‹ MoustacheChapitre 79 sur 281 · XI.— CE QUI PROUVE qu'il EST HON DE SAVOIR DANSER · texte numérisé non relu

XI.— CE QUI PROUVE qu'il EST HON DE SAVOIR DANSER

Samsonnac était bien résolu à ne point retourner chez l'homme d'affaires de la rue Saint-ll^-acinthe, cependant il désirait beaucoup rencontrer Jiianita pour avoir des nouvelles de la séduisante Slarseillaite; l'i cet effet, il rôdait fréquemment dans les environs de la demeure de maître Cottentiu. Le hasard ne tarda pas à le servir; une aprèsmidi, il se trouva en face de la sensible EyiaRuole.

— Eli ! c'est noire cher ami IMclchior ; pourquoi donc ne venez-vous plus à la maison ? dît Juunila en tendant la main au jeune homme.

— Pourquoi ? chère dame, |iarce que je me lasse de donner à ce vieux prec de Cottentiu une jiartie de ce que je gagne. Je sais bien que je ne lui donnerai plus rien maintenant, puisque j'ai perdu mon emploi de copiste.

— Couunent ! vous n'êtes plus employé par M. Boursoufflé ?

— Non ! il m'a remercié parce que je me suis permis de rire en le voyant ridiculement all'ublc. Ah ! je suis encore jeune, Juanita, j'ai commis une faute 1 il ne faut jamais rire quand les hommes sont ridicules... il faut les admirer, les aduler, les flatter... Il n'y a qu'un écrivain qui ait eu l'audace de montrer aux hommes leurs ridicules, leur sottise, et de s'en moquer spiriluellément à leur nez et à leur barbe... celui-là est le grand Molière, et encore a-t-il eu bien des peines, des déboires pour arriver à son but. Ceux qui maintenant dans leurs ouvrages essaient de marcher sur ses traces... et il y en a bien peu I... ceux-là qui aiment à rire des sottises des autres, trouvent aussi de nombreux détracteurs... Mais le succès engendre toujours l'envie !...

— Avec tout cela, vous n'avez plus de place...

— Non, et plus de pension, car j'ai vingt et un ans accomplis.

— Cimmenl allez-vous vivre?

— J'ai amassé une petite somme avec mes copies... j'ai du temps devant moi... et puis, à la rigueur, vous savez que je puis ven.ire mes cheveux.

— Oh! ne faites pas cela, vous perdriez tous vos avantages... venez voir maître Cottentiu, il vous trouvera quelque chose.

— Pour que je partage ensuite avec lui ce que j'aurai laborieusement gagné... ma foi non, je préférerais manger du pain sec. Mais parlez-moi de madame Olivette... ma divinité! mes amours! La danse produit-elle toujours son effet dans le ménage?

— Mais non, cela n'a pas eu de durée... M. Olivette s'est habitué avoir dan-ersa femme... et puis, malheureusement, les pas, seul, n'ont point le piquant des pas à deux ; si mon élève exécutait certain joli jias de caractère avec un jeune cavalier, ainsi que cela doit se pratiquer, elle produirait beaucoup plus d'i'll'et. Je gagerais même que cela pourrait éveiller chez ce mari indifférent quelques sentiments de jalousie... car en dansant le cavalier prend souvent la taille de sa danseuse, il la soutient, ou l'enlève dans ses bras, il la regarde amoureusement et de très-près... il lui dérobe quelquefois un baiser...

Samsonnac secoue sa forêt de cheveux et interrompt labayadère espagnole en s'écriant :

— Assez, Juanita, assez!... une idée vient de me surgir, je la crois lumineuse... elle doit m'ètre envoyée en droite ligne par Gupidon I

— En vérité ! quelle est donc cette gracieuse idée?

— Juanita, vous allez me donner des leçons de danse espagnole... vous allez faire de moi un zéphir ! un sylphe... enfin un g.iillard cai>able de danser vis-à-vis de la piquante Marseillaise tous ces pas voluptueux que l'on exécute à deux... Oh! soyez tranquille, j'apprendrai vite, je veux vous faire honneur. J'ai le pied assez bien fait, la jambe pas mal tournée... je m'achèlerai un costume de Figaro... si je n'ai [las assez d'argent pour avoir tout le costume, je m'achèterai toujours la culotte collante et les bas de soie, c'est le principal.

— Ahl vous voulez apprendre à danser... Oh! je veux bien vous montrer, moi, je ne demande pas mieux... mais ensuite, que comptezvous faire ? > i i

— Ce que je compic faire?... Oiinment! vous ne devinez pas, Juanita, vous, femme galante depuis le talon jn^-tprà la racine dca cheveux, vous ci-devant danseuse du Uiand-Tlieitre... vou- ; li conipren<z si bien l'amour cl qui êtes du pays où on le perfeclioi ■ .. Mais une fois que je saurai bien exécuter vos pas espat'iiols, ^ parlerez de mon talent à madame Olivellc, vous lui din-z tout i qu'elle peut produire en <lan«ant avec moi devant son mari.

