‹ MoustacheChapitre 277 sur 281 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

CNE SOIBÉE COEZ DES LORETTES. — UNE PAItTIE DE VINGT ET VU. — CNE NODVELLE VOISI.NE.

Quinze jours se passent, et Adhémar n'a pas revu ses deux maîtresses; il regrette quelquefois la gentillesse d'Emmeline, et l'amour passionné de Malhilde; cependant il ne l'ait aucune d 'marche pour se raccommoder avec elles; il reste chez lui, réfléchissant au nasse, attristé par le présent, incertain de l'avenir, et dans le fondue son âme, éprouvant un secret dépit de ne recevoir aucune nouvelle des deux personnes avec lesquelles il estbrouUlé. Quand les quinze jours sont passés, il se dit :

« Maintenant Emmeline ne songe plus à moi ! Quant à Malhilde... peut-être y pcnse-t-elle encore... mais il y a une autre femme. Oh! celle-l.'i repousse mon souvenir avec horreur... A quoi bon ces regrets d'un bonheur perdu; il faut savoir supporter le sort que l'on .s'est fait. Je retournerai dans le monde... car ma brouille avec Malhilde ne doit pas me fermer la porte, île M. K.iurdichon... Je l•e^ erra' peut-être Cliarlésia. alors je tâcherai d'être homme... de foira comme elle... d'oublier que je l'ai connue 1 ■

Mais comme il n'a plus aucune raison pour garder deux )o,'!ements, et que d'ailhurs, ses l'onds diminuanl à vue d'œil, il était indispensable qu'il fit des économies, Adhémar se décide à aller donner congé de son appartement du boulevard Saint-Denis, ne pouvant se résoudre à quiUer cekil de la me de Navarin, qui est cependant plus cher: mais il compte toujours taire de grande' bénéfices avec les vingt mille fraucs qu'il a mis dans le coiumerce.

A'Ihéraar se rend à son ancien logement; ilva trouver madame Coquenard et lui dit :

— Vingt francs pour vous si vous louez mon appartement avant le teime; vingt francs de plus si vous me trouvez que!:iu'un qui veuille m'acbeter tout mon mobilier.

CE MONSIEUR

— Ça fjit qunraiilo francs! s'(^i:rie la i>orlièi(; en ouvrant des yeux aussi farauds que la porte. Monsieur peut ôlre sûr (jue je vas m'ocniiperde ra assidûment.

I'"n efl'i;t, trois jours ajirès, madame Ciicjnenard allait annoncer à Ailliérii:ir i|u'elle lui avait trouvé un aciinereur, et, le soir mfttne, le jeune lioinnie avait venilu son muliilier du boulevard en penlanl les dcu.v tiers dessus; mais pour lui c'était un cummcncement d'économies.

A|>rès avoir terminé celle affaire, Adliémar était chez lui, le soir,

compter ce qui lui restait en caisse; avec le produit de la vente qu'il venait de l'aire, il possédait en loul deux mille francs. (J'éluit avec cela qu'il fallait aticndre les bénéfices qu il espérait.

Le son de la sonncllc lire Adtiémar de ses calculs: il regarde h sa pendule, elle marque dix heures; il n'attend aucune visite, cl se demande qui peut lui venir si tard, et cependant il se hâte d'aller ouvrir.

C'est une dame fort élégante, qui pousse un cri de surprise en reconnaissanl Adliéiiiar, et celui-ci en fait autant; car il vient de reconnaître son ancienne voisine, mademoiselle Azéma.

— Comment, c'est vous, monsieur Adhémar! Ah I bien, si je m'attendais à \oiis rencontrer ici... est-ce que vous demeurez avec madame l'oialinskifkoCf'?

— Qu'est-ce que c'est que celle dame?

— Eh bien, c'est... madame Folaliiiskifkolî, ou, si vous aimez mieux, Azurine, une de mes amies... qui a un nom russe depuis qu'elle a voyagé dans le midi , parce que, voyez-vous . ça fait bien, ca donne un certain chique I... est-ce que ce n'est pas chez elle, ici?

— Ici ? mais non , c'est chez moi , si vous voulez bien le permellre.

— Bahl... tiens, vous avez donc déménagé aussi, vous!... Oh! ce hasard !... moi, je viens souper chez mou amie Azurine, je l'ai rencontrée hier; nous avions été brouillées au suji-td'un boa qu'on lui avait donné pour moi et qu'elle a gardé! enfin c'esl Uni !... le boa est usé. Hier elle me dit: « Viens donc me voir, je demeure rue de Navarin, j'ai un très joli apparleinent ; viens souper demain, j'aurai quelques amies... des dames de l'Opéra, des ine.-sieurs de bon genre... nous ferons un vingt et un avant le souper... « Azurine rallole du vingt et un. Je lui ai dil : « .l'irai. « Eu effet, je suis venue. Je demande madame PolalinskifkofT; ce dindon de purlier 'ne dit : « Au qnalrième... »

— C'est ici dessus !

— Bah !... c'est que j'étais fatiguée de monter, appareranieni, ou, plutôt, que la sympathie aura coniliiit ma main au cordon de voire soniielle. Est-ce que vous avez du monde chez vous?

— Non, je suis seul.

— En ce cas il me semble que vous pourriez me faire entrer...

— Alil pardon.

