‹ MoustacheChapitre 48 sur 281 · UN MOMSIKUR TRÈS- TOURMENTÉ · texte numérisé non relu

UN MOMSIKUR TRÈS- TOURMENTÉ

garçon, ïnm gai, bien coquet... j'aurai un frotteiir qui fera mon menace, j'y cagnerai du côté de la propreté et de l'économie. C'est déride, chercnons-nous unlogemi'nt.

, Théopliiie semetencoursepourtrouverun appartement degar!;on; »il le v(!ut dans un quartier agiéubic; il le veut au mi<li; il ne le veut jnas jilus haut qu'un troisièuie. 11 parvient enfin à découvrir ce q\u llui convient sur le boulevard Beaumarchais, dans une de ces nouvrl- 'ies maisons qui fout maintenant de ce ipiartier l'un des plus agréables de Paris. Tliéophilfc fuit le Sdcrifice d'un demi-terme pour s'installer tout de suite dans son nouveau domicile ; et lorsqu'il est emménagé, il se dit:

— Espérons que c'est ici que je trouverai le repos, le bonheur, que je ne serai plus tourmenté...

Mais le portier de la maison où habite maintenant Tiiéopbile a cru, en louant à uu homme seul, qu'il serait chargé, lui ou sa femme, do faire son ménage ; lorsque le nouveau locataire refuse ses services, le portier devient hargneux, impoli; il égare le journal; il monte un

atin chez Théophile et sonne comme mi crocheteur.

— Que voulez vous, portier? demande le nouveau locataire, surpris de voir à son concierge un air furibond.

— Vous avez secoué vos tapis par la fenêtre... Le propriétaire ne le veut pas...

— D'abord, je ne secoue pas moi-même mes tapis, c'est mon domestique qui est chargé de cette besogne.

— Vous ou voire laquais... ça m'e.st égal, on a secoué que même j'ai t'été inondé de poussière !

— Je ne sais pas si vous avez reçu de la poussière, mais je sais qu'en faisant mon appartement il faut bien qu'on secoue les tapis. Or, comme il est défendu de rien secouer du coté du boulevard, il faut bien qu'on les secoue dans la cour.

— Ça ne se fait pas... on bat ces tapis chez soi...

— Ah! voilà du nouveau... ce serait très-propre.

— Tâchez toujours de ne point recommencer...

— Portier. fichi7.-moi le camp et laissez-moi tranquille...

Et Tliéophile ferme sa porte sur le nez du portier ; il croyait en être quitte pour cette altercation, mais il ne savait pas ce que c'est qu'un portier dont on a encouru la haine...

Quelques jours après, le concierge remonte sonner, toujours comme s'il voulait casser la sonnette .

— Que voulez-vous encore, portier?

— D'abord, monsieur pourrait bien dire concierge, ça ne lui écor chcrail pas la bouche.

— Je dirai couime il me plaira. Que voulez-vous?

— Vous mettez des pots, des bouquets, un las d'ordures sur votre balcon... D'abord, ça n'est pas propre... ça déshonore la maison... Le propriétaire n'aime pas ça, et puis en arrosant vousjete/, de l'eau ,etça tombe sur les persunnes du seei)nd qui s'en plaignent.

— Portier, je mets sur mon tialcon de fort jolies fleurs et non pas des ordures, comme vous avez la malhonnêteté de le dire. J'ai le droit de mettre des pots de Heurs, là le commissaire n'y trouve rien à i edire, parce que tout cela est garanti par une balustrade de fer et ((iic cela n'offre aucun danger pour les passants. Quant aux voisins du second, qui se plaignent que je leur jette de l'eau, vous m'étonncz, car j'aiTose toujours avec beaucoup de soin; au reste, dites-leur que je ferai attention.

— Attention! attention!... On vous fera bien z'ôter vos pots!...

