‹ MoustacheChapitre 50 sur 281 · UN MONSIEUR TRËS -TOURMENTÉ · texte numérisé non relu

UN MONSIEUR TRËS -TOURMENTÉ

de cette façon j'aurai de la lumibre pour monter mon escalier ; et quand j'y vois clair, je suis très-brave... c'est l'obscurité seule qui m'inspire de vilaine, idées... et je me eogne la tète.

Théophile, enchanté d'avoir trouvé ce moyen pour rentrer chez lui sans crainte, sccouche plus satisfait. Mais lorsqu'une fois la frayeur est entrée daps un logement, il est bien dillicile de la mettre à la porte.

Dans la nuit, Théophile dort mal. Plusieurs fois d s éveille ; d lui semble entendre du bruit dans l'escalier; ensuite ce senties portes qui ont l'air de remuer, de s'agiter.

Le nouvel emménagé se dit:

~ C'est le vent... ce ne pep;t être quele vent... car s il y avait du monde dans l'escalier, ce seraitbien inquiéUmt... Au milieu de la nuit, cène pourraitètre que desvoleurs qui posséderaient le secret pourouvrir l'allée... 11 n'estpas bien malin ceseirct-là... Si on forçait maporte... le ne vois pas trop qui viendrait i mon secours... Au prer»'*»' "^taaeiuKe une vieille dame paralytique avec sa vieille bonne qui est sourde...

Appelez donc ces iier- Ronnes-là à votre aide !

Au second, c'est moL Au-dessus, il y a un ménage., le mari bat sa femme, à ce qu'on m'a déjà dit..., et la femme a des allures, à ce qu'on a encore dit ; enfin, au dernier étage, il y a plusieurs chambres habitées soi-disant par des ouvriers... Je ne les ai pas encore rencontrés. . .

Je ferai mettre un gros verrou à ma porte.

Théophile se rendort lorsqu'il voit paraître le jour. Mais le lendemain le Trotteur, qui lui sert de domestique, lui dit :

— Vous avez loué dans un triste quartier, monsieur, et vous êtes dans une rue... bien solitaire le soir... J'ai connu deux personnes qui ont été volées...

Ensuite , une maison sans portier. ..c'est bien dangereux! Moi, mon sier, on me donnerait un logement pour rien dans votre maison que je n'en voudrais pas.

Théophile feint de rire des réflexions df son frotteur, mais, en lui-même, il en est vivement impressionné.

11 va chercher un serrurier et fait poser deux

verrous à sa porte; à

moins de la briser, il

serait impossible d'entrer chez lui. CepcndanI

il ne dort pas mieux la

nuit; il lui semble sans

cesse entendre des

bruits sourds; il craint

maintenant qu'on ne

s'introduise chez lui par

«es cheminées ; il a eo-

Iciidu dire que cela était arrivé quelquefois. Onjouren desccndaiitsoncscalier, il rencontre deuxhommes en i

Mouse, qui ontdesbarbesénormeseldes moustaches a I ayonaiit.

Théophile les salue jusqu'à terre en se serrant contre le mur. j

l'iiis il se dit: , . ai

— Si ce sont là de mes voisins d'en haut, ils ont des mines réhar-

balivcs... Après cela, ce sont peut-être de bien honnêtes gens...

Oh peut porter une grande barbe elêlre irèshonnête; mais cela

(lunne toujours un aspect sauvage.

Une nuit, Théophile entend distinctement des cris, des gémissements

au-dessus de sa tète; il se dit:

—C'est probablement le voisin ipiiest en train débattre sa femme. Si

i' allais mettre le holà?... Non pas... 11 y a un proverbe (pii dit : lùilre

farittS et i'écorce.. El puis, il y a aussi le Métkcin malgré lui, de

Molière... C'est égal, c'est un voisinage fort peu agréable... Dme »en>ble qu'on ouvre la fenêtre... Ah! mon Dieu, est-ce qu'il va jeter sa femme par la fenêtre... Non, non, on a jet*- quelque chose, mais ce n'est pas une femme.

Quelques jours plus tard, le frotteur arr*»» chez Théophile, en s'écriant:

— Eh bien, monsieur,que vousai-jedit? Elle est gentille, votre rue...

— Commentj mon garçon... Qu'y a-t-il donc de nouveau?

— Vous ne savez donc pas l'événement de cette nuit, monçieurT

— Je ne sais rien du t<jut. Comment veux-tu que je sache quelque chose?... 11 est neuf heures et demie, je ne suis pas encore sorti... Je n'ai vu personne .. Qu'est-il arrivé cette nuit?

— Madame Profitant... une vieille dame qui demeure trois maisons après vous, une ancienne frui'.iére ntirée.qui passe pour riche... , et qui, par économie, n'a pas de domestique.

— Eh bien, madaoM Profilant?

