‹ MoustacheChapitre 278 sur 281 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

L ITALIENAE. — UES NOUVELLE!.

Lorsqu'il avait eu laeerlilude que madame Folicourl était bien U pcr.MMine qu'il croyait reconnaître, Adliémar n'av.iil eu qu'urje pensée : celle de fuir, de s'éloigner promplcrueot, avaul que la jeune étrangère ne l'aperçût.

Sorti de chez Aziirine. il n'avait pas voulu rentrer cbi»z loi ; fl pensait bien t|iie, surpris de son absence. Azéma irail »(iir ce qui lui éi.iil arrivé, et il ne voulait pas qu'on le trouvât, car pour ciea au momie, il ne serait remonté chez sa voisine.

Ouand il s'est trnin.é dans la rue, Adbéinar a marché au ha«ir!, peu lui importe où il ira. le principal pour lui c'est de s éliuiTor de celte maison où il vient de retrouver une femme qu il ne crciit ne jamais revoir, et dont la présence lui a rappelé tous ses ctiagrins.

Ileureusemenl on était au milieu de l'été -. le i l'air doux el liède; se [iiomener la nuit éiail ii;i iiiari-be longtemps, on dirait qu il cniinlde ne p . de distance entre lui et la personne qui lui a LU pi en. lie ia fuite.

Lorsque ses jambes refusent enfin d'aller plus loin, il regarda autour de lui, clierehant un endroil commode pour se reposer, et s'aperçoit avec étonnemenl qu'il est en pleine campaïne; il un s'était pas aperçu qu'il avait quitlé Paris. I e jour couimcnee à poindre; il va s'asseoir au pied d un arbre, bientôt il se sent plus ealme ; l'air du malin rafraîchit sa tète et il peut réfléchir sur sa position.

« C'est Pépita que j'ai revue, se dit-il ; Pépita 1 la c.iusc de foules mes peines... Elle a quitlé l'Ilalie, elle esl en France, à Paris... quel changement depuis trois ans... Celte jeune Italienne si jolie, si fraîche, si piquante, et si eoqueite ! n'est plus qu'une femme f lijr-iée

déjà |i;;r U plaisir... elle u'a pas vingi ans encore '

.sa.fraîcbî ir, sa jeunesse... tout a disparu !... LorsquVi

dansée salin, je ne pouvais la re maître.. . je ne p^'

que c'était Pépita! elle ne m'a p.as vu... mais on m'aura rli -rcl,.-, ...i m'aura nommé devant elle... et si elle avait dit... ce que j'ai juré de cacher!., elle demeure dans la même maison que moi!... Si Charlésia le savait... ne pourrait-elle pas croire que je revois celle femme... que je me suis exprès rapproché d elle... Ah! il esl impossible que je demeure sous le même toit que IVlita ; aujourd'hui même je quitterai mon logement, o

Adhémar attend avec impatience qu'il fasse grand jour p'our se remettre en route. Enfin il aperçoit un paysan, lui deraanife où il est, apprend qu'il s'est pronieiie la nuit jusqu'à Clignanroiirl, et s étant fait indiquer i^oii chemin pour regagner Paris^ se remet en marche el se retrouve à qu.itre heures et demie du matin, rue de Navarin devant sa demeure.

A cette heure il faut sonner longtemps avant que l'on onvrj; enfin, le portier s'éveille, et dit en se frottant les yeux:

— Ah ' monsieur, vous voilà ! on a été bien inquiet de vous ches ces daines... Vous savez, la lorretle du qiiairiè.ne... nous en avons h présent trois d.ans la maison... on iirélend.ut que tous éiiez chez vous... sans eoiinaissanee... J'avais beau dire: mais .M. Marillv es» sorli, je lui ai tiré le cordon I... il y avait une jeune dame... pas de la maison, celle-là ; je ne sais pas si c'est une lorclte, mais elle élail furieuse... elle voulait absolument faire enfoncer la porte! heureusement j'ai montré de la fermeté.

— C'est bien... mais il ne s'agit plus de eeLi. je quiHe mon lope»' ment... je déménage aujourd'hui môme ; je vais voyager, quiilei Paris.

