‹ MoustacheChapitre 276 sur 281 · SIEUR · texte numérisé non relu

SIEUR

lui annonce .Mathilde, elle se hâte de renfermer une lettre qu'elle venait délire, puis elle va au devant de son amie.

Mais sont-elles toujours amies ces deux femmes qui la veille encore se donnaient leî l<^moignages d'une aff. c ion si vraie, si réciproque ! On en douterait en les revoyant maintenant ensemble.

Le sourire de Mathilde est fircé. Dans les p-gard» qu'elle attache sur Charlésia, il y a eommc un désir de vouloir lire au fond de wn Ame et qui ne se traduit pas par de la bienveillance ; sa voix mèrne a changé, elle est devenue sèche, brève, elle décèle une émulion, un trouble que l'on voudrait en vain cacher.

Charlésia se montre calme, mais froide; dans la manière dont elle accueille .Maihilde, il y a plus de gène, plus de contrainte que d'amitié ; et lorsque ce sentiment semble par habitude vouloir re(>araiire encore, on dirait qu'une pensée arrive aussitôt, qui l'arrête et l'empêche de se montrer.

Qu'il faut peu de chose pour détruire ces doux attachements formés dans la jeunesse et qu on se flatte de conserver jusqu'au bout de sa carrière ! Le regard d'un homme brouillera bien vite deux anciennes amies; le sourire d'une femme fera deux ennemis de ces hommes qui se traitaient comme des frères.

Mais les hommes se raccommodent quelquefois, tandis que les femmes ne se pardonnent jamais. Cela prouve seulement qu elles y mettent de l'amour-propre.

— Me voici, dit Maihilde en s'a.sscyant; j'avais hûte de te revoir.. . si j'avais osé je serais venue plus toi...

— Il fallait venir... nous ne sommes pas en cérémonie.

— Mais quelquefois... on peut avoir du monde, et...

— Qm veux-tu que je reçoive? Partie il y a près de quatre ans, je n'avais pour amie... véritable, que toi. J'ai oublié toutes mes autres connaissances qui doivent en avoir fait autant. Je n'ai jamais beaucoup aimé le monde... je neveux voir personne.

— Personne... que moi?

— Oh ! cela va sans dire.

— Tu es dans un quartier solitaire, cette rue du moins... et ao fond d'une cour. Ton logement me parait fort beau, mais il est triste.

— Il me plaît beaucoup comme cela.

— Ah!...

Mathilde s'arrête ; elle brûle de parler et ne sait comment entamer ce qu'elle veut dire. Charlésia ne cherche pas à la mettre à son aise.

— Charlésia, hier malin, pendant que tu étais chez moi. tu allais me conter à Ion tour toutes les aventures... me dire tes chagrins... car tu as eu bien des peines à ce que j'ai pu comprendre. Une visite iniporlune t'a empêchée de me faire les confidences. Mais à présent nous voici seules... nous neseronspas dérangées... Tu vas parler, je l'écoute.

Le front de Charlésia devient sombre et soucieux, elle détourne ses regards et répond après une assez longue hésitation :

— Mais... en vérité, ma chère Mathilde. je ne sais pas pourquoi tu t'imagines que je doisavoir des secrets à te confier... J'ai voyagé loiif-'lomps . j'ai parcouru l'Italie , la Suisse, les Alpes... Il m'est arrivé de ces aventures, comme à toutes les per>onnes qui voyagent... de mauvaises auberges, de mauvaises routes... C'pendant je n'ai pas eu le pins petit épisode de voleur!... je me sni-; souvent ennuyé après la France... j'ai clé malade assez longtemps à Naplcs. Je n'ai pa.s rencontré dans d'autres riiinats ce bonheur... après lequel je soupirais et que je rêvais auprès de loi ; un homme qui aurait bien compris mon cœur... qui aurait été digne de mon amour... non, je ne l'ai pas rencontré... je vois qu'il faut renoncer aux illusions de ma jeunesse \ et c'est p ur cela peut-être que lu m'as trouvée trisle et changée.

En écoulant Charlésia. le front de Mathilde s'est aussi rembruni et elle lui répond avec l'accent du reproche:

— Hier, vous aviez un secret à me ronfier... ohl tous en êtes convenue, et aujourd'hui vous n'avez plus rien à dire! Moi, en vous revoyant, je vous ai raconté tout ce qui mêlait arrive depuis notrr séparation. Je vous ai fait un aveu sincère... ma confiance .» Hé telle que je n'ai pas craint de rnn-ir devant vous... Ah! /w QU lori .. j'ai eu grand tort, je le voisl... car vous payez bien «al mSi confiance...

— Pourquoi ces reproches? dit Charlésia en cherch.ml à prendre un air moins conlrainl. Pourquoi voulez-vous que j'.iie une conlideiieeà vous faire... vous m'avez fait l'aveu de vos scnlimenis st»creispour... un aiiirc que voire mari... Ceiaveii. je ne >o;is rav.us pas demandé... et si j'avais pu deviner ce que tous allie» tas confier, je... mais enfin vous no devei pas cr.ùudrc qu« )'«-

CE MONSTF.irn.

buse Jamais de voire confidence. .. Ce secrel mourra dans mon sein...

— Oli ! «nn« dnuift je ne vons crois pas ciipalilc de me Iraliir • mais je ne m'en ri-peni pas moins de vous avoir tout dit. Ali ! il avail raison, lui! en tw df'fendanl de vous confier nos auioursl... luais il n'i'luit plus temps'...

