UN MONSIEUR TRÊS-TOURMEN
— A qui vons parlieï constamment dans l'oreille... en riant, en faisant (U's uiiiies, des yeux... que je ne vous avais jamais vus.
— Moi!
— Vous n'aviez des attentions, des petits soins que pour elle , c'était révoltant... et je ne parle que de ce qui sautait aux yeux de tout le inonde. Si j'avais pu regarder sous la taUe... Dieu sait ce que j'aurais vu...
— Par exemple, je n-en reviens pas; je suis encore à me demander PC que j'ai fait avec madame Badinet, pour que tu me fasses une scène gemblable...
— Vous l'aimez donc bien, cette femme ?
— Ah ! c'est trop fort !...
— Comment, monsieur, vous osez nier que vous soyez amoureux de madame Badinet?...
— Moi! amoureux de madame Badinet. ..de la femme de mon ami...
— Voilà une considération qui ne retient guère les hommes, au contraire, c'est prcsi|ue tuujo\irs à la femme de leur ami qu'ils s'adressent de préférence. Que M. Badinet ne s'aperçoive pas de cela, c'est possible, il y a des maris si g"°ugles; mais, moi, je l'ai vu , et cela suffit.
— Tu as vu tout de travers, je ud jamais pensé à madame Badinet, je ne lui ai jamais dit un mot plus haut que l'autre.
— Vous ne lui en direz plus du tout, cliez moi du moins... et si j'apprends que vous alliez ciiez elle .. tremblez !
■riiéûphile, tout surpris de cet accès de jalousie de sa femme, ne s'en inquiète pas d'abord beaucoup ; peut-être même son amoui'-proprc est-il en secret flatté d'inspirer ce sentiment, et il se couche en se disant :
— C'est un orage; cela n'a pas le sens commun... cela se passera. Ma temme m'aime encore plus que je ne le croyais.
Mais Théophile ne connaissait pas les femmes : lorsqu'une fois la jalousie vient se fourrer dans leur tête, il n'y a plus moyen de l'en faire déloger, et plus elles prennent de l'âge, plus ce malheureux défaut fait chez elle des progrès.
Une jeune femme n'est pas toujours jalouse, surtout quand elle est jolie ; elle sait bien qu'elle peut encore plaire, et son amour-propre même est là pour dissiper ses craintes; mais une femme, qui cesse d'être jolie et commence à prendre des années, devient, lorsqu'elle s'en mêle, d'une jalousie féroce. Malheureusement ses couches avaient enlaidi madame Tamponnet, qui avait dépassé la trentaine, et la jalousie vint détruire le peu d<i charme qui lui restait.
Voyez pourtiuit à quoi tiennent les choses ! les sentiments!... Jusqu'au jour de ce malencontreux dîner, Euphémie n'avait lait que fort peu attention à son mari, mais madame Badinet, en s'écriant qu'il était très-aimable, avait donné à Théophile une valeur que jusqu'alors sa femme n'avait pas appréciée; elle se figure qu'on veut lui enlever son mari, aussitôt elle s'y attache, elle s'y cramponne...
Dès ce moment, Tamponnet est épié, surveillé, guetté, espionné sans'cesse. Tout ce qu'il l'ait, les actions les plus innocentes, donnent lieu aux soupçons de sa femme. La jalousie voit du mal dans tout.
Si Théophile sort, on lui demande où il va; s'il fait de La toilette, on ne manque pas de s'écrier :
— Ou voit bien que vous allez voir votre belle... ce n'est pas pour rester près de moi que vous feriez tant de frais.
S'il sort en néglige, on lui dit :
— Vous allez chez des personnes avec lesquelles vous ne vous gênez pas... cela se voit... vous êtes probablement là comme chez vous...
S'il rentre un peu plus tard qu'il ne l'a annoncé, on s'écrie :
— Vous vous amusez beaucoup où vous allez ? à ce qu'il paraît, vons y oubliez votre maison, votre femme et vos enfants, quelle conduite, monsieur, quelle conduite !..
Quand Théophile voulait rendre compie de l'emploi de son temps, sa femme lui coupait la parole en lui disant :
— Taisez-vous, monsieur, vous allez encore me faire des men- Kinges comme à votre ordinaire... c'est inutde, monsieur, np vous donnez pas cette peine.
Si on allait en soirée, mailamc Tamponnet ne perdait pas son mari des yeux, et lorsqu'elle le voyait causer avec une jeune reminc, elle .?c glissait derrière lui, et lui pinçait le bras à y laisser la maniie. le pauvre mari se laissait pincer et n'osait pas se plainJrn, mais II m; disait tout bas :
— Quel tourment qu'une femme jalouse!., c'est affreux !.. (ihis de plaisir possible... plus de repos... je ne sais comment me tenir en société... je n'ose plus parler à une dame... si jo me tiens dans un coin sans rien dire, Èuphemie me l'ail une scène en me disant que je pense sans doute à mes amours... Si je ris, si je suis gai, elle me dit :
— Vous êtes de bien belle humeur ce soir... c'est qu'il y a ici une personne avec qui vous avez des intrigues.