— Comment, monsieur 1 vous déménager! mais vous n'avei pat donné congé... le premier esl passé, vous ne pouvez iwis déménager à présent.

— On peut toujours quand ou |>aie. Je payerai ce terme, je p.irerai l'autre s'il le faut ; préparez-moi mes quittance!), puisque c'est vous qui recevez les loyers...

— Quoil monsieur nous quitte!... st à présent que nous avons trois lurettes dans la maison!

— Faites mes quiiMiiees, cl allez me chercher le tapissier qut m'a vendu mes meuldes. c'est à lui que je compte les recéder.

— Le tapissier ! mais , monsieur , il n'est pas cinq heures do malin ! tout le monde dort encore dans c« quartier..., oo ne ••

CE MOWSTEDR.

■e leva pas k la Chausgée-d'Antin comme au faubourg Sainl- Antoinc.

Acllif^tiiar sent que son portier a ri>ison, et il se décide à monter chez lui, en le priant d'aller lui chercher le tapissier aussitôt qu'on sera lc\é.

Adlu''mar voit h ses pieds le cordon de sa sonnette ; Il devine bien qne c'est Azéma qui l'a cassé. Il lAclie de ne point fuite de bruit en «uvranl sa porte, et se met à faire des paquets de ses elïets

« Si j'avais emporté mes meublas, se dit-il, on aurait su facilement où j'allais lo^'er, et je ne veux pas ([ue pejsoiuie de cette maison le sache... Il est même certain que je ne le sais pas encore moi-môme. Mais je prendrai une voilure, j'y mettrai mes paquets, et puis, j'irai... n'importe où, il ne manque pas de logements dans Paris.

Il y a tout au plus dix minutes qu'Adhémar est chez lui, lorsqu'il entend frapper doucement à sa porte.

Il pense que le portier Teul toucher ses quittances avant d'aller chercher le tapissier qui doit enlever les meubles, il va ouvrir ; mais il devient pâle et treniblaiil en voyant la jeune Italienne qu'il a reconnue la veille.

Celle qui à Paris se faisailappeler madame Folicourt , mais dont le véritable nom était Pépita, était alors enveloppéedansungrand peignoir blanc fort mal attaché autour de sa taille; un foulard d'un rouge cerise couvrait à peu près sa lêla, et de longues tresses de «es beaux cheveux noirs retombaient en désordre sur son cou et ses épaules. Dans celte simple toilelle, la jeune Italienne était beaucoup plus séduisante que la veille sous la parure d'une élégante lorelle.

Sans paraître émue de l'effet que sa présence produit sur Adhémar, elle entre dans l'apparlement et va se jeter sur le divan, eu disant:

— Je savais bien, moi, que vous finiriez par rentrer... Je vous aientendutoulà l'heure et je suis venue... car je voulais absolument vous parler. Est-ce que

c'est moi qui vous ai fait fuir hier, monsieur?

— Oui,^ madame, répond Adhémar en lâchant de reprendre un peu de calme.

— Ah ! il parait que ma vue ne vous est pas agréable... il y arait la une dame... votre maîtresse, sans doute, "qui était bien vexée... elle ne voulait pas croire que vous étiez sorti... elle me lançait des regards... ah! ah...

— Est-ce que vous avez dit que vous me connaissiez... est-ce que TOUS avei dit... que...

Adhémar n'achève pas, mais il regarde fixement Pépita : celle-ci laisse un sourire amer errer sur ses lèvres, en répondant •

— Non... non... je n'ai rien dit.

Adhfmïï s«toblè plus tranquille «t répond ;

Pépita.

— Je vous en remercie... vous vous êtes rappelé la promesse qti*

vous m'aviez faite la dernière fuis i|ue je vous vis.

— Oui... mais ei. vérité, je ne comprends rien à cela.... car enfin vous êtes marié...

— C'est comme si je ne rétais plus... ou plutôt comme si je ne l'avais jamais élél répond triplement Adhémar.

— Et votre femme... qu'en avez-vous fait? qu'cst-elle devenue»

Adhémar fait un mouvement d'im()alience, marche quelques instants dans la chambre et va s'asseoir loin du divan en lui disant :

— Ne parlons plus de tout cela... je vous répèle que partout on me croit garron. Vous me désobligeriez bcaucouo en disant le

contraire... Je n'ai pas besoin de vous dire mes motifs , vous les connaissez parfaitement; et maintenant voulez-vous me dire ce qui me procure le...

enfin cequi vous amène chez moi...