— Ah! il a raison! il a raison... c'est un fort bon mriyen i vous introduire dans la maison... Comment n'y avons-nous pas plus tôt ?

— l'arce que les bonnes Idées ne viennent jamais i(u'api mauvaises... ce qui cependant me met en contradiction avec c- f.i m \ diplomate, qui dit qu'il faut se délier do sa première id'f, parc c'est toujours la bonne. Mais peu importe qu'elle vienne avaii après, l'esseniiel est qu'elle arrive... vous allez donc me donm i leçons de danse... je vous les payerai, Juanita.

— Par exemple 1 je ne le veux pas... vous prendre votre argent... vous n'en avez pas déjà de trop ! Seulement, quelquefois... un peu de chocolat...

— Un bàlon (le Bayonuc pour cachet, c'est chose convenue...

— Ah 1 qu'il est gentil...

-- Nous commencerons dès demain... Diable! mais où cela... votre corsaire de Cottentiu est capable de me faire payer à lui-même les leçons que vous me donnerez...

— Quant à cela, ce n'est pas douteux.

— l'ouvez-vous venir chez moi, Juanita T

— Je ne |)uis guère m'abseuler, il ne me laisse sortir que pour a<lieter les provisions qui nous sont nécessaires... Où logez-vous?

— Dans le Marais... c'est un peu loin...

— Vous voyez bien que c'est impossible... il se mettrait en fureur si je n'arrivais pas près de lui quand il m'appelle...

— Comment donc faire ?

-;- Attendez : depuis qu'il souffre de la goutte il se lève tard... jamais avant dix heures... Venez de grand matin, et pendant qu'il dormira, nous danserons.

— Bravo! voilà qui est tout h fait andaloux... je serai chez vous à six heures du matin.

— Ohl c'est trop tôt, j'aime à dormir aussi. A sept heures et demie ce sera suflisant, nous aurons encore deux bonnes heures à nous.

— Soit, demain à sept heures et demie je suis devant votre porte.

— N'allez pas sonner surtout!...

— Je gratterai.

— Inutile. Je tiendrai la porte ouverte aussitôt que je serai levée... Ah! une chose essentielle... apportez des chaussons de bal, c'est indispensable pour apprendre à danser.

— J'en aurai... est-ce tout ?

— Ahl si vous aviez une culotte...

— Je n'eu ai pas, mais j'ai un caleçon de bain.

— Ce sera encore mieux, apportez-le; au revoir, à demain. Samsonnac est enchanté de son projet ; de retour chez lui et pour

se préparer à la danse, il se met à faire des bonds, des sauts, des pirouettes ; il renverse sa commode, casse deux de ses chaises, brise son pot à l'eau, mais va toujours son train en se disant :

— Tant pis... je suis en garni!... je dirai que c'est le chat de ma propriétaire qui est entré chez moi.

Le len Jemain, dix minutes avant l'heure indiquée, le jeune homiue était à la porte de maître Cottentin. Elle s'ouvre enfin.

— Vous êtes venu avant l'heure, dit Juanita.

— Ou'importe! Dort-il?

— Oui.

— Alors nous pouvons commencer.

— Il faut d'abord vous habiller pour la leçon.

— C'est juste, ce sera bien vite lait.

Et Samsonnac s'assied et commence à ôter son pantalon.

— Eh bieni eh bien! que faites-vous donc? s'écrie Juanita en mettant sa main devant ses yeux en guise d'éventail, mais eu ayant soin de ne point serrer ses doigts. Vous vous déshabillez devant moi... imprudent I

— .\hl... pardon, c'est sans intention.

— Laissez-moi passer dans la cuisine... quand vous aurez fini, vous me crierez : Fait! ah! fait!... comme à cache-cache.

— Oh! ce ne sera pas long.

Juanita s'éclipse, mais elle revient avant qu'on ait crié : Fait ! Ahl... faiti sous prétexte de chercher son dé qu'elle a égaré.

Lorsque Samsonnac a passé son caleçon de bain, au lieu du maillot de soie espagnol, il n'a à mettre que des chaussettes de fil, ce qui ne s'harmonise pas très-bien avec le caleçon, et n'entre qu'avec peine dans les chaussons de bal.

— A la rigueur, je puis danser nu-jambesl dit le jeune Bordelais en montrant avec orgueil son mollet.

— Non, vous auriez froid, et cela ne serait pas le costume, répond Juanita; mais M. Cottentin a une paire de bas do soie lilaucs qu'il garde pour les grandes occasions, pour les jours où il va cliez les ministres et que par conséquent il ne met jamais... je sais où ils sont, je puis bien vous les prêter.

LA. FAMILLK FRATIJ.ARB.

— C'est juste, an moins ils serviront à riiielquc chose, et ptiis je ne serai pas fAcii6 de faire dnnper les l)ns de mallre Colientin.

Les bas de soie sont ap|)ortés, il? fi)nt boaiicoiip trop larges pour la jaiulju du jeune homme, mais il les atlaclie au-dessus de son pcnou avci; des jarretières que sa maltresse de danse lui prêle en minaudant.

