UNE DEMOISELLE QCI SE PRONONCE. — DO UTSTEBS
La porte du couloir vient de s'ouvrir; mais ce n'est pasAdhémar qui paraît, ainsi que l'espérait Mathilde : c'est madame Sublimé, son mari et sa fille qui entrent chez madame Bourdichon.
Madame Sublimé, comme chef de la famille, se présenle la premièrf Kllc est vêluc de noir et de rouge, a dcp bandes de jais dan» i ses oiipvpux et du corail aux bras el aux oreilles ce qui lui donne | quelque ressemblance avec Itohin de» ISoi*. Il y a dans sa loil.Mte, dans sa lenue et dans sa |.lijsionomle quelque chose qui annonce qu'elle ne vient pas faire une simple visite, mais qu elle couve quelque projet. . , V . , Li-
Les gens d'esprit ont l'habitude de ne point mettre le public ilansia conlidence de leurs peiiséts ; les sols font tout le contraire: luand ils ont quelque acte important à accomplir, ils en parlent tout haut dans les rues, en faisant beaucoup de gestes ; ils lâchent d'attirer l'atlention des passaiils ; s'ils l'osaient, ils se feraient un larabeur, pour faire mettre le monde aux fe-
CE MONSIEUR
je viiiis de rsvrtir, aprè^ «ne absente de prè» de quatre «m.... e'ert madame Valmi-ran que je vou» pré.enK.
I es Sublimé fonl un éi.liange de talul avec U jeune dame. El la maman, qui »«tiiblc s'être adjugé pour elle seule le droit de porte» 1? parole, dit :
— Madame a probablement përégriné atec «on époux. Malbihlc compriu^e avec peine un léger sourire que lui cause
le choix de raoU ew olojféa par l'épouse de Dardanu», en répondant :
— Madame vient de voyager, en effet; mais c'est après la mort de son mari qu elle A qu.Hé ParU... mon amie e»l veuve depuu
suivre par nôtres.
Mademoiselle Malle vint après sa mère, lille est tout en blanc:
robe, fichu , voile sur la lête, jusqu'aux souliers, tout est d'une entière blancheur ; et, sous ce costume virginal , mademoiselle Idalie tâche de se donner l'air d'une petite sainte; mais elle ne peut y parvenir : l'expression de ses yeux s'y ofipose; elle a l'air d'être déguisée.
M. Sublimé ferme la marche. 11 est habillé comme le serait un petit maître de vingtcinq ans , el , vu par derrière, il peut encore tromper quelques personuej , siiiloiit quand il ne niarciic, pas ; mais par devant, les boucle? de sa belhi perruque blonde font un singulier effet avec son visage ridé et couvert de rouge nu vinaigre : on croit voir un cadre neuf et brillant entourant un vieux portrait écaillé.
lùi apercevant une dame avec Alatliilde .
madame Sublimé s'arrête cl l'ail un pas eu arrière eu s'écrianl :
— Ah ! mon Dieu '.
vous n'ôles pas seule, et nous vous dérangeons!...
Le mouvement de madame sa mère a obligé mademoiselle Idalieàse reculeraussi pour que l'on ne marchât pas sur se 5 souliers de satin blanc ; elle le fait si brusquement, qu'elle manque de renverser monsieur son père , qui marchait derrière elle , et qui est repoussé sur la jiorle du couloir, dans lequel il dispaniilde nouveau, pendant qu'Idalic s'écrie h son tour ;
— Mon Dieu! nous dérangeons madame 1
El, au bout d'un moment, ou entend dans le couloir la voix de M. Sublimé qui ré|ièle «■omnie un écho :
— Nous dérangeons madame I
Malhilde est en effet très contrariée en voyant la société qui lui arrive; cependant, comme dans 'e monde il faut que toutes les impressions se cachent sons le maf'itie de la polilesse. lorsque la famille Sublimé est cnlièninent dans sa chainlur, elle s'efforce de prendre un air aimable, et lui présente t'.harlésia en disant :
•-C'est une de mes meilleures, d« ui«$ plus ancienues amies que
I cinq ans.
— Veuve si jeune...
c'est comme ><n</romnifxi' r-
Ello 80 laisse tomber lourJoinent sur lesgcuoui;
tain-.; >era|
Eiicbaniee de c* qu'flle vient de dire, madame Sublimé jelta jn regard h ur sa fille, .j'ii pou>s< un gro»
.■•'jupir en munniira***.
— Oh oui f Qiianl k M. ?uW»-
,■•. il n'est nollement la conversaliwi. par- .-.? qu'il est très occupé '!.; chercher quelque; ' hose dans une de kes ; 'iches.
— Quand on a été -I longtemps sans sft ^ ir . reprend Mathil- :•'. deux amies... vou»
,.'ez si l'on a beau- >up de choses à se • lire...