Adliémar introduit Azéma dans son appartement. Elle examine tout, et, en regardant le lit, dil en souriant :

— Il n'y a pas quelqu'un de ciclié Ih-dedans?...

— Oh! non, personne... d'ailleurs, il ne tient qu'à vous de vous en assurer.

— Ah! vraiment... je compieiuls... en me mellani où j'étais l'aulrc fois... la proposition esi un peu andalouse. A propos d'Andaloux, j'ai rompu avec le mien.

— Ah 1 monsieur... Bardajosl qui se cachait...

— Dans un certain lieu; justement. Il me tyranuisail , ce petit Espagnol; je lui ai dil: « Mon clier ami, vous me prenez pour un Cw/roya, mais ça ne me convient pas... les actrices ne sont pas des Aranonaisca; enliii vous m'ennuyez, adieu, bonsoir, et e est fini. » Oh I je ne le regretle pas: d'abord, il éliiit trop p^-lit. Je ne demande pas un géant ; mais je ne veux pas un homme au-dessous de trois pouces... c'esl une taille raisonnable. Et voire petite dame qui jouait des nerfs, la voyez- vous toujours?

— Non, c'est fini aussi.

— Ali! vraiment?... au fait, cane peut pas toujours durer... alors c'esl une autre, nécessairement...

— Non... je n'ai plus de nuiitresse.

— Ahl qu'esl-ceque vous me dilcslà... el depuis quand... depuis ce malin, peut éiro?

— (1 y a déjh trois semaines.

— Trois semaines, mon Dieu! vous m'effrayez... vous Clcs donc... tth! j'allais dire une bèlise.

— Dites toujours...

— Non... je ne veux pa». Comment, monsieur Adbémar... vous

êtes veuf depuis trois semaines... et moi... il v a pre5<|ue autant

c'est drôle... quand je dirais que la syrapalliie m'avait coudait la main h. votre cordon de sonnetlé.

Et Azéma adresse un sourire fort tendre à son ancien roisi», qui se contente de pousser un gros soupir.

— Qu'est-ce que vous faisiez donc loul seul chez vous, monsieur Adliémar?

— Rien... j'allais nie coucher.

— Vous couclier h dix heures; oh! décidément vous êtes nulad«. Voyons, regardez-moi... sans plai.wnlerie, vous èles changé... vous avez l'air Irisic... vous avez du chagrin...

Et Azéma quille brusquement sa chaise et va s'asseoir sur k* genoux d'AJhéinar, en lui disant d'un air très agaçant :

— Voulez-vous que je vous console, moi?...

Le jeune homme ne répond rien, mais il commence à sourire. Tout à coup Azéma se lève el fait un bond dans la chambre en s'écrianl :

— Oh ! quelle idée charmante! vous allez venir souper avec mol chez madame l'ol.ilinskiIkolT... nous rirons, nous j.jueroiis... nous nous a.-nuserons bien, et puis ensuite... je... je reilfscendrai... avee vous?... hein ! voulez-vous?... oh ! si vous ne vouliez pas, ce sérail très malhonnête.

La proposition d'aller souper avec des loreltes tente assez Adhémar, qui commence à s'ennu\er d'être sage, el il répond :

— Mais, aller chez votre amie, je ne la connais pas, celle dame... el aller souper sans être engagé...

— Oh! voulez-vous bien vous taire! est-ce qu'entre nous nous faisons des cérémonies : chacune amène son amant! c'est convenu... c'est reçu... Par exeinpl ■, on croira que vous èles le mien... c'est peut-être la ce qui vous contrarie.

Pour toute réponse, Adhémar prend ses gants, son chapeau, el s'écrie :

— Conduisez-moi donc chez madame Poli... Potasse... aii! je ne pourrai jamais dire ce nom-là!

— Oh! vous êtes bien gentil... allons! venez...

— Est-ce que je ne vous embrasserai pas avant?

— Oh! non. parce que... je me connais, je serais capable de ob plus monter du tout chez Azurine, et elle serait fâchée: elle m'attend... allons, venez, venez.

Azéma est déjà sur le carré , Adhémar la suit ; on monte un étage, et l'on est devant la porte de madame Polatinskifkoff.

Une espèce de femme de chambre, bonne, cuisinière, jeune el assez gentille, vient ouvrir en riant. Ue la pièce d'cnirée on entend rire aux éclats dans le salon où se lient la compagnie, el une odeur de punch très prononcée annonce que la société a déjà commencé à se rafraîcliir.

— Diable! ça a l'air d'aller bien ici. dit Azéma. On est déjà en train ; j'espère qu'on ne soupe pas encore, au moins.

— Non, non, ils jouent au \ingt et un.... C'est que M. Ribobielie est banquier, el il dit qu'on le Iriclie!... ah! an! s'en donnent-ils!

El la bonne, qui semble être l'amie de la société, se met k rire aux éclats , tandis qu'Adhéiuar dit tout bas à son introductrice :

— Qu'est-ce que c'esl que M. Ribohiche?

— C'est l'Andaloux d'Azurine; ah! un bon petit homme, bien gai, bien complaisant ; on lui fait tout ce qu'on veut, il ne se fiche

jamais.