— Elle a été trouvée morte ce matin chei elle... assassinée par des brigands qui l'ont brûlée... elle et sa chaufferette... et qui saiH doute ont volé beaucoup d'argent. . . On ne sait pas encore...

mais la justice prend dci firmes, comme oa dit...

— Ah! mon Dieu!

cel'.e pauvre dame...

Et a-t-on arrêté l'assassin, au moins?

— Eh , mon Dieu , non... Mais, voyez-vous, il faut que ce soit quelqu'un du quartier..., qui connaît la maison ; car on n'a vu aucune infraction aux portes, ni aux meubles.. C'est égal, on soupçonne dcjà plusieurs individus...

entre autres un garçon marchand de vm, qui Jcpuis longtemps n'avait pas le sou, devait i tout le monde, cl qui, ce matin déjà, s'est a- ! iieté un cig.u'e de cmq bOUs!..

— Cest bien effrayant tout cela... Estce qu'il n'y a point de portier dans la mai.son où demeurait cette pauvre dame?

— Si, monsieur, il y ,a un portier... et qui n'a rien vu... Voilà ce qui rend le crime plus étonnant... Oh! s'il n'y avait pas eu de portier à la maison, vous comprenez que les brigands auraient loul dévalisé.

Théophile est lort inquiet , lors<|u'il songe qu'un ass.issiiial a eU commis tout près d< chez lui; il pense qu'oa pourrait bien aussi vouloir le piller, lui dont les dehors annonceiii faisance: il se renroolie do sortir toujours ln>p bien mis, et ce jour-l.\ U défend à son domestique de cirer ses botles et de brosser son liabil Cependant, pour rentrer chez lui, Theoqhile avait toujours de quoi se procurer de la lumière: un rat de C'xve et des allumelles phosphoriqucsiuvec-:ela il entraildans son allée, non pas sans éprouver encore une certaine éiuolioii, mais entin il ne se cognait p.us la têle à la muraille. , .. . -, „,a

11 Y avait qiiaire jours à peine que sou frotteur lui avait conté l'évènemeu'. arrivé à madame l'rolilant, lorsque Thophile, qui a voulu se distraire, va à une ivpièsenUition exiraordiniire à un théâtre du boulevard du Temple, et le specUcle ne linit qu a prôl d'une heure du iiKUiu. ,,., . , ,

Nolicvcufqui s'amusait n'a pas regardé Iheure; maiscjisortaut

Blotti dans lo coin de la muraille mii lui sert d'ap[>ui, il demeure là sans bouger, s.ins remuer, jusqu'au point au jour.

UN MONSIKUll 'rHÊS-TOL'IlMKNTft.

lorsqu'il consulte sa montre, il est pétrifié, désolé d'ètri' dthoi» si laiti, etil se met à courir sur les linii'.cvards pour arriver plu» lot chez lui, en se disHut: Je sais liici) qui' iiinii portier ne lue ;,'r(iuiluru pas... que je puis rentrer ù l'Iieurc que je veux... c'est é|,'al, c'est iin|irudciit... Les b()ulevard6,ony reiicuutïe du. inonde.... mais la rue de* fou nielles est très-déserte.

Tliéojdiile arrive enfin cliei lui, tiiut en sueur, tont en nage, quoiqu'on l'ut au mois d'avril lls'arrète devant smi allée et s'apprête îi s'éclairer; il se talc, se fouille; il trouve liien son rat de cave, mais il n'a pas sa boîte d'allumettes; il itfoiiill« en vain dans toutes ses iioclics. A-t-il oublié sa boite ou, ce qui est probable, l'a-t-il fait tomber en pieuanl plusieurs fois son nioUL-lioir? Ce qu'il y a de positif, c'est qu'il ne l'a pas, et qu'il lui faut entrer dans son allée sans y voir clair.

U ouvre le secret, puis ii hésite; ce qmest arrivé à sa voisine lui retient à la inémoirc. Cependant, il ne veut pas coucher dans la rue, car il est en sueur, la nuit est (rcide, et il sent bien que cela lui ferait du mal. Le pauvre Tliéophile urend, comme on dit vulgaireiiieiil, son courage à deux mains. 11 se décide ; il pénètre dans l'allée, il marche très-vite, il arrive à l'escalier, il monte quelques marches... Tout àcoup il s'arrête, il a entendu du bruit au-ilessus de lui: il attend, il écoute... plus rien. Cependant, il est certain d'avoir entendu quekpie chose. U monte encore quelques marches et arrive au premier : mais alors uii bruit très-distinct a lieu au-djssus de sa tète: c'est ipielqu'iiii (pii descend, mais qui s'arrête quand Théophile cesse de montei'. Celui-ci siuit les forces qui lui manquent; il s'adosse dans l'encoignure de l'escalier et balbutie : Qui est là., qui va là?