Sa toilette étant enfin achevée, on commence la leçon après aroir eu 'eoIi: de fermer la porte qui donne dans )e cahinel de l'Iioinmc d'affaires, Iciliict cabinet communique à sa cliamhreà oouelier. Quanta la senora 'JiMnita, on ne disait pas où elle couchait.

Li- leçoi] dure près de deuK heures. L'élève voulait encore continuer, mais la maîtresse de danse est sur les dents, et fait observer qi/i.' serait d'ailleurs maladroit de s'exposera ôtrc surpris. Le jeune homme se rliabille lestement, pour que cela aille plus vile, il garde son culcçon de bain sous son pantalon ; il garderait aussi les bas de soie, si Juanila ne jugeait plus prudent de les remettre à leur place.

U'dt jours s'écoulent, pendant lesquels Samsonnac n'a pas manqué flianue malin de venir prendre sa leçon. 11 fait des progrès rapides; le pluç diflicilc était d'acquérir cette souplesse si nécessaire pour bien eïé^uter les danses espagnoles, mais, à force de travail, il y est parven'i. L'amour fait, dit-on, des miracles; le désir de plaire à la séduitanU brune, rendait notre amourcu.K leste et léger comme une plume, il luJ arrivait quelquefois de sauter par-dessus Juanita, qui lui disait:

-^Modérez-vous... pas si haut... vous allez briser le coucou!... voii-i allez parfaitement; vous êtes déjà de force à danser avec madame Olivette; je lui parlerai de vous dès aujourd'hui, en attendant étudiez les caslagnclles chez vous. Encore quelques leçons et je n'aurai plus rien à vous apprendre.

L'' jour suivant, Samsonnac était comme à l'ordinaire allé prendre la leçon.

~' J'ai vu hier madame Olivette, lui dit Juanita, je lui ai vanté votre savoir, votre gr;\ce dans les danses espagnoles, elle désire vous voir. J'ai promis de vous présenter à elle. Trouvez-vous demain ;\ midi sur la plice du Chatelet, et nous irons ensemble chez cette dame.

Samsonnac est ravi, transporté; dans sa joie, il embrasse Juanila; puis il se met sur-le-champ a d.inser. L'espoir du lendemain redouble son ardeur; éleclrisé par les éloges que lui prodiguait Juanita, il lançait ws jambes en l'air avec une vivacité que n'eût point désavouée Esiiiuosa. L'Espagnole sautillait devant lui avec tout le feu de sa première et même de sa seconde jeunesse. Le plaisir qu'elle éprouvait à danser avec un élève du genre masculin, animait ses yeux, empourprait ses joues, et lui fai-sait faire des cabrioles très-agaçantes. Lorsque tout à coup la porte du cabinet s'ouvre brusquement, et maître ,Coltcvitin paraît, à moitié habillé, la tète coiffée d un bonnet de soie noire qui est posé sur l'oreille gauclic, l'air effarouché, les mousta'hcs retroussées, et s'écriant :

— Ah! je ne m'éiais pas trompé!... déjà hier j'avais entendu un bruit... des sauts qui font trembler la maison... An! Ion danse ici... On vient prendre des leçons pendant que je dors, jjrobablement afin de frauder le payement... c'est ce petit Samsonnac qui vient chez moi en cachette... Vertuchoux 1 cela ne m'étonne pas de la part de ce mon- ,8ieur qui osait m'olTrir vingt-quatre sous pour le tiers de ce qu'il touchait chez M. DoursouIOé.

On croira peut-être que la présence de l'homme d'affaires embarrasse Samsonnac, on se tromperait; il ne cesse pas do danser en faisant le lourde la chambre; il continue de lancer sa jambe le plus haut possible, et lorsqu'il arrive jnès de maître Cotteutin, soit hasard, soit exprès, il lui envoie le bout de son pied dans le derrière avec tant de force que le bachelier est obligé de sauter aussi. Mais celle action redouble la colère de maître Cotlenlin. il scji^llcsur Saui.>-oiinac pour l'obliger à rester en place; celui-ci veut coi:tiuuer de danser; dans

lie lutte, une de ses jarreiièrj< se détache, le bas tombe sur ses lis, riioinme d'alîaires reconunît ses bas de soie, ce qui met le

iiible à sa fureur. 11 court après le jeune homme en criant :

— Mes bas, tu as mes bas, drôle!... Ce sont mes bas que lu ne crains pas de faire danser... d'user dans cet e.xercicel

— Eh bien, oui, ce sont vos bas... après? Quel mal y a-t-il? Ils iliiii'iit le renfermé, je leur ai fait prendre l'air.

— Et Juanila me trahit de la sorte! elle prèle mes bas, mes cffels, ■ I- s immeubles... c'est infàm.'l... Ahl elle a disparu, la perfide; clic il .1 pas osé all'ronter ma fiaeur!