— Oui, assuréraenls, répond madame Sublimé, et je le répète...
ut iterein, nous venons mal h propos... je le regrette d'autant plus, que c'était pour un motif fort imiiorlant...
fort grave... fort sérieux... c'esi-i-dire. sérieux au D^'uré... en- Gn , c'est un sujet sur lequel je compte m'élendrc dans 1 ouvrage que j'ai l'iulenlion de publier...
Charlésia $e lève el
S rend son chAle en isant :
— Je serais désolée, madame, que ni.i pn-sence \ous emi'é.-h.U de remplir le bnl de votre Msile... Me voici de retour... Mathilde el moi nous nous verrons souvent, je l'espère... causez avec
elle, moi je vais faire quelques visilea.
— Comment , tu me quittes I s'écrie Mathilde en courant li son amie.
— Mais, niadame, nous parlerions fort bien devant vous, dit madame Sublimé. Restez donc... ce que nous avons à dire sera bienlA» publie, je l'espère.
— Arrivée de ce malin reprend Cbarlé-Ma, j'ai bien des dispAsi- (ions .'i preiulr'... ie reviendrai, ma chère Malhilde. Tu m".innonceras & Ion mari , cai tu sais que uous (tas.«ons la soirée easemhle.
— J'v comple bien . sans cela je ne le lais.<erais pas partir. El Malhilde ajonti- loiil bas .\ l'oreille de son amie :
— Quel ennui de ne pas être libre chez soil.. el lorsque lu allais me conter les peines, les secrets. .
r~ Ce sera pour demain ; tu viendrai chez mvi, cl là, du moins,
— Pugo »9.
CE MOrtSIEDR.
personne ne viendra nous JfraiiRer... va, ma pauvre Mathilde, va recevoir Ion muiule... Alil si c'eût ét6 luil tu nu serais pas aussi eoiitrarii^u.
1— Oli I non... mais tu le verras ce soir.
Cliatli'-^ia cmlir.isse son amie el séloigne ; M.itliilde revienl près de l<i rarnillt) tjubliuié, doiil cliaquu membre est assis dans sou apparlt'itiont.
— Clinmiante femoïc I dit madame Sublimé après que Charlésia est partie.
■— lîlle a une bien jolie taille! dit niaderaoiselle Idalic.
— Je ne sais poiiniuoi elle s'est arrôtée, murmure M. Sublimé en portant sa main sur la puclie de son pantalon.
— Arrôtée... comment... vous voyi'/, bien qu'elle est partie, reprend madame Sublimé. A-t-elIcdela fortune ?
— Son mari lui a laissé vingt mille francs de rente dit îlatliilde.
— C'est bien pentil pour une veuve I s'écrie Idulie; elle peut s'siuuser, celte dame I...
— -Siiii mari élait-il jeune... était-ce un mariape d'amour?
— Non, madanie; son mari était d'un âge mùr... ce fut un mariage de convenance.
— Oh! alors je comprends... triste hjmeu pour uie jeune femme... et a-l-elle eu des enfants?
— Non, madame.
^ lille n'a joué que deux airs, nnirmure M. Sublime. Sa femme fio tourne vers lui et, d'un air presqui; tragique, lui dit :
— Monsieur, de qui pailons-nous, s'il vous plaît? êtes-vous ou n'êlcs-vous pas à la couversaiion ?
Dardanus fait une petite mine toute chiffonnée, en répondant :
« Pardon!... je crojais... c'est la petite tabatière à musique que j'ai emportée et qui s'est arrêtée.»
— Il s'agit bien de vos boites à musique! Si nous sommes venus tous les trois chez nos bons amis Bourdichon, n'est-ce pas pour on inolif inipoitaiil?... el si nous n'avons pas enmiené mon Ois lùuloxe, il faul, en eû'et, que nous a^ons un sujet bien grave à traiter.
— Il n'aurait pins manqué que leur fils! se dit Mathilde en faisant sit:ne h mailanie Sublimé qu'elle l'écoute; celle ci se redresse, se pose et l'oinmence :
— J'aborde la question, ma chère madame Bourdichon. Nous n'avons qu'une Dlle... c'esi-à-dire , nous avons aussi un fils, mais enfin cela ne nous fait toujours qu'une fille. Idalie a dix-sept ans...
— J'aurai dix-huit ans dans six semaines, maman, s'écrie Idalie d'un air très décidé à paraître mjjeure.
— Diifin, ma fille, si vous les avez dans six semaines, vous ne les -nvcz pas encore, et, en fait d':\^'e, on ne compte |aiii;iis l'année couranle... il y a ni^me des personnes qui allemleiit qu'un lustre soil fini pour le compter. Je reprends : Idalie, quoique bien jeune, peul...
— Bien joune!... je ne me trouve pas si jeune, moi!... car enfin, dans six semaines, j'entrerai dans ma dix-neuvième année,
— Idalie, voulez-vous me laisser narrer?