Adhémar entre avec Azéina dans un salon élégamment meublé, où cinq dames et trois messieurs étaient assis autour d'une table à manger sur laquelle on avail jeté un lapis rouire. Toutes les dames élaienl jeunes. H y on avail une de jolie, deux de p.issibles, et deux de laides; la jolie était mince, celles passables él.-xiiiit maigres, les deux laides élaienl grasses; mais toutes monlraienl une g.iicté ex- Irémenienl expansive. Sur les Irois lionirois. un ét.iit jeune, joli garçon, et avail une léle d'ariisie; un autre, entre deux ;\ços, éi.iil était porteur d'une physiiuiOMiie île viveur et de n'.,iuvais suj I. Knliii le lroisiè:no, (pii elail M. Ribohiche. avait passé la rinquanlaine; mais il était Uuil rond, tout frais, et semblait se trouver l'homme la plus heureux de la tcri-c parce qu'il passiiit la soirée avee dos loreltes.

L'amie d'Azéma était du nombre des dames p.issables ; elle »vnH pour elle un air .spirituel, aimable, > t des mauières «lui ne singcaicul

sa

CE MONSIEUR

pas trop mal celles d'une marquise. Toute celte soci(''té jouait au vingt et un, el somlilail y prciulrii ic plus grand plaisir, l'ersonne ne se dt''ranHe |juur lis iiDiivoaux venus, excepté la niailresse de la maison, (|ui se lève et l'aii un .<alut fort gracieu.x à Adbénaar, pendant (lu'Azonia lui dit :

— Je te présente M. Adliémar il craigpait d'être Indiscret en

venant sans être engayé.

— Présenté par toi, monsieur ne devait rien cr.^indre.

— D'ailleurs, il est ton voisin, il demeure au-dessous de loi, raison de plus, ce me semhie, pour ne pas faire de cérémonie.

— Ah I c'est monsieur qui demeure au-dessous de moi?

— Oui, madame; mais il esl vrai que je n'ai jamais eu le plaisir de vous rencontrer.

— Mon Dieu, à Paris, c'est comme celai... on demeure dans la même maison, mais quelquefois on ne se rencontre jamais.

— Azurine, qu'est-ce que tu mets devant toi? crie une des grosses dames qui tient alors la banque.

— Toujours cinq sous... je ne sors pas de IJi.

— Excepté quand je suis baïKiuler, dit M.. Uibobiche en riant. Quand j'ai crevé, elle a toujours mis dix soubI

— Enfin, reprend Azurine en s'adressant encore à Adhémar, j'ai depuis quatre jours pour voisine, sur mon carré, une de mes amies ; elle a pris le logement au-dessous de Nonore... Nonore, c'est madame... qui est aussi de la maison. Eh bien ! si le hasard ne nie l'avait pas fait rencontrer ce matin, je ne l'aurais |ias su... au lieu de cela, je l'ai engagée à venir souper avec nous... elle viendra après l'Opéra, où elle ne manque jamais.

— Est-ce que c'est une dame de théâtre? demande Azéma.

— Non... oh! mais elle aime tant le plaisir 1... c'est celle-là qui fait rouler l'argent!....

— Comment l'appelles-tu?

— Madame Folicourt.

— Ah! c'est un nom de guerre, çal

— Oh! c'est une femme fort bien... je crois même qu'elle est noble. J'ai fait sa connaissance cet hiver au bal de l'Opéra ; elle avait un costume ravissant Elle est étrangère...

— De Pontoise, peut-êlre?

— Mon Dieu ! Azéma , lu ne veux jamais qu'on soit étrangère, toi... Je le dis que mon amie est Italienne. D'ailleurs, cela se voit Lien à son visage.

— Mon Dieu! elle sera Chinoise si tu veux , qu'est ce que cela me fait, h moi.

— Le principal, dit M. Ernest en riant, c'û^t qu'elle ne soit pas sauvage.

— Ah! bravo!... délicieux.

— Monsieur fait-il le vingt et un?

— Je fais tout ce qu'on veut, madame.

— Allons, serrez-vous un peu faites deux places de plus.

Azéma et Adhémar se placent à la table, la dame qui lient la banque leur déclare qu'elle ne tient pas au-dessus de cinq sous. Le monsieur qui a l'air mauvais sujet, et que ces dames appellent Ernest, s'écrie :

— C'est bien plus amusant quant on ne limite pas le jeu !

— Monsieur Ernest, quand vous serez banquier, vous tiendrez ce que vous voudrez; mais moi je n'ai pas envie de perdre dix-neuf l'rans comme l'autre soir dans une banque.

— C'est bien, je mets un sou, alors.

— Comme vous voudrez, j'aime mieux ça.

— Tu ne sais pas, dit la maîtresse de la maison en s'adressant il Azéma, j'ai rencontré Trouillade, je l'ai engagé à venir souper.

— Ah! mon ancien voisin... le vôtre aussi, monsieur Adhémar. Est-ce qu'il t'amuse, cet ôtre-là?

— Mais quand il veut se borner à des romances, il ne chante pas mal... ahl par exemple, il chante fort bien : Un jour de celle automne.

— Je serais curieuse de l'entendre.

— Oh! nous le ferons chanter, il ne demandera pas mieux

— Voyons, mesdames, soyez donc à votre jeu... Azéma veux-tu une carte?

— Non. Je m'y tiens.

— Ah! elle s'y tient toujours celle-là, elle a des jeu,ï de bœuf!... et monsieur?

— J'en prendrai, madame, répond Adhémar a qui b'adre:<sait cette question.

