CHAPITRE XVII
SOIREE CHEZ BOURDICHON..
Il était huit heures du soir, le jour était sur son déclin, cependant on n'avait pas encore allumé d;uis le salon de M. Bourdichon. et la sofiété. aprè'^ être sortie de table, jouissait de celle douce liberté qui suit toujours Icdiiier, et qui ^Téccde la soirée, dans les maisons de bonne compagnie.
M. Bouiilichon prenait l'aira une croisée, tout en causant avec le beau MoiiQgaard, et lui parlant d'affaires de bourse, conversation
CE MON
«jf n'empfichalt pas le beau Jeune Tiomme de carresscr les boucles de ses clieveiix.
Un pnu plus loin, M. Carcassonnc, a^sis devant une taMc <lej'-u, pl;irail et (i(''|)laçail ilcs caries, s'efforçaiit île se lajipcler un tour doiil il voulait aniusfir la société.
A i'aulrc extrémité (In salon,' mailanic Carcassonp.c était assise an|irès (le Daihinn. aii(|U(;l clic scnililail parler avec beanconp de feu, et qui l'écoutail, eu laissant écliappur Je fréiiuenls éclats de rire.
lînfin Mathilde. encore pâle et l'aible, était h demi couoliée sur un divan, et près d'elle élaitCliarlé>ia, qui lui tcnaitla main, et paraissait très allenlive à ce qu'elle disait.
— Il ne m'aime plus... nli I c'est tout Ji fa<i ilni, je le vois hicn ! dit Mathilde après un moment de silence. Voilà \iugt-deux jours que je ne lai vu... que je n'ai eu de ses nouvelles!... vingt-deu.x jours!... j'aurais pu mourir!... il ne s'en .»erait pas iiuiuiélél
— Il est pculélre à la campagne... ou en voyage, dit Cliarlésia, mais, du ton dune iiersonne qui n'est pas elle-niôrae persuadée de ce qu'elle avance, et ne désire pas persuader les autres.
— A la campagne il n'y resterait pas trois semaines... En
voyage... quoi l'aire?.... pour ôlre [dus l(iin de moi, alors!... mais non, il n'est pas en voyage...! je m'en suis iulorniée, d'ailleurs... et puis il a trop de choses qui le reiiennent à Paris !
— Quoi donc? dit vivement Cliarlésia.
Mathilde regarde fixement son amie en répondant :
— Des maîlresse.s, sans doute!... d'autres passions!... Quand un homme cesse de nous aimer, c'est ordinairement parce qu'il en aime une autre.
— Tu as raison; mais enfin... cet amour ne pouvait toujours durer... surtout avec un homme inconstant ciunme M. Adliéinar! Puisque cela devait finir, un |ieu plus iM, un peu plus tard... qu'importe?... tu devrais l'oublier et le faire une raison I
— Finir! au bout d(^ cinq muis! ah I grand Uieul... perdre le repos do ma vie pour cinq mois de bonheur!
— Il y a des amours qui paraissent bien profond.s, et qui durent moins (]ue cola encore! dit t>harlésiu, et cette fois d'un air entièrement persuadé.
— Oui... tu dois savoir cela aussi, loi... quoiipie tu n'aies pas voulu me l'avouer.... L'imiour est «ne passion cruelle, n'est-ce pas? et nos faiblesses ont quulq'.ielois des suites... bien funestes.
Charlésia ne répond rien , et ne semble pas attacher un sens mystérieux à ces paroles de son amie, qui a pourtant eu l'air de les dire avec intention.
— Ileureusenient In ne m'as p.is abandonnée, toi! reprend Mathilde après un moment. ïu as eu pitié de ton amie... lu as deviné pourquoi je sonlTiais, pourquoi j'étais malade... tu as conijiris quel était ce mal qui me minait... qui me mine encore!... Ah! sans loi, je serais morte , car je n'aurais en personne à qui parler de lui I personne pour épanclicr mes chagrins... pour i)lcuri'r... car les larmes scinhlent moins amères lorsqu'une amie est près de nous, qui nous soutient... nous console 1... Ali ! nôtre plus aimée... voistu, c'est affreux quand on aime encore.
En disant cela, Malhilile prenait convulsivement les mains de Charlésia; celle-ei lui fait signe de se contenir en lui inoutraiit qu'elles ne sont pas seules.
— rîst-ce que tous ces gens-l^ s'occupent de moi ! répond Ma- 'liildc en faisant un léger mouvement d'épaules.
— Mais, ton mari...