— Comment... il vous l'a défendu...

— Alvl vous savez donc de qui je veux ])arif»rT... Cliarlésia devient encore plus pûlu et elle baibulie :

— Mais il me semble... d'après ce que vous m'avez dit... c'est bien facile « deviner...

— Oli ! oui. pour vous ce doit frire trfcs facile... m.iis qui sait... moi aussi peut-Cire... je devinerai... je devinerai le mystère qu'on me cache.

Malliil<le sourit d'tm air plein d'amertume et garde quelque temps le silence; mais hiriilùt, cvuinie si elle n'était plu? ujaîuesse de se contenir, elle s'écrie :

— Oli! tenez! je ne puis plus y tenir!... il fautque je parle... car ee que j'ai la m'oppresse, me biilU;... car il faut que je vous dise tons les louinu'nls que j'épronve, loiilcs les anpoisses qui, deijuis hier, déeliii?nl mon eieur... Cliarlésia. e'e.st depuis (pie vous l'avez vu hier... c'esidepuis cpie vous savez que c'est Adliéniar (|ue j'aime, que vous n'êtes pins la môme avec moi... vous connaissez Adhémar... oh ! vous le connaissez... votre trouble à ions deux en vous revoyant... sa tristesse ensuite... puis sa crainte que je ne vous apprenne notre liaison... oh! c'était trop visible!... Cliarlésia... pourquoi me faire un myslèie de ce qui a existé intre vous et lui... vous 1 avez aimé, j'en suis sûre... peut-être vous aime-l-il toujours... eh bien! dites le moi donc... diies-le moi, pour que je fuie... pour que je pleure seule... seule , et que ce ne soit plus devant vous!...

De grosses larmes coulent des yeux de Maihilde qui s'est couvert le visage de son mouchoir. Cbarlésia est vivement émue, elle aussi verse des pleurs qu'elle cherche en vain à retenir : on dirait qu'un grand combat a lieu au fond de son cœur, enfin elle répond :

— Non, Mathikle, non, vos craintes ne sont pas fondées... ne soyez pas jalouse de rnoi... oh! vous avez bien lorl rie l'être... BI. Adhémar ne m'aime pas.., soyez-en certaine... el moi. . oh ! je n'ai pas le moindre amour pour lui. lîueore une fois, Mathilde, croyez-en ma parole... je ne verrai jamais ci lui que vous aimez... vous ne devez pas éprouver la moindre jalousie à cause de moi.

— Mais enfin... vous l'avez connu I reprend Mathilde après un moment. Je me ra|iprlle en ell'et qu'il a voyagé... été en Ilali», c'est là peut-être que vous vous serez rencontrés?

Charlésia est quelque temps sans répondre, puis elle dit avec effort :

— Monsieur Adhémar est un étranger pour moi.

— Il suffit! voii.s ne vouli'z pas m'en dire davantage... je ne dois plus insisler... mais vous m'avez assurée que ma jalousie était injusie, et je vous ciois... oh! je veux vous croire! je souffre as.-ez déjà d'avoir perdu votre confiance... vous ne m'en croyez plus digne... [luisque vous ne voulez plus nie'iire... m'avouer..."car certainenuMii il y a quelque cliose entre vous et... lui... et vous ne voulez donc pas me le confier...

Charlésia baisse les yeux el ne répond rien. Bfatliilde garde le silence en regardant celle qui est dev.'.nt elle ; on voitiiu'ille altend, quelle espère (]ue madame Valic.'.;r.n parlera. Mais plusieurs mil nules s'éeoulent, et Charles'» <i':-f''''\i[i6 à se taire. Mathilde se lève eut à coup, en s'écriant :

— Ah! je vois bien ;;,.e toutes mes prières seraient vaines... que ma voix n'arrive - /«s jusqu'à votre cœur!... mais aussi j'étais bien orgueilleuse.-. . moi' une femme coupable... niui qui manque à tous mes devoirs... peiLser que l'on déposerait un secretdans mon sein... coumie si j'éliis encore diçne de celte marque d'amitié... oh! non... on me mépriseà présent I...

— MathUde! vous êtes bien cruelle! murmure Charlésia en mc'tanl son mouchuir sur ses yeux, si vous saviez... combien je... Euis à plaindre...

— Vous voyez bien que vous avez quelque cnose... ua secret... un secrel pour moi !... qui n'en ai pas eu pour vous.

Charlésia fait un nouvel effort sur elle et répond:

— Je n'ai pas d'autre peine... que d'être arrivée à mon âge... Bans avoir su inspirer cet amonr... que l'on a pour vous... car >Ous êtes aimée, vous... Il vous adore... celui pour qui... vousavez

tout sacrifié... il vous adore I ahl il me semble que vour devriet vouslronver heureuse 1

— Oui... je le serai... s'il m'aime toujours... si je suis »i1re qu'il n'en aime lias d'autre. AIIoiih, je voi« iiue... enfin, vous 6le« Wu:» déeidi'e... Oh! >ous avez de la lerm ''é dans le caractère, vou»! Je vais vous quitter... je vais rentier cbez moi...

— Vous... partez déjà T ^ Mai."! sans doute.