Idalie ne répond pas, elle tire sur son front son voile blanc. Madarau Sublimé se recueille et reprend, en appuyant sur sa première phrase :
— Idalie, quoique bien jeune encore, est grande, forte, bien formée el susceptible enfin de passer à létal d'épouse... uxor uxoris !
— lït vous voulez marier mademoiselle voire fille? dit Mathild^s impatientée de ce que la grande dame n'en finissait pas.
— Précisément, nous le voulons... c'est-à-dire rien ne nous pressait... mais son cœur a parlé... un jeune homme lui l'ail la cour... d'une façon assez déloornée... mais iiui n'en est ipie plus délicate ; le cœur de ma lille est | lein de feu, il ressemble au mien ; il a compris ce qu'on ne lui dit pas... m^i aussi... dans le temps de mon adolescence, j'ai rom|iris une foule de choses (ju'i'ii te m'a jamais dites... bref... elle aime... voilà le facluin! u'est-ce oas Idalie? '
Idalie tire son voile, et ne laisse plus voir que le bout de son nez. Kn ce moment l'air Iloiiion de Rose sort de la poche de M. Sub'imé, qui fait un boud de joie sur sa chaise, en s'é- ?riant ;
— Elle val elle val lu voilà repartie... ce n'était qu'un caprice I elle va 1
— Quand il s'agit d'établir votre fille I vous n'êtes ocriiiié que da vos bulles h musique! dit la praiide dann" , en ret.'aiilaiil .on mari d'un air courroucé. Monsieur Sublimé I vous me laitet do U peine !
— Ma chère amie, écoulez donc, celle tabatière ma coulé deux cents francs, el si elle n'allait pas...
— ICnCiii , madame, reprend M.itbilde, c'est donc sur le mariagtj que vouN projetez |iour mademuiKelli; \otre Ulle . que vous dé.'-irez me (oosolier... alors y- eonnais dme la puraoune qui est aimce d« mademoiselle, et qui lui fait la cour.
— Sans doute I puisque c'est monsieur Adhémar Marilly.
Au nom d'Adhémar, Mathilde pâlit, sn» traits se contraclèren ccpenilant elle s'ell'oiça de sourire, en rép<.ndant :
— .Monsieur Adhémar ! comineiil, mademoiselle, monsieur Adl) mar vous l'ait la conri... obi c'est singulierl je ne m'en su jamais aperçue... il parait qu'il cache bien son jeu !
— Mais il n'est pas nécessaire qiie lis autres s'en aperçoivent! dit Idalie d'un ton sec ; il me semble que ce n'est que moi que cela regaide !
— Oh! sans doule, mademoiselle; mais h votre âge, avec votre Inexpérience, votre candeur!., on se troinfie facilement sur les iQ> tentions d'un homme... ces messieurs n'aitaehent quelipjufois aucune importance à un mot galant qu'ils vous diront... el que vou9 prendrez, vous, au sérieux... Enfin, monsieur Adhémar vous a-l-il fait quelque déclaration ? sur quoi pensez-vous qu'il vous aime?
— Voila préciséinenl ce que j'ai dit aussi h ma fille, reprend madame Sublimé. Mais à cela elle m'a répondu par ui\<' foule de choses... de petils faits... des riens! des riens du loul! Mai< vous savez, madame Bourdichon, qu'avec des petits rien.-, on fait un gros amour, je ru'étendrai là-dessus, dans l'ouvrage que j'ai 1 Intenlion d'écrire.
— Cependant, ^i c'est sur presque rien que mademoiselle fonde son espérance ! dit Mathilde d'un ton moqueur , je crains fort qu'elle ne s'abuse.
— Idalie, conte à madame ce qui s'est passé entre '.oi et monsieur Marilly. . n'omets aucune circonstance...
Mademoiselle Idalie se cache enlièrement sous son voile, et répond d'un ton moiiié timide, moitié pleurard :
— D'abord... M. Adhémar... dame! on voit bien tout de suite... Il nous a reconduites deux fois... il n'y ét.iit |i3s obligé... Il m'a Irouvée très gentille en caniargo... il me l'a dit... Il m'a fait danser au bal... et il m'a serré la main... très fort... Eu société, il se met toujours à côté de moi...
— Il m'avait semblé, mademoiselle, que c'était vous qui alliez vous asseoir à coté de lui.
— J'y vais, parce que je sais bien que cela lui fait plaisir... el qu'il cause toujours avec moi... et puis... il me regarde... et... enfin, c'est bien facile à deviner...
— El n'y a-t-il pas eu un baiser de donné? reprend madame Sublimé d'un air grave.
. — Oui, ccrtaiiiemeiit... un soir que l'on jouait chez monsieur L', Doucet, à des peiils jeux... monsieur Adliémar avait un gage, e» pour le ravoir, il m'a embrassée.
Mathilde part d'un éclat de rire, en disant :
— Ah! mademoiselle, si ce sont là les seules preuves d'amour que vous ait données monsieur .Marilly, je ne vous conseille pas de vous y fier.