Pépita se couche à demi sur le divan , laissant flotter son peignoir de manière a ce que sa jaml)e, ()ui est fort bien faite, soit entièrement à découvert ; puis, appuyant sa tête sur une de ses mains, elle regarde le jeune homme encherchantà donner à ses yeux un accent irrésistible. Ce manège terminé , elle murmure à demi-voix :

— Est-ce que vous èles fâché que je sois venue vous voir?

— Oui , madame , répond Adhémar d'un ton sévère, et qui annonce que toutes les coquetteries seront en pure perte. La jeune Italienne change de visage, ses lèvres se serrent, ses sourcils se rapprochent, et elle s'écrie avec dépit :

— Soyez persuadé...

monsieur... que je ne vous cherchais pas...

et que ce n'est pas dans l'espérance... de vous rencontrer que je suis venue en France... Mais , quelques temps après votre départ de Naples , un beau comte milanais me trouva jolie, me fit la cour et me proposa de voyager avec lui. J'acceptai; je me sentais un goût décidé pour les voyages. Au

bout de six mois, mon noble Milanais me laissa à Vienne dans une auberge. Heureusement un jeune lord qu voyageait aussi , eut pitia de mon embarras. Il m'emmena en Russie, puis en Angleterre; là, je le perdis aussi; mais j'avais fait connaissance avec un Français fort aimable, et je le suivis à Paris. Voilà près de dix-huit mois que j'habîle cette ville. On s'y amuse beaucoup , mais les hommes y sont très inconstants I malgré cela je m'y plairais infiniment si ma santé n'était pas altérée .- les médecins me disent que c'est ma faute, que je passe trop de nuits, que je vais trop au bal... mais je ne les écoute pas. Le plaisir est mon idole, et il me semble que je mourrais d'ennui, si je ne m'amusais pas!.. Je n'aime ni la lecture, ni la campagne, je déteste la solitude. Il faut autour de moi du monde, du bruit... des hommages... des femmes qui rient aux éclats, des hommes qui m'adressent des compliments. Quand tout cela disparaît, quand je me trouve seule avec moi- Baéme... je tferàns inquiète... triste, et il me semble uue j'aipeur.^

P.'pita a terminé «on récit avec une inflMion <\o. voix toulc .lilTi.rente de celle qu'elle avait en ooinniençaiit; ce n'est plus inainlcnant uiiel-ays ciTronlée, c'est une femme t\yu semble com|.ren(ire qu'elle itlisse sur une pente où elle doit se perdre, mais qui n a pas la force de chercher à s'arrêlcr.

I orsqu'elle ne parle plus, Adhémar jelle sur la jeune fen»me «wi repani où il y a plus de pilié que de blime et lui dit d'ua ton plus doux :

— Kh hienl.. je ne vois pas dans tout cela ce qui peut vous amener chez moi.

La jeune Ilalienne passe sa main sur son front, reiotlc en arrière ses longues tresses noires , redevient vive et sémillante el répond :

— Monsieur... jo sais que vous êtes fort obligeant, fort généreux... en ce moment je suis tourmentée par des créanciers insupportables... ma couturière. . . une marchande de modes... que saisie... on ne me laisse pas en repos ! Quel ennui que les créanciers, il me faudrait de la fortune... une grande fortune... oh! alors je serais si heureuse ! .. .

Ah ! je ne sais pas...

à Paris... les houinics n'ont pas de grandes fortunes... Je vous certifie que je ne savais plus où donner de la tête... mais en entendant hier prononcer votre nom, oh ! je me suis dit: Si c'est lui, il ne refusera pas de m'obliger; Une le peut pas d'ailleurs; car enfin... si j'ai quitté mon pays... si j'ai fait tant de' folies, n'est-ce pas sa faute... n'en est-il pas la première cause...

— Enfin... que vous faut-il... que désirezvous? dit vivement Adlicmar.

— De l'argent!

ah ' l'argent! c'est avec cela qu'on se |irocure tous les plaisirs! tontes lesjouissances... Décidément je ne suis plus romanesque et je commence à comprendre que l'amour n'est rien sans l'argent!

