LA JOURNÉE D'UN MONSIEUR QUI N'A PAS LE TEMPS
raj:o qui lui fera honneur... Gravo-lo dans Ion cspiit, Taiiasel iJiiMitôt le gamin redescend de l'arbro eu criant • "- Ji' lo tiens I En I (Tel, il leiiaitdansunemainunfnrt beau pcrro]uct vert et bleu.
— Kli iiuoil s'écrie M. Fl.'inanvillo, il s'ayissait d un perroiiuull . .. Anastaso, nous somnies /loués.
— Qu'est-ce que cela veut dire, papa?
— Cela veut dire : tromjié, attrapé, f.iit au m(^mo; c'est un affreiijc mot dont il ne faut minais te servir. . . Allons , en route. . .
Alil voilà Dupont... bonjour, Dupont... Comment se portent ta eiiime, ta tille et tes trois chiens, Dupont"' Tues miiigri, Diiiiont. e te trouve» lo fond des yeux jauno , est- ce que tu couves une nia-
dieî...
Le monsieur auquel Flânanville s'est adressé essaie de placer quelques paroles.
— Tu ne viens pas me voir. . . Je comptais sur toi pour avoir une recomniand<ition près d'un chef de bureau que tu connais. . .
— Mais, moucher, est-ce que j'ai le temps! . . . Demande à Tanase si j'ai un moment ii moi dansla journée. . . des affaires par-dessus la tète!
lit M. Flânanville bavarde pendant trois quarts d'heure dansla rue ;ivec son ami Dupont. C'est celui-ci qui le quitte, sans quoi il cauiCrait encore.
Le père et lo fils se sont remis en marche. , Tout à coup M. Flânanville s'arrête en regardant en l'air et s'écrie
— Le feu ! Is feu ! il y a le feu dans cette maison !
C'est dansla maison derrière celle-ci... Oh! sentez-vous l'odeur de la suie!... C'est un feu de cheminée, mais ils sont parfois fort dangereux. Anaslase , reste là, je vais chercher les pompiers.
Et M. Flânanville planic son fils au milieu do la rue, court s'informer où est le poste de pompiers le plus voisin , et s'empresse d'aller requérir leur secours. Bientôt il revient avec une escouade de pompiers, qui traînent avec eux leurs pompes, parce qu'on leur a dit que le feu était violent. Ils frappent à la maison que Flânanville leur ( indii]ue. Celui-ci dit au concierge :
— Clu'z qui le feu?
— Quel feu?
— Celuiqn on voit d'en bus; la fumée s'élève derrière votre maison.
— C'est lo tuyau du four de l'abrii|ue de porcelaine, c'est tous les jours comme cela, il n'y a pas le moindre feu.
M. Flânanville se pince les lèvres.
Les pompiers le regardent de travers, il s'esquiveet cherche son fils.
Ce ri est qu'au bout d'une heure qu'il parvient à découvrir son rejeton dans la boutique d'un pâtissier. Il paie la galette que l'enfant niangeait pour passer le temps, et se remet en route avec lui en s'écriant :
— Fichtre! ne nous amusons pas en roule! Nous avons alTaire au faubourg Saint-Germain, nous sommes en relard.
J'ai envie que nous prenions un cabriolet pour nous hâter. . . en voilà un qui passe. . . Oh! eh! cocher. . . Oui, arrêtez.
M. Flânanville et son fils montent en cabriolet. Le jeune Anastase est très- joyeux d'aller en voiture, et son père se dispose à lui raconter l'origine des cabriolets qui , suivant lui , ont commencé par des brouettes, lorsque tout à coup il s'interrompt pour dire au cocher :
— Ne prenez pas par là, c'est le plus long.
Prenez cette petite rue, nous biaiserons, c'est le plus court. — Mais, monsieur, par cette rue-là il y a presque toujours des embarras de voitures, et on est quelquefois obligé d'attendre longtemps.
— Allez donc, je vous réponds de tout.
Le cocher cède aux désirs de son bourgeois, mais, ainsi qu'il l'avait prévu, en tournant devant Saint-Eustache , il est obligé de s'arrêter derrière un fiacre . qui est arrêté par un milord , qui a devant lui une charrette, qui est derrière une citadine, qui est accrochée à un tombereau chargé de pierres, et le tombereau , en voulant aid er la citadine à se décrocher , s'est tourné en travers , de manière que ce qui restait de passage dans la rue se trouve barré, et que sur une seconde file on aperçoit un porteur d'eau, un camion, un fiacre, un omnibus et plusieurs cabriolets qui attendent leur tour. Le cocher ■ iiii mèneM. Flânanville jure d'une façon très -énergique, en s'écriant :
j — Là! qu'est-ce que j'avais dit! Ça ne manque jamais par ici.
I — Oh! cela ne va pas être long, dit M. Flânanville.
Cinq minutes s'écoulent. Au lieu de se détacher, les deux voilures semblent plus empêtrées que jamais l'une dans l'autre, et quelques voitures de derrière avant voulu essayer d'avancer, ont encore augmbi.tb l'embarras en diminuant l'espace nécessaire pour parvenir à décrocher celles qui se tiennent.
Le cocher jure plus fort. M. Flânanville lui dit :
— Au f.it, je crois qu'il vaut mieux retourmer et prendre un autre chemin.