Sapristi! cela devient considérai île ment monotone... ma femme
m'aime trop, elle pousse ce sentiment trop loin, cela derient de la frénésie... Je commr-nce à en avoir peur... je l'aimais beaucoup autrefois, et maintenant je ne suis tranquille que lorsque je suis loin dcUe... Comme c'est bèlc d'être jaloux... au héu de conserver l'amour des gens, on arrive à se faire détecter.
Madame Tamjwnnet entrait brusquement eic/jmme une bombe dan» le cabinet de son mari, lorsqu'elle savait qu'il n'était pas sorti. Quelquefois son apparition était si imprévue, elle avait ouvert la porte a»ee tant de précaution, que Théophile, tout étonné en voyant sa fpmme derrière lui quand il se croyait seul, poussait un cri de surprise tf même de frayeur.
Alors Euphémie s'écriait :
— Comme ma présence vous trouble'... vous étiez donc bien occupé, monsieur... vons èUsdonc bien contrarié d'être dérangé...
— Moi... ma foi, cela m'a saisi de te voir tout à coup sur mon dos... cela m'a réveillé, car je crois que je dormais.
— Vous mentez, monsieur, vous ne dormiez pas... Vous avez de l'i-H'-re à vos dnigts... vous avez écrit...
— Ah çà, mais tu me joues le Bartholo du Barbier de Sétille...
— 11 ne s'agit pas du Barbier t/* Sétille, monsieur. A qui écriviezvous?.. à une de vos m.iitreises, sans doute...
— Est-ce que j'ai des maîtresses! Tu rêves!..
— Alors, qu'avez -vous écrit? Montrez-le-nioL.. je Teuile voir...
— Mon Dieu! j'écrivais une ancienne chanson... qui est très-jolie... pour me la rappeler un de ces soirs...
— Une chanson... où est-elle?...
— Par distraction, j'ai allumé un cigare avec.
— Oh! quel tissu de fourberies!... Ce n'était pas une chanson que vous écriviez. „ D'abord, vous n'avez pas de voix, vous ne chantez jamais... Ah! SI je découvrais votre correspondance!...
Et Euphémie fouille dans le secrétaire, ouvre les tiroirs, cherche, furette dans tout, bouleverse les papiers, jette de ciMé plumes, canif, cire, pains à cacheter, et, après avoir tout mis en désordre, sort du cabinet en s'écriant :
— Vous avez des cachetles que je n'ai pu encore trouver... mais un de ces jours je ferai tout démolir dans ce cabinet.
— C'est gentil! cela promet! se dit le pauvre mari quand sa femme est partie.
Et, dans son ennui, il prend sa canne et son chapeau et sort de sa maison, où il n'y a plus de paix pour lui. Cependant, il n'osait plus aller voir son ami Badinet, car il tremblait que sa femme ne vint à le savoir, et il s'est aperçu plus d'une fois qu'elle le suivait dans la rue. Mais un jour il se trouve nez à nez avec son ancien ami, qui l'arrête en lui disant :
— Parbleu! je te rencontre enfin... D faut donc maintenant pour te voir te guetter dans la rue? Tu es aimable! Voyons, Théophile,
qu'est-ce que cela signifie, pourquoi ne viens-tu plus nous voir?
Nous avons été plusieurs fois chez vous, ma femme et moi, et toujours on nous a dit : a Us n'y sont pas; ils sont sortis. t> Enfin, la dernière fois, ta domestique nous a fermé la porte sur le nez en nous criant : « Madame n'est pas visible!... » Elle n'est pas polie, la domestique.
— C'est ma femme qui la style à cela.
— Nous nous sommes dit : En voilà assez... s'ils veulent nous revoir, ils viendront ; car enfin nous vous avons toujours reçus de notre mieux... Que signifie ce changement? Ça ne peut pas vetiir de toi!...
— Oh! non... je t'en réponds.
— Alors, qu'avons-nous fait à ta femme?...
— Quand je te le dirai, tu ne voudras pas le criMre... je srage même que cela te fera rire... Euphémie est jalouse de madame Badmet; elle prétend que je suis amoureux de ta femme...
Badinet rit en effet à se tenir les côtes. Mais Théophile reprend :
— 'fu trouves cela drôle... je t'assure que ce n'est pas gai pour moi... Euphémie m'a défendu d'aller chez vi..u<...
— Et tu lui obéis, nigaud que tu es!
— Que veux-tu .. elle serait capable de me poignarder, si elle me voyait sortir de cluz toi...
"— Essaye, ci je le parie qu'il ne t'arrivera rien...
— Je n'o-c pas essayer... iVli! mon ami, quel horrible tourment qu'une femme jalouse!
— Mais être jaloose de ma femme!...
— Oh ' mainteiirnl, elle l'est de tout Ir monde. Je ne puis pas approcher il'une roi e. d'une jupe, sans qu'elle change de couleur... pas la jupe de ma femme.
— Tii t'a^ voulu, Georges...