— En voulez-vous encore T

— Oui...

— Voilà une figure.

— Tiès bien .

— Mon Dieu! que j'ai de malheur sous ma banque, personne ne crève et toi! Nonore?

Nonore est la petite femme gentille qui demeure aussi dans la maison; elle est assise à côté d' Adhémar, et lui a déjà dit plusleuri fois à voix basse :

— Passez-moi donc un as... ou passez-moi une figure...

— Vous trichez donc? dit Adhémar en riant.

— Oui... oh! tant que je peux.

— Est-ce que c'est permis ici?

— Oui, c'est permis aux femin^s, mais pas aux hommes.

— Ah! fort bien!

— Athéna'is! apportez donc du punch!

— Ah! oui, du punch! dit monsieur Ernest, des flots de punch 1 moi, plus j'en bois, plus j'en veux boire.

Athéna'is (c'est la femme de chambre) arrive avec un plateau garni de verres à punch, et pendant qu'on en prend, elle dit à monsieur Eniest :

— Je suis de moitié avec vous dans votre première banque.

— îlerei ! je le connais, toi!... je te retiendrai i)0ur la valse!... elle est de moitié quand- on gagne, elle n'eu est plus quand on perd.

— Vous êtes encore joliment ladre, vous! M. Ribobiche ne me refuserait pas, lui, j'en suis sûre.

Le monsieur de cinquante ans , qui a l'air si heureux , fait à la femme de chambre un signe de tête affirmatif , auquel elle répond en passant agréablement le bout de sa langue sur ses lèvres.

Le bruit de la sonnette retentit avec violence.

— Ah! peut-on sonner comme ça! s'écrie Athéna'is en allant ouvrir. Us arracheront notre gland!... c'est indécent!

— C'est sans doute ta madame Folicourt, dit Azéma.

— Oh ! je ne crois pas : l'Opéra n'est pas encore fini.

Mais déjà une voix bien connue se fait entendre dans la pièce d'entrée. Ci'est M. Trouillade, qui est arrivé enveloppé d'un immense manteau en toile gommée, qu'il s'obsline à appeler un makintosch, et qui, là-dessous, est complètement habillé eu Figaro; ce qui fait beaucoup rire la femme de chambre.

— Ah! celte idée, de venir déguisé... ah! ahl ah!... en voilà du toupet!

— Comment, Athéna'is, est-ce que ce n'est pas un bal masqué que donne ta maîtresse? s'écrie Trouillade en feignant un profond élonnement.

— Un bal masqué au mois de juillell... ahl cette idée... c'est une partie de vingt et un qu'on fait.

— On m'a invité pour un souper., alors... ordinairement... un souper annonce un bal... je ne sais pas pourquoi j'ai cru qu'on se déguisait...

— Avez-vous bientôt fini de causer avec Athéna'is? crie Azurine. Est-ce que vous n'allez pas entrer ce soir?

Trouillade se présente à la porte du salon, dans son costume de Figaro, et se pose comme sa statuette. La société pousse de grands éclats de rire en voyant cet Espagnol; et Trouillade, tout en déployant ses grâces, dit avec une feinte modestie :

— En vérité.... je ne sais pas si je dois entrer moi qui ai cru

que c'était un bal déguisé et qui me suis habillé en Figaro!....

je suis confus!...

— Eh bien! qu'est-ce que ça fjiS? dit Azurine, ça ne doit pas vous empêcher d'entrer... ah! si vous étiez en Ecossais, je ne dis pas!

— On devrait se déguiser toute ''année! dit Nonore, ce sérail plus drôle,

— Le plus souvent, qu'il a cru que c'était un bal masqué, dit tout bas Azéma à Adhémar. 11 a mis ce coslurae-là parce qu'il so croit superbe avec, et qu'il n'en a pas d'autre de propre.

Trouillade vient d'apercevoir Adhémar; il court à lui d'un air enchanté, lui- saisit la main et la serre de toutes ses forces en disant :

— C'est M. Mariliy! ah! quel plaisir j'éprouve à me retrouver

CE MONSir.CR.

avec vous... combieit je bi^nis le hasard... il y a si longtemps, ear V crois que vous notes plus mon voisin... la portière m'a appris que vous aviez il(':niénat;(5...

— Mais il y a lonptemps (pie vous saviez que j'avais un autre 'ofrement. et que je ne couchais pas à celui du boulevard, ré|iond iciliémar en souriant.

— Moi... je l'ignorais totalement I... aussi wre' que Lycori> ai- «ape le sol iJo poitrine.

— Je ne sais pas ce que votre fils attrape, n.Ais je sais que vous avez eu la bonté de dire que je ne couchais plus dans votre maison, A celle petite dame... que vous aviez vue chez moi !...

— Moi!... oh I mon cher monsieur .Marilly, il y a erreur!... je vous jurel je vous proteste... je serais désolé que vous puissiez croire...

— Et moi , je vous assure que je ne vous en veux pas ; ainsi cessez de vous désoler...

Cette conversation avait eu lieu à drmi-voix; Azéraa y met un terme, en s'écriant :

— Voyons, Trouillade, avez-vous fini de bavarder avec monsieur? Placez-vous là... je vais faire ma banque.

— Ah ! vous jouez aux cartes... comment, vous jouez au lieu de chanter... de faire de la musique?

— Nous chanterons au souper; nous avons le temps I...

