliilde entre son logement de la rue de Navarin et celui (lu lioulevard Saint-Oetiis: celte passn)îi en paitie double, occn[pinl loulson teiii|)s, lui laissait peu de loisirs pour l'airo, de sages rellcxious; et, ce que les dame.s croii ont peut-être dlllieilement, c'est que loin de se nuire, ces deux amours se soutenaient muluollemciit.
Kn ell'et, avec le caractère léger d'Adhémar, s'il n'eût connu que la gentille [îmmeline, celte liai.son n'était semée que de peu d'obstacles: l'ennui, lïmionotonie se sciaient b.en vile glissés dans le cœur du jeune bonime, et son amour se serait ét>-.inl lotalcmiuil, faille de sensations nouvelles pour l'allnienler. D';;,'i autre côté, Malliilde était bien leiidre, bien aimante, bien passionnée même ; mais son mari ne la gênait en rien, il n'était pas jaloux, il ne \o^ail pas ce que d'autres personnes dans la société vovaienl pour lui; enlin, Malliilde pouvait venir facilemiinl chez Adliém.ir; elle ne manquait jamais à un rendez-vous. Klle y était toujours la même: c'esl-àdire toujours éprouvant et exprimant à son amant la môme ardeur, le même attacliemenl: et touti'elaéiait cliarmani, mais non pas de nature à fixer un volage. Tandis qu en se croisant, les deux intrigues donnaient jilus de piipiant l'une à l'autre; loi'squ'en retenant Adliéraar près d'elle, Emmeline lui faisait manquer un rendezvous avee Malliilde, alors son désir de revoir madame Bourdichon était bien plus vif, et il en était de même à l'égard d'timmeliiie, lorsque Malliilde, en exigeant qu'il vint au spectacle ou en soirée, l'empêchnit d'aller à un rendez-vous sur les bords du canal.
Vous penserez peut-être que si Adhémar avait aimé véritablement îlalliildeou Emmeline, il eût bien l'acilement sacrilié le caprice au sentiment, eb I mon Dieu! qu'en savons-nous"? le cœur delliomme est si bizarre! il j a des caprices qui deviennent bien tenaces (|uand on veut les chasser, et desseutimeuts qui sont de si bonne compu- Eilion.
Malheureusement, au milieu de ces douces occupations du cœur dont on se contenterait volontiers pour pas.seï- ses jours, revient toujours la vie matérielle, la vie qui n ; se contente pas de soufiirs et de baisers, de tendres serments ei de douces étreintes, mais qui nous rappelle qu'il faul s'habiller, se ncnirrir et payer son terme, quand on n'a pas comme monsieur Vautour, une maison à soi.
L'argent fuyait avec une effrïiyante rapidité entre les mains d'Adliémar, qui avait double ternie à pa\er, double dé|iense à faire, comme il avait aussi deux amours à entretenir ; il fallait dans sa position, de la fortune et de la sauté ; mais les amoureux ne ménageui ni l'une ui l'uulre.
Un Soir, dans le salon de M. Bourdielion, Adhémar entend le mari de Malliilde causer avec lo beau Monlig.iard dune iilTa ire dam' laquelle il regrette de u avoir pu metlre qu" irentii mille franc».
— E^l-co qu'il n'y a pins moyen de »e faufiler là-dedans ? demande le bel homme, en se caressant le menton.
— l';irdoime/,-moi, dit nmirdichon. on avait encore besoin de cent mille francs; moi, j'en mets irenle, et je ne pense pat que le ri-sie soit déjà fourni. itJais il faudrait se liAter, car l'all'airi! me semble trop bonne pour que les fonds ne «oieut pu.s failli prumptement.
—J'y mettrai quinze raille francs, dilMonOgnaid, je vous les donnerai demain.
— De quoi s'agit-il donc? dit Adliéraar en s'approcbaul du mari de Malliilde.