— Oui, oui, je s;ivais bien que tu allais me dire cela... Mais parce qu'une femme est nerveuse, ce n'est pas toujours une r.-iison pour que ce soit un tyran femelle.
UN MONSIEUR TRftS-TOURMENTÉ.
— rcpciLluit n«LS ne sommrs |iliis ilosj.nmrs t,'ens,m.m ami nmis avons passé la nnqiiantainc tous les deux... ^ , .a •
— Je le sais l)i«n : c'est ce que je ié|icto souvent à huphOmie
— Et tes cnl'iuits vont-ils bien f ,
— Us vont... ils vmisseiit; mou fils, M. llippolyti', qui a près do treize ans, continue à ne vouloir rien laue, mais il a lies plus bol es .liMiosilions... il s'agit seulement qu'il veuille les employer. Huant il ma lille Amanda, elle aura un nez, mon cher, il lui en vient un; je crois qu'il sera toujouri fort petit; mais eiiliii, pour une personne seule.;. Ahl mon bleu... ce chapeau que j'aperçois là-l)as..... comme il ressemble à celui de ma femme... Adieu, mon ami adieu, je me
El ■rii(''onhilc s'éloigne en courant, laissant son ami Baliinct qui hausse les épaules, c< rentre chez lui conter à sa femme ce qu il vient d'apprendre.
Un soir que madame Tamponnet avaitétô u peu' plus calme (pie de coutume, et que la journée s'était passée sans qu'il y eût eu de scène entre les époux, ce qui devenait rare dans leur ménage, Théophile propose à sa femme d'aller voir une pièce nouvelle que l'on doi»ie au théâtre du Palais- Royal.
Euphémie veut bien aller au snectaclc, mais elle penclie pour la Comédie-Française. Théi>pliile insiste pour le Palais-Royal, en disant :
— Ma chère amie, je serais bien aise de rire, moi, c'est si bon. c'est (3i sain de rire. Aux Français on joue parfaitement, j'en conviens, mais les pièces ne valent pas toujours le talent des acteurs : au Palais - Royal , quelle dillérence! les acteurs sont eux-mêmes la pièce : Grassot, SamvMe, Ravel ! voilà des acteurs... ou plutôt voilà des auteurs!
Euphémie cède en disant :
— Vous voyez, mon- «eur, que je Uiis toutes vos volontés.
Les époux se rendent au spectacle; ils se placent dans une loçe; il y a à peine dix minutes qu'ils y sont, lorsque dans une loge, positivement en face d'eux, vennent se placer M. et madame Badinet.
Lorsque Théophile aperçoit en face de lui son ami et sa femme, il pâlit, il tremble, il n'ose
Îilus lever les yeux, car I prévoit que cela va lui laire avoir une scène .
Euphémie, qui n'a pas encore aperçu les personnes qui sont en face, dit à son mari :
— Qu'avez-vous donc, monsieur?... vous serablez mal à votre aise... On dirait que vous n'osez plus vous tourner... que vous êtes devenu en bois.
— Moi... j'ai.... je ne sait pas ce que j'ai.... c'est-à-dire.... je crois que c'est mon dîner qui...
En ce moment, Euphémie aperçoit le couple Badinet qui souriait en regardant Théophile; à son tour elle pâlit, elle crispe ses doigts et s'écriB '
— Ah! je vois maintenant ce que vous avez, infâme... monstre
elle est là... elle est devant nous, cette femme... Je ne m'étonue plus gi monsieur a voulu venir absoUiniciit à ce théâtre, lui qui ordinairement Yfl où je veux.... C'était un rendez-vous concerté entre eux
Bois, HippoV/te, bois, mon garçon... Un jour ta sonrns quo ton père a 6tA ta nourrice
Je t'assure, Euphémie, que j'ignorais t'.lalcracnt... Et si je l'avais su, je ne serais pab...
— Taisez-vous, je ne suis pas une imbécile, moi... Ah! vous vous entendez avec elle... Vous venez ici pour la voir... sous le nez de soa jobanl i\<- iiian... Mais je vous défends de la regarder... je vous le difeiids, (■iitiiiili,7.-vous?... ,
Théophile nstet immobile et n'ose plus détourner ses regards lixcs sur le triéâtre; mais, tout à <:oiip, un (iifaiit ayant poussé ,un cri aux secondes, Théophile regarde iiivolMnlaiicment oar là. Au.ssitôl sà femme lui applique un soufllet en lui disant ;
— Ah! traître! tu l'as regardée?
Le pauvre mari en a bien assez, il quitta la loge et renonce an specUule.
A dater de celte soirée, sa femme ne veut plus qu'il mette le picd
dans un théâtre.
Un soir, Théophile est sorti après le diner pour all(!r aiihtter des livres élémentaires pour sa fille. Sa femme a froncé le sourcil en le voyant jirendre son cha- \)eau, mais clic n'a rien dit.
Après avoir fait ses achats , Théophile^ éprouve le besoin d'entrer un moment dans une de ces maisons à cabinets inodores , si parfaitement tenusdans la capitale. Lorsqu'il quitte cette maison, et au moment où il met le pied dans la rue, une femme l'arrête en le saisissant au collet.