L'Espagnole s'était en elTel sauvée dans la cuisine en voyant paraître ' nienaeaut Cotteutin. Cependant Samsonnac s'était enfin arrêté; il

1 aie doter les bas de soie et les jette presque au nez do l'homme . iilaires en lui disant :

— Tenez, les voilà, vos b;is, ne criez pas tant!

— Ahl m.illieureuxl dans quel élat les as-tu mis... il y a plusieurs iiKiillesde [larlies 1 un aceroc au talon! Vous en payerez lo prix, jeune sauleur, ils m'dnt coûté dix-huit francs!

— (,'.a m'est biiMi égal!

— Il f.iul y joindre le prix de vos leçons de danse. A quel taux étiezvous eouviiiu avec mon indigne femme de eonliance?

— Un b.iiser par leçon... mais je n'ai pas pavé. Si vous tenez absolument à ce (pie j" vous embrasse, ç.i me emilera, mais enlin...

— Monsieur Samsonnac, je crois que vous vous moquez de moi. — 11 me semble que j'en ai payé le droit.

— .le eri-.is que vous joignez l'inwiltc .'i la raillerie.

— Rendez-moi l'argent que je vous ai d',.nrié, et je too» portera dans mon eecur.

— Lui rendre de l'argentl Ah! c'est trop fort... je vous enverrai ur huissier, jeune homme.

— Envoyez-moi mon père, ça me fera plaisir.

Samsonnac est parti en riant. Peu lui Importe mainleoant la colère de Collentin, il n'est plus obligé de retourner chez lui, il sattoà trouver Juanila le lendemain.

Ce jour est arrivé qui doit le mettre en rapport direct stpc mH^me Olivette. Samsonnac a soigné sa toilette, il a lif' ■ '•,

parfumé sps cheveux, et bien avant midi, il arpente I i-

telet avec un [letit p.iqiiet sous son bras; parfois il s'ai int

qu'il est en pleine rue, il .s'apprête à exécuter un pa» «-pa^T/'p! , lieurcusement la vue des passants le rappelle à lui-même. Pais enCo Juanita paraît et l'aborde en s'écriant :

— Je suis un peu en retard, maiscen'c?t pas ma faute; mon tyran ne voulait pas me laisser sortir. Il est encore furibond de ce q.i'il a découvert hier... il m'a mise au pain et à l'eau pour tous avoir prêté ses bas.

— Pauvre Juanita! tenez, voilà du chocolat.

— Merci; mais ne perdons pas de temps, rendons-nous bien vile chez madame Olivette, c'est rue Rambuteau... pas très-loin d'ici... venez.

Samsonnac ofl're son bras à la senora, c'était bien le moins qu'il pouvait faire, et Juanila s'appuie dessus en disant :

— Ah ! que c'est agréable d'avoir un jeune cavalier qui n'a pas la goutte! comme on trotte mieux !

On arrive chez le négociant en vins, qui habite une belle maison et loge au rez-de-chaussée au fond d'une cour. Là, sont ses bureaux.

— Si le mari était là? dit Samsonnac à sa conductrice.

— Oh! cela ne f.iit rien. Celte dame ordonne et dirige tout dans sa maison... elle n'a pas peur de son mari. .Mais il est probable qu'elle nous a indiqué une heure où il est absent.

On traverse une salle dans laquelle se tient un vieux commis. La piquante Marseillaise sort d'une autre pièce et vient an-devant des personnes qui lui arrivent en s'écriant :

— Arrivez donc! je vous attendais... suiver-moi dans ma chambre, nous n'y serons pas dérangés.

Parvenus dans la chambre de madame Olivette, celle-ci envisage le jeune Bordelais et s'écrie :

— Tiens! c'est le petit qui venait chez M. Collentin pendant que je prenais mes leçons.

— Oui, belle dame, c'est lui-même, répond Juanita en souriant , tandis que Samsonnac fait une légère moue en s'enicndant appeler 0 le petit. >i

— Et pourquoi n'a-t-il pas dansé avec moi, alors?

— Parce qu'il ne savait pas encore... ce n'est que depuis peu qu'il a appris.

— Pour être en état de figurer devant vous, madame, ajoute Samsonnac en faisant un grand salut.

— Eh bien, voyons cela tout de suite... Juanita va nous chanter un air et jouer des caslagnclles.

— Comment, madame! sans mettre le costume?

— J'ai une jupe courte, cela suffit.

— Mais, madame...

— Ali! petit! je n'aime pas que Ion me contrarie! en place, et dépêehons.

Samsonnac, qui avait acheté le malin une culotte de soie bien collante et des bas à coins brodés, est très-contrarié de ne point les uietlre; mais la jolie .Marseillaise voulait être obèie à la minute. U se met en place en disant :

— Quand vous voudrez, madame.

Juanita chante une cachulcha et joue des castagnetles. Le couple s'élance. Samsonnac voulant se surpasser, fait des prodiges de voltige. de soupi sse, de légèreté; sa partner, qui ne s'attendait pas à être si bien secondée, met alors un nouveau fou dans sa danse, elle veut égaler son cavalier; enlin le pas est cnleré au bruit des applaudissements prodigués par Juanita qui s'écrie :

— Admirable! ravissant... digne de l'Op^^ral...