— D'une excidicnte affaire, mon cher ami. Un armateur de mes amis vienl de faire un i-hargement de maicliaii<ll''os pour New- Voik, il y a deux cents |)our c 'Ut h gagner. On triplera ses capitaux. Jecoiinais ceu\ (pii ont fourni les m.'iicliandises, elles sero it enlevées! L'armaieiira perdu cent mille lianes an jeu. i' y a quelques jours; c'est un brave boinrae, incapable de maniuer à "c.s engagements. Il m'a offert de m'associer à cette affaire en lui uomiant les cent mille francs qui lui mani|uent. Je n'en ai ipie trente mille de disponibles en ce moment, je les lui ai donnés bien vite. Dans six mois j'en loucherai quatre-vingt dix mille ; et quand on ne gagnerait que le double... c'est encore assez gentil I Monfignard y met quinze mille francs.
— El moi, vingt mille, dit Adhémar après avoir réfléchi un moment.
— Vingt mille, c'est convenu...
— Demain malin, je vous les apporterai.
— C'est entendu. Je porterai votre argent avec celui de Monfignard à notre armateur qui, dès qu'il aura complété sa somme, doit repartir pour le Havre. Eh! eh! messieurs! nous ne ferons pas là une mauvaise affaire... l.^a vaut encore mieux qu'un brelan carré.
Toute la soirée, Adhémar pense à l'entreprise dans laquelle il va s'intéresser. 11 lui reste enroie vingt-six mille francs de la somme qu'il a touchée pour la vente île ses renies, il est tellement enthousiasmé de l'affaire qui se présente, que s'il ne lui fallait pas garder de l'argent pour vivre, il m ■ttruit tout ce qu'il po.ssèile entre les mains de ramiateur; il pense que dans quelques mois, ses vingt mille l'ranes lui en r.ipporterout soixante ; Bourdichon le lui a dit, et le mari deMailiilde est trop On, trop prudent eu affaires, pour que l'on n'ait pas une entière conflaiice en lui.
Adhémar se dit :
« Avec mes soixante mille francs, je ferai d'autres entreprises, je doublerai bien vite mes ca|iilajx... avec les conseils de Bourdiclion, avant six ans, je puis être millionnaire!... Ah ! que j'ai bien l'ait de vendre mes rentes!... vivent les entreprises, vive le commerce! quel dommage que je n'aie pas songé à cela plutôt. »
Et le jeune iiomrne qui se voit déj.à millionnaire, joue à la bouillotte comme un fou, et perd sou argent en riant: qu'importent quelques napoléons, pour celui qui va bientôt posséder une fortune.
C'est à son logement du boulevard, qu'Adliémar doit trouver la somme dont il va disposer. Depuis quelque temps, il n'y couchait que rarement; lorsipi'oii venait pour le voir, madame Coquenaid avait ordre de dire qu'il étiit sorti de grand malin. Celte lois, en sortant de chez M. Bourdichon, Adhémar se dirige vers son aiicie domicile.
U était une heure du malin quand il arrive chez lui ; il se dispose à se coucher lorsqu'il enlead cogner à la porte de son carré.
«UnevTsilesi tard, se dit Adhémar. Ce ne peut être Azéma... on m'a dit qu'elleétait déménagée... et j'en suis tàclié... elle avait tant envie de dt jeûner avec moi... je ne sais pas pourquoi je n'ai point accepté!... Si elle venait me uemanderà souper aujourd'hui, je ne refuserais certes pa».
El il court ouvrir sa porte, où il se trouve nez à nez avec M. ïronillade; qui a pour tout vêtement une espèce de nappe qu'il a jetée sur sa chemise, et dans laquelle il se drape comme s'il jouai, un conspirateur.
— Bonsoir, voisin, comment va cette santé? dit le virtuose en entrant eliez Adhémar.
— Ah I c'est vous, monsieur Trouillade, par quel hasard, si tard !
