‹ MoustacheChapitre 46 sur 281 · LES BONNES · texte numérisé non relu

LES BONNES

Lorsque son fils est embarqué et sa fille mariée, Théophile se met à danser dans son appartement en s'eeriant :

— l'Iiij de femme... plus d'enfants... plus de tracas... plus de scènes... |)lijs de. tourments... enfin! eiifia!... Tandem deniuue, comm'': disait autrefois ce bon M. .Mus<-utu, mon précepteur... Je crois que' c'est là tout ce que j'ai pu retenir du latin qu'il voulait m'apprendre et encore c'est parce qu'il s'écriait toujours : TandemI uuanil on annonçait que le iliner était servi.

Ah! maintenant, si je ne suis pas mon malire, je me demande qui est C(î qui le sera... Je pourrai sortir, aller, venir, me lever, me Ojucber à l'heure qu'il me plaira... je pourrai même déjeuner dans mon lit, quand ça me fera plaisir... et je me souviens, qu'étant enfant, c'étiiitpourraoiune très-grande jouissance. Quandj'avaiâ clé bien sage, ma pauvre mère me disait : o Je te dnimerai demain à déjeuner d^ns ton lit. » Et cela me rendait très-lieureux. Qneï bonlieur de (louvciir, à soixante ans, se procurer les mêmes plaisirs qu'à huit ou neuf ans... si cela pouvait être comme cela pour tout... si on avait la faculté de recommencer sa carrière. .Ma foi, si c'était pour éprouver les mêmes ennuis, les mêmes tourments qui m'ont assiégé, je ne voudrais pas recommencer la mienne, et je crois que bien des gens de mon âge en diraient autant que moi.

liais j'y songe, pour déjeuner dons mon lit, il faudra que quelqu'un me l'apporte, mon déjeuner; car s'il fallait moi-même me lever, me le faire et me le porter, ce ne serait plus amusant du tout. Je prendrai une bonne, oui, une bonne, qui tiendra ma maison propre, qui saura faire la cuisine, qui me fera mon diner, car cela m'ennuierait de dîner tous les jours eliez le traiteur ; qui allumera du feu dans ma chambre... qui me pré|iareiamespantoulles... Tiens, cela me rappelle la chanson de Béranger :

Allons, Babct, nn pou de complaisance, Mon lait de poulo et mon bonnet àa nuit.

Au fait, pourquoi ne prendrais-je pas une Babei... une petite bonne alerte et gentille?... Eh! eh!... cette idée me sourit... Après tout, puisque je suis mon maître . je puis bien prendre une bonne à ma guise... non pas que j'aie le projet de jamais... ah! par exemple... je suis un homme trop sage pour avoir de ces pensées-là: mais enfin, je choisirai une bonne gentille, parce qu'il est plus agriablc d'avoir sans cesse devant les yeux une figure jeune et riante, iju'un visage laid et une physionomie rculrogu(''e.

Voilà donc Théophile qui se met en quête d'une bonne ; il s'adresse à de.^ burtîaux de placement. Bientôt les bonnes lui arrivent à la file. Une place chez un homme veuf, à son aise et sans enf.mts, c'e^t VEldontth de ces demoiselles.

Théophile choisit une jeune Lorraine, à lafigurecandide, à l'air doux et modeste, qui déclare n'avoir ni cougins ni /)(iy.< à recevoir. .Mademoiselle .Madeleine (c'est le nom de la Lorraine) se présente comme arrivantde son village; elle séduit son maître p.irsonairdécent. reserve, ses yeux baissés et si^i parler mielleux. Elle ne sait pas trop bien faire la cuisine, elle n'est pas d'une extrême propreté et elle casse tout ce qu'elle touche; mais Théophile se dit:

— Cela se fera... elle arrive de son pays, elle n'a pas encore l'habitude de servir, il faut être indulgent ei p.isser queKpie chose à un-» jeune fille honnête et sage... ces qualités-là doivent faire excuser bie.i des (lelauts.

El Théophile était tellement persuadé de l'innocence de sa bonne, que devant elle il n'aurait pas ose changer de gilet et qu'il mettait k verrou pour ôter son paii;alon.

Un jour, ayant trouvé iiioms mauvais qu'il l'ordinaire lepotag»> «pie la jolie Madeleine lui avait servi, il lui avait doucement caressé le bras en lui disant :

— C'est bien, Madeleine, vous faîtes des progrès... je ferai quelque chose de vous, mon enfant.

Mais en se sentant touchée au bras, la petite bonne avait fait un saut en arrière, comme s'il elle eût aperçu un serpent. .Mors Théophile s'était empress • do la rassurer, en lui disant :

— Ne craignez rien, ma clu''re amie, n'ajei aucune mauvaise p. iisée... En vous touchant le bris, je n'ai voulu que vous témo'gii. i m i satisfaction .

— Ah ! dame, mosieu. i"épond la jeune Lorraine en se dandinant, c'est que je ne sommes pas habiluëe à co que jamais un homme me touche (aut seulement du petit bout du doisit. voyez-vous.

— Je le crois, ma chère, je le crois.

— Dans mon village, moi, je fuyais les garçons ni plus ai moins

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