La jolie brune s'est jetée dans uu fauteuil, et Samsonnac se lient fièrement debout près de la dame, en ayant l'air de dire :

— Je ne suis pas fatigué du tout, moi!

— Très-bien, jeune liomnic, très-bien! s'écrie madame Olivette. Vous gigotez fort lestement... Péeaille!... Je ne vous aurais jvas cru capable de vous tortiller si bien... vous pourriez danser sur un lliéàlio... Maintenant, arrivons au fait. Juanila m'a dit que vous dcsiriea apprendre le commerce... entrer commis dans notre maison?

— Olil oui, madame, je serais si heureux... d'être emi>lo>e par vous...

— Savez-vous bien écrire... bien calculer?...

— Do ce côté, on n'a rien à m'apprendre.

— Eh bien, je vous ferai faire les courses, les commissions pour la maison... Vous irez jireposer de nos vins... porter des échantillons... Mon mari vovage quelquefois pour nos affaires, cela m'enuuic, jo n'aime pas qu il me quille, vous voyagerex k sa pl.tce...

LA FAMILLK liUAILLAUD.

— Je foiai ce que uiaJame voudra... ceiiCiiJaiil...

— (Ju'esl-ce?

— J aimerais autant ne pas voyager, et tenir compagnie à madame jiendaut que monsieur voyaKcrail...

— Il est étonnant, ce petit... qui croit que sa compagnie remplacerait celle de mon mari...

— l'ardon, madame, je voyagerai quand vous me le direz... et danser?

— Soyez tranquille, vous danserez avec moi chaque fois que je vous le commanderai... et vous aurez soin d'être toujours prôt.

— Oh! je danserai du matin au soir si madame l'e.xige.

— Non pas ! diable, ce serait trop fatigant... lili bien, je vous prends pour commis-voyageur, sédentaire et danseur...

— Prenez moi pour tout faire, madame, j'y consens.

— Vous serez au bureau à neuf heures et vous travaillerez jusqu'à ♦inq... Pour cela vous aurez quinze cents francs d'appointements; les frais de voyage vous seront payés ii part. Cela vous convient-il?

— Ohl parfaitement, madame I

— Vous entrerez en fonctions dès demain... Maintenant, allez-vousen, j'ai affaire. Bonjour petit, bonjour Juanita.

Madame Olivette congédie son monde et retourne à son bureau. Samsonnac est dans l'ivresse; il enunène Juanita au café et lui paye du chocolat. Cependant une chose trouble son bonheur, c'est de s'entendre toujours appeler petit par sa nouvelle patronne. Mais il espère qu'en le connaissant mieux elle cessera de lui donner ce sobriquet.

La sensible Espagnole est heureuse de savoir son protégé en place, et tout en avalant son chocolat elle lui dit :

— Maintenant, mon cher ami, conduisez-vous bien, soyez sage... Vous êtes amoureux de cette dame!... Mais prenez garde... Elle ne ressemble pas à beaucoup de femmes mariées! Elle est amoureuse de son mari.

UN PAS niSQUE.

M. Olivette était un assez joli homme, bien tourné, bien bâti, ayant très-soin de sa personne et d'une humeur joviale. En apercevant Samsonnac dans ses bureaux, il avait dit à sa femme :

— Qu'est-ce que c'est que ce petit monsieur-là?

— C'est un nouveau commis que j'ai arrêté hier.

— Nous avions donc besoin d'un nouveau commis?

— Il me semble, mon bichon, que du moment que j'ai pris celuici, c'est qu'il nous en fallait un, hé donci

— C'est juste!... Ma réflexion était superflue. Mais est-ce que tu n'aurais pas pu prendre un eii'ployé moins laid que celui-là?

— Il est assez beau pour aller porter des échantillons et voyager à ta place.

— Je t'assure que tu te trompes. Il fout qu'un commis voyageur a:t un abord agréable, cela séduit déjà le client. Ce n'est pas une petite aO'aire que de placer ses vins. En général, on reçoit d'abord assez mal ceux qui viennent en offrir, la première réponse' est presque toujours : « Merci, monsieur, je n'ai besoin de rien. » Il faut alors insister, persévérer, mais toujours avec des manières aimables, avec le sourire sur les lèvres... le client se laisse gagner... on cause, on se fait bien venir, puis enfin on place ses vins; mais si vous envoyez un singe, on le congédiera bien vite et on ne l'écoutera pas.

— Un singe! ah! mon bon ami, ce petit jeune homme n'est point un sinse!

— Ma foi ! il n'en vaut guère mieux... avec ses cheveux qu'il agite à chaque instant comme s'il avait des attaques de nerfs... Qui t'a fait ce cadeau-là, Amarante?