— Mais, mon Dieu, madame, pourquoi donc voulez vous qu'il ne m'aime pas?... D'ailleurs, je l'aime, moi, c'est lui que je veux épouser, je l'ai dit à rniiman, el si on s'y oppose, je suis capable de... m'empoisonner avec du charbon I
— Assez, Idalie! assez... salin, ma fille, s'écrie madame Sublimé, nous ne somme.? pas des tyrans, \olre père et moi... D'iiilleurs, vous aurez cent mille francs en iiiai'iitge, sans coiiipt:T la suite, et vous n'êles pas un jiarti à dédaigner. Sachant que M. Bourdichon est 1res lié avec M. Adliémar, nous élioii- allés ilaliurd tous les Irois le trouver dans son caliinet, cl lui couler nus projets. M. Bonrdiclioîi aii|)rouve tout à fail noue idée... il ne connaît pas au juste l'élat de la fortune «le M. Adhémar; mais il le suppose fort à son aise; il nous a ensuiie conseillé de venir vous trouver pourvons conter cette affaire; c'était bien notre inlention, el niainlénanl, ma chère madame Bounllclion . ne pensez-vous (las aussi que ce mariage est soriahle . et que M. Ailhéinar rendra mitrii fille heureuse.... Pour Dieu! monsieur, faites cesser ce carillon... celle musique m'agace les nerfs...
— Elle finit Purlrnii rlinnnanl... c'esl sou dernier air, répond monsieur Sublimé en regard.ml sa tabatière.
Maliùide, après un moment de silence, répond d'ua ton froid :
CK MONSIEDR.
— Kn fait de rrmrlapfl. madame, je trouve rpie Von doit s'ali'-leriii' fli; iloiiiiiT (les cdii'^cils ; iiii.iiid vous si-.rry. ccrlainc i\no M. A'IIji'mar est ainoiircux de iiruleiiiDisi'lle. vous verre./, ce (piu vous devez faire; mais je vous engage avant tout à vous en assurer.
Mademoiselle Idalie laisse h peine Malliilcle finir de parler, elle se lève d'un air d'impatience, en disant:
— Mon Dieu! Il parait que rnailatne a bien peur ipiemonsleur Adhémar ne se marie... mais, an ri'.-^lr... tnadnme a raison, on ne devrait jamais ronsulter persunne pour ces clnlses■l,^... et tout ce qu'on dit n'empêchera pas <pjo je n'épouse .M. Adli(^mar...
Madame Sublimé s'elTorec <le ealnier sa fdle, en priant Matliilde d'excuser la vivacité d'Idalle (|ni ne sait plus ce qu'elle ilit; m lis la jeune personne a di' un mol (pii a Imp liieii poiié pour que madame Bounliilmn le |inril(iniie. c'est doue d'un air lrè.s froid qu'elle dit adieu à la l'amilli! Sublimé, qui se retire, la demoiselle cacbanl sons son voile son air île mauvaise liuiueiir, la inaman se renporpeantsons son jais cl son corail, et le papa mettant sa main dans la poche où est la tabaliÈrc
« Quelle sotte famille! se dit Malbilde. Adhémar s'allierait à ces pens-lci I Oh! non, je; suis bifn sûre qu'il ne le veut pas! VA M. Bounlichon approuve ce mariage... mai.s de qucd se mêlet-il?... Celte petite impcriinente I j'ai bien peur de le voir raaiié a-t-elle dit!... mon Uieul... est-ce que le monde devinerait ma faiblesse I
Blalhilde se rend au cabinet de son mari. Dourdielion était seul, sa femme lui conte la visite, qu'elle a reçue, et lui demande s'il est VI ai qu'il approuve l'idée d'un mariage cuire Adhémar et mademoiselle Idalie.
— Eb pourquoi pas? s'écrie le gros monsieur. Marilly a de la fortune... je le pense du moins; d'ailleurs, il le faut bien, au train qu'il mène; il m'a même apporté viuj;t mille francs ce niatin pour mettre dans une alVaire; mais mademoiselle Sublimé est un bon parti. Ceni mille francs tout de suile, et le double en expectative... gentille avec cela, il me semble que ce ne serait pas une mauvaise affaire.
— Mauvaise affaire!., ah I vous voilà bien! répond Malhilde. Vous ne vojez dans le mariage qu'une alTaire'.. le cœur, l'amour, tout cela n'est rien pour vous... inailemidselle Idalie est laide, c'est une solle comme sa mère! ce mariage n'aurait pas le sens commun!
— Coiiunc vous prenez feu, ma chère amie !.. D'ailleurs, Adhémar sait ce qu'il doit faire, je pense.
Matliilde s'arrête, elle rougit de s'être laissé emporter par la passion qui la domine et s'efforce de sourire, en disant :
, — Oh! vous avez raison, mon ami... après tout, cela ne nous regarde pas... mais j'éiais venue pour vous annoncer le retour de celle amie dont je vous ai si souvent parlé... vous savez... madame Valméran.