— Quel vilain homme que ce portier, se dit Théophile en refermant Ba porte. Jesuis sûr cpi'il prend tout cela sur lui! il n'est pas possible qu'un propriétaire soit assez ridicule pour trouver mauvais que l'on mette des fleurs sur son balcon. Au lieu d'enlaidir sa maison, cela l'einbellirait plutôt... Kst-ce que des fleurs peuvent enlaiilir quelque those! Mais je suis bien bon d'ceoulcr ce que dit ce portier... Ce (pie j'ai de mieux à faire, c'est de ne jamais lui adresser la parole ; ça le vexera bien davantage.

Mais Théophile ne songeait pas qu'il est presque impossible à un locataire de ne point avoir quelquefois affaire à son portier. Le jour suivant, un de ses amis vient le voir et s'écrie en entrant:

— Si je ne vous avais pas aperçu contre votre fenêtre, je ne serais pas monté, votn^ concierge me soutenait (pie vous ctie/. sorti... .l'ai vu le luoment où il faudrait me colleter avec lui pour .t;riuiper l'escalier.

— Ce portier est un Ane, itn animal, il ne sait quelle sottise faire.

— Mais pounjuûi n'ôtes-vous pas venu hier à notre soirée? nous vous avons attendu...

— Votre sou'ée?... quelle soirée''... J'ignorais si vous on donniez une.

— Cependant, je vous l'ai écrit il y a trois jours...

— Je n'ai reçu aucune lettre.

— Je suis bien sûr qu'elle a dû vous parvenir, je l'iii affranchie et mise à la poste moi-même.

— list-ce qu'il y aurait encore du portier là dessous... 11 faut que je m'en assure.

Théophile descend, il va à la loge du portier qui est en train de donner dugàteai: à su pie.

— Portier, vous avez dû recevoir une lettre pour moi...

— De quoi... un paquet?

— Une lettre, par la poste, il y a déjà trois jour».. .

— J'ai rien reçu.

— .Monsieur, que voilà, l'a mise lui-même à Iapost«... il e^t iinpo.ssible qu'elle n ait pas été apportée ici...

— Ah !... il y a trois jours... une lettre!... Eh bien, on vous l'a donnée.

— On ne m'a rien donne, puisfjue je la réclame.

— Elisabeth, est-ce que l'as pas remis la lettre qui était sur le poêle... il y a trois jours....

— Non... J'ai cru que tu la monterais. J'ai vu Romuald jouer ave: un papier, c'est peut-être ça...

— Homuald, où a.s-lu fourré le papier que t'as trouvé sur le poêle? M. Homuald est un jeune garçon de sept ans; il va ramasser, dans

un coin delà loge, un papier tout crotté et l'apporte à son père. C'est la lettre qui était venue pour T'néophile; celui-ci la froisse avec dépit dans sa main, en s'écriant:

— Ah ! voilà ce que vous faites des lettres qui arrivent pour vos locataires... Savez-vous bien, portier, que cela pourrait avoir des conscquencfs trcs-;.'raves!

— De quoi :... est-ce qu'ily a de ma faute... un enfantyotwse avec un papier, v'Ià-t-il pas un erand crime?

— Mon ami, dit à Théop! 'Je le monsieur qui lui avait écrit la lettre, vous avi z de bien mauvais portiers.

Et Théophile remonte chez lui en murmurant :

— Quelle cinaille !... garder mes lettres... c'est le bouquet. Quelipie 11 uips après, Théophile revenant le soir d'un Uv àtrc en

l'on avait donné une représentation extraordinaire, n'arrive devant sa demeure qu'à minuit et demi.

Il sonne à la porte, on n'ouvre pas; il sonne de nouveau, rien ne bouge. Enfin, il se décide à crier, a appeler le portier, et celui-ci lui répond d'une voix de Stentor:

— Il est ménitit passé, je n'ouvre plus...

— Mais, portier, c'est moi... Tamponnet... du troisième... Je viens du spectacle...