C'est Euphémie, qui lui dit d'mie voix stridente :
— Ah! perfide!... tu en viens... tu en sors...
cette fois, je t'y prend.-!... tu ne peux plus le nier... Tu ne m'attendais pas là...
— Ma foi non... Eh bien, après, quel mal y a-t-il à aller... là?...
— Traître!... c'est de chez ta maîtresse que lu viens. Et tu as le Iront de t'en vanter...
— Je viens de chez nia maîtresse...
— Oui, et je vais la poignarder... Oh! je la trouverai celte femme... Je veux savoir ce qu'on fait là-dedans!
Et Euphémie pénétre dins l'intérieur de l'établissement, taiidisque Théophile s'éloigne en se disant :
— Je voudrais bien savoir ce qu'elle va poignarder dans l'eniiroit où elle est entrée. Elle n'a donc pas remarqué la lanterne qui est devant la porte et ce qui est écrit dessus... C'est pourtant bien visible... Mais décidément la jalousie touche à la folie. Cest une vilame mfir-
""ouelques années plus tard, une fluxion de poitrine emportait madame Euphémie Tamponnet, et Théophile restait veuf , ayant un garçon de dix- sept ans et une fille de treize an? qm commençait à avoir un nez.
XVlîî
CM PÈRE ET SES ESîS'AMTS.
Lorsque Théophile se voit veuf, il recommence à lever la tête, à se tenir plus droit, à jouer avec sa canne en se promenant, et il se dit de nouveau :
UN MONSIEUR TIlftS-TOURMENTl!:.
— Pour celle ffiis, me voilà donc mon maître, libre de ne plus laite que mes voloiU(5s; d'aller, de venir comnie lion me seinlileia, sans avoir peur qu'en renlrant chez moi mi ne me fasse une set ne... Ali ! que c'est bon , tout cela... quel plaisir d'être libre!... Celte position après laquelle je cours toujours, et que je n'avais pas encore altrapre, je la tiens cette fois... je suis veuf... J'ai deux entants; mais mon fils est presque un homme... je lui trouverai une boime place... ma fille grandira, son nez connnence à fttre suffisant, je la marierai... oh I je la marierai de bonne heure... Tout cela ira comme sur des roulettes.
Mais le jeune Hippolyte Tamponnet, qui avait toujours été gâté ou grondé mal à propos, qui avait vu son père et sa mère presque sans cesse en désaccord à son sujet, avait pris l'habitude de n'écouler personne et de n'obéir ni à l'un ni à l'autre ; car lorsque son père lui défendait quelque chose, c'était une raison pour que sa mère le lui permit; quand celle-ci refusait à son Cls ce qu'il lui demandait, son père le lui accordait en Bccret.
Triste exemple pour les enfants , que celui des parents qui ne vivent point en bonne harmonie. M. Hippolyte Tamponnet n'était pas positivement un mauvais sujet , mais cela y ressemblait beaucoup.
Il savait un peu de tout, mais si peu, que c'était comme s'il ne savait rien ; en revanche, il no.
songeait qu'au plaisir, et ronnnctii-ait déjà à lorL'uiTli'S fiiiiiiiis avdl'a|iloudid'iiii lambouimajor.
Quant à mademoiselle Amanda , âgée alors de treize ans 1 1 quelques mois, c'était un tout autre caractère. Klle avait appris de sa mère à se tenir bien droite, à avoir un maintien réservé et à ne point rire .\ tout propos. Elle étudiait assez facilement, et connne elle avait déjà beaucouii de prétention à l'esprit cl au savoir, elle s'appliquait ;\s'instruirc,ct se mèlail de bonne heure à la conversation ; enfin à treize ans, c'était déjà une petite raisonneuse, qui parlait d'un ton décidé et donnait son opinion sur tout, comme aurait pu le faire une femme de quarante ans.
Plus d'une fois, Théophile, qui ouvrait de grands yeux en écoutant sa ftlle, s'était dit :
— Je crois que j'ai donné le jour ;\ inie petite fdlc qui deviendra une femme bien remarquable... c'est déjà un puits de science, d'érudition... elle sait une foule de choses que je n'ai jamais pu me fourrer dans la tète... et quel aplomb dans la conversation... quand elle cause, on croirait entendre un vieillard... Ce sera une Slael, ou tout .nu moins ime Sévi(iné... si ce n'est pas mieux... Quant à Hippolvte , il est un peu écervelé, un peu joueur, mais c'est de son âge..'. Je l'aurais bien été, moi, si j'avais pu...
l'eu de temps après la mort de sa femme, Théophile commence à consulter sa fille sur une foule de petits détails de menace ; puis il c;iusr avec elle d'alVaires d'intérêt, et toujours émerveillé delà puissauce do srs raisouiiemeuts, il eu vient bientôt à ne plus faire la moindre chose sans avoir auparavant consulté mademoiselle Aiuaiula.