— El à quel jeu jouez-vous là?

— Au vingt et un.

— Je ne sais pas si je le connais.

— Il ne sait pas s'il le connaît, il ne fait que ça chez lui I... Allons, qu'on soit à son jeu... et qu'on ne triche pas', surtout... entendezvous, madame Nonore ?

— Ah I je vous conseille de parler, vous ! avec cela que ça ne 10US arrive jamais!...

Trouillade se place à table entre Nonore et Azurinc. Il tire avec effort une pièce de. dix sous de sa poche et en demande la monnaie.

— Diable ! vous mettez tout cela ! lui dit Azurinc en riant.

— Est-ce trop?... je vais retirer.

— Vous n'avez pas là pour trois coups.

— Oh! moi, je ne joue pas un jeu d'enfer.

— Qu'est-ce que vous jouez? demanda Azéma au virtuose.

— Un demi-sou.

— Ah! ah! ah ! nous ne jouons pas de demi-sou....

— Alors on a des fiches , c'est plus commode.

— Oii ! quel pleutre! nous n'allons pas changer notre jeu pour vous...

— Du punch ! du punch! crie Ernest, ça donnera de l'audace à monsieur, et il ris(|uera un sou !

— Ah ! volontiers, du |)unch ! dit Trouillade, c'est ma boisson favorite, j'en fais tous les soirs chez moi !

— Tu vas te griser, Ernest, dit le jeune artiste en caressant sa sa barbe.

— Moi ! oh ! je suis ingrisable !

Trouillade s'est décidé à jouer un sou à la fois, mais on remanpie qu'il ne demande presque jamais de carte, et Nonore, qui est à côté de lui, s'écrie :

— Il s'y tient à douseJ... en voilà un qui ne crèvera jamais.

— Chacun joue à sa manière! dit Trouillade, c'est permis, ce n'est pas tricher cela... Ces dames tirent toujours... elles n'en ont jamais assez... moi je suis prudent.

— Huit et quinze, combien cela fait? demande une de ces dames qui est toujours fort longtemps à compler son jeu.

— Tu as crevé, Juliette, dit Azurinc, passe Ion argent.

— Vous voyez ! dit Trouillade , si madame s'était tenue à quinze, elle vivrait encore.

En suivant son système de prudence , Trouillade avait gagné une Irenlaine de sous, lorsqu'arrive son tour de faire la banque."

— Si vous no voulez pas la faire, vous avez le droit de la rendre, lui dit M. Uiliobiche, je vous l'achète un franc.

Figaro réfiéchit, calcule, remarque que trois mauvaises banques viennent de se succéder, compte ce qu'il a devant lui, et, allcclié par l'espoir du gain, s'éerio enfin •

—-Je la fai.>!... et je tieustout ce qu'on veutl

A. cette annonce, à laquelle on était loin do s'attendre, les hommes

sortent de l'argent de leur poi he ; les darnes pemMenl prendre ua nouvel itilérèlà la partie; mais Az<^ma dilk l'oreill ; d'Adliémar:

— Il lient tout ce qu'on veut, et il a quarai;le et un sous devant lui... cela me [larail fort inquiélanl. SA gagne, ça ira tout seul; mais s'il perd, je m'attends à quelque coup de jarnac.

Figaro demande d'abord du punch, il en boit deux verres de faite pour se mettre en veine, et commence sa banque. Sa figure, en donnant des caries, est d'abord sérieuse et presque rébarbative; cependant les impressions qu'il éprouve donnent bienUJt une mobilité extraordinaire à ses traits. Quand on lui dit: «je m'y liens! » se» sourcils se rapprochent, son front se plisse et sa bouche se pince; mais lorsqu'il entend : « j'ai crevé, » ses yeux se dilatent, ses traits s'épanouissent, son front est radieux, et c'est ane un sourire charmant qu'il prend l'argent du joueur.

— Douze et neuf, combien que ca fait? demande au banquier la dame qui ne peut jamais parvenir a compler son jeu.

— Vous avez crevé, payez, jetez vos caries, s'écrie Trouillade en s'empres.sanl de passer à une autre ponte.

— Comment? comment? elle a crevé! dit Nonore. Est-ce que douze et neuf ne font pas vingt et un, à présent?

— C'est fini ! le coup est joué... Madame avait treize et neuf, d'ailleurs... Ah ! si on revient sur les coups , je m'embrouille et je n'y suis plus.

— 11 est joliment Robert-Macaire notre banquier! dit la loretta au jeune artiste.

Celui-ci caresse sa barbe et lui répond d'un air dolent :

— Quand voulez-vous que je fasse votre portrait?

— Quand vous ferez ressemblant , mon cher ami , et nous n'y sommes pas.

L'artiste fait semblant de rire, mais il répond avec dépit :

— Au reste, je vous disais cela pour plaisanter, car je ne peint plus que l'histoire.

— Et moi je ne pose pas pour ces choses-là! répond Nonore en riant aux éclats.

— A votre jeu donc ! s'écrie Figaro qui voit avec effroi que la I ' ance lui devient défavorable, et dont le front se couvre de gouttes lie sueur à mesure qu'il est obligé de payer.

En deux tours l'argent du banquier a disparu. Cependant il ne remet rien devant lui et continue de donner des caries en rianl-

— Faites votre jeu... je réponds de tout !