L'automédon met sa tête en dehors de la capote et Jure à faiw tomber la foudre , en murmurant :
— Oui , retournez donc à présent I . . .
Plus de vingt voitures deri ine nous, nous sommes bloiuést Nous v'Ià ICI jusqu'à ce soir... iium d un nom! d un nom! d'un nom'
M. Flânanville regarde à son tour.
La rue est entièrement encombrée de voitures, de porteurs de mouilles, de brancards, de maraîchers; enfin, de gens à pied et à cheval, qui attendent que le passage soit rétabli , et à chaijue minute la bagarre augmente, parce que, dans ce quartier populeux et très -fréquenté, les curieux, les b.idauds et les oisifs viennelit en eoie augmenter l'en' ombrenienl , it qu'il arrive toujours de nouvelles voilures par devant et par derrière.
Bientôt les cochers s'impatientent, les charretiers se tr.;lt,:nt ei colère, les porteurs de brancards les injurient, les voituricrs '.eui repondent; souvent les piétons preunent parti pour l'un ou pou. l'autre, lous le monde crie et on entend ces phrases :
— Dis donc, toi, là-basi . . . est-ce que lu vas nous faire cou cher ici?
— De quoi qu'il se mêle, celui-là. . .
— Est-ce que tu nous apprendra» not' métier, malin? —Si vous aviez ap])uyô un peu à gauche en faisant reculer le po^ leur d'eau , on aurai! pu passer.
— Voyez-vous cha! qu'est-ce (jua voûta que je recula, celui-!. ' pour que mon tontia il soya brisa.
— As-tu fini, charabia !
— Allons, fichtre I charretier, finissons-en I
— Laissez au moins un peu de place pour les piétons, ils vont nous écraser tous!
— Gnia pas de danger!
Passez donc, ma petite mère, faites vous-même.
— Si celle dame passe là , le tonneau pourrait bien y passer. . .
— Eh! ch! chl
— 11 faut avouer qu'il y a des gens bien manants, bien grossiers.
— Veux- tu faire ta coloquinte - toi , là bas. . .
— Eh hû!... eh hù, dia! . . . hû dia. . . bù dial ... sacré mille. .. Ici les jurements deviennent tellement énergiques,- que M. Anastase a peur et se met à pleuier en disant : Je veux m'en aller.
— Tu as raison , mon fils. . . D'ailleurs je no puis pas voir fuuet-i ter une biîle comme cela, ça me fait mal.
Tenez, cocher, voilà vingt sous. . . nous descendons.
Et M. Flânanville descend du cabriolet avec son fils, sans écouter les cris de son cocher , qui prétend qu'il devrait au moins lui payer l'heure.
Après avoir manqué dix fois d'être écrasé, lui et son rejeton , M. Flânanville est parvenu à sortir de la bagarre; mais il marche au hasard, il ne sait plus oij il va, tant cette scène l'a impressionné.
Enfin le père et le tils se trouvent, sans trop savoir comment, devant l'entrée des Tuileries. M. Flânanville et Anastase traversent le jardin, mais alors le papa veut régaler son fils de la vue des poissons rouges qui sont dans le grand bassin.
Ce n'est qu'après avoir entendu l'horloge du château sonner cim; heures que M Flânanville s'écrie :
— Cinq heures! ah bah!... Pas possible! ... Et ta mère qui nous a dit que le dîner serait servi à cette heure-là. . . Il faut rentrer bien vite...il faut même prendreune voiture pour ne pas être trop en retard.
M. Flânanville quitte à regret les poissons routes; il conduit son fils à une place de fiacres, n'en prend pas, parce que, cette fois, il veut un milord, fait ainsi trois places sans trouver de milord, cl finit par prendre un cabriolet. Il se fait conduire chez lui et y arri.v à six heures passées. Le dîner a été réchaufl'é plusieurs fois; madame est de mauvaise humeur.
— Au moins, dit-elle, j'espère que tuas fait toutes les visites et que tu n'as pas oublié ton oncle.
— Eh! mon Dieul cela m'a été impossible, répond M. Flânanville
— Tu n'as pas été chez ton oncle?
^Ni chez les autres. Demanie à ton fils si j'ai eu le temps, si j'ai eu un moment à moi dans la journée.
Puisque nous avons été obligés de prendre une voiture pour revenir.
— Ahl ça, c'est vrai! dit M. Anastase. Nous avons été /?0!(^i dannos courses. Moi je n'ai pas faim , je n'ai cependant tortillé qu'ur. bouillon et six sous de galette, mais je suis fatigué à eu c/a^/i/er.. aussi j'ai bien envie Aq pioncer!...
Madame Flânanville regarde son fils avec étonnemen t et dit à son mari
— Ah quelle horreur! tju'est-ce que j'entends? Grand Dieut Est-ce là l'éducation que vous donnez à votre fils?
— Parexemplol Je lui ai défendu ces mots-là, au contraire.
— Mais si vous ne les aviez pas dits devant lui. . .
— Ma chère amie, quand on est aussi occupé que je le suis, on ne fait pas toujours attention à ce qu'on dit.
Mais sois tranquille. . . je me iharge de l'éducation d'Anastase.., il faut seulement que j'aie un peu de temps à moi.
Paris. — Tjpograiitiie de Rouge frères, Dunon et Fresné, rue du rour-St-Germain. 43.
LA
MAISON BLANCHE