UNE MAISON A AULÈE. - CONCLUSION
Le lendemain de celle nuit uiémorable, le i>ortier re^ulson assignation, il fut condamné à une amende, qu'il (laya en ruf^issanl; mais alors, en rcntraiil chez lui, Théophile trouvait des ordures devant sa porte, et lorsqu'il allait pour l'ouvrir, il était quelquefois une heure avant d'en venir à bout, parce (pi'ou availl'ourre de la sciare de bois, du ehaibon ou autre chose dans la serrure.
La place n'était plus tenable pour le pauvre locataire, et tout cela; l)arce que le propriétaire, qui avait dû être instruit de la conduite de son portier, n'avait itas jut,'é convenable de le renvoyer. C'est donc Théophile qui donne congé.Badinetluiadit :
Puis(iue tu es si malheureux en portiers , prends un appartement dans une maison où il ii'y en ait point, une maison à allée; elles sont rares à présent...
car ce n'est pas gracieux... cependant il y en a encore... mais on y est moins en sûreté que dans une maison où il y a un concierge...
c'est à toi à faii'e tes réflexions.
Théophile, qui a les portiers en horreur , trouve un logement convenable dans une vieille maison de la rue des Tournelles, qui a une allée et pas le moindre suisse. L'entrée de cette maison n'est pas séduisante; l'allée, qui reste ouverte dans le jour, est à peine assez large pour une personne seule; elle est longue, noire, sale et souvent boueuse. Au fond de cette allée, sur la droite, on trouve un escalier de bois, de ces escaliers qui rappellent le vieux Paris avec ses maisons dont les poutres n'étaient point recouvertes de plâtre. Cet escalier a une balustrade également en bois, et tellement massive et large, que l'on pourrait à la rigueur monter les étages en marchant sur la balustrade au lieu de marcher sur les degrés. A chaque étage, cela se termine par un angle droit; et, pour palier, vous ne trouvez qu'un petit espace où peuvent a peine tenir deux personnes. Tout cela ne recevant du jour qu'à travers les vitres d'une guillotine, que l'on n'ou-.Te jamais, car les toiles d'araignées y ont pris la consistance et l'épaisseur de rideaux.
Ces dehors peu gracieux n'arrêtent point Théophile, il ne voit dans celte maison qu'une chose: c'est qu'elle est sans portier. 11 loue un logement au second étage; il fait encore le sacrifice d'un demi-terme Dour omiaénager sui'Je-champ.
Et lorsqu'il se voit établi dane Son nouveau logoiiuuit, U le |>aff.ourt avec amour... et il recommence ces phrases qu'il a déjà dites fi souvent:
— Cettefuis... je suis mon maître... je suis libre de rentrer à l'heure qui me sera agréable... de ne pas rentrer du tout même, si cela mo fait plaisir... Point de portier ! point de ces ligures atrabilaires qui mouchardent vos moindres actions... qui font d'infâmes cancans sur votre Compte,., (jui vous gardent vos lettres... et qui vous louent tous les mauvais tours possibles si vous ne leur graissez pas tous les jours la patte... ce qui linit par augmenter beaucoup votre loyer. Ah ! comme je vais m'en donner inaintenanl... j'irai tous les soirs à des représentations extraordinaires... je vi;ux mener, comme on dit une vie de Ijolicliinelle.
La joie de Théophile dure peu; lorsqu'il rentrée l , i
bon allée par un secret fort simple, ""^^ '"' '* ^""'> "
ouvre la porte de son i
Fallait rentrer avant ménuit, c'esl ? ordra de ma maison... Il est mènuit passif, je n'ouvre plus.
coDQu de tous les locataires; mais il faut avancer sans voir clair et gagner son escalier i tâtons, car lesquinquels sont totalement inconnus dans la maison.
Théophile, (jui n'a jamais été bien brave, éprouve alors un certain frémissement qui ressemble inflniinent à de la peur; il fait deux pas dans son allée et s'arrête; il écoute, car il a cru entendre (luelque bruit du côte de l'escalier; il tousse trèsfort, il tape du pied, il chante; mais il ne sait pas s'il doit avancer.
Enfin, il s'y décide en se disant:
— J'ai été oblige de coucher dehors une fois, parce que mon portier n'a pas voulu in'ouvrir... mais à présent...
si j'allais encore demander l'hospitalité à Badinet... il faudrait donc que je dise : Je ne suis pas renlré chez moi, parce que je n'ai pas de portier... et que je ne voyais pas clair...
il me rirait au nez; il me dirait : Alors va te percher comme un oiseau sur une branche d'arbre, et n'en bouge plus dès que vient la nuit. Allons, sapristi!., un peu de courage...
traversons cette allée...
qui me lait l'efTet de la forêt de Bondy... si j'avais une arme au moins... mais je n'ai pas seulment une canne.
Théophile se lance en avant; dans sa précipitation il se cogne plusieurs fois la tète contre la muraille, mais il atteint l'escalier ; il serait difficile de le monter quatre
à quatre, parce que chaque marche a un pied et demi de haut il le gravit sans reprendre haleine, arrive à sa porte, l'ouvre, la referme vivement, et, ai'rivé chez lui, se jette sur un siège et respire comme un homme qui viendrait d'échapper à un grand danger.
Après s'être procuré de la lumière, Théophile, devenu plus calme, se dit :
— - Ça ne serait pas fort agréable, si chaque soir, pour rentrer chei moi, je devais éprouver les mêmes émotions... je crois que ma santé en souffrirait, sans compter que je me suis fait plusieurs bosses à la tète. Mais j'ai un moyen bien simple pour ne plus voir se renouveler mes terreurs ; j'aurai toujours sur moi un rat de cave et uue^petil boîte d'allumettes chimiques... de ces allumettes dont se servent le fumeurs. Avant d'entrer dans mon allée, j'allumerai mon rat de cave