— Oui, il est un peu tard, c'est vrai ; mais, depuis quelque temps, ou atAut de peiue à vous ti-ouver? Je vi£us de grand maliu, vous
n'y êtes jamais... daii,> la journée quand, -iiis nvez ilii mondr;, si ou sonne, vous n'onvicz pas... case ('om|,' iid!... 0 llnn Juan que vonsôte> ! ma foi, ccr soir, j'ai enlcmlii n-mner dans voire ap- I ai trini'nl. j ai ilil ii ma feiiiMie : Le voi-in e<l chez lui je »als proiiier (le l'oicai>on. cl ju suis accouru... Ali ! bravo, Figaro, la, la, la, la!... l'il! poiin I
— Il me parail d'aiirès cola , que vous »vez absolument besoin de me \oir ; qu'avez-vuus à iiio dire, uM.'Usiuur Trouillade?
— l'^li I mon I)i';u. mon clii-r \oi.-:in... la (;lms«i par cllc-oiftme n'est pus lie l;i plus liaule iinporlam-M... ti poiiriaiil.eu ne nionieul, c'est pour iiioi a.ssez ui}.'cmI ; les temps sont si durs pour le talent!... lescab.iles éloiilli ntloiil I... Bientôt, pourdébuterà l'Opéra, il faudia être uieinlire de llnslitu.', ou castrat !... Irom de Diousl... si je n'avais pas une lamille. je serais déjà cent fuis parti puur le Brésil, où l'on m'offre tieule mille lianes, trois bénélices et un liôlel ù ma dis|iosilion I
— l'"l pourcpioi n'cmmcnez-vous pas votre famille au Brésil?
— Ma femme a peur des sinpes, et Lyc(U'is déteste la clialeurl
— ("est malheureux, mais tout cela ne me dit pas ce que vous me voulez?
— Mon voisin, je viens vous réclamer une petite dette.
— Une dette... je vous dois de l'argent, moi"?
— Oh I un rien! une hayatelle.
— ICst-ce que ce serait, par hasard, le prix du dîner que vous m'avez mangé? mais je suis 1res silr de l'avoir payé.
— Le voisin (daisaiite toujours, il s'agit simpicm ni du prix d'une loge louée, que vous avez retenue pour ma représentation h Ruel.
— Moi, je vous ai pris une loge... je n'ai jamais vu le speetaele à Rucl.
— Si vous n'êtes pas venu, ce n'est pas ma faute; mais je vous ai
donné le coupon c'est le jour où vous aviez deux dames cachées
dans votre...
— Je vojis assure, voisin, que vous ne m'avez rien donné; je n'ai aucune souvenance de cela.
— Pardonnez-moi, et j'ai môme placé le coupon dans ce vase sur votre cheminée... 15 au fond.
Eu disant cela, Trouillade fouille au fond du vase, il y trouve le |)ftii papier rose qu'il y avait fourré, et le présente à Adliémar en iui disant :
— L^h bien... la preuve! c'est que le voilà; il y est encore... voilà le coupon!... je suis désolé que vous n'en ayez point pioliié, mais la loge est resiée vide, cl j'ai refusé dans la soirée, plus de cen. personnes pour \ous lu conserver.
Adliémar ne peuls'empôcherde rire de lafigurcque fait Trouillade, en lui présentant le coupon; Il prend le billet en répondant :
— Il me semble, mou voisin, qu'en mettant ce billet tonl au fond de ce vase, c'était un e.\cellent moyen pour que je lie le trouvasse point.
— Je l'ai idacc là, devant vous, devant deux témoins; si cela est nécossaue. ces deux dames pourront l'allester... Azéina est déménagée, c'est fâcheux... m.iis ou pourra la retrouver, et...
— Oli! c'est inutile, mon cher voisin, du moment que le billet était chez moi, je ne conteste pas la dette; combien vousdois-je?
— Vingt franco.
l't oouime s'il craignait d'avoir demandé trop, Trouillade se hâte d'ajouter :
— ("était une loge de face... grillée; à volonté il y avait dedans des fiuit uils à la Voltaire, au lieu de banquette.