— Je crois que vous n'avez jamais compris l'amour autrement !dit Adhémar d'un air de mépris.

— Ah! vous croyez

cela... je pourrais vous répondre bien des choses! mais cela vous ennuierait et moi aussi. J'aime mieux vous prier de me prèlor .(uinze cents francs pour payer mes dettes... vous voyez que ce n'est pas une bien grosse somme.

Adhémar n'hésite pas un moment ; il va ^ son secrétaire , y prend la somme qu'on lui demande, et préoente deux billets de Danque h l'épila eu lui ilisaiit ;

— Tenez, madame, prenez... je désire que cet argent puisse vous délivrer de vos tourments, et vous procurer ces plaisirs sans lesquels vous ne pouvez plus vivre... mais... je vous en prie, souvenez-vous do votre promesse; ne parlez jamais de moi... oubliez que vous m'avez connu, c'est tout ce que je vous demande.

répila prend les billets de banque; mais elle regnrde le jeune homme d'une fa^ou singulière , en balbutiant :

CE MONSIEUR

Que j'oublie que je vous ai cortnn.". Toilà tont ce qne toui

désirtv. de moi... je tacherai de ne plus vous importuner p-iifqut mes visites vous sont si désagréables.

La jeune Italienne s'e.t levée; elle fait quelque» P" ^an» U chambre, puis s'arrête, regarde fixement Adbemar et lui dit :

— Vous avez donc entièrement cessé de voir voire femme depu « qu'elle a découvert...

Adhémar l'interrompt, en s'écriant avec impatience :

— Je vous ai priée de ne plus me parler du passé... tous été» la cause de toutes mes peines... car j'aimais ma femme... el i» l'aime encore... ,. „. .

— C'est l'effet de la séparation 1 dit Pépita d un air railleur.

— Enfin, je vous I

repète, je suis garçot

aux veux du mooiie.

Je le serai Joujoux

désormais.

— Madame n'a donc pas voulu vous pardonner? cela m'étonne; :ar...

— Par grâce. Pépita, cessons cet entretien, lldevraitêlreégalement pénible pour nous deux... Je vou»

ai remis ce que voua désiriez... je liai plus rien à vous dire.

— Comme vous vcwidrez ; moi. j'aurais pu vous dire quelque chose; mais puisque vous ne le voulez pas...

Ah î an fait, vous avez Mison, il faut oublier tout cela. Adio, Signor... Ah! notre proverbe a raison; Lontano dajU ocrhi, loninno del cuort'.

«est dommage pourtant!...

Pépita regarde encore Adhémar, lui sourit, va se mirer dans la glace, s'enl^^rltlle dans son peignoir et sort enfin del'ai'partenient api es s'être retournée plusieurs fois pour voir si le jeune homme ne la rappellera pas.

Lorsqu'elle est partie, Adhémar semble respirer plus librement ; il va s'assurer si sa porte est bien fermée, puis il revient faire ses paquets eu so disant :

n Je ne puis plus ••nipporler la société de celle femme... comme on change , et cependant je la trouvais si jolie... elle l'était en effet. Je n"ai pas dil lui refuser ce qu'ella îue demaiulail ! trop heureux si à ce prix elle me laisse en repos. Cela diminue heaneoiip mes finances... el ces termes que je v.iis payer heureusement le prix do mes meubles me donner.'» le temps d'attendre les nouvelles de ce bAtimenl... en attendant je vivrai avec économie... Il y a longtemps que je me promeus cela. Le portier monte au bout de quelques temps avec ses quittances, Adhémar le paie en lui disant :

— Et le tapissier?

11 va venir, monsieur, je suis allé l'avertir, monsieur quitte

Jonc Paris, qu'il vend ses meubles?

— Apparemment.

— Mors s'il venait du monde pour monsieur... celle grande dame q\û venait souvent les matins... avec un voile sur son chapeau...

Uieiilût il peut, i\ travers 1 ; fjiiillv:,'^ d'un buisson, voir tout à sou aiso CliarWsia et le petit garçon. — Page 6â.

CE MONSIEUR

el qui (ilail devant ma loga... prlsssll... à peine »l j'avais lo temps lie lu vuir...