— Ah! oui... dont vous n'avez que rarement des nouvelles depuis ses vo^-agcs... Klle est revenue?
— Oui... elle esta Paris... elle dînera peut-être avec nous... en tout cas, elle viendra passer la soirée ici... Oli! je suis bien contente...
— Tant mieux... c'est une veuve, je crois, votre amie?
— Une veuve de vingt-cinq ans.
— Jolie?
— Ulle était charmante... remarquable même par sa beauté, elle a eu des chagrins, car elle est bien changée. Pourtant elle est encore très bien!
— Klle a de la fortune?
— Vingt raille francs de rente.
— Vingt mille francs... une veuvo de vingt-cinq ans... jolie... Diable! mais pour Adhémar, cela vaudrait encore mieu.\ que mademoiselle Idalie.
Malhilde seul encore une vive rougeur lui monter au visage, t elle ne peut s'empêcher de dire, on essayant de rire :
— Mon Dieu! mon ami. vous êtes terrible aujourd'hui avec vos dées de mariage ! au reste, je ne crois pas que mou amie soit prcsée de [lerdre encore sa liberté.
El Mal'-;ilde se liAtc de iiuilter le cabinet de son mari et de ren-
,rcr dans son appartei:.ieiil.
Ce que monsieur Buurdicbon vient du dire lui a fait mal, son cœur en a tressailli,
« Ab ! Jt; n'ai rien à redouter de Charlésia I se dit-elle , je suis biea aise maiuteuaut de lui avoir cuulié luoa secret... Sachaul que
j'aime Adhémar, elle ne pen«cra pas à r?imer... cl «ralllpurs r'e^t moi qn il aime... il ne s'occiiperi \f\* d'elle.. Qji? je nii> f-ill» d avoir de (elles peiiM-es... main ati-i'i qu elle idée a donc M l.-^:diidion de me due cela... on aurait cru u.u il le fais-ait esurÈs pour me briser le coBur.
L'heure du dîner est arrivée. Cbarléiiia n'e»! na« r'vcnoe; déjà M.itliilde s'uttri.ste, s'inquiè e . M. Bourilielion' lui r-peie |ilu- Mciirs fuis que son amie nélaiil de relciur i l'ir'.j que d;:puis le malin, doit avoir mille rhoses à faire; que. racti.iiil qu'ils ont du ini.mle le soir, sa toilette n'èiait pa« rans doute iplle qu'elle le désirait, et mille autre.<: raiiuns que Malliible trouve très bonnes, mais (|ui ne l'empêelient pu* de s'iinpalienter en ne voyant pa» arriver celle dont, depuis près de quatre aui, elle désirait en vain la présence.
Après le dîner, M. et madame Carca»sonne. DaUirun, le beau Moidignard. et quelipies autres persnnnes, élaienl déjii nuiiis dans le salon de M. Bourdichou , loi^qu'ou auuuuce luadamu Valniéian.
— Ah I la voilà enfin ! s'écrie Malhilde en courant au devant de son amie ; et t<>us les yeux se portent sur la jeune dame que l'oa ne connaissait pas encore.
Charlésia a en effet changé de toilette ; celle qu'elle porte en ce moment est aussi élégante que dislinguée, et ajoute ein'ore îi la souplesse de sa taille ainsi qu'à la gr;\ce de sa démarche, un murmure d'admiratiou accueille son entrée dans le sahm.
— Celte dame est ravissante I dit le petit Dulbrun à Monûgnard.
— Oui! ouï... elle est bien faite, répond le bel homme; mais il faudrait voir tout ça au déballage I...
— Au déballage I dit madame Carcassonne quia entendu ces messieurs. C'est joli' vous êles honnête! vous traitez doue les femmes comme des pièces de toiles!
— Au contraire, répond Monfignard en se dandinant .<ur sa chaise. J'entends par lii, qu'il faudrait voir celte beauté-là, débarrassée de tout ce qui la couvre...
— C'est bien, je vous comprends, mauvais sujet!... en voilîl assez. El madame Carcassonne se penchant vers Dalbrun, lui dit à l'oreille:
— Si on le déballait lui ! un paquet de graisse I je ne sais pas trop si ce serait bien séduisant.
M. Bounlichon s'est empressé d'aller recevoir l'amie de sa femme, près de laquelle il tâche d être aimable et galant, el que, pendant ,pielques minutes, il assomme de compliments. Lorsipi enlin les deux amies trouvent un moment pour se parler, Malbilde dit à Charlésia :
— Il n'est pas encore arrivé I
— Je m'en doute... s'il eût été ici, j'aurais vu cela dans tes yeux.
— Tu crois... oh! oui, car lu me comprends, loi... Mais tu ne te doutes pas de ce que me voulait toute celle faimllo qui m"c.st arrivée ce matin I
— Quoi donc?