Amarante (nous savons maintenant que c'est le petit nom de madame Olivette ' prend le menton de son mari eu lui disant :

— Tout le monde n'est pas joli comme toi, fripon! et tu ne le sais que trop, Joconde que tu es I

— Enfin, d'oii nous vient ce nouveau pensionnaire?

— C'est Juanita, ma maîtresse de danse, qui me l'a recommandé; il danse fort joliment, ce petit bonhomme!

— Est-ce que lu veux qu'il aille placer mes vins en dansant?

— Taisez-\ ous, mauvais sujet, et laissez-moi conduire votre maison. M. Olivette n'en dit pas plus. Au bout de quelques jours 11 trouve

même son nouveau commis moins laid, parce qu'on s habituait à la figure de Samsonnac, qui en causant ne manquait pas d'expression. D'ailleurs le jeune Bordelais faisait aussi son possible pour se faire bien venir de son patron. Mais quelques semaines s'écoulent, et la belle Amarante ne parlait pas à son emplové de danser, et celui-ci se disait :

— A quoi sert donc que je me sois démantibulé le corps pour apprendre les danses espagnoles, si cette dame ne m'occupe qu'à ses grands livres et à ses vins.

Ceiiendant, la fête de M. Olivette étant arrivée, sa femme n'a pas manqué d'inviter beaucoup de monde. Les parents et amis sont convoqués à un grand dîner, et le soir, la fête doit se terminer par un bal.

— Ce sera assurément le jour de mon triomphe, se dit Samsonnac, qui voit tous les préparatifs que l'on fait pour le bal.

En ellel, madame Olivette lui dit à l'on-illc la veilb- du bal :

— Vous viendrez demain soir, vous mettrez votre costume de danseur espagnol ; repassez tous vos pas, nous les exécuterons devant la société, et j'aime à croire que nous aurons du i-uccès.

— Madame peut être certaine que, pour lui plaire, je tâcherai de me surpasser.

— Il est étonnant, ce petitl... il parle sans cesse de me plaire... c'est à mon époux qu'il faut plaire, entendez-vous, pccaille! Vous viendrez directement à ma chambre... à dix hi'ures, j'aurai mis mon coslume de danseuse, et nous ferons notre entrée dans la salle... où tout le monde sera réuni : vous jugez de la surprise!...

— Et madame est si jolie avec son costume espagnol... ô Dieu!

— Mais qu'est-ce que cela vous fait que je sois jolie?... Il me semble que cola ne vous regarde pas... El pourquoi poussez-vous des soupirs à faire envoler toutes les plumes du bureau?

— C'est que je me rappelle madame exécutant un boléro... avec une grâce, avec une légèreté... Ah! quand on a un cœur et des yeux, il est impossible de voir cela avec indiderence...

— Qu est-ce à dire... petit Samsonnac! je crois que vous osez me faire une déclaration d'amour. Troun de l'air t si j'en étais sûre, je vous donnerais des claques pour vous apprendre à élever vos soupirs jusqu'à moi...

— Madame... je ne me suis pas permis... je n'ai pas voulu...

— Assez! brisons là, faites ce que je vous ai dit; soyez ici à dix heures en costume, et surtout dansez joliment! A ce prix, je veux bien oublier vos peccadilles. Allez, petit! allez! hé donc!

Samsonnac s'en est allé assez mécontent d'être sans cesse appelé jic'lil, mais cependant satisfait d'avoir laissé deviner ses sentinn-nts amoureux. Madame Olivette l'a menacé, il est vrai, de lui administrer des claques; mais elle riait en lui disant cela, et ne paraissait pas sérieusement irritée; il se flatte que le talent, la grâce, l'agilité qu'il déploiera en dansant avanceront beaucoup ses affaires, et il attend avec impatience le moment de son triomphe.

Les parents et les amis n'ont pas manqué de se rendre à l'appel qui leur a été fait. Vous pouvez toujours compter sur vos connaissances quand vous leur offrez à dîner, à souper et à danser. A la vérité, vous ne devez pas pour cela compter sur elles ensuite; mais il faut prendre le monde comme il est et pour ce qu'il vaut!. . On perdrait son temps à se chercher des amis vrais, capables de venir chez vous quand on ne s'y promet pas de plaisir, et de vous tenir compagnie lorsque vous êtes indisposé. Alors vos bons amis ont toujours des affaires, des occupations qui les empêchent de venir vous voir.. .

On a beaucoup mangé, on a encore plus bu ; chez un négociant en vins on doit faire honneur à sa marchandise, et celui-ci ne la ménage pas, il est de son intérêt de la faire apprécier à ses convives. On a trinqué, on a porté la santé du maître et de la maîtresse de la maison . Puis, sur les neuf heures du soir, on a quitté la table pour passer au salon prendre le café; et de là enfin on s'est rendu dans une grande pièce décorée pour le bal, oîi un orchestre bien choisi engage les danseurs a faire leurs invitations.

Après le premier quadrille, la belle Amarante s'est éclipsée pour aller revêtir son costume espagnol. Elle a fait au chef d'orchestre un signe que celui-ci a compris, il est dans le secret de la surprise, il sait l'air qu'il doit jouer lorsque madame Olivette reparaîtra dans le bal.