Et comme les enfants s'aper(;oivciit bien vile de l'ascendant qu'ils lireuuent sur l'esprit de leurs parenis, et qu'ils ont l'habitude d'en abuser, au bout de peu de temps, mademoiselle Amanda agit etcoiu-
Aussitùt su fomm* lui appliqua un soufllet an lui ilisimt : Ah .' traître ! tu l'as ragardicl
mande comme la maîtresse de la maLson; c'est elle qui ordonne le ditici, (onipteavee la domestique, invite de la société... (ait acheter ce dont on a besoin, et règle l'emploi du temps. Théophile est cnclianb;; il s'écrie:
— Je n'ai plus besoin de me mêler de rien , c'est ma fille qui tait tout... elle tient ma maison... et faut voir comme ça marcbel
Mais lorsque le papa veut sortir, sa fille lui dit :
— Je veux aller avec loi,... tu ne vas pas me laisser à la maison toute seule avec la bonne... ce ne serait pas convenable; cmmcnemoi.
El Théophile emmène sa nilc en disant :
— C'est juste; je ne dois pas la laisser seule à la maison... ce n'e>1 pas convenable.
Si on l'invite à dîner sans inviter sa fille, Amanda lui dit : ■^ Qu'csl-cc que c'est donc que ces gens-là?... comment ! ils l'engagent à dîner , et ne te parlent pas de moi...
c'est bien mallu^nnète de leur fiart... Us croient donc que je ne sais pas me tenir en société; je m'y conduis mieux qu'eux , peutêtre!...
QueKiuefois le papa, qui ne serait (os fàclic de diner en garçon, répond à sa fille :
— .Ma chèri; amie, je l'assure que tu le méprends .sur les motifs...
.^ur les raisons... pour '.es<]uelles oit lu'a invité sans toi...
— H ne |)eut pas y en avoir de bonnes...
— Vois-tu , c'est un diner de giu^'ons...
— Qu'est-ce que cdi veut dire, de garçonsT..
Tu n'es pas garçun, loi, tu es veuf.
— (mi ; mais quand on dit : un diner de garçons, Cela veutdire; un diner où il n'y aura que des hommes ..
— Cela ne doit p.as être gai.
— Si fait, au contraire... c'est quelquefois Irèï-gal... c'est même d'une gai'.é qui fait que... t» ne poux pas bien aimprendre cola... mais, vois-lu,on chante... on dit des liolises... à l'usage des hommes... cela ne con- ■'icndrail pas aux oreilles d'un enfant.
— IValK'rd, je ncsuis plus une ciif.mt, je suis ime demoisi^lle ensuite je ne comprends lias rommiul mon |w1|m, qui est un liomnu rai- .«ionnable, un |>èro de fanUlle , (Hiut vouloir diner avec des gens qui disent des Ivtises... Si
on savait cela, on dirait: .M. Tamponnet a une singulière iMuduite...
Vois-tu, je t'assure que cela n'est pas convenable jKUir toi d'aller à ce
diiier.
Alors, Théophile se gratte le nez... se raouche... et se dit :
— Au fait, elle araison... un diner deg.ircons... à mon âge... ce ne
serait pas convenable... je forai mioiix do n y point aller.
Hippolyte ne gênait aucunement les volontés de s<mi iv'-re , mais il rocciii\jit d'une autre façon : déj.'i il (Vissail des journées entières dehors, il ne revenait pas diner, puis quelquefois il oubliait de revenir coiiclier ; alors , l'inquiétude de son jx're était au comble. Théiiphile c<iurait dans tous les endroits ipie monsieur son fils avait l'habitude de fréquenter, c'est-à-dire «pi' il lui fallait visiter les cafés, les reslaurauts, les specl;ulcs, les bals plus ou moins champêtres ; cl
quand il ne troiivnit pas llippolyle, il revenait chez lui harassé, ereinlt', dire à sa fille :
— Iiiipossilile de trouver ton Mtrel II ne t'a pas communiqué ce qu'il avait le projet de faire avaul-hier... s'il comptait aller à la campagne...
— l'ar exemple! est-ce que mon frère me dit quelque chose?... est-ce que je lui demande quelque chose?... Beau sujet, que ra'.m frère! un une... à son âge, il ne sait pas seulement 8ous quel roi de l'rance les fi inmes ont porté des paniers...
— Ah! il ne sait pas... dame !... écoule donc... il n'est peut-être pas le seul... Mais lu le traites hien sévèrement.
— Et vous pas assez, papa; vouslui laissez faire tout ce qu'il veut... ♦ous voyez bien qu'il en abuse.
Théophile levait les yeux au ciel , en murmurant :
— Ah! c'est que je n'ai jimiais lait tout ce 'pu; j'ai voulu, moi... et je désire que mes enf uits soient |ilus heureux que je ne l'ai été.