— La demoiselle est amoureuse de... lui., et elle veut l'épouser, el l'on venait me demander mon avis sur ce mariage.
— On s'adressait bien I Cependant, si cette demoiselle est riche... si c'est un bon parii, je pense que l'amour ne le rendrait pas égoïste...
— Si, si, très égoïste! D'ailleui-s. cela ne lui conxient pas! il n'aime pas celte demoiselle... il ne peut pas l'aimer! ensuite il a de la fortune, pourquoi songerait-il ;\ se... pourquoi... songerait-il !...
Charlésia, qui est placée vis-à-vis de Malhilde cl tourne le dc« à la porte, saisit la main de son amie, en lui disant : •
— Je parie qu'il vient d'à river... Qu'il csl ici...
— Vraim'enl... el pourquoi?...
— Parce que la liguie a changé... que tu n'es plus la même...
— Eh bien I oui... oui... le voilà.
Adhémar venait d'entrer «laus le salon ; «pris avoir s.iluè quelques personnes, il dit bonsoir à Bourdichun qui se halo de lui
diie :
— Nous avons une nouvelle dame... Une amie do ma fouimo, qui revient de vova^'e... Ah! c'esl un peu soigné!... allex donc voif ça; elle cause avec m.ulame Uourdichon. vous m'en diret des nouvelles I
Adhémar qui se disposait à aller saluer Matliilde . s'avance eu examinant celle dame dont on vient de lui parler el qui a ciuore le do3 louruû ; mais au mouieul ou le jeune homme est pr^ de U
CE MONSIEUR
matiresse de la maison , Cliailrsia so rcloiinio et ses yeux niicoiilioiil aussiUJl ceux d'AdliL'uiar ([ui juslcmcnl chereliait à la voir.
Ces deux personnes se fixent iieiidant ([uclques instants et une expression indéliiiissalile se peint sur linirs pliysionomies. (^luulésia est devenue plus pile; mais bientôt, connue si elle eût suriiionlé sa faiblesse, elle essaie de sourire, de paraître calme et indilTércnle. Adliémar, beaucoup moins maître de lui, éprouve une émotion qu'il cherche vainement à cacher; un profond sentiment de tristesse a remplacé la vivacité de ses jeux, ce n'est plus le même homme que lorsqu'il est eulré dans le salon.
L'effet que la vue de Cliarlésia produit sur Adhémar oat trop sensible pour que Malhilde ne l'ait pas remaicpié ; son co'ur s'en inquiète déjà, et c'est pres([ue d'une voix tremblante qu'elle dit h Blarillj' :
— Est-ce que vous connaissez mon amie... madame Valméran? Adhémar a l'air de ne savoir que répondre, enfin il balbutie :
— Mais... je crois... avoir déjà renconlré madame...
— Tu connais M. Adhémar Marilly ? reprend Malhilde en s'adre.ssant à Cliarlésia ; mais celle-ci répond dun ton fioid :
— Monsieur se trompe... je ne le connais pas... c'est la première fois que je me trouve avec lui.
— Ah 1 oui... je pense que madame a raison , reprend Adhémar (fune voix faible cl en baissant les yeux ; c'est la première fois... je n'ai pas l'Iionneur de connaître madame.
Malhilde s'est pincé les lèvres, et l'on voit qu'elle n'est point la dupe des réponses qu'on fait à ses questions ; cependant , elle s'efforce de dissimuler ce qu'elle éprouve ; mais déjà elle ressent les atleinles d'un scnlimcnt nouveau jiourelle; d3j;"i une inquiétude vague tourmente, oppresse son cœur; ses regards se portent alternativement sur son amie et sur son amant, toutes les fois qu'elle peut le faire sans que cela soit trop remarqué.
Madame Valméran , qui semble avoir assez d'empire sur ellemême pour commanclcr à ses éniolions, est allée se placer près du piano et se trouve K côté de madame Carcassonne qui s'empresse de lier conversation avec elle, lui ce moment rien ne pouvait faire plus de plaisir à Charlésia , aussi a-t-elle l'air d'écouter avec beaucoup d'intérêt ce que lui dit la petite dame, et celle-ci profite de l'occasion pour débiter ses gascon nades.
Adhémar est allé à un autre extrémité du salon; Bourdichon lui jiarli' depuis longtemps et il ne l'entend pas. Le mari de Mathilde tinit par s'écrier :
— Ma foi, mon cher ami , je ne sais pas ce que vous avez ce .soir; mais vous êtes trop distrait... Je vous parle de la famille Sublimé , vous me répondez que la pièce ne fera pas d'argent ; je vous demande ce que vous pensez de mademoiselle Idnlle , vous me dites : i! faudrait faire des coupures. Décidément , je ne vous en dirai pas plus ce soir... vous n'y êtes plus... je ne vous conseille pas de jouer... vous prendrez les dames pour les rois.
— Oh! si, je jouerai avec plaisir, au contraire... c'est que j'ai une forte migraine...