Mais, au bout de quo!(|ues tours, se voyant endetté de tous côtés, Trouillade, dont les veux semblent vouloir sortir de sa tète, trouve moyen, en donnant des cartes à quelqu'un, de renverser avec son bras la carcel placée au milieu de la table. La lampe tombe , le verre se brise, l'huile coule à flots sur le lapis, sur les caries, sur l'argent; les dames se reculent en poussant des cris d'effroi, craignant des taches pour leurs robes; les hommes en font autant, et Trouillade, en se levant, entraîne un coin du tapis après lui, de manièiequc tous les enjeux se trouvent confondus et mélos.

— Vous êtes bien maladroit I monsieur Trouillade, dit Azurine en considérant la lampe renversée.

— Je suis désolé, madame Polalinskifkoff. je suis confus ! s'écrie Figaro, je ne comprends pas coiument cela s'est fait I

— Moi je comprends très bien, dit Azéma.

— C'est le puncli qui aura troublé ma vue.

— Ce n'est qu'un verre et un globe d<> casséf , dit M. Ribobiche; c'est un petit malheur!

— Et mon tapis taché. Athénaïs, apportez donc une seivielle... quelque chose pour essuyer ici.

Mais la femme de chambre se contente de répondre de loin •

— Je ne peux pas... j'apprête le souper... si on me dérange ja n'en finirai jamais.

Madame Polalinskifkoff voyant que sa domestique no veut pas venir, se décide à se servir elle-même. Bientôt le désordre eit à peu près réparé.

— Mais nos enjeux, dit la jolie Nonore.

— Tout est brouillé, comment nous y roiroiiverons-nous T

— Moi, j'avais au moins six francs devant moi...

— Moi, cent sous!...

— Moi, mesilames. dit Trouillade. 'c ne sais plus ce que j'avai>: mais j'abandonne tout... à condition qu'on ne me demandeni plus rien !...

— C'est joli 1 il abandonne tout cl II n'avait rien.

CK MONSIEUR

— Panlonnez-niol, Je venais de r- motire beaucoup d'argent devant moi, au nionient où la KirniJC s'csl lonverbéc.

Le bi'uil de la sonnnlle et l'ari-ivée de la dame dont Azurine avait parlé inelleul lin h etite di'CU'^.Mdn. (^Iiaeiin l'ail ali.indoii dt-nadrlle a Figaro, qui redevientalois ^ui, sémillant , l'ait de» luuladcii (|ui ne finissent pas, et se pose couiuie un arlequin dans tous les coins du «iilon.

La nouvelle lorollc est uuj femme toule jeune encore, nii. idonl la figure pAle, amaigrie, fatiguée, n'a déjà plus a)n?cr\é de sa beauté priruili\e (un! <le fort grands ^eiix noirs, ul des elieveux brillants et lisses qui ont l'éclat du jais. Du reste, ses traits SDiit idus brillants que distingués, mais ils ont un cachet étran^t-r qui est peut-être ce qui les emiiêche de paraître couiuiuns et leur donne une espèce de charme.

Madame Folicourt est mise avec plus de coi|nclterie que de goût, et il y a dans sa loiiriuire quehiue chose qui indiçiue (|ue ttiutos les parties de sa toilette ne sont jamais en harmonie ; son laisseraller est presque du désordre: la [xiinlc de son chàle balaie le le parquet, il y a toujours après elle qui'lques cordons qui trai- ' neul.

— Comme vous venez tard , ma belle ! dit Azurine à la nouvelle venue qui s'est jetée sur le divan, puis jette son chapeau d'un côté et son chàle de l'autre, sans s'in(iuiéler où ils tomberont.

— Mon Dieu I ce n'est pas ma faute... l'opéra finit seulement... ah ! il est vrai que j'ai été prendre une glace...

— Et vous venez seule... vous n'avez pas amené votre cavalier... pourquoi donc !...

— On avait affaire demain de bonne heure. On était un peu indisposé... je lai engagé à se reposer... et puis il est si jaloux I... je ne suis pas fâchée d'être quelquefois libre I c'est si rare !

— Fait-elle sa moutarde!... murmure Azéma en s'approehant do Nonore. Je n'aime pas cette femnie-là... est-elle fanée déjà!...

— Et le tour des yonx ! comme une demi-tasse I

— EUea fièrement rùti... ce que tu sais bien!

Les hommes examinaieat aussi madame Folicourt, mais ils gardaient leurs réflexions pour eux. M. Uiliobiche paraissait trouver la jeune dame fort jolie; l'artiste regrettait qu'elle n'eût point un costume italien , et M. Ernest l'examinait de haut en bas absolument comme on ferait d'une marchandise. Quant à Adhémar, le premier aspect de la lorette l'avait peu flatté; mais au son de sa voix, il avait éprouvé une vive émotion, et defiuis, la regardant sans cesse avec plus d'attention, cette émotion n'avait fait que s'accroître.

— Que je ne vous dérange pas... vous faisiez quelque chose! dit madame Folicourt.

— Nous jouions au vingt et un; mais c'est fini , grâce à monsieur qui a brisé ma carcel. qui a tout taché ; je lui pardonne, ]iarce quil est en Figaro... et il nous a tant l'ait rire h son entrée, que je ne peux pas lui garder rancune 1 Maintenant nous allons souper...

— Ah ! oui, dit Trouillade, et au souper nous chanterons ! c'està-dire après le souper.