— Si 011 vient, vous direz que je suis en voyage et que voua ne Mvez pas où.

— Ail! liés l)ion. l't s'il venait des Icllres.

— Il n'en vieiidia pas. n'iiillciiis vous les gaiiurei, et Je V'"''<erai... dans qncliiue leiiips, ni'iiirniiiiei' s'il y en a.

— Ali! fort liien... inonsieiii- quille la rniiison , h présent que, nous avons une loiclle île plus... Je suis «ûf que son loKeincnl ne sera pas lon;.'lein[is vaeunl... Le propriétaire ma dit souvent : Louez à ces dames là, el si elles ne paient pas, gardez les toujours... les autres paieront pour cHes, ça fait venir du très beau momie... en hommes. Ah! vodà votre tapissier, monsieur.

Adliéinar dit au marehand de meubles qu'étant oblii^é de quitter Taris, il désire revemlie son imiijilier, et qu'il s'adresse ii lui, parée que, lui ayant l'ourui tout, il doit, mieux que personne, savoir que cela est neuf, beau, bon el à la mode.

Le tapissier fait la grimace en répondant :

— A la model mais, monsieur, il y a six mois que je vous ai fourni loul cela.

— Eb bien! est-ce qu';"i Paris les meubles changont de forme tous les six mois.

— Quelquefois en moins de temps, monsieur, et c'est extroordinaire comme les goûts ont cbangé depuis cet biver... On ne veut plus de ebaises de ce genre-là... on cmjiioic un aulic bais pour les secrétaires... On a mainlonant sur sa cheminée du bronze artistique, les Mis n'ont plus cette forme...

— Je eom|irends, monsieur je comprends ! s'écrie Adhémar avec impnlience. Tout cela éiail charmant, de bon goût, de tout temps, quand vous nie l'avez vcimIu; el cela est afl'reux, pa?.sé de mode et de nulle défaite quand je veux vous le vendre, lîniiu, voyez ce que vous voulez me donner de tout ce qui est ici.

L'industriel passe en revue le mobilier que cependant il doit très bien connaître", après avoir regardé longtemps chaque objet, il dit à Adhémar :

— Monsieur, pour vous obliger et jiarce que j'ai déjà fail des affaires avec vous, je vous donnerai deux mille francs de tout ee qui est ici; mais dans ce moment oîi les affaires vont si mal... il est impossible de vous olTiir plus.

— Deux mille francs... Je perds à peu près les deux tiers de ce que j'ai achelé il y a six mois...

— Eh! monsieur, dans le commerce on est bien heureux quelquefois de ne jierdre queJes deux liers...

— Je vous avoue, monsieur, que j'entends fort peu le commerce 1 n'importe, j'ucceple vos deux mille francs.

— Je vais vous les chercher, monsieur, el puis je pourrai faire enlever... Portier... pourai-je l'aire enlever?...

— Oui ! oui! certainement I répond !e concierge!... Oh !... monsieur ne doit rien...

Adhémar, qui est devenu rouge de colère à celle question de l'industriel, lui saisit le bras el le lui serre avec violence, en s'écrianl:

— Pour qui donc me prenez-vous? monsieur, votre question est une impertinence!...

Le tapissier se confond en excuses, en disant qu'il a seulement voulu se mettre en règle : il sort pour chercher l'argent, et Adliéauir envoie son [lorlier lui chercher une voiture.

«Deux mille francs!... ce quej'ai payé cinq mille trois cents il y a six mois! se dit Adhémar... Enfin... puisque c'esl ce qui arrive dans le commerce. Je vais me faire conduire au Marais... je chercherai un loLîemeiit nu.>dest>', je dépenserai huit on neuf cents francs pour le meubler. Et plus tard, quand j'aurai touché mes fonds... Aous verrons. »

Le tapissier est revenu apporter le prix du mobilier , Adhémar fail de^celldre ses paqutls que l'on porte ensuite dans une voilure, et ilvay monter, lorsque le portier lui remet une lettre, en murmurant :

— En voilà une qui arrive à temps pour vous trouver... le facteur sort d'ici... c'est trois sous... Je vous l'aurais gardée, mais si c'est pressé... pour peu que vous soyez six mois en voyagé...

