IL — I.E GARDE CHAMPÊTRE
Le garde champêtre s'arbeniine vers une pi tite maison d assez n."desle apparence. C'e;\t la demeure de .M. Rirhonnard, aiic-ien négociant, homme froid, tlegmatique, méthodique, qui se lève, se couche, mange, lit, travaille iiu dort à heures fixes, et ne veut jaiuais rien changer à ses habitudes. Madame Richonnard- est une petite femme d'une corpulence énorme, qui est trop paresseuse pour avoir une volonté et contrarier son mari. Son plus grand bonheur e-l de passer la journée en camisole et de ne point mettre de corset. Le garde chauipêlre entre dans le jardin. M. Hichonnard taillait s»'S arbres. Il av.iit acheté un sécateur, tenait à s'en servir ; il s'était dit que de midi à une heure il taillerait dans son jardin, peu lui iiupt.irtait que ce fût nuisible ou nécessaire à ses arbres; de midi à une heure M. Richonnard coupait des branches. Le garde chani|kHre s'avance, portant la main à son chape;rti, qu'il n'ôle pas, p.arcc ipi'im garde champêtre est une autorité, etipie les autorités ont le droit de ne pas être polies. M. Richonnard ne se derangf pas, il continue à jouer de son sécateur sur toutes les branches qui ont le malheur de se trouver sur son passage, pendant que le garde entame la conversation.
— Salut, monsieur Richonnard, madame et la compagnie, sauf vot' respect.
— Bonjour, monsieur Lagrappe.
— Et ça va bien ce matin... toute ta compagnie, sauf vol' respect.
— Cela va parfaitement. Qu'est-ce qui vous amène ?
— Je vas vous dire... Ah! prenez garde, monsieur Richonnard, vous coupez là une branche qui était bonne.
— Qiri-.t ce que cela vous fait?... esl-ce que je ne puis i«s tailler nii s arbres comme je l'entends ?...
— C'est jii?te I... mais... c'est que... i'm' semble ausa que ccn'csl pas la saison pour tailler .. sauf vof respect.
— Monsieur Lagrappe .. faites moi le plaisir de vous mêler Je vos afiaires .. Je ne Vais pas insiH'cler les branches de giosiilliers que l'on casse dans vos champs, ni.ii.
— ("était par manière de parler. ..Pour lors c'eslau sujet Je l'idée nouvelle ipie M. Duhaulbois nous a donnée,
— M. Duhaulbois I Depuis queU|UHs jours je n'oiilcnJs que ce nom résonner à mes oreilles.
— N'est-ce pas cograïul monsieur blond qui porte des besicles, qui parle à tout le monde, qui appelle tous les Ijiiileurs ses ellfJlll^? dit madame Richonnard en s'elend.uil sur son baiio de gazon.
— C'est lui-même, sauf vol'resiiecl.,. un bel homme, qui parle joliment ! il iwrle une heure .sans s'arrêter. C'e.sl un homme qui a la tète farcie d'idées... il n'y a ps longtemps cpi'il e>t d.uis lo juvs, et il a déjà remué tout le nroiiilo... il est pour le piMgiès, sauf vol' respect .. et puis il est popiilaiie comme les cinq doigts cl le i)iHiri\..
C'est ça lin homme qui ferait bien iiol' aiVairc couuue gouveruemciU de l'eiiilioit!
— Est-i-o que vous n'avez («is déjà un maire?
— Ali ' si, mais tm le change l'iuiiiée pixicliainc... c'e.--l-àdiro on ronoiuuiâ quelqu'un.
i;n MovsiKifM nnr vkttt Rtok m.miie.
— Eh liien, enfin, où voulez-vous on vonir aïi-c votre M. liuliautbois?
— C'est une ulre qui lui csl venue pour IVmbellissenieiil du pays, que cliacun sable devant sa porte... ça égalisera la route (Hjurle coup d'u'il!
— Allez donc vous promener ! je np sablerai pas ; le devant de ma maison est bien cointne il est... D'ailleurs, est-ce que cela regarde ce inoiisicur ? ,
— Ah! c'était pour l'embellissement... Vous coupez encore une bonne branche là...
M. Richonnard jette un regard d'indignation sur le garde et continue de tailler. .M. Lagrappe se décide à se retirer en se disant :
— C'est égal, quand il verra que tout le monde sable, il fera omme les autres.