— Et je suis sûre qu'à table vous ne renverserez pas les lampes, dit Azéina à Figaro.

— Hum ! méchante 1 quand je vous vois , je sais bien ce que je voudrais renverser!

— Avez-vous fini, bibi !

Mademoiselle Athénais entre dans le salon en s'écriant :

— Monsieur Ribobiche, ai-je gagné?... combien me revient-il sur notre banque'...

— Ma chère amie, je n'ai pas refait ma banque ! il est arrivé 4es accidents... mais après le souper, si nous rejouons , tu seras mon associée.

La femme de chambre fait la moue en murmurant :

— C'est ça!... madame accapare tout, et on ne me donne jamais rien à moi... pas même mes gages !

— A propos , ma chère amie , dit Azurine à madame Folicourt. je vais te présenter à mon voisin d'au-dessous... qui est aussi le tien, puisque lu deuiiures depuis quatre jours dans la maison. C'est une dame de mes amies qui l'a amené, je ne le connaissais pas, ce monsieur, mais il a fort bon genre... et... Eh bien!... où est-il doiîc?

Azurine regarde de tous côtés, et n'aperçoit plus Adhémar qui était sorti furtivement du salon dans un moment où tout le monde était occupé a causer.

— Tiens! il est donc sorti ce monsieur? reprend la mallicsse de la maison eu s'ailressant à Azéma. Celle-ci , n'apercevant ping Adhémar, repri-nd : il est dcsntudu appareinrneiil... ce n'est pas iléliMidu, ou pi'Ul avoir besoin de si.rlir, cela arriïi- à tout le monde I mais il va remonter, il sait bien qu<' nous allons houper.

— Et il me semble que nous pouvons toujours nous mettre à table ! u'ccrie Figaro en faisant une gambade dans lu salun , mon estomac crie connue un enfant de d''ii\ jnurs... D'ailleurs , .M. .Marilly est trop galant pour vuuloir que de» dames l'atteinlenl.

— M. Marilly I... s'écrie la jeune éiraugèro en laitisant écbapp un mouvemoT'i de surprise. Cu monsieur qui était là... «e nom Marilly ?

— Oui , Adhémar Marilly , répond Azéma en fixant ses rega sur madame Folicourt, qui murmure d'une Toix altérée :

— Adhémar Marilly... c'est bien lui...

— Comment lui ? est-ce que vous le connaissez?... ^

— Mais oui... je l'ai connu... en Italie... Il est marié....

— Marié I dit Azéma en éclatant de rire ; oli ! je vois bien que vous lie le connaissez pas!... M. Adhémar est garçon... .Nous avons demeuré longtemps à côté de lui... boulevard Saint-Uenis, n'est-ce pas Trouillade? et il n'a jamais été marié...

— Oui, oui, il est garçon I s'écrie Figaro, ou du moins il vit en garçon... Mais si nous soupious !... qu'en pense madame Polatinskiflioff?

La jeune étrangère, qui est devenue rêveuse, dit au bout d'un moment :

— Je puis me tromper... ce n'est peut-être pas la personne... que je connais.

— .\ii reste, vous en aurez bientôt la certitude en le voyant , dit Azéma qui semble fort intriguée des rapports qui ont pu exister entre Adhémar et madame Folicourt. Le voisin va revenir... vous allez le voir, et vous saurez bien alors si c'est la personne que vous avez connue en Italie.

— lia ça, est-ce que vous m'avez fait mettre le couvert pour rien ? crie Alhéiiaïs en paraissant à l'entrée du salon. Si le potage n'est plus chaud, ma foi tant pis ! je ne le remets pas sur le feu.

— II y a du potage ! s'écrie Trouillade, en bousculant tout le monde pour courir dans la salle à manger; il y a du potage, et on le fait attendre! c'est indigne I c'est se manquer à soi-même.

— Allons souper, dit Azurine, cela fera venir le voisin.

Tout le monde passe dans la salle à manger où était mis un couvert assez élégant. Chacun se place, mais on laisse un couvert libre entre Azéma et Azurine, c'est la place que l'on destine à Adhémar.

Trouillade a avalé deux assiettées de potage avant que personne n'ait fini le sien ; il ne cesse de répéter :

— J'adore le potage le soir... j'en mangerais toute la nuit! Madame Polatinskifkiiff, je vous fais compliment de ce potage.

La dame étrangère paraît préoccupée, Azéma s'impatiente de ne pas voir remonter Adhémar. On a servi du potage que l'on a mis à la place vacante, et Figaro, qui psobablement en voudrait encore, murmure :

— Son potage sera froid... c'est bien fâcheux! je commence à croire qu'il ne remontera pas!

— Oh I c'est impossible , dit Azéma. M. Adhémar sait trop bien vivre pour nous faire une telle impolitesse... mais il s'est peut-être trouvé indisposé... Je vais desceuure savoir ce qu'il a... car s'il était malade...

— Va, va, Azéma, et s'il avait besoin de quelque chose, nous loi ferions du thé.

Azéma sort, la société entame une volaille et un pâté. Trouillad* s'écrie :

— Je suis fou du pâté le soir ; il y a dr? persnwes qui prétendent que c'est lourd, mf.i, cela me passe coran.„ ae l'eau sucrée... Mais Toilà une assiettée de potage qui attend en vain... je crois bien qu'on pourrait en disposer... Madame Polalinskifkoff ,. votre pâté est savoureux!