— Il est ménuit sonné... je suis couché, je ne me relèverai pas...

— Mais, portier, je ne puis pas coucher à la porte, cependant...

— Fallait entrer avant ménuil : c'est l'ordre de ma maison...

— Ouvrez-moi toujours.

Le portier ne répond plus, et Théophile criant, appelait et sonnait inutilement, lorsque quelqu'un vient à lui ; c'était encore le vieil ami Badiuet.

— Et à qui diable en as-tu donc, mon pauvre ami?

— Ah! c'est loi, Badinet. Tu vois un homme bien malheureux... Comme à l'ordinaire, du reste... Je ne peux pas rentrer chez moi... mon portier refuse de m'ouvTir parce qu'il est plus de minuit... Il veut que je couche dehors.

— 'Ton portier est un gredin, viens au corps de garde chercher main-forte et tu te feras bien ouvrir la porte... à moins que tu n'aimes mieux accepter pour celte nuilThospitalilé chez moi...

— Ma foi, je choisis ce dernier p.arti... parce que, aller chercher la garde, cela n'en finirait pas... Mais, c'est égal, dès demain je donne congé à mon propriétaire... 11 n'y a paf^moycn que je reste dans cette maison... Je suis trop tourmenté par cet infime portier... Ah! Badinet, tiens, je t'avoue que je commence à perdre courage... A soixante ?ns bien sonnés, n'avoir pas encore trouvé le moyen de vivre heureux .. d'être son maître... de faire ses volontés... sàis-tubien que c'est désolant?

— Eh ! non; d'abord il ne faut jamais se désoler et se laisser aller au chagrin... mauvais système... il fautrireau nez desevénemeiiis... s'en moiUier... car, vois-tu, en cherchant bien, ceux qui d'alnird nous semblent les plus malheureux, unissent toujours par avoir leur bon côte.

— Fais-moi le plaisir alors de me dire où est le bon côté en ce moment, que je ne puis pas rentrer ehn. moi ? que je suis à la fxirte?

— Ah! cela ne se trouve pas tout de sniie; je suis fâché que tu n« veuilles pas que nous allions cheriher la g.irdc... je serais cnclianle de faire le siège de ta maison... de forcer ce misérable portier à l'ouvrir.

— J'aime mieux aller coucher chez toi... ton portier t'ouvrira-t-il, à toi?

— Ohl oh! je voudrais bien voir qu'il ne m'ouvrit pas... je réveillerais toute la maison.

— C'est qu'il est bien tard; lu as donc été aussi à une représentation extraordinaire?

— Moi, pas du tout... j'ai été en soirée chci des amis, faire ma partie de trictrac ; mais je n'aime i>;is me coucher de bonne heure, aussi, je ne rentre jamais avant minuit.

— Tu es bien heureux... tu a-- donc dos piirtiers modèles?

— Non, mais j'ai un propriét;iire qui veut que s<.in concierge soit (loli et complaisaul pour les loiMt.ùivs, cl qui ne donne \\wii tort à ceux-ci quand ils oui quelque alliie.itioii a\cc le portier... c'est que vois-tu, les propi'iotaiies uiuiablc», c'est presque aussi rare que le*

32 UN MONSlEUIl TUÊS-TOUnMENTft

portiers polis; cl ccpetulaiil, luisau'dii |>;iic Ims bcs toiii nie .seiiil)lc iiuf l'on aurait bien diuit i ilcs liganls. Di

iiiiLà recta, il ([iif 1011 auraii uiuu uimi a iics tganis. Doiiiie-inui le Ijrastl allons nous coucher... sois traniiuillc, je suis un ancien avoue, demain je porterai plainte pour loi.

— liah! tu veux que jetasse un procès àinoii portier.

— Je veux qu'on ne te laisse nas iiiipunémeul ài la porte... Mon cher ami, quand on ne punit (las les niéchanls, ce ii'csi pas être bon, c'est (itre bOtc,

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