— Oh ! mon mari, moins que les autres! Tu l'as vu, j'ai été huit jours sans |)onvoir i|uitier le lit, et avec une fièvre violente... a-t-il passé une seule soirée près de moi?... Je te le ré(ièle... je n'ai plus que toi... car tu me plains, n'est-ce pas?
Ces mots sont accompagnés d'un regard qui semble embarrasser Charlésia, ipii pouitaul lépoiid : « Est-ce que tu eu doutes? » mais d'un Ion ([ui pourrait elïeclivement en faire douter.
— p;t, depuis trois semaines... lu ne l'as pas vu... toi? reprend Mathilde en cliorchant. avec ses yeux, à se glisser dans le fond de l'àmc de son amie.
— Vu... M. Adhémar?...
— Sans doute '
— lU où donc l'aurais-jo vu?... est-ce que tu crois nfc'il vient chez moi ?
— Non, car tu m'as juré que... In ne le recevrais pas. . que tu ne
le connaissais pas, et je te crois ce sérail si liorrible de me
tromper ahl lu n'en es pas capable I...
SIEDR. ^
I.a manière dont Mathilde dil cela ne proirre pas qu'elle en foii bien pcr^^uadée. Charlési,-i j.;ite sur elle uu regard plein de douceur et de piiié, en murmu.-anl :
— Tu nie soupçonnes encore...
— Oh! non... non... pardonne-moi; lien», quind lu es h c''lV de moi je suis mieux, je suis plus tranquille... je voudrais que lu ne me quiitasses jamais.
— Ne m'as-tu pas dil que ton mari lui avait écrit hier au soir?
— Oui. M. Bounlichon a dil l'informer du trisie résolut d'une affaire oj il avait placé vingt raille francs... tout esl perdu! Heureusement M. Adhémar est riche, el je pense que celte perle lui sera peu sensible.
— Comment sais-tu qu'il e.st riche?
— Mais... je le crois à sa manière de vivre... â son indillérenee lorsqu'il perd au jeu, où il joue as-ez cher... Enfin, dernièrement, son rei'us d'épouser mademoiselle Sublimé prouve enoore qu'il ne lient pas à l'argent...
Charlésia semble réfléchir el ne répond rien ; Mathilde reprend :
— M. Bonrdichon a dij lui écrire que j'avais clé 1res malade..eh bieiiJ tu le vois... il ne vient pas.
— La soirée n'est pas atancéc... il viendra peul-ôlre...
— Ah ! si je pouvais l'espérer (...
— Eli bien! Carcassonne , auras-tu bientôt fini d'arranger tes cartes? dil M. Bourdichon en quittant la fenêtre. Que diable faistu là ?
— Je cherche un tourl... il s'agit de mettre les quatre dames cr long el les rois en travers...
— Tu n'y vois plus clair, c'est pour cela que lu ne peux p.ia mettre <es dames en long... .Ma chère amie, dis donc qu'un aliumc... mais non, ne te dérange pas, je vais sonner.
— Il me semble pourtant que ce n'est pas bien difficile d'arranger les c irtes comme vims le voulez, dit Dalbi un en se levanl pour s'approcher de la table à jeu.
— Ah! croyez cela! mais ce n'est p.is tout, il faut au-«si placer les vale's el les as... Ma femme, te rappelles-tu ce tour... oit ou pose les dames en long?...
— Vous ne m'avez jamais appris cela , mon cher ami ; poseï vos dames comme vous voudrez, et ne m'ennuyez pas avec vos tours de cartes!... Je n'ai jamais su faire que des clK\ieaiix avec les caries ; mais j'en faisais qui étaient haut.... comme cci'fl chambre.
— Vous employiez plus d'un jeu de piquet pour cela? dit Dalbrun en rianl.
— Ah j'avais tant de cartes!... chez mes parents on jouail beaucoup; c'est au point qu'à la cuisine en n'emplONail que de vieilles caries pour se eliaulTer.
— On nous a souvent parlé d'Orexie el de PijlaJe... d'A''f"'lle cl de Palrock. dit .Moufiguard en s'approchanl des deux d -jus placées .sur le divan; mais je doute que l'aiillipiilé ait jamiii froJui) une aniilié plus édifiante que la vôtre, mesdames!
Cliarlésia sourit tristement; Jlalhilde répond :
— C'est que, quand les femmes aiment, monsieur, elUl .. comprennent ce senlinient-lh mieux que les hoinincs, el qua îs n'esl pas pour elles une simple distraciiim.