Lorsque M. Hippoivte rcvciiail enfin au d(miicile paternel, son père voulait le gronder, il IVoiirait les sourcils, faisait une grosse voix et tapait de son talon sur le inirciiiiît, en s'éeriant :
— Saperlotte! monsieur mon fils... savez -vous bien que vous menez une conduite qui t-unnueiice à me déplaire fort... Sapristi!... qu'est-ce que cela signifie, à votre âge, un blaiic-becde dix-huitans... passer des journées dehors... courir... je ne sais où... avec des... je ne sais qm... ne point rentrer coucher... ceci passe toutes les bornes., fichtre!... et vous dépensez un argent fou... cela ne peut pas durer comiiie cela.
Mais Ilippolvte, sans s'émouvoir, prenait son père sous le bras et lui rép aidait d'un air càlm :
— Je te promets, papa , qu'il n'y a pas de ma faute... je me suis trouvé à un diner d'amis.
— On ne dine pas toute la nuit, monsieur.
— Non, mais après le diner... on a dansé un peu.
— Vous avez dansé entre hommes?
— Le soir, il est venu quelques dames... très-comme il faut, sauter un peu avec nous.
— Des dames... comme il faut... qui viennent sauter avec des jeunes gens... c'est bien loiulie.
— La danse s'est prolougce jusqu'au malin... ensuite on a joué un peu.
— Ah ! voilà le bouquet, jouer, perdre son argent... il ne te manquait plus que cela...
— Mais pas aux cartes... fi donc... au billard... j'y suis trèsfort...
— Ah! si c'est au billard... alors...
— Figure-toi qu'avec ma bille collée sous bande, j'ai un moyen infaillible de caramboler, en sautant, par un eirel de queue.
— Ah bah!... tiens, tiens, tu m'apprendras ce cou, -là. Théophile aurait été heureux, lorsque chez lui il se trouvait à sa
table, entre ses deux enfants, si ceux-ci avaient été d'accord entre eux; mais bien loin de là, le frère et la siBur passaient presque tout le temps du diner à se chamailler. Hippolyte se moquait des airs prétentieux de sa sœur; Araanda de l'ignorance de son frère, qui, disaitelle, ne savait pas même parler sa langue. Un jour Hippolyte dit tout en dînant :
— Je me suis bien amusé hier avec deux de mes amis : d'abord nous fûmes aux Champs-Elysées, oii...
Mademoiselle Amanda interrompt son frère en s'éeriant :
— D'abord on ne dit pas nous fûmes aux Champs-Elysées... on dît nous allâmes...
— Ah ! qu'est-ce que cela fait : nous filmes ou nous allâmes ? je vous demande un peu si ce n'est pas la même chose.
— Mais non , ce n'est pas du tout la même chose... quel âne tu fais pour ton âge... ne pas connaître la différence du verbe être et du verbe aller. C'est honteux.
— Je ne sais pas si je suis un âne, mais toi, tu as l'air d'un vieux maître d'école... une jeune fille qui faille pédant... Tu verras ctimme ■;ela te fera trouver des maris.
— C'est bon , cela ne le regarde pas... si j'en trouvais qui te resemblassenl , je n'en voudrais pas.
— Voyons, mes enfants, dit Théophile, ne vous disputez pas sans cesse. ..Que voulais-tu nous conter, Hippolyte... continue.
— Eh bien! donc... nous étions allés... Ah! c'est français, ça, j*espère ?
— Pas trop.
— Ne l'écoute pas, Hippolyte... va toujours.
— Nous avions été aux Champs-Elysées, nous comptions bien faire un tour au bal de Mabille, lorsque tout à coup il se mit à brouillasser... alors...
— Ah! ah! ah ! voilà qui est encore job.. ôrotitHasser... ah! ah! ah!
— Eh bien! oui, brouillasser... quoi... qu'est-ce que j'ai encore dit de mal?., cela veut dire qu'd pleuvait un peu... qu'il tombait une petite pluie fine... alors on dit: il brouillassait.
— Ce sont des ignorants de ta force qui disent cela ; cherche un peu brotiillasser dans le dictionnaire; et tu verras si tu trouves ce mot-là.
UN MONSlEUn TRÈS -TOURMENTÉ.
— Qu'est-ce que cela me fait, qu'il soit ou ne soit pas dan» W dictionnaire... du moiiiiiit que (.a se du?
— Cela se dit quand un parle mal, quand on ne suit pas sa langue... n'estât pa>, papa?
Théophile qui, lui-même, avait plus d'une fois emiiloyé le roo* bruitiliusser, secoue la tète en balbutiant.
— Dame... il est... il y a comme cela des mots... certainement od ferait mieux de... et quand on a l'habitude... passez-moi dune le pain...
— Alors, mademoiselle la savante, dit Hippolyte, puisque vous prétendez qu'on ne doit pas dire il brouillusie quand il tombe du brouillard, comment diriez-vuus lorsqu'il tombe une petite pluie très-fine ? i
— Je dirais, il bruine, monsieur; voilà le véritable mot... regarda dans le dictionnaire.
— Ah I çà, lu marches donc avec un dictionnaire dans ta poche, loi!... Quelle pédante!...
— Voyons, mes enlants, en voilà bien assez sur ce mot-là; Hippolyte, pour.?uis ton histoire...
