‹ MoustacheChapitre 55 sur 281 · LE VOLEUR VERT ET BLEU · texte numérisé non relu

LE VOLEUR VERT ET BLEU

Après avoir marché quelques minutes, M. Flànanville aperçoit da monde rassemblé , tous les yeux sont fixes sur le troisième d'une maison. Les uns disent :

— H y est!

Les autres :

— Il n'y est plus!

— Je crains cpi'on ne parvienne pas à le prendre. . .

—Oh! quel dommage 1 Tout à l'heure il y a un monsieur qui était sur le poirilde mettre sa main dessus, lorsqu'il s'est encore échappe.

M. Elânanville s'i-si glissé parmi les badauds; il écoute ce qu on dit, et lorscpie son ûls lui demande ce qu'il va, il lui répond :

— Il paraîtrait que c'est un voleur qui s'est sauvé et que l'on voudrait rattraper. . .

— Oh ! un voleur I Comment est-ce donc fait, papaî

— Ehl mon Dieu I mon cher ami, c'est fait absolumeul comme tout le monde. . . Cependant Lm-ater prétend qu'ils ont quelque chose dans ies yeux. . . de plus dilaté. . . Quand j aurai le temps je te ferai étudier Lavater. Au reste , nous pouvons nous informer. . . Madame. mille pardons, mais celui que Ion cherche a-i-il l'air farouche?

La leiiime à qui .\I. Flànaiiville adressait celle question était coiffée d'un immense chapeau de paille qui pouvait au besoin servir d'auvent; elle portait à son bras gauche un vieux cabas d'où surtaient deux queues de merlan. Elle repond en surtaiit de son caba» un vieux mouchoir rouge plein de lab ic :

— Jlais, monsieur. . . pour farouche, oui, il a l'air pas mal farouche; mais, du reste, ahl il est bien gentil!

— Ah ! il est gentil. . . il est donc jeune?

— Je ne sais pas son 'igc, mais il est tout vert et tout bleu.

— Ah! papa! tu ne m'avais pas dit que les valeurs étaient ver's et bleus , s'écrie Anastase.

— Ma foi, mon cher ami, c'est que je n'en savais rien moi-même .

Il faut que ce soit une nouvelle mode. . . On voit des choses si singulières dans le monde! Par exemple, les dames du Japon se doreni les dents, et celles des Indes se les rougissent. Les dents les i lus noires sont estimées les plus Lelles dansla Guzuralte et dans quel.; . ■> endroits do l'Amérique. Dans le (iroênland, les femmes se t>eisin::i le visage de bleu et de jaune. Quelque lelni frais que puisse avoir une Muscoviie, elle se croirait laide si eilo n'etaii pas couverte ri>' fard. La (letitesse des pieds n'a pas d'agrément pour les Chinoises, s'ils ne sont petits comme ceux des chè\res. D.uis t'ancienno IVise', le nez aquiliu était juge digne delà roy.iuté. Les mères 1 eciaseiit dan^ certains pays à leurs enfants. Les Tiii-cs el les Anglais aiireiit les cheveux roux. On a mis de la poudre dans la coiffure, de maïucro à la rendre enliéiCMU'nt blanche.

D'aurès cela je ne \ois pas pourquoi les voleurs n';iuraienl point adopte un costume \ert et bleu... ça me paraît assez logique.

M. FlAnan\ille regarde la femme, quia replacé sou "mouchoir, sur ses merlans, el reprend .

— A-t-onété cheixher la garde?

— Pourquoi faire, la garde''

— ilîais uour U'icher de l'arrêter. . .

— Ah! il se moque do la garde.

— Par où donc s'est -il sauve?

— Par cette feuèire du troisième.

— Ah! mon Dieu I il faut élre bien haroi.

— Il a volé ensuite au quatrième el dans les mansanles.

— Il paraît qu'il a volé dans loule la imtisou. ce gaillard-la I

— Mais dans ce moment ou ne l'aiH'iyoil plus.

M. Flânanvillo regarde eu l'air. Sou lils ca I it autant, lis iie >-ou lent pas s'ôloignor sans avoir vu arwiier lo voleur vert et bleu. Au bout d un certain temps tout le luoudo s'eirie ;

— Il est là I sur l'arbro I

Aussiioi un gamin grimpe sur l'arbre , eu disant :

— le l'aurai!

El M. FWnanville dit à sou fils •

— Voilà un gamin qui s'expose beaucoup, cest uu irait de ceu-

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