— En fait d'amour mesdames, je sais que vous avez la réputation de l'emporter sur les hommes; mais, en amitié. j'a>ais cru jusqu'à présent que ceux-ci avaient la pomme , outre les héros que je vous citais tout à 1 heure; remarquez bien que les modèles d'amitié que nous offre rantiqiiité. sont toujours des hommes : D'imon et Pi/iliias , Kisux et Eiiriale, Thcft'e el Piri^hoUa , Scipion et Liliim... el une foule d'autres que je pourrais vous citer encore; mais il n'est jamais question de l'amitié de deux femmes.
— C'est que ce sont les hommes qui écrivent l'histoire, dit P.ilbrun en rianl.
— Ou, |dulôt, c'est qu'on a pensé que, ces dames dev.\n! être tout il l'aiiiour il ne leur reslait (dus de place pour d'auta's sentiments, reprend Monfignard eu lançaul à mad.irae Valmeran un regard où il niel loule l'expression dont il est susceptible.
— De quoi parlez-vous... d'amilié... d'héroïsme d'amitié? dît madame l'.arcas.<oiiiie eu s'approchant du di>an. Oh! moi. qii.ind j'aime bien une personne, je me jetterais dans le feu pour elle!....
— 11 parait alors que vous n'avez jamais bien aimé, dil Dalbrun^ car vous u'avez pas la moindre marque de brûlure.
CE MONSIEDft
— C'est qiift l'occasion ne s'est pas prêscnlc^e. En revanclie, une fois, je nie baignais dans la rivière... h Saint-Oui-n... ou à Siiiiit- Maui-, ou h Saiiil-Cloud... ça ne fait rien. Une tie mes amies se bai^'iiait aussi avec son mari... lui se tenait un peu plus loin... par décence... Cependant, nous avions des niaillDls... mais le nioiieieur n'en avait pas. Je na^'e comme un poisson, mol. Tout à coup nous entendons le mari de mon amie qui nous crie : « J'ai une crampe... je me noie ! » lui entendant cela, mon amie se trouve mal; je la vois qui flotte su" l'eau; je cours d'abord ?i elle; je la soutiens sur l'eau d'une main, ensuite, nageant sur l'eau jusqu'au mari, je le prends., je ne sais comment... je le saisis par... n'importe quoi, et je les ramène tous deux au rivage, sans être inftine fatiguée 1
— Voilà unirait digne d'un dauphin! s'écrie Dallirun.
— Comme elle justifie liien le surnom de Blaguanville qu'oi» ' i u donné! murmure Monlignard en se retournant vers Dalbrun.
L'arrivée de plusieurs personnes change le eours de la conver^alion. Bientôt on forme un wistli et une bouillotte; niais Monfigiiard a refusé de jouer, parce qu'il préfère causer avec les dames et surtout avec Charlésia, près de laquelle il cherche sans cesse à se rapprocher. Quant à IVI. Carcassonne, obligé d'abandonner la table de jeu, il a été avec son jeu de cartes se retrancher près d'une console, sur laquelle il cherche toujours à mettre ses dames en long et ses rois en travers.
Mathilde saisit un moment où l'on ne peut l'entendre, pour dire à l'oreille de son amie •
— Décidément, M. Monfignard est très amoureux de toi.
— Tu crois? répond madame Valméran d'un air fort indifférent.
— IHais c'est assez visible... au reste, il ne s'en cache pas.
Je ne puis pas empêcher ce monsieur d'être amoureux^ si cela l'amuse; mais je lui conseille de ne point prendre la chose au sérieux, car il perdrait son temps!
Le front de Mathilde se rembrunit, et elle attache ses yeux sur Charlésia, en lui disant :
— Tu es bien insensible, ma chère : M. Monfignard est pourtant Hn fort beau cavalier... il aune fortune honorable... S'il te deman- »lait ta main... tu es trop jeune pour rester toujours veuve...
— Je resterai cependant toujours comme je suis maintenant.
— Oh! on dit cela... peut-être un autre te ferait penser autrement.
En ce moment Adhémar entre dans le salon; sa mise, toujours de bon goût, est encore plus soignée, plus recherchée que de coutume; mais son visage est pâle, et tous ses traits sont altérés.
En apercevant Adhémar, Mathilde tressaille et presse fortement la main de son amie.
Charlésia a changé de couleur et quitte brusquement la main de Mathilde ; Monfignard a fait une grimace très prononcée ; les autres personnes accueillent avec des démonstrations d'amitié celui que l'on n'avait pas vu depuis longtemps.
— Eh ! le voilà, ce cher Adhémarl
— D'oij diable sort-il ?