— Cela vous a donc pris depuis que vous êtes arrivé... En entrant, vous sembliez si gai... je ne sais pas... mais vous lorgnez lie loin l'amie de ma femme... je crois que madame Valméran vous donne un peu dans l'œil...
— A moi... oh! non... non, pas du tout!
— Quand cela serait, elle en vaut la peine, elle est jolie cette dame... je suis fâché qu'elle ne m'ait pas vu en tigre! mais je m'y remeixrai l'année prochaine... allons, voilà qu'il ne m'écoule plus... Je vais former une bouillotte. Aimez-vous mieujt un wisth?
— Oui... oui...
^— Alors vous ne ferez pas la bouillotte.
— Oui... je joue à la bouillotte.
— Ahl ah! c'est trop fort! ça devient inquiétant.
Le gros monsieur s'éloigne en riant. Adhémar saisit un moment où Malhilde ne pa^^e à personne; et s'approchant d'elle lui dit à voix basse :
— Cette dame... est donc celte amie dont vous m'avez pané, et que vous aimiez tant ?
— Oui ..c'est elle ; elle est revenue de Soo Toyages; d'aujourd'hui seulement elle est à Paris. Oh! mais vous la connaissez, j'en suis certaine !... j'ai bien vu la manière dont vous vous regardiez tous let deux ; et d'ailleurs, depuis que vous avez aperçu Charlésia, je ne gais ce qui vous a pris... vous n'êtes plus le même,
— Jo vous assure que vous vous trompez I
— N«n, non... au reste, je le saurai demain par mon amie, rar nous n'avons pas de secret l'une pour l'autre.
— l'as de secrets!... oh! mais j'espère bien que vous ne lui coH" fierez pas... notre liaison.,.
— Ah ! vous avez peur que je ne lui dise que... vous m'aimez ...
— Cf. serait une grande imprudence... les secrets du cicur ne
doivent pas en sortir Mathilde, croyez- moi... si vous parliez..- ce
serait une grande faute... et puis enfin, vous n'êtes pas libre... pourquoi vous exposer à... être blâmée par votre amie...
Malhilde semble réfléchir un moment, puis elle répond :
— Soyez tranquille, monsieur, puisque vous craignez tant qu'on ne sache que je vous aime... eh bien I... je ne dirai rien à Charlésia.
— Vous me le promettez ?
— Oui, monsieur, je vous le promets.
Adhémar paraît plus calme en recevant cette promesse ; cependant, tout en causant avec Mathilde, il s'est retourné souvent pour voir si madame Valméran le regardait, mais celle-ci n'a pas l'air de faire la moindre attention à lui. Quant à Mathilde, dont la jalousie augmenle à chaque instant, iinpalientée du manège d' Adhémar, elle lui dit d'une voix entrecoupée :
— Vous voyez bien que vous ne vous occupez que d'elle... CSl-ce que vous avez peur qu'elle ne vous voie causer avec moi.
— Ohl quelle idée.
— C'est qu'on le croirait... ah! que je souffre... mon Dieu I est-ce déjà ma punition... mon supplice qui commence.
— Mathilde, calmez-vous, je vous en prie, on pourrait remarquer votre agitation.
— Oui... elle, n'est-ce pas?... Oh! il y a quelque chose entre vous et Charlésia... mais je le saurai... mais je...
— Allons, monsieur Marilly, on vous attend... tenez, voilà votre carte, vous êtes l'as...
C'est M. Bourdichon qui vient chercher Adhémar pour faire la bouillotte; le jeune homme, enchanté de cette oecasioii (|iii mel lin à un entretien qui lui était pénible, court s'asseoir à la table de jeu avec la ferme résolution de ne pas la quitter de la soirée.
Après avoir causé longtemps, ou plutôt après avoir écouté longtemps madame Carcassonne, puis échangé quelques mnls avec le beau Monfigniird qui a cherché à faire l'aimable près d'elle, Charlésia s'approche de son amie et lui dit tout bas :
— Adieu, je me relire...
— Ah ! tu pars! déjà...
Ce déjà est prononcé par Mathilde si faiblement qu'on l'entend a à peine.
— Je suis fatiguée et j'ai besoin de repos.
— Au fait ; je le conçois.., et lu t'en vas... seule.
— Sans doute; je vais prendre une voiture en bas... Ohl je ne suis pas poltrone, moi... quand on a voyagé on est aguerrie... d'ailleurs je ne voudrais pas que personne se dérangeât pour me reconduire, cela me priverait d'aller en société.
— Oh! tu as raison... je suis comme toi... adieu donc... à demain... J'ai Ion adresse, je serai chez toi à midi... car tu as beaucoup de choses à me dire... tu sais !...
Charlésia se contente de presser d'une manière presque convulsive la main que lui tend Mathilde, puis elle s'élnii-Mae en murmurant :
— A dr.Maln...