Maihilde a fait quelque pas vers la pnric, Cliarlésia l'a suivie cd marcliant la !''le pencliée sur sa poitrine; au moment de ^nrlir de rapparlement, Mulhildc s'arrête, regarde soiuimie cl s'anerçoil qu'elle a les yeux baignés de larmes; alors elle kc rapproche d'elle, lui prenii d'abord la main, puis l'entoure de ses bras et rciiibrusiie k plusieurs reprises, en lui disant .

— Tu ne m'aimes donc plus?... tu me laissais partir sans m'cmbrasser.

— .*^i... si... je t'aime toujours... je serai toujours ton amie...

— Oh! oui... n'csi-ce pas... ne soyons plus fâchées...

— Mais... c'est toi qui l'étais. •

— ICh bien, (lardonne-moi !... J'avais tort. El nous nous disions V0H>? ..Ah! Charlésia, comment avons-nous pu nous dire vous!... cela n'arrivera plus, n'esl-ee pas?

— Oh! non... il ne faut plus que cela arrive... Tu sera toujours la môme pour moi, Mathilde... tu meconlieras tes moindres peine<... tes chagrins... tu me parleras de... celui que tu aimes .. tu me diras loull

— Oui, oh! tu sais bien que je ne puis pas avoir d« mystère, moi!

— Tu viendras me voir souvent I

— Cela ne te contrariera pas?

— Bien au coutraire, ce sera mon seul plaisir.

— Mais... loi... tu... viendras aussi?

— 0!i ! moi, je n'aime pas le monde! J'irai te voir quelquefois... mais... le matin... quand tu seras seule... j'aime mieux

— Ohl oui, tu asraison, on est plus libre pour causer!

On voit que cet arrangement convient beaucoup à Mathilde. car elle redevieni d'une humeur charmante; elle embrasse encore Charlésia, son amitié est revenue plus forte que jamais depuis qu'elle voit que son amie ne dé.^ire pas se retiouver avec Adh^'inar. lille reste enem'e une heure avec madame Valméran ; l'enlrelien des deux auiiesest vif, animé; mais lorsque Maihilde parle d'Adhémar. Charlésia se lait et se borne à écoulei'. Enfin, Maihilde dit adieu à son amie, l'embrasse et la quille en lui promettant de venir la revoir sous peu de jours, mais sans la solliciter pour qu'elle vienne aussi chez elle.

Quand Mathilde est partie, Charlésia reste pendant assez longtenqis comme plongée dans ses réflexions. Enfin elle se lève, sonne sa fenim'-' de chambre, se fait habiller pour sortir, puis ordonne qu'on fasse venir une voiture.

Quand la voilure est devant la porte, Cbarlésia y fait porter une ample provision de jouets d'enfanis el de bonbons riont elle a fait emplette la Veille; ensuite elle monte dans la voiture, sans se faire accompagner par aucun domestique, et dit au cocher de la conduire à Sainl-.Maur.

On est alors au mois de juin, à cette belle époque de l'année où le? arbres sont parés d'une verdure nouvelle, où les fleurs ornent les prairies, émaillenl les gazons et embaument les bois. Mais Charlésia semble voir d'un œil indifférent toutes ces beautés que la naluie étale à ses yeux; toujours ii-isie et méditative au fond de sa voilure, elle traverse sans les admirer les jolies allées du bois de Vincennes; de temps à autre, si elle penche sa lêle contre la portière, c'est seulement pour voir si l'on arrive au lieu qu'elle a indiqué.

Lorsqu'on est dans Sainl-Maur. le cocher demande de quel côté il doit se diriger; Charlésia lui l'ait prendre une pelile ruelle qui s'écarle un peu de la roule et fail anêler devant une mai.sonnelle assez gentille, qui n'est pas assez élégante pour animneer une maison bourgeoise, mais qui semble trop bien tenue pour n'être qu'une demeure de paysan.

Charlésia est descendue cbargée de jouets et de bonbn.ns; elle traverse une pelile cour plantée d'arbres et eiiire dans une salle au rez-de-cliaussée de la maison. Là était une femme d'une qiiaranlaiiie d'années, liabillée en bonne fermière, dont la figure pjnde, rouge et joviale an.mnçail la santé et le eontenlemenl ; celle femme donnait à manger à uii petit garçon qui pouvait avoir deux ans et demi, qui était très délicat, Uèâ mignon, avait des traits fins et doux

CE MONSIEUR

I fa frtfs, el floht lëâ Vètcffiehtg féchérfiliés n'annonçaient pas l'enfant (lu II paytiui).

A la vue (le CI)arl(^Mia, le polit garçon fait un cri de joie et tend ses petils Ijras vers elle eu criant:

0 Maman I... maman t... voilîi maman ! d

La grosse femme se hâle de se lever et fait de profondes révérences.

Cliarit'sia court d'abord àl'cnfan'., qu'elle embrasse tendrement et auquel elle dunne des jouets et c>î8 bonbons en lui disant •

— Tiens , Charles, c'est pour toi tout cria ! mais tu seras bien sape, bien obéissant, lu ne feras |i.is liii|) eridôvor la bonne madame Mi},'nol, qui veut bien avoir soin de loi el le irailer comme sou enfan l!

— Oui, oui, je suis bien sage, rf'pond le petit garçon en poussant des cris de joie à la vue de loul ce qu'on lui apporte'.