Ailliéniar ne répond rien, il va preiulre les vingt francs et les donne ft sou \oisin, (pii lâche iin coui de la na[ipe dans liii|nellc il s'entorlillail, ]ioiir saisir l'argent, el, dans ce mouvenieul, l.iisse voir une cliBuiise letlement à jour, quoique surchargée de reprises, que de loin, ou aurait pu la prendre pour de la guipure.
— llonsoir, mon voisin, dit Adhémar, voilà une dette payée, nous pouvons durmir en paix.
— Vous pensez bien, répond Trouillade en se drapant de non-, veau, que je n'étais pas inquiet I mais ipie voulez- vous... une petite rentrée ça sert à boucher quelques trousl
— Je lui défie bien de boucher tous les Irons de sa chemise I se dit Adlu'Uiar en mellanl sou voisin à la porte, et en retournant sa coucher.
Le lendemain de cette soirée, il était une heure de l'après-midi, et Mathilde eiail seule dans sa chambre, s'aniusaiit à cliitVonuer uu buuuct, (oui eu pcuïaul à Adhéuiar qu'elle devait voir Uaus la
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la soirée, lorsque ^a femme de chambre entre, et lui auciooce une dame qui demande à la voir.
— A-t-elle dit ton nom? demande Mathilde.
— Non. madame, mais elle prétend tous lurpreodre... elle eat sûre, dil-elle, que vous la recevrez a»ec piji-ir.
— Muthitdu réOéchit; puis, cumuie fruppée d'uiie ytâe nubile, elle s'éci le ;
— Ah I si c'était... oh 1 oui... oui... faite» entrer bien vile.
Ces mots ne sont pa« achevés, que la porte s'ouvre, une jrune femmi; entre iJaiis l'apparti^meiit , el court ne jeter dan» le» bra» dn Mathilde, doiil la ligure e.\prime la plus vive joie en recoiioaifsanl son aiicieniie amie ; elle 1 embrasse avec ellubiuu eu s'é»
criant :
— Charlésial... c'est toi!...ahl mon cœur t'avait devinée.
La personne qui vient d'entrer a vingt-cinq ans; elb: pirall bien son âge, parce que ses traits sont l'dtigués, que son Iriiil e-l pâle et que les marques d'un profond cbagiin ont duiiné à ton vi>Hge ua caractère sérieux el sévère que porte rarement la jeunesse. Cependant, quoique n'ayanl plus l'éclat, la fraicheur Je son Age. eelte femme est belle encore; ses grands yeox imirs semblent avoir le don de lire au fond de vos pensée.^ ; le caractère grec -le ^a li;;iire devient ravissant et doux, lorsqu'un sourire vient l'aiiiiiier. Knliii, une taille on peu au-des~us de la iiiovenne, une uiaiii el un in^rj chariuaols, une tournure iiolile el gracieuse, telle esl la p'.Tsuiiue que Malliilile presse dans ses bras.
— Ma chère Charlésial je le revois donc enfin... depuis si longtemps... voila plus de quatre ans que lu es partiel...
— Oui, il y a tout ce tiunps-lh! répond la jeune dame, en prcs- .sant les mains de Mathilde dans les siennes, et eu la regardaul avec 1 expression de la plus tendre .luiitic.
— Enfin, te voilà... lu m'es rendue... mais... m^iis... û mon Ltieu, que tesl-il donc arrivé?
En disant cela les yeux de Mathilde parcouraient toute la personne de son amie, et celle-ci sourit d'uu air mélanculiqu? en répondant :
— Ah! lu me trouves bien changée, n'est-ce pas?...