Adhémar prend la lettre, il a reconnu l'écriture de M. Bouidiehon. 11 se retire à I écart, impatient de savoir ce que le mari de iMathilde lui écrit, ellit:

«Mon cher Marilly, que devenez -vous donc? voilà trois semaines » que l'on entend pas parler de vous... sans doute quelque partie

» de eampai^ne, quelque bonne fortune von« occupent, car voub *lc-s » un bumme de plaisirs. J'ai une nouvidle à vous annoni'iT, elle n'i'ïl » pas a(.'réab!el mais il faut ri'C'wor b-s boiinus coiniu • le» iniu- » vaises . heureusement von» èlnf riebi- el je suis periiiLidé i|iii!e>ila « vous» alfeclera peu Le bàiiim'iil .^ur b'qu I él.iil oo^ inarcliao- >' di-^es a péri presqii eu vue du pori, on n'a pu «auver ipic les pa«- » sageiH, el p<u' malheur rien ii'élait assuré. Je suis ilé-olé de vou( » avoir engagé dans celle affaire, In-ureiisem'Mil vous n'y aviez iniii " que vingt mille francs; jeu penls Irenle Monil;,'nard ipii en p'-rd » quinze, est d'une humeur diabolique! i.'oi. je n'y pense déjà " plus, cl je pense que vous ferez, bien vile ' oiiune moi. Venez donc » l'aire une bouillotte, nous lûcherniis de nous veni-'er de la fortune » A propos, ma femme a éià malade, elle » gardé le lit huit jours, >) mais son amie, madame V.ilméran, eslienue la soi^'oer et fui lo- )i iiiitidèle co'upagnie. C'est une femme "charuiaiite; .Mooliguard eu » est décidément amoureux ; i! pousse vigoureusement sa pointe de » ce côié-là ; il dii nue cela va bien et fail jabot; venez, doue noui » voir, nous rirons de tout cela.

» Toiil à vous,

» BOURDICIION. I»

Tout l'effet produit par la première partie de celte lellre est bien vite détruit par la seconde. Adhémar n'a pu recevoir, sans un vif chagrin, la nouvelle de ia perte du bâlimenl qui portait ses dernières espérances de fortune ; mais eu apprenant que Charlésia retourne chez Malhilde, ([ue Monlignard lui fail la cour, et qu'il so vante de réussir, il a déjà oublié la perle ipi il vient d'essuyer. Il ne songe plus qu'à retourner chez Bourilielion, el à s'assurer par lui-même si, en effet, le beau Monlignard est iiien traité |)ar llbarlésia , car, à celle seule pensée, son sang s'allume, sa tête s'exalte, el déjà il roule dans son esprit mille projets de vengeance.

— Tous les paquets sont dans la voiture, et il ne manque plus que monsieur: dit le portier en s'ap(irocbanl d'Adhémar. Celui-ci se rappelle alors sa situation. Déjà, on va cl vient dans la mai-on, et la voix de mademoiselle Athénais retentit dans l'escalier ; elle cause avec les autres l'onimes do chambre el leur conte que toute la nuit madame Polaiinsldfkoff a élé incommodée de son souper, qu'il a fallu qu'elle se lève pour lui faire du thé, et que c'est bien einbftniit.

Ne voulant pas être surpris par les loreltes, Adhémar seh.-lle de monter en voiture:

— Où allons-nous? dit le cocher.

Adliéniar s'apercevant que le portier est resté là, contre la voiture, [tour entendre ce qu'il va répondre, crie :

— Aux Messageries royales I

La voiture part. Lorsqu'on est dans une autre rue, Adhémar dit à

son cocher:

— Nous n'allons pas aux Messageries. Conduisez-moi dans le Marais... trouvez-moi. parla, un appaitement de garçon à louer, et je vous donnerai pour boire.

Le cocher l'ait claquer son fouet, en répondant:

— SufQt! j'entends!... je vas vous mener dans la maison de Poupoule... il y a toujours des, logements de resle, là.

AdhéiTiar s'en rapporte au coder; il s'tsl enfoncé dans le fond de la voilure et au lieil de s'occuper de sa situation, il ne pense qu'à Monliiinaid età Charlésia.

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