-r Asiu dil merci, mon pclit ange, répond la mère Mi^not en pr^^sciilanl une cbaise à Cliailésia. Asseyez-vous donc, mad.ime... c'esl que, voy( z-vous, les ciilanls. faut leur apprendre la politesse lie lionne beiire... vous avez vu le niieii I un gas qui a douze ans bienlùt, et qui est ttrand coranie pfcre el mère, sauf vol' respect. Kh bien, m.idanie. il est capable d'arriver h loul, ce parçnn-là, le maîire d'école l'a dit. parée qu'il ne reneonlrerail pas iin cliien, sauf vot' res| ecl, sans lui oter son cbapeau.

— ConunenI Charles a-l il été depuis hier? se plaît-il cbez vous? est-il pai? a-t-il de i'appéill?

— Obi oui, madame, tout cela va ben ! nous nous entendrons ben ensemble I Soyez Iranquille : d'abord, moi. j'adore les eiifanU, j'aurais voulu en avoir une Irollée... mais il ne m'en est venu qu'un... mon pas Pierre... Pierrot, comme je lappelon.*... et vous comprenez que c'est avec plaisir que je me sommes chargée de vol' enfant... d'abord vous payez giassemenl... mais c'est pas ea seulemeni qui me guide... j'aime les moutards, moi! et je passerais ma journée à jouer avec ce cher ami.

— Je sais, madame Mignol, que vous êtes une bonne et digne femme... on me la dit dans le pays... cl c'est pour cela qu'en revenant en Pranee je vous ai confié ce cher petil.. que... des raisons puissantes m'einpêcneni de piird(!r près de moi, mais que je viendrai voir souvent, ob ! bien souvent I

— Tant que vous voudnz, mailame ; ça me fera Innjours plaisir, à moi ! .le ne suis pas comme les nourrices qui mangent les conlitures de leurs nourrissons dès que les parents sont partis. . j'aurai toujours ben du contenlement à vous voir!

r.barlésia a été prendre le petit Charles; elle l'assied îur .ses genoux, l'enibrasse, le contemple, puis l'embrasse encore en muruuranl bien bas, et du ton de la plus profonde tristesse.

«Pauvre petil! »

Il y avait assez longlemps que la jeune femme élait chei la mère Mignut; elle caressait toujours l'mranl, et laissait parler la paysanne, qui était exlièniemeiil bavarde, el faisait très v(donlieis les demandes et les réponses. Mais l'arrivée d'un grand ''adais de douze ans, qui porte des livres sous son bras el un panier de l'antre, interrompt le monologue de madame Alignot; elle court à sou lils en s'écriant :

— Tiens, v'Ift Pierrot; bonjour, mon pas; salue donc madame... c'esl la niainan de Charles qui vient nous voir... el qui l'a apporté ce beau Hvre el des dragées.

M. Pierrot saute sui' les drapées et en met dans sa bouche lant qu'elle (leut en conteni:-, en faisant de grandes démonstralions de joie.

— As-tu dil merci, mon garçon t

— Merci, madame.

— Et ce joli livre, bein ! c'est les contes de la mère l'Oie •—Oh! les belles images I

— Kat-ce qu'on ne dit pas merci .\ madame piL'r ça?

— Merci, madame.

Charlésia se démbc h ce déluge de remcrciemeuls eu faisant ses adieux h la mère Mipnol; apiè- avoir encore eiiibra.vsé lendreiiieiit le petit parçuii, qu'elle reeomnianile aux soins de la bonne \ill.is;eo;se. elle remonte en voilure el reprend la roule de Paris, lamlis qiii^ la jiière Mignol se met sur la porte [)Our la voir s'éloigner, en répétant à son fils :

•— Qu'est-ce qu'on dil donc à celte dame?

cuapitrt: XIV.

DE* ni l'Ti nF.s.

ncpuis sa rencontre avec madame Valmêranàl «otr&e de b'.>' dicboii, Adiiémar n'est plus le même, son liumei. ' a toi.ilem<'iit changé; au lieu de celle puielé, de cette in«niiriaf.^ et «le cHte am.ibililé qui le faisai.îiil distinguer dans le m mde. il montre msiiitenaiil de rabalteiiieiil, de la mélancolie; il seiiilde loajour* pr^or. ciipé dune pensée secièlequi l'empSebe souvent de pn-ndre part k ce qui Si* dit autour du lui: enfui, lorsqu'il veut rire. lors4]u il lâctie de paraître heureux, sa paleté u'e^'t pas naliirclle.et l'on roil trop qu'elle sert de masque à uii autre seiitiinent.

Cependant Adhémar va beaucoup dans le monde, il ne ro.inqae

fias une réunion eliez M. Hoiinlichon: miis en entrant dans le sa- 011, ses veux cherclicnl cpielipiun, e' toute la .«oirce se« regards se tournent vivement vers la porte lorsqu'il arrive du inunde, puis une expression de tristesse .«e peinl sur son visage, comme si son allenle élait toujours trompée.

Malliilde, qui observe sans cesse Adhémar, ne perd pas on de ses mouvements ni de ses regards : ch<-rchaiit , sous lapparence de la gaieté, h cacher les tourment.-î qu'elle éprouve, elle le plaisante quebpiefojs sur son air sérieux ou distrait; mais elle ne lui re|iarie (dus de Charlésia. qui n'est pas revenue à ses s^iirées. car elle devine bien que c'est d'elle qu'il est occupé, que c'esl après elle qu'il soupire, et que sa liisiesse n'est que la Euile du dépil qu'il éprouve de ne point la revoir.

M Bourdiehon. qui n'a p.is les mêmes motifs que sa femme pour ne point parler de madame ValméraQ, dil un soir à Mailiilde pendant la réunion :

— Est-ce que ton amie ne viendra pas ce soir, ma bonne?