Onne répond pas; mais Théophile entend un froissement, conimcsi on s'adossait aussi à la muraille, il se dit: C'est un voleur... un assassin... peut-être le même qui a tué madame l'iotitaiit...il m'attend devant ma porte pour entrer avec moidàns mon logement et me tuer ensuite... Quelle iiorrible situation .. si j'avance, je su'smort...

EtTlieuphile murmure encore: Qui est là?. ..répondez,. .ou je fais feu.

Maison ne lui répond rien ; seulement, il entend de nouveau un bruit sourd dont il lui est impossible de se rendre compte: ses forces l'abandonnent, il se laisse glisser sur ses genoux, et, blotti dans le eoiii de muraille qui lui sert d'appui, il demeure là sans bouger, sans remuer, jusqu'au point du jour.

Mais eufm les ténèbi-essedissipent.Théophile, quiressentdesdoiileurs horribles dans tous les membres, et qui ne sait pas s'il aura la Ojrce de quitter la po>ition qu'il a gardée toute la nuit,alterd qu'il fasse tout à fait jour pour regarder au-dessus de lui. Lorsquentin ce moment est venu, il lève les yeux et aperçoit, à huit marches au-dessus de lui, dans une encoignure pareille à celle qu'il occupe, un gros rauiche noir |ui s'est blotti là, comme lui, mais qui s'y est profoniéuieut endormi.

— C'était un chien ! s'écrie Théophile en tâchant de se relever ; c'était un chien'... Je ne m'étonne pas s'il n'a pas répondu uuand j'ai il it : Qui est là?... Mais à qui peut-il être, ce caniche ?

-~ A moi, dit une grosse voii. Et un homme en blnuM e^ I barbe descend alors l'escalier et vient caresser le caniche en lui disaat : Ah! polisson de Turc... vous avez été gourmand hier... vou» avei Volé le souper à votie maître... aussi, vous avez couché dehors... c'est bien l'ait , cela vous apprendra... Je suis sur, monsieur, qu'il ne vous a ps fait de mal , car il c-t doux comme un mouton.

— Non I oh ! il ne pi'a point faitle nioindro ma., répond Théo phile en montant riiez lui.

— Koiijonr, monsieur... Turc, faites le beau devant monsieur.

— Oh ! merci , c^' n'est pas la peine... je n'y tiens pas. Théophile rentre chez lui en se disant : .Moii il a l'air d'un (nrl

brave liunime cet individu à barbe... El dire que j'ai pa>^aé la ntni dans l'csealier... croyant qu'un Toleiir me guettait... Aa! décidément, il est écrit que ic passerai ma vie à faire des béti3<;s.

Le frotteur , en arrivant dans la journée faire le ménage de Théophile, lui dit d'un air tout penaud :

— .Monsieur. . vous savez sans doute qu'on a découvert 'l'assassin de madame Profitant ..

— Eh ! non, je ne sais rien, répond Théophile, qui se sent mal à son aise. Vous in'ennuvez avec vos histoires... vous savez toujours des nouvelles alarmantes... laissez-moi en repos, je suis malade.

— Monsieur, l'assassin de madame Profitant, c'est sa chaulTerettc... On a eu la meuve que c'est sur sa chaufierctte que cette pauvre dame a trou.e la mort .. en brûlant sa chemisa.

— Que le diable vous emporte, frotteur, vous et vos crimes imaginaires! Vous m'avez encore mis martel en téta avec vos récits.., et vous êtes cause... que j'ai une fièvre de cheval.

Le pauvre homme disait vrai ; car lors(|u'on a eu eitrèracraent chaud, qu'on a couru, qu'on est en sueur, on ne passe point inpuiiémeut une nuit froide blotti dans un escalier.

Théophile s'est mis au lit très en colère contre .son frotteur, qu'il se promet de renvoyer aussitôt qu'il sera guéri , mais la fièvre augmente . et le médecin, qu'on a fait appeler, reconnaît une Quxion de poitrine.

Théophile a fait prévenir son ami Badmet, qui accourt le voir cl qui, le trouvant très-malade, veut faire avertir mademoiselle Amaoda . qui est devenue madame Dupuis.

— Ne dérange pas ma fille , ditle malade, elle n'est pas à Paris: il faudrait qu'elle ipiillàl la eampagne qu'elle habite... et elle arriverait trop tard... Quant à mon fils... il est aux grandes Indes... il arriverait beaucoup plus tard...

Badinet essaie de rassurer son ami sur son état. Mais dans la soirée le pauvre Théophile sent bien que ses forces rabandonneut. Alors, il presse encore la main de son vieil ami , en lui dsant :

— Ne me plains pas, Badinet : tu sais que je n'étais pas né sou« une heureuse étoile... Le bon Dieu me rapnellt àlui, tant mieux; car je vais dans le seul endroit où l'on ne soit plus tourmente.

FLN D'Uis Mo^isll■;lJii.î'Iil•:s-TOUR^fE^T?

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