— Eh bien, mon cher ami, nous sommes enfoncés, c'est le cas de dire ! s'écrie Bourdiehon en tendant la main au jeune homme : que voulez-vous, c'est un malheur!
— Je l'avais déjà oublié ! répond Adhémar.
— Bravo ! voilà ce que c'est que d'avoir de la philosophie I dit DalbnL«5«
— Et de la fortune I reprend Bourdiehon.
Adhémar s'est dirigé du côté de Mathilde ; mais en apercevant Charlésia assise près d'elle, il s'arrête embarrassé , et semble incertain s'il doit avancer. Il se décide cependant , et va saluer les deux dames d'un air contraint ; puis , tout en regardant Charlésia, ;ldità Mathilde :
— J'ai appris, madame, que vous aviez été malade... si je l'avais su plus tôt... je serais venu savoir de vos nouvelles...
— Ce n'est pas madame... c'est moi qui ai été malade, monsienr, répond Mathilde d'un ton de dépit. Adhémar baisse les yeux en rougissant; Charlésia se lève brusquement, et va s'asseoir à une autre extrémité du salon.
— Oui, monsieur, oui... j'ai bien souffert, je souffre bien encore, reprend Mathilde; c'est vous qui en êtes la cause, vous le savez bien; et, en revenant ici, au heu d'êlie louché du mal que vous m'avez fait, c'est elle seule que vous regardez... c'est d'elle que vous semblez occupé... ah! je suis bien malheureuse!
Mathilde porte son mouchoir sur seg yeux pour essuyer le» larmes dont ils sont plein», et fait signe à Adhémar de s'asseoir près d'elle. Celui-ci n'ose refuser , il ciaiiit qu'on ne remarque l'émotion de Mathilde : il voudrait pouvoir essuyer ses pleurs, la consoler, et pourtant il est contrarie de s'asseoir à crtlé d'elle ; il s'y place comme un écojier que sou professeur force à se mettre à l'élude. Mathilde lui parle avec tendresse, et il l'écoute d'un nir distrait; mais bienlcit il ne l'entend plus, il ne sait même plus qu'elle lui parle; car Monfignard est allé s'asseoir auprès de madame Valméran ; il lui adresse des propos galants , et celle-ci, contre son ordinaire, lui sourit, semble l'écouter avec plaisir; ce (|ui enchante tellement le dandy, que son 'oabil en augmente et qu'il ne s'est jamais trouvé autant d'esprit.
Il y avait déjà trois fois que .Mathilde disait tout bas à Adhémar: «je n'ai pas cessé de vous aimer, moi! voulez-vous que j'aille chez vous demain malin... le voulez-vous... me recevrez-\fius avec jdaisir?... dites donc?... mais dites donc?... « lorsqu'Adliémar, se levant brus(|uemeul, va se poser devant Monfignard, le regardant d'un air ironicpie et même impcrlinenl. Le hel homme semble surpris de l'action d'Adliémar; cependant sans avoir l'air d'y faire attention, il conlinuc de causer avec Charlésia et affecte même de rire de ce iiu'elle dit. Adliémar ne se contient plus, il va provoquer Monfignard... lorsi|ue son regard rencontre celui de Charlésia. L'expression de ce regard semble le terrifier ; il baisse les yeux, devient tremblant et s'éloigne sans dire un mot.
Madame Valméran ne tarde pas à quitter sa ]dace ; et, après avoir été dire adieu à Mathilde, qui n'a pas la moindre envie de la retenir, elle sort du salon en rel^usaiit la proposition de Monfignard, qui voulait absolument la reconduire.
Mathilde i'a pas cessé de regarder Adhémar ; ses yeux , animés par le dépit et la jalousie, ont repris tout leur éclat, ses joues sont pourpres, son front est brûlant.
— Vous avez une mine charmante ce soir, ma chère amie, lui dit la petite Carcassonne , vous avez des couleurs, des yeux brillants...
— Oui... oui... oh ! je me sens très bien I
— Votre bonne amie est déjà partie.
— Oui... elle est partie.
— Quelle femme aimable... spirituelle... jolie!... Dites donc, monsieur Monfignard, savez-vous que vous lui parliez avec un feu... hum! vous êtes un terrible séducteur!
Monfignard se rengorge dans sa cravate , se regarde dans une glace et répond d'un air suffisant :
— Quand cette dame ni'écouterait! après tout , elle est la maîtresse... et il me semble qu'elle pourrait plus mal choisir...
— Monsieur voudrait-il nous donner à entendre que celle dame est sensible à son hommage? dit Adhémar en se rapprochant de Monfignard qu'il regarde d'un air couroucé.