— Je n'en sais rien, répond MHlhilde d'un Ion bref. .^Klle vient bien rarement à nos soirées.

— Klle n'aime pas le monde... elle vient me voir le matin.

— C'est fort mal ! dil Monfignard. Conimenl, ci-lte jolie veuve n'aime pas la société!... mais c est un mauvais lour quelle nou« a fait, alors, de sélre montrée une fois... c'est pour buicer un irait Comme les ScWhes'

— Je crois que Monfignard s'était déjà enQammé pour ton amie, reprend M. Bourdiehon.

— Peut-être... je ne dis pas non, dit le bel homme en s'élfnd.int sur un divan.

Adhémar lance sur Monfignard un regard courroucé; mais celui-ci ne son aperçoit pas; Matbilde seule la nMiiarqué. L'arrivée île la famille Sublimé niel fin à cette coiiversatinn. l.e petit uiouvrmeut d'humeur de inade i oiselle lilalie n'a pas tenu ciuitie le désir «le se retrouver avec Adhémar, el elle a eié la première à solliciter sa mère pour aller che/, madame Itourdicboii

De son ciMé, Matbilde, qui a maintenant dans l'esprit des cho«es qui l'oerupeiit inlinimeMl plus que mademoiselle Idalie. n-ooil les Sublimé avec beaucoup de politesse, cl semble désirer que la présence d'Idalie donne un aulr • lour aux iienscc» d'Adhrinar.

Mademoiselle Sublimé a été sur-le-champ placer sa chs^se h rÔié deceJle du jeune homme qu'elle veut éi^ouser, el qui est aiors aisi; près du piano. La nmmaii va se loindre à plusieurs dames qui causent, en ayant l'air dédire a sa D'ie :

— Fais ce que tu voudras I je f- 'à,-i:~ ]n tiru"»

M. Sublimé est allé regarder la )HMu1ule. cl sort déjà ùé sa |H>cbe une boite ,^ musique qu'il se dispose .î placer lualignemenl sur U cheminée. ICulia le peut pri^'ige, que l'on a aissi amené, va toucher à lou.s Cl 3 Jolis objets que les dames placent sur une cidgère.

Madeinnisollo Idalie, qui croit que M. Bourdiehon a (nU pari à Aciliéinar des projets de ses parents, comnieiict" par l.iire de p tiles mines lorsqu'elle est près du jeune bomiuc; saper.e>.iiit qii il ii'jf foit pas atteiilioii, elle se décide A eiitainer la prcmièi'e la couversatioii :

— Il y a bien longtemps que nous ne somme» venus ici... an moins trois semaines... oh I oui, quatre même... n e^l-ce pa3, monsieur Adhémar ?

Le j«me homme répond avec un sérieui fflArtnl ; '^ ie n'ai pas compté, mademoiselle.

18 «E MONSIEUR

— Ah!... ça ne vous a dons pas semblé long. Adlii^iiiar répond macliinalemciil :

— Pardoimez-n.oi, maderiioiselie!

— Ali ! c'est ce que... je pei'.sais ; et à moi aussi cela ma semble loup. Mais si vous aviez voulu veuir à la inaisdii, rien lu; vous en CMiipèchait... vous deviez (-tre sûr (|ue ccl.i nous unrail l'ait grand plaisir... Pourquoi n'êles-vous pas venuV... est-ce que vous n'avez pas osé?... mais il faut oser.

— Mademoi.sclle... vous êtes bien bonne... Je vais voir s'il y a une place à la bouillolte I

Et Adhéinar se lève et se dirij^e vers la pièce oà l'on joue, sau.'i faire plusd'alteulion à aiademoiselle Idalie.

Celle-ci ne conipreiiaiit rien à la conduite du jeune homme, quitte u a place et va parler bas à sa mère. Madame Sublimé fait un signe à son époux qui s'approche , et auquel elle parle daMsron'ilIc.

gauche, tandis qn Maiie lui souflle dans l'oreille droite; Itardamus , soufflé des deux ■côtés, s'élance connue *in ballon vers M. Hour- ■dichon , et, le prenant à part, lui dit :

fait aucun cas de l'argent... il faut qu'il soit fort riche. Enûn ttM dernier mol est : Je ne vuux pas me marier.

— Allons, je vais dire cela ii ma frmme... quand l'air sera Uni... c'est : Vont arezdet droiit tuperbtt... le reconnaissez-vous t

— Très bien.

Madame et marlenioi^efle Snblviié , regardaient avec impatience

Dardaiius (|ui, appuyé contre la cbcMuinéc, attendait tranquillement que .'■a boite eût achevé l'air du iVoureau Stiijneur. lùilin la musique ayant cessé, M. Sublimé s'approche de sa femme et lui dit à l'oiellle .

— il ne veut pas se marier.

Madame Sublimé reste pélrifiée. Quand à Idalie, elle pense avoir

mal entendu et dit à son père :

—Qu'a-t-il répondu vous voyez bien, papa que je grille d'impa tience ?

— Mon cher monsieur Courdichon, estee que V'Oos n'avez pas «lié M. Marilly relativement aux intentions de ma fille.,, c'est-àdire à nos intentions...

de mariage.

— Ah ! ma foi non , ça m'est sorti de la tête !

répond le gros monsieur ; j'ai tant d'affaires en itrain !