— Vous voyez que le professeur Amanda m'interrompt toujours !... Je disais donc que dans les Champs-Elysées nous avions été surpris par une petite pluie.. .11. ..il... Non, je ne dirai jamais ce motrlà... Enfin, il ventait très-fort...
— Ah ! voilà qui est beau... Je te conseille d'employer le verbe venter pour dire qu'il pleut...
— lais-mol le plaisir de me laisser parler. Il faisait de l'orage... Ah! sacrebleu I lu ne vas pas reprendre ce raol-là?
— Non, mais je trouve que tu pourrais bien ne pas jurer devan' papa!... Si tu crois que c'est convenable... est-ce qu'on jure et bonne compagnie!..
— Est-ce que tu es de la compagnie, toi !...
— Et papa, lu le comptes donc pour un zéro? Papa, Hippolyte vous manque de respect !...
— Ma fille, je suis au-dessus décela... Achève donc ton histoire, Hippolyte.
— Où en étais-je?.. est-ce qu'on peut parler aveccette petite peste!..
— Ah! papa, il m'appelle peste...
— î)li fille, c'est un mot d'amitié qu'il aura voulu dire.
— J'en étais... aux Champs-Elysées avec mes deux auiis, et il... ventait une petite pluie fine. Nous n'avions qu'un parapluie pour trois.. .Je me dis : Il fautjouer un tour àAlexandre... mais Alexandre se méfiait... et puis il se fâche pour un rien ; il est très-rancuneux...
— Rancunier...
— Il est extrêmement rancuneux...
— Rancunier, imbécile ! cherche donc si tu trouveras rancuneux dans le dictionnaire.
— Ah ! tu m'ennuies à la fin !... Ça devient trop fort! il n'y a plus moyen de parler devant mademoiselle... Va donc voir les Précieuses ridicules, petite sotte!
— C'est toi qui es ridicule: mais tu n'es pas précieux.
— Tu devrais bien l'occuper toute la journée à tirer ton nez pour qu'il soit présentable, cela te vaudrait mieux quedele fourrer dans les dictionnaires.
Du moment qu'on lui parlait de son nez, mademoiselle Amanda devenait furieuse, alors le père était encore obligé de s'interpo.-er pour empêcher le frère et la sœur d'en venir à des voies de fait, et il levait la séance en quittant la table sans pouvoir prendre son dessert et son café tranquillement.
Le temps, loin d'apporter du remède aux nouveaux tourments de Théophile, ne faisait que les augmenter encore. Chaque jour, mademoiselle Amanda devenait plus revèche, plus prétentieuse; elle trouvait toujours quelques motifs pour empêcher son père de sortir lorsqu'il en avait envie, ou de rester lorsqu'il ne voulait pas sortir.
Hi|ipolyte, au lieu de devenir sage, se livrait à mdie folies; il se battait, jouait et faisait des dettes ; le peu de temps que Théophile avait de libre était toujours employé par l'infortuné père à courir après son fils; à aller le délivrer chez un traiteur où on le retenait comme nantisements ; à le réclamer au corps-de-garde lorsqu'il avait couché au violon ; enfin à aller chercher le médecin lorsqu'on lui ramenait son fils hors d'état de se tenir sur ses jambes.
iifiéophile se disait :
— Cela ne peut pas durer ainsi. Mes enfants ne me laissent plus u( moment de repos, il faut que je prenne un parti violent. Il faut qm je me montre.
Et lorsque son fils était en état de l'entendre, il lui disait:
— Hippolyte, tu as vingt-et-un ans; tu ne peux continuer l'existence que tu mènes... ta santé y périra et ma bourse aussi. Voyons, mon fils, il faut faire choix d'un état. Que veux- tu faire?
— Tout ce que vous voudrez, mon père, ça m'est égal.
— Ah! à la bonne heure! c'est gentil, cela; tu es docile. Voyons, veux-tu être avocat ?
— Je le Voudrais bien; mais je n'ai pas fait mon droit, il serait trop tard pour commencer.
— C'est juste; passons à autre chose : as-tu envie dôlre médecin ?
UN MONSIEUR TRËS-TOUIIMRNTÉ.
— Je. ne sorais j.no lanne a'Ctrn tnoiTecln, mais je n'ai pas suivi du fours. Je nfi sais pas seulement faire un cataplasme.
— En circt, tu ne pourrais pas écrire une ordonnance. Ah! veux-tu te mctlre daas le commerce?.. C'est séduisant, celaj on peut faire fortunr.
— Mais il faut savoir calculer, et je ne possfîde pas la bosse du calcul.
— C'est vrai. Pans le commerce, il faut calculer. Ah ! quelle idée ! si tu te faisais militaire?..
— Miiis il n'y a pas moyen, papa, je suis trop délicat... j'ai la poi- ■.rine tro(i faillie. Vous savez que je tousse pour un rien ; je ne pourrais ;as supporter la vie de garnison.