— Eh bien, pourquoi pas... est-ce que cela vous intéresse, monsieur?... est-ce que vous le trouveriez mauvais? répond le bel homme d'un ton goguenard.
— 11 y a des hommes si avantageux! qui se vantent de choses qui ne sont pas... qui cherchent à compromettre la réputation d'une femme.
— J'espère, monsieur, que ce n'est pas pour moi que vous dilos cela?
Adhémar va répondre, lorsque Ma"iilde, qui s'est levée avec peinq va se placer entre ces deux messieurs, en s'écriant :
— Eh bien, messieurs... qu'est-ce cela veut dire?... j'espère que vous n'oublierez pas que vous êtes chez moi et que mon amie ne deviendra pas un sujet de discorde... Si elle le savait, je suis persuadée que vous ne la reverriez jamais ici. Monsieur Adhémar, voulez-vous avoir la bonté de me donner votre bras jusqu'à mon appartement, car ie me sens fatiguée et je vais me retirer.
Les aeux jeunes gens se sont tus. Mathilde a pris le bras i'Adhémar, et elle sort avec lui du salon ; il garde le silence, car il sent bien qu'il s'est laissé emporter par la jalousie et ne sait comment s'excuser; mais, arrivée dans son appartement, Mathilde lui dit :
— Vous êtes un monstre , monsieur, voire conduite est infâme avec moi... la passion que vous éprouvez pour madame Valméran vous fait oublier jusqu'aux con\onances... Celle passion, vous n'avez pas même cherché à la cacher aujourd'hui... Ah! je ne la verrai plus celle femme... tout est fini entre nous... La nommer mon amie me serait désormais impossible... Ce soir, vous avez brisé les derniers liens qui nous unissaient... Monsieur est furieux de ce que Charlésia écoule les galanteries de M. Monfignard... monsieur veut se faire le chevalier, le défenseur de la vertu de cette dame... sa vertu 1 ah! ah! vous me faites pitié...
CE MONSIEUR
— 0'"^ voulez-vous direT que sif^ificDt tes paroles, madame? reproiid Aillirmiar qui sent renaître toute son énergie.
— Cela veut (lire, monsieur, que madame Valméran, avec son air sévère, ne vaut pas mieux qu'une autre.
— Pourquoi... parlez, madainc, qui vous fait penser cela?...
— Oh! vous feignez de ne pas me comprendre... mais, cet enfant qu'elle aeu... qu'elle fait élever en secret... si ce n'est pas vous qui le lui avez fait... il faut l)ien que ce soit un autre. %'(
— Un enfant ! s'écrie Adtiémar qui semble frappé par la foudre. Un enfantl... elle a un enfant!... oh I non, cela n'est pas... vous en imposez, oh I cela ne peut pas être.
Mathilde, effrayée de l'effet que ce qu'elle vient de dire produit sur Adhémar, répond en tremblant :
— Oui... cela est... Quoi, vous l'ignoriez. J'élais persuadée, moi, que cet enfant était la suite do voire liaison avec elle...
— lîllca un l'iifanl... mais où est-il? Comnienl savez-vous cela... ih ! madame , il me faut la preuve de ce que vous venez de me Jire.
— Je voiK la donnerai, monsieur
— (Juand cela?
— Demain malin... soyez à neuf heures à l'entrée du faubourg Sainl-Anloine... j'irai vous y prendre avec une voilure et je vous ferai voir que je ne vous ai point menti.
— Demain à neuf heures... il suffit, madame, j'y serai... je vous allcndrai.
— Adhémar, vous me quittez donc ainsi!
Mais ùijh Adhémar s'est éloigné sans vouloir en entendre davantage ; il traverse rapidement le salon où est la société, prend son chapeau et sort comme un fou , sans répondre à Bourdichon qui lui offre une place à la bouillote.
— Qu'est-ce qu'il a donc ce soir? s'écrie le mari de Mathilde ; je lui ai trouvé un air tout singulier.
Dalbrun secoue la léle sans répondre, et Monfignard dit en riant :
— Ce monsieur est très vexé... parce que madame Valmeran a beaucoup causé avec moi! c'est désolant I... mais une autrefois, ]'es|jôre qu'il ménagera un peu plus ses paroles, sans quoi, on pourrait le rappeler à la politesse.
— Ma femme! ma femme! s'écrie Carcassonneavec un transport de joie , je lai trouvé... mon tour!... je le liens... je sais melire les dames en long.
— C'est bien, mon ami, répond la petite dame, tu me monlrcias cela quand nous serons chez nous.