— Diable!... ça contrarie beaucoup IdalJe.

îparce que... elle s'aIiteudait naturellement, iEst-ce que vous ne poutti'iez pas lui en ■causer un peu ce soir...

sans avoir l'air de rien , pendant que je ferai jouer men grand carillon... je lai apporté (exprès.

— Moi , je ne de- SDatide pas mieux , et, caœaae cela, vous saurez'toat de suitec^e qu'il me répontlra.

— Cest cela.... allez.... vous me rotrouverei contre la «heminée.

M. Sublimé va faii-e Jouer sa petite musique , en faisant à ses dames des signes d'intelligence. Un temps assez long s'écoule, car Adliômar s'était placé à la bouillolte, et ce n'était pas là que M. Boiirdichon pouvait lui faire part des intentions de la famille Sublimé à son égard. Enfin Adhémar quitte le jeu ; le mari de Malliilde l'a pris à part, ■et, après un entretien assez cou"t, M. Bourdichon va dire tout bas ji M. Sublimé ■

— C'est fini... votre co'.imission est faite.

— Eh bien ? il est enchanté !

— Il refuse positivement, en remerciant beaucoup de l'honneur qu'on veut lui faire. Il ne veut pas se marier.

— Ah ! bah I

— Je lui ai fait en vain comprendre les avantages de celte union... |!a;igli««é uo mot de la dot... mais e'est un jeime homme qui ne

— Il ne veut pas se marier.

Mademoiselle Idalie pilit, puis se mord les lèvres, puis veutalTecter de rire ; et enfin présumant quedanssa situation et en présence d'Adhémar une attaque de nerfs ne peut que la rendre très iiiléressante , elle se relève h demi , étend les bras, pousse un cri , chancelle et se laisse tomber lourdement sur les genoux de sa mère, mais madame Sublimé n'étant pas préparée à recevoir sa fille , ou n'ajant (leut-ètre pas une chaise assez solide, est renver>ée en arrière par le choc et tombe avec Idalie sur le tapis du salon.

I.a maman pousse les hauts cris , la fille des gémissements. Ces dames sont tombées si malheureusement «[u'on voit très bien la couleur de leurs jarretières. 11 se fait vn grand mouvement siansle salon, chacun vent courir relever ces dames , mais les hommes qui arrivent les premiers s'y prennent si gauchement que les jarretières restent fort longlemps en vue. Cependant M. Eudoxe, entendant crier sa mère et sa sœur, veut aller près d'elles , et, en se précipitant en avant , renverse l'étagère de Malhilde , et brise une partie des charmants objets placés dessus.

Ce chef-d œuvre du petit prodige achève de mettre le désordre dans le salon. Enfin les dames sont relevées; pourtant Idalie s'obstine à tenir ses yeux fermés, ce qui ne l'empêche pas décrier:

— Allons-nous-en.... emportez-moi!... je veux qu'on m'emporte !

Madame Sublimé , dont la coiffure s'est reiom f.ee en tombant et qui vient d'apercevoir sa tète dans une glace , s'écrie à son tour :

— Oh ! oui, partons ! car celte chute m'a tout à fait dérangée... Monsieur Sublimé, faites avancer une voilure... Je crois qu'il faudra m'emporler aussi.

M. Subdimé se bâte im sortir, laissaat à d'autres le soin d'em-

;i!t:^ ;'i la porte du à.iloii, dans son costume de Fig.iro, et se pose comme sa statuette. — Page 52.

TK MONSIECR.

Dorter sa femme et «a fille. Quelques messieurs, qui ont trouvé de leur goût la couleur des jairclières de niademoiselle Idalie, se sont déjà empressés de la transporter jusqu'à la voiture. Madame Sublimé \ojanl que personne ne se présente pour l'emporter se décide à s'en aller cii tenant par la main le pelil prodi^'C qui , sur soa chemin, trouve encore moyeu de renverser un plateau de verres à punch.

Après le départ de la famille Sublimé, l'ordre étant rétabli dan» le salon, un feu roulant de plaisanteries naît de la chute des deux dames, et chacun se demandant ce qui avait pu causer l'évanouissement de la jeune fille. Matliilde le dit tout bas à l'oreille d'une dame qui le reflète tout bas à une autre, si bien qu'au bout d'un moment toute la société sait que M. Marilly a refusé la main de mademoiselle Idalie; et comme celte demoiselle est riche, on demeure plus persuadé que jamais qu'Adhémar est fort riche aussi ; et M. Monfignard se mord encore les lèvres avec dépit; tandis que Mathilde regarde celui qu'elle aime presque avec reconnaissance et que M.

Bourdichon murmure:

« Tout cela nous cortle pour plus de cinq cents francs de porcelai nés. . . C'est une pesle que oe petit prodige I... Quand les parents ont des enfants si extraordinaires, ilsdevraient bien ne jamais les mener en société.»

Le lendemain de celte soirée , Malliilde était chez Adhémar à neuf heures du malin; la veille, elle lui avait dili\ l'oreille : « à demain , » et il lui avait répondu :«à demain ; »

mais ce n'était plus avec ce frémissemenl de plaisir qu'il éprouvait lors de leurs premiers rendez-vous.

Mathilde s'apercevait bien de la froideur d'Adhémar ; une femme ne se trompe guère sur les sentiments qu'elle inspire ; quelquefois elle cheiche ■ à s'abuser elle-mèiue, lorsque ce qu'elle entrevoit est pénible pour son cœur ; mais les illusions n'approchent jamais de la réalité.