— Oui... tu es maigrie... p;\lie.., le» traits sont abaiiu?... u'i I lu e« loujonis jo.ie, toujours belle pourtant... tu es toujours ma Charlésia... M.is celte vivacité qui animait lim regard... ces charmantes cou.'eurs qui paraient Ion teint... piiun|uoi esl-ce remplacé par une expression de trisles,--e... Ma Ctiarlesia ! lu as en des jieiueël... bien des peines! et je n'étais pas là. moi, pour les partager!... Voilà ce ipiecesi que de voyager, de s'en aller bien loiul de laisser là ceux qui nous aiuienll
— Tu as raison, Mathilde, celle idée de voyage fut un grand malheur pour moi ! mais que veux-tu I si telle éuiil ma destinée.
— Ah I 'e voilà Comme aiiirefoij avec les idées romaud-qucs I mais Meus donc l'asseuir piè.-. de moi... là... comme au ptUMuaual I... c'est loil uiun Liieul que Je suis conieiile!...
Les deux amies s'embrassent encore ; elles ne peuvent trouver de termes puur s'exprimer le plai^ir qu'elles éprouvent d'être réunies.
— Depuis quand à Paris? dit Mathilde.
— Peux-tu le demander... de ce uialin seulciucnl. cl tu vois biea que je suis accourue cIkv toi.
— Oh! c'est bien, cela!
— Je craignais quehiues changements... il se passe quelquefois tanl d évéïienieiils en quatre ans... Mais tou mari, M. beaiUichua, le rend toujours heureuse...
En enlciidanl prononcer le nom de son mari, Mathilde baisse Itai yeux et détourne la léte, tout en repondanl faibleuienl:
— Oui... M. Boiirdicbon est loujonis pour moi coiume autrefois, notre hirtune est toujours la iiièiue... il cïI heureux... il vil comme Cela lui plait.
Cbarlé^iu prend la niain de son amie, la presse dans les tiouiici cl avance la léte pour régarder .Malihilde, eu lui disant :
— Eh bien!... pourquoi iloiic Iri'mbles-lu en me disant cela?... pourquoi ilélonriRSlu la léte el er,iiiis-lu de me rc.-ai.U'r *... .Mon Dieu, tu pleures mainleiiaiil!,.. Oh I lu as des p> me.s aussi, loi , parie... pHrle,coiile-uioi tout... et moi je le dirai en^ulle le.« mieunMi lu vécus que ji' suis bien iiialheureuse!
Ma'.bildc cache sa figure daus le scinde son amie, en Ivalbih liant '
— &v ••■ es malheureuse I du moins tu peux me ragardor aui
*^ CE MONSIEUR
Mugir... mais moi... Il n'en est plus de même. Ahl Charlésia, tu vas me mi''|iiiscr, car je suis bien couiialilel
— Te ui5|iriscrl.. cli! siiis-je donc plus qu'un Dieu, moi I et tu Saia Mon que Dieu pardonne au repciilir.
— Oui... mais... (pjand on ne se repent pas... quand on adore sa Tante ; lu ne comprends pas cela, loi I si iière , si t'rulde ! toi qui se connais pas l'amour I...
— Que dis-tu làl... aii 1 ce clianfrenicnt que tu as remarqué en moi, ces traces de chagrin <iuc tu vois sur mon visage, celle |)àleur qui couvre mes joues 1 tout cela ne doit-il pas le dire que je suis aussi victime de celle passion cru(;lle 1
— Il se pourraitl tu as aimé... oh! alors lu me plaindras! lu me comprendras! et je puis le confier mou secret... et d'ailleurs, aurais-je pu en avoir
pour loi. Eh bien!... ^=^-
apprends que depuis quatre mois... qiialro mois (]ui ont passé comme l'éclair... un sen liment nouveaus'est emparé de mon cœur.
Je ne connaissais pas l'anionr ! Tu sais hien que mon niariaîîc, comme le tien, l'ut arrôlé par mes parents sans que l'on daigiiût consuller mon cœur... et ce cœur, donl on if\spose ainsi... pouvonsnous l'enifiêchcrde battre quand non-: avons rencontré celui qui de- Yarlnouscharmer. .\h\ cet amour sommeillail dans mon âme... Mais, un soir, à un bal... ?