Adhémar tout en jouant suivait chaque mouvement ce madame Valméran. Lorsqu'elle quille le salon, il se lève comme pour sortir aussi ; mais bientôt il retombe sur sa chaise plus triste, plus accablé encore qu'auparavant !
— Cette jeune dame est charmante, fort spirituelle, elle cause très bien, dit la petite femme du grand chasseur lorsque Charlésia est partie.
— C'est possible, dit Dalbrun d'un ton moqueur; mais quand , us étiez près d'elle, il m'avait semblé que c'était toiijuurs vous qui parliez!
— Ça n'empêche pas, cela., i'abord il y a encore de l'esprit dans la m.aiiière d'écouter, j'ai eu un cousin, moi, qui était muet... svurdmnet... non, muet seulement... Eh bien! on avait le pl'us graud plaisir à causer avec lui...
— Il était spirituel? dit Monfignard en ricanant.
— Oui, monsieur, oui^ sa physioiffO^ie était si mobile, si ani-
OE iMON
méel... l'esprit lui sortait par les yeux. C'est au point qu'un autre de mes ooiir-ins voulut se faire couper la langue dans l'espoir que c la lui donnerait autant de physionomie; mais son père s'y opposa.
— Scélérate de Blaganville! murmure Monfignard en faisant une demi-piruuelle.
— Kn voilà des canards! cette femme-là devrait se faire journaliste.
— Ce qu'il y a de certain, dit nourdichon, c'est que madame Valméran est l'orl bien !... tournure délicieuse ; je suis très content que ma femme ait des amies aussi remarquables.
— M. Carcassonne voulant aussi donner son opinion sur Charlésia, cotiimcnce par se moucher ' t dit :
— Celle dame, à mon avis, et je crois qu'il sera partagé... celle .dame, surtout au premier abord... car ensuite cela frappe moins,
celle dame...
— C'est bien, mon ami, la suite à demain, dit la petite dame, va me chercher mon chùle.
Les opinions sont unanimes pour trouver madame Valméran jolie. Adhémar est le^eui qui ne dise rien quand on parle d'elle; et cela augnienle encore les soupçons de Mathilde.
Après avoir joué tout de travers et perdu encore son argent, Adiioniar est parti aussi, accompagné d'un regard de Mathilde dans lequel il ne tenait qu'à lui de comprendre bien des choses. Mais à peine s'il la remarqué , tant est grande sa préoccupation ; et dans la rue, marchant sans voir, et toujours enfoncé dans ses réflexions, il va se jeler dans un individu qui était près de lui et qu'il n'apercevait pas.
Un éclat de rire moqueur lui fait lever les yeu.x ; il examine cet homme qu'il vient de cogner, et, à la clarté douteuse des réverbères, reconnaît encore ce monsieur qu'il a déjà rencontré si sonvent.
— Oui, oui, c'est encore moi, murmure l'inconnu d'un Ion sombre ; et au môme instant pressant le pas il s'éloigne et disparait dans l'obscurité.
C'est fort singulier, se dit Adhcmar ; j'aurais dû arrêter cet homme et lui demander pourquoi je le trouve ainsi sur mon chemin dans des circonstances qui l'ont époque dans ma vie.
CUAPITRE XIII.
MATHILDE CHEZ CIIAnLESIA. — 1>E VISITE A SAINT- MAIR.
On dort mal quand on est jaloux ; c'est un sentiment qui agile les nerfs, qui foueite le sang, et qui tend continuellement res|iril. On devrait ordonner la jalousie comme renièile aux gens lourds, apatbi(|ues et aitcinls d'obésité. Mais vous reninrqucrez (]ue ces personnes-là n'ont jamais eu la plus légère alteinle de ce sonliuient.
M.ilhilde a passé la nuit en proie à l'inquiétude, aux soupçons, à toutes les torlures que cause la jalousie ; et cependani rien encore ne justifie ses alarmes, mais l'incertilude est souvent plus pénible que la connaissance d'un malheur. H lui larde d'élre chez Charlésia, (le la revoir, de la questionnera son aise; en se trouvant seide avec elle, elle espère que son amie lui fera confidence de tous ses secrets et surtout de ce qui regarde sa liaison avec Adliémar.
Après s'Clre levée de bonne heure, Mathilde s'habille, quoique l'heure de sortir ne soit pas venue. A chaque instant ses regards consultent sa pendule et elle se dit :
« Pas encore midi!... cette heure-là n'arrivera donc jamais. »
Enfin vingt minutes avant l'heure, elle sort, prend une voitu-o oi se fait conduire chez madame Valméran.
Charlésia occupe un a;.parlement au fond d'une cour, dans une belle maison de la rue Veno. faubourg Sainl-Uonoré. l'ourse loiter là, il faut désirer le calme et la solitude ; Mathilde pense avec joie I que ce n est ^«is le quartier d'Adhémar
' Madame Valméran est seule dans son boudoir, ayant devant elle un petit meublf) où elle serre des lettres et dos paDiers. Lorsau'on