A huit heures du soir, Samsonnac avait commencé sa toilette. Le jeune amoureux avait dépensé presque tous ses appointements du mois pour compléter entièrement son costume de Figaro; mais aussi rien ne lui manquait : il avait la culotte blanche relevée par d'élégantes passementeries; le gilet brodé, la petite veste surchargée de paillettes, de boutons dorés et de rubans; les bas de soie à coins roses, les souliers de satin, et sur la tête la résille, puis cette petite toque noire toute ronde qui se pose dessus et s'ôte à volonté, enfin rien ne lui manquait pour représenter parfailement un fallarello.

Samsonnac se met à sa toilette; il admire sa jambe dans le b:is de soie; il admire son pied dans le mignon soulier de sa^in; puis il admire ses fémurs et ses dunes dans sa culotte, cette partie de son vêtement est tellement juste qu'elle colle sur son individu; mais on lui a dit que le danseur espagnol ne devait pas craindre de montrer ses formes; et notre jeune homme, qui est assez bien fait, se dit :

— Pourquoi ne lirerais-je pas parti de mes avantages ? Je ne suis pas beau de figure, à ce qu'on prétend, car pour moi je ne me trouve pas vilain du tout, eh bien, puisque je suis bien bâti, ne le cachons pas!... je me flatte que sous ce costume on pourra en juger. C'est égal, celte culotte est bien juste : heureusement le satin doit prêter.

Samsonnac met près d'une heure et demie à parfaire sa toilette, car il a fait venir un coiffeur pour lui boucler, lui arranger les cheveux. A dix heures moins un quart il fait venir un fiacre, cache son costume sous un petit manteau, et se fait conduire chez son patron.

La belle Amarante était prête, elle avait mis moins de temps que Samsonnac à se costumer. En apercevant son commis habillé en Figaro, elle éclate de rire!

— Ah ! qu'il est drôle ainsi, ce petit! s'écrie la Marseillaise.

— E*t-ce que madame trouve qu'il nn manque quelque chose? dit le jeune homme en se posant sur sa hanche.

— Il vous manque trois ou (juatre pouces pour faire un bel

LA FAMILLE BRAILLARD

hommn mon piclif.iin; mais c'est égal... nous allons f liie nn cfTi'l

inoiistie. Jeannelle, va, ma (ille, dire au chef d'orchcslre que nous sommes nrêts, el qu'il peut jouer notre air de la jota aragonaise... c'est par là que nous commencerons.

La bonne va prévenir la musique. Tout le monde, surpris d'entendre cet air, se demande ce que l'on va danser là-dessus. Mais bientôt des cris de surprise partent de tous côlés : c'est la maiiresse de la maison qui fait son entrée dans le bal en donnant la main h Samsonnac.

— C'est madame Olivette ! s'ccrie-t-on de tous côtés.

— Elle est ravissante sous ce costume...

— Et quel est ce jeune Figaro qui lui donne la main ?

— C'est mon commis, dit M. Olivette, il paraît qu'il danse fort bien le pas espagnol .. (Juant à ma femme, elle rivalise avec la Caméra Peira. Vous allez en juger.

Tout le monde se range, s'assied, ou se tient debout; mais on laisse un vasie espace pour les danseurs. L'orcbestre a donné le signal; la belle Amarante s'élance avec son cavalier; tous les deux exécutent le pas espagnol dans la perfection; les applaudissements éclatent de tous côlés, et l'on n'entend que ces mots :

— Charmant 1

— Comme de véritables Andalous !

— On ne dansait pas mieux aux Folies-Nouvelles !

J^leclrisés par les éloges qu'ils reçoivent, par l'elTet qu'ils produisent, nos danseurs veulent se surpass'er. Amarante a des mouvemenls de hanches qui rappellent Fannu Eslcr: Samsonnac ne veut pas rcsicM' au-dessous de sa partner; il envoie ses jambes à des hauteurs prodigieuses, il fait de véritables tours «le force; mais dans un de ces mouvements audacieux qui veulent que le cavalier se baisse comme s'il ramassait quelque chose à terre en imitant sa danseuse, un craquement se fait entendre, c'est la culotte de soie, qui, par trop étroite, vient de se déchirer par derrière. Samsonnac, dans le feu de sa danse, ne s'aperçoit pas de cet accident; au contraire, il n'en saute que mieux; car, sans en connaître la cause, il se sent inlinimeut plus à son aise, plus libre de ses mouvements; mais la malheureuse déchirure fait des progrès rapides, el comme, dans le costume lie Figaro, on n'a rien pour cacher le fond de sa culotte, notre jeune lionmie montre à la société luie partie de son individu qu'il n'est pas d'usage de produire eu public.

Alors les éclats de rire succèdent aux applaudissements ; les dames se cachent le visage et se détournent à moitié; les hommes se permettent une foule de plaisanteries; enfin M. Olivette, qui crie en vain à son commis de cesser, se décide à faire taire l'orchestre. Les danseurs sont bien alors obligés de s'arrêter.

