LE VOLEUR VERT ET BLEU
Après avoir marché quelques minutes, M. Flànanville aperçoit da monde rassemblé , tous les yeux sont fixes sur le troisième d'une maison. Les uns disent :
— H y est!
Les autres :
— Il n'y est plus!
— Je crains cpi'on ne parvienne pas à le prendre. . .
—Oh! quel dommage 1 Tout à l'heure il y a un monsieur qui était sur le poirilde mettre sa main dessus, lorsqu'il s'est encore échappe.
M. Elânanville s'i-si glissé parmi les badauds; il écoute ce qu on dit, et lorscpie son ûls lui demande ce qu'il va, il lui répond :
— Il paraîtrait que c'est un voleur qui s'est sauvé et que l'on voudrait rattraper. . .
— Oh ! un voleur I Comment est-ce donc fait, papaî
— Ehl mon Dieu I mon cher ami, c'est fait absolumeul comme tout le monde. . . Cependant Lm-ater prétend qu'ils ont quelque chose dans ies yeux. . . de plus dilaté. . . Quand j aurai le temps je te ferai étudier Lavater. Au reste , nous pouvons nous informer. . . Madame. mille pardons, mais celui que Ion cherche a-i-il l'air farouche?
La leiiime à qui .\I. Flànaiiville adressait celle question était coiffée d'un immense chapeau de paille qui pouvait au besoin servir d'auvent; elle portait à son bras gauche un vieux cabas d'où surtaient deux queues de merlan. Elle repond en surtaiit de son caba» un vieux mouchoir rouge plein de lab ic :
— Jlais, monsieur. . . pour farouche, oui, il a l'air pas mal farouche; mais, du reste, ahl il est bien gentil!
— Ah ! il est gentil. . . il est donc jeune?
— Je ne sais pas son 'igc, mais il est tout vert et tout bleu.
— Ah! papa! tu ne m'avais pas dit que les valeurs étaient ver's et bleus , s'écrie Anastase.
— Ma foi, mon cher ami, c'est que je n'en savais rien moi-même .
Il faut que ce soit une nouvelle mode. . . On voit des choses si singulières dans le monde! Par exemple, les dames du Japon se doreni les dents, et celles des Indes se les rougissent. Les dents les i lus noires sont estimées les plus Lelles dansla Guzuralte et dans quel.; . ■> endroits do l'Amérique. Dans le (iroênland, les femmes se t>eisin::i le visage de bleu et de jaune. Quelque lelni frais que puisse avoir une Muscoviie, elle se croirait laide si eilo n'etaii pas couverte ri>' fard. La (letitesse des pieds n'a pas d'agrément pour les Chinoises, s'ils ne sont petits comme ceux des chè\res. D.uis t'ancienno IVise', le nez aquiliu était juge digne delà roy.iuté. Les mères 1 eciaseiit dan^ certains pays à leurs enfants. Les Tiii-cs el les Anglais aiireiit les cheveux roux. On a mis de la poudre dans la coiffure, de maïucro à la rendre enliéiCMU'nt blanche.
D'aurès cela je ne \ois pas pourquoi les voleurs n';iuraienl point adopte un costume \ert et bleu... ça me paraît assez logique.
M. FlAnan\ille regarde la femme, quia replacé sou "mouchoir, sur ses merlans, el reprend .
— A-t-onété cheixher la garde?
— Pourquoi faire, la garde''
— ilîais uour U'icher de l'arrêter. . .
— Ah! il se moque do la garde.
— Par où donc s'est -il sauve?
— Par cette feuèire du troisième.
— Ah! mon Dieu I il faut élre bien haroi.
— Il a volé ensuite au quatrième el dans les mansanles.
— Il paraît qu'il a volé dans loule la imtisou. ce gaillard-la I
— Mais dans ce moment ou ne l'aiH'iyoil plus.
M. Flânanvillo regarde eu l'air. Sou lils ca I it autant, lis iie >-ou lent pas s'ôloignor sans avoir vu arwiier lo voleur vert et bleu. Au bout d un certain temps tout le luoudo s'eirie ;
— Il est là I sur l'arbro I
Aussiioi un gamin grimpe sur l'arbre , eu disant :
— le l'aurai!
El M. FWnanville dit à sou fils •
— Voilà un gamin qui s'expose beaucoup, cest uu irait de ceu-