‹ MoustacheChapitre 51 sur 281 · I. — LE VZLULGB DE : VAS-T-VOIR · texte numérisé non relu

I. — LE VZLULGB DE : VAS-T-VOIR

Prenez un village aux environs de Paris ; jirenez-le où vous »oudrcz, pourvu que ce soit un village un peu considérable, renfermant, outre les nombreuses et rustii|ues habitations de paysans, de jolies maison â boiirf^'coiscs, où l'on a très-cbaud l'été et très -froid l'hiver; puis ayant dans ses environs (pii'lques promenades agréables, i;n soupçon de bois, djes points dn vue plus ou moins pittoresipics, quelques carrières qui simulent des accidents de terrain, ini gazon, sur lequel je ne vous coi^cillerai pas devons rouler avant d'avoir examiné la i)lace ; enlin tout ce qui l'ait le charme d'une campagne située aux environs de Paris. Maintenant, figurez-vous la plupart des maisons bourgeoises habitées par des petsonnes-qui aiment vraiment la rampagne ; par des négociants qui viennent s'y reposer du tracas des dd'aii'es ; par des artistes qui ont besoin d'oublier quelquefois les plaisirs bruvants de la capitale, qui trouvent au milieu des champs de nouvelles mspirations,et se Uattent d'y pouvoir travailler sans être visités et interrompus ; puis, par quelques couples encore amoureux qui reeberelienl la solitude, le calme, le silence, parce que le bonheur et l'amour ne ^ont jamais plus vils que quniil ds sont caches. A pré>ent que vous vius êtes figuré tout cela , je n'ai pas besoin de vous dire conuu(!ulon passe le temps dans ce village. Toute la semaine les paysans travaill'Mit, bêchent, labourent, ensemencent. Quand vient le dimanches les vieux vont au cabaret, les jeunes vont faire danser les filles, en se réimissant sur mie iietiie i>lai',c que l'on appelle le bal, parce qu'elle est entourée d'un treillage et ornée de quelcpies douzaines de chaises, et que, lorsqu'il fait beau temps, un violon aveugle yjoue,à tour de bras et avec plus ou moius de variations, les quadrilles qui ont déjà fait sauter toute la capii.ile.

Quant aux habitants des niais(]ns bourgeoises, dans la semaine vous les apercevez quelquefois dirigeant leurs pas vers les promenades les plus solitaires. Les hommes ont la simple blouse et la casquette ; les femmes, le grand, l'immense chapeau dans sa forme primitive, sans même un ruban pour l'attacher à son cou. Ces gens- là ont quitté Paris pour être à leur aise, pour tâcher de connaître un peu cette chose dont tout le monde parle et (|uc si peu de personnes comprennent, la liberté. D'après cela, vous devez penser que les bourgeois de ce village se voient peu entre eux; la société entraîne toujours après elle mille sujétii>us. Si, à la campagne, vous vous liez avec tous vos voisins, vous serez encore moins libre qu'à la ville; on viendra tous voir dans la matinée, dans le jour, et puis enecue le soir. Pour admirer votre jardin, on vous forcerai vous y promener lorsque vous voudriez ne pas ipiitler votre chambre; pour von- la distribution de votre maison, on vous ohligeia à y rentrer lorsipie vous comptiez r*-ter à travailler dans votre jardin.

Il est donc plus sage de se borner aux simples politesses d'usage, à ces saluts renqilis d'aménité qu'on ne se l'ait iiu'à la campagne , et à ces petites questions sur l'état de la santé et l'incertitude du temps , qui ne peuvent jamais vous compromettre. C'est ce que faisaient la plupart des citadins devenus campagnards. La lecture, le travail, la promenade, quelques petites causeries où l'on plaisantait fort innocemment sur son voisin : tels étaient les pfaisirs que l'on goûtait dans ce village, où chacun, iiaysaiis, niareliandset bourgeois, seiiihlait sati>l'.iit de son sort Mais voilà (pi'uii beau jour une fort jolie maison du villagi' est vendue par son propiietaiie à un certain .^l. Du hautbois. Et ce M. Dnliautbois y arrive avec une immense famille, une femme, trois filles, deux tantes et une infinité de cousins : sans compter une carriole qui peut à la rigueur passer pour un char-àbancs. Tout aussitôt, et comme par enchantement, un changement subit s'opère dans le village : le bruit remplace le silence, le mouvement succède au calme. D'abord, on voit aller, venir, courir, des personnages nouveaux ; ensuite, c'est le maçon, c'est le menuisier, puis le serrurier, qui ont un air alVairé, presse ; ce sont les traiteui-s de l'endroit qui fout balayer le devmit de leurs niaiscuis. Enfin les moins curieux ne peuvent s'empèiher de se demander entre eux :

— Qu'est-ce qu'il y a doiii- dans le village? — Qu'est-ce qui se passe?...-— Pourquoi tout ce mouvement? — Vous ne savez donc pas ! la maison delà veuve Tricot (^st vendue, le nouveau prop ictaire est »enii l'habiter...

C'est un nonuné Dnhanibois;... il aune grande famifie...: trois demoiselles, dont deux ne sont imsnial... une femme encore tivsfraiclie et des cousins lashioiuuiles!

— Eh bien , qu'ost-ce que cela nous fait , tout cela* — Ci' M. Pu hautbois est ri(he,à ec qn il parait ; il l'ail iléja bouleverser loutilnns sa propriété : il fait bAtir, démolir, arracher, planter. — Oh I il veut 'aire bien des embellissemenls à sa maisiui. — Je lui souhaite beaucoup de plaisir. — Il occupe déjà le maçon, le menuisier... Tenez,

il occupe aussi le traiteur, car c'est chez lui que l'on port« des goojons et des beignets. Ce sont des gens qui vivent très-bien. Celui qui a fait ces questions rentre chez lui en se disant : Un nouveau propriétaire est bien le maître de faire ce qu'il vf-m dans sa maison; je ne vois pas pourquoi cela met tout le village en émoi !

Cependant, le lendemain, le traiteur le plos renommé de l'endroit s'arrête devant lademeure d'un de ses confrères ; le garde cbanipotrc , deux ou trois messieurs et quelques paysans viennent se grouper autour d'eux, et la conver.-ation s'engage.

— Savez-vous que not' pays va devenir joli? — Joli ! comment l'entendez- vous? — C'est-à-dire que nof endroit va s'cmliellir...; c'e^t le nouveau propriétaire.... .M. Diihautbois, qui a dit ça... En v'ià un crâne d'homme!... — C'est dc> gens riches, n'est-ce pas? — Je crois ben!... il fait faire deux pignons superbes sur le côié de son jardin...

C'est lui qui m'a dit que le pays allait changer...: il m'a engagea augmenter ma carte du restaurant, à y ajouter des rosses de bifdans le genre anglais, parce qu'il va venir tiien plus de monde par ici.

— Mais il trouve que la grande route est sale, mal cntrel*ni!e... Il dit que si chacun sablait devant sa porte, ce serait bien plus gentil... — Tiens, il a raison ; à la bonne heure, v'Ià un homme qui .s'occupe du pavs. . ça ferait un fameux maire, tout de même. Je v.is sabler, moi. — Moi'je vas engager monsieur Richonnard, dont la maison donne sur la route, à sabler au^si.

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