— Et pourquoi doue faites-vous taiie la musique, mon bon? dit Amarante à son mari, nous avons encore autre chose à vous faire voir...

— Ma chère amie, nous en avons bien assez vu comme cela, répond M. Olivelte. Tou Figaro nous montre même des choses qui certainement ne sont pas dans le programme de la fête.

Madame Olivette porte ses regards sur son danseur, qui, en ce moment, vient de se retourner pour saluer la société, dont les éclats de .rire sont pris par lui pour de nouveaux témoignages de satisfaction. La belle brune peut alors voir en plein ce qui cause l'hilarilé générale; mais au lieu do rire, elle se seul furieuse et s'écrie :

— Troun de l'air... commeni, cette bestiale ! il ne sent pas qu'il a son second visage découvert I Sauvez-vous bien vite, petit drôle, allez-vous cacher, sauvez-vous, et tenez votre main sur voire postérieur 1

Samsonnac ne sait d'abord à quoi attribuer la colère de sa danseuse; mais comme on lui a dit (le mettre sa main sur le fond de sa culotte, il a bien vite trouve le motif qui le l'ail mettre à la porte du bal. Désolé, honteux de ce (pii lui est arrivé, le malheureux danseur se sauve eu bouscidant tout le monde pour être plus tôt sorti; puis il se jette dans la première voiture qu'il aperçoit et se fait conduire chez lui en se disant :

— Toiile la société a dû le voir!... Après tout ce n'est pas ma faute, c'est un iuci.liMit dont je ne suis pas responsable... Je n'en ai pas moins bien danse; et je m'élonuc que madame Olivette ait montré tant de colère pour cela... Mais cette Marseillaise s'emporte pour rien... et puis elle est l'Achéc parce que cela nous a empêchés de danser tous nos pas. C'est égal, je gage ipie demain sa mauvaise humeur sera passée, et qu'elle me fera des c()niplimeiits sur ma danse.

Le lendemain Samsouuac se rend à son bureau comme à l'onliiiaire; mais, au moment de s'asseoira sa place, il est arrêté par le louimis (pii lui remet ses ap]ioinlements du mois, quoiqu'ils ne soient pis encore exigibles, et lui dit :

— Madame Olivette m'a chargé de vous donner ceci, et de vous annoncer que vous no faites plus partie de sa maison.

— Qu'est-ce à dire? ou me renvoie? s'écrie Samsonnac en faisant voltiger ses cheveux en tous sens. On me remercie... et pour quel molif ? Vous l'a-t-on dit au moins?

— Non, mais si j'en crois certains propos de la domestique... hier, au bal... vous avez levé votre jambe trop haut... vous avez voulu faire des tours de force... vous avez fait un pas trop risqué... et qui a offusqué la société I

— C'est-à-dire que j'ai déchiré n\a culotte... voilà co (pie j'ai fuit...

Mais est-ce donc ma faute?... Depuis quand un homme est-d resj/onsable du drap de son habit ou du casirair de son pantalon? J'ai ddnsé merveilleusement, et on me fait un crime d'un accident qui pi^ut arriver à tout le nion(le.., et on me retire ma place, narce que I étoile que je portais était mauvaise!... Donnez-vous donc bien de Id peine p'jur être agréable à une femme, disloqui-z-vou» le corp? pour apprendre des danses bizarres et difli'iles... Voilà le remerclmput que voui recevez.... Parce qu'une malheureuse déchirure à mis à l'air ce que les hommes policés sont convenus de cacher... car les sauvages ne le cachent pas... ce qui fait qu'ils n'ont pas besoin de culottes... L'état sauvage avait bien son charme et son économie... Enfin il faut se soumettre... Mais quelle leçon!... je m'en souviendrai... Oti ! les femmes! moi qui espérais arriver [>ar elles !...

Au moment de s'éloigner, Samsonnac aperçoit M. Olivette; il court à lui afin de tâcher de rentrer en grâce, mais le négociant lui dit :

— Mon pauvre garçon, j'en suis fâché, car je ne vous en veux pas du tout, moi; l'accident qui vous est arrivé hier a été la partie la plus divertissante de ma fête. Mais ma femme a décide que vous ne resteriez pas chez nous, et quand elle a décidé une chose, il est tout à fait inutile de cherchera la faire revenir sur sa résolution. Tout ce que je puis faire, c'est de vous donner une lettre de recommandatioa pour un de nos colh'gues qui a justement besoin d'un commis voyageur. Allez le trouver, il vous emploiera. C'est une maison b<»3iicoup plus forte que la mienne, vous y serez très-bien; à la vériié l'épouse du patron ne vous fera pas danser, mais je crois que vous pouvez faire votre chemin sans cela.

Samsonnac remercie et prend la lettre de recommandation en se disant :

— Espérons que celui auquel on m'adresse ne ressemblera pas à maître Cottentin !

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