Adhémar est ce jourlà plus froid, plus distrait que de coutume ; Mathilde soupire, et, après l'avoir regardé iongtemps avec tristesse, lui dit:

— C'est donc bien vrai que vous ne m'aime/, plus ?

Le jeune homme la regarde d'un air surpris, en répondant :

— Pourquoi me dites vous cela?

— Il y a longlemps que je le vois... je veux en vain me faire illusion... je m'élais promis de ue vous adresser aucun reproche... car je sais bien qu'ils .seraient inuUles... et malgré moi... oh! mais

i'e ne vous fais point de reproches! je regrette seulement que mon lonlieur ait duré si peuJ

— Mon Dieu! je suis toujours le même avec vous... je no sais pourquoi... vous pensez iiiic... je ne vous aime plus... Kst-ce parce îjue j ai refusé la main de mademoiselle Sublinie, que vous me dites cela?... est-ce que vous auriez voulu que je l'épousasse !

1^ Hw, saotdoute, j« ne l'Aurais j?as voulu... mais je uo suis pas

Azvini» nrraclio le oorJou Ji

pourquoi, il me semble que ce n'est pas à moi que tous faites ce sacrifice.

— D'abord, ce n'esl pas un sacrifice! je ne veux pas me doooer ce mérite. Cette demoiselle ne me plaisait pas du louL

— Je le crois... vous avez meilleur goût... ce n'est pas pour moi que je dis cela.

— Pourquoi ne le diriez-voua pas pour tous?...

— Parce que vous ne m'aimez plus... oh! non... car à présent vous me recevez froidement, et comme si c'était seulement par habitude... car il n'y a plus d'amour dans vos veux, dans vos discours... car... vous semblcz triste et ennuyé près cle moi.

— Ennuyé!... ah! par exemple!... moi qui aime tant à causor

avec vous!...

— Autrefois!

— Toujours...

Adhémar garde nn

moment le silence , caressant machinalement la main de Mathilde qu'il tient dans les siennes, enfin il reprend :

— El... et... voir»

amie... madame Valméran.*.. y a-t-il longtemps que vous l'aves Tueî

.Mathilde rougit de dépit et retire brusquement sd main en répondant :

— Je l'ai vue hier.

— Ah!... vous allex chez elle... souvent?

— Oui, monsieur.

— Elle ne vient plus à vos soirées ?

— Non.

— Et...est-oequ'ella

TOUS parle de...

Adhémar s'arrête, il n'ose pas achever sa pensée, il reprend :

— Vous ne lui avez pasfail confidence de...

notre liaison, n'est-cepas?

Mathilde court prendre son chapeau et son cliAle ; elle met l'un et l'autre en s'écriant d'une voix étouffée par la colère :

— C'en est trop , monsieur, vous abusez de ma patience ! puisque vous n'êies occupé que de madame Yalméran. puisque t'est pour que je vous parla d'elle que vous êtes avec moi , je cesserai à l'avenir des visites qui ont une autre pour

sujet!... 'Vous ne m'aimez plus, oh ! jenelevois queiroplJe ne puis pas vous forcer à me |iarler d'un amour que vous n'éprouvez plus... mais vous entendre me parler d'une autre, c'est aussi ce quejena puis supporter. Adieu, monsieur, pensez à... mon amie!.. . parles d'elle à votre aise... mais ce ne sera plus avec moi.

En disant ces mots , Mathilde est sortie brusauemenl de chai Adhémar; celui-ci est resté immobile, l'action do la jeune dama a élé si précipitée , qu'il n'a pas eu le lemps de s'opposer à son départ. 11 reste un moment absorbé diuis ses pensées, puis il dit :

« Après tout, pourquoi l'aurai-je rclenuei... elle exige trop! elle veut vraiment de lauiour! et je ne puis plus lui en otTiir!... et la pis, c'est que je n'ai plus le courage de la tromper! .\h ! depuis que j'ai revu Charlësia, toutes les autres images se soûl effacées de moa c\curl C'est un malheur pour moi qu'elle soit reveaue eu Franca^-

CE MONSIEUR

ou du moins que je l'aie rencontrée... et il f>iut qu'elle soit l'amie <le Miilliiidel... Elle ne rcviecil plus à se»! soirérs... rsi-oe crainte de m') Voir?.,. Je dni-; le su[)|'0<er I... .Ma iiiésciice lui est donc Idcn lnsu|i|iorlaljle... Ali I si je ne lu vois point en réalité, j'ai du moins son iuiai,'el »

Adliémar vah son secr(?taire, y prend le portrait qui était aupiiravant dans son logement du boulevard Sainl-Denis, mais que depuis quelque temps il emportait presque sans cesse avec lui , et, se jeianl sur un siège, se nvl Ji contempler cette image qui riMraçail liilèlement les traits de Cliarlésia, puis retomhe dans ses réflexions ; il en est tiré iiarde violents coups fle sonnette, il pose le port."ait sur son secrétaire, qu'il oublie de refermer, et va vers la porte eu se disant :

« Matliilde revientl... Pauvre femme I... Il faut au moins qus j'aie l'air de l'aimer !»

11 ouvre sa porte; mais au lieu de Malhilde, c'est la gentille R.ïimeline qui parait devant lui, et qui entre dans rappaitemcnl en s'éeriant :

— On ne m'avait donc pas trompée, c'est donc bien vrai, monsieur a deux logements!...