— Diable, -cela devient embarrassant... Veux-tu être artiste, alors? • '^s artistes sont trôs-reclierchés, très-courus maintenant. Dans ma ieuncsse on ne leur rendait pas la même justice. Mais aujourd'hui, on est exempt de préjugés, comme disait ce pauvre Alcide dans un ïlûii Enjunt... une pièce qu'un jouait jadis au Palais-Royal,
— Artiste, mon cher père... ça me va beaucoup, j'adore la vie d'artiste...
— Alors, fais-tof artiste.
— Oui... mais dans quel genre? Je ne sais ni la musique, ni le dessin, ni la sculpture.
— Mets-loi au théâtre.
— 11 faut avoir de la mémoire pour apprendrefcs rôles ; je ne puis pas apprendre deux lignes par cieur. '"
— Ah I j'ai ton affaire, fais des pièces, fais-toi liomme de letties, tu peux arriver à l'Académie... c'est en face du pont des Arts.
— Oh! je sais bien où c'est... la question n'est pas là; mais on ne se fait pas homme de lettres comme on se ferait tailleur... il faut être né avec les moyens, avec la vocation.
— Je crois bien que tu te trompes, je connais beaucoup de gens qui se sont faits auteurs, poètes, écrivains, et qui n'ont pas de moyens (lu tout... ils accroch(!nt un peu d'un côté, un peu d'un autre; ils fouillent dans les vieux bouquins ; ils sont à l'affût des nouvelles, des anecdotes, des actualités. Oli ! les actualités surtout, voilà leur fort. Une mode excentrique se déclare, ils courent chez un directeur demander, retenir une lecture, ils disent: J'ai fait une pièce sur ce sujet-là, ils n'ont pas écrit une ligne ! mais ils courent ensuite chez de véritables auteurs leur dire : J'ai un sujet de pièce, je vous apporte un sujet de vaudeville... c'est reçu d'avance ! Tiavaitez, je ferai les courses ; et l'auteur écrit, et ils sont de la pièce, et ils finissent quelquefois par avoir la réputation d'homme d'esprit. Pourquoi n'eu aorais-tu paseomme ces hommes de lettres-là?
— Merci, mon père, il y a déjà trop de ceux-là, je ne veux pas en augmenter le nombre.
— Sapristi ! il me semble que tu n'es bon à rien...
— Ce n'est pas ma laute, mon père; vous voyez bien que je ferai tout ce que vous voudrez.
Théophile revoyait quelquefois son ami Badinet, qui était devenu veut aussi. Après avoir eil cet entretien avec son fils, il va lui conter ses ennuis eu s'''criant:
- Tu as des enfants, toi, tu as deux garçons et une fille ; est-ce qu'ils ne te f 'ut pas damner les trois quarts du temps ? est-ce qu'ils te laissent une j.inrnée en repos ?
— .Mes enfants, me faire damner !.. quel blasphème, répond Badinet. Mes enfants sont ma joie, mon bonheur; grâce à eux, je forme encore (les projets pour l'avenir, car un père revit dans ses enfants... Tous les plans que je fais pour eux, n'est-ce pas comme si c'était pour moi?
— Kst-ce que ta fille n'est pas répondeusc, orgueilleuse, impérieuse ?
— Ma fille est douce, bonne, dofiile.
— lîst-ce qu'elle te permet de sortir quand tu en as envie... d'aller dîner eu garçim, quand on l'invite sans elle I
— Ah! nion vieil ami... je ne comprends rien à tes questions. Depuis qii.ind un père dcma'nde-t-il à ses enfants la permission de sortir... oii diable as-tu vu ces choses-là?
— Mais rli< ■/, moi... et tes (ils ne font pas le diable... ils ne courent pas les bastrm^'ues, les cales, les orgies, la prétentaine enfin ?
— Mes fils travaillent, étudient ; chacun d'eux a fait r!ioi\ d'une. nrorefsi(m, et j'esm'reuu'ils seront en état de parvenir, de se faire un nom.
— Ah ! Baniiici... m es nieu heureux en enfants!...
— Tu appelles encore cela heureux. .. mon pauvre vieux ! .. Je pourrais te dire que c'est ta faute si tu ne l'as pas été, toi.
— Laisse-moi donc tranquille... ma faute! jamais!... c'est le guignon qui me poursuit... qui m'a toujours poursuivi...
Au bout de quelque temps, Thénphile, ne pouvant trouver un m.:- ■.U':nt (le paix chez lui, se décide à faire de grands sneriliccs; en se dépouillant d'une partie de sa fortinu-. il acheté à son fils une belle p.ic.iitiile, et eelui-ei, (lui commence à se fatiguer des plaisirs de Pari». et n'est pas lâché d'aller en chercher à ieiranger, se décide à partir pour les glandes Indes. Ensuite, eu domiant ù mademoiselle Amauda une grosse ilnl, Tlieti(ihile parvient à lui trouver un mari, ce qui aurait été difliiile autrement.
!.ors(iu'il a Ifiniiui' tous ces arrangi-meiils, il ne reste plus à Théophile que trois mille francs de rente, mais il s'en contente; loin de se
repentir de ce qu'il a fait, il est enchanté d'avoir assuré l'avenir de ses enfants... et de ne plus être obligé de les garder avec lui.