7 était, il ne m'avai .'ien dil encore... malj ie hasard, une circonstance inattendue nous réunit... ici... dans cette chambre.. La bougie que je ten.iis tomba... s'éteignit...
sa main prenait la
mienne et puis
mon Dieu ! je ne sais comment cela s'est fait, mais tous les deux en même temps nous avons compris que nous nous aimions.
— Pauvre Mathilde!
je te plains ! cet amour... quand tu n'es pas libre.
— Ne me fais pas de reproches ! ils seraient inutiles maintenant !... je £ais combien je suis coupable, mais je lui ai fait le sacrifice de mon repos, de mes devoirs , de mon avenir ; je lui sa-
■îrifierais ma vie s'il le fallait 1 mais qu'il m'aime toujours et je serais trop heureuse.
— Mais ton mari ?...
— M. Bourdichon ne se doute de rien!... Oh! tu penses bien çie je ferai toujours en sorte qu'il ne devine pas le secret de mon cœur; d'ailleurs, je t'assure que c'est une chose dont il s'occupe peu.
— Est-ce que... celui que tu aimes .'ient ici?
— Certainement... il est fort lié avec M. Bourdichon, qui est le premier à l'engager sans cesse à venir. Oh! lu le verras!... lu verras comme il est bien!... aimable, charmant!... c est un homme comme il faut; il a de la fortuiie, il est très recherché dans le jnonde.
i— Comment le nomme-t-on ?
— C'est monsieur... Oh! mais tu restes aujourd'hui avec moi toute
^EU/i
Charlésia,
la journée, toute la soirée... tu me consacre! tout ce jour, n'eei^ pas?.,.
— Je le veux bien, si cela ne te gêne pas.
— Toi. me gêner !... Oh ! je suis si lieureusede le revoir. Eh bien, tu le veiras ce soir, c'est notre jour de réceplion. Il viendra, car il ne manque jamais!... nous aurons beaucoup de momie, mais je veux que tu le devines, je veux que lu dises: c'est celui-là que tu dois aimer, je ne veux pas te le uummer avant... et je gage que tu le devineras.
— l'olleque lu esl... Ah! si, du moins, tu es aimée autant qu« tu aime», si, pour prix des sacrilices que lu lui as faits, tu as rencontré un homme digne de ton amour, qui ne se fasse pas un jeu de ses promesses, de ses serments!... ta destinée sera moins à
plaindre quelamiennel
— Charlésia, je t'ai conté tous les secrets de mon cœur ; je n'ai pas craint de te faire l'aveu de ma faute; mais, à Ion tour, j'espère bien que lu n'auras pas de secret pour moi , que tu vas me cnnler les peines...
m'apprendre la cause de celle tristesse qui c pAli ton visage , et dont... même près de moi , je vois l'expression dans les yeux. Tu es libre , toi , tu es veuve... lu étais maitresse de Ion cœurcomme de les actions, et tu n'auras pas à rougir en me faisant le récit de tout ce qui t'est arrivé depuis que tu as quitté Paris.
L'amie de Mathilde semble profondément émue , une tristesse plus grande se peint sur son visage, ses yeux se voilent, puis laissent tomber degrosses larmes. EnQn, elle passe sa main sur son front en disant:
— Tu le veux. ..je te dirai tout!... j'avais juré pourtant que ce secret mourraitlà, dans le fond de mon cœur...
mais, puis-je ne pas répondre à ta confiance, tu m'as dit tout, loi!
— Oh ! parle , mon amie, parle, je t'écoute.
Charlésia se dispose à faire à son toursa conûdence, mais on entend du bruit, des pas qui approchent par le couloir qui communique au cabinet de M.
Bourdichon.
— Ah I... s'écrie Mathilde. tout à la fois joyeuse et troublée, c'est lui, peut-être... il devait venir ce malin.
— Ton mari ?...
— Non... non... mais lui...