Dix minutes s'écoulent, Azéma ne remonte pas.

— C'est singulier! dit Az^urine, personne ne remonte!... qu'estce qu'ils deviennent donc tous en bas?

— Ce monsieur est malade apparemment! dit la gentille Nonore.

— J'ai envie d'y aller voir aussi reprend Azurine.

— Je m'y oppose, dit M. Ernest, toute la société disparaîtrait

CE MONSIEUR

ainsi t. .. on passerait le temps au ROnperft courir les uns après Inn autres.

— Moi. je descendrai? bien, dit Fiparo, en prenant le plat .«ur

lequel esl la vnlailie, car c'i'M fort cxir.ioriJinairR... mais j'alaiu tant la volaille à souper I... c'est If^gL-r!... cegi forulaiil I...

— Dites loiil de siiile que vous aimez à manger le soir, cela vaudra ciieux, mm mure l'ailisle, un peu conlnirié de voir 1\^ no 6 emparer d'un morceau qu'il désirait.

Enfin Az''ma reparaît; mais son teint est animé, Fe";j'eux expriment la colère , le dépit ; elle peut .'i veine parler, tant elle esl sulloquée.

— Kli bien I tu es seule, lui dil Azurine , qu'est-ce qu'il a donc, le ▼oisin ?

— Ce qu'il al... ee qu'il a !... ali ! je n'y conçois rien. En vérité, c'esl indigne!... c'est aflreuxl... j'en suis d'une colère!... j'en étoufTc!...

— Voyons, calme loi, et explique toi donci

— Je suis descendue chez M. Adliémar; je sonne à sa porte; on n'ouvre pas; je eaiillniuie ! personne ne lépond; alors je me dis: «Il se sera trouvé m.il... Il ne m'enlimd pas sans doute! » Me voilà désolée, et je descends chez le portier pour savoir s'il aurait une double clef de son logement... enfin quclipie moyen d'entrer. Je ne savais plus où donner de la tète . j'étais comme une folle. Le portier ne donnail pas, je lui dis : « .M. Adlii''rnar est bien malade chez lui , car il ne prut pas m'oiivrir... Il faudrait un médecin, il faillirait un serrurier. » Là-dessus, cet animal de portier se met à rire en me répondant : « Alil il c.^t malade! mais il vient de sortir il y a un quart d'heure, et il n'est pas rentré. — Vous êtes fini! lui dis-je, M. Adliémar w |ieul pas être sorti à minuit passé et quand nous rallendons pour smipcr. — Je ne sais si vous l'attendez, mais il est sorti , c'esl iimi qui lui ai ouvert la porte; il m'a réveillé pour que je lui tire le cordon. » Voilà ce que le portier vient de nrappreinlre ! Je n'en reviens pas!... j'en suis toute saisie! je n'y comprends rien.

Tonte la société partage l'étonnement d'Azéma, la jeune étrangère seule ne dit rien ei ne fait aucune réflexion sur la conduite de son voisin.

— C'est d'autant plus étonnant qu'il soit sorti, dil Azéma, que je lui avais promis...

— Quoi dune ? s'écrie madame Nonore d'un air malin.

— Kien... je me trompe, je ne lui avais rien niomi<;. C'est égal, ce n'est pas naturel... il faut qu'il ait eu... quelque motif pour se sauver ainsi.

En disant cela, Azéma jetait des regards de côté sur madame Folicourl; mais celle-ci ne semblait pas prendre part à ce qui se disait autour d'elle.

— Après tout, dit M. Rihobiehe, je ne vois pas pourquoi l'absence de ee nuMisienr nous empécherail de souper et de rire... il'ailleurs, il a pu avoir alVuire... il peut encore revenir.

— C'est juste, dil Figaro, en faisant signe h Athénaisde lui passer l'assiette de potage destinée à Adliémar. Il peut n venir... et après tout! le souper de madame Polalinskilkoff est encore délicieu.x sans lui.

Malgré la réflexion de M. Ribobiche l'appétit de Figaro, la disparition du voisin nuit beaucoup à la gaieté du sonner. Azéma est vexée, Azuriue contrariée, les autres lurettes intriguées, el la jeune Italienne toujours rêveuse et préoccupée.

La société reste cependant plus d'une heure h table. Mais .\dliémar n'est pas revenu, et coiniiie ou ne prie pas Figaro de chanter, il boit d'une manière à ne plus |ioiiv(iir parler, et prononce le nom de madame l'olatinskilkor d'une façon qui l'ait presque rougir ces dames, lînliii chacun songe à regagner son domicile. Le jeune art sic se charge de recondiiiio di'ux lurettes; M. lUbnbiehe ramènera la li'iiisièine, ainsi que mademoiselle Azéma, qui n'a plus de cavalier. Quant à M. Ernest, il lAchera de faire arriver Figaro jusqu'à Sun logis.

l",ii disant ailieu à mailamc PolatinskiflcofT, Azéma lui dit à l'oreille:

— C'est ta ebipie d'étrangère qui a fait fuir M. Adhémar, je le gagerais ! mais elle me le paiera... j'éclaircirai cela-

En atlendant et pour soulager un peu sa coicre, en passant devant la porte d'Adhéuiur, Azéma nrrucbe le cordon de su «oituette.

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