Adhéinar est un moment embarrassé; mais comme tout ce qui lui arrive en ce moment n'est pas de nature à le iléses|)érer, il prend le parti le plus sage, et c'est eu riant qu'il présente un siège à sa nouvelle visiteuse.

— Deux logements! quelle Iiorreurl... et pourquoi faire... cela se devine... Ah! il vous en faut dans tous les quartiers I...

— Asseyez-vous, madame...

— Non, je neveux pas m'asseolr. Quand M.Trouillade m'a dit ce malin : Mon voisùi n'a [las couché chez lui , il découche très fréquemment... il ilïene une vie tiès décolletée...

— Ah! M. Tronillade vous a dit cela, c'est sans doute en remeicieinent de mou lièvre et de votre dîner; je lui en tiendrai compte.

— J'ai cru qu'il plaisantait! qu'il voulait seulement me rendre jalouse... J'ai éié parler à votre portière, ll.idame Coquenard a d'ahord vodlii fane la discrète , mais j'ai pris un couteau en menHÇai\l (le m'en percer. Alors elle m'a avoué que vous aviez lait porter une t'oulc de choses, des hardes, des iivns, dans une maison de la rue de Navarin ; mais elle n'en savait pas plus. Cela m'a sollit , je me suis mise en roule : je ne savais pas le numéro mais je suis entrée dans toutes les maisons de ce c."té de la rue, et j aurais été dans les autres, si je ne vous avais pas trouvé

— Vous me direz aussi bien tout cela étant assise... Vous devez être fatiguée, ma chère amie , si vous avez visité tant de maisons I

— Je crois que monsieur se Gche encore de moi!... Oh! vilain monstre ! quel dommage que je ne sois pas venue plus tôt. j'aurais sans doute trouvé votre passion d'ici!... quelque lorette , sans doute I car c'est le quartier ; il y en a dans la maison, le portier me l'a dit.

— Non , ma chère Emmeline , je ne connais pas de loreltes , je vous le cerlifle... J'avais loué ce logement... par circonstance... Je voulais changer de quartier... et puis, ayant réfléchi... et ayant oublié de donner congé de l'autre...

— Oh I monsieur !... à quoi bon ces histoires!... vous devez bien penser que je ne vous croirai pas... Si vous-^i'aviez pas quelque aut.'e intrigue, est-ce que vous ne m'auriez pas fait déjà venir ici, fait couEiaître cet appartement, qui est beaucoup plus joli que l'autre... et ces meubles... quelle élégance! oh! mais c'est supeibe ! Sans doute on ne reçoit ici que des duchesses !... et le logement du boulevard Suint-Denis est bien assez bon pour moi 1... Et monsieur rit encore... c'est indigne!

— Je ris, parce que vous êtes si gentille ;- laiid vous vous mettez f K colère !

— Oh ! ne me pressez pas la main !... Je vous cieiesie.

Emmeline a dit ces mots avec beaucoup moins de colère; mais, en regardant de tous côtés dans l'aiipartement, ses yeux se portent sur le secrétaire, et «lie aperçoit le portrait de Charlésia qu Adliémar a oublié de serrer. Elle s élance et le saisit avant que le jeune homme ait eu le temps de l'arrêter.

En voyant un portrait de femme, et d'une femme jeune et belle, Pmmeline balbutie d'une voix altérée par le dé|iit :

i— Ah I voilà donc le portrait de votre maîtresse!...

*- Emmeline... rendez-moi ce portrait...

^ Obi vous me permettrez biea de le regarder auparavutt... Elle

est jolie... cette femme... oui... elle est mieux que moi... vous devez la pn l'érer... c'est naturel...

— Je vous jure , Kinmeliiie, que celle femme n'eut pas ma mattresse, je vous en lais le serment.

— iJe'f «ennenls! oh! je n'y crois pas... vous êtes trop inconstant... et je vous aimais tant, moi!

— Puisque je vous répète que ce n'est pas le portrait de ma mal

tresse.

— C'est voite mère, votre sœur, n'est-ce pas?

— Il y a liè.< loaglein|is que je possède ce portrait, je l'avais avant de vous connaître.

— Ecoulez, si vous voulez que je vous croie encore... ou que j/i vous pardonne, il n'y a qu'un moyen : vous allez me donner ce portrait, ou bien vous allez le bri-er devant moi; alors je croirai qu» vous n'êtes pas ramant de celte femme.

— r.mnieline.... je ne puis... je ne veux pas faire ce que vous me domamlez... je vous répète que ce n'est pas le portrait de ma maitiose, voilà tout ce que je puis vous dire.

— F.t moi , je ne vous revois de ma vie , si vous ne me Minsuz pas briser ce portrait.

Et comme Emmeline se disposait h joindre l'effet à la menace, Adhéinar se hàle de lui enlever le portrait îles mains et de l'enlermer dans son secrétaire sans lui laisser le temps de s'opposer à celte action.

Emmeline est restée toute saisie, elle regarde Adhémar qui a repris un air froid et sérieux et ne paraît plus avoir envie de rire; elle fixe sur lui des yeux étincelants de colèi e, puis tout à coup courant vers la porte, elle sort de l'appartement sans prononcer un seul mot.

Adhémar se jette de nouveau sur un siège en se disant :

« Allons , il parait que c'est le jour des ruptures! c'est en amour comme au jeu : il y a des momeuts